LES ECHELLHS : ROSETTE, DAMIETTE
[rEgyptc et la Syrie, et les germes sur lesquels étaient déchargés les
Ivaissenux des Francs â Alexandrie.
Rosette était donc surtout un port d'entrepôt, cependant il exportait aussi des produits du delta, tels que le riz qui est encore aujourd'hui la production la plus importante du pays, le lin', les cuirs et d'autres marchandises. Aussi, dès le début du xvii= siècle, des marchands français y résidaient et le consul d'Egypte y avait un
■ vice-consul. Mais les résidents n'y furent jamais qu'en petit nombre et servaient plutôt de commis aux marchands du Caire et d'Alexandrie ; vingt-neuf seulettient vinrent de Marseille pour s'y établir de 1685 à 1719. Le consul du Ciire écrivait en 1706 A la Chambre que la dépense de l'entretien d'un vice-consul qu'elle y fiiisaii était fort superflue et qu'on pourrait en faire remplir les fonctions par un simple marchand ; le vice-consul de Rosette adressait lui-même un avis semblable quelques années auparavant : « Le bruit court, écrivait-il le 5 décembre 170a, qu il doit venir s'établir ici sept \ huit de nos marchands, ce que je trouve bien particulier pour le peu d'atfaires qui se fliit, que deux marchands qu'il y a, en a un do trop; s'il n'y
Icn avait qu'un on ferait les alfaires i meilleur compte, ce serait un ^rand bénéfice*. »
Damictte était située comme Rosette à cinq milles environ de l'embouchure du Nil. C'était une ville d'environ 25.000 habitants au début du xvii« siècle, elle était bâtie sur la branche principale du fleuve dont les rives étaient beaucoup plus peuplées que celles de la
I branche de Rosette, les villages et les villes s'y succédaient sans interruption. Le territoire de Damiette même était très fertile et très bien cultivé, avec des prairies et des jardins remplis d'orangers, de citronniers et de cassicrs. Aussi c'était une ville riche et d'un commerce actif: une partie des habitants travaillait à faire des toiles rayées; le reste, dit le voyageur Coppin, qui fut le premier consul français établi dans cette ville, s'adonne à la marchandise et parmi ^cux il y en a de fort riches, l'un d'eux n'a pas moins de quatre-vingts H domestiques. Malheureusement Damiette ne pouvait faire concurrence à Alexandrie, parce que l'entrée de la bouche du Nil, n'était praticable qu'à des bâtiments plus petits encore que ceux qui
(i) Av.int que le vicc-consul eût des appointements, s;t principale ressource fêtait « 1.1 cnurtrtisic du lin. » — Ltllrf du S fh-rifi ijoi. AAy J04. (2) i; Jévritr sjoô. AA, J04 ; AA, }}}.
entraient dans la bouche de Rosette. Tout le commerce maritime de Damictte était donc fait par les saïques grecques ou d'autres petits bâtiments qu'il était même nécessaire de décharger en partie sur des allèges pour le passage de la barre. Il arrivait parfois que les vents du Nord, refoulant les alluvions du Nil, obstruaient complètement le passage et il fallait attendre que le courant du fleuve, reprenant le dessus, se frayât de nouveau un chenal.
Dans la première partie du \vn' siècle les Vénitiens avaient un consul â Damiette, un Grec en 1630 y exerçait le consulat pour quelques marchands qui s'y trouvaient. En 1644 ^^^ consuls français et anglais du Caire s'entendirent pour y établir un vice-consul, mais celui-ci fut dégoûté au bout de deux ans par la modicité des revenus qu'il en tirait et les difficultés que lui suscitaient les gens du pays et il abandonna la place'. Cependant on continua d'y voir un ou deux marchands français qui achetaient principalement les riz pour les transporter de là dans les autres échelles. Il sembla vers 1700 que Damiette allait devenir le siège d'une véritable échelle : le consul du Caire réclamait l'établissement d'un vice-consul, en attendant il envoyait un marchand pour en faire les fonctions et 3 5 Kâtiments en 1700, 21 en 1701 venaient prendre à Damiette du riz et d'autres marchandises'. Mais une sédition éclata à Damiette contre les Français, l'agent du consul dut revenir au Caire et le trafic cessa. En 171 1 ce furent les habitants de Damiette qui demandèrent eux-mêmes l'établissement d'un vice-consul et du commerce français dans leur ville, mais la Chambre du commerce consultée par Pontchartrain donna un avis défavorable. Leur demande, répondit-elle, n'avait pour but que de faire des avanies aux Français. D'ailleurs la sortie du riz n'étant pas permise, sauf pour le transporter dans les autres ports du Grand Seigneur, le commerce de cette échelle était réduit ;\ celui du sel ammoniac, de quelques cuirs et de toileries fort grossières qui n'étaient propres qu'aux matelots. Les Mores de Damictte faisaient transporter ces marchandises au Caire ou ;\ Alexandrie, de sorte qu'elles coûtaient moins aux Français que s'ils allaient les chercher en droiture"'.
(i) C'était le voyageur Coppiii. V. dans sa relation de voyage, le récit de son consulat, p. .168-49}.
(2) V. .-/.-/, ^04. Letlresilu i $ aot'it i6ç)S, 2; août i6çS, 14 août 7699, 20 janvier lyoo, 6 jtiilkl, 2 août lyoo, i'^' jaiiv. I/02.
(3) Délibération du 2 décembre ijii, BB, 6.
ECHELLES : COMMERCE T>E L fiCVPTE 4O9
Alexandrie et le Caire éciient en définitive les deux seuls grands marchés do l'Egvpte au xvii' siècle. Il est difficile d'indiquer exactement quelle fut la valeur du commerce Français, parce que, outre les nurchandises qu'ils achetaient pour Marseille, ils en expédiùrent aussi .1 certaines époques des quantités considérables i Livourne, leurs navires taisaient aussi des transports en grand nombre en Italie pour le compte des étrangers, enfin les capitaines « caravanaires » conduisaient h Constanlinopie et dans les autres ports de Turquie, les riz, les blés qu'il était interdit de transporter en chrétienté, les cafés et d'autres denrées'. Si l'on s'en tient au commerce fait par b nation française, au nom des marchands de Marseille, le chiffre de ses achats fut de près de 85.000.000 de livres de 1671 .\ 1714, et de plus de 29.000.000 de 1700 A 1714, chitfres A peine inférieurs A ceux de l'cchelle de Smyrne. Cependant la nation avait beaucoup souffert en lîgypte pendant cette dernière période; le commerce avait été troublé par les querelles entre les marchands et le consul et surtout par les désordres de la milice, qui avaient attiré aux Français de nombreuses vexations. C'étaient les quinze années précédentes, de 1685 à 1700, qui a%'aient été les plus brillantes pour leur commerce'.
Les marchandises qu'ils tiraient d'Egypte étaient de nature et d'origine très différentes : les unes étaient des produits du pays même, les autres venaient de l'Arabie, des Indes ou de l'Ethiopie et du Soudan \ L'Egypte fournit surtout, pendant le xviP siècle, des cuir' de toutes sortes, des cotons filés, des toiles, des safranons. D'autres
( I ) On appelait caravanaires les capitaines français qui faisaient les transports de l'Egypte à Constaminople. aux ports de Syrie et de Chypre ou de Candie, et de rArchipcl h Consiantinople, en vertu d'une ptrmission obtenue par l'anibas&tdcur Girardin en 1686. La caravane fut autorisée par une ordonnance du }c avril i68.S {liB, 6). — Ia*s caravan.iires quittaient la France pour plusieurs années, avec des congt^ sjKciaux de Tamirauté. Ils étaient nombreux, cependant leur trafic était JX.-U estimé en Provence car il rapportait peu, i cause de la modicité des nolis. Ils étaient ni.it vus des marchands et des consuls : « la plupart des caravanaires Nont de grandes canailles, » écrit un consul en 1698, 16 mvil 16^8. AA, 40J.
(2) Les exportations avaient dépassé 33.000.000.
(>) En 1700 (année moyenne) cint) vaisnaux emportèrent d'Egypte la valeur de i.Sôj.otx» livre* en marchandises (assa fœtida 163, aloés 427, café i.o76.otxj, coton 223.900, caisses corail 2,000, cire 4.669, cot]uedu Levant 3 864, cuirs 2S6.0OC), dents d'éléphant jgi, encens 8.77S, tleur d'esquinancc 72. gomme tiirique 1.^51. gomme arabique 966, hermodattos 2.68i, lin 16.605. niirabolan 1386, miel 66, nux vomica 4.958, plumes 12.1KX». salTranum 46.440, sel armoniac 17.128, semence de ben 1.799, toiles diverses 155.000, tamarindy 8.719, '«-'doria 7.386). — Exfiortations en 1714 (année maximum! sur 16 vaisseaux et 23 barques, ^$.378.01» livre» (café 3.448.01XJ, cuirs 487. Otiu, toiles 306. uoo, gommes 124.000, cotons 213.000. séné Ho 000, ri; 76,000, etc.) //, ;;.
produits importants auparavant, comme le lin et la cire, le natron ou soude, ne figuraient plus dans les achats vers 1700 que pour des sommes insignifiantes ; le sucre et la cassonade n'étaient plus du tout achetés, c'était au contraire de Marseille qu'on portait dans le Levant des sucres du Brésil. Le sel ammoniac, la casse, produite par un arbre assez semblable au noyer, venaient aussi d'Egypte, le riz était une des principales productions du pays et, malgré l'interdiction d'en exporter en chrétienté, on obtenait quelquefois des « puissances », à prix d'argent, la permission d'en charger pour la France des quantités considérables. Longtemps le séné dont les feuilles étaient récoltées aussi dans le pays, mais dont la plus grande partie était apportée à La Mecque par les caravanes, avait été un des principaux articles du commerce de l'Egypte. La vente en appartenait à un fermier <\ qui le pacha l'adjugeait. Le commerce du séné diminua peu à peu d'importance et, de 1700 à 171 5, les Français n'en achetèrent pas toutes les années.
D'Arabie, les marchands turcs fusaient venir en Egypte des drogues, des parfums et surtout les gommes qu'ils revendaient ensuite aux Français pour la préparation des teintures. La plupart des marchandises de l'Arabie arrivaient du port de Moka, bien placé, à l'entrée de la mer llouge, pour être le grand entrepôt du commerce maritime des Arabes. Ce port, qui passait alors pour être fort bon, était, en outre, le débouché de l'Yémen, la région la plus riche de l'Arabie, dont le prince s'était révolté contre la domination du Grand Seigneur, en 1640, et s'était rendu indépendant. Il était ouvert à toutes les nations de l'Europe, qui y étaient bien traitées, puisque les clirétiens ne payaient que 3 0/0 de droits de douane, au lieu de 5 0/0 que payaient les Turcs. C'étaient cependant les marchands turcs du Caire, qui fusaient le plus d'échanges avec ce port, quoiqu'il fût visité chaque année par trois ou quatre vaisseaux des Portugais de Goa, par des Anglais et des Hollandais qui y apportaient des marchandises des Indes.
Les indigènes de l'Ycmen avaient dans le port de Moka 40 ou 50 germes ou grosses barques destinées à transporter ;\ Gidda (Djedda) les marchandises achetées par les commissionnaires que les marchands du Caire avaient à Moka. Ces germes faisaient à Gidda deux ou trois voyages par an et en rapportaient des produits d'Egypte, riz, légumes, et des marchandises d'Europe, draps
LES ÉCHELLES : COMMERCH DE l'ÈG^TTE
papiers surtout, amcnces à Gidda par des bâtiments turcs,
A Gidila ks cliarf^ements venus de Moka payaient des droits de
Buane CQnsid<^rables dont le produit revenait moitic au Grand
seigneur, moitié au grand cHcrif de la Mecque. Vingt \ vingt-cinq
tîtiments turcs venaient cliaque année prendre ces marchandises à fjdda pour les transporter à Suez et parfois seulement allaient les [lercher eux-mêmes ;\ Moka. Cc'tait là tout ce qui restait de la avigation de la mer Rouge, autrefois sillonnée par tant de navires ; encore s'y faisait-elle avec une extrême lenteur. « Comme les Arabes ne sont pas de grand navigateurs, remarque le voyageur Lucas, ils ne voy.ngent jamais que le jour, ayant toujours un homme ^r Li proue ci l'autre sur le haut du m;\t pour observer la mer, ils Hlouillent d'abord que le soleil est prêt à se coucher et ne lèvent l'ancre que quand ils ont le vent en poupe, employant ainsi deux ou trois mois à une navigation de sept à huit jours. Il est bien vrai que la mer Rouge a plusieurs écueils, mais il serait {;tcile de les witer lorsqu'on les connaît; d'ailleurs cette mer est si peu sujette ^ux tempêtes qu'on est étonné que le commerce y languisse autant qu'il fait'. » Les bâtiments turcs prenaient aMSsi ,\ Gidda des marchandises de toutes sortes venues jusques des Indes, apportées par A^ caravanes de la Mecque. Tous déchargeaient leurs cargaisons à ^ue/, bourgr d'environ 200 maisons, dont le port petit, peu profond, avec des bas fonds et des rocheri .\ fleur d'eau h. l'entrée, n'était pas ^cessible aux vaisseaux et auK galères, obligés de se tenir dans la ^dc*. De Suez les caravanes de chatneaux, chargés chacun de sept A huit quintaux, apportaient enfin les marchandises au Caire, en deux ■^urs et deini, en traversant un pays entièrement désert, où cependant une forte escorte était nécessaire, pour se garantir des attaques Ies Arabes pillards.
Ce n'éuit pas seulement des denrées de l'Arabie et des côtes pi&in^s de l'Afrique comme le pays des Aromates, qui venaient de loka et de Gidda au Cuire, mais l'Bgypie continuait .i recevoir par I mer Rouge des marchandises des Indes. Quelques vais.seau.v portugais, hollandais, anglais, en apportaient eux-mêmes ;\ Mi)ka, lais les indigènes de certaines côtes de l'Inde n'avaient pas encore
(i) Lucas, t. HI, p. 183.
{2) Ausf ilu iL-iups où de gros g.ilion5 faisaient le voyngc des Indes ils atluicni jrdinairc mouiller .lu a Tore » petite ville i trois journées de Suez, dont le ■vrc èuit grand et assuré. Ferhanel, p. 444.
cessé complètement leur ancienne navigation comme le montre un mémoire remis à Colbert, vers 1670. « Les Hollandais et les Portugais, dit ce mémoire, n'ont pu tellement assujettir les Indiens qu'il n'en reste encore quantité de ceux que Ton appelle Malabares qui sont dans le royaume de Bisnagar ou Calicut et ennemis jurés des Hollandais et des Portugais lesquels font le commerce à Moka en leur particulier et y vendent leurs toiles, du poivre, de la canelle
sauvage et plusieurs autres sortes de drogueries et épiceries, ils
en remportent de l'argent, des draps, du papier, etc. Il aborde chaque année à Moka huit à dix navires de malabares de 200 à 250 tonneaux. Les Indiens de Surate y viennent aussi au nombre de quinze à vingt vaisseaux des particuliers et deux du roi qui portent les pèlerins de la Mecque, de 6 il 700 tonneaux, lesquels portent de l'indigo, de l'aque ou cire jaune, toiles, cocos, poivre,
zcdoaria, benjoin et quantité d'autres drogueries et épiceries
Deux à trois navires de Macilipatam apportent quantité de toiles
indiennes peintes, toiles de coton, benjoin et porcelaines De
Sumatra des bâtiments apportent du poivre, girofle et muscade'... » Dans le tableau fait par Savary dans son Parfait Négociant, vers la même année, des marchandises venues d'Egypte en France, figurent, en effet, de nombreux produits des Indes : opium, indigo, cannelle, muscade, poivre, girofle, nacre.
Mais avec les nombreux transbordements que les produits des Indes avaient ;\ subir à Moka, ;\ Gidda, i\ Suez, avant d'arriver au Giire, avec les droits considérables de douane payés dans ces trois villes, avec les lenteurs de la navigation des Arabes dans la mer Rouge, il était impossible que ce trafic prît de l'importance. Il eût fallu qu'une nation chrétienne obtînt la permission de faire entrer ses navires dans la mer Rouge et entreprît elle-même d'y apporter les marchandises de l'Inde pour que l'Egypte en redevînt le grand entrepôt. Le fait que les Anglais et les Hollandais vendaient dans tout le Levant et même au Caire de grandes quantités d'épiceries à la fin du xvn' siècle, montre assez clairement combien le commerce de l'Inde par la mer Rouge avait peu d'importance. D'ailleurs la Compagnie des Indes avait le monopole exclusif de la vente des marchandises de ce pays en France, aussi ne figurent-elles plus dans
(i) Archiv. Nul. F", 6./; : Mémoire touchant le commerce de la mer Rouge.
LES ÉCHELLES : CO.NLMERCE DE l'ÙGYPTE
les chargements des vaisseaux venus d'Egypte i la fin du xvit' siècle'. ^ffiniîti les Fninçxis achetaient en Egypte quelques produits des ^Kontrées éloignées de l'Afrique : les principaux étaient l'encens et la niirrhe de l'Abyssin je qui arrivaient aussi par Moka. Parmi les marchandises qui pouvaient être apportées au Caire parles caravanes de l'Ethiopie, il n'y a guère que les défenses d'éléphant et les plumes d'autruche qui paswient ensuite en France, ^k Mais, à la fin du xvn' siècle^ les deux tiers environ de la valeur des cargaisons apportées d'Egypte par les Français, étaient fournis ^jiar une seule denrée, le café, presque inconnu en Europe cinquante HEins auparavant, bien qu'il tînt depuis longtemps une grande place dans la vie des Orientaux, Tous les voyageurs du xvii" siècle parlent de cette boisson que les Turcs ne manquaient pas d'offrir aux étrangers qui les visitaient, et qui se débitait dans toutes les villes du Levant, dans des « cavangicrs «. Mais peu la trouvaient agréable, car les Turcs prenaient le café mélangé avec le marc et sans sucre; ce ne fut qu'à la fin du wn" siècle qu'ils prirent l'h.ibitude de le sucrer comme plusieurs de leurs autres boissons, ce qui donna une importance toute nouvelle A la vente dans le Levant des sucres des Indes occidentales. Cependant le goût du café s'introduisit peu i\ peu en Europe dans ta deuxième moitié du xvii' siècle; Savary le Hj^ic déj.\ figurer parmi les denrées apportées d'Egypte vers 1670, et la ^Consommation de ce nouveau produit, dont l'exportation était interdite comme celle des autres denrées alimentaires du Levant, devint bientôt si grande en France que l'ambassadeur Girardin, lors des négociations engagées au sujet de l'Egypte auprès de la Porte en ï 6S6 fut chargé de demander et obtint, pour les Français, la perrnission d'apporter du café en chrétienté.
Le café remplaça en partie les marchandises des Indes qui ne Venaient plus alimenter le commerce d'Egypte. Mais ce nouveau négoce fut troublé par bien des contre-temps. En 1703 une sédition Ues milices fit interdire l'exportation du café en chrétienté; dès lors ce ne fut qu'en dépensant chaque année de grosses sommes d'argent auprès du pacha et des chefs des janissaires que la nation put obtenir la permission d'en acheter. Hn 1706 l'interdiction du >mnierce des cafés fut rcnouvetée avec plus de rigueur et étendue
(1) Voir: //, rj, pour les années 1700. 171 j. — Le voyageur Lucas se trompe lonc quand il compte parmi les marchandises qui venaient d'Egypte en 1715, ^opium, llndigo, la cannelle, h muscade, etc., t. 111, p. 188.
même aux marchands turcs. « Nous ne parviendrons plus à avoir une permission générale pour la sortie des cafés, écrit le consul à Id Chambre en 1708, à moins que nous ne fassions des dépenses immenses ù la Porte, ce qui nous serait encore moins onéreux que les permissions particulières dans le goût desquelles on a mis le pacha et les puissances de ce pays-ci. » Cette année là il avait fallu dépenser 10.000 piastres pour obtenir de charger du café sur deux vaisseaux*. Heureusement que les « puissances » du Caire étaient un peu retenues par la crainte de voir le café, dont l'entrepôt général était ù Moka, se détourner de l'Egypte et prendre la route du Cap, si elles apportaient trop d'entraves au commerce; pour entretenir cette crainte salutaire, les Français d'Egypte faisaient de temps en temps courir le bruit que des Anglais ou des Hollandais étaient allés à Moka f;jire de gros chargements.
Ce qui n'était d abord qu'un faux bruit devint bientôt une réalité, les Français eux-mêmes commencèrent à envoyer des vaisseaux à Moka, en passant par le Cap. Une compagnie de St-Malo, qui avait reçu cette concession de la Compagnie des Indes, y établit un comptoir et le consul du Caire apprenait en 171 2, par une lettre du directeur, qu'il y faisait charger quatre vaisseaux de café. Si ce commerce continuait c'était la ruine de la nation d'Egypte ; la Chambre du commerce prit l'alarme et demanda, mais inutilement, que ces cafés fussent assujettis au droit de 20%*. La douane de Suez qui enrichissait le pacha était ainsi menacée de perdre le meilleur de ses revenus. Aussi les puissances du Caire changèrent d'attitude et devinrent-elles favorables à la sortie des cafés. Mais dans l'intervalle était intervenu un « cathcchcrif » du G. S. confirmé par des « ordres fulminants »,qui l'interdisait formellement. Le pacha et les puissances étaient donc placés entre le désir de ménager leurs intérêts et la crainte de désobéir \ la Porte et surtout de mécontenter la plus grande partie des milices très hostiles à ce commerce. En 17141e pacha du Caire fut déposé et était menacé de « perdre la tête », en partie pour avoir favorisé la sortie des cafés et du riz. Aussi fallut-il dépenser encore beaucoup d'argent pour obtenir qu'on fermât les yeux sur ce commerce qui continua clandestinement jusqu'en 1715 '.
(1) Lettres du consul du Caire, 2; juilh't )/oS, 9 Siplembre ijoS. AA. }o.f.
(2) Voir ; iMtri's du consul du Caire, 1} juin I/12, 24 noi'enihre iji S- ■^''i, S04.
(3) Voir une série de lettres du consul du Ciirc de 1710 à 1715. .'lA, )04.