‹ Histoire du commerce français dans le Levant au XVIIe siècleChapitre 77 sur 117 · III. — Analolic, Archipel, Turquie d'Europe, Moréc · texte numérisé non relu

III. — Analolic, Archipel, Turquie d'Europe, Moréc

Smyrne était, dès le début du xvii" siècle, la plus grande ville et la principale place de commerce de l'Anatolie. Sa position centrale, au débouché des principales vallées, et la commodité de sa rade lui assuraient déjà le premier rang dans ce pays, mais elle était loin d'avoir, parmi les échelles du Levant, l'importance qu'elle devait bientôt acquérir. Elle n'était encore que le marché des produits de l'Asie-Mineure et le commerce de la Perse, qui devait plus tard l'enrichir, passait en entier par Alep. Peu ri peu elle supplanta cette échelle, car nulle part les chrétiens ne jouissaient d'une aussi grande sécurité et d'autant de fiicilités pour leur commerce. Ils pouvaient aller et venir librement, sortir de la ville sans aucune escorte de janissaires, faire des parties de plaisir et de chasse à la campagne, s'y promener à cheval, ce qu'ils ne pouvaient foire ailleurs, sauf à Constantinople ; A l'époque du carnaval ils s'y permettaient même des fiintaisies qu'on n'aurait pas tolérées en France.

Le développement de la prospérité de Smyrne ne fut entravé que par les fréquents tremblements de terre auxquels elle était exposée ; il ne se passait presque pas d'année qu'elle n'en ressentît des secousses plus ou moins violentes, et la ville avait été plusieurs fois détruite et rebâtie, aussi les constructions étaient-elles basses et l'on y employait le bois et la terre battue au lieu de pierre. Ce sont sans doute ces désastres répétés qui expliquent que, tandis que le commerce de l'échelle augmentait, la population de la ville diminuait : évaluée à 90.000 habitants vers 1650, elle ne s'élevait pas i 60.000 en 1675. En 1688 eut lieu le plus terrible tremblement de terre

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qu'on eût encore ressenti et la ville fut à peu près entièrement renversée. On la reconstruisit rapidement en prenant encore plus de précautions qu'auparavant. « Les nuisons, écrit le voyageur Lucas en 17 15, ne sont de pierre que depuis les fondements jusqu'à la hauteur de dix ou quinze pieds. Le reste est de pièces de bois entrelacées dont les intervalles sont remplis de terre cuite et enduits de chaux. La précaution a été bonne car quoi qu'il soit survenu depuis des tremblements même plus violents, il y a eu peu de maisons renversées. » En 1700, la ville n'avait encore que 30.000 habitants environ, mais en 1715 elle en comptait plus de 100.000'.

La plus belle rue de la ville était la rue des Francs, qui longeait toute la Marine ; les marchands avaient loué A très long terme tout le terrain qui s'étendait le long de la rade et s'étaient construit leurs liahitations à leur guise. « Leurs maisons, écrit le voyageur Lucas, sont très belles et très commodes, elles ont des galeries construites de bois pour s'y réfugier dans les tremblements de terre. » Les façades regardaient du côté de la ville, mais toutes ces maisons avaient des portes de derrière donnant sur la marine, qui leur servaient à introduire furtivement des marchandises dans leurs magasins pendant la nuit, pour échapper au paiement des droits de douane. Ces portes donnaient sur une sorte de quai de largeur irréguliére, construit par les marchands eux-mêmes et soutenus par des pilotis ou des murailles. Le terrain en avait été formé peu A peu par le sable et le gravier du lest que les vaisseaux français apportaient en quantité, chargés qu'ils étaient de piastres au lieu de marchandises*. « Les Turcs, rapporte Tournefort, paraissent rarement dans la rue des Francs qui est de toute la longueur de la ville. II semble quand on est dans cette rue que l'on soit en pleine chrétienté ; on n'y parle qu'Italien, l-rançais, Anglais, Hollandais. Tout le monde se découvre en se saluant ; on y voit des capucins, des jésuites, des récollets. La langue provençale y brille sur toutes les autres parce qu'il y a beau-

(1) Qti.int i \.^ composiiion Je la popuLitioii elle varia suivant les cpo<]Ucs : Elle comprenait 60.000 Turcs, ij.ooo Grecs ; 8.000 Arméniens et 6 ou 7.000 Juif» d'après Tavernier (i6.|0). — 60.000 Turci, 7 ou 8.000 Juifs et plus de JO.tXV» autres personnes d'après d'Arvicux tcn 165. |). — 30.000 Turcs, 12 ou «5- 000 Juifs et 9 ou 10. ot» Grecs d'après Spon (en 1675. — 18.000 Turcs, JO.ooo Grecs, 18.000 Juifs, 200 .Arméniens, autant de Francs d'après Tournefort (en 17021. — 20.000 Grecs, 8.(xx) .\nnéniens et 70.000 Turcs d'après Lucas (en 1715).

(2) Par endroits ce quai n'existait pas, « l.\ nier venait battre jusqu'au derrière des tnaisuns et les bateaux entraient pour ainsi dire dans les magasins. » ToeRXEtORT.

coup plus de provençaux que d'autres nations.... On n'y garde pas assez de mesures avec les Mahomctans, car les cabarets y sont ouverts à toutes les heures du jour et de la nuit. On y joue, on y Élit bonne chère, on y danse à la française, à la grecque à la turque*. »

A l'une des extrémités de la rue des Francs était le port dont l'entrée était défendue par un vieux château, mais il était réservé aux galères du G. S. et aux bâtiments turcs, leur négligence le laissa d'ailleurs ensabler peu à peu dans le courant du xvii' siècle. Les Vaisseaux des Francs mouillaient dans h. rade * très sûre de Smyrne, assez profonde pour que les bâtiments pussent approcher de très près du quai ou des maisons de la marine^ ce qui facilitait les opérations des chargements et des déchargements.

Les Français, bien avant 1650, dépassaient en nombre, à Smyrne, les autres nations, mais ils étaient loin de faire un aussi grand commerce. Plus tard la situation changea^ : la nation française devint moins nombreuse mais son commerce ne fit qu'augmenter et finit par rivaliser avec celui des Anglais et des Hollandais. « Elle était composée en 1702, dit le naturaliste Tournefort, d'environ trente marchands bien établis sans compter plusieurs autres Français qui y faisaient un commerce moins considérable. La nation anglaise y était moins considérable et leur négoce était florissant. Li nation hollandaise n'était composée que de dix-huit ou vingt marchands bien établis et fort estimés; il n'y avait que deux Génois qui négociaient sous la bannière de France. Il y résidait un consul de Venise quoiqu'il n'y eût aucun marchand de cette nation; c'était le signer Lupazzolo, vénérable vieillard de 118 ans*. » Smyrne resta cependant l'échelle où les Français venaient résider en plus grand nombre: il en arriva 313 de Marseille entre 1685 et 1719; c'était presque le quart du nombre total des marchands qui partirent pour s'établir dans le Levant. Leur commerce y fut aussi plus important

(1) Tournefort, i. I, p. 197. — (lin 1702).

(2) Jusque vers 1650 la rade ne lut défendue par aucune fortification; mais pendant la guerre contre les Vénitiens, les Turcs construisirent à l'entrée un ciiâtcau dont les batteries rasaient l'eau. A partir de ce moment les vaisseaux de guerre qui escortaient les vaisseaux anglais et hollandais mouillèrent en dehors de la rade, dans le golfe do Smyrne.

(3) Cependant le Hollandais de Bruyn écrit encore vers 1680: Les Hollandais et les Anglais sont à peu prés en nombre égal à Smyrne. — Les Français sont en plus grand nombre mais ne font p.is à beaucoup près un si grand commerce vu qu'il y a parmi eux beaucoup d'artisans et telles autres sortes de gens.

(4) Tournefort, t. II, p. 197.

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que dans aucune autre échelle, puisque leurs achats do 1671 ;i 1714 s'y (ilcvcreut presque i la somme de 90.000.000 de livres. Les exportations réunies de toutes les échelles de Syrie pendant cette même période n'atteignirent pas cette valeur, seule l'échelle du Caire rivalisait d'importance avec celle de Smyrnc,

Sniyrne était le débouché de l'Asie mineure, mais surtout de la Perse. Les caravanes de la Perse commençaient à arriver en janvier, c'étaient celles qui apportaient les soies fines, d'autres arrivaient jusqu'en automne, mais les plus nombreuses étaient attendues en février, en juin et en octobre ; passé ce temps, on cessait d'en voir jusqu'au mois de janvier suivant'. Leur route ordinaire pass-iit par Kachan, Koum, Téhéran, Kazvin, Tauris, Erivan, Kars, Erzeroum, Tokat, Angora, Karahissar ; elles se formaient à Ispahan, centre du commerce de toute la Perse, et s'} arrêtaient au retour; leur voyage durait d'ordinaire environ sept mois. Tout le long de leur chemin elles trouvaient de beaux caravansérails dus, sur le territoire turc, à la piété de riches musulmans, en Perse, à la sage politique des souverains. C'était sur cette route que voyagaient les plus belles caravanes : elles comptaient d'ordinaire 600 ;\ 800 hommes A cheval et un nombre plus considérable de chameaux chargés de marchandises. Les frais dont celles-ci étaient grevées, quand elles arrivaient à Smyrne, étaient énormes : chaque charge de chameau payait seulement 40 piastres de transport, mais elle acquittait, en divers endroits de la route, 122 piastres de droits et l'entrée .\ Smyrne coûtait encore 46 piastres. Aussi n'est-il pas étonnant que la plupart des marchandises de la Perse prissent alors le chemin de Bender Abb-Ts, malgré l'énonne détour que faisaient les vaisseaux européens pour y parvenir.

Les marchands des échelles ne faisaient pas eux-mêmes directement le commerce avec la Perse; il y avait bien des facteurs français, anglais, hollandais, établis à Lspahan, mais c'étiit pour le compte des Compagnies des Indes. Si l'on voyait des Européens dans les caravanes qui allaient en Perse, c'étaient des joailliers, des horK' gcrs, des artisans divers, ou des curieux; mais tout le commerce passait par l'intermédiaire des Arméniens, qui remplissaient le même

(1) Parfait Kègoiianl, p. 410. — Twernjer; de Bru^-N. p. 28. — Toumcforl csi en coQtradictiou .ivit: tou< les lutres jutcun quand il Jit cpjc lc$ caravanes ne wCsscnt d'arriver dcpui;» b Ttiussaiut juitqu'cii mart.

rôle àAlcp et à Constantinople. Ce petit peuple, retombé depuis longtemps dans l'obscurité d'où il était sorti un moment pendant l'époque romaine, prit une importance toute nouvelle au xvii* siècle ; les Arméniens devinrent les courtiers de tout le commerce de l'Asie Occidentale avec l'Europe. Ce fut, paraît-il, le grand Schah Abbas qui leur révéla leur vocation de marchands et commença leur prospérité en fondant près d'Ispahan le faubourg de Julfa qu'il peupla d'Arméniens.

« Comme il n'avait d'autres vues que d'enrichir ses états et qu'il était convaincu qu'il ne pouvait le faire que par le commerce, rapporte le naturaliste Tournefort, il jeta les yeux sur la soie comme la marchandise la plus précieuse, et sur les Arméniens, comme gens les plus propres pour les débiter. La frugalité des Arméniens, leur économie, leur bonne foi^ leur vigueur pour entreprendre et pour soutenir de grands voyages lui parurent des talents propres pour ses desseins. La religion chrétienne qui leur facilitait la communication avec toutes les nations de l'Europe lui parut encore une disposition assez fiivorable pour parvenir i ses fins. En un mot, de laboureurs qu'étaient les Arméniens, il en fit des marchands et ces marchands sont devenus les plus célèbres commerçants de la terre.... Le roi ne s'en mêla plus, les bourgeois de Jul&, parle moyen de leurs procureurs ou agents, soutiennent ce grand commerce.... Ces procureurs sont des Arméniens qui se chargent moyennant un certain profit d'accompagner les marchandises en car.iv.inc et de les débiter au plus grand avantage de ceux qui les leur confient.... Soit qu'ils travaillent pour eux ou pour les marchands de Julfi, ils sont infatigables dans leurs voyages et méprisent les rigueurs dos saisons.... Quand ils séjournent dans les villes ils se mettent par chambrées et vivent à peu de frais. Ils ne vont jamais sans filets; ils pèchent sur les routes et ils nous ont £ui manger souvent d'excellents poissons.... En Asie, ils débitent la quincaillerie de Wnise. de France, d'Allemagne : les petits miroirs, les bagues, les colliers, les émaux, les petits couteaux, les ciseaux, les ^ cpingle-i, les éguilles, sont plus recherchées dans les villages que L^^

bonne monnaie Non seulement ils sont les maîtres du commerc».c:^

dit l.cv.îîu. mais ils o:u boaucoijp de part à celui des plus grand^=~.j. villes J'iùiropo. On les voit venir du fond de la Perse jusqi» ^ Llvoiirne. Combien en trouvc-t-on en Hollande et en Angleterrr.

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Il n'y a pas longtemps qu'ils étaient établis à Marseille'. » Au moment où ils fondaient leur commerce, les Arméniens vinrent en effet en grand nombre ;\ Marseille qui était alors, au début du règne de Louis XIII, la ville la plus connue dans tout le Levant, et ils commencèrent à s'y établir. Mais les Marseillais, inquiets de l'activité de ces nouveaux concurrents, firent interdire aux Arméniens d'apporter leurs soies à Marseille. Ceux-ci s'établirent alors à Livourne qui devint le grand entrepôt des soies dans la Méditerranée occidentale.

C'était en effet la principale marchandise que transportaient les caravanes de la Perse. D'après le Parfait négociant, sur 22.000 balles de soie que produisait ce pays, il en venait environ 3000 A Smyrne vers 1670. Chaque balle pesait 276 livres et il en follait deux pour faire la charge d'un chameau. Les achats des Français étaient très importants à la fin du xvii'= siècle; en 1714, ils s'élevèrent exceptionnellement à près de i . 600 . 000 livres *. Les caravanes de la Perse apportaient aussi annuellement 400 à 500 balles de poil de chameau que les Francs désignaient sous le nom de poil de chevron ou testi; on en faisait des étamines, des droguets et des camelots. On recevait encore à Smyrne deux cents balles environ de toiles indiennes peintes, mais les Français n'en achetaient pas car l'importation en était prohibée à la fin du xv!!"-' siècle. Enfin, toute une série de drogues, 200 balles de galbanum, 100 balles desemencine, de la rhubarbe et beaucoup d'autres en moindre quantité, complétaient les chargements des caravanes de la Perse.

Les hauts plateaux d'Asie Mineure, pays de pâturages et de troupeaux, fournissaient à Smyrne des quantités considérables de poils de chèvre qui constituaient avec la soie le principal article de son commerce. La plus grande quantité de ces poils et les plus renommés pour leur finesse venaient d'Angora* et de Beibazar qui n'en était qu'à une journée. Il fallait vingt journées de caravane ou douze de cheval pour aller de Smyrne à Angora, mais le transport ne coûtait que cinq piastres pour deux balles, qui en valaient plus de cinq cents.

(i) TouRKEFORT, t. I , p. 158-159 : « Lcs Ariuciiicns sont les meilleures gens du monde, honnûtes, polis, pleins de bon sens el de probité. «

(2) Outre les soies de Perse, on achetait à Smyrne, mais en petite quantité, des soies de l'Archipel apportées sur leurs barques par des Grecs de Tino, d'Andro, de Naxo et d'autres îles.

(}) Dictiontiain dit coiiimerce, cot. 1016. — //, ij.

TAH-EAU on CX3MMERCE

Au milieu du xvii* siècle les Français, d'après le Parfait négociant, achetaient plus de 500 balles de poils de chèvre, les Anglais un peu moins, et les Hollandais jusqu'à 1 500, sans compter les achats de camelors qui se Éibriquaient à Angora. Ce lut un des commerces que Colbert et Seignelay se préoccupèrent le plus d'enlever aux Hollan* dais, et, des fabriques de camelots s'étant établies en France, les achats des Hollandais diminuèrent considérablement, tandis que ceux des Français aufjmenuient : de 1700 i 171 > leur valeur s'éleva à 400.000 ou 500.000 liNTCs pour les poils de chè\TC, à 100.000 ou 200.000 pour les c;tmelots. Les Anglais et les Hollandais avaient des marchands qui résidaient i Angora pour faire leurs achats ; les Français en eurent aussi quelquefois, mais le plus souvent ils les faisaient faire par des commissionnaires du pays, ce qui diminuait leurs gains'. Les caravanes de l'Asie Mineure apportaient aussi à Sniyrne des quantités considérables de laines ; il y avait des années où les achats des Français dépassaient la valeur de 500.000 livres, d'autres années ils n'atteignaient guère que la moitié de cette somme.

Les fertiles \'allées qui descendaient du plateau d'Anatolie vers l'Archipel produisaient surtout le coton. La récolte en était si considérable qu'on pouvait en enlever tous les ans jusqu'A 10.000 balles, quoiqu'il s'en consomm.it autant dans les manullictures du pavs. Cependant les Français achetaient beaucoup moins de cotons i Smyrne qu'à Seïde ; leur trafic ne dépass^iit pas, dans les meilleures années, 350.000 li\Tes, en coton blé pour la plus grande partie. Les toiles de coton, dont il se débit;iit jusqu';!^ 2.000 balles par an, étaient vendues en grande quantité à Marseille, nuis les prohibitions établies par Seignelay et Pontchartrain mirent fin à ce commerce. La cire, les noix de galles récoltées aux environs de Smyrne , mais moins bonnes qu'i Alep, les cuirs et cordouans ou maroquins du Le\'ant. enfin les drogues, comme l'opium , cultivé déj.H i cette époque autour d'Atioum Karahissar, la scammonée recueillie plus prés de Smj-me, le storax, la gomme adragante, qui venait de Dadalié. â quinze journées de l'échelle, complétaient l'ensemble des marchandises dont le commerce avait quelque importance ;\ Smyrne*.

(t) n en venait aussi beaucoup dos environs de Konieh.

(2) En 1700 (inniit: moyenne) ii\ vaisseaux et trois barquesiranç.ii'yrscl'-itsJtwjj a Smvrnc pour 2.a^7.ocxJ livres de man:lundi&es (agari>: 325 ! :a,

«mciats d Angora 108.2} î, cotons files }i8,ix», en libe a; .0,

pcaus. de chagritis }.4(», dcmittes (toiles de coton) &.000, Al de wii..viv ^i.éjo.

LES àCHELLES : CHIO 433

Le consul françnis eut, pendant une bonne partie du xvii" siècle» deux vice-consuls ;\ Echelle neuve et h Cliio. Echelle neuve avait un fort bon port, mais le voisinage de Sm^'rne ne lui permettait que de faire un trafic local peu actif, on y chargeait cependant des cotons en grande quantité. Mais le vice-consul français s'étant entendu avec le gouverneur de la ville qui abaissa les droits d'entrée, les Français se mirent ;\ venir décharger leurs vaisseaux à Echelle neuve et à dire transporter leurs marchandises par terre à Smyrne ; le douanier de Smyrnc se plaignit ;\ la Porte de ce qu'on le frustrait de ses droits et l'échelle fut supprimée vers 1650'.

Chio avait une tout autre importance ; la richesse de son sol, sa nombreuse population, pouvaient alimenter un grand commerce. Sous Henri IV et au début du régne de Louis XIII cette ville avait même été le siège principal du consulat, qui fut transférée Smyrnc* vers 1620. Elle ne conserva dés lors qu'un vice-consul choisi par le consul de Smyrnc parmi les chrétiens du pays. On y achetait par an plus de loo.ooo écus de soies filées, des cotons, des vins, de Li térébenthine, enfin le fameux mastic, dont les officiers du G. S. prélevaient la meilleure part pour le harem de Sa Hautesse, et ne laissaient que le rebut aux Européens. Les Anglais jugeaient ce trafic assez important pour entretenir aussi un consul ;\ Chio*.

galles î).o8i, g.ilh;inuiu 5.972, pomme 4.4011, l.iine de chevron ifxi.ooo, Liines 295.000, moiicayars ao.cxxi, opium 600, orpiment 800, rhubarbe 56.259, riz 4.028, soie de 'l'ino 1.752, de Perse 590.000, scmcncine 25.542, storax 4^7, scimmnnée 7.038, tapis 7.188). — En 1714 (année inaximum ) quinze vaisseaux et trente-sept barques chargèrent pour 4. jéo.ooolivres de niarcliandises (on y voit figurer 50,7 50 livres decafé venu d Ilg^pte.du mastic pour 41.000 livres).— Année 1710 (minimum) sept vaisseaux, une barque chargent pour 707.000 livres de marchandises (dont 165.000 livres de blé, 41.000 d'huile). — Le Parfait nigocianl cite en outre p-irmi les marchandises de Smvme, l'avclanède ou coque du gland dont 50.000 quintaux é-taient vendus en Italie pour la tannerie, cl l'alun. — Ces deux produits ne figurent pas dans les statistiques de la Chambre.

(1) Tavekvier, p. 77. — Parfait négociant, p. 4}6.

(2) L'éclielle portait le nom Je la petite ville de Foggie (FokU) l'ancienne Phocéc, mais le consul ne semble pas y avoir faitiais résidé. Voici comment est désignée cette échelle dans les lettres patentes accordées à Claude Rigon consul, le

19 janvier 1610 : « Henri par la gnke de Dieu etc donnons et octroyons

l'omce de consul en l'Ile de Scio ports havres et échelles Foggie neuve et vcchie Ihisme ou passage Smirne Souvrassary Avsole Monemeu Firia les lies de Metelin et Tenedo et antres lieux de la Natolic voisins et dépendants de ladite échelle de le Foggie vacant parla mort de.... » — Ce consulat est désigné de la même façon dans Jeux listes des consulats du Levant de 1619 qui se trouvaient à laBibl. Kat. mis. fr. t6'j}S,fol. toi il no. — Foggie qui donnait son nom à l'échelle n'était cependant plus connue alors que comme un repaire de corsaires où les barbaresqucs se retiraient souvent. Flr»unel, p. 108 (en i6;o). — Du Loir, p. 11 (en io}9).

(}) S.^VARY. Dict. du commerce, col, 1020.

es J

Cette ville contenait, en 1650, environ 30.000 habitants, dont 15.000 Grecs, 8.000 Latins et 6.000 Turcs. Elle devait une importance particulière à sa position centrale dans l'Archipel qui en faisait un port de relâche fréquenté par de nombreux navires français albni soit i Smyme, soit à Constantinople, ou même ;\ Saloniquc. Les capitaines venaient y chercher des renseignements sur la situation des échelles, sur les corsaires, sur les occasions du commerce, et le principal soin du vice-consul était de se tenir en mesure de les éclairer sur tous CCS points et de leur transmettre les ordres et les avis que h l'ambassadeur lui envoyait'. Pour la même raison, le port de Chio V avait une grande importance militaire. Souvent les corsaires barbarcsques en firent leur place d'armes, malgré les réclamations des, ambassadeurs et c'est ce qui occasionna la fameuse canonnade de Duqucsne en 1681. En 1694, les Vénitiens s'en emparèrent, aprc un siège de cinq jours, mais les Turcs la reprirent aussi fecileroent l'année suivante; cette guerre nuisit ;\ son commerce, car les Turcs» auparavant très tolérants, se mirent à persécuter les luuins jalouser par les Grecs du pays ; le vice-consul de France, chrétien indigène fut même embarqué honteusement,

A partir de ce moment, il y eut un vice-consul français nommé p; le roi, mais on n'y vit qu'un seul marchand français jusqu'en 1715 et les vaisseaux français n'allaient pas y charger, cat le mastic et 1 autres produits de Tiie étaient portés A Smyme. Chio ne gard; d'importance que comme port de relâche; dans la guerre de succc sion d'Espagne, son port rendit de grands services, surtout pourl b.ltimcntsqui chargeaient du blé dans l'Archipel ; ils venaient y prendre des inûirmations sur les endroits où ils pourraient faire leurs chargements. « J'ai toujours à ma disposition, écrivait le consu une troupe de Grecs, qui ont correspondance avec les pach.is et agi des golfes de l'Archipel m.iltrcs du commerce du blé. S'il y avai^ quelques capitaines qui n'eussent pas la pratique de ces endroits, je leur ferais embarquer de ces Grecs pour faciliter les chargcmenlsV Les vaisseaux venaient aussi ;\ Chio se menre A l'abri des corsai et se former en convois pour revenir en France. • La quantité de nos bfltiments passés ici, écrivait ;\ la même époque le consul, ont mU la disette sur l'île, et le peuple en murmure*.

(i) I^ilre (Iti ï'ke-ccnsul Arligut. AA, 22t.

(1) tS mai f}0(f. .4.4, 23}.

(j) Voir Correspondance des vict-a>ntuh de Chio. AA, 2ai-22S,

iirs

LES ÉCHELLES : ILES DE l' ARCHIPEL 425

Quant aux trois autres grandes îles qui forment avec Cliio comme le prolongement de l'Asie Mineure, Metelin, Samos et Rhodes, elles ne furent à aucun moment le siège d'une échelle, ni le séjour de marchands français. Au début du xvii* siècle, on voyait si peu souvent des marchands francs à Metelin que la foule s'amassait autour des voyageurs que leur curiosité y amenait, à cause du spectacle inusité de leur costume*. Samos, à la même époque, était presque inhabitée à cause de la terreur qu'inspiraient les corsaires; les habitants par précaution s'enfuyaient à l'intérieur des terres, à l'approche d'un navire*. La situation de ces îles changea cependant peu à peu et à la fin du règne de Louis XIV elles fiùsaient, comme les autres îles de l'Archipel, un commerce dont l'importance variait beaucoup suivant les années, en huiles et en blés. D'après \é naturaliste Tournefort, on chargeait, par année ordinaire, à Samos, vers l'an 1700, trois barques de blé pour la France et une barque de laine*. A Metelin, venaient fréquemment une ou deux barques de Provence par année, et deux marchands allèrent même y résider entre 1700 et 17 1 5 *. L'île de Rhodes, autrefois l'un des remparts de la chrétienté, était devenue le refuge des corsaires dans la Méditerranée orientale; c'était dans son port, que les Barbaresques et les corsaires turcs se donnaient rendez-vous; ceux-ci venaient y céder aux premiers à bas prix les prises qu'ils ne pouvaient vendre dans les ports du Grand Seigneur à cause des Capitulations.

Aucune des îles de l'Archipel ne forma d'échelle pendant le xvn* siècle; des barques françaises venaient y faire leurs chargements, mais aucun marchand français n'y faisait résidence, sauf de rares exceptions'*. Cependant, la plupart avaient un consul de la nation française; c'étaient des habitants de ces îles. Latins ou Grecs, appartenant toujours aux meilleures fiimilles, qui recherchaient ce titre comme un honneur et aussi comme une sauvegarde contre la

(i) La Boullaye Le Gouz, p 22.

(2) En 1700 encore, les parngcs des « Boglias » de Samos c'taicnt redoutés â cause des bandits qui les infestaient. — Tocrnefort, p. 155.

(3) Ch.ique barque contient huit ou neuf cents mesures faisant 60.000 ou 67.500 livres pesant, car chaque mesure est deys livres. La mesure s'appelle un quilot. TouRNEFORT, p. 158.

(j) Ainsi, en 1675, le Hollandais Spon rencontre un Français qui s'est établi au Tinc et qui tâche de s'y faire créer consul de la nation. — p. 169.

tyrannie des cadis turcs'. Souvent la fonction se transmettait dans la même famille, comme ;\ Naxo, où, pendant tout le xvn"' siècle, elle appartint aux Coroncllo*, Presque tous tenaient leur litre de l'ambassadeur deConstantinoplc, quelques uns seulement, comme i Naxo et à Milo» recevaient des lettres patentes du roi, d'autres pre-| naicnt le titre de consul, sans avoir reçu aucune commission. En 1700, Tournefort vit il Patmos un Grec qui exerçait ainsi Icsj fonctions de consul de France. « Il nous assura, dit-il, que c'était pour rendre service A la nation que depuis trois générations, de père' en tils, ils avaient pris cette qualité sur un ancien parchemin qui leur fut expédié du temps d'un roi de France dont il ne savait pas Ici nom et que nous jupcâmes ^tre Henri IV. Ce parchemin se trouva] égaré quand nous le priâmes de nous le fliire voir. Ce consul est bon iiomme à qui s'adressent tous les étrangers, et qui, en cas de besoin, ■ se dirait consul de tous les étrangers qui abordent en cette île'. « ■ Les fonctions de ces consuls étaient peu compliquées : ils facili- " taient les charocments des rares barques qui fréquentaient IcurSj îles, donnaient des renseignements aux bâtiments qui y relâchaient, hébcrgaient chez eux les étrangers, fliisaient quelques présents auxj cadis et, en retour, percevaient suivant l'usage un droit d'ancrage de cinq piastres par vaisseau que, bien souvent, les patrons refusaient de leur payer, ne redoutant pas d'y être contraints ; leur charge éuiti d'un maigre profit. « C'est un consulat qui ne fournit point pour la nourriture seulement d'un valet, écrit le consul de Milo, et la, plupart s'en vont insolemment sans me payer. » Coronello de Naxo, adressiiit les mêmes plaintes à la Chambre : « Je suis obligé de faire des présents au c.ipitan pacha, quand il vient dans les îles, .m

bey et A d'autres Turcs qui out autorité dans l'île Je ne Êiis p.nsj

de difficulté de dépenser du mien, mais, si j'avais quelque secours, cela m'aiderait beaucoup pour soutenir mon rang avec distinction... Je ne demande que 150 piastres et j'entretiendrai là dessus un janissaire pour relever le consulat', n Jusque vers 1670 les îles de l'Archipel furent alfreusement désolées par les cors;iircs chrétinjs] et en particulier parles Français, ce qui ne fit qu'augmenter la haintj

(i) C'est pourquoi on voyait dans certaines de ces lies des consuls anglais cti hollandais, bien que ces nations n'y fissent à peu prOs aucun commerce. (z) Ijelire du cotisiil Coronello, $ février :6<}9. AA,2g8. (%) ToURNEFOiO', t. I, p. 169.

(4) t6 fèi: 16^4. AA, 242; i fh<. if>i)g. AA, 2ç8.

LES ÉCHELLES : ILES DE l'aRCMIPEL

que nourrissaient dqà pour les Latins, les Grecs qui formnient l;i majorité de I.i population. Celle-ci accablée en outre sous la tyrannie des officiers Turcs, parfois les seuls de leur nation dans l'île, ne cultivait la terre que pour ne pas mourir de fliim et vivait trOs mis<irablemcnt. La situation des insulaires s'était aggravée pendant la guerre de Candie où certains corsaires français, encouragés par la présence dans l'Archipel des (lottes vénitiennes, se rendirent légendaires parles exploits et les ravages qu'ils y accomplirent.

A la suite des capitulations de 1673, Louis XIV interdit aux corsaires français de paraître dans les mers du Levant, beaucoup cependant continuèrent pendant longtemps, sous pavillon maltais, A désoler l'Archipel, et Tournefort pouvait encore écrire en 1700 : • Il est si dangereux de passer de Candie aux îles de l'Archipel, sur des bâtiments du pays, que nous n'osâmes pas l'entreprendre '. »> Quelques barques provençales vinrent alors chaque année faire leur chargement, en passant d'île en île, mais ce commerce était encore très peu considérable'. Ce ne fut que quand la paix de Qrlowitz eût rétabli définitivement la paix entre les Turcs et les Vénitiens et ramené plus de sécurité dans l'Arcliipel que la culture et par suite le trafic, prirent une importance entièrement inconnue auparavant. L'Archipel devint pour les français un grand marché d'huiles et de blés, dont les achats variaient considérablement d'une année i l'autre, suivant l'abondance des récoltes. Pendant la guerre de la succession d'Espagne, la disette dont souffrirent la France et l'Espagne donnèrent au trafic des blés une activité extraordinaire. La Porte, après avoir accordé aux ambassadeurs de France l'autorisation d'exporter des blés de la Turquie, fut effrayée de la quantité qu'ils enlevaient et, craignant que la disette ne succédât à l'abondance, elle renouvela les dépenses d'embarquer des blés pour la chrétienté, mais ce fut en vain. En Turquie on accommodait tout avec de l'argent et, avec ta connivence des officiers turcs, on continua partout de charger les

(l) ToURNnFORT, t. I, p. 5).

(j) D'après les registres du cottimo, trois barques reviennent de Milo en 1669, trois en 1673, un vaisseau en 1676, une barque en 1678, une barque en 1679, plusieurs en 1680, deux en 1681, deux en 1686. etc. — Des autres îles il revient lieux barques en 1672, un vaisseau en 1674, trois barques en 1679, un vaisseau en 1(180. une barque en 1682, etc. — De Tino. une barque en 1680. — Il est \Tai que, le blé ne payant pas le cottimo, les bâtiments chargés de blés ne figurent pas dans ces tableaux. — Quatre Franyiis vont s'établir dans l'-Vrclupel entre 1685 et 1700, dont deux à Milo. — La résidence des deux autres n'est pas indiquée. — M, 4.

blés, parfois ouvertement, souvent pendant h nuit ou dans des anses rc'tiréesJu rivage. De 1700 .\ lyiy. 1215 barques franaiiscs revinrent des lies de l'Archipel et plusieurs centaines avaient ctc prises cependant par les corsaires ennemis. Les chargements qu'elles rapportèrent valaient 20.000.000 de livres environ, les blés en formaient plus des 2/3, parfois plus des 3/4, et les huiles à peu près tout le reste : en 17 10, l'année où ce commerce atteignit le chiffre le plus élevé sur une valeur totale de 2.779.000 livres, celle des blés et d<a huiles fut de 2. [44,000 et 620.000 livres*.

Toutes les Iles prenaient part .\ ce commerce, suivant leur grandeur et leur fertilité, et la plupart avaient des ports suffisants pour que les barques de l'époque pussent y charger. Paros passait pour avoir l'un des plus beaux, il servait à la fois pour le trafic de Tile et pour celui de Naxo, la plus grande des Cyclades, dont le port êuit mauvais, c'est pourquoi le consul de Xaxo y entretenait un viceconsul *. La beauté des ports de Nio y attiraitsouvent des bàtimaits; celui de Myconos, très sûr et placé sur la route de Constantinople et de Smyrne, servait souvent de refuge, pendant les tempêtes dangereuses de l'hiver. Mais l'île qui avait le plus d'importance pour les Hninçais était Milo; elle était bien habitée, bien cultivée et comptait parmi celles qui fournissaient les meilleurs chargements; surtout, son port était l'un des meilleurs de l'Archipel et servait de relAche A la plupart des bâtiments qui allaient à Smyrne et A Constantinople ou en revenaient ; elle jouait alors le rôle qu'a pris aujourd'hui l'île encore plus petite de Syra.

Deux des Cyclades Myconos et Tino restaient encore aux \ enitiens à la fin du xvir siècle ; Tino, qui avait du à cette circonstance d'être épargné par les corsaires chrétiens, était la mieux cultivée des Cyclades et c'était la seule qui, en dehors des blés et des huiles, fournissait des soies en quantité considérable ; les habiunts allaient souvent les porter eux-mêmes à Smyrne pour les vendre aux Français. Ces soies de l'Archipel étaient très fines et convenaient parti-

(Il En 1700 (année tnininaum), onze vaisseaux et ircntc-scpt l'arques cmptirlèrent de l'Arirhipcl pour 476.000 livres Je marcliaiidlses (blé 2;i.olx>, cire 1881, cotons filés 684. éponges 1065, fromages 14.400, liuilc i>o.O(x>. Uinc ~f>]i, peau d'agneau 283}, riz 5019. solo de Tino s8.66o, suif 221. savon j2o. toile» de coton 22î5). — En 1710 (année maximum) figurent les niCraes marchandii»,

(l) lyttrf du i fh: 1699. AA, 2^S,

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