‹ Histoire du commerce français dans le Levant au XVIIe siècleChapitre 70 sur 117 · LES ÉCHELLES : CHYPRE, SATALIE · texte numérisé non relu

LES ÉCHELLES : CHYPRE, SATALIE

mauvais village à un mille environ de la mer. Son port n'était qu'une plage an fond d'im golfe profond et spacieux où les navires (itaient en sûreté. Il y avait aux alentours de v.astes s;ilincs ; les Turcs en tiraient, au début du xvii* siècle, de grandes quantités de sel, qu'ils vendaient aux Occidentaux comme lest, surtout aux Vénitiens, qui le revendaient très cher \ Venise, mais leur négligence les avait fait abandonner. Les achats de la nation française s'élevèrent, de 1700 A 1715, à 3.710.000 livres; auparavant, ils consistaient surtout en cotons, qui passaient pour les plus beaux et les plus fins de tout le Levant; vers 1700, les soies, beaucoup moins fines que celles de Perse et de Syrie et vendues bien meilleur marché, restaient seules le grand article d'exportation *.

Satalie, l'Adalia des Turcs, située en face l'île de Chypre, au fond

de son grand golfe, n'avait été occupée par la nation française qu'au

début du XVII'-' siècle. Savary de Brèves écrivait, le 18 janvier 1600,

aux consuls de Marseille : •< D'aucuns de vos capitaines m'ont fait

entendre qu'ils désiraient d'aller trafiquer en l'échelle de Satalie et y

tenir quelque bon trafic h cause de la commodité des cuirs, cordouans,

tires, tapis, storaz et autres menues marchandises qui se trouvent en

ladite échelle peu fréquentée. C'est pourquoi j'ai fait faire de puissants

commandements et ferai partir dans quinze ou vingt jours un des

miens avec une copie de la Capitulation, pour y résider comme

«ronsul en attendant que S. M. y pourvoie*. » Ancienne possession

«Jes chevaliers de Kliodes, puis des Génois, Satalie était dans une

situation très forte, au pied des montagnes, et passa pendant tout le

( j ) Chaque .inruSc-, en été, les marduiids se rendirent à Nicosie pour y régler Me prix des siiie^de la récolte. — Hn 17CX) (aiiniie moyenne) qu.itrc vaissc;m)i et ^cux biirquei chargèrent à Chypre, et en outre dix v.iisseatix et deux barque» ■Venant de Seide et d'Alexandreite y complétèrent leurs clurgement* La valeur de ^;c5charyenieni>fiii dc49i.O(xWiv. (hW 6i).ooo, cire 689,cuirb45û, coton 70, ihXj, ^roloiiuinte 8.142, drogues 750, galles 4.279, graines de choux-fleurs 886, laines 7.000. lin 162, pistaches 1.025, rir. 70.580, storax 8.300, soies 257.000. 'V'crmillon 405). — Hn 1712 (année maximum) 760.000 livres furent chargées sur «dix-huit bâtiments venant de Seïde et d'.Alexandrette (soies 600.000, café 54.000).

Année 1715 (minimum) : 85 .754 livres — Le café et le riz étaient apportés

*d'Egypte parles caravanaircs. — //, i). — « Il sort plus de 1000 barils par an ^'unc espèce d'onoians dont les Vénitiens sont très friands. On les prend au gluau <ît, après les avoir fait bouillir deux ou trois bouillons, on les encaoue comme des ^anchois ». Savvry, col, 1021. — Au sujet de Chypre, voir : Dh Brèves, p. 29;

"OE BE-^UVEAV, p. 89-96; PlETRO DELLA VaLLE, t. 11, p. 512-SI9; Fek.MANEL,

Ç). 240-255. Taverniek. p. 126; Savaky, Did., coî. 1021.— Conesfvmlance cousulairt, A A, 406-40J.

(2) AA, 140. Letlre aux consuls ic Marseille.

XVII* siècle pour une des meilleures places des Turcs en Asie; mais son port était très étroit et bon seulement pour les petits vaisseaux ; l'entrée, comblée en grande partie par des ruines presque à fleur d'eau, était très périlleuse, la rade qui le précédait était semée d'écueils et la mer souvent agitée.

Aussi, l'échelle ne prospéra pas, et, lors de la réorganisation des consulats en 1691, la Chambre du commerce fit supprimer celui de Satalie'. Cependant, il y resta quelques marchands, et, des querelles s'étant élevées entre eux en 1 701, on se demanda si on les soumettrait à la juridiction du consul d'Alep ou de celui de Chypre : l'échelle fut mise sous la dépendance de Chypre et le consul chargea un des marchands de percevoir en son nom les droits dus à la Chambre du commerce, sans cependant lui donner le nom de viceconsul à cause du peu d'importance de cet établissement. Depuis la disparition du consul, on ne vit plus de navires français charger h Satalie, tandis qu'auparavant il y venait chaque année régulièrement une ou deux barques*.

En somme, les Français gardaient encore en Syrie une place prépondérante à la fin du xvii* siècle. Sans doute, les Anglais et Hollandais s'étaient établis ;\ côté d'eux à Alep, à Tripoli, à Acre, à Chypre, et les Anglais faisaient un commerce plus important qu'eux dans la première de ces échelles. Mais ils conservaient le monopole du commerce à Seïde, à Barut, à Rame, et faisaient plus d'affaires que leurs rivaux i\ Acre et à Chypre.

(1) Le consul de Satalie ne partit cependant qu'en 169s (Lettre de l'atiibassadeur, 10 juillet 1696. AA, ijo). — Pour cotte suppression, il fallut faire des sollicitations et des dépenses à la Porte, comme pour obtenir la création d'une échelle.

(2) Voir les tableaux des recettes du cottimo. CC, 2} et siiiv. — Au sujet de Satalie, voir de Brèves, p, 22; Beauvi:.\u, p. 86; I'f.rmanfx, p. 253 ; de Bruyn, p. 391. — Lettres du rf avril, 7 décembre lyoï. AA, .foj.

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