‹ Histoire du commerce français dans le Levant au XVIIe siècleChapitre 72 sur 117 · LES ÉCHELLES : LE CAIRE · texte numérisé non relu

LES ÉCHELLES : LE CAIRE

Aucune échelle n'eut une histoire aussi troublée que celle du Caire; les pachas se livraient s;ins crainte ;\ toutes les tyrannies*, l'envoi des « capigis » et des commandements du Grand Seigneur les effrayait peu ; ils s'en soucient, écrit un consul, comme d'un papier ;\ plier les confitures *. Les milices du Caire, les plus nombreuses, les mieux armées et les plus braves des états du Grand Seij;ncur formaient, au début du wn*^ siècle, un corps de 25 i 30.000 liommes, tant janissaires que spahis et asaps. Le consul comptait alors quinze chefs principaux, « bcys et sandjacs », qu'il fallait acheter, sans compter les nombreux agas dont la protection n'était pas ;\ dédaigner. Car si les milices étaient un danger pour la nation française, elles pouvaient aussi la protéger contre les pachas ; bien des avanies furent évitées, beaucoup de commandements des pachas ne reçurent pas d'exécution, par suite de l'intervention de leurs chefs. Leur puissance ne fit en effet que s'accroître et le gouvernement de l'Egypte tendit de plus en plus à ressembler i celui des états barbaroqucs. Pendant tout le xvu° siècle, la nation française s'appuya principalement sur le corps des janissaires qui était le plus puissant. En 1623 leur protection, achetée par les Français et les Vénitiens 17.000 piastres, exempta les deux nations d'une contribution annuelle de 20.000 piastres que le pacha voulait exiger d'elles *; de 1700 à 17 15 c'est grâce aux janissaires que les Français purent (Itire le commerce du café. En février 1703, une révolution s'étant produite dans le gouvernement du Caire .H la suite de la coalition des autres corps de la milice contre les janissaires, les Français s'en ressentirent aussitôt par une foule de mesures vcxatoiresqui furent prises contre eux : on leur interdit le commerce du café, on fixa arbitrairement le prix de toutes les marchandi-jes qu'ils vendaient, on les chicana sur leur habillement et leur coiffure. En 1715, une guerre civile éclata entre les milices, la n.ition, pour éviter les plus grands malheurs, dut acheter ;\ la fois la protection des chefs des deux partis '.

Les Européens avalent même, en Egypte, à redouter la population

(1) Le douai>icr et plusieurs otTicicrs juifs du pacha ■ lui donnjicnt tous les jours de nouvelles inventions pour taire des avanies. » ThÉVItnot, p. 501. (I) JA, }t^, 10 itf'ttmbre i63f. Uiln dit Caire.

<|) Lucas, t. II, p. 180-2^8, raconte en dihail cette guerre entre les Asjps et les laniuiiires.

qui, contrairement à celle des autres échelles, leur était fort hostile. Le dire, qui n'avait pas l'industrie d'Alep ou de Damas pour occuper ses nombreux habitants, renfermait un ramassis de gens misérables, capables de se porter à tous les excès'. Dans une situation aussi difficile, on pourrait croire que la nation française eut à cœur d'éviter par une conduite sage et prudente et une parfaite entente avec son consul de fournir aux Turcs des prétextes d'exercer leurs vexations. Au contraire aucune nation ne se signala jusqu'en 17 15 par une conduite aussi déréglée et par des querelles aussi violentes. Aussi la nation resta exposée jusqu'en 17 15 aux pires avanies, et subit des mauvais traitements qu'elle n'avait jamais souffert ailleurs.

Au début du xvii« siècle, les Français et les Vénitiens formaient seuls un corps de nation en Egypte et y faisaient h peu près tout le commerce. Les vaisseaux des autres nations y venaient sous la bannière de France et les droits qu'ils payaient aux consuls constituaient la plus grande partie de leur revenu. « Vous savez, écrit le consul Fernoulxaux consuls de Marseille en i6it que ceux des nations étrangères qui trafiquent en cette échelle y font beaucoup plus de négoce que les Français et par conséquent le droit qu'on en retire est beaucoup plus grand*... » Il s'agissait ici des Messinois, des Livournais, des Génois, des R.igusois et aussi des Anglais et des Hollandais. Ces deux dernières nations eurent cependant leur consul au Caire avant 1630', mais elles n'y étaient pas solidement établies. La guerre de Candie réduisit les Vénitiens eux-mêmes à retirer leur consul et A continuer leur commerce sous la bannière de France', et il y eut alors pour les consuls français une période où leurs revenus furent très-considérables. « Pendant que j'étais au dire, écrit un voyageur, le consul fut très heureux et il arriva dans l'espace d'un an six vingts voiles dans son ressort, de Français ou de Messinois et, par l'estime que j'en fis à peu près, ces six vingts voiles ne valurent pas moins de

(i) Le voyageur Thévenoi fait un long tableau des outrages et des vexations de toutes sortes auxquelles la population du Caire soumettait les marchands étrangers. V. chap. Lxxvi : Des Francs qui deiih'urait en EgypU- d des vanies qu'on leur fait, p. )0S.

(2) ij janv. 161 1. AA, joj.

(5) FiiR.MANKL, p. 43). — Tuilvi SOT, p. )02 : « Il y a au Caire un consul fraii«;ais, un vénitien, anglais, flamand. » — En 1658.

(4) Klle commenija en juillet 1645. — Le consul vénitien demeura d'abord au dire avec la même sûreté et le « signor Seguessi vénitien qui avait le parti de la casse et du séné de toute l'Lgypte ne laissa pas de le continuer. » CopPin, p. 487.

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