‹ Histoire du commerce français dans le Levant au XVIIe siècleChapitre 69 sur 117 · LES ÉCHELLES : JÉRUSALEM, CHYPRE · texte numérisé non relu

LES ÉCHELLES : JÉRUSALEM, CHYPRE

Les deux premiers consuls qui )- furent envoj'cs furent chassés au bout de peu de temps, le sieur Lempereur en 1624', le sieur lîrémond en 1700; une troisième tentative réussit mieux en 171 3 et le consulat resta délînitivement établi*. « De tout le Levant, écrivait Brémond .\ la Chambre en 1700, je ne crois pas qu'il y ait un consul <]ui vous soit plus inutile que moi. » Cependant, les échelles de Rame et de Jaffa étaient de son ressort*, aussi le commerce payait ses appointements de 5.000 livres, comme ceux de tous les consuls. Chypre doit être rattachée aux échelles de Syrie, caries vaisseaux qui fréquentaient ses ports étaient ceux qui allaient charger ;\ Alexandrette ou \ Seide*. Conquise par Selim II en 1570 et cédée délîniti- >'emeni par Venise en 1578, la domination ottomane lui avait été funeste. Tandis que, depuis les croisades, sous le gouvernement des Lusignan et de Venise, elle était devenue, grilce à la fertilité de son sol, une des terres les plus riches de la Méditerranée et l'un de ses niarchc-s les plus importants, sa décadence lut rapide au xvii' siècle, à à cause du joug tyrannique que les Turcs firent peser sur les habitants, les plus maltraités de l'empire ottoman. Les descriptions des voyageurs témoignent encore de son importance au début de ce siècle. • Chypre, dit de Brèves, produit quantité de sucres, cotons, blés et vins exquis, huile, térébenthine, safran, légumes de toutes

(1) Le pacha Je Damas le fit prendre en 1624, l'enteriua au cliiteau de Damas ot ne le délivra que inoycniiatit 5 .000 pi.iitres ; mais il ne voulut p.is le laisser revenir i Jérusalem malgré les commandements Je la Porte. — V. aux Ajf. itr. Corr. polit. CûHStanl. Ri't;. }, les lettres de Lempereur, fol. ni, 320, 14^.

(2) Ct'. p. îîo au sujet de cet établissement. L'idée en avait été donnée par Dortiires, lors de sa visite des échelles en i6t46 ct l'arrêt du Conseil du 31 juillet 1691 en avait décidé la création. liB, 4.

(3) Lettrts dn iS mit /700, iS avril tji}. AA, jfS— Brémond réclamait, pour qu'il pûi jouer réellement un rôle utile, qu'on mît sous sa dépendance l'cchclle d'.\crc. Aussi y eut-il dés le déhui rivalité entre le consul de Jérusalem *;t le consul de Seide qui s'intitulait auparavant consul pour la Palestine, Galilée, Sam.irie «l Judée. En effet, par une lettre du 28 avril 1694, Pontchartrain avait charcé celui-ci de faire les fonctions de consul a Jérusalem « en attendant que

[S. M. y eût pourNU (A A, ]}ô). Sur l'ordre du ministre, le consul de Seîde avait

Irait chaque année un voyage a Jérusalem pour les fêtes de Pâques, jusqu'en «699.

Voir SCS lettres où il k* plaint des grandes dépenses où ce voyage l'entraîne :

wi stptniibu i("ff, jo juillet i6'/S. A A, j]/>. — Voir aussi les lettres de 1700 et

1701 où il attribue l'échec de Brémond ;\ ses fautes et à son avarice.

<4) Chypre ne fut même, jusqu'en 1675, qu'un vice-consulat dépendant d'Alep ^Mériioir/ iiu II septfiiti'rf i(ii)t. — Aff. itiiiugiifs. Inspection du comniiict lU Mateillf, t. 11!). — Avant que le sieur S.iuvan res"ùt le titre de consul, plusieurs ^nglais avaient pris h ferme ce vice-consulat pour 250 piastres (Voir aux Affaires j^rangéres. Inspection du camnurc4, t. I, la volumineuse procédure contre un marliand de Chypre ramené en France et jugé par l'intendant. — Année 1681).

sortes. Cl encore des minéraux. On y compte huit cents villages cl six ou sept villes de nom. » Les Français avaient un consul à Nicosie, les Vénitiens avaicin le leur A Larnaca et un vice-consul iLimisso, où se trouvaient déj:\ des marchands hollandais. Mais, dès 1630, Fermanel constate la ruine de l'Ile : « Nicosie porte les marques de toute désolation, parce que les Turcs l'ont tellement ruinée qu'il n'y a presque pas d'habitants chrétiens, quoiqu'ils soient en grand nombre, qui aient moyen de manger du pain toute l'année, car il n'y a^ aucuns chrétiens aussi tyrannisés dans tout l'Etat du Grand Seigneur... Cyprc était autrefois remplie de cotonniers d'où on tirait le meilleur coton du monde, mais il s'en fait bien peu 1 présent... les vins, qui étaient si bons et si estimés, y sont rares A présent. •

Les cultures .lyant été abandonnées, la grande plaine centrale d l'île se remplit de marécages qui dégageaient en été des miasm pestilentiels, le climat devint très insalubre, et il fut difficile, à eau des nombreuses pestes qui la ravageaient périodiquement, de trouver des marchands et des consuls qui voulussent y résider. Un marchand s'olTrait, en 1694, pour remplacer le consul décédé, • dans la croyanceM que j'ai, écrit-il, que vous trouverez peu de gens qui veuillent venir pour ce sujet, ;\ cause de la peur qu'on a de ce pays. » « L'année 1 été terrible, écrit le consul malade lui-même en 1699, et, de 82 Francs, il y a eu 80 malades dont 34 sont morts', »

Aussi, tandis qu'il y avait autrefois des consuls de chaque nation dans l'île, le consul français restait le seul .\ la fin du .Kvir siècle et servait h la fois pour les Vénitiens, les Anglais, les Holland.iis, l Ragusois*. En outre, le commerce de Chypre souffrait des ravagi des corsaires plus que celui d'aucune autre échelle. De ses troiS; ports, Limisso, Larnaca et Famagoustc, ce dernier seul était fortifii, mais ne fliisait p.is de commerce. Les harbaresques, les forban chrétiens ou turcs, enlevaient fréquemment tes navires dans la radi de Lirnaca; plusieurs fois, les Tripolins ou les Algériens firent même des descentes i terre et pillèrent les maisons et les niag.isins des marchands. Chypre n'était donc plus qu'une échelle d'un petit commerce. Au début de 1700, la nation française comprenait douze marchands; en 1704, il n'y en avait que dix*. Ils résidaient à Larnaca

(1) ay fèvrùr /6j></, aS décembre 169c. A A, 406 et 407.

(2) Du moins .i rL')v>que du consul Sauvan (1670-1690). (}) Q^iairc-vingt-Jix marclumds partirent du Marseille pour y résider de

les

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