LES ÉCHELLES : CANDIE
culicrctîieiit pour faire des fils et des rubnns'. Le commerce de l'Archiprl avait pris une lelle importance que la Chambre du commerce de Marseille décida, en 171 5, d'établir des consuls français dans un certain nombre d'ites de l'Archipel. En ctfct un intéressant mémoire sur le commerce français du Levant, adressé en 1727 par Itmarquis de Bonnac, ancien ambassadeur, au contrôleur général Le Pelletier, indique dans la liste des échelles treize consuls français, dont trois seulement il est vrai, nommés par le roi, parmi les vingtct-un consuls des iles de l'Archipel ^
Sous la domination vénitienne la grande île de Candie laisaît au début du xvii'' siècle un grand trafic « de blé, d'huile d'olive, de toutes sortes de légumes, de fromages, cire, cotons, soies, cuirs, et particulièrement de Malvoisie, qui était son principal négoce*. » Li longue guerre, dans laquelle les Turcs et les Vénitiens se disputèrent sa possession, la dépeupla, ruina ses cultures et interrompit entièrement son commerce. Quand l'île fut aux mains des Turcs il y eut un consul français et la n.-iiion s'y organisa comme dans les autres échelles. Le consul résidait A Li Canée, bien que la ville la plus grande de l'ile et la résidence du pacha fût Candie, mais celle-ci, depuis son fameux siège, n'était plus que la « carc;isse d'une grande ville » et son enceinte était occupée en partie par de misérables masures. La Canée était devenue le centre de presque tout le commerce de l'île et c'était dans son port que chargeaient presque tous les bâtiments français'. Ce port, fort exposé a la tramontane, manquait de sûreté, mais il pouvait recevoir toutes sortes de navires, undisque celui de Candie n'avait assez de profondeur que pour des
(1) Une lettre du consul de Tino cite uu.-ttre marchands français qui y résident pour acheter les soies, 30 juillet i(k)ij. .4 A, }oo. Voir au sujet des iles de l'Archipel ; Tavernier, 312-515, et surtout Tournefout qui décrit en 1700 la plupart des Cyclades, t. I. p. 55-140. — Corresp. Conitil. île Milûcl l'Argcntièrt. AA, 342. (dix lettres); de Naxos, A A, 2^S (trois lettres); it Myanos, AA, 25)9 (une lettre insignifinntc) ; de Titio. A A, jno.
(2) Les trois consuls français cjui avaient des lettres patentes du roi étaient ceux de Cliio, Naxos, Milo. — Les dix autres avaient reçu leurs commissions de l'anibjsSâdeur : c'était ceux de Uhodcs, Santorin, Nio, Sira, Siffanto, Scopolv, Metelin, Samos, Xégrcpont, StJiichio. — Les consuls indigènes étaient ceux de Zia, Myconos, .Athènes, .'Vniipnros, .^ndros, Paros, Terniia, Largeniiére ; seuls ceux d'.Athènes tt de .Mvconos, avaient été nommés par lettres patentes du roi. — Arch, Xal. F'», rt./s.
(}) Tavf.kniek, p. 510.
(4) La Canée est habitée p.tr 1.500 Turcs environ, 2.000 Grecs, 50 Juifs, — \ Cindie il va iUx) Grecs environ, i .o<x> Juifs, 200 Arméniens. Tous les autres habitants sont Turcs enrôlés dans les troupes suis-antcs .,— Tournefort, p. 8,16.
kirques ; il est vrai qu'il venait beaucoup plus de barques rrnnçaûesj que de vaisseaux pour charger dans l'île. La nation française de Lil Canée comptait vers 1700 dix à douze marclunds, celle de Candie] trois ou quatre familles'. Un Français remplissait à Candie les fonctions de vice-consul, un Grec du pays en était chargé A Rctlnio, le] troisième port de l'ile, qui ne recevait que très irrégulièrement la] visite de quelques barques françaises. Les Vénitiens avaient conservé] deux ports, La Sude et Espinelongue (Spinalonga), de temps eti temps on voyait une barque française prendre son chargement il Espinelongue, la Sude servait assez souvent de port de reliche.
Après la guerre de Candie, le commerce des Français dans l'ilc fut d'abord fort médiocre, deux ou trois barques par an y sutlîsaient, mais il s'accrut peu X peu de 1670 à 1685 et quinze à trente barques vinrent chaque année chercher des marchandises A la Canécct A Candie. La guerre qui éclata de nouveau entre les Vénitiens et les Turcs en 1684 vint arrêter cet essor, et, pendant dix ans surtout, de 1689 A 1697, le trafic fut presque entièrement suspendu*, mai après la paix de Carlowit>:(i699) il prit une activité qu'il n'avait jamais eue : cinquante-neuf barques et six vaisseaux français entrèrent en 1700 dans les ports de La Canée, Candie et Retiûîo.
Le commerce de l'échelle de Oindie ne ressemblait à celui d'aucune autre, il était alimenté A peu près entièrement par ur seul produit, l'huile d'olive que les Marseillais et les Toulonnais employaient à la confection de leurs savons. En 1715, sur une valeur totile de 1.307.000 livres qu'atteignirent les achats des Français,! l'huile figurait pour 1.304.000. D'autres fois, cependant, on yj achetait des quantités assez importantes de blé, de fromages et de cire. [ Aussi le négoce de Candie était-il soumis à des Buctuations beaucoup plus grandes que celui de toute autre échelle, car il dépendait entièrement de l'-ibondance de la récolte des olives en Provence eti dans l'île; tandis que ses ports reçurent en 1700 soixante-cinq bûtiments franç;iis, ils n'en virent que deux en 1708. De 1700 à. 1715] les achats des Franç.ais atteignirent 7.121.000 livres', chiffre moins
(1) Vingt-deux résidents s'établirent àCindic de 1685 à 17x9, qumnxe^eflxl U Canée. — HB, 4, /, 6.
(2) En 169) it vint une b.irquc française ; aucune ne eh;trgca i Candie en 16 et 1695 ; une seule fit ce voyage en 1696 et en 1697. (D'après les registres recette du cottimo. CC, 2} A miv.).
n) En 1700 six vaisseaux et cinquantcncuf b.-uques fransttlses cniportcat