LES ÉCHELLES : TRIPOLI
îlots'. En 1692, deuxfrc
fais;ticni. écrit le
ret pour des matel tuii.iul d'Alep, loutéi. les atlaircs des ninrclutuls tt de 1685 ;\ 1719 les registres de I.1 Chambre ne signalent que neuf facteurs qui allèrent s'y établir.
Tripoli de Syrie, bien qu'elle possédât tous les avantages qui manquaient à Alexandrette, ne put lui reprendre la place qu'elle avait perdue : l'air y était sain, sur sa plage sept grosses tours carrées la défendaient contre l'abord des corsaires', mais elle n'avait aussi qu'une rade ouverte, beaucoup moins sûre que celle d'Ale.xandrette', éloignée de cinq journées de marche d'Alep. Savary de Brèves la vit en 1605 dans toute sa prospérité avec de beaux édifices publics, bains, mosquées, « fondics et caravanseras *. » Mais, après le dcp.irt des Franç.iis, en 1612, elle n'eut plus de résidents pendant longtemps. Fermanel la visita en 1630 : les anciens bazars,
H les caravansérails et les maisons étaient en train de se ruiner. » On nous assura, dit-il, que, durant que cette ville était florissante, les Turcs y étaient insupportables, maintenant qu'ils sont dans la pau-
■vreté ce sont les meilleures gens du monde et nous n'avons trouvé en aucun endroit des Turcs si courtois et si affables*. »
Cependant si Tripoli ne redevint plus le débouché du grand m.irché d'Alep, la richesse de la région qui l'entourait lui permit
Kde retrouver la prospérité et suffit A y entretenir un assez grand commerce. « Cette ville est fort marchande, écrit d'Arvieu.x..,, on y fait un trafic de soies très considérable, elles sont du crû du pays, plus fortes et plus unies que dans les autres endroits de la ^cote, on les emploie à cause décela aux ouvrages d'or et d'argent.
(r) Fermanel, p. 258-261. — Tavkhnif.b, t. I, p. 120-134. — De Bruyn ; jAlcxanJrcttc n'a qu'un rang de maisons iur le bord de la mer, p. 572.
(2) De plus au lieu d'éire enferniée entre la mer et la montagne comme Alexandrette, elle était le diiboucliè d'un « terroir très fcrtitc et gras, abondant en {;rains, vins, huiles, fruits, et liclie pour le grand trafic des soies, de la manne qui se trouve au Liban, du s.ivon et des cendres à faire les verres. « — « Elle est entre deux plaines, l'une plantée de mûriers pour lu soie dont se fait li grande quantité et grand commerce, l'autre plantée d'oliviers. » — De Brèves. Relation, V- 40, J3.
(3) On ne voyait plus que les ruines du beau port entouré de murailles, qu'elle avait au Moyen-Age; elles apparaissaient i;a et là comme des écucils. Ferm.\nel, p. 301 . — Des sept tours, trois avaient été bdties du temps des croisades Les Turcs lei entretenaient avec soin. D'.^rvielx, t. II, p. 383
(4) « Les Français y ont aujourd'hui un consul et deux maisons ou fondiques où les m.trchands logent venant ici. Les Vénitiens en ont aussi un.... Les Anglais y ont un autre fondique.... 11 — de UtAL veal' (compagnon de de Brèves), p. 96.
(>) Fekmanel. p. 299-501.
382 TABLKAL' DU COMMIiRCE
On trouve aussi quantité Je ces cendres ' qu'on transporte à Marseille et à Venise pour faire du verre et du savon, des raisins sea qui viennent de Balbec, des tapis et des étoffes du pays, de soie, de laine et de coton. » Des marchands français revinrent y résider, mais ce n'est que vers 1680 que la nation française s'y oi^nisa définitivement avec un vice-consul, dépendant de celui d'Alep. On avait vu auparavant le consulat des français exercé par des Hollandais, des Anglais et des Italiens *.
En 1699, le vice-consul français se plaignait à la Chambre de la modicité des appointements qu'on lui avait attribués : « Je suis surpris, écrivait-il, qu'on regarde ce lieu comme une petite échelle, étant une ville considérable où il y a 80.000 habitants, à cela joint un pacha, un cadi, un caya, un aga des janissaires, quantité d'autres officiers.... c'est tout ce qu'il y a i Alep et il s'en manque beaucoup qu'il y en ait autant à Seïde*. » La nation française n'y comptait cependant quequelques marchands et, de 1685 à 1719, il n'y vint que quarante-trois résidents. L'échelle n'était visitée chaque année que par quatre ou cinq bâtiments qui généralement ne Élisaient que compléter leur chargement commencé à Seïde ou i\ Alexandrette. De 1700 à 17I) elle exporta pour près de sept millions de livres de marchandises parmi lesquelles les soies, les noix de galles, les cotons, les cendres, les huiles étaient les principales. On y trouvait aussi le café, le ri/ et d'autres marchandises d'Egypte apportées par les bâtiments français, turcs ou grec.-., appelés caravanaires, qui faisaient un cabotage actif entre les côtes de Syrie et les ports d'Egypte*.
Seïde, l'ancienne Sidon, nétait qu'une méchante bourgade, mais elle éuil devenue, grâce à son heureuse situation au milieu de la côte de Syrie et à ses communications faciles avec l'intérieur du pays, surtout avec Damas, la grande échelle de Syrie et la troisième
(1)1 l,;i qu.intitc Jl- no^ b.uiments venus cctt». aiince pour charger des cendres les .1 rendues si r-ircs qu'il n'y en a plus jusqu'à l'arrivée des caravanes. j> Lettre ilu vUf-i-oiiiul, 10 Jivr. i-ii. .iA. jSç.
(2) 2j thK'eml'it- 10S2. .lA. ;SS. l.t'.iy ,hi -.icc-comui . — AA, }}6. 20 août i66j : Le consul d'Alep a aiVernié le consulat de Tripoli au consul des Hollandais.
(5) AA, }$>). I) ii:ril ijiw.
(4) En 1714, .innée i.>ù le commerce de Tripoli atteignit son maximum, l'échelle l'ut visitée p.ir un v.iisse.i;:, q'.Mtre b.irqiies. treize vaisseaux venant de Seide et .\lexandrette. — La valeur des exportations lut de 1.025. 281 livres (cotons 44.CXX)— cendres 20..) 2 i — cité 2 7. M 7 — galles 59 737 — huile 51 .786 — soies 77S.1XK) — toiles 2o.<nx)i. — lin i70i>, les exportations ne furent que de 28. i!?6 liw. imininumii. — II, i;.
LES ÉCHELLES : SElDE
en Importance de toutes les échelles, ii la fin du xvii' siècle. Elle dut ' en panie sa fortune i l'cmir druse Fakhreddin qui s'en empara dans les premières années du xvii' siècle et en resta maître jusqu'en 1633 ; il en fît sa capitale et s'efforça par tous les moyens d'y attirer le commerce*. « 11 n'y a point de pays dans la Turquie, écrit l'envoyé de Louis Xfll Deshayes de Courmemiii, en 1621, où les chrétiens soient si libres comme dans les terres de Facnrdin. Ils ne sont point sujets aux avanies qui se pratiquent dans l'empire du Turc, chacun y vit en repos et les étrangers y reçoivent autant de protection que les naturels du pays. Le voyage que ce prince a fait en chrétienté où il a demeuré cinq ans a beaucoup servi à polir ses mœurs et son esprit*. » Cependant Fakhreddiiî porta un grand tort aux bâtiments qui fréquentaient Seïde en fai.s;MU combler son port, de crainte que les galères turques ne pussent y entrer et venir l'atuquer par mer.
Le port de Seïde était une rade ouverte aux deux extrémités, que les Provençaux appelaient un Frioul, abritée par une petite île de rochers. Elle était bien ;\ couvert du vent du S.-O. trés-violcnt et très-dangereux, mais ouverte au vent du Nord, qui n'était pas moins à craindre. Le fond, partout rocheux, y rendait le mouillage diilicile et il fallait prendre des précautions, pour empêcher les câbles d'être Coupée par le frottement. Ce port incommode avait l'avantage d'être défendu par un bon château, situé sur un rocher dans la mer vis-àvis de la ville, et réuni X la terre ferme par un pont de dix ou douze arches.
La ville, petite et fort mal bjitie, était habitée par des Turcs, Maures, Maronites et Juils : il n'y avait pas en tout 6,000 habitants*. Les étrangers vivaient dans deux grands « camps' » l'un sur le bord de la mer, l'autre plus grand, dans l'intérieur de la ville, qui servait aux Français, Leur consul avait acheté ù côté une belle maison très Ornée que Facardin avait fait construire pour y loger ses femmes. La nation française resta seule établie à Seïde pendant les deux tiers du xvii' siècle*. De 1685 à 1719, cent soixante -quinze résidents
( I ) Les clirâticns l'appelaient Facardin ou pL-kerdin. — I! était maître de toute •la côte depuis Tripoli jusqu'au mont Carmcl et de l'intérieur jusque vers Damas. — Il fut pris par les Turcs et mis à mort à Constantinoplc en 1633. Cependant ^»es neveux reprirent plus tard le pouvoir à Sdde.
(a) Deshayes, p. 441.
(j) DWrvieux, t. I, p. joi. — CoppiN, p. 420, — Thèvenot, t. Il, p. 20.
(4) Les Français appelaient camps, khans, cams, les caravansérails qu'ils habitaient.
(î) D'Arvibux, t. I, p. .^64. — Sav.wv dont ks renseignements sont un peu
passèrent de Marseille à Seïde, c'est-à-dire deux fois plus qu'il n'en partit pour Alep dans la même période. Il est vrai qu'on séjournait peu à Seïde et \a nation n'était pas plus nombreuse qu'à Alep ; vers 1670 elle se composait de 14 maisons, en 1713 de 18, dont quelques unes comptaient plusieurs associés. De 1671 à 1714 cette échelle exporta, d'après les chiffres de recette du cottimo, pour 53.000.000 de marchandises, ce qui était presque le double des exportations d'Alep'.
Le coton fut toujours le plus grand article du commerce de Seïde ; les Provençaux y achetaient à peu près en égale quantité les cotons en laine et les cotons filés. Les premiers étaient vendus en été aussitôt après la récolte, les seconds plutôt en hiver, car les habitants des vallées du Liban et de la Cœle Syrie filaient peu en été, occupés qu'ils étaient aux récoltes du blé, des olives et de la soie. Tous les lundis et les mardis se tenait à Seïde le marché des cotons filés, devant le grand camp eti travers toute la ville, jusqu'au bord de la mer. Les femmes y apportaient ce qu'elles avaient filé chaque semaine; pour en augmenter le poids elles vendaient leurs écheveaux encore mouillés, mais les marchands accoutumés à ce subterfuge, en tenaient compte dans leurs achats et faisaient ensuite sécher ces écheveaux sur des tringles en bois qui étaient scellées à cet effet dans les galeries du grand camp *. Les cotons de Seïde n'étaient pas aussi forts que ceux que l'on filait dans les autres endroits de la côte, mais ils étaient plus blancs et plus fins et coûtaient plus cher.
postcrieurs dit que les nations qui ont des consuls à Smyrne et à .\lep en ont aussi à Seïde à l'exception des Vénitiens et des Génois. Dict. du Coni , col. 1020. — .Après la mort de Fakhreddin, Seule souffrit be.iucoup des avanies ; à deux reprises, en 16)6 et en 1667. la nation abandonna l'échelle et se retira h Acre et à Tripoli. V. liv. I, cliap. i. — Lllri' du ij avril i6b-j. AA, j;6.
( I ) ce, 2} et siiiv. — V. à l'appendice les chiffres des exportations pour chaque année de 1671 à 171 4. — Savary, DicJ. col. 10 iÇ), dit que les Français faisaient par année niovenne 350.000 piastres de commerce a Seïde, chiffe supérieur à celui que donnent les tableaux du cottimo vers 1670, époque à laquelle s'appliquent les chiffres de Savary,
(2) Lellre du confiil, 2} /Vît. iji;. A A, jsS : On achète à Seïde les filés au marché public les lundis et mardis par l'entremise des censaux (^ui les pèsent avec leurs romaines; après quoi personne ne peut plus en acheter ailleurs pendant la semaine. — Voir aux Archives des affaires étrangères (Mtwoiics sur le commerce du Levanl. Qirtoti lôSj-i^'j) un intéressant mémoire touchant le commerce de l'échelle de Seïde et des dépendances envoyé par le consul Desguisier le 20 lévrier i(,c)i. — • Knlin, Monseigneur, je conclus pour vous dire que les l-rançais n'avaient jamais été mieux considérés à Seïde et toute sa dépendance que présentement. Les pachas nous honorent, nous aiment, et nous accordent tout oe que nous leur demandons de juste et de raisonnable. 0 — Il compte vingt marchands à Seïde.
LES ECHELLES : SEIDE
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Nulle part les rivalités entre march.uiJs français n'étaient ardentes que pour l'achat des cotons dans cette échelle ; la Cliam du Commerce et les consuls s'épuisèrent en vain en efforts pour les amener i s'entendre, souvent ils achetaient d'avance la récolte et se mettaient à la merci des cheiks des villages pour la fixation des prix. • En vain, écrit le consul le 25 septembre 1714, une ordonnance de l'ambassadeur, autorisée par arrêt du Conseil, interdit aux marchands de prêter ou avancer aucune somme aux cheiks du pachalik de Seide et autres, ni d'avoir aucun engagement avec uux ;\ peine de 100 livres d'amende... 11 y a, dit-on publiquement, plus de 80,000 piastres données en avance aux cheiks... Les villages du pays de Saphet sont assignés et hypothéqués aux Français en retour de ces sommes'. »
Le chiffre des achats de coton, étant subordonné ;\ l'abondance de la récolle, variait beaucoup suivant les années, mais il atteignait toujours au moins la moitié du commerce total de réchelle. En 1714, 44 bâtiments français qui y chargèrent 2,588,000 livres de marchandises emportèrent i . 150.000 livres de cotons.
Ils transportèrent aussi cette même année pour 540.000 livres de soies; mais les soies qu'on achetait à Seïde, récoltées surtout chez les Druses et appelées pour cette raison soies Chouf*, étaient les plus grosses et les moins estimées du Levant, on les employait pour faire les velours. Les cendres et les huiles figuraient dans les chargements de Seïde en quantités assez considérables ; on trouvait aussi dans cette échelle du riz et du café apportés d'Egypte par les navires « caravanaires »'. Les cargaisons des vaisseaux français qui y abordaient étaient peu importantes : c'était l'une des échelles où l'on portait le plus de piastres et les marchands de Marseille
(11 AA, jjS.
(2) On appelait en clîct le pavs des Druses, pays de Cliouf. — « Le pays de Chouf ou des Druses au N.-E. Je Seïde est moiitueux mais agréable, rempli de tiuantité de vignes, oliviers et mûriers à soie. Les Druses se irroiciit issus des Iransiiis et les .accueillent très bien. » Coppi.n, p. 459. — « Dès qu'ils ont un petit rjiorccdu de rocber, s'ils y peuvent faire tenir deux doigts de terre, ils y plantent Un mûrier. » Thèves'ot, t. 11, p. 20.
(3) En 1700, année moyenne pour la valeur du commerce de Seïde. l'échelle fut visitée par six vaisseaux et quatre barques. — La valeur des exportations fut de 1 -CI 7.000 livres (Glu, 560. — Soies et bourres de soie, yj.ooo. — Cendres, 73.500. — Casse, 1.080, — Cire, 580. —Cotons, 721 000. — Galles, aa.otx). — - Laines, 9.000. — Ri/., 84.000. — Soies, 83.000. — Sel armoniac, 156. — Toiles, 420). En 1714 (maximum) 10 vaisseaux et 34 barques visitèrent l'échelle. — Leurs chargements valurent 2. 388.000 liv. — En 170} (minimum) les cxpor-
faisaient aussi remettre à leurs commissionnaires de Seïde des lettres de change à négocier sur leurs correspondants de Constantinoplc où l'on portait au contraire des marchandises pour une valeur supérieure à celle des achats.
Seïde faisait une partie de son commerce avec Damas ; de li, venaient les cotons filés les plus beaux, les plus fins et les meilleurs, des toiles de coton blanches et bleues, des soieries et d'autres étoffes que les ouvriers de Damas fabriquaient en grande quantité : velours, satins, taffetas, damas, brocards, tabis, moires. Damas était en effet l'une des villes les plus riches et les plus commerçantes du Levant. Les caravanes de la Mecque y apportaient des drogues de toutes sortes, des épiceries, des marchandises de Perse et des Indes ; les Francs y vendaient des draps de soie, de laine et d'or, du papier, des bonnets, de la cochenille, de l'indigo, du sucre et quantité d'autres marchandises transportées par caravanes de Seïde, de Barut et de Tripoli*. Mais ce commerce paraît avoir diminué peu à peu dans le courant du xvu" siècle. A la fin duxvi"-' siècle Damas était l'échelle principale et le consul y résidait, mais l'incommodité et les risques qu'il y avait pour le transport de l'argent pendant trois journées, par un chemin dangereux et souvent impraticable, fit juger à propos de transporter le consulat et le siège du négoce A Seïde.
En 1630, Fermanel trouva encore i\ Damas un consul des Français et des marchands Vénitiens qui y vivaient en grande liberté. Les ouvriers de cette ville étaient encore habiles dans la trempe de l'acier et fournissaient aux marchands de fort beaux coutelas; le commerce des raisins secs y était considérable h cette époque ; les émirs propriétaires des vignobles qui les produisaient aux environs de Damas en affermaient la vente à un partisan qui en expédiait chaque année 500 quintaux; malgré ce monopole, on faisait ;\ Seïde de grands profits sur cette marchandise, mais on se mit à cultiver en Italie les panses de Damas et on apprit à y préparer aussi bien les raisins secs, aussi dès 1660 la vente en avait i\ peu près cessé. D'après d'Arvieux, Damas à cette époque commerçait surtout avec
Utions furent de 83.000 livres. 7/, ij. — Pour tout ce qui concerne Seïde, Voir Dkshayks, p. 441-42, Fer.manix, p 526-28, Copris, p. 419-23, D'.\ h viiiux, surtout, qui y résida plusieurs années comme marchand, t. 1, p. 262-466; t. III, p. 341 etsuiv. — Cùmspoudatuc consulaire. AA, JSÙ-J42. — Savary, D/V/. du Comm., col. 1019-20, (i) D'Arvikux, t. II, p. 462-64.