LES ÉCHELLES : KAME , JAFFA
pays, ou, s'ils y passaient, c'était pour y prendre seulement une partie de leur chargement, qu'ils coniplijtaicnt A Scïde'.
Kamc, l'éciielle de l:i Palestine, ;\ quatre lieues de Jaffa dans l'intérieur des terres, n'était qu'un mauvais bourg, «011 il y avait plus de masures que de maisons », La seule habitation considérable était la maison de Nicodéme, que les rois de i'rance avaient fait reconstruire : les marchands français y demeuraient, ainsi que tous les pèlerins qui scrcndaient A Jérusalem. On y faisait presque exclusivement le commerce des cotons filés apportés de la Judée. Cette petite échelle, où résidaient cependant huit marchands français en 1670, ne put jamais prospéreret fut même abandonnée :\ plusieurs reprises, :\ cause de l'insécurité croissante dans laquelle vécut la nation. Les gouverneurs s'y montrèrent toujours tréstyranniques, mais surtout les Arabes pillards étaient les vrais maîtres de ce pays désolé et rançonnaient sans cesse les indigènes aussi bien que les étrangers. En 1692 ils assassinèrent même le gouverneur et l'échelle fut abandonnée plusieurs années par le vice-consul français et le seul marchand qui y fût resté avec lui ; cinq marchands revinrent pourtant s'y établir en 1700, le pays étant redevenu plus tranquille, mais en I7ri le vice-consul se retira de nouveau et il fut question de transporter définitivement l'échelle à Jaffa pour éviter des dépenses inutiles*.
Jaffa, le port de Rame, était le plus misérable de toute la côte, l'ancienne ville n'était plus que ruines, il nen restait debout que deux tours où logeaient quatre ou cinq Turcs, que le pacha de Gaza envoyait pour garder le port. On n'y voyait pas même de maisous et ceux qui abordaient n'avaient pour se mettre .1 couvert que cinq anciennes voûtes qui se trouvaient le long de la marine, c'est pourquoi la nation s'était établie à Rame. Vers la fin du xvii* siècle, la situation de Jafîa semblait cependant s'améliorer ; on y voyait quelques magasins, des maisons et une mosquée, mais ce lieu était
(1) Au «ujet d'Acre, voir:DESHAYES,p. 451, Fermanel. p. 334, CoppiN.p. 4^2, Thévenot, p. 422, d'.'Xkvieux, t. I, p. 270-7^. DE FiKUYN'.p. 31)9-14, qui uxagôre l'importance de son coinmcrce. — S\vah\, Dictioiiii., col. 101^-20. — Coiresfvml. 4f làhellt dt Seule.
(2) V. Littrt du consul dt Stidi, jt ianv. 1697,6 avril 169^, AA, j}y —du consul de Jérusalem, iS atfil lyoo, AA, jSS — df PotiUharlrain, 1" mai lyti. BB, S). — Sept nurclunds partent de .Marseille pour aller résider à Rame de 1685 â 1719 — Au sujet de R.inie. Voir : Deshaves, p. 371. — TiifevtS'oT, p. 563 — d'Arvieux, t. I, p, 340 — Savary. Dicl. col. 1019-20. — Lfltres de hchelU. A A, 36 t.
exposé sans défense aux pillages des Arabes ainsi qu'aux attaques des corsaires'. Dans l'ancien port il ne pouvait entrer que de petites barques, et les vaisseaux n'étaient en sûreté dans sa rade que pendant l'été, aussi les Français n'y venaient-ils jamais charger et prenaient les marchandises de Rame à Acre ou à Seïde *.
Jérusalem, où résidait un consul français à la fin du règne de LouisXIV, n'était pas une échelle et on n'y voyait aucun marchand. De tout temps les pèlerins et les religieux latins gardiens des Lieux Saints, avaient été sous la protection du roi de France et de son ambassadeur à Constantinoplc. Ce rôle attribué au roi rehaussait grandement le prestige de la nation aux yeux des Turcs, ainsi que le montre ce propos d'un pacha de Damas au consul de Seïde à qui il disait « que la grandeur du Sultan consistait i avoir les clefs de la Mecque et que l'autorité du roi surpassait celle des autres rois et provenait de la grâce que Sa Hautessc avait faite à S. M. de lui donner les clefs du saint Sépulcre*. » Mais les chrétiens de rite grec ou autres, sujets du Grand Seigneur et favorisés par les pachas, ne songeaient qu'à s'emparer pour eux seuls des Lieux Saints. En 1690 les négociations de l'ambassadeur de Cistagnères avaient eu raison encote une fois des intrigues des Grecs : « L'affaire de Terre Sainte, écrivait-il, m'a retenu plus que je ne croyais. J'ai enfin obtenu la restitution de tous les Lieux Saints pour les religieux francs dont les Grecs les avaient dépouillés, c'est-A-dire qu'ils ont ;\ présent le Saint Sépulcre qu'ils avaient perdu depuis quinze ans et même la pierre de l'onction, le calvaire et la crèche de Bethléem dont ils avaient été chassés depuis 56 ans. Le bonheur que j'ai de satisfaire aux ordres du roi sur ce chapitre satisfera beaucoup sa piété*. » D'un autre côté les pèlerins qui se rendaient à Jérusalem étaient exposés sans défense aux exigences du pacha et aux insultes de la population. Ce furent ces raisons qui firent songer à l'établissement d'un consul à Jérusalem.
(i) En 1689 trois corsaires l'rançiiis tirùrcnt plus de 200 coups de canon sur Jaffa. Lettre tU la nation- de Rame, iS juin i6S<) (vice-consul et deux marchands), AA, 361.
(2) Sur Jaffa. Voir: df. Brèvks. p. 85-87; Deshayks, p. 378 ; Thkvexot, p. 416 ; DK Bruyn, p. 500 — « .'\ récliellc de Rame qui est le port de JalTa, dans la belle saison il y va un des vaisseaux anglais pour y charger partie de trois ou quatre cents sacs savon et environ deux cents balles filets (cotons lilés) de R.inie qu'ils font faire tous les ans à un marchand maronite. » — 27 novembre 16SS. Jj-ttie ilti consul th-Sàtle. A A, }]y.
(3) 7 /H/7/i-/ 17/.?. Lellrv du consul Je Si'ïJe. AA, jjS. ( }) L'tire du jo mai i{n)o, à la Chambre. AA, i./^.