‹ Histoire du commerce français dans le Levant au XVIIe siècleChapitre 7 sur 117 · XXI · texte numérisé non relu

XXI

INTRODUCTION

sainte et d'expulsion des Turcs, qui passionnaient alors de nombreux esprits, et se faisaient jour dans une série de curieux écrits de la tin du XVI' siëde et du couimt-ncement du xvir siècle'. Les plans de réconciliation de la clircticnté pourchasser le Turc, exposes dans le fameux Grand Dessein, n'ont pas été de pures conceptions, le roi songea A les réaliser. C'est dans cette vue qu'il rappela de Brèves et qu'il l'accrédita comme nmbassadeur auprès du pape. II lui enjoignit d'informer le souverain Pontife de tout ce qu'il avait vu, et de combiner avec lui la politique qui devait être suivie \ l'égard de l'empire turc. Parfois, quand il apprenait les dissensions et les révoltes qui montraient la décadence déj.i profonde des Ottomans et l'inutilité de leur alliance, le moment lui seinblait venu de changer de conduite*. C'est d.nis la prévision de leur expulsion qu'Henri IV trav.iilLiit avec ardeur .\ l'ét-iblissement de l'intluence française en (Prient, .ifln qu'au jour de l'atlranchissement elle y dcmeur.'it prépondér.nite. Il trouva dans Savaryde Brèves un parfait confident de ses pensées secrètes. « Nul ne sut mieux entendre et mieux expliquer les deux phases de la politique qu'Henri IV suivait en Orient, et, si l'on veut les approfondir, on en trouvera le curieux exposé dans deux récits en apparence contradictoires qu'a laissés ce ainlomate, l'un sur les avantages que l'alliance du roi de France avec la Porte offre à la chrétienté^ l autre sur les moyens de ruiner la monarchie ottomane''. »

De leur côté les Turcs avaient été fort mécontents de la paix de Vcrvins, qui rendait libres contre eux les forces de l'Espagne et permit àceile-ci Je reprendre ses projets de conquête d'Alger (i6ot- 1602). Le roi avait rappelé les Français qui étaient au service du Grand Seigneur, « n'étant pas convenable qu'ils continuassent à servir le Turc contre des princes chrétiens*, » tandis que des gentilshommes allaient en Hongrie combattre dans les rangs des troupes impériales. Le duc de Mercœur était même un de leurs généraux et il battit les Turcs dans la campagne de 1601 ; le duc de Nevers, le prince de joinville firent contre eux la campagne de 1603". Les Turcs s'en plaignirent amèrement ; c'est en vain que le roi prétendait ne pouvoir rappeler ses sujets, en 1601 le sultan envoyait une ambassade spéciale pour demander au roi de leur défendre le voyage de Hongrie, et de Brèves se vit accuser de

(i) V. Drapeykon ; Un profil jrançah de conquête, etc.

(2) « Me persuadant que l'empire de ce seigneur tombera bientôt en une

confusion ijui aura suite de changements d'importance... auquel ca.s il sera pcui- 6tre nécessaire que j'enibrassl- les occasions de m'en prévaloir comme feront les autres, u ) mai 1602. Ltittt l'i df Bn'i'is. Ullrcs viissivfs, t. V.

(j) De Lacombe, p. 566.

(4) Làtire à de Brèves, t; tmn inn^. — Id. 6 août i6oj. — Ltttirs missiws, I. il, iij'^tndice.

(\) Lrllie à fie Brèivs, rj octobre i(>0]. — Ihld., I. /'/, appendice.

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dùloyauié par le Grand Vizir, au grand déplaisir d'Henri IV '. Ce sont CCS tiraillcnunts qui expliquent la taveurdont les Anglais i(.>ui5saicnt auprès de la Porte, malgré tous les efforts de la diplomatie française : j\ir leurs guerres contre l'Kspaijne ils étaient pour les Turcs des alliés miles et ne fatiguaient pas sans çe&se le Divan Je leurs réclamations.

La plus grave préoccupation de la politiaue d'Henri IV en Orient, outre le maintien des Capitulations, fut la répression des pirateries des Barbaresques et des Anglais qui enlevaient au commerce toute sécurité. Il n'est presque pas de lettre du roi a Je Brèves où il n'en soit question. A chaque nouvelle de la prise de quelques uns de nos bâtiments ou de mauvais traitements infligés i"! nos consuls ou à nos marchands en Barbarie, les Marseillais ne manquaient pas de transmettre leurs doléances au roi, qui, à son tour, renouvelait ses instances auprès de l'ambassadeur. Le lléau avait fait des progrés terribles pendant les vingt dernières années du xvi"-" siècle. Ils étaient dus surtout A l'afiaiblissement successif de toutes les marines de guerre des grandes puissances méditerranéennes : Venise avait maintenant de la peine à garder et à surveiller les cotes de ses possessions maritimes ; l'Espagne, après avoir longtemps menacé les Barbarcsqiies, voyait la puissance de sa flotte ruinée par le désastre de l'Armada, et' restait condamnée par sa détresse fmancière \ ne pouvoir la relever; les Turcs eux-méme!i,artaiblis non par la défaite de Lépante, mais par la décadence et la désorganisation qui commençaient à les atteindre, Iaiss.uent le plus souvent inactifs dans le lort Je Constantinople leurs b.'itiments toujours nombreux; quanta

a France, oui avait eu sous l'rançois h' et sous Henri II un corps redoutable Je galères, capable de faire respecter ses côtes et ses bâtiments de conmierce,sa marine n'était plus représentée que par deux ou trois galères qui pourrissaient au fond du port de Marseille. Cependant il restait assez de forces aux puissances commerçant dans la Méditerranée pour anéantir facilement la piraterie si elles se fu.sscnt une seule fois concertées. Les faiseurs de projets de guerre sainte qui énuméraient les forces maritimes de l'Furope chrétienne se complaisaient à montrer leur écrasante supériorité sur celles des Turcs, combien eût-il été plus facile de détruire les Barbaresques qui n'avaient pas encore atteint la puissance qu'ils devaient avoir au xvii' siècle. Maiscon^ment espérer une entente des pu iss;inccs chrétiennes? Quand elles n'étaient pas en guerre ouverte, elles ne songeaient qu'à se nuire: les Anglais trouvaient ;\ vendre en Espagne ou chez le GranJduc de Toscane, alliéd'Henri IV, les prises qu'ils

m a Votre Mjjcsté trouver.! bon, .i l'imitation des empereurs, ses aïeux, de" faire cji de nirtre jmiti<5 et de la conserver cliùretnent, cmpiîcher qu'aucun de vos sujets n'ait j servir nos communs ennemis, ay.inl appris que beaucoup d'iccus. contre le devoir qui se doit i notre dite amitié, vont au service du roi de Vienne. » Ltllre lit StelieiiKt III d Heiiri II', // août i6o}.

INTRODUCTION'

fais^iiciu sur les bâtinu-ius franyais ; quniit A celles des Bnrbaresaucs, leur VLMUe ;i bas prix eiiricliissait les Juitsde Livouriic. Le yranu Jiic lui-mèine n'av.iit-il pns prurtté des diflicultés d'Henri IV au début de son règne pour s'emparer par un guet-apens des îles de Marseille ( I )9^'"97) ? '"'ï '"^ ^^*^ deSavoic ne ran.;onnait-il pas les navires frant;ajs

3ui passaient en vue de ses côtes pour leur réclamer un prétendu roitde2o/o? Ainsi, il n'y 'ivait plus de police des mers et les pirates, profitant de l'affaiblissement et de la désunion des puissances méditerranéennes en étaient devenus les maîtres. La situation des Français était la plus intolérable, car c'étaient eux qui avaient le plus de bâtiments marchands en mer et qui pouvaient le moins les défendre. En i6o2, les corsaires d'Alger tenaient à eux seuls i la chaîne près de 3000 l-rançais'; qu'on songe au nombre de navires et à la valeur des marchandises qu'ils avaient dû prendre pour atteindre ce chiffre de captifs, puisque les bâtiments iMarseillais n'avaient souvent que quelques hommes d'équipage. Quant aux Anglais, Henri IV écrit à sou ambassadeur en Angleterre, d'après un mémoire des Marseillais, que leurs vols montent i plus de 1.200.000 ou 1.500.000 écus*.

Le roi comprit toute l'étendue du nul et les remèdes qu'il fallait y apporter. Sans jamais se lasser, il pressa son ambassadeur de réclamer auprès de la Porte; grâce à sa fermeté; il obtint à diverses reprises des commandements du Grand Seigneur adressés aux paclias d'Alger et de Tunis pour leur ordonner de re.specier les bâtiments français; même, en 1603, les deux pachas furent rappelés, l'un fut emprisonné et l'autre étranglé. Mais les liarbaresques se souciaient aussi peu des commandements du Grand Seigneur, dont ils reçurent avec insolence le icliaouch qui les portait, que de la disgrâce de leur pacha et peu après ils pillèrent et ra.sérent le Bastion de France*'. Ils commençaient alors â former des républiques â peu près indépendantes et le pacha était plutôt leur prisonnier qut leur gouverneur. Seuls ceux de Tripoli, moins puissants et plus rapprochés de Constantinople restaient iipeu prés soumis. En 1605, de Brèves, en quittant Constantinople, fut chargé de faire une dernière tentative. Il emporuit les commandements les plus forts du nouveau sultan Ahmed I" aux Barbaresques. « pour faire délivrer les Français détenus esclaves contre la teneur des traités, défendre les pirateries sur les navires et denrées de France, faire restituer l'argent, les vaisseaux et les marchandises déprédées, et rebâtir le Bastion'. » De Brèves les porta lui-même à Tunis et â Alger et, pour les présenter avec plus d'autorité aux pachas et â la milice, il fui .iccompagné d'un Turc, Mustapha aga, qui avait

(i) Lettre à de Brèves. 10 juin 1602. — Lettre! iiiissius, t. F. {1) Lettre dit r<}i à de Ikdiimont, 26 fhrier j6oJ. IM., l. T. ()) Lettre à de Brèves, }i iwiil 1O04. LeUrei missives, I. l'I. ( 4 ) Keiulioii du ivy,ige de M. de lirrves, />, 1S4.

IXTROnUCTlOS

<;rantl crédita la Porte, A Timis, malgré la (liveur du pacha, qui lui devait son j;ouvcrnciiifnt, il faillit, devant le mauvais vuLiIoTr du dey et de la milice, être obligé de partir sans rien obtenir'. Mais les lettres suppliantes des consuls de Marseille le décidèrent à se contenter deuemi-satisfoctions*. A Alger, c'est avec de grandes difficultés qu'il fut reçu dans la ville, mais, malgré tous les efforts de s;i diplomatie pendant un mois, malgré l'argent qu'il sut semer A propos, il n'obtint ni la réédilicition du Bastion, ni la promesse d'oDservcr la paix. La seule concession des Algériens kit que les esclaves français seraient restitués moyennant le retour des Turcs esclaves à Marseille*. Les efforts d'Henri IV semblent avoir mieux réussi auprès du sultan du Maroc, qui, depuis 1601, entretenait des relations amicales avec la I-rance et auprès duquel le roi gardait un résident, M. de Lisle, Mm médecin ordinaire. Mis dans la confidence des négociations engagées avec les Morisques d'Kspagne par M. de la l'orce, gouverneur du Bêarn, pour les soulever contre Philippe III, il accorda au pavillon français des avant.iges analogues i clu\ dont il jouissait dans le Levant'. Cependant, le roi eut i lui faire écrire par le sultan pour le prier de ne pas recevoir les corsaires anglais dans ses ports, et il lui écrivit lui-même plusieurs fois pour lui réclamer des prises.

C'était aussi souvent h propos des Anglais que des Barbaresques que le roi adressait ses plaintes ;\ la Porte, car il était plus lacile au Grand Seigneur de se taire écouter de la reine d'Angleterre que de ses propres sujets. La menace d'expulser les sujets anglais établis dans les échelles, ou même de les inquiéter, devait sullire pour la décider ù agir contre les corsaires '. Mais le Divan tenait. ilors autant .i l'alliance anglaise qu'a celle de la l'rance et le roi s'irritait souvtnt dans ses lettres contre le cipitan paclia qui leur était le plus (livorable". Enfin, devant l'insistance d'Henri IV, le sultan se décida .\ envoyer une lettre menaçante à Elisabeth, qui mourut avant de la recevoir, puis A Jacques I"'. Des représentations avaient souvent

( j) V. (Relalioii, p. }oS-j})) le récit curieux des ntîgooiations de de Brèves. — Le gL-nèral des jjaltrcs dissuadait fortement le pacha et le dey de traiter en leur montrant qu'ils n'avaient rien à craindre du G. S, ni d'une guerre .ivec l'empereur de France : a Au pis, dii-il, c'est le meilleur qui puisse arriver; c'est alors que ntjus moisionncricms en plein cluimp, nous pillerions indilîc'rcnnnent el sans réserve tint de vaisseaux français dont cette mer est toute gmuillante. . » p. )}}. — Pendant le séjour de de Brèves à Tunis, en moins d'un mois (juillet-.ioùt 1605), deux barques, acux larianes provençales et deux vaisseaux de Marseille i'ureut amenés à Biterte ou .i la Gouletic (/>, ]2i}-]}).

I2| V. Plantiit. Coiifsp{}iidattce des btys de Tunis, l. I, p. 6-'j, le texte des neuf articles de l'accord conclu par de Brèves en août 1605.

[%) Maiion.p. 36i-77,

(41 PIGEON\^-^u, t. II, p. 321-22,

(5) i' /"'"'' 1600. h di Bih'l'i. — Ltliti, t. V.

(6) Citait un renégat qu'il appelle toujours le Sigale ou Sigal.

(7) KUIffiHtt m à lifiui jr, 1$ aoùl 160 j.

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été faites directement par le roi à Elisabeth elle-même *, mais Henri IV était obligé Je la ménager et il n'avait guère foi lui-mùnie dans le succès de ses plaintes. Il répète îi plusieurs reprises dans ses lettres que les principaux officiers de l'entourage de la reine participaient aux bénéfices de ces brigandages, aussi n'en retirait-il que de vaines protestations de regrets * ou des réparations incomplètes. D'un autre côté, les Anglais craignaient une trop grande extension de notre commerce et le lieutenant de l'Amirauté s'était laissé aller à dire i notre ambassadeur que « s'ils nous accordaient tant de liberté sur mer nous y mettrions en deux ans plus de vaisseaux qu'ils n'y en avaient'. « Aussi c'est en vain qu'Henri IV poursuivit auprès d'Hlrsabetb la signature d'un traité formel qui assurât la sécurité du cotimierce franijais. Il profita de l'avènement de Jacques l"', qui se montr.i mieux disposé, pour envoyer Sullv en mission spéciale, tandis que les .Marseillais i bout de patience délibéraient de saisir tous les vaisseaux et marchandises appartenant aux Anglais*. Sully signa un traité dans lequel le roi Jacques déclarait désapprouver les pirateries de ses sujets. Quant à les réprimer, il ne s'en chargeait pas ; était-il disposé aie faire, c'est douteux, en tout cas il s'en déclarait nettement incapable, car il en vint ;\ prier Henri IV « de laire faire la chasse aux pirates anglais pour les ch.ttier comme des voleurs '". » Ce ne fut qu'en 1606, après trois ans de luttes sourdes que, la conspiration des Poudres décida Jacques I" ;\ se rapprocher de la France et à signer enfin avec notre ambass;idcur un traité de commerce qui rétablit des relations normales entre les deux p.iys'. Cependant les pirates anglais ne cessèrent pas complètement leurs courses.

La seule vraie ressource contre eux était d'user de représailles et Henri IV n'avait pas attendu longtemps pour s'en rendre compte, sa correspondance en fait foi. Il fut retenu dans cette voie parla crainte de déplaire .i ses alliés Turcs et Anglais, mais surtout par le manque de forces navales car, comme Jacques I", le sultan lui donna toute latitude d'agir. Mais le projet de construction de galères, sans cesse mis en avant, fut sans cesse renvoyé. Dés 1598, le roi en parle à de Brèves'; en i6ûo, le moment de l'exécution semble venu, le roi

(i) I.c 2 Icvricr 1602 il aiinom;a i son ambassadeur de Beauniont le clêp.irtd'un député de Marseille » chargé de présenter à Llisabetli un grand niémoirc des grandes vollcries desJits Anglais » et il le chargea de dire a la reine qu'il se tiendrait déchargé de ses dettes envers elle s'il n'obtenait réparation.

(2) .4 Je tirh'es. }t juilkt 1600. — IJ. 11 aoûl i6u3. Ltltres, I. V.

($) De Lacumbi:, p. 2ti;.

{j\) Atcb. Commun de MarseiUe. Rfg. dts Dilibèr. ti mars :6oj.

(5) V, Lettres â de Brèves, 22 juilkt, 1} iiov. 160} . Tome VI, .-Ifipend.

(6) Pigeonneau, t. Il, p. ^20,

(7) « Ditci-leur que je fais construire des galères, avec lesquelles j'espère .'i l'avenir avoir meilleure correspondance àvec eux que je n'ai lait et pareillement remédier aux atteutais des .anglais, v A de Brèves ^ S /hrùr tj^8. Lettres, tointlF.

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doit dire un voyage en Provence, c'est là qu'il réglera tout '. Mais le voyage de Provence ne se rit pas et, en 1603, Henri IV en était encore à prendre les incmes résolutions ; cette fois encore il devait aller en Provence pour se rendre compte par lui-même, mais ce projet fut de nouveau abandonné '. C'est en vain que de Brèves écrivait aux Marseillais : 0 II faut que le roi tienne 1 5 ou 20 galères dans les ports de Provence années X l'avantage, qui gardent ordinairement sa cote, taillant en pièces toutes galères, galliotes, frégates, b^i^antines sans avoir égard qu'ils se disent dépendants du Grand Seigneur.... Secondez-moi et importunez avec moi S. M. pour lui &ire prendre une entière résolution d'avoir des galères*. » Les pirates n eurent donc guère .\ redouter les poursuites des quelques galères royales ; ce n'était que de loin en loin qu'elles se signalaient par quelque prise que le roi savait habilement faire valoir pour mtimider les Turcs*.

Les Marseillais surent parfois, comme ils le firent souvent plus tard au xvir siècle, se protéger eux-mêmes contre les corsaires. « A\'ant reçu l'avis que les corsaires de Tunis préparaient quelques vaisseaux ù la Goulette pour courir sur les nôtres, la ville de Marseille qui en eut l'appréhension traita avec le sieur d'Autcfort, lieutenant du sieur de Beaulieu qui, moyennant une récompense de 50oécus qu'on lui promit, s'obligea de les aller brûler; il fit donc le voyage avec le vaisseau du sieur de Beaulieu et, comme il fut arrivé proche de la Goulette, il se mit dans une barque avec cinquante soldats et beaucoup d'artifices .\ feu et, nonobstant une grandt

S|uantitc de coups de canon et de mou.squets qui lui furent tirés du ort de la Goulette, ils brûlèrent vingt-trois bâtiments qui étaient sous cette forteresse, et même une galère qui n'en était éloignée que de la portée du pistolet". » M.illieureusement les armements que les Marseillais avaient fait auparavant .\ plusieurs reprises 'étaient loin d'avoir eu des résultats aussi heureux. En 1602 ils équipèrent deux grands vaisseaux de guerre pour escorter leurs navires et ils prirent la résolution, confirmée par lettres patentes du roi, de n'employer aucun vaisseau moindre de .j.ooo quintaux; les navires devaient naviguer en flotte, sauf ceux de 7.000 quintaux, et ils seraient bien pour\'us d'artillerie et de soldats à gages; pour animer les équipages ;\ bien combattre, on décida qu'en cas de mort ou d'infirmité on donnerait à chaque capitaine ou A ses héritiers 200

(l) y jaav. t€oo, jo mars 1600, 21 juillet 1600. A de Brèves. Lettres, t. V.

(i) // sept. tôoj. Lcllrts Miss. t. VI. Appriid.

(}) L/itre uii.v eorisnh Je ManfilU. AA, l/v.

Il) // Mùt 1602, à de Brèves. Lettres, t. V.

(3) RuFFi, p. 4.19. ^'n '^"y-

16» Voir au sujet des artncniciits : .irchives Commnttales de MarseiUe. R^. des DiUlir. .4sseiiiblJes des jy mwaiibre îSoO , ;2 jaiwitr rôoS, tS scpttPihre 160S, t6 février j6oç, & février 1610, 6 mai i6so.

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IXTKODUCTION

écu8| ^$o^ i\n piioïc ou .\ un écrivain, 50 écus A un lUtirinicr cl IS îk un iMOLisse ; tous les nfîkicrs et mariniers prC'tcraicnt iiTUicnt par di-vant le lieutenant île l'aniirautc de bien si: battre'. Mais ce rcKkment ne tut jus loiif-tenips exécuté, bien qnc, l'année

I rcKi e, le

suivante, le rui, sur le ciinseii de de Brèves, eût renouvela l'ordre aux Marseillais J'anncr en guerre leur» vaisseaux marchands*, et que pins tard, en 1609, l'assemblée de la Communauté de Marseille eût décidé de ni)nveau que les vaisseaux ne partiraient que trois par trois on quatre par quatre. Les tiiarins provençaux étaient ennemis de toute contrainte et leurs jalousies mesquines leur permettaient peu de s'associer. Ainsi, quels qu'aient été les efVorts du gouvernement royal ou de l'initiative privée, il est dirtîcile d'alfntner que Ic« piraterie» aient sensiMcnient diminué pendant les dernière» années du règne d'Henri IV; les Tunisfcns qui avaient juré la paix en 1605 n'en continuèrent pas moins leurs voleries connue Ceux d'Alger, ainsi auc le montre la correspondance roy.tle ou lespLiintcs des Marseillais*.

Il aurait t'alUi remédier aussi aux abus déjA nombreux dont souffrait le comnïerce du Levant, et, pour y couper court, lui donner une sérieuse organisation que personne n'avait encore songé A créer. I^ Conununanté de Marseille, bien qu'elle n'en eût pas le monopole, était seule i\ sa tète, au détriment des autres villes maritimes du Languedoc et de la Provence. C'étaient les consuls de cette ville qui, avec rassist.mce des assemblées de la Comnuinauié, s'occupaient de tout ce qui concernait s,i direction ou sa dét'ense et qui survtill.lient l'administration des Hchelles du Levant. Or les consuls étiient élus chaque année parmi les gentllhommes de Marseille et les bourgeois A l'exclusion des marchands, aussi ces magistrats étaient peu fdits ptnir s'occuper des détails du commerce qu'ils n'avaient jamais pra* liqn»'. On sentit si bien cet inconvénient que, les ditliculti*» du Cl devenant d». >. la Communauté

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(lu con«\ij;rcc et qu'on appela députés du comnienx*. Ces députés,

au mniibn- ' ■ a\ lurent choisis chaque amie* A partir de i J99,

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m bien qu'ils restaient deux nns en chnri^c et qu'il y en avait toujours Jeux nu courant des affaires en suspens. On leur allouait pour leurs frais « jusqu'à 1.200 ccus » qui devaient être imposas sur les marchandises. C'était un premier acheminement vers la séparation des artaircs du commerce et de la Commuiiautc et vers la création de la célèbre Chambre du commerce. Mais, pendant le règne de Henri IV\ les députés du commerce curent peu d'action; désif^nés par les consuls, ils leur restèrent étroitement soumis et ne jouèrent guère que le rôle, utile cependant, de conseillers et de rapporteurs des affaires. Les consuls étaient malheureusement peu disposés ;\ suppléer .\ leur inexpérience par leur dévouement aux intérêts publics. Marseille, plus qu'aucune autre ville, était alors déchirée p.ir des factions qui se disputaient les fonctions municipales et les exploitaient ensuite dans leur intérêt particulier. C'étaient les haines de ces factions qui, bien plus que les passions reli)^ieuscs, avaient troublé si profondément la ville à l'époque de la Ligue et devaient h troubler encore i l'époque de la Fronde. C'était aux hasards de CCS fluctuations des partis, de leurs vengeances et de leurs convoitises, qu'était laissé le commerce du Levant.

Dans le Levant, les ambassadeurs charyés de protéger nos m^rchands auprès de la Forte avaient acquis une redoutable autorité qui n'était limitée ni détinie par aucun acte royal. Les marchands avaient besoin de les ménager car ils pouvaient d'un jour A l'autre avoir besoin de leur protection pour obtenir la réparation d'une injustice ; s'ils les mécontentaient ils pouvaient en outre craindre leur vengeance car les ambassadeurs savaient se fiiire parmi les grands otiîciers de la Porte des amis prêts i les servir. Aus.si, la plupart des amba.ssadeurs abusèrent de leur pouvoir, surtout pour subvenir .1 leurs dépenses. Il est juste de dire A leur décharge que, dans une ambassade où les dépenses étaient très grandes et très nécessaires pour acheter les faveurs du Divan, la pénurie causée parles guciTCS de religion força les rois de laisser souvent les ambassadeurs manquer d'argent'. C'est pourquoi Henri IV institua en faveur de de Brèves un droit de 2 n/o i percevoir sur les marchandises tirées du Levant par les Français et ceux qui se servaient de leur bannière. Dans la pensée du roi c'était une mesure tout ;\ fait transitoire et,

négoce fut .ipprouvLL- par Lettres Patentes donncts 11 Paris le ij avril i6no ainsi

que la Icvtîe ilcs 1.200 tîcus, pour trois ans, auendant que par S. M, y ait été plus

meut pourvu. \AsstmbUt knut pour la nmnimtion dts iipuUi U s août tùoo.

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