‹ Histoire du commerce français dans le Levant au XVIIe siècleChapitre 60 sur 117 · LES PORTS DU LANGUEDOC · texte numérisé non relu

LES PORTS DU LANGUEDOC

est une des villes du royaume où l'on trouve de plus grands avantages pour y lliire fleurir le commerce. Si situation qui est admirable au milieu de trente petites villes ou bourgs qui n'en sont éloi*;nés que de deux ou trois lieues, la douceur du climat.,., son port commode et assuré le mettraient en état de devenir une des plus puissantes villes de l'Europe s'il plaisait au roi de lui accorder un entrepôt ou des franchises capables d'y attirer les négociants. » If La province de Languedoc avait toujours songé aussi ù faire par ^le-ménie le commerce du Levant ; elle fournissait la plus grande partie des draps qui s'y vendaient, pourquoi était-elle obligée de les expédier par l'intermédiaire des Marscilbis ? Mais, pour elle, cette sujétion était plus naturelle que pour les Toulonnais, car elle n'avait pas de ports capables de Liire un grand commerce. Les trois grands ports Languedociens du moyen âge, Narbonne, Aigues- Mortes et Montpellier, étaient depuis longtemps en décadence au xvii"-' siècle. Narbonne était même déji ruinée vers la fin du wv, Aigues-Mortes avait été délaissée parles rois de France, dès qu'ils avaient acquis Montpellier et son port n'avait cessé de s'ensabler. Ces deux villes n'étaient cependant pas encore résignées à leur ruine au wi" siècle et l'on y fit des travaux sous Louis XI et sous François !"■' ; mais seule Aigues-Mortes conservait quelques barques pour le cabotage au début du xvn* siècle, Montpellier déclinait déji vers la fin du xiv' siècle et le commencement du xV ; sa chute fut activée par la réunion de la Provence au domaine royal, elle subit une effrayante dépopulation ; Charles VIII et Louis XII essayèrent bien de la favoriser, mais les troubles des guerres de religion achevèrent de la ruiner et le siège de 1622 porta le dernier coup à son commerce ; son port de Lattes n'existait plus au xvu' siècle et la Rouhine qui l'y unissait n'était plus entretenue*. Montpellier avait cependant encore quelques marchands, mais ils devaient se servir des deux seuls ports qui restaient au Linguedoc, Agde et Frontignan.

■ Agde offrait le meilleur abri de la côte, Richelieu le comprit et décida en 1632 d'y créer un port « en face de l'Ile de Briscou, qui devait être réunie à b côte par une digue de 2.000 mètres. On voit

■ (1) P1GEONNE.W, t. II, p. 113. — Cf. Lenthéric. Les villa mortes... p, 237 et Buiv. — PoHT. Essai sur l'msloiie du cumm^ra maritime de Narbonne. Angers, 1854,

(2| £lle n'avait d'ailleurs que 6 m. de lam: et 1 m. de profoadcur. Germain, |, II, p. Jl-S), Hist. du comtmrce de MonlpèUicr.

par la correspondance de Richelieu avec le maréchal de Schomberg, gouverneur du Languedoc, quelle importance il attachait à ces travaux auxquels les états du Linguedoc avaient promis leur concours '. » Colbert reprit en partie ses plans et d'Oppède, son homme de confiance en Provence, lui écrivait le 18 juin 1668 : « Je fais travailler sans perte de temps au môle d'Agde et ai donné au sieur Riquet la somme de 10.000 livres pour le commencer*. » Cependant les marchands de Montpellier se servirent plutôt au xvii' siècle du port de Frontignan, bien qu'il ne communiquât avec la mer que par un grau de plus en plus ensablé, aussi les barques de Frontignan, d'un faible tonnage, n'allaient qu'en Espagne et en Barbarie''. Peu satisfait sans doute des résultats obtenus à Agde, Colbert conçut le projet de faire le grand port du Languedoc sur un point nouveau de la côte et il choisit Cette. La première pierre des travaux fut posée en 1666 ; le cap de Cette fut prolongé par une jetée, à l'extrémité de laquelle fut placé un fanal, une seconde jetée b;\tie de l'autre côté ferma le port ; dès 167 1 les galères garde-côtes y purent faire un voyage et les officiers se déclarèrent satisfaits, mais les travaux ne furent achevés que plusieurs années plus tard*. « La nouvelle ville avait déjà pris en 1685 assez de consistance pour que l'intendant de Basville ait cru devoir y jeter dès lors les premières bases d'une administration municipale, elle eut en outre à partir de 1692 un lieutenant général d'amirauté". »La seconde Compagnie du Levant en fit le siège d'un de ses trois bureaux, qui commerçaient indépendamment l'un de l'autre, mais le bureau de Cette, malgré la fiicilité qu'il avait pour fiiire le commerce des draps, fut celui des trois qui réussit le plus mal. Malgré ce début peu heureux. Cette, débouclié d'une province riche comme le Linguedoc, ne pouvait manquer de prospérer, mais en 171 5 ce port n'avait pas encore envoyé un seul vaisseau dans le Levant".

(i) Pigeonneau, t. II, p. 410.

(2) Depping, t. IV, p. 54.

( 3) Les proccs-vcrbaux envoyés à Colbert en 1664 par les officiers de l'amirauté, contenant le nombre des bâtiments du ressort de leur siège, ne mentionnent pour Agde, Frontignan, Aigues-Mortes que des bateaux de pèche et de petits caboteurs. — Pour Narbonne on voit la mention néant, ^^l■cb. Mar. li^, 4S8.

(4) Colbert à Anwul, 14 août i(iyi , S tiécembre 16/ j. Mémoire sur le port de Cette, travail des jetées, formation des ensablements. Lettres d Itist., t. JII, i>' partie.

(5) Germai.v, t. II, p. 132, 135.

(6) Voir livre II, chap. vni, les efforts inutiles faits par les Etats du Languedoc de 1701 à 1715 pour obtenir la permission de faire directement le commerce du Levant,

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