‹ Histoire du commerce français dans le Levant au XVIIe siècleChapitre 63 sur 117 · LES ÉCHELLES : ALEP · texte numérisé non relu

LES ÉCHELLES : ALEP

le commerce. « Depuis que le Grand Turc est en guerre avec le roi de Perse, écrit le même voyageur, il ya toujours quantité de janissaires qui y vont et viennent, lesquels... se rendent maîtres de la ville et commettent mille pilleries.... Ils incommodent aussi grandement les marchands du Ponant et ne leur permettent point de sortir de leur caravansaral sans être accompagnés d'un janissaire auquel il faut qu'ils donnent une réale de 8 par jour (i piastre); s'ils sortent de la ville, il faut qu'ils donnent à leur janissaire dix réaies de 8. Les consuls nous dirent qu'ils avaient envoyé leurs plaintes à Constantinople et que, si le Grand Seigneur n'y mettait ordre, ils étaient résolus de quitter le trafic et la ville '. »

Quand la paix fut rétablie et que les Turcs restèrent définitivement maîtres de Bagdad, les pachas essayèrent bien, dans le but d'accroître leurs droits de douane, de favoriser le commerce avec la Perse, mais les efforts du.schah, joints ;\ ceux des Hollandais et des Anglais, le détournèrent en partie vers l'Océan Indien. Les Hollandais, établis à Ormuz, vendaient chaque année en Perse pour 1.500.000 à 1.600.000 livres d'épiceries, en paiement des soies qu'ils achetaient*. D'après le tableau des caravanes régulières de l'Asie Occidentale vers 1640, donné par le voyageur La BouUaye le Gouz, il partait une caravane d'Ormuz pour Ispahan tous les deux jours, depuis le i" décembre jusqu'au mois de mars*.

Une grande partie des marchandises de la Perse continuaient cependant d'être apportées en Turquie par les caravanes, mais au lieu d'être vendues à Alep, où elles avaient ;\ payer des droits de douane exorbitants et où les marchands redoutaient des vexations, elles étaient conduites à Smyrne. « Le commerce n'est pas si considérable à Alep qu'il était il y a vingt-quatre ans, lit-on dans un mémoire adressé en 1671 à la Compagnie du Levant. De sept à huit caravanes des Indes qui y abordaient tous les ans et qui vont à Smyrne, il n'y en vient ;\ présent qu'une, appelée la grande, chargée «le quantité de toiles et drogues, et de Perse ou Dierbec il en vient

(1) Fermanhl, p. 267, 275. U^ ne put visiter la ville en 163 1, parce que le Grand Vizir la tenait assiégée.

(2) TAVERNiER,t. I, p. 257. En i6)Oun différend s'élant élevé entre le scliahd Perse et la Compagnie Hollandaise pour le prix des soies, le schah leur fit savo i que ses sujets se passeraient aisément de leurs épiceries, parce qu'il avait dans s on royaume une plante qui était aussi forte et aussi chaude que pouvaient être le poivre et le clou. Les Hollandais cédèrent.

trois ou quatre qui portent ce que la grande n'a pu porter. De Mossoul et d'Assanmanzour, qui sont à douze journées d'AIep, on y porte des galles, la récolte s'en fait en octobre et les meilleurs viennent de Mossoul. Les caravanes des Indes et de Bagdad emportent d'AIep des draps, du papier, de la cochenille et des réaux'. »

Cependant, tandis que le commerce des Français était en décadence i Alep, les Anglais s'y établissaient de plus en plus solidement*. «Il y arrive tous les ans, dit un mémoire de 167 1, deux vaisseaux anglais nommés généraux, parce qu'ils partent pour la Compagnie, chargés de draps, d'étain et de plomb dont il se fait grand débite, et trois ou quatre vaisseaux pour le reste des retraits que les vaisseaux généraux y ont portés. Il y a vingt commissaires anglais, qui n'y peuvent être établis que de l'aveu de la Compagnie '. » D'Arvieux, consul d'AIep, nous apprend que, « le 26 février 1681, le convoi d'Angleterre arriva à Alexandrette. Il était composé de deux vaisseaux de guerre et de trois marchands avec une cargaison très considérable. Elle consistait en 325.000 piastres de réaux, 300.000 livres en patagons ou lions d'Hollande, 1.900 balles de drap valant un million d'or, cent sacs de poivre, une grande quantité d'étain, de plomb, de cochenille et d'épiceries. On estimait cette cargaison deux millions d'or ou 6 millions de livres ; c'en était assez pour enrichir le consul*. »

A la môme époque, les Français n'y achetaient jamais pour un million de livres de marchandises ; Alep était passée au quatrième rang, parmi leurs échelles, après Smyrne, Alexandrie et Seïde; môme, de 1700 à 17 15, elle fut dépassée en importance par Constantinople et resta la dernière des^cinq grandes échelles*. Les marchan-

(i) Aich. Nat. F", 64s. — Cf. Lettre de la Nation à ramb.nssadeur : «Cette échelle n'est plus ce qu'elle a été ; autrefois elle était la métropolitaine pour le négoce, et aujourd'hui elle n'est presque rien... L'échelle de Smyrne s'est faite du débris de celle-ci. » 26 juin i6j4. AA, 364.— V. D'Arvieux, t. VI, p. 419.

(2) « MM. les Anglais, dont le négoce est incomparativement plus grand que le nôtre », écrit le consul le 50 décembre 1663. AA. ^64.

(3) Arch. Nat. F", 64;. « Ils achètent soies, galles, drogues, laines de chevron, coton filé. »

(4) D'Arvieux, t. VI, p. 54. — Cf. Un mémoire .adressé le 16 septembre 1686 à M. de Lagny par le consul Julien, successeur de d'Arvieux, sur le commerce d'AIep. (Arch. des aff. Hrang. Mémoires sur le commerce du Levant. Carton. lôSj-iôçp).

(5) Sur 104.549.000 livres d'importations du Levant en France de 1671 à 1700, 21.482.000 vinrent d'.'Mep (d'.iprès les chiffres du cottinio. CC , 2j). Sur 153.205.000 livres d'importations, de 1700 à 1715, Alep fournit 10.604.000 livres (d'après JI, i}).

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