‹ Histoire du commerce français dans le Levant au XVIIe siècleChapitre 6 sur 117 · XVI · texte numérisé non relu

XVI

offense Je n'avoir pu cmp6chcr h Porte de reconnaiirc comme roi Etienne Biuliory que les Folonais lui avaient donné comme successeur et il rappela stm envoyé l'abbé de l'Islc qui ne fut pas immédiatement remplacé. Il est viai que l'ambassadeur Gcrmipny fui ensuite uès bien accueilli A la Porte et obtint par son crédit les tavorables Capitulations de 1581 ; on vit alors une ambassade du sultan fcçuè~ avec magnificence en France, mais ces démonstrations d'amitié dufèrent jK'Uj Gçrriiiiiiiy lui-ménK' entra en n)ésinielligtut:e„avec-lc JTvan, la période des avanies commença. A Constantinople même, les deux églises des Latins furent un moment fermées, Gcrmigny dut en acheter la réouverture par des présents. Sous son successeur Savary de Lancosmc (15S5) ce fut bien pis ; il était tout dévoué ù la Lipue et sa conduite ne contribua guère à rétablir l'harmonie. Un dimanche, dans l'église St-Georqcs de Galatn, il enleva h main armée la place d'honneur qu'occupait l'ambassadeur impérial ; rèj^lisc fut fermée et le grand vizir déclara qu'on ne la rouvrirait

3UC quand M. de Lancosme ne serait plus fou. Après la mort 'Henri III, Lancosmc cessa complètement d'être le représentant de la Trance, ce n'était plus que l'agent de Philippe II et l'ambassadeur anglais fut pendant quelque temps le chargé d'aHaires d'Henri IV.

En effet les Anglais s'étaient établis A Constantinople et profitaient d£la misère de la France pour fonder leur commerce du Levant. Gcrmigny ne sut pas empêcher l'introduction du premier ambassadeur anglais .\ la Porte'. Cet ambassadeur, un marchand nommé \yij[iam I brburn^ ou Hareborn, se ht accorder en 1 579 des Capitulations .malogues à celles des Français et il revint en Angleterre avec une lettre pour la reine, dans laquelle le sultan offrait de mettre en liberté les Anglais esclaves sur ses galères. L'Angleterre, oui faisait la guerre à lEspagne^ devenait en effet l'alliée naturelle dli^la. Porte. « En 15S1 la reine créa la Compagnie privilégiée du Levant en faveur des quatre marchands qui avaient noué les premières relations commerciales .avec la Turquie et des huit .nssociés qui devaient se joindre .\ eux. La reine accordait ;\ la Société un monopole de sept ans mais avec faculté de le lui retirer en la prévenant un an d'avance. L'ambassadeur Hareborn avait reçu pouvoir de la reine d'établir des consuls dans les ports et de faire des règlements pour le commerce anglais en Turquie. Il créa de^s coniptpirs dans ce pays malgré l'opposition «ic b France et Te Venise '. » Les Qpitulations de 1581

H) • L'ambassaJcur de Gcrmigny n'eut pas .issez d'industrie pour rompre ci; coup.»5AVARV DE '^HiiVts.KoUisui giulgues arlichidesCapitulatiims, ('.24. (Appen- Jicf il !j rchitioii de son voy.ige). — Cependant sous Louis XIV on croy.iit que Gerwigny .«vait lui-mfnie aiJO à l'établissement de i'amliassadeur. V. Mémoire Hr /ji.c".v, li', 49n /•• jyS-SS. Arch. Mai. — Ch.irrière (^'^goc. dans le Jnant) r.ippelle H.ircbonnc (I. III, p. Stl^, noie ; II", p. iç), mit I, .iSy, ml( t. — Coll. >lr D«c. IiM).

{2) Faoju^. Le Ccnnnuict sous Heurt IV. Rcv. Hist., mai-juin i88i .

XVllj

INTRODUCTION

assujettissaient les Anqlnis ;\ l'usage de notre bannière mais ils ne s'y soumirent pas. Un navire anglais étant venu sous sa bannicrc en Levant, Lancosnie s'en plaignit A la Porte sans avoir s^uisfaction. Si notre anibassaticur ne pan'int pas :\ exclure le pavillon anglais des mers du Levant, au moins rcus^ii-iiA ernpèv:htT ivi-iUiirca uaiious.chrétienngs de l'emprunter ; il obtint à deux reprises la dètLmÎQii du florentin Paul Mariani qui avait été un moment vice-consul des Français à Alexandrie et qui depuis ne cessait d'exciter les capitaines des vaisseaux italiens i navij;uer dans le Levain sous la bannière anglaise et les marchands i\ se mettre sous leur protection ".

L'altération de l'alliance turque caus;i d'autres malheurs : les Barharcsijucs, qui avaient fait de la piraterie une véritable institution et leur grande source de revenus, commencèrent à ne pas respecter les navires français plus que les autres. Dè.s 1585, sur l'initiative de la municipalité de Marseille, il se forma une ligue dcs ports de Provence pour purger la Méditerranée des corsarres^miisulmaiTsT^j|n devait envoyer au Grand Seigneur une ambass.ade extraordinaire désignée par le roi ; le projet avorta, en 15 88 seulement un envoyé extraordinaire du roi porta i Constantinople les plaintes des consuls et des négociants de Marseille contre les pirates Algériens. Mais le suUaiiAmuratllI lui-même autorisa les Barbaresquesà courir su.saux navires de Marseille pour punir cette vijle d'avoir embrassé le parti de la Li^tic contre le roi. Encouragés pai^ rirn2unjté.ils__étcndirent tellement leurs ravages quh. Tavènement ^Tienri TV ceux-ci scmblaient intolérables *.

Lç règne d'Henri IV vint à temps pour empêcher cette décadence de se transformer en ruine complète. Dès qu'il fut affermi sur le trône, le roi demanda le renvoi de Lancosme comme espion de l'Espagne et le remplaça par son cousin Savary de Brèvi^s* Celui-ci « prit en Orient la même part ;\ l'exécution des desseins d'Henri IV que le président Jeannin d.ins les Provinces-Unies. C'était, dans une nature plus entreprenante, le même fonds de fervem" religieuse et de dévouement monarchique, la même habileté pour tourner les obstacles ou saisir les occasions, le même mélange de fidélité et d'indépendance pour éclairer les vues et accomplir les instructions

(i) Pour tout cet liistorique, v. Saint-Priest, p.i5sim ; J,av.\lli:h, p. 270; LAVissEct Rambal'D, Hisl. Cillerait, I. Il', p. 721-4-/, et surtout Charrièrf., Kigoc. dam h Levant , tomes III H IV. Il y est longuement question d». ce Marî.ini qui, apr<>s avoir ctc i Alexandrie le vice-consul de son compatriote Christophe Vento, sciait brouillé avec lui parce que, au lieu de lui laisser sou consulat, Vento en avait obtenu d'Henri III la survivance pour son neveu. Dés lors M.iriani ne cessa d'intriguer en laveur de l'influence anglaise. — La lutte contre l'inlluence anglaise avait <:ié la principale occupation des ambassadeurs Germigny et Lancosme.

(2) V. Coll. de Doc. Inéd. Mélanges Hisl., t. V, p. 6o}-6}S.

(}) Voir CiiARRiÈRK, /. ir, passim et dk Grammost. Hisl. d'Aller. Introduction, p. Vil

INTRODUCTION'

de son souverain', » Il sut se faire un tel crédit auprès du divan que, suivant l'expression d'un historien turc, « peu s'en fallait que dans la maison de l'islamisme un vcritahic enthousiasme ne se fût déclaré pour la l'rancc par les menées de son maudit ambassadeur'. » Ue Brèves lut d'abord cliarité de renouveler les Capitulations avec le sultan Mourad III, car, dans les dix dernières années, celles de 1581 avaient subi bien des atteintes, mais nous n'avons pas ce premier traité. Ce qu'il y a de certain c'est qu'il n'arrêta pas les empiétements des Anglais, dont les intrigues incessantes auprès de la Forte occupèrcntsans relâche le roi et son ambassadeur ^ En février 1597, sous le nouveau sultan Mohammed III, de Brèves en négocia un autre en trente-deux articles qui confirmait tous les privilèges anciens et en accordait de nouveaux. On y trouvait la liberté accordée aux l'rancais d'exporter du Levant des Cuirs, des cordouans et des cotons filés, marchandises dont la sortie était précédemment interdite ; — la défense de lever aucun droit sur les monnaies, que les Français commençaient à apporter en grande quantité dans le Levant au lieu de leurs draps, pour éviter de payer le droit de 5 "/o d'entrée sur les marchandises, et l'interdiction aux ortîciers du Grand Seigneur de s'en saisir, sous prétexte de les convertir en monnaie ottomane ; — la promesse expresse du sultan d'obliger les corsaires de Barbarie .1 restituer le fruit de leurs déprédations et de punir les Bevs qui les .auraient permises. Mais de Brèves n'avait pu obtenir le renouvcUement de la clause b ■ '■ importante des Capitulations de 1581 : les

Anghiis restaient.

les \V'niiiens, exemptés' de l'obligation

d'arborer la bannière française, il est vrai qu'il leur était interdit de donner la leur aux autres nations. Ce traité n'arrêta, ni les vexations desotliciers du Grand Seigneur, ni les pirateries des Barbaresques, entreprises des Anglais. Malgré la ferme attitude d'Henri IV menaces de rupture pour faire lespectcr nos privilèges"', ils

finirent par obtenir en 1600 « que les é traj

ambassadeurs

(1) De Lacombe, p. 566,

<2t Lavallêe, p. 27R. — De Brèves, quoiqu'.irrivi.' en Turquie dés 1590, n'olitiiit le titre d'ambassadeur que le 27 juillet 1593. V. Lettres miaiv/s, tonu- lit, note .» l.t première lettre du roi, qui est du 22 novembre 1592.

Ij) Voir Lettiti missives ih Hmri IV, l. Il', //«'i''., 9 mars 1 f(f6. S nuu />'9": « ...ne me pouv.tnt assex émerveiller du procédé ou plutiSi de l'imprudence dudit agent d'.Angleiera' oui voul.iit niiiger (es nations étrangères sous l.i bannière reconnue seulement depuis trois jours en l'empire d'Orient. » — 5 Oitobre tjçy : • N'endurez que les prérog.itives de h Bannière de France soient communiquées aux .An^bis, nousoppos.mt formellement ou autrement aux poursuites qu'en fer;i le n^inistre de ladite d.une. »

(K Cependant Henri IV continua de songer à les y assujettir. Letltr à dr Brh'fs, 10 juillet rôuu. Lf tires Mistives , t. V.

(St Voir dans les Uittes Missii'es de nombreuses lettres du roi à de Brèves. T. V : 2S octohrt ifçj, J? novembre r^i^j, 21 avril iSçS, 10 juillet iSçS, 1} août is<^, plusieurs lettres de 1599, 7 janvier rfioo.

xs

INTRODUCTION

:\ 1.1 Porte pussent se servir de leur bannière » et de la protection de leurs consuls '.

MolKimnied III étant mort en 1 603 de Brèves obtint l 'année suivante de sou (ils Ahmed I dv nouvi-llcs Qipitul.uions en 48 articles, les plus étendues ei les plus iavor.ibles c]iic nous eussions encore obtenues. Trois articles (^, 6, 7) condatnn.Tient expressément les prétentions des Anglais : « Drrccbij nous coinmandom (jiie^ des Vàiilkus et Anglais en là , toutes les autres nations aliénées de l'amitié de notre Grande Porte et i/tii n'y ont {H>inl d'anibassadeuv, voulant Irafujuer par nos pays, elles aient d'yxrnir sous la bannière '.t protection de France, sans que pour jamais l'ambassadeur d'Angleterre ou autres aient de s'en empêcher... Et que tous les commandements qui se trouveront avoir été donnés on qui se pourraient donner ci-aprês par surprise ou mégardc contraires il cette déclaration soient de nul effet et valeur... » Pour la première fois il était ciucstion dans les Capitulations de la protection des Saints Lieux accordée au roi : (( Nous commandons aussi que les sujets dudil empereur de France et ceux des princes ses amis puissent sous son aveu et protection librement visiter les Saints Lieux de Jérusalem... De plus nous permettons que les Religieux qui demeurent eu Jérusalem, Bcthlehem et autres lieux de notre obéissance, pour y scn-ir les églises qui s'y trouvent d'ancienneté bâties, y puissent avec sûreté séjourner... aidés et secourus en la considération susdite. » Çart. 4, ;). Le Grand Seigneur, non content d'ordonner de nouveau auxBarbaresqucs de restituer leurs prises et de permettre au roi de France d'armer des vaisseaux lui-même pour leur courir sus et user de représailles, s'ils continuaient à violer la paix (art. t^, 20), leur taisait une série de défenses nouvelles qu'ils ne devaient jamais observer, et qui allaient devenir au xvii' siècle de perpétuelles causes de guerre entre la France et les corsaires. Il était désormais interdit de faire captifs les Français trouvés sur des navires ennemis,

a moins qu'ils ne lussent corsaires ; de prendre les vaisseaux français chargés de

marchandises tirées des pays ennemis de la Porte, et même de s'emparer de ces marchandises (art. 10, 12, //). Si ces prescriptions eussent été observées toute la navigation des pays Espagnols et de la plupart des pays luliens fût passé entre les mains des Français, dont les vaisseaux eussent seuls offert une sécurité absolue. Mais lesBarbare.squesne pouvaient consentir :"i laisser miner ainsi la course, leur seul moyen d'existence. De Brèves obtint aussi l'exemption pour les Français de quatre impôts spéciaux (art. 1 .Ç) et il y attachait une grande importance car il s'en vante ;'i plusieurs reprises dans sa correspondance avec les consuls de Marseille*. Enfin la sécurité des Français dans les échelles et le libre exercice de leur négoce

(i) De BntvKS. A(>(>tudice à î(i rttation, p. 3-/. — V. LcUrcs iiiifsivf, 1. l\ 31 jvin lôoOy m jiiilli't rC'on, 3 juin lOoi, 38 jnitttl 1601, j mars r6o3. (i) V. AA, J40. 27 mars tôoo, X3 fuiii 160], t.f fh-titr 1604.

étaient garantis par de nombreux articles (jo à 4Sy. Ces capitulations de M. de Brèves allaient régler pour plus d'un deini-sicclc la situation et les privilcgcs dus Traitais dans le Levant; malheureusement, en t'ait, elles ne devaient pas être longtemps respectées. L'année suivante, de Brèves fut rappelé pour devenir ambassadeur auprès du Saint-Siège ; avant de rentrer en I-rance il fut chargé de deux importantes et épineuses missions. Il dut d'abord aller ;\ Jérusalem pour enlever le saint Sépulcre .n\\ m.iins des Arméniens et des Grecs et le remettre aux mains des Latins. Il avait obtenu pour cela les commandements les plus favorables de lîi Porte, mais, malijré le bon accueil des pachas et gouverneurs, il ne put triompher tics intrigues des Grecs qui parvinrent A conserver la possession des saints Lieux*. De l.\ de Brèves passa à Tunis et A Alger pour signer des tnités avec les Bnrbarcsques et obtenir la restitution des esclaves ei des prises*.

Son successeur Jean de Gonuut Biron, baron de Salignac, n'arriva .\ Constantinople qu'en 1607. Fort attaché ;i Henri IV, malgré le supplice du marécb.il de Biron son parent, il le servit avec zèle et hamkté et sut conserver A la Porte le crédit que de Brèves av.iii acquis ;i notre diplomatie. Les y\nglaisa^-aiit réussi A rendre suspects lfi54iiSilili;5LjLHli AieiuiciU de s'étabjiLà Constantinople, le grand vizir tes lit emprisonner comme espions de l'Hspagne.Tnais Salignac obtint leur délivrance. Ce ne fut pas d'ailleurs la seule occasion oii il sut déjouer les tentatives des Anglais pour diminuer notre influence'.

Notre crédit auprès de la Porte av;iit donc été bien rétabli par les soins d'Henri IV et de ses ambassadeurs, cependant l'alliance n'avait plus l'intimité d'autrefois, car chacun des deux alliés conservait des arrière-pensées. La politique d'Henri IV était double: il voulait entretenir l'alliance turque, parce que, dans la situation actuelle de l'Europe, il la jugeait utile A sa politique dirigée contre la maison d'Autriche*, et nécessaire A la conservation de notre commerce dans le Levant ^ mais il était hanté, lui aussi, par les projets de guerre

It) V. T'<iiU 'h roi Utnri h Craint., fait fiar FtHlrmiit <U M. lîf Brh'ts (1 l.i suite df la a'Iiitioii de «on voyage),/». t-3},fl Notes sur quflqnti arUcks du fr/a'denl Irai If, /.. 3 4-H.

(2) \'. Rflalion du voyage it de Brèves, p. /ya-so.f.

{^) V» ci-dfssous ses n<Jgociations.

141 4 M. de S;ihign.ic nous .1 écrit que l'ambassadeur pour le roi de la Grande BreUK"c a voulu innover quelque chose- avec ces gens !;> au priîjudicc de nos Cipitulations, à quoi il s'est si bien opposé que {'.autre n'a rien gagné que de la lionle. « itilri dt M. de Fuysiria, 2J juin 7607. — Voir A»d<aismïe m Turquie dr Jran dt GenUiul Biron, eU.

(() Dans une Icitrt ^ de Brèves le roi le charge de poursuivre le rcnouvcllfmeni dc^ Cipitulations, mais seulement s'il obtient le concours de la (lotte du G. S. contre l'iispâgne (/ (h^r. liÇÔ. Lf lires missii-es, t. II').

(6) a Comme vous écrive/., c'est toute l'utilité que je puis espérer de leur aiTîitié que Ij iùrcté du irjlic pour mes sujets. » (2^ uuin i f<fS, Ltire t) deBth'ts. Ltttei wi«., /. IV.)

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