LES PORTS DU POSANT
De tous les ports français du Ponant, deux seuls, au début du il'siccle, envoyaient directement leurs vaisseaux dans les éclicUcs: ctaicnt St-Malo et Rouen. Mais leurs voyages y avaient toujours té fort rares ', car les marchands du Ponant n'avaient pas les assortncnls de marchandises ni les piastres nécessaires pour faire par lix-mèmes le commerce du Levant, et de plus ils n'avaient pas de rrespondantsdans les échelles où tous les résidents français étaient s Provençaux, commissionnaires des négociants de Marseille ou ; Lyon. Li participation des villes du Ponant au commerce du ?vant fut seulement indirecte : leurs vaisseaux venaient churclier à arseille les matières premières nécessaires :\ leurs industries. Les alouins surtout, qui, de tous les Ponantais, possédaient alors le us grand nombre de vaisseaux, venaient fréquemment à Marseille *. Un document intéressant conservé aux archives de la Chambre' onne la liste de tous les navires partis de Marseille pour le Ponant 1680 à 1683 avec leurs ports d'attache et leurs chargements; il rmet de se tiirc une idée de la part que prenaient les ports de Océan au commerce du Levant. Sur 202 vaisseaux qui figurent ans Cette liste, S) se rendirent de Marseille i Saint-Malo, 54 au avre, mais c'étaient aussi des navires Malouins et leurs marchanises étaient à destination de Rouen, 17 à Dunkerque, 10 à Nantes, ù Bordeaux, 5 à la Rochelle et un seuli Rouen. Les autres avaient >ur destination des ports étrangers : 25 d'entre eux déchargèrent sur cargaison a Amsterdam, 9 .\ Londres, 9 à Hambourg et .} s'en Jèrent aux Antilles avec lesquelles depuis 1670 les Marseillais
1 1 ) Voir les Mtl-moires de Fabre, député de Marseille, nu Conseil du commerce, réponse aux récbmations des ports du Ponant en 1701. — liil'l. .Vu/, mis. ft. ()()'), fd. 26 ttfoî. )6. — Il soutient que Rouen, Dunkerque, Bordeaux, n'ont Tuis fait y droiture le commerce du Levant, quelque permission qu'ils en aient e avant l'cdit de 1669 et mùmc Rouen et Dunkerque jusqu'en 1685. — Les icunients signalent cependant chaque année des voyages de quelques Ponantais ns les échelles, mais c'est qu'ils avaient été nolisés par des négociants Marseil-
iï. Ainsi en 1685, deux vaisseaux de St-Malo panent de Marseille pour le Levant.
h 1686, sur 46 bâtiments qui reviennent de Candie et de l'Archipel ù Marseille, y a qu.Ure Malouins. V. les registres de la recette du cotiimo, CC, 3} et suiv,
- La présence de navires Dunkcrquois est signalée quelquefois dans la corre>-
pndance des échelles. ^7 mai lùSj, ç fh'ritr 16SS, jo iWt'd i6Sç, Letlifs àt
rifuli de Sytif AA, }SS.
{2] Dans les états de la marine niardi.mde remis à Colbert en 1664. on voit e St-Malo a 148 b.itinients, dont quatre gros vaissciux de }oo à 400 tonneaux, )is de a 50 .i Joo, huit de 200 i 250. — Rouen en a 94. dont un de joo à 40O
mnciux, deux de 200 à 250. — Le Havre a un vaisseau de jooi 400 tonneaux,
lUx de 200 J 250, sur 168 b.itimeuis. — Arch, dé la tiiar. B', 48!^.
commençaient à entrer en relation. Si l'on recherche quels étaient les ports d'attache de ces navires on voit que près de loo, c'est-àdire la moitié, appartenaient au port de Saint-Malo, tandis que le Havre, devenu définitivement l'avant-port de Rouen, n'avait envoyé à Marseille que 5 navires de son port. Pendant ces quatre années, il n'était sorti de la Méditerranée que 13 vaisseaux Marseillais; avec un navire de Saint-Tropez et deux de la Seyne, ils avaient été les seuls représentants de la flotte provençale dans l'Océan.
Mais il s'en fallait que ce mouvement considérable de navigation intéressât entièrement le commerce du Levant, car les chargements de ces vaisseaux étaient composés en grande partie de denrées de Provence ; il est vrai que les Malouins, en apportant à Marseille leurs morues et autres poissons salés, revendus ensuite en Espagne et en Italie, favorisaient les relations de ces pays avec Marseille et servaient ainsi indirectement au développement du commerce du Levant. En examinant les cargaisons de 25 des vaisseaux partis en 1681 pour le Ponant, on trouve que 19 portaient de l'huile, 18 du savon, 6 des amandes, 5 du bois d'olivier, des fruits, du cumin, 4 des câpres, 3 des noisettes, 2 du romarin ; il n'y en avait que 4 qui eussent quelques marchandises du Levant, coton, drogues, riz; deux renfermaient de la laine et du poil de chameau, un seul des galles, du séné, de l'encens, de l'alun. Cette constatation aurait lieu d'étonner si l'on ne remarquait que ce document est antérieur aux arrêts du Conseil de 1685 et 1692 qui rendirent plus rigoureuse la perception du droit de 20 0/0. Les plaintes de la Chambre étaient donc fondées : les Ponantais avaient besoin des produits du Levant; puisqu'ils ne les achetaient ni i Marseille ni dans les échelles, il fallait en conclure qu'ils s'adressaient aux Anglais et aux Hollandais'. Gênés dans leur commerce avec les étrangers, par la surveillance devenue plus sévère à l'égard des contrebandes, les Ponantais firent en vain tous leurs efforts, de 1701 â 1703, pour obtenir la liberté d'entreprendre « à droiture » le voyage des échelles ; pendant tout le xvn^ siècle, ils durent se résigner ;\ venir chercher à Marseille ces marcliandises qui leur étaient nécessaires.
(i) Une intéressante statistique conserve-eaux Archives nationales montre que des quantités considérables de marcluindises du Levant, comme les cotons, les poils de chèvre, les laines, etc., entraient dans le royaume par Rouen. F'*, i8}4 : Htat ths marchandise élrangcrcs entircs eu France en iOG<). — Mêmes états pour 1671, 1672, 1683.