‹ Histoire du commerce français dans le Levant au XVIIe siècleChapitre 79 sur 117 · LES ÉCHELLES : CANDIE, CONSTANTINOPLE · texte numérisé non relu

LES ÉCHELLES : CANDIE, CONSTANTINOPLE

élevé que celui des exportations des îles de l'Archipel pendant la même période, mais ce trafic répondait :\ des besoins permanents des marchands français, tandis que la disette des blés en France pendant la guerre de succession n'avait donné au commerce de l'Archipel qu'une importance momentanée : en réalité, l'échelle Je Candie prenait rang immédiatement après les cinq grandes échelles.

Constantinople semblait designée, au xvii« siècle comme aujourd'hui, par sa position et sa population considérable, pour taire un grand commerce. Elle était avec Paris et Londres la vilL- la plus grande de l'Europe' et le débouché naturel de- deux régions lertilcs et bien cultivées : d'un côté les plaines de la Roumélie actuelle, dont les voyageurs qui venaient de Vienne admiraient, au sortir des terres dévastées de la Hongrie et des montagnes sauvages de la Serbie, les riches villages et les belles cultures; de l'autre, les vallées du nord-ouest de l'AnatoIie. Ici la riche ville de Brousse était le lieu de formation des caravanes qui partaient pour l'intérieur de l'Asie- Mineure et même, cinq ou six fois par an, pour la Perse*. Enfin, comme la mer Noire était fermée par les Turcs aux navires européens, Constantinople était l'entrepôt général où les bâtiments grecs et turcs venaient décliarger les marchandises des pays qui entouraient ce vaste bassin ; particulièrement les fourrures de Moscovie, la boutargue, le caviar et autres produits des pêcheries de la mer d'Azov, les bois de construction des forêts de l'AnatoIie du Nord.

Cependant, malgré tous ces avantages, Constantinople, pendant une grande partie du xvii' siècle, fut de beaucoup ta moins importante des cinq grandes échelles et le commerce français ne lit qu'y végéter jusque vers 1685. C'est qu'il était exposé, beaucoup plus qu'ailleurs, aux vexations : au lieu d'un pacha et de quelques

Candie des chargements valant 1.330.000 livr. — (blé 43.750, cire 3^.527, ci(ù 540, fromages 37)H8, casse 525, huile 1.078. 000, laine 2.768, pois 1.400, riz 34.870, soie6.786,selarmoniac 1,080). — Exportations en 171 5 (année maximum), 1.307.000 ii%'res (huile 1.504.400, cire 2.700), — en 1708 (année minimum), 78.2CX) livr. (huile).

(1) Tqlrnefort, t. I, p. 179 et i8i.

{2) Tavemier dit qu'elles p.irtaicnt de lA et Qu'il en partait très rarement de Constantinople. — « Celte ville (Prousin) est u'un jjrand abord et de grand trafic, toutes les caravanes qui vieiinein de Smvrnc, d'ÀIep et la plupart de celles

3 ui viennent de Perse à Constantinople passent par U On y jwrte beaucoup e draps d'Angleterre et on y fait beaucoup de soie, Us plaines îtant couvertes de mûriers. » Wiieleh, p. 188'

officiers subalternes comme dans les autres échelles, c'était tout ludivan du Grand Seigneur qu'il fallait satisfaire et les hauts ofTicicrs de 1.1 milice, dont les exigences se mesuraient A l'imporunce. La mauvaise conduite des ambassadeurs qui spéculaient sur cette situation pour pressurer eux-mômes le commerce contribuait à accabler la nation de Constantinople d'impositions plus lourdes que partout ailleurs. Quand la réconciliation fut complète entre la France et les Turcs et qu'il fm définitivement interdit aux ambassadeurs Je foire des levées d'argent sur les vaisseaux, sous aucun prétexte, le commerce de l'échelle entra dans une voie prospère, sans toutefois approcher de celui du Caire ou de Smyrnc.

Ce qui le distinguait de celui de toutes les autres échelles, c'était que les Français, les Anglais et les Hollandais y apportaient beaucoup plus de marchandises qu'ils n'en retiraient. Constantinople était surtout le grand marché de leurs draps ; outre ceux que les vaisseaux des Francs y déchargeaient, une partie de ceux qui étaient débarqués à Smyrne étaient ensuite transportés à Constantinople par les caravanes très fréquentes entre les deux villes. Li cour nombreuse du sultan, la milice, l'aristocratie turque ou grecque qui peuplait Constantinople et la riche ville d'Andrinople, la seconde de l'empire, consommaient nécessairement des quantités considérables non seulement de draps mais d'étoffes précieuses de toutes sones, tissus de soies, d'argent et d'or fabriqués surtout en France et en Italie', ainsi qu'une foule d'autres marchandises. Aussi tandis que dans les autres échelles les marchands français étaient obliges d'envoyer beaucoup d'argent pour pouvoir payer leurs achats, i Constantinople ils .avaient toujours des sommes considérabks à recouvrer et, pour établir la balance de leur commerce, ils (;its.ticnt tirer des lettres de change sur cette ville, par leurs correspondants de Smyrne ou d'Alep.

On achetait surtout à Constantinople des laines, des cuirs de de diverses sortes, de la cire, et parfois des quantités considérable

(i) « Les principales sont les satins de Florence, les tabis, les dani.is.uuniv Je Venise h fleurs d'or et d'argent ei les velours de Gènes à fleurs. Qu ?

ces dtotres conservent le nom de leur ancienne fabrique, beaucoup sont de Lyon, de Tours, d'Amsterdam et de Londres qu'on vend dus ; • turcs et aux marchands .irmèniens pour vrais Venise ou vrais Gènes.. .. ■ .

des brocards d'or et d'argent à fleurs qu'il se vend davantage mais sculeiiu'u:

de ceux faits exprés sur des patrons propivs à cette lîchellc l't^cLil ei le "

niarclié surtout plaisent aux Turcs. » S.w.vuv. Dùl. col. 1021-1024.

LtS ECHELLES : CONSl'ANTrNOPLH

Je poils de chèvre d'Angora, de toiles, de colons ; quant aux soies elles n'y arrivaient qu'en trùs petites quantités. De 1671 i 17I4 la valeur des chargements apportés de Constantinople par les vaisseaux français s'éleva à plus de 3 1 millions de livres'. Par l'importance de de ses exportations l'échelle de Consiantinople avait donc dépassé celle d'Alep, et par l'ensemble de son négoce elle venait même avant l'échelle de Seïde où les Français n'écoulaient qu'une très petite quantité de marchandises et ne portaient guère que de l'argent; seules Smyrne et le Caire tenaient une place plus considérable dans le commerce français du Levant.

La nation française y était nombreuse à la fin du xvii" siècle et 175 résidents vinrent s'y établir de 168 j ;î 1719. Les marchands étrangers vivaient à Galata au milieu des juifs, des Grecs, des Arméniens et même des Turcs qui peuplaient ce fliubourg, et A Pera, où s'élevaient les palais des divers ambassadeurs. « On goûte dans Galata, écrit Tournefort en 1700, une espèce de liberté qui ne se trouve guère ailleurs dans l'empire Ottoman. Galata est comme une ville chrétienne au milieu de la Turquie, où les cabarets sont permis et où les Turcs viennent boire du vin : il y a des auberges à Galata pour les Francs, on y fait bonne chère. » La nation de Constantinople n'.ivait p.is de consul ', l'ambassadeur de France, qui en remplissait les fonctions', h.ibitaii A Pera le plus beau des palais des ambassadeurs chrétiens, vaste b.\timent construit lorsque de Brèves

(1) Rn 1700 (année moyenne) cinq vaisseaux et quatre barques chargèrent pour 9($.000 livres de marclundiscs (ag.tric 158, cire J35.0OO, bourres de soie S.976, chajt-rins 46.000, coton en laine 4 7J9, file 969, crin 788, camelots 96}, cuirs 198.700, étûlTcs de Perse 4.6CK), tiis de chèvre J.948, laine de chevron 5.901 laines 556.000, toiles 4.500, opoponax iSo, scammonée 60.000, soie 4.200.) — En 1714 (.innée maximum) les exportations s'élevèrent S 2.596.000 livres (dont: alun 54.000, bois de buis 25.000, coton J 14.000, cire 182.000, cuirs 185.000, tils de chèvre 810.000, laines 816.000, laine de chevron 27.000, soies 125.000, toiles indiennes et autres 184.000, etc.) — En 1710 (année mininium), les exportations tombèrent à 25J.000 livres. — D'après Pouqiieville, les chiffres du commerce de rêchelle de Constantinople éuient les suivants : Français, 1,519.000 livres. — Anglais, 4.1S4 000. — Hollandais, 3,697.000. — Vénitiens, 246.000. — Livournais, 898.(.k;io. — (Page 61 de son mémoire). — Mais il n'indique pas où il a trouvé ces cliitTrcs.

(2) C'est ce qui avait servi de prétexte à la création d'un office spécial d'.igent (lu commerce a Constantinople en faveur d'un des frères Fabre, en 1686 ; cette agence fut supprimée en 1690 sur les vives instances de la Chambre, et, dès lors, l'ambassadeur tit élire régullèrenient deux députés tous les ans par la nation, comme faisaient les autres consuls. (V. lettre des dffmlrs, ^octobre, ;6yo. A A, tùS),

(5) Dans la liste des consulats remise ;\ M. de Césy lors de son départ pour Constantinople en 1619, l'ambassadeur est considéré comme titulaire de celui de

ctiit ambassadeur, par ordre d'Henri IV, entièrement réparé sous Louis Xni par M. de Marcheville, et successivement embelli par ses successeurs, surtout par M. de Nointel. Les réparations y étaient fréquentes car, comme toutes les maisons de Constantinople, il était construit en mauvais matériaux et les dépenses qu'elles nécessitaient, supportées par le commerce, furent souvent un objet de contestations entre la Chambre et les ambassadeurs. Ceux-ci, par tradition, et pour faire honneur à leur roi, y entretenaient un grand train de maison *, aussi avec les dépenses qu'ils étaient obligés de faire à la Porte en toutes sortes d'occasions, il n'était pas étonnant qu'ils fussent souvent à court d'argent.

Il n'y avait pas d'échelle secondaire dépendant de Constantinople. Gallipoli avait eu un consul français sous Louis XIII, mais, bien que la ville fût grande, aucun bâtiment n'y chargea plus sous Louis XIV et le consulat fut aboli en 1689*. Ce port n'avait guère d'autre importance pour les Francs que de permettre de faire relâche, quand les vents contraires ou la bonace empêchaient les bâtiments de remonter le courant du détroit. Tous les bâtiments francs, au retour de Constantinople, devaient s'arrêter aux vieux châteaux des Dardanelles *, pour y être visités par les Turcs, qui s'assuraient surtout s'ils ne faisaient pas évader d'esclaves des galères du Grand Seigneur; sous Louis Xin ils devaient y attendre trois jours afin qu'on eût le temps d'apprendre de Constantinople s'il y avait eu des fuites d'esclaves. Aussi les diverses nations entretenaient aux Dardanelles un vice-consul, généralement indigène; cependant, un Français en remplit la charge â partir de la fin du xvir siècle; son office consistait surtout â remettre aux capitaines des vaisseaux marchands, qui attendaient aux Dardanelles l'autorisation de partir, les dépêches

Constantinople, avec la faculté, comme pour les autres propriétaires de consulats d'alors, de commettre quelqu'un ;\ sa place pour le remplir. Ce consulat est ainsi désigné: « Constantinople, Bursia, Rodosto, Sinope, 'l'rébisonde, Kafla et autres pays et lieux situés tant au long des côtes de la mer Noire que d'un et d'autre Côté de la mer depuis Constantinople jusques aux châteaux de l'Hellespont.» Bibl. Nat. Mss.fr. i6y}S, fol. loi.

(i) Tournelbrt admire beaucoup le luxe de l'ambassadeur de France, t. I, p. 182.

(2) PiKiRO DiXLA Vai-LE, p. 17. — La Bolllayi; li; (Jouz, p. 24 : « Il y a une échelle dont le sieur de la Forest angevin est consul. » — Spds, p. ji i , parle d'un consul vénitien. — Abolition du consulat : Lettre du ii juillet lOSi). BB, 28.

(5) Les voyageurs du xvii^- siècle les appellent souvent châteaux de Sestos et d'Abydos ; ifs étaient cependant assez éloignés de l'emplacement de ces deux anciennes villes. — A l'entrée du détroit, pendant la guerre de Candie, les Turcs lirent construire deux autres forteresses qu'on appelait les nouveaux châteaux.

LES tCHELLES : DARDANELLES, SALONlliCE

que l'ambassadeur envoyait à la dur et qu'il expédiait aux Dardanelles par des barques rapides'. Quant A Andrinople, malgré l'importance de sa popuLition et les séjours de plus en plus fréquents qu'y lU la cour du sultan dans la deuxième moitié du xvii% les nations franques n'y établirent pas d'échelle, un seul marchand français alla y résider dans toute la période qui s'étend entre i68) et 17 19.

Depuis les Dardanelles jusqu'à Athènes, les Français n'eurent pendant longtemps aucun établissement; ils ne diisaient aucun commerce sur toutes les côtes de la Roumélie et de la Macédoine dont quelques marchandises seulement leur étaient apportées à Smyrne par les barques grecques. « De tout temps, cependant, disait la Chambre dans un mémoire en 1685, on est allé clurger du blé dans les ports déserts du golfe de Tcssalonic. Il est vrai que, c'a toujours été en se tenant un peu au large, attendu qu'il est défendu en ces pays là d'en sortir les denrées, ainsi que dans tout le reste du Levant, mais cette difficulté n\i jamais empêché les sujets du roi d'y négocier comme ils ont fait, en metunt un matelot i terre, qui convient du prix du blé, dont on ne fait le paiement qu'après qu'il est entièrement chargé dans le bAtiment *. h L'échelle de Saloniquc, créée en 1685, malgré la Chambre qui n'en voyait pas l'utilité', resta quinze ans sans aucun marchand, mais trente-un résidents vinrent s'y établir entre 1700 et 1719. On ne voit pas bien, pourtant, comment le maigre commerce qu'ils faisaient pouvait les foire vivre. Les deux premiers marchands de l'échelle avaient ,issez heureusement débuté, en 1700, en achetant pour 338,000 livres de blés et de laines, mais ce chiffre d'aftaires ne fit que décroître les années suivantes pour tomber au-dessous de 50.000 livres par an, de 1709 à 1712. Li peste, qui sévit cruellement cette année-là, enleva 6000 habitants de Salonique et cinq marchands ou protégés français, et força la mtion à se tenir enfermée, sembla vouloir consommer la ruine de réchelle. Cependant, en 17 14, les achats des Français atteignirent 634.000 livres en laines et en cotons. Ce relèvement devait être durable et le x^^^* siècle ouvrit pour Salonique une ère

(1) Du LoiK, p. 209. Un janissaire fjit ïa aiTaircs des Français à Abvdos. — PlhTKO UEXJ.A Vaixe, p. 17. — .-tA, ijô. Cûrrufoiidaiu:' dts vLt-iMsiiU jraniais. — QjiJranie-six kUrw, de 169} i 1785.

(2) t^ octobre 1685. BB, 4. fol. rj2.

4^6 Tableau du commerce

de prospérité qui récompensa les efforts faits par les Français pour y établir leur commerce '.

Ce qui nuisait en partie i son développement, c'est que les capitaines, au lieu d'aller jusqu'au fond de son golfe pour faire leurs chargements, s'arrêtaient dans les petits ports déserts de la côte de Macédoine, où ils faisaient directement leurs achats aux gens du pays, sans avoir à payer les frais des intermédiaires et du consulat. Les marchands de Salonique et le consul s'en plaignaient en 1715 et celui-ci établit un vice-consul à l'île de Skopelos (une des Sporadcs) et un autre au Volou (Volo) et à Larse (Larissa), capitale de la Macédoine, prétendant que toute la côte était de sa dépendance. Les cipitaines en firent leurs doléances à la Chambre, mais on avait représenté au ministre que les marchands, par ces petits ports, introduisaient de mauvais draps de France, et qu'ils faisaient entrer des espèces malgré les règlements ; pour empêcher ce trafic illicite, la Chambre et le ministre s'accordèrent pour établir deux consulats analogues i ceux de l'Archipel aux deux extrémités de la côte de Macédoine dont un à Volo *. Ce port, débouché des riches plaines de la Thessalie, qui prend aujourd'hui une importance croissante, commença alors à sortir de son obscurité.

Au moment où la création de l'échelle de Salonique semblait promettre d'heureux résultats, le marquis de Ferriol, ambassadeur, eut l'idée d'en créer une autre ;\ la Civajle (Kavala) au milieu de la côte de Roumélie, qu'on appelait encore alors la Macédoine. « La Cavalle, écrit un voyageur, a été autrefois une grande ville de Macédoine dans une assiette qui la rendait imprenable', » mais, vers 1715, elle était à peu près ruinée. Le premier consul qui y fut envoyé écrivait à la Chambre en annonçant son arrivée : « Il y a bien des travaux à pouvoir dresser une échelle si inconnue pour le négoce

II) Q,U()ii]u'un vaisseau par an eût sulîi pour porter les chargements de Salonique, 133 J-iAtiments français y passèrent, de lyooà 171 j; c'est qu'ils ne venaient seulement que pour commencer leurs chargements, achevés ensuite dans IWrchipel ou en Morée. — De 17CK) ;i 1715. les Français exportèrent sur ces 133 bâtiments pour 2.776.(X)0 livres de marchandises. — (En 1700, 338.934 : aiicots i-tl. '■'le- 232.260, cire 3.J 20, coton 2270, laine 88.565, maroquins 159. peaux d'agneaux 2)67, peaux de lapins 225, riz 272, soie i 9(K), tabac 1080, toiles 6cco — r.n 1714, 654.755 : blé 16.000, coton 228.255, laine 257.600, toiles 36.000), II, /;. Voir au sujet de Salonique la correspondance consulaire. .■^.^, ././;-./^.

(2) Dt'lil'i'iaticm ,lu 1 j imirs ijij W/>', ^. — Ii'//'v du ] avril 171 ). BB, S;.

(5) Luc.\s, p. 50.

LES ÉCHELLES : LA r.AVALLK, VfeCîREPOS'T. ATUfeSES .j^J

que celle-ci, où il ne s'est jamais fait aucun commerce'. » Le nouvel c'tabli.sscment rcnJit cependant des services et les bâtiments apprirent le chemin de la Cavalle, i;r.kc à la disette des blés en France, puisque d'après un état dressé par le consul et envoyé .\ la Chambre, du 25 mai 1703 au i" avril 1710, cinquante-un bâtiments, dont un certain nombre de vaisseaux, chargèrent du blé A la Cavalle ou A ses dépendances*.

Tout le pays au sud de la Macédoine était regardé par les Provençaux au wii"^ siècle comme appartenant a la Morée; pour eux Néijrcpont et Athènes tiyuraicnt parmi les ports de ce pays. Négrcpont comptait, en 1675, sept à huit familles de Francs et une maison de Jésuites, mais il n'y avait aucun Français et ce n'était que rarement que des barques provençales allaient y charger. On y établit un consul, vers 1700, qui, lui-même, créa aussitôt un vice-consul ^ Cliâteau-Rougc, mais la nouvelle échelle ne fut guère fréquentée et le consul se plaignait i la Chambre, en 1709, de sa triste situation*. Le voyageur Tavernicr donne ;\ Athènes près de 22.000 habitants dont 1 5.oooGrecs, 5 ou 6.000 Latin.set i.ooo Turcs*, mais, vingt-cinq ans après, le Hollandais Spon dit qu'elle était moitié moins peuplée que Négrepont et qu'elle ne comptait que 8 ;\ 9.000 habitants. Il y avait alors un consul français et les Anglais avaient profité de la disgr.kc de l'un d'eux pour en faire leur consul. En dehors des deux consuls on n'y voyait d'autres Francs qu'un père capucin, un arquebusier fr.ançais et quelques valets, « Il y vient, dit Spon. plusieurs tartanes de Marseille tous les ans qui y chargent particulièrement des huiles très excellentes,'» mais le

(1) 3t janv. tfot. AA, 4sy Fcrriol, icnt le 20 juin 1702. « Sur les pLiintcs que vous m'avcx faites du consul de la Cavale, je le clungetai pour v mctlre le sieur Bruni qui a été plus de dix .in\ consul a Andros. » AA, ijo. En elTet, ce consulat était une dépendance de l'échelle de Constantinoplc et de l'amb-issadeur qui y jouait le rôle de consul.

(2) 3 avril 17/1). AA, 4U-

(î) j; mari tyo$. A A, 3ç6. — Lettre dr Fertiol, 10 avril tyoï. A A, lïo,

(^) TAVF.R>if(;R. t. I. p. }|6.

i)) Il énutnérc toute une série d'autre marchandises : anis, cumin, laine, Iro- •mages de brebis, miel e^celle^t, cire jaune, cordouans, autres cuirs, perconoki l'tgraine pour les teiniufiers, guitran et poix résine, quatre ou cinq sortes Je soies, Sitvon. la velanède qui se cueille des chênes verts d'Illeusis, le sel qui vient du cabo Gilûiiiie (cap Sutiium), — • Les Francs n'ont que la chapelle des capucin» qui est au Taiiari lou Dimosihcnis. Les consuls de France et d';\ngleterrc y ont Jeux prie Dieu égaux, aussi ont ils également soin de l'entretien de la mission. » Spox, t. H, p. 99-2JO.

consul dut vanter au voyageur l'importance de son échelle, car ce n'était même pas régulièrement chaque année qu'une barque française venait au Port-Lion (Pirce) chercher des huiles. En 17 10, le consulat n'était plus exercé que par un Grec du pays, quoiqu'il y eût alors plusieurs marchands résidant à Athènes*.

La Morée proprement dite ne fut d'abord qu'une dépendance du consulat de Zante créé en décembre 1610'. Au milieu du xvii' siècle, il y avait des consuls indigènes â Patras, Coron, Modon, Napoli de Romanie (Nauplie)* ; vers la fin, apparurent dans ces villes des consuls français. Napoli de Romanie en eut un à partir de 1697, grâce à l'initiative du consul de Milo qui demanda cette charge pour un de ses parents, mais le succès ne fut guère heureux, car pendant la guerre de succession le commerce de la Morée fut encore inférieur à ce qu'il était auparavant *. De Napoli de Romanie il fallait aller jusqu'à Cerigo pour retrouver un port fréquenté par les Français ; leurs barques y prenaient assez rarement des marchandises, cela suffisait pour qu'un indigène y exerçât les fonctions de consul pour la nation française. Le titre s'en transmettait de père en fils, mais, en 1684, le titulaire se montrait las d'une charge qui ne lui rapportait rien : « Vous savez, écrivait-il à la Chambre, que le roi me défend expressément d'exiger aucun consulat des bâtiments qui ne font point de commerce. Vous n'ignorez pas qu'il ne s'en fait aucun ici. On dit en proverbe : qui sert l'autel il faut qu'il le nourrisse. Ce n'est pas que je ne fasse aucune gloire de servir la

(i) /; ;■(//;/ ijio. AA, 2ps-

(2) Mémoire des consulats. Bihl. Nal. Mss.fr. i6'/}S,fol. iio-nj : « Zante en Grèce, Pétrache (Patras) et toute la Morée auquel n'avait pas encore été pourvu. Claude Bazillc de Marseille et son fils a la survivance. L'un et l'autre ont été pourvus dudit office le . . décembre 16 10. d

(3) Tavernier, t. I, p. 517.

(4) Un Français vint résider à Nauplie, entre 1715 et 1719. — Litre du consul de Naxie j fèv. lôtfp. AA, 29.Ç. — Comme la correspondance des consuls de Nauplie conser\'ée aux Archives de la Chambre {A A, 267) ne commence qu'après 1715, M. Teissier dans son inventaire dit à tort qu'il n'y a pas eu de consul auparavant. Deux lettres du consul Goujon de 1697 et 1709 se trouvent même aux Archives, mêlées à celles d'un autre consul dans la liasse AA, 26j. — A la Biblioth. Nat. {Mss.fr. lôjjS, fol. /j/) se trouve un curieux mémoire d'un Français qui demande qu'on le nomme consul à Naples de Romanie... il vante la très grande richesse de la .Morée. — Naples en est le seul bon port, car Modon Coron et Navarin sont exposés à la tramontane et les corsaires anglais v viennent vendre leurs larcins... Il promet de rendre, en trois années, ce consulat autant et plus utile que celui d'iîgypte. » (Hntre 1605 et 1610.)

LK-S ^irJlÈLLES DE MÙHi'.U

nncion fran*;aisc, mais quitter ses affiiires cl faire des dépenses sans en avoir aucune sorte de hénclkc, c'est un cas bien sensible'.»

Coron, le port le plus fréquenté de la Moréc du Sud, où deux ou trois barques françaises allaient presque régulièrement chaque année prendre leur cliarj^ement, ne semble pas avoir eu de consul français avant le xvnr siècle. En 1717 U en vint un, qui établit aussitôt un vice-consul A Modon, où de temps ;i autre on voyait une barque française*. Patras était avec Coron le port le plus commerçant de h Morée ; on y trouvait dcj.\ des raisins secs, mais les Français en achetaient peu et n'y prenaient guère que des blés et des huiles comme dans le reste de la Morée. Cette échelle était de la dépendance du consulat d'Athènes, qui y entretenait un vice-consul français. Celui-ci avait dans son ressort tout le golfe de Lépantc dont le port était au milieu du xvir siècle un des refuges des corsaires barbaresques, si bien qu'on le surnommait le petit Alger; un Juif V exerçait ;\ la fois le vice-consulat des Français, des Vénitiens et des Anglais. On faisait dans le golfe de Lépante des achats de cuirs, huile, tabac, blé ; mais, par crainte des corsaires Maltais, il était interdit aux vaisseaux chrétiens d'y pénétrer ; ils devaient s'arrêter .\ Patras et n'envoyer dans le golfe que des embarcations*.

Le commerce de la Morée n'ét.iit en somme que d'une importance minime. Le pays était ruiné par les longues luttes des Vénitiens et des Turcs qui s'en disputaient la possession, par les tyrannies de ceux qui en restaient détinitivemcnt les maîtres, par les brigandages des Maïnotes. De plus, les Provençaux trouvaient avec plus de facilité i\ Candie et dans l'Archipel les cargaisons qu'ils auraient pu prendre en Morce. Le tralîc de ce pays n'avait fait d'ailleurs que décroître pendant le xvii'' siècle, à la suite des deux guerres de Venise contre les Turcs (1645-1669 et 1684-99). Les relations des

(1^ fO juilkt tôSjf. A A, 3g^.

(2) V. Ci^rfjfifliiiiatuy du situr MaHUl, cmml dt Coron, AA, 2.f6. — Tcissicr

d.imi îon invciit.iirc dit i\ tort que M. Maillet p.iralt .ivoir ilù le preinicr consul

I établi en Morce, piiisip'il y .iv.iit depuis longtemps des consuls indigènes dans

^SC4 ports, et un consul transais ii Napoli de Koum.ink depuis 1697. — Le chevalier

Roze fut vice-consul à Modon 1717-19.

{^) .SpoN, t. Il, p. 24-44 : ^^'llr:l-^■R, p- 5«4-26 : Il parle d'un consul anglais de Zantc et la Morèc. — «f Le Turc a biti deux cli:\te;iux aux bouches du polie de l.ép.mte, il ne pcnnct pa» à nos bâtiments d'y entrer de peur de quelque surprise.... Nous y fûmes dan> le tettip» qu'un tnarchand anglais y .nvait ancr* ton bûtimcnt pour le charger de raisuis.... les Anglais consomment pIuN de ce niisin dons leurs ra^^oûts que ni la France, ni l'Allcnugne ensemble, n

voyageurs antérieures à 1650 montrent clairement que la Morée avait conservé Jusque là une certaine prospérité*. Tandis que, de 1669 à 1685, six à sept barques, d'après les registres du cottimo, chargeaient chaque année en Morée pour Marseille et quelquefois jusqu'à douze; de 1700 a 1715, si ce dernier chiffre fut atteint deux fois, on vit la plupart du temps un ou deux bâtiments seulement revenir de la Morée*.

Les îles Ioniennes de la domination de Venise passaient encore pour des échelles du Levant. Il y avait un consul français à Zanteet des vice-consuls indigènes à Céphalonie et à Sainte-Maure. Un certain nombre de barques venaient à Zante charger diverses denrées : en 1669 le consul se plaignit de certains patrons qui refusaient de lui payer son consulat d'un demi pour cent, et il envoya à la Chambre un rôle de treize d'entre eux dont neuf n'avaient pris que du vin, tandis que les autres avaient en outre dans leurs cargaisons du lin, des lentilles, des cuirs et du tabac. Mais les Grecs de l'île détestaient les Français et les Vénitiens étaient mal disposés à les soutenir ; en 1690 le consul écrivait qu'il restait enfermé chez lui de peur d'ctrc assassiné. Pendant la guerre de succession, malgré les plaintes de la France et les défenses du provéditcur général de la République, Zante, Céphalonie et Corfou furent les marchés où les corsaires hollandais et anglais vinrent vendre les nombreuses prises qu'ils faisaient à l'entrée de l'Archipel ; ils éviwient ainsi de les conduire jusqu'à Livournc*. Le commerce des Français à Corfou était bien moins important encore que celui de Zante, malgré la grandeur et la richesse de l'île, et le consulat n'y était exercé que par un Grec *.

Sur la frontière de la Grèce actuelle fut créé, en 1701 ou 1702, le

(i) Bcauvcaii, p. 20. — Tavernicr, p. 317. — Un mémoire aiitcrieur à 1610 attribue ;i la Morée une très grande ricliessc et montre en même temps qu'à cette époque les Français n'y commers'aient pas. — Hibl. Nul. Mss. fr. i6jjS, fol. isj.

(2) De 1715 à 1719 il partit de Marseille un résident pour Naples de Roumanie, deux pour la Morée, un pour Patras, un pour Athènes. Hli, 6. — De 1700 .n 171 5 les exportations de la Morée sur quatre-vinj^t-trois bâtiments iVanijais s'élevèrent à 1.570.000 livres. Année 171 5 (maximum) = 255 .759 livres (blé loo.ixio, huile 88.000, soie 42.0(Xï, cire 2.759). 11, ij.

(5) •■/.-/. 29 j. Cûireapoiulance du consul de Zanle (de i66i) à iji))- — 20 jiiillfl IJ12 : rôle de cinq patrons qui n'ont pas payé les droits. Ils ont à payer chacun 68 liv. S sols, dont un .sequin (27 liv. 3 sols) pour le droit d'ancrage au consul ; le reste est dû aux Vénitiens.

(4) Voir,-/./, 29;. Ij'llie du sit-in Dasioli coiniil.

LES èCHELLES î ZANTE, LART\

consul.it Je Lana, aujourd'hui Arta, sur la rivière de ce nom. Les navires venaient sans doute ciiargcr ^ l'embouchure de la rivière, tandis qu'aujourd'hui tout le commerce du grand golfe d'Arta se fait p.irle port de Prcvesa. situé à Tentrcc, qui n'était alors que la douane des Turcs. Larta était surtout en relations avec Janina, que le consul qualifie de " grosse place de négoce », et dont elle était distante de dou/c lieues'. Les Vénitiens, jaloux de l'établissement des Français sur cette côte, dont ils considéraient le commerce comme une déptndance de leurs îles, prétendirent •« imposer 6 o/o sur toutes les marchandises qu'on chargerait en terre ferme, dépendant du G. S., depuis le Sazino jusqu'A Larfanary », et les faire payer à Corfou, avec menaces de grandes rigueurs. Le consul reçut l'ordre du roi de faire connaître au provéditeur de l'Ile que S. M. ne voulait pas que les bâtiments venant de terre ferme payassent aucun droit, ni ù Corfou, ni dans d'autres possessions de Venise*.

Les port de la côte d'Epire, entre autres Saint-Qiiarante, (Hagioi Saranta), la Saillade' (Sagiada) où fut établi un vice-consul, Laparguc (Parga) qui appartenait encore aux Vénitiens, dépendaient de l'échelle de Larta. Parmi les articles du commerce, le tabac avilit une importance particulière en Epirc et le consul de Larta, qui l'appelait « un pain quotidien » pour l'échelle, eut h lutter contre les entreprises d'un Grec qui .avait pris ;\ ferme la vente du tab.ic pour .S.ilonique, Durazzo et Lirta, II finit par obtenir en 171 3, p.ir l'entremise Je l'ambassadeur, le privilège pour les l-'ransais d'être exempts des droits particuliers mis sur La sortie des tabacs et de ne p.\ver que les 3 00 indiqués par les Capitulations. Nos b.^timents,

(i> L/tIrf du consul, r«f jiiiîtel 1714. .1A, iSf.

[2\ Id. r.f jnin f;n), .-f.-f, j.S'j. — Pendant la piicrrc de Hollande dos b.itimcnts fr.inv.iis vinrent sur la cAtc de la M(iréf et de l'Epire en dcc des îles de Venise dierciicr des blés pour le ravitaillement de Messine. Le provéditeur de Zante envoya des aaléres en 1678 pour empêcher ce commerce et lit ramener à Zante deux barques ciurgées de blé, qu'il voulut faire décharger. — Il préitndait que les blés de ces pays étaient i la réuuisition des trois lies de la République. — lyllrf du consul lie Xdttle, itj uot'il JÔJf*. .lA, iSS.

(H « Vers la lin du XVH« siècle, Garnicr, vice-consul de Say.id«, instrtiisit le GcHivcmemeni des ressources qu'on pourrait tirer de l'HpirC. des bois, des blés et des s.'ilaisons de viande que notre marine devrait y prendre. • — LAVALLiiR, p. ^27. Il fait ensuite un tableau brill.intde notre commerce en Hpire, il parle de cinq it six millions d'exportations, d'un million de draps importés. De pareils chinfres sont puiement imaginaires. — Le premier consul Je Larta s'appelait (ircnier. (Voir A.1, j.V/. CoirtsjK) Ke serait-ce pas le même que le Garnicr de Uvalléc ?

écrivait-il, fournissaient de tabac la Sicile, le royaume de Naples, les états de l'église et du grand duc de Toscane*.

Le consul de Larta, comme celui de Salonique était particulièrement chargé de rapatrier en France, aux frais du roi, les soldats français déserteurs de l'armée vénitienne et les matelots « disgraciés* ». Ces désertions furent surtout fréquentes pendant la guerre de succession d'Espagne, car la guerre en Orient étant terminée depuis la paix de Carlowitz, ces soldats quittaient le service de Venise pour venir combattre dans l'armée française. Mais la préoccupation du roi n'était pas tant de renforcer ses armées par des soldats exercés et aguerris que d'empêcher ces déserteurs de se faire musulmans. Li Chambre du commerce qui faisait les avances des dépenses de ces rapatriements et n'en était pas remboursée régulièrement trouva bientôt exagérés les frais qu'ils coûtaient et demanda que l'on se bornât h rapatrier les Français, mais le ministre donna l'ordre aux consuls d'accueillir tous ceux qui se présenteraient. « Selon ma faible conception, écrivait le consul de Larta, jamais charité ne fut plus juste. Par mon seul organe elle a garanti du naufrage plus de huit cents hommes et retiré pour le moins cent qui étaient tombés avant qu'elle se fit, elle est connue à tous les potentats de l'Europe et de l'empereur, admirée dans ses effets et dans sa grandeur par ses envieux. Les déserteurs risquent leur vie pour se mettre sous la protection de la France.... Le pacha et le cadi qui sont Agy (hadji), c'cst-A-dire ont été i\ la Mecque, donc des plus zélés de leur loi, font tout ce qu'ils peuvent pour les gagner h se faire Turcs. J'ai déjà eu de grosses paroles avec ces deux officiers*. » L'échelle de Larta, fournit en outre pendant la guerre de succession des chargements de blés assez importants, elle présenta, dès sa création, une certaine activité et le dut en partie à son troisième consul Dubroca, dont la correspondance permet de juger le zèle et l'activité *.

(i) ly septembre i/ij. .-lA, 2. S'/.

(2) Les documents n'indiquent pas ce qu et.aient ces matelots disgraciés. Peutêtre étaient-cc les équipages des bâtiments pris par les Anglais et les Hollandais et abandonnés à Corl'ou ou ;\ Zante. Les Grecs de ces iles achetaient les navires et les cargaisons et laissaient aller les matelots. — Le consul de la Canéc rapatria aussi parfois des matelots disgraciés.

(}) ij septembre ijij. AA, 2S$.

(4) Il avait trouvé l'échelle en très mauvais état. — Il écrivit .\ l'ambassadeur qu'elle n'était plus tenable si les vexations ne cessaient. L'ambassadeur Fcrriol

LES ÉCHELLES ï LARTA , DURAZZO

Au milieu de la côte d'Albanie les Français avaient dc).\ depuis assez longtemps un consulat ;\ Durazzo, la seule échelle qu'il y eût dans l'Adriatique. Mais ce n'est qu'à la lin du xvir siècle que Pontcliartrnin voulut y éublir un consul français pour le charger de faire pan'enir à notre ambassadeur en Turquie les dépêches de la cour, quand on se fut aperçu que la voie de Venise n'était pas sûre ; la création des échelles de Salonique et de la Qvalle avait été due en partie !\ la môme préoccupation. Quant au commerce français à Durazzo il fut toujours peu considérable ; la mer Adriatique était sillonnée par les vaisseaux vénitiens, qui la considéraient comme leur domaine, et la navigation des autres nations n'y avait guère d'importance'.

Ainsi, des rives du Nil aux côtes de l'Adri-itique, se suivaient sans interruption les échelles françaises; il n'y avait pas un port de quelque importance dans les états du Grand Seigneur, sauf dans la mer Noire*, où l'on ne trouvit un consul et des marchands français. Leurs établissements, restreints d'abord à quelques grandes échelles, s'étaient multipliés de plus en plus dans le courant du xvn' siècle. La diminution du commerce de leurs vieilles échelles d'Alep et d'Alexandrie qui occupaient au xvi*^ siècle presque toute l'activité des Provençaux, la concurrence des Anglais et des Hollandais, qui vinrent s'y établir à coté d'eux et réussirent en même temps ^ détourner vers Smyrne la plus grande partie du commerce de la Pcrbc-, forcèrent d'abord les Français A faire de ce port leur principale échelle, puis ù chercher un nouvel alimenta l'activité de leurs marins, de leurs armateurs, et de leurs négociants, dans des pays dont le négoce leur avait paru jusque lu de peu d'importance; c'est ainsi qu'entre 1680 et ryij leur attention se porta vers les i les de l'Archipel et les ports de la Turquie d'Europe qu'ils avaient à peu

obiint lj déposition du cidi et une menace de mort pour le vaïvodc. — « On .iv.iit fi,.\ii ce pays cii faisant des dons mal i propos et en endurant ; ainsi M. Grenier (son prédécesseur | fut mis aux fers (en 1705) sans poner plainte. — Nous sommes i présent aussi bien c]uc nous étions mal, nos charges étant restreintes i 3 "/.. de douanes portées par les Capitulations. » Lettrr d la CImnbrt, 13 aîril fji)6. AA, iSj. — Un mémoire du marouis de Bonnac, de mars 17J7, nous apprend que Dubruca ét.iit encore consul de l^arta, tandis iiuc son fils, était ii Dura/.zo, et que ccm deux consul.Us dépendaient directement de l'ambassadeur comme les vice-consulats de» grandes é-chclles. — Arch. \'al. F'*,64j. (t) V. AA, jiV.V. CoirafKiiiclanu du (oiuul ComU {t6i^-fjo$),

(3) r^llc-ci allait bicnttM s'ouvrir aux Huropcens. Hn 1727 il v avait un consul de France en Crimée. Arch. Nal. h", 64 j, Mémoire du marquis at Bonnac.

près délaissés auparavant. Les Anglais, devenus leurs plus redoutables rivaux, avaient été les seuls ;\ s'établir à côté d'eux dans les échelles importantes, mais ils avaient négligé de créer à leur exemple une foule d'échelles secondaires et leur négoce restait beaucoup moins dispersé. Tandis que les Français avaient réussi à leur disputer l'achat des soies de la Perse à Smyrne et la vente des draps dans cette ville et à Constantinople, les Anglais leur avaient pris la première place à Alep et faisaient tous leurs efforts pour la leur ravir à Alexandrie et au Caire. Mais ils n'avaient pas sérieusement tenté de leur enlever le monopole qu'ils conservaient encore en grande partie dans l'échelle de Seïde et ses dépendances, et ils leur abandonnaient la plus grande partie du négoce de Chypre, de Candie, des îles de l'Archipel et des ports de la Morée ; ces dernières échelles fournissaient en effet surtout des denrées qui convenaient peu au trafic des Anglais.

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