LA VIE DANS LES ÉCHELLES A LA FIN DU XVI1« SIÈCLE
La nation française, avait, dans toutes les échelles, la même organisation, réglée dans ses grandes lignes par l'ordonnance de la marine de 1681, le règlement du 25 décembre 1685, l'ordonnance sur les consulats de i69i,et,dans tous les détails, par une série d'ordonnances royales, d'arrêts du Conseil, d'ordonnances de l'intendant de Provence et de délibérations de la Chambre du commerce homologuées par lui'. Elle formait une sorte de république en miniature avec son chef, ses assemblées, ses finances, sa dette, sa justice, mais elle était plus encore en tutelle que les communautés du royaume, soumise qu'elle était à l'autorité de l'ambassadeur, de la Chambre du commerce, de l'intendant de Provence et du ministre.
Le consul était à la fois pour les marchands le représentant de l'autorité royale, un juge, un protecteur, un guide. Il devait faire exécuter les ordonnances et règlements, dont il faisait lecture à la nation assemblée, quand il les recevait ; il les faisait afficher ensuite dans la chancellerie du consulat. Il était aussi chargé de faire respecter par les capitaines et patrons les règlements relatifs à la navigation. Il maintenait la police et le bon ordre parmi les marchands : il pouvait, en cas de mauvaise conduite, leur intimer l'ordre de rester enfermés dans leurs demeures, leur infliger une admonestation en pleine assemblée, les condamner à des amendes et, dans les cas graves, avec l'assentiment des députés de la nation, les forcer à revenir en France. En ce cis tous les capitaines et les patrons étaient contraints par les ordonnances de les embarquer sur l'ordre des
(i) Voir pour les règlements concernant les t'chellcs un recueil très complet qui fut rédigé et mis en ordre en 1742 par un commis aux écritures de diverses chancelleries du Levant. //, 2}, 111-40 de j)} ptigfs.
consuls, ;\ peine de 500 livres d'amende. Le consul était en même temps le juge des marchands. En matière civile, ses jugements étaient exécutés par provision', sauf appel au Parlement de Provence; en matière criminelle ils étaient sans appel, quand ils n'entraînaient pas de peines atîlictives. Dans ce dernier cas, le consul instruisait seulement l'affaire et faisait embarquer le coupable sur le premier vaisseau qui se rencontrait, pour le foire juger par les officiers de l'amirauté de Marseille. Le consul ne pouvait juger qu'assisté des députés de la nation et de. quatre notables marchands, règle qui n'était applicable que dans les grandes échelles. Il lui était souvent difficile de trouver des marchands pour l'assister dans ses jugements, et de fiùre des procédures contre ceux qu'il voulait poursuivre, car les témoins refusaient de lui donner des éclaircissements*. En cas de conflit entre eux, les consuls et les marchands devaient s'adresser au tribunal de l'amirauté de Marseille, mais ce tribunal eut rarement à décider, car les adversaires portaient leurs griefs par devant l'ambassadeur, la Chambre du commerce, l'intendant de Provence, ou le ministre lui-même, si la concorde ne pouvait être rétablie. « Il faut savoir, écrit d'Arvieux, consul d'Alep, que de tout temps le curé de la paroisse a été juge des différends qui naissaient ou qui pouvaient naître entre le consul et les marchands'.» Mais de tels arbitrages ne parx'enaient que rarement à maintenir la paix dans les échelles.
Si l'autorité du consul le mettait souvent en conflit avec les marchands, le besoin qu'ils avaient de sa protection empêchait souvent aussi les ruptures, ou rétablissait la bonne harmonie. Le consul était en effet sans cesse en négociations avec le pacha et les « puissances » pour éviter les avanies, les extorsions de droits injustes, réclamer la punition d'insultes fiiitcs aux marchands, obtenir des fiicilités pour le commerce. Il devait chercher à augmenter celui de sa nation au détriment des nations rivales, à étendre, s'il le pouvait, dans des pays nouveaux, le cercle de ses relations commerciales ou à faire entrer dans son trafic des marchandises nouvelles ; les mémoires
(i) Il était aussi chargé de liquider les successions des marchands qui mouraient dans les échelles et les banqueroutes qui s'y produisaient assez fréquemment.
(2) L'ordonnance du 12 avril 1702 donna le droit aux consuls de condamner à 20 livres d'amende, « et à 100 en cas de contumace », ceux qui refuseraient de rendre témoignage.
(}) D'Akvux'X, t. VI, p. 4;
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cnvoyC'spar les consuls au secrétaire d'Etat de la Marine, leur correspondance avec la Chambre, montrent qu'ils se préoccupaient de cette partie de leur t;lclic. Enfin le consul devait jouer auprès des n^arclunds le rolc non moins délicat de conseiller et de tuteur. Généralement plus Agé que les jeunes commissionnaires des échelles, plus au courant des usages et du trafic, il devait les taire profiter de son expérience, mettre un terme S leurs rivalités ruineuses, les engager A former des sociétés pour les achats et pour les ventes. U ne pouvait alors que donner des conseils, cependant, quand il recevait des instructions de la Chambre et de l'inspecteur du commerce, il faisiiit des ordonnances pour régler la h^on dont devait être pratiqué le négoce de l'échelle. Les consuls jouaient donc un rôle multiple qui exigeait les qualités, difficiles à trouver réunies chez un même homme, d'un administrateur, d'un diplonute, d'un marchand consommé, aussi les bons consuls éuient-ils rares. Choisis la plup.irt d.ms des familles provençales et même marseillaises, comme les d'Anthoine, les de Bemiond, les Magy, les Fahre, les Lempereur, ils avaient ainsi plus de chances d'être au courant des affaires commerciales et des us.iges. A la fin du xvu* siècle, des Parisiens furent quelquefois envoyés dans les échelles, mais ces choix ne furent pas très heureux, car les marchands se brouillèrent la plupart du temps avec ces consuls étrangers .\ leurs mœurs et la Chambre montra la plus grande défiance envers ces protégés du ministre qu'elle ne connaissait pas'.
Les dépenses des consuls étaient considérables; dans les grandes échelles, et même dans les échelles secondaires, ils avaient un train de maison important. M. Beitandié, consul de Seïde (1655-1659), entretenait deux secrétaires, un valet de chambre, un cuisinier, un pour\'oy£ur, deux aides de cuisine, deux laquais, deux palefreniers, un valet pour aller chercher de l'eau, il avait deux chevaux et une bourrique'. Le consul fournissait la table au chancelier, au drogman, au chapelain de la nation, et recevait dans sa maison les voyageurs
(i) Se rappeler les querelles .ivcc Blonde!, consul de Sniymc, cl de Maillet, consul du Caire.-
{a) D'Abvikux, t. I, p. ]y\. — Le corwul J'Alcp, su I710, a un Cuisinier et un sous-cuisinier, trois v.ilcts, un palefrenier et un soun-palel renier et entretient quatre chev.iux. FI dépense 4 , 601 pijsucs pnur meubler U ni.lison consulaire, .-/.-f , j6s. s mars ijio. — Un simple vice-consul de Sataliv i tn>is domestiques, son chapelain, son ianissaire, son drngnijin et »on chinir^ien .^ payer et i entretenir. ÀJ, J30, Jo avril 16*^,
français de passage dans l'échellt;. Il donnait des repas de cérémonie à la nation pour la Saint-Louis et d'autres fctes, lors de l'élection des députes, et il avait très souvent des marchands a sa table'; il échangeait en outre des réceptions avec les consuls des nations étrangères' et avec les grands du pays. Les visites de ceux-ci chez les consuls étaient presque journalières, et, suivant les usages et leur qualité, il lallait leur oHVir le café et le sorbet ou du vin et des pipes. « Le consul d'Angleterre, écrit notre consul d'Alep, est défrayé tous les ans de loo piastres pour le café et le sorbet et de cent aussi pour le vin qu'il donne au.x gens du pays, et je ne reçois pour le vin que cinquante piastres... Si on trouve des pipes et du tabac dans mes comptes, ce n'est pas pour moi, qui n'ai jamais fumé, par la grâce de Dieu, mais pour les visites que je reçois des gens du pays et pour les étrangers quand je les traite, auxquels je fais présenter la pipe après le repas ^ <• Chaque consul devait encore poun.'oir à l'entretien des janissaires attachés à sa personne, qui se tenaient chaque jour i la porte de la maison consulaire à sa disposition : le consul du Caire en avait jusqu'à six, qu'il fallait nourrir et qui recevaient en outre jusqu'.l six piastres par mois. Ces soldats servaient 1 la fois à donner du prestige au consul, A le défendre des insultes, à préserver des vols la maison consulaire, où étaient souvent enfermés des dépens importants d'argent et d'objets précieux, entin h faire la police dans b contrée ou dans le camp des Français, et à assurer l'exécution des sentences du consul. Les janissaires se disputaient le ser^'ice des consuls francs, parce que c'était pour eux à la fois un honneur et un profil'.
En dehors des dépenses de sa maison, le consul était obligé A de coûteux présents envers les puissances. Il lui fallait se montrer généreux quand il arrivait dans l'échelle et qu'il recevait sa première
( I ) Il II ne se passe pas de jour, écrit le consul du Caire, que je n'jic qucltiu'oo de la n.uton â ma table le matin et le soir, et régulièrement un certain nombn: d'entre eux viennent pour les après-souper à la maison consulaire. • j4j1, 114.
(2) Les consuls ne se visitaient que rarement, ntais, aux principales fttci àe Tannée, ils s'envovaient réciproquement des marchands pour se complinientcr. rt ces réceptions étaient suivies de repas superbes. — D'Akvielx, t. I, p. ijo, — V. ToLUSïFOKT, t. I, p. 198.
(5) A.4, }6s. 4 avril i6<fs.
Ul Les marchands, par l'intermédiaire du consul, se faisaient aussi donner des janissaires pour leur sûreté quand ils avaient à sortir en dehors des villes ou >c se trouvaient les échelles.
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audience, ou quand il allait pour la première fois chez les nouveaux pachas, renouvelés tous les trois ans, ou parfois, comme au Caire, tous les ans. Chaque année, il avait A distribuer des présents dont la valeur était réglée par l'usage, aux fêtes du grand et du petit baïram'. Ces présents ordinaires étaient entièrement A la charge du consul ; seuls les présents extraordinaires, qu'il fallait faire quand le consul portait au pacha des coniniandemcnts du Grand Seigneur ou négociait au sujet de quelque affaire, étaient supportés par la nation. Les présents ordinaires montaient, dans les grandes échelles, ù plusieurs milliers de livres; d'Arvieux estime la dépense pour le consul de Seïde ;ï près de 1500 écus; :\ Alep, au début du xviT' siècle, au dire, jusqu'en 17 15, elle dépassait de beaucoup cette somme. Les visites aux pachas pour la remise de ces présents se faisaient en grande cérémonie par le consul, accompagné de toute la nation et de ceux qui éuient sous la protection française.
Un voyageur décrit ainsi le cortège d'un consul du Qire rendant visite au pacha : « Le consul étant prêt à sortir, ses six janiss;iires, montés sur des ânes, marchèrent les premiers, deux i deux, ayant à la main leur nabou qui est un gros bâton de six pieds ; ils étaient proprement vêtus à leur manière, les uns d'étoffe rouge, les autres de bleue et au lieu de turban ils avaient un grand bonnet de feutre enrichi par en bas de quelque broderie de fil d'or irait et sur le devant de la tête il s'élevait un tuyau qui laissait tomber un panache fort long par derrière. Ils étaient assez distants les uns des autres et faisaient faire place parles rues ; quatre ou cinq pas après eux s'avançaient deux Juitsqui étaient les truchements du consul, aussi montés sur des ânes avec des tapis et huit ou dix pas plus loin paraissait le consul en un équipage qui n'est pas indigne de remarque. Il avait une veste de velours couleur de feu, doublée de martes de grand
(i) .'^ Smyrne, il devait en ofTrir à la visite annuelle que le capitan-pacha y faisait avec les galères du Grand Seigneur. — Le petit consul de Satalie dépense en prcsents, en 1695 :à trois cadis, 60 pinstrcs; au pacha et à ses domestiques, 90 piastres ; à son mousselcm, 35 piastres ; aux deux b.iïrams, 31 piastres ; prcsents particuliers, 25 piastres. AJ, )30, lettre du }o airil i6')S- — Voir un curieux état dctaitld' des présents faits par M. de Marigny, vice-consul de Chic, • dans les visites rendues au pacha, ki.iya, cadi et aea du karach, le 1 5 août 171 3. — Il distribue en tout 12 1 piastres, dont 35 nu pacha (en café, sucre, douze boites de confitures, deux moutons, deux tanaux verre) les autres officiers reçoivent aussi du c.ifé et du sucre; leurs valets, de la menue monnaie. — Au grand bairam, il distribue 29 piastres pour ces v;ilets(aux six t.tmboursdu paclia, aux sixcliaoux, aux quatre chocodars, aux quatre chiatirs.aux quatre mararagis, aux valctsdu cadi, du janissaire aga, du kiaya, du caragy, etc.) AA, 32 j, S noi'tinbrt tj: }, Juillet iyi.f.
prix, soa habic par dessous était du rnème relours, nuis Cnt i b f des boutons et Je larges bouionnicres »i'off«fvtrne, il
a-<.. ^.. ..^..w; de point de Gènes qui était le pluscstiaié en ccteo^ la et ^a ctstor garni d'un gros cordon d'or irait rèpomim i ta rkhcsse du reste. Il montait un cheval à longue queue parûitemcoi b«jiu lumjchd- il la lurquesque. sa selle de velours cnunobi avait cuoune deux pommeaux^ l'un devant et l'autre derrière, revêtus ^ plaques d'argent doré, ses ètriers étaient de semblable Biétal et I2 boussc de velours. — Deux estafiers bien vêtus mirchaicot on pe« derrière le consul, tenant chacun une main sur la cioape de soo cheval... Les marchands suivaient ensuite deux à deux, trais pas nn n'aurait voulu être le dernier pour le danger qu'il y a^'aii de recevoir quelque coup de poing de la part des Turcs qui se trouvent iiKoomodés de la poussière que fait élever cette marche dans les rues*... • A l'issue de l'audience, remplie par des échanges de compliments et où l'on servait le cifé et le sorbet, le pacha, qui resuii tou)ouri assii sans faire aucun mouvement, faisait remettre au consul quelques vestes pour lui et pour ceux qui raccompagnaient ; les plus belles étaient données aux députés et les autres atu marchands les plus anciens, pour éviter les jalousies, bien que ces étodcs n'eussent aucune valeur.
Pour suffire à toutes ces dépenses les consuls avaient perçu jusqu'en 1691 leurs droits de consulat, qui variaient suivant les échelles, mais s'élevaient en général .1 2 0/0 environ. Les arrêts du G)n»eil du 31 juillet 1691 et du 27 janvier 1694. leur donnèrent des appointements fixes*. Mais les petits consuls de l'Archipel et de la Morèe continuèrent i végéter avec les six piastres de droit d'ancrage qu'ib percevaient sur chaque bâtiment ; tandis que tout commerce était rigoureusement interdit aux autres consuls, leur négoce personnel constituait le plus clair Je leur revenu. Bien que les appointements fixés en 1691 eussent été augmentés en 1694 ^^^-^use de leur notoire insuffisance, les consuls pouvaient tout juste vivre honorablement avec les sommes mises ù leur disposition ; en 1710 le consul d'AJep
10 Ia>pp1N, p. 212-314 (en t6î8). Seul le consul av.iit Icdroit de >ortir i chtral, les ni.irchands allaient à une. — Cf. Ll'cas, p. 282-8) ; il raconte une vbite «lu consul d'.Mcp .lu paclia.
(2) Lcf appointements personnels tics consuls étaient de 4.0CX} livres i Sm\TT>eci au Caire, 3.500 ;'i Alep. 5.000 1 Seidc. — Les fi.iisde ubje t't.aicm fixes i 6.600 pour le Caire. $.500 pour Sinyrne. J.cxxj pour Atep, 4.000 pour Seîkk, etc. — V. à l'appeudicv le tableau des dépenses des consuluts.
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qui disposait de 8.500 livres pour les dépenses de s;i maison envoyait à l;i Clianibrc un compte de dépenses de 11.742 livres pour l'année précédente, dont 9.198 de dépenses normales'.
Pour l'administration des affaires de l'éclielle, le consul ne pouvait rien taire sans la participation de l'assemblée de la nation. 11 devait y convoquer tous les marchands et les capitaines et patrons de navires qui se trouvaient sur l'échelle, mais les artisans ne pouvaient en £iire partie. Les marchands étaient tenus d'assister aux assemblées sous peine d'amende, ils s'en dispensaient cependant, surtout quand ils étaient en brouille avec le consul. Le règlement fait par M. de Gastines au Giire, en 1706, les astreignait encore .'i d'autres obligations: « Ils seront tenus, disaient les articles 13 et 15, d'accompagner le consul dans toutes les visites d'honneur et de nécessité qu'il rendra au pacha et autres puissances du pays et de le reconduire jusqu'à la maison consulaire, sans qu'aucun s'en puisse dispenser, à peine de trente livres d'amende, payables sans dépôt, sur le seul verbal et ordonnance du consul. Le corps de l'assemblée sera pareillement obligé d'accompagner le consul en habit de cérémonie lorsqu'il ira aux églises des pères de la Terre-Sainte et des Capucins dans les jours déterminés par l'usage, qui sont les deux fêtes d'après les jours de Pâques, Pentecôte et Noël, et de revenir ensuite avec ledit iconsul jusqu'à la maison consulaire : et toute la nation sans exception sera réunie dans la salle de ladite maison consulaire en habit décent aux principales fêtes de Tannée, qui sont les jours de l'an, Piques, Pentecôte, Assomption, Saint-Louis et Noël et ceux où l'on chantera
I) ; mars ilio. A.4, }6s. — Le dùuil de ces dépenses est curieux. I] ne compte que 900 livres pour l'entreiieii de son é[>ous«, deux tilles et quatre fils qui lui restent à placer. — Ci'. LcUre da députa de Smyriu, iS juin jôi)2 : 0 Les consuls d'Angleterre et de Holl.ande ont chacun 4.000 piastres de réaux du grand poids qui reviennent A 14.400 livres tournois et le nôtre ét.int d'un plus haut degré et d'une plus forte considération qu'eux, il est obligé de faire de plus urandes dépenses pour assortir le rang de son caractère.. Cette différence est d'un grand poids pamii des peuples de la nature du niitre qui ne se paient <}ue d'obstentation et de
force La nation a attribué 200 piastres de salaire au vice-consul de Scio dont
100 pour son entretien et le reste il le donnera au chancelier, drogmans, janissaires, et payera les présents au pacha et au cadi, en quoi la somme est visiblement très modique. » .-/-■/. 30} . — Le consul de France avait partout sans contestation même à Sniyrne, le pas sur tous les autres. « Tous, dit d'Arvieux, le lui cèdent sans hésiter. Il n'y a que celui d'Angleterre qui ait peine h le lui céder et qui dans toutes les occasions tache d'empiéter sur ses droits. L'un ne va jamais à la promenade ordinaire quand il sait que l'autre y est .avant lui... Un de nos consuls donna un jour un soumet a celui de l'.Angletcrre qui l'avait prévenu dans une visite de cériimouie qu'on rendait au capitan pacha... qui lui donna raison. » t. I, p. 127.
Jl-s Tc Dcuin, pour aller avec ledit consul entendre la grand'messc ou le Te Deum d.iiis l.i clmpellc consulaire et le reconduire ainsi qu'il cit dit ci-dessus dans ladite salle, à peine contre les contrevenants de dix livres d'amende pour chaque contravention. » Les marchands prenaient rang dans l'assemblée après le consul et les députés delà nation, d'après leur ancienneté dans l'échelle ; les questions de préséance firent souvent éclater des querelles, l'on vil des consuls en référer au ministre pour savoir dans quel ordre les marchands devaient signer les délibérations et il fut sagement décidé qu'on se réglerait encore sur l'ancienneté des marchands.
Les assemblées avaient surtout A discuter et à voter les dépenses extraordinaires de l'échelle, telles que réparations à la maison ou à la chnpelle consulaire, fêtes en l'honneur du roi, et surtout présents extraordinaires i taire aux puissances, suivant les circonstances, ou emprunts nécessaires pour payer les avanies. Pour suffire i tous ces besoins, elles établissaient des .avaries, c'est-;\-dire des droits sur chaque navire qui venait charger A l'échelle. Mais ces levées ne devenaient exécutoires que quand les délibérations de la nation avaient été approuvées par la Chambre du commerce à laquelle le consul devait régulièrement les envoyer. Pour administrer les finances de l'échelle l'assemblée de la nation nommait chaque année, au mois de décembre, deux députés, parmi les marchands âgés au moins de 25 ans et établis depuis deux ans dans l'échelle. Cette élection était souvent le sujet d'intrigues et de querelles, et souvent aussi le consul avait ses candidats qu'il soutenait, malgré la défense expresse que lui faisaient les ordonnances de s'ingérer en aucune façon dans les élections. Aucun marchand ne pouvait être réélu député que deux ans après être sorti de charge, A moins qu'il n'y eût pas dans l'échelle d'autre sujet capable d'être élu. On vit encore des querelles de préséance se produire entre les députes comme entre les marchands des assemblées : le premier élu prétendait avoir une supériorité sur l'autre, il fallut décider qu'ils étaient députés au même titre et qu€ l'ancienneté de résidence de\-ait seule donner le pas à l'un sur l'autre'.
Le consul dewiit communiquer aux députés toutes les afEiires, avant de les soumettre aux assemblées, pour agir de concert avcff eux, et ils devaient raccompagner dans ses audiences avec les puis-
(t) sjmttf rjoy. ,4.4,304.
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sanccs cî « dans toutes les occasions nécessaires pour le bien de la nation. » En outre les députés étaient chargés de percevoir sur les navires les droits établis au profit de la Chambre du commerce qui étaient levés dans les échelles, c'est-^-dirc le cottimo des bâtiments qui (itisiaieni les voyages du Levant en Italie et les droits de consulat sur les biîtiraents des étrangers qui prenaient la bannière française. Tous les trimestres ils devaient reinettre au consul un état sommaire des recettes et des dépenses qu'ils avaient faites, et, aussitôt sortis de charge, dans le mois de janvier qui suivait, ils devaient déposer ;\ la chancellerie, dè.s comptes complets de leur administration ; tous ces comptes devaient être expédiés à la Chambre par la première voile qui partirait de l'échelle ; mais ces règles strictes de comptabilité ne furent jamais observées'. Primitivement les fonctions de député, quelques délicates qu'elles fussent, étaient purement honorifiques et la Chambre refusait de ratifier les comptes des échelles où ils prétendaient s'attribuer quelque gratification. Cependant il leur arrivait de tirer de grands bénéfices de leur charge en disposant pour leur commerce des fonds, considérables parfois, qu'ils avaient en caisse. II y zvah l\ un grave danger pour h sécurité des fonds du commerce et plusieurs banqueroutes de députés des échelles firent décider par l'arrêt du 27 janvier 1694 que dorénavant les fonds perçus par les députés seraient remis dans la maison consulaire dans une caisse A trois clefs dont le consul, le chancelier et les députés auraient chacun une. Comme les marchands ne voulaient plus accepter ces fonctions onéreuses on leur accorda dcu.v cents livres à chacun dans les grandes échelles et cent dans les petites. En outre ils obtinrent le droit de prendre i 0/0 sur toutes les recettes qu'ils faisaient pour le compte de la Chambre du commerce*.
Ch.ique nation avait à son service un chancelier et des drogmans. Le chancelier' tenait un registre des délibérations des assemblées.
(t) Malgré l'article 9 du rcgltmont de Dortiéres du S octobre 1687: m I.cs
disputés de la nation sortant d'exercice dont les comptes ne seront pas en état
d'iître rendus dans le temps prescrit par l'ordonnance de S. M, du 25 octobre 1685
(art. 27), seront privés de leurs appointements de toute l'année et seront en outre
, condamnés il 500 livres d';iniende.
(2) Oui. du 25 iUrfinbie 16S), du 10 mars i6>j/ (de l'intendant Lebrct). — La
IChan)brc eut parfois des exacteurs de droits dans les écliellcs, ainsi ![ .Mexandrie
où les sommes à percevoir sur les étrangers qui portaient notre pavillon, et surtout
[sur les vaisseaux qui ûisaient les voyages d'Italie, étaient considérables. (Voir la
t Correspondance de ces exacteurs, .•i.-l, ]jo, }fi.
(î) ^- P-^S*^ 265-266, l'organisation des chancelleries par PoNTCHARTRAtx.
des comptes déposés par les députés à leur sortie de charge, des procédures faites par le consul ; il recevait les manifestes des navires h leur arrivée et h leur départ ; il enregistrait toutes sortes d'actes et de contrats faits par les marchands ; il acceptait les dépôts d'argent et d'effets des marchands ; il recueillait ceux des résidents déoédés dans l'échelle et des banqueroutiers. Ainsi il était A la fois le secrétaire, l'archiviste, le greffier, le notaire de la nation.
Les drogmans jouaient dans les échelles un double rôle ; ils servaient d'interprètes au consul auprès des puissances et souvent d'ambassadeurs quand ceux-ci voulaient éviter des audiences trop fréquentes ou craignaient de compromettre leur dignité. Ils étaient aussi les intermédiaires des marchands dans leur commerce, mais il fallait demander aux consuls, sous les ordres directs desquels ils étaient, l'autorisation de les employer. Dans les grandes échelles il y avait deux drogmans et même davantage ; le premier drograan était alors plus particulièrement attaché ;\ la personne du consul et mangeait A sa table, c'était toujours un Français, tandis que les autres étaient des gens du pays. Il fut plusieurs fois question d'exclure complètement les sujets du G. S. des emplois de drogmans, mais la Chambre, qui avait été hostile au début ;t la création des enfants de langue, répondait encore à une lettre de Pontchartrain en 171 2: « Il n'est pas possible de n'avoir que le drogman français qui est dans l'échelle car, outre ce drogman, il est d'usage qu'il y en ait un autre :\ la porte de la maison consulaire et même d'autres pour le service des négociants. Ainsi il est nécessaire qu'on se serve des Grecs ou autres gens du pays, les appointements desquels sont fort modiques, parce que ces sortes de gens recherchent ces emplois, plutôt pour s^exempter de payer le carach' aux Turcs que pour la rétribution qu'ils en tirent. S'il était possible que tous les drogmans fussent Français, la dépense serait excessive*. A la suite d'un échange de lettres entre Pontcliartr.iin et l'intendant et d'une nouvelle délibération de la Chambre le ministre décida seulement « d'établir les plus anciens des enfants de langue élevés ;\ Constantinoplc en qualité de second drogman dans les sept grandes échelles.... l'excédent de traitement ;\ leur accorder au-delà de ce que coûtent les Turci « les Grecs ne devant pas égaler les avanies auxquels Ils donnent
(1) Capitation payée par tous les sujets du sultan non musulnians.
(2) Délibération du 21 jami. ijii. BB, 6.
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