LES ÉCHELLES : ACRE
Acre, le grand port de la S3'ric au Moycn-Agc, n'ctait plus qu'un monceau de ruines couvertes en partie par les sables que le vent y avait apportés; ses belles murailles doubles, si fortes, si épaisses et si bien cimentt-es, avaient été renversées dans ses doubles fossés et les avaient comblés ; on y voyait quelques beaux restes, comme ceux du palais des grands maîtres et de celui que l'émir Fakhreddin avait fait bâtir. Une tour carrée sur le bord de la mer défendait le port, auprès était la demeure de Taga qui dépendait du pacha de Sephct ou Galilée. Le port était encombré de ruines, qui en rendaient Fabord fort dangereux, aussi les vaisseaux mouillaient dans la vaste rade d'Acre, nuis celle-ci complètement ouverte n'offrait aucune sûreté, les naufrages y étaient fréquents, aussi les navires allaient souvent se réfugier en dice dans celle de Cailfa, abritée par le Carmel ; malhcureusemem c'était le point de la côte le plus exposé aux corsaires chrétiens ou turcs, qui y croisaient perpétuellement.
Acre n'était même plus un bourg, car on n'y voyait qu'une cinquantaine de maisons fort misérables, presque des huttes. Il y *lemeur.ait en outre en 1630 « environ deux cents familles de Maures *Ians des voûtes et des caves qui se trouvaient parmi les ruines'. » Les Français continuaient d'y faire un assez grand commerce et jusqu'en 1700 ils furent seuls à y résider*. Les vaisseaux anglais et hollandais venaient cependant y faire chaque année des chargements, mais les marchands de ces deux nations, qui résidaient A Alep, donnaient leurs ordres aux licteurs français d'Acre pour flùre les achats à leur nom et leur remettaient pour cela 2 % de commission*. En 169^, le consul de Seïde empêcha un Anglais de s'établir .\ Acre et à llame pour conserver à la nation le monopole du commerce et il accepta l'offre que lui faisaient les consuls anglais et hollandais d'Alep
(i) Fermaxel, p. 334. — Thévenot, d'Arvikux.
(3) COPPIN, p. 432, parle cependant d'un Hollandais qui était vice-consul dc$ Français.
(3( « Vous souhaitez de savoir au sujet du niigoce que les n.itions étrangères font a la dépendance de cette éclicllc : il vient à Acre tous les ans un convoi Je Holl.indt' qui, lorsqu'il est arrivé, trouve tout son chiirgeuicnt prêt en cotons, en laines, consistant à 3 ù 4cx> balles plus ou moins ; ils chargent aussi quelquefois cjuelques halles de filés à nolis pour nos messieurs pour les porter i Livourne, et lorsque ledit convoi est entièrement, il retourne à .Mexandrctte pour y finir son chargement. Il vient aussi à Acre J à 4 vaisseaux anglais une fois l'année pour y charger aussi des cotons en laines, les uns en prennent 200 balles et les autres plus et quelquefois seulement 40 à 50 puisqu'ils ne vont au dit endroit que pour commencer leur char^cmont pour aller ensuite à .'\lexandrette. » Uttiedu <onsul tit Seide il lit ClMitihx, 57 ncvanhii- 16SS. AA, fjfi.
de se charger de la protection de leurs nationaux dans ces deux endroits afin de les détourner d'y établir des vice-consuls*. Cependant en ryoo, malgré les nouveaux eflPorts de notre consul, le sieur Maashouk, hollandais, fut établi à Acre comme vice-consul de Hollande et d'Angleterre* et il troubla bientôt l'échelle par ses intrigues et ses prétentions. Malgré la violente querelle qui éclata entre lui et la nation française d'Acre et deSeïde*, on vit en 17 14 le viceconsul d'Angleterre et de Hollande chargé aussi du consulat des Français*. Ceux-ci étaient cependant toujours aussi nombreux et leur nation, composée de dix-sept ou dix-huit marchands, n'était pas moins importante que celle deSeïde.
Elle habitait dans un petit « camp » commode construit par l'émir Fakhreddin pour les étrangers, et dans quelques maisons, semblables plutôt à des cabanes, que quelques marchands s'étaient fait construire aux alentours, dans le voisinage du port. Le commerce d'Acre consistait surtout en cotons en laine et quelques cotons filés qui venaient de la Galilée, en cendres vendues en grande quantité h Marseille et à Venise, pour la fabrication du savon et du verre. Ces cendres provenaient de ceruiines herbes qui croissaient sans culture et que les paysans fauchaient et faisaient brûler. Le territoire était fertile en blé et en riz et :\ certaines époques de disette en France, de nombreux navires étaient venus charger ces deux denrées. Ainsi le voyageur Fermanel trouva dans la rade d'Acre, en 1630, trente-deux vaisseaux ;\ la fois « dont le moindre était de 150 tonneaux y en ayant de trois et quatre cents, jusques ;\ six cents, qui tous étaient venus pour prendre du blé. » En 1714 les prix des ri/ ayant été gAtcs en Egypte par l'arrivée de trop nombreux navires, un grand nombre vinrent charger du riz ;\ Acre, où depuis longtemps on n'avait vu des bâtiments en aussi grand nombre'. Mais en temps ordinaire les vaisseaux français venaient peu à Acre, dont on expédiait les marciiandiscs à Seïde sur des bateaux du
(i) Lettre, du cpiisuI, 2) décembre i6ç}}. AA, j}6. (2) L-ttre du consul, 20 Juin lyoo.
(î) Voir au sujet de celte atîairc : Ij;llre du consul de Seide, ;> avril tyn.j. AA, jjj. — L'ambassadeur, mis au courant, ordonne d'expulser Maashouk.
(4) Lettre du consul de, Seïde, 12 jhrier iji.f : « Les assemblées d'Acre no sont que des coliucs, les marchands ont rompu leurs pipes sur l'estomac du viceconsul d'Angleterre et de Hollande à qui j'en ai lait (aire satisfaction.» AA, }jj.
(5) 12 août iyi4. AA,}}S.