LES ÉCHELLES : DAMAS, BARUT
Alcp quoique le trajet fût plus long de cinq à six journées et les chemins peu sûrs, parce que les marcliands de cette ville n'étaient pas a-ssuri^s de trouver à Setde les marchandises dont ils avaient besoin, les Marseillais y port;int surtout de l'argent. I! y r<îsidait cependant encore des marchands français ainsi que des médecins et des chirurgiens'. iMais le voyageur Lucas, qui visita Damas en 1715, ne signale la présence d'aucun résident français, bien qu'il insiste sur la présence dans cette ville des capucins, des Pères de Terre Sainte et des jésuites *.
Seïde était en outre le magasin et l'entrepôt où étaient envoyées toutes les marchandises de la côte de Syrie, des échelles secondaires de Barut, Acre et Rame. Les marchands de Seïde eurent longtemps des commis qui y séjournaient à demeure, y faisaient des achats en leur nom et envoyaient les marchandises i Seïde par les bateaux du pays. Dans la seconde moitié du xvn' siècle, les résidents y formèrent des nations distinctes avec des vice-consuls dépendant de Seïde; elles furent en rivalité constante d'atl'aircsavec les marchanda de l'échelle principale, parce qu'elles exploitaient à peu près les mêmes marchés et acheuientles mfimes marchandises, ce qui donna lieu parfois à des querelles fort vives*.
La ville de Barut avnit été avant Seïde, parait-il*, le siège de l'échelle ; tlk- était deux fois plus grande qu'elle, entourée de murailles bien entretenues et beaucoup mieux b.ltie. La plupart de ses habitants étaient des chrétiens et des maronites, ils passaient pour être particulièrement doux et polis. Son port avait été comblé comme celui de Seïde par l'émir l'akhreddin : il avait fait .s;iuier deux puissantes tours qui en détendaient l'entrée, leurs débris l'avaient obstrué et les alluvions de la mer av.aient fait le reste, il n'y pouvait entrer que de petits bateaux, mais il y avait en dehors une bonne rade avec un fond d'excellente tenue ; cependant, iï cause de
(1) Voir sur k comnicrcir Je Dam.is ; pERMANia, p. ÎI2-2:, D'Auvicex, t. I, p. Î39-465. Coi'PiN, p. 122, TiiCVENOT, t. II, p. 25-40, it diScrit Damas en 1663.
(2) Liic\s, p. Î49.
(i) Voir la ConrifKivJaiice d< r/chelU deSeidt. A A, )jf>-}.f2. — On relève dans kplus ancien des rejjistres Je-» arcliives du con*uI;it de Beyrouth (1608-1625) les nom* d'une trentaine de Français. — Je dois ce renseignement à l'obligeance de M. le consul général Jullemier.
(4) Anb. Nat. P', ('•./;. Mémoire de i6Sf. — « Les Français rappellent Barut, les gens du pays Bcirout. On tire le nom de Beiroutde Bir qui en arabe signifie puiis, parce que sa situation dans un lieu tout environné de montagnes le fait met ressemblera un puits. » D'ArVieux, t. II. p. 337.
la cniinte des corsaires, les vaisseaux français n'allaient qu'.\ Scîdc et il était rare qu'on en vit un A Barut dans une année. M
Cependant la richesse du territoire environnant et la soie qu'il produisait en quantités considérables y attiraient un grand cotumerce. « L'émir Fekherdin, rapporte d'Arvieux, regardait le territoir de Barut comme son jardin de plaisance et, comme ses sujets étaient bien plus riches de son temps qu'ils ne le sont, depuis qu'ils sont tombés sous la domination des Turcs, ils tâchaient de l'imiter eC avaient un soin particulier de cultiver un terrain si bon.... On y voit encore i\ présent de longues allées d'orangers et de citronniers quî^ faisaient les clôtures de leurs jardins à fleurs. Les choses sont aujour-^ d'hui (i6éo)dans une situation bien différente : accablés des vexi-j tions continuelles des pachas et autres officiers aussi avares, ils n< songent qu'a remplir l'avidité de leurs tyrans, leurs jardins à fleui sont complètement abandonnés, ils ne pensent qu'à cultiver leurs mûriers blancs et à élever les vers à soie qui sont leur commerce et
leur meilleur revenu Il y vient des caravanes de Damas, d'Alcpj
et d'Egypte, surtout dans le temps qu'on Élit la récolte de la soie. UJ s'en (ait de grandes levées pour leurs Éxbriques de satin, de velours et d'autres étoffes dont il se fait une grande consommation dans le pays parce que les Turcs sont magnifiques dans leurs habillements'. Barut recevait encore plus de soies de la région des montagne voisines : tandis qu'A Seïde on était en rapport avec les Druscs, il Barut c'était avec les Maronites, si bien que, dans l'intérêt du com-j merce, des cheiks maronites furent chargés à deux reprises, en 165 J, et en 1702, du consulat de la nation française*. Les soies barutincs»] jaunes et 'olanches, plus fortes que celles de Tripoli, mais moins qu« celles deSetde, servaient pour les taffetas, les tabis et les moires. Les marchands français établis i Barut* achetaient toujours lo meilleur de la récolte et ne laiss.iient que des soies moins fines ai caravanes qui venaient y trafiquer.
(1) D'Arvifux, t. II, p. 5 î 7-49-
(21 V. d'.\rvieux : Hist. du chtik Abou \a»fej, t. II, p. }S5 et suivants. Pontwliartrain dans une lettre à b Clunibnc du î8 juin 1702 annonce que ».t livres d'.ipfXJÎntcnients sont accordas ,1 Hussein Asin émir, prince des inaroniTt consul de I3arut. ainsi au 'au patri.irche de cette n-ition à Antioche qui resiJt; juj luonastèrc du Canobin (dans le Liban). Ces sommes seront payL'es par les dipvjt6 de la nation Je Seide. HB, S;. — « Un chef des Maronites fut honord il v j quelques annèej de la qualité de consul de la nation française 1 Barut, aussi éuir-il le plus connu et le plus distingué- d.ms sa famille. » Lucas, p. joi (en 1715).
(3) D'.\r\icus en cite quatas