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i dises qu'on y achetaient étaient très variées : Alep était encore avec Smyrnc et Scïde l'un des trois grands marchés de soie, dont elle vendit en 17 14 aux Français pour plus d'un million de livres; elle était re.stéc le i;rand centre d'approvisionnement des noix de galles, dont elle exporta la même année pour 277.000 livres; les laines, les toiles, les cotons figuraient ensuite pour les chiffres les plus importants dans son trafic; enfin on y trouvait des cendres, de la cire et de nombreuses drogues médicinales*.
Les caravanes de Perse, qui alimentaient encore en grande partie le commerce d'Alcp, suivaient pour s'y rendre plusieurs routes, toutes peu directes et dangereuses : les marchands avaient beau aller en nombre et prendre des escortes, ils se mettaient ainsi ;\ l'abri des coups de main des pillards isolés, mais ils étaient à la merci des émirs arabes dont le passage des caravanes était la grande ressource; sous prétexte de droits de douane, ceux-ci les rançonnaient odieusement. Pietro délia Valîe donne de longs détails dans sa relation sur la rencontre qu'il fit de plusieurs chefs pillards et sur leurs exigences, il cite quatre seigneurs arabes qui percevaient régulièrement des péages sur la route du désert. En outre, il avait payé aux Turcs un droit de sortie en partant de Bassora, et il dut leur acquitter d'autres droits de douane en passant i Anna (Anah sur 'l'Euphrate), en arrivant à Alep, enfin en embarquant ses marchandises à Alc.xandrctte. « Il en est du désert comme de la mer, remarque-t-il, où la rencontre des ennemis dépend de la bonne ou de la mauvaise fortune.... ainsi on ne laisse pas de le traverser, bien
(i) Voici d'aprùs un document très pri5cieux des Archives de la Chambre du commerce, l'ctnt estimatif des m.irchandises qui vinrent il Marseille de 1700 a ' J747 (II, I }), le taMc.iii des marchandises venues d'Alep en 171X), année de trafic mayeii : 4 vaisseaux, 2 barques chargeas de : agobillcs (30.000 livres), assa-fœtida (6.631 livres), bedelium (2.582), coton ( 50. ;96), cendres (9.839), cire (9,000), cordouans ou maroquins (4.860), galb.inuni (504), gomme armoniac (2,99;), noix de plie (1^4.338), laines (130. ooo), musc (598), opoponax (3.042),
figtions d'Inde (1.458), plumes d'autruches (5.000), pistaches (7.398), rhubarbe 6.840), séné (1.236), spicanardy (3.168), scammonOe (17 388), semencine (7,176), se! armoniac (1.008), soies et bourres (146.331), turbit (4.060), loiles (150.000).— Total 726.079 livres. — L'année maximum des exportations d'Alcp tut en 1714 = 2.108.0011 livres; l'année minimum, 1703 =^' 277.000 livres. — On ne voit plus figurer dans les cargaisons les fameux camelots d'Alep dont parlent les voyageurs : n Ces admirables camelots, particulièrement couleur de feu, ondes, qui ne sont guère moins estimés que la moire. Les ouvriers qui fabriquent ces camelots et qui travaillent aux étoffes de soie sont en plus grande quantité qu'aucun autre et occupent à Alep les principaux bazars. » Savary. Dictionn., col. 1017-18.
qu'il y ait autant de danger que des corsaires ou des ennemis sur mer*.» Pour échappera ces vexations, les caravanes, suivant les nouvelles qu'elles avaient de la marche des princes bédouins, s'éloignaient souvent des routes ordinaires, jalonnées par des puits, et des centres de ravitaillement, mais ce n'était pas sans danger, car elles risquaient alors de périr de soif*. C'est pourquoi la durée du voyage des caravanes était très incertaine, autant que les frais auxquels elles étaient exposées : Tavernier considère comme extraordinaire d'avoir mis 65 jours dans un de ses voyages pour aller d'Alep à Bassora^ cependant Pietro délia Valle n'y était arrivé qu'en 69 jours.
Les caravanes ne se ser\'aient dans ce trajet, ni du Tigre, ni de l'Euphrate, comme voies navigables, et ne suivaient même pas leurs cours. « Pour ce qui est de l'Euphrate, écrit Tavernier, il est constant que la grande quantité de moulins qu'on y a bâtis pour tirer l'eau afin d'arroser les terres, en empêchent la navigation et la
rendent dangereuse Pour ce qui est du Tigre, il n'est guère
navigable que depuis Bagdad jusqu'à Balsara où on le monte et on le descend avec des barques. En descendant on fait d'ordinaire le chemin en 9 ou 10 jours. Il y a cela d'incommode qu'au moindre village ou pavillon d'Arabes que l'on trouve sur le bord, il faut aller raisonner et y laisser quelque argent. Il est vrai que les marchands de Mossoul et de Bagdat e"t autres, qui viennent de la Chaldée pour négocier à Balsara, font remonter leurs marchandises jusqu'à Bagdat, mais, comme il n'y a que des hommes qui tirent, les barques demeurent quelquefois en chemin jusqu'à 70 jours. Sur ce pied là on peut juger du temps et de la dépense qu'il fliudrait foire pour faire monter les marchandises par l'Euphrate jusqu'au Bir (Biredjik)
où on les débarquerait pour Alep Enfin quand on aurait la
commodité du Morat Sou (Euphrate) et qu'on pourrait transporter toutes les marchandises par cette rivière, les marchands ne prendraient pas encore cette route parce que, les caravanes n'allant ordinairement que l'été, elles pourraient rencontrer souvent des princes Arabes qui en ce temps h\ viennent camper sur les bords de
(i) PiKTRO DF.i.LA Vai.i.k, t. II. p. |)4-49i (.iniicc i62)). —Cf. Fermaxel. p. 290. Il revint de Baj^dad à Alep harcelé par les troupes d'.Xrabes. — Tavcniicr fut retenu cinq semaines avec sa caravane par un prince arabe qui força les marchands d'acheter les marchandises de ses sujets. Hn cnitre, il exigea .jo piastres par cliarge de chameau, t. I, p. 1.(1.
(2) 'r.WF.HMiR, t. I, p. 147. — la caravane avec laquelle il se trouvait comptait 6cx) chameaux et t^>^' li-nunies.
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l'Euphrate avec toute leur suite et tout leur bétail, pour y trouver l'eau et les herbages qui leur manquent alors dans le désert'. »
Il y avait cinq routes principales pour aller d'Alepà Ispahan : l'une par le Bîr (Biredjik), Orfa, Diarbek (Diarbekir), Van et Tauris*. La seconde se dirigeait à peu près droit i l'Est, par Mossoul et Hamadan. D'Alep, on allait à cheval au Bir^ en quatre journées de caravane, à travers un pays assez bien cultivé. Le Bir était une assez grande ville, où l'on trouvait en abondance toutes les choses nécessaires; c'était là qu'on passait l'Euphrate; la douane y prenait deux piastres pour chaque charge de marchandises, soit de cheval soit de mule, quoique les mules fussent beaucoup plus chargées, et une demipiastre pour chaque bête qui portait les provisions ; pour les chevaux ou mules de selle, le douanier ne prenait rien. Deux jours après, on arrivait à Orfa, où la caravane s'arrêtait d'ordinaire huit à dix jours, parce que c'était le pays de ceux qui louaient les mules et les chevaux et qu'ils y avaient toujours quelques affaires. Orfa, l'ancienne Edesse, était la capitale de la Mésopotamie; de h\, par Nisibin, l'ancienne Nisibe, on arrivait i\ Mossoul, « ville, dit Tavernier, qui paraît belle au dehors avec de hautes murailles de pierre de taille, mais au dedans elle est presque toute ruinée et n'a que de petits bazars borgnes. Le lieu n'est considérable que parle grand abord des négociants, surtout des Arabes et des Kurdes, dans le pays desquels se fait une grande récolte et un grand commerce de noix de galle*. »
La troisième route descendait au sud-est par Anna, où l'on passait l'Euphrate, Bagdad et Kengaver; la quatrième, qui était la plus suivie, descendait de Bagdad à Bassora pour gagner ensuite Ispahan, Enfin, la cinquième traversait le grand désert pour atteindre Bagdad; c'était une route extraordinaire où l'on ne passait qu'une fois par an, quand les marchands do Turquie et d'Egypte allaient acheter des chameaux. Les caravanes qui prenaient cette route ne se mettaient en chemin que qu.ind les pluies étaient tombées, pour trouver deTeaudansledésert, c'est-à-dire vers la fin de décembre. Elles n'employaient que des chameaux, cnr on restait souvent trois jours sans trouver de l'eau, tandis que sur les autres routes elles comptaient
(1) Tavernier, t. I, p. 138.
(2) Voir sa description d.iiis Poullct (t. II), qui la suivit pour revenir de Perse. (}) Taverkier, t. I, p. 162-186. Il suivit cette route en 1644 et 1651. — Thé-
venot la suivit aussi (t. II, p. 74).
578 TABLEAU DU COMAIERCÉ
beaucoup de chevaux et de mulets. DcBassora, on descendait en une] marée A l'embouchure de l'Huphrate; de lA, en quarante-huit heures, on arrivait au Bander Rie (licnder Rig) qui ne comptait que cinq à| six huttes de pêcheurs; enfin, en six jours, on parvenait ;ï Ispahaal par Kazeroun, Chiraz et Ycsdecas (Yezdikhast)*.
Alep comptait, au xvn' siècle, de 200.000 A 300.000 habitants*.] Ville de négoce, elle était occupée en grande partie par les bazars' dont les rues couvertes et voûtées à cause de la grande chaleur étaient en outre sans cesse arrosées d'eau pendant le jour, ce qui entretenait une grande fraîcheur. On y voyait de nombreux artisar qui travaillaient la soie, préparaient le camelot de poil de chèvre,^ tissaient et teignaient les toiles. Tous les habitants, à la réser\'e d( nobles et de ceux qui étaient fort riches, s'occupaient A quelque' métier ou au trafic. Ils étaient divisés en soixante-douze corps qui avaient chacun leur chef. Pour le logement des marchands étranger il y avait environ quarante ciravansérails, les uns servaient h rece voir les caravanes, les autres pour la demeure des Francs. « Le pli beau de tous, écrit Fermanel, est celui des Franç.iis qui est d'une telle étendue qu'il fait tous les ans 1500 écus de rente A La Mecque. • Tavernier parle de la « quaisserie qui est un lieu où les étrangers sc< mettent en pension A un demi-écu par jour et un quart pour le valetJ et où l'on est raisonnablement traité, » il y avait donc des sorte d'hôtelleries*. Cependant, elles ne pouvaient guère recevoir d'étrangers, car, quand la mission du sieur Fabre passa A Alep en 1705, avec une suite de cinquante-deux personnes, on ne put trouver auberge ni maison pour les loger, et on les répartit chez le consul 1 les marchands'
La nation française d'Alep, qui comptait encore en 1630 quarante marchands environ, avait diminué peu A peu et souvent n'atteigni^B plus le chiffre de vingt membres : en 1653 une lettre de la nation^
(1) Tavernier, t. I, p. 141-1 $9. — La BoulLiye te Gouï, d.nns son tabltiu J« i canvAncs régulières, dit qu'il y .1 une caravane J'Alep |K)ur Bagdad tous les deui-j mois (en 1648), p. 6^-64.
(i) Fcrmiintl lui donne 200.000 habitants. D'Arvicu.t estime ' ' 'ion
285.000 dont ;oi jj .000 chrétiens, .\rmcniens, Grecs, Syriens, ' N'vs
toricns cl environ 2000 juifs. lille avait trois bonnes lieues de drcuiiii.i<:uL^. i . M p. 420 et 459-
(5) Ferm.vnel, p. 266-72. — Thévenot. t. Il, p. 60. — TAXtiLSiER. t jy p. 154-IJ7. — D'.\Hviiïu.>c, t. VI, p. 4>8-457-
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porte quinze siRiiatures, en 1693, le consul écrit qu'il y a seize marchands, mais que cinq sont sur le point de partir '. Sur 1473 jeunes gens qui, d'après les registres de la Chambre du commerce, partirent pour résider en Levant depuis l'ordonnance du 21 octobre 1685 jusqu'en 1719,86 seulement allèrent s'établir ;\ Alcp. Les Anglais «étaient h peu près aussi nombreux que les Français * et avaient déjà un consul au début du xvii' siècle ; les quelques marchands hollandais qui résidaient ii Atcp restèrent sous la protection du consul de France jusqu'A la guerre de la ligue d'Augsbourg, où ils passèrent sous celle des Anglais. Quant aux Vénitiens, leurs affaires étaient tombées dans un tel désordre qu'ils songèrent i supprimer vers 1680 leur consulat d'Aiep, autrefois le plus important de ceux qu'ils avaient dans le Levant.
D'Alep à son port d'Alexandrcttc, en traversant la plaine d'Antioche, il y avait plusieurs journées de marche; la route n'était pas sûre et il fallait s'armer contre les Arabes pillards ; l'aga d'Alexandrette fournissait des janissaires d'escorte aux marchands ou percevait vingt piastres seulement, s'ils ne les prenaient pas. Tandis que dans les autres échelles il était interdit aux Francs d'aller :\ cheval, il ne leur était pas permis d'aller A pied d'Alexandrette à Alcp*. La distance entre le port et la ville, qui demandait pour être franchie plus de deux journées de cheval, était un grave inconvénient pour les marchands d'Alep qui n'étaient pas prévenus immédiatement de l'arrivée et du départ des navires. Pour y remédier les négociants se servaient depuis longtemps de pigeons voyageurs, sous l'aile desquels étaient attachés les avis qu'ils avaient ù donner ou à recevoir, les nouvelles se transmettaient ainsi en une heure et demie ou une heure trois quarts *.
Alexandrette n'avait qu'une rade foraine, heureusement très sûre; on n'avait jamais vu un vaisseau s'y perdre. Malheureusement
(i) Il V av.iit au inimc moment quatorze Juifs sous la protection de la Fnncc et cinq .iflaicM arriver sur un navire. — D'.Xrvieux, I. VI, p. 7}, dit que, %-crs 1670, soixante marchands composaient la nation.
|i| Dt iîniyn, hollandais <jui passa d Alcp vers i68o, dit que les Français y sont l« plus nombreux et au premier rang et que les .Anf^lais viennent ensuite. — Mais d'autres documents indiquent que dans cette période les Anglais furent souvent les plus nombreux et firent surtout plus de commerce — il y avait alors deux ladcurs Hollandais seulement.
(}) V. p. 270, la raison de cette obligation. Le voyage coûtait environ jo piastres.
(4I FERMANtL. — Ta\crnier dit que les pigeons mettent quatre ou cinq heures, ce qui serait très exagéré, car la distance A vol d'oiseau est de 100 à 103 kilométr.
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elle ne put prospérer, pendant tout le xvii' siècle, h cause de deux graves inconvcnienrs : l'air y était très malsain, parce que des marécages s'étendaient sur la plage, et les européens ne pouvaient guère y vivre que quelques années, encore ne se retiraient-ik pas sans avoir contracté de fâcheuses maladies. Aussi était-il ditlicilc de trouver des vice-consuls et des commis pour y résider. Le consul d'Alep écrivait le 28 juin 1692 : « le vice-consul d'Alexandrettc est mort..... autant qu'il en viendra, autant il en mourra. Il est mort» en effet, non pas de la peste qui a presque cessé, mais des fièvres de safran paclia qui ne pardonnent à aucun Français. Il est inutile d'en envoyer de nouveau pour les sacrifier'. » En outre, la plage n'chait protégée par aucune forteresse, si bien que les corsaires pouvaient impunément venir att.iquer les navires .lu mouillage; on vit même les Tripolins. descendre ;\ terre et piller les magasins et la douane ; un chevalier de Malte français accomplit le même exploit, il en coûta à la n.uion dix mille piastres pour n'être pas rendue rcs|>onsable; enfin le chevalier Paul av.nit failli enlever auprès d'Alexandrettc la caravane qui port.aît tous les ans X Constintinople le tribut d'Egypte*.
C'était le double danger de la maladie et des corsaires qui .iv.ijt fait abandonner Alexandrette au moyen âge et Tripoli était au débu du xvii* siècle le port d'Alep, mais les tyrannies du pacha avaien obligé les Français A quitter l'échelle*; après de difficiles négociations â la Porte, qui coûtèrent plus de 20.000 piastres \ la nation d'Alep, l'échelle avait été transportée en i6t2 â Alexandrette* Il n'y avait que cinq ou six maisons de Francs, en comptant celles des vice-consuls français et anglais, .assez commodément logés et qui recevaient les voyageurs, le logis de l'aga cl du douanier et une douzaine de méchantes huttes habitées par des Grecs qui tenaient
(i) .-/..-/, }6}. — n On appelle cette maladie s:ifrnn B.issia qui est une espèce! de jaunisse. On y trouve entre les facteurs des Européens une certaine inconi-l modité qui les rend comme p.iraiytiques de leurs membres; outre cela, ils sont] fort jaunes et d'un teint fort laid et ils ont presque toujours la fièvre. » Dk Bruyn, p. 372.
(2) V. pour ces faits, AA, }6}. A" Juin 1624, 2} juin tôjt et d'autres lettres d'.\lep, ainsi en 1681. — Tavf.rnier, t. I. p. 127.
(j) V. p. 13. — Fer-masei-, p. 259, 500. — Arch. Nat. Mimoirt de M. Ma(t. de ibfis. F", 64s.
(4) V. A A, ;6j'. Leilrts ik 1611-12, surtout la fhrifr 161 3, iioiit 1611.