‹ Histoire du commerce français dans le Levant au XVIIe siècleChapitre 83 sur 117 · U\BB · texte numérisé non relu

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(2) Kn dehors des assurances il y av;iit toute une série de façons de faire valoir

■ son argent dans le coinnierce sans pratiquer directement le négoce. V. un intéressant mémoire conservé aux Archives Nation, f ", 64} : Méiiioire Je la municie qu'on ptui négixier l'argent sur la place île Marseille. i6yo.

TABLEAU DU COMMliRCE

prudence les oblige de se faire assurer. . . Les assurances dans Marseille et dans toute la côte se font d'une manière qu'elles ne souffrent ni délai ni retardement. Quand un marchand revoit des nouvelles douteuses, il lait ses assurances dans une heure de temps; autrement des secondes nouvelles qui sont souvent fréquentes apprendraient la perte du navire... et dans moins d'un jour on pourrait se faire assurer pour plus de 200.000 livres... La prime n'a rien de fixe, il y a autant de quotités qu'il y a de ports et de sortes de bAtimcnts; elle dépend aussi des conjonctures... Souvent dans un même jour le assurances qui se font sur un môme navire i\ 6 % le matin se feron le jour suivant X dix et souvent h quinze... Les assurances se font Marseille de la manière la plus avantageuse qu'on puisse imaginer. Les assurés ne déboursent aucun argent pour le paiement de li prime; les courtiers qu'on appelle vulgairement censaux font Icsi polices. Ils ont le soin de chercher les assureurs; ils prennent euX' niâmes des assurances jusqu'à la concurrence de la prime et de leurs droits, ils la paient ensuite aux assureurs en billets. Ceux qui prennent des assurances en font faire pour leur compte et il se fait à la fin de l'année des compensations des primes tant entre les assures, les censauxj que les assureurs; par ce moyen la prime fait une partie du trafic et le négoce en compensations apporte tant de facilité aux assurances que sans cette voie le commerce ne saurait subsister... Cette liberté à tout le monde d'assurer et aux m-irchands de choisir les assureurs a engagé les gentilhorames, les bons bourgeois et les artisans même dans le négoce... ils se rendent assureurs. Or tout l'argent d'une ville entre par ce moyen dans le commerce et il est Vrai de dire que d.ms Marseille il n'y a personne, de quelque condition qu'il soit, lequel par le moyen des assurances ne négocie... Quoique matière fertile en procès l'expérience est si grande qu'il n'arrive aucune contestation ; l'usage même a établi des règles pour les terminer à l'amiable... S'il se trouve quelque assureur qui aime les procès, on a sur les lieux le lieutenant de l'amirauté qui assigne du jour au lendemain. On sort d'alTaire ordinairement en deux jours, sonmiairemcnt et sans frais... La facilité et la bonne foi qu'on trouve dans les assureurs \ Marseille est si grande que les négociants des îles de Maillorque, ceux de la côte d'Espagne, la plupart de ceux de Gènes et de Livourne y font faire leurs assurances et cela y fait apporter des sommes très considérables, ce qui fait ime des parties

fpriiKip.\lcs du commerce de cette ville... Le commerce de M.arseille était autrefois dans une si grande rcpuution qu'il s'y est établi de toutes sortes de nations de Tturope', ce qui ne se rencontre pas dans les autres ports de mer. Aussi c'est cette ville laquelle, après Venise, a mi,s la première en usage les assurances et l'on peut dire que les négociants et les assureurs y raffinent sur cette science qui est plus difficile qu'on ne croit*. » Ce tableau présenté par la Chambre était, il est vrai, bien embelli, car les abus auxquels donnaient lieu les assurances occasionnèrent souvent des plaintes et la Ckumbrc dut s'occuper d'y remédier, mais elle tenait jalousement à conserver les vieux usages et la liberté dont jouissaient les Marseillais.

Les assurances maritimes, comme toutes les autres opérations relatives au commerce maritime, étaient t-ùtes .\ Marseille par l'intermédiaire des courtiers ou censaux^, alin de donner plus de sûreté .\ ^^ces opérations. L'établissement des courtiers maritimes i Marseille remontait au moyen-âge. Par un des statuts municipaux antérieurs à 12)7 '' ^^^ porté que les courtiers renouvelleront ieur serment

Itous les ans, le jour de N.-D, de la Purification, dans l'hôtel de ville, entre les mains du viguier et des consuls. Leur nombre varia suivant les époques; au milieu du \\i' siècle il y en avait soixante-dix, une délibération municipale de 1579 lesréduisitâ trente tandis qu'en 1)99 ^^ <-■" 1604 on en créa huit nouveaux puis six autres*; pendant tout le xvn"^ siècle leur nombre resta fixé à quarantesix. Quand l'un des courtiers mourait ou abandonnait sa charge, ■ ceux qui voulaient le remplacer se présentaieut devant les consuls et plus tard devant les échevins et en recevaient leur commission, après avoir fait preuve de bonne vie et mœurs et de capacité; les courtiers devaient en outre fournir une caution et payer une pension annuelle de dix-huit livres .\ l'hôpital de Marseille °. La Chambre eut souvent .\ s'occuper des abus commis par les courtiers

(i) « Ces cirangerji (GiSnois, .■\rm(inicns et autres nations) ne sont la plupart établis d.ins Marseille que nour y f.iirc les assurances des niigociants de leurs p.iys... Ils font valoir beaucoup le commerce et riit-it les a crus si niiccssoircs que les ministres ont toujours favorisé le commerce- .1 leur occasion. »

(2) fl/ï, ./, fol. i6s-!^2 : Très humbles remontrances des négociants de la ville de Marseille et de la côte maritime de Provence contre l'ctablissemcni d'une Chambre d'assurance privative qu'on médite dans Paris. .V novembre lOS)-.

(J) Ce nom est encore empUiyé en italien : Sensale marittimo.

(|) RuiFi, II, p. 230.

()) Voir la série des Registres de délibér.itions du Conseil de ville de Marseillei Toutes les Commissions des censaux y sont enregistrées. — .irch. Commun.

et fit de uomba'ux rcylcments qui les concernaient, principalemcnil iiu sujet de la forme des assurances'. S'ils donnaient lieu à des plaintes, elle les citait h comparaître devant son bureau et leur infligeait des réprimandes, des amendes, des interdictions temporaires»! ou leur interdisait de continuer leurs fonctions*.

En 1660 un édit royal créa cinquante offices royaux de courtiers,! mais, sur les plaintes de la Chambre, le roi rétablit l'ancien état dej choses, par lettres patentes du 14 août 1661 '. Les besoins financier du trésor lîrcnt songer de nouveau à cette création et l'édit de mail 1692* érigea les quarante-six charges de courtiers en offices hérédi-1 taircs, ce qui n'empêcha pas les quarante-six titulaires d'être remplacés, en 1708, par soixante autres courtiers, puis rétablis en 1709J avec quatorze de leurs successeurs, moyennant le paiement au roi Je] 120.000 livres^. L'édit royal leur accordait pour leurs émoluments, dans les traités de vente et d\achatde marcliandises, 1/2 "/», tant des] vendeurs que des acheteurs, jusqu'à 1.200 livres, et au-dessus 1/3 ",'»;! pour les contrats d'assurances ils percevaient un sol par écu surlcs j primes.

Tous les navires qui partaient de Marseille ne chargeaient pas dans le port, beaucoup prenaient leur cargaison aux iles du Frioul distantes d'environ trois kilomètres". C'était sans doute pour éviter

(1) Ainsi le rcgicmcnt du 1 1 avril 1670 lion)oIogu«S pjr le Parlement, renouvelé le is juin '677. — Alcr. i : « Les carnets des eciisaux stroin p.ir.ilL* par Its celicvliis et d(jput«!s ou par l'un d'eux à peine de f.iux et de 1.000 livi» d'.inicnde. » — Cette rèi;le est encore observée aujourd'hui piir les courtitn maritimes. — BB, j. — Cf. BB, 2, 24 lUumbie 1662.

(2) V. BB, j,fol. i)ù, i)'), sij, 600, 60s, ôvj, j6o, yo6, yj/, etc. (3» Archiva Commuiutlts de Mancille.

(1) Rfi^-.tUs Iiisitiiial. df rAmirattlc de Mars., foK j/i. Areh. dtp. âa {f.-ikK^- Lebret s'opposa en vain A la crt-ation de."î courtiers rovaux. V. lettre i PontcliJt* train du j mai 1692 ; « On pourrait établir des courtiers mais en autorisant If» échevins de Marseille il les déposséder s'ils ne remplissent pas consciencieusi.'jncni leur office, car ce serait un grand mal pour le public si de tels officiers m lj bonne foi desquels le commerce de iMarseille doit rouler tout entier, vouaient rcît« absolument indépendants de la Chambre du commerce. » (Citée par Marclui'^l.

( j) Edit du ; ûtlolue rjoç. — » L'édit de 1709 autorisa les courticxs rovius i tenir une caisse chez eux pour f.»ciliter les transactions. Ils abusvrent Je cette faculté pour s'emparer du monopole de la banque. Ces doubles fonction» qu'ib s'ét.iient arrogées, réunirent dans leurs mains tous les capitaux destines au ctmmerce, tous les papiers négociables, et ils devinrent les arbitres absolus du uuxJc l'intérêt et de l'escompte. nJl'lLiANV, 1. I. p. jgt).

(6) Ce fait est attesté par le rapport de M. de Scpuiran de i6îj: LcsofiâB de l'amirauté lui représentent (ju'ils sont obligés d'aller faire les visite» drt vii*" seaux aux iles, éloignées de trois milles, ou ils emploient le plus souvent t>'>ut< ^ journée» (p. JJl). — « Il est vrai que par la disposition du négoce Je iCBC

^gl^lll^l^ll

LES USAGES DE LA NAVIGATION HT Dl' COMMERCE

les longs retards ;iuxqiiels donn.iicm lieu les rigoureuses quarantnines qu'il fallait subir au retour du lAvant, que les navires au lieu d'en attendre la fui pour rentrer dans le port de Marseille, déchargeaient leurs marchandises aux îles, y recevaient leur, nouveau chargement et pouvaient repartir pour un nouveau voyage sans aucune perte de temps. Les ports de Pomùgue et du Frioul étaient ainsi devenus au xvir siècle comme les avant-ports de Marseille.

■ Avant de partir, les navires devaient recevoir la visite des officiers de l'amirauté qui venaient s'assurer qu'ils n'eniporiaicnt pas de marcliandises de contrebande et prenaient des mains de Ttrcrivain le

Btnanifeste du chargement.

■ Dans sa visite des côtes de Provence en 1653, M. de Seguiran

■ s'informa auprès des officiers de l'amirauté de la manière dont ils élisaient ces visites. « Ils nous ont dit, rapporte-t-il, qu'étant arrivér,

^ dans le vaisseau, ils font lire par le greffier l'état et rôle des marchandises chargées, le nom des mariniers, les lieux de leur demeure et voient leur artillerie; et, ce fait, ils font prêter serment au capitaine de leur déclarer s'il y a dans ledit vaisseau d'autres marchandises que celles qui sont exprimées au manife,';te ou police de chargement, et après, le procureur du roi et le greffier font exacte recherche dans le vaisseau pour voir s'il y a des marchandises de fc contrebande. Et cependant le lieutenant fait entendre audit capitiinc que le chargement de telles robes lui est prohibé à peine de la vie et de confiscation, ni de charger autres marchandises après la visite sans la permission ; lui enjoint de porter les étendards du roi et de M»^' le grand m.aitre (Richelieu) déployés, de traiter ses gens ' en bon père de f.nnille; au retour qu'il fera, l'avertir des excès, lar- Bcins et malversations qui pourraient être commis par ceux de son Béquipage et de rapporter son artillerie. Et là, présents tous les offi- ^ cierset mariniers du vaisseau, il leur ordonne d'obéir à leur capitaine, ne le quitter, ni abandonner durant le voyage, à peine de punition Hcorporelle, perte de leurs salaires et avec la rigueur portée par les

ville, le chargement et départ des navires pour le Levant ne se pouv.mt faire iqu';)ux ilcs... » (p. 24^). — CcpcnJam il y .nvait des navires qui chargeaient dans [le port (p. 24s). — Contsp. de Sou r dis. Coll. des Doc. In. — Dd-s 1621 l'auiorisa- 1 lion fut accordée .uix Marseillais « de construire aux îles Poméguc et Ratonneau [•des halles où ils puissent mettre i l'abri les marchandises qu'ils rapportent [«d'outre mer avant d'avoir purj^é leur Quarantaine.» Rtj;islif di'nhisin.di- l'Antirautc, \t>utri i(i3t,fol. ifj. Arch. dfs li.-dii-kh. — F,n 1652 la ville obtint la permission pde construire d'autres halles, i" ixlchn tf>}2. .ircb. Coinmini. krgist. i/« Dililtii .

4^6 TABLEAU DU COMMl-RŒ

ordonnances. Et aprùs tout cela, ils donnent congc aux susdits \*3isseaux ail nom de M"' le grand maître, scellé" du sceau royal, signé par le lieutenant et le greffier'. »

En réalité les visites de navires, du moins sous Louis XIV, ne se faisaient pas avec tant de cérémonie, les officiers de l'amirauté en laissaient le soin A leurs commis qui délivraient aux capitaines leurs congés et passeports *. Ces congés étaient accordés pour un temps limité, au terme duquel les capitaines devaient être de retour au port; ils seiTaicnt aux capitaines i prouver qu'ils naviguaient régulièrement et à (liire reconnaître leur qualité de français quand ils rencontraient des vaisseaux du roi, des corsaires Français ou barbaresqucs, et quand ils arrivaient aux échelles*. Parfois des capitaines étnngers, en distribuant de l'argent aux commis de l'nmirauté, parvinrent à obtenir des congés ; arrivés en pleine mer, ils arboraient le pavillon français * pour se garder des corsaires et le quittiiient en arrivant aux écliellcs pour ne pas payer les droits

(i) Pnur le tarifdes vacations des officiers de l'amirauté, voir p. 66, — « D'aprt» le règlement de 1599 confirmé par celui de 164 1, l'amiral prend pour les congés en Ponant 7 livres 10 sols, mais en cette ville il ne prend que 5 livres par vaisseau, 40 sols les polacres, 20 sols les barques, 16 sols les barques allant en Italie, Espajjne, Barbarie, 8 sols les tartanes et j sols les bateaux et chaloupes. — Or, par le règlement de 1641 les ofliciers de l'amirauté sont réglés et ne peuvent. prendre entre tous trois que autant que h\g' l'amiral. » ùllrf du 2» aoiU lôfi J!H, 26. — Richelieu avait fait établir par M. de Séguiran. en l6î3, un commit pour délivrer en son nom les congés et passeports; les officiers Je l'amirauié après leur visite devaient se bonier A délivrer un simple certificat des marchanJiw» qu'ils avaient visitées, (Inspection, p. 244). Mais ce commis ne fut pas maimenu car on voit dans la suite la Chambre souvent en contestation avec les olHciers de l'amirauté au sujet des droits qu'ils percevaient pour la délivrance des congés et passeports. V la lettre ci-dessus. — Cf. //, 3). Ordonnance de ,\f. de Stguhaii, pri-mier pri'sident tn ht Cour des compiff, aida tl finances de Ptvttnef el lieutenant ginha] pour Mi' le duc dt VendAne en h clmrge àr Grand-Maiire, etc. 16/7.

(2) Les congés étaient délivrés pour le capitaine et son navire, les passcpom pour les marchandises qu'il portait.

(5) PoHicliarIrain aux consith de! icIteUa, 2j janvier 16^ : « Pnur distinguer les capitaines fran<;ais d'avec ceux qui ne le sont pas, les dernier* doivent être munis tout au plus d'une simple perinission de sortir des ports du royaume l»nu]u'ils v ont fini leurs alîaires et les consuls peuvent avertir les corsaires que tous ceux qui ne leur représenteront que de semblables )H.'rmissions ne sont certainement pas fran^'ais, quelque pavillon qu'ils aient arboré. » — ReiUieil des rès^lenienti , H, 2>.

(4) La couleur et la forme de ce pavillon furent définitivement réglée* par l'ordonnance du 9 décembre 1661 : ■ Ordonnance du roi interdisant à tous maîtres et panons des vaisseaux de commerce d'arborer d leur m:U le pavillon blanc qui est réservé aux vaisseaux de S, M. et portant qu'ils devront, comme auparavant, se bomer à porter l'ancien pavillon de la nation française qui est la croix blanche dans un estcnJart d'estofTe bleue avec l'cscu des armes de S. M. » Reg. des Insin. di VAmirauU, fol. 1 144 .

LES USAGES DE LA NAVFGATrON lîT TÎU COMMERCE

'auxquels pouvaient être assujettis les vaisseaux français, mais la Chambre du commerce mit un terme h cet abus.

Les bâtiments de Provence partaient généralement peu chargés pour le Levant, car ils emportaient toujours de l'argent au moins pour la valeur du tiers de leur chargement ; beaucoup étaient même obligés de prendre du lest pour assurer leur stabilité. La valeur des cargaisons variait considérablement suivant les circonstances, mais un vaisseau qui emportait de l'argent et des marchandises pour 3 A

^ 400,000 livres passait pour être richement chargé. Il y avait parfois

0 cependant des chargements d'une valeur beaucoup plus grande : d'Arvieux cite un vaisseau qui partit de Marseille en 1653 portant 200,000 piastres argent comptant et 100. oon piastres en marchandises ; mais ce n'était là qu'une exception, il s'agissait en effet d'un

^■vaisseau du roi qui, h cause de l'insécurité de la mer pendant la guerre contre l'Espagne, était envoyé dans le Levant « en marchandise'. » Il arrivait beaucoup plus souvent que des vaisseaux partiiient avec des chargements valant moins de ïoo,ooo livres

H et c'était une des causes de la cherté du fret X Marseille, car les

^^ bénéfices des armateurs étaient insuffisants.

Les départs étaient peu fréquents en hiver, surtout dans le mois de janvier, ;\ cause de la fréquence des mauvais temps. Suivant les vents qu'ils rencontraient et les circonstances, les navires suivaient

^- deux routes pour aller dans le Levant, l'une passant par Messine,

^ l'autre par Malte. Cette dernière, quoique plus longue, était la plus fréquentée, même les convois Anglais et Hollandais partant de Livourne y passaient quelquefois ' ; jusque vers Candie la route était la même pour toutes les échelles. Candie servait de point de repaire

^P aux capitaines pour savoir où ils se trouvaient, car la navig.ation se faisait encore avec certains t.itonnemcnts et les voyageurs parlent souvent d'erreurs de calculs faites par les capitaines qui les conduisaient. Thévenot raconte que le sien attendait avec inquiétude le moment de passer devant l'ilot de Sapience où se tenaient les corsaires, tandis que le vaisseau avait déjA franchi le cap Matapan à plus de 70 milles A l'Est; plus loin, ce capitaine passa contre son intention entre Cerigo et la terreau lieu de prendre entre Cerigo et Cerigotto. Une autre fois^ en longeant Tilede Candie pour aller A

(i) D'Arvieux, t. I, p. 2.

(2) Taveusiek, p. 3.

Alexandrie, le capitaine se trouva au bout de l'île A 200 milles plu5 loin qu'il ne pensait '. « Trois choses, dit le voyageur Ferinanel, sont absoUimcnt nécessaires pour naviguer assurcmcnt dans la Méditerranée : connaître le cas, c'est-;\-dire, connaître et discerner les côtes ce qui ne se peut apprendre qu'en les voyant souvent, les courants et l'estime de la course du vaisseau*. »

La vieille routine s'était donc maintenue dans la navigation de la Méditerranée où elle pouvait suffire, tandis que dans l'Océan les longues distances et l'éloignement des terres obligeaient X déterminer la marche et la position des navires par des procédés plus scientifiques. Aussi, les capitaines provençaux n'avaient-ils guère besoin de connaissances techniques, c'était par un long.apprentissagc pratique et en passant par les fonctions d'écrivain où ils s'initiaient au commerce, qu'ils parvenaient :\ leurs fonctions. La durée de la navigation était très-variable suivant les changements de vents qui sont trés-fréquents dans la Méditerranée et aussi suivant les nouvelles des corsaires qui forçaient souvent à faire des détours pour les éviter. Le voyage de Marseille à Constantinople demandait régulièrement quinze ou vingt jours quand on ne rencontrait pas de vents contraires; on arrivait aux échelles de Syrie en moins d'un mois, mais parfois les traversées étaient singulièrement tourmentées en hiver : Chardin, dans un de ses voyages, mit trois mois pour arriver 1 Smyrne*.

Aussitôt arrive à. l'échelle de sa destination, le capitaine devait aller remettre au consul son maniteste de chargement, son congé et passeport et lui faire un rapport de son voyage. Le consul devait venir visiter le navire pour s'assurer qu'il ne contenait pas de marchandises prohibées par les ordonnances comme des draps étrangers, ni des monnaies Je France et c'était seulement alors que le déchargement pouvait commencer. Il s'opérait généralement en présence

(1) Thévenot, t. I, p. 23, t. II, p. 8. — Il .-luribuc ces deux cnxnrs .lux courants de l'Adriatique qui les av.iicnt ditourniis et poussa.

(2) Fi RMANiiL, p. 460-46} ; Dr la navigation de la Mfditerranie.

(5» V. DisHAvn, p. 458, Lucas, t. 1, p, t6 : Nous arrivâmes .iSniyrnc en dixsept jours et nous y serions arrivés en seize, si nous n'avions cchouc sur !c» ha»foiiJ> qui soiil auprès du chiUeau. — Les principaux vents connus des m.irins provcnç-iux éLiieiit la tranioiit.me (Nord|. lemistrjl (ou maestni. ni;iistre:», Nord- Ouest), Iclcbesche (Est), le grcgal (N.-l;.), le svroch (Sud), le ponant (Oucsll. — » Pour aller de Marseille en tous les susdits endroits, t.int du Levant que du Midi, il faut avoir les vents du ponant et mistral et, pour en revenir, les Grecs et Icvjuit esseroc et ^regalis. m Insptction dt Segiiiian, p. 32S.

des commis de la douane, affermée parles Turcs le plus souvent à des Juifs ; les formalités de douane étaient remplies avec beaucoup de facilité et ne gênaient pas les opérations d'embarquement et de débarquement. Les commis se contentaient d'inscrire les marchandises à mesure de leur arrivée A terre, les estimaient d'après le tarif appliqué à la nation et écrivaient le nom du marchand qui venait les recevoir et la somme qu'il devait à la douane; ils n'en exigeaient le paiement que plus tard et s'en rapportaient à la bonne foi des marchands '. Les exacteurs des droits de l'échelle assistaient aussi au déchargement quand il y avait des avaries à payer, et le consul y envoyait souvent ses commis pour s'assurer que le manifeste qu'on lui avait remis était bien sincère.

La plupart des marchands des échelles ;\ qui les marchandises étaient remises n'étaient que des commissionnaires ou facteurs des marchands de Marseille qu'on appelait leurs majeurs. Ce système ne donnait pas de très bons résultats si l'on en juge par les critiques de l'auteur du Parfait Négociant très bien renseigné sur le commerce du Levant. Les commissionnaires, faute de pouvoirs suffisants de la part de leurs majeurs, laissaient souvent échapper d'excellentes ^

occasions de faire des échanges avantageux ; mais surtout ils ne s'occupaient guère que de leur intérêt personnel ; leur avantage était de faire le plus d'achats et de ventes qu'ils pourraient pou . toucher leur commission et c'est pour cela qu'ils se disputaient avec tant d'acharnement les marchandises de leur échelle, s'inquiétant peu de faire baisser les prix de celles d'Europe et de faire monter |

ceux des produits du pays, au grand détriment des intérêts de leurs commettants*. Le Parfait Négociant leur reproche surtout de réaliser des gains illégitimes en envoyant ;\ Marseille des comptes faux pour les frais de leurs ventes et de leurs achats ; ils faisaient des bénéfices considérables en particulier sur les droits de douane que les Turcs exigeaient d'ordinaire suivant des évaluations modérées et qu'ils faisaient figurer dans leurs comptes suivant toute la rigueur du tarit officiel'. « Non seulement les coagis trompent leurs commettants

(i) D'Arvieux, t. I, p. 55, 3ti.

(2) La correspondance consulaire est remplie de plaintes à ce sujet.

(j) Savary dans son Paifuit Kègcviaitl donne pour chaque sorte de marchandises un compte vrai des frais de vente aux échelles et le compte donné par le coagi. Pour une balle de drap le compte exact des frais était de 57 piastres, celui remis par le coagi de 127 piastres.

TABLEAU nu COMMERCE

Je cette manière, ajoute le môme auteur, mais encore dans la vente dos 111:1! cliandises, car bien souvent ils les vendent en troc en d'autres qu'ils envoient \ leurs commettants pour les retours de celles qu'ils leur ont envoyées et prennent leur commission de ao/o pour la vente et d'autres 2 o,'o pour l'achat en troc qui est un double droit qui tourne encore en pure perte aux commettants. « Aussi Savary conseillait non sans raison aux négociants de former des sociétés et d'envoyer sur les lieux un des associés. » On peut prendre pour associé, disait-il, un jeune homme qui ne soit point encore engagé dans le mariage, qui ne portera dans une société que peu d'argent et beaucoup d'industrie, lequel sera bien aise de p.isscr sept à huit ans de temps que durera la société dans le Levant pour y faire sa fortune*. »

Savary semble avoir cependant beaucoup exagéré les inconvénients du système des commissionnaires. En réalité beaucoup d'entre eux, originaires de Marseille, servaient de correspondants A leurs parents ou i des marchands avec qui leur famille était en relation. Quand ils avaient fait fortune dans le Levant ils s'établissaient à leur tour ,\ Marseille et l'on voyait parmi les négociants de cette ville, même parmi les membres de la Chambre du commerce et les échcvins, d'anciens résidents des échelles. Les usages du Levant étaient donc fort bien connus ;\ Marseille et il n'était guère possible aux commissionnaires de commettre régulièrement au détriment de leurs majeurs les irrégularités dont les accuse l'auteur du Par/ail Négociant. Il est vrai qu'il leur était plus facile de les faire admettre aux négociants de Lyon, du Lmguedoc ou même de Rouen dont ils recevaient aussi les commissions et ceux ci durent être les seules victimes de leur malhonnêteté.

Toutes les transactions dans les échelles se faisaient par ^inlc^ médiaire de courtiers ou censaux presque toujours Juifs ou Arméniens. On vit quelquefois des Français ^ Smyrne ser\'ir de courtiers aux marchands, mais il fallait connaître :\ fond les langues du pays ce qui était fort rare parmi les l-ran^ais qui dédaignaient en outre ce métier. Les Juifs se rencontraient dans toutes les échelles, pariois au nombre de quelques milliers comme A Alep ou h Smvrnc. Partout ils montraient leur grande intelligence des affaires et la plus

(i) Parfait Négociant, p. ,\o<y et 397.

finindc partie du commerce passait entre leurs mains'. Ils n'étaient pas seulement les courtiers Jl-s ccholles, ils y faisaient aussi la banque et c'étiiit à eux que la nation avait recours quand il f.illaii emprunter pour payer les avanies qu'ils avaient souvent suscitées ; il fallait alors accepter de leur payer ces « changes lunaires » aux taux usuraircs qui avaient tôt fait de doubler le capital emprunté. C'étaient eux encore qui atTermaient les douanes aux Turcs dans presque toutes les échelles et leur rap.acité excita souvent des plaintes. Les Juifs étaient donc les habitants des échelles avec lesquels les Francs avaient le plus de relations, cependant ils les détestaient, tandis qu'ils étalent souvent en fort bons termes avec les Turcs, et les Juifs le leur rendaient bien.

« I-cs Juifs, dit d'Arvieux, sont les plus méchantes gens qu'il y ait nu monde. Ils haïssent mortellement les chrétiens, sont toujours prêts il leur foire du mal, ils en recherchent avec soin les occasions ; ils trahissent sans honte ceux qui leur ont fait le plus de bien. La plupart des avanies viennent d'eux, ils les suggèrent aux olRcicrs de l'Etat et, quoi qu'il ne leur en vienne le plus souvent rien ou très peu de chose, ils satisfont leur mauvais naturel et leur rage et sont

contents de taire le mal pour le mal même Ceux qui s'en servent

doivent être toujours sur leurs gardes et ne leur jamais confier un secret'. » Les Turcs les méprisaient encore davantage et les forçaient dans beaucoup d'échelles à vivre dans des quartiers séparés et fermés. Ces ghettos du Levant se distinguaient par leur saleté, car les Juifs affectaient les dehors de la misère autant par nécessité que par avarice, les Turcs pr.uiquaient en effet vis-à-vis d'eux la même conduite que les rois de France au Moyen-Age, ils les laissaient s'enrichir pour' les dépouiller ensuite'.

Les marchands vivaient au contraire en bons termes avec les Arméniens, nombreux surtout \ Alep et A Smyrnc où ils servaient naturellement d'intermédiaires avec les m.irchands de leur nation qui composaient les caravanes de Perse. Quant aux négociants turcs

(i) • Tout le commerce se fait p-ir l'entremise des Juifs et on ne saurait rien vendre ni acheter qui ne pnssc par leurs mains. On a beau les traiter de ciiifous et de malheureux, rien ne se meut que par leurs orgnnes. Il faut leur rendre cette justice, ils ont plus d'habileté que les autres marchands. » Tournefort, t II, p. 197.

(if D'.ARVirux, t VI, p. 441.

(3) A Smvrnc. où la liberté éuit plus grande, les Juifs vivaient d'une manière asscx aisée. V. ToeiiNEi-cwT, t. Il, p. 197.

avec lesquels ils fliisnient des marchés, les Provençaux connaissaient leur bonne foi et leur attachement à leur parole, mais ils en abusèrent tellement pour les tromper qu'ils les mirent sur leurs gardes et diminuèrent par leur malhonnêteté la facilité avec laquelle ils traitaient primitivement lesaffliires. Les courtiers des échelles prenaient ordinairement pour leurs frais i ou 1/2 00 suivant les échelles. Parfois, comme à Seide, pour donner plus de sûreté aux transactions elles se traitaient A la porte du camp devant un officier du pacha qui prenait i o 0 sur tous les marchés qu'on concluait devant lui V

L'emploi des monnaies* dont les marchands se servaient dans le Levant fut l'une des choses les plus difficiles à régler et qui occupèrent le plus l'attention des ministres et de la Chamhre du commerce pendant le xvu' siècle. Les Turcs frappaient très peu de monnaies et n'avaient guère que de menues pièces d'arjjent en circulation. « C'est une chose bien surprenante, dit Chardin, que dans tout l'empire Ottoman on ne batte point de monnaies d'argent que des demi-sols qu'ils appellent accha, terme générique pour signifier l'argent monnayé, que les Européens ont corrompu en celui d'aspres, monnaie si petite et si mince qu'elle se perd entre les doigts. C'est pourtant lu la monnaie originaire et pour ainsi dire unique des Turcs, avec quoi ils comptent et supputent au trésor et aux bureaux des finances et à leurs Chambres des comptes. Ils font de deux sortes d'aspres, la courante ou réelle qui vaut demi-sol ou i2où Técu et l'entière qu'ils appellent l'immaculée qui vaut 9 deniers. Je n'iguore p.is qu'on b.it en Egypte une autre monnaie d'argent qui vaut 18 deniersqu'on appelle para ou paré, terme qui signifie partie du tout. Mais, outre que ce n'est qu'en Egypte qu'on en bat, il y a en si peu qu'on ne s'en aperçoit pas dans le cours... Quant aux monnaies d'or on en bat en Fîgypte et seulement li\ » A la fin du xvir siècle les Turcs, du moins en Syrie et en Egypte avaient encore une autre petite monnaie d'argent le medin qui v.ilait environ 1 5 deniers.

Toutes les autres monnaies étaient introduites par les étrangers;

(1) D'AuviEUX, t. II, p. 341. — Le Parfait Négociant compte i/ï 0,0 de cou>lage pour Sinyrne.

<2j Pour les poids et mesures dont on se servait dans chaque i-clicllc voix le Parjait S'cgocitiiil de Savary, et un mémoire conserve aux Arcli. \at. /•". ^^J : Mimoitt sefi'uiit iTinitruction pour le Cùittmeiu du hvaiit mr la dif/ffitce dtt f«ids et nitiures. — (Il en donne le détail pour chaque échelle}.

[W Chardin, t. I, p. 5. — .\ccha, dit-il, signifie blanc, comme aspron en Grec.

ceux-ci, les Français surU)ut, m.iis aussi les Anglais, les Hollandais et les Vénitiens acheuictit beaucoup plus qu'ils ne vendaient aux Turcs; ils apportaient donc, en dehors de leurs marchandises, de grosses sommes d'argent qui restaient dans les états du G. S. et y formaient la masse du numéraire circulant. Le commerce du Levant fournissait aussi aux Persans la plus grand partie de la monnaie dont ils se servaient, mais le schah la faisait (oiidrcr et frappera son effigie.,. Non seulement les Turcs ne prenaient pas la peine de frapper de leur monnaie mais ils connaissaient très mal la valeur de celles que les Francs leur vendaient ; les marchands, les soldats et le peuple s'engouaient pour certaines pièces étrangères qui leur plaisaient par leur forme ou leur aspect, sans s'inquiéter de leur titre et de leur valeur exacte. Au début du xvii' siècle ils ne connaissaient guère que les piastres d'Esp.igne, sévillanes ou mexicaines qu'on appelait réaies d'Espagne ou piastres de réaux ; ces pièces leur étant apportées surtout par les Marseillais ils les nommaient des M.irsillies. La guerre entre la France et l'Espagne ayant produit la cherté des piastres, les Provençaux se mirent vers 1653 -^ porter dans le Levant les fitmeuses pièces de cinq sols qui eurent un succès énorme'.

A la fiveur des pièces de cinq sols succéda celle des piastres abouquels qui dura jusqu'au xvin* siècle. C'étaient les' rixdales des Hollandais; comme cette monnaie portait sur chaque face des lions, les Turcs les désignèrent sous le nom d'asiani c'est-à-dire piastres aux lions, mais ils les appelèrent aussi aboukelb, piastres aux chiens soit par dérision, soit qu'ils eussent pris les lions pour des chiens; ces deux désignations persistèrent, mais surtout la seconde. Les asselanis ou abouquels, comme les appelaient les Français, valaient 70 iispres c'cst-;Vdire un peu moins que la piastre d'Espagne ; c'était une monnaie de fort mauvais aloi, ne contenant parfois que la moitié de fin et si mêlée de cuivre qu'elle avait beaucoup plus la couleur rougeâtre de ce métal que celle de l'argent; de plus les Hollandais, malgré leur honnêteté, ne se faisaient aucun scrupule de l'altérer. Cependant les Turcs avaient si peu de discernement que cette monnaie ctait plus recherchée que les piastres d'Espagne*. Lesabou-

(3) Les marclunds .irniénicns mieux avisés donnaicni jusqu'à 10 0/0 du change pour avoir des piastres d'Kspjgnc et les porter en Fersc à la niounaic du soplii Parfait ufgociaiit, />. 4;6.

quels qui se divisaient en dcmi-pi.nstres et quarts de piastres étaient la monnaie l;i plus courante de l'empire ottoman.

A certaines époques les piastres isolotes, quittaient encore d'un plus bas aloi, circulèrent en quantité dans le Levant. Cette monnaie resta même la plus usitée dans l'Archipel et les bâtiments français qui fais;iient la traite des blés dans lesiles entre 1700 et 1715 allaient toucher ii Sniyrne pour changer leurs piastres sevillanes' en isolotes. Il semble que cette monnaie se répandit dans le Levant h peu près ù la même époque que les pièces de cinq sols et qu'elle commença à être transportée en quantités considérables à Srayrne par les vaisseaux de la Ciotat. La Chambre, dés qu'elle fut au courant de cette nouveauté, se pourvut devant le Parlement d'Aix pour faire interdire le transport de cette monnaie et elle engagea une négociation avec le prince de Monaco qui laissait fabriquer dant sa monnaie les isolotes ainsi que les pièces de cinq sols altérées'. Malgré ses défenses le trafic des isolotes fut continué, tant par les Français* que par les Italiens, cependant cette monnaie ne joua qu'un rôle secondaire dans les transactions et ne se répandit pas dans tout le Levant. Il en fut autrement des sequins qui, avec les abouquels, étaient la monnaie la plus en usage dans tout l'empire ottoman au milieu du xvu' siècle; les plus connus étaient les sequins vénitiens qui valaient lâGa-spa-s c'est-ù-dire exactement deux piastres d'Espagne; les sequins hongrois étaient aussi estimés et avaient ;\ peu près la même valeur* on Icj trouvait surtout A Constantinople.

Telles étaient les monnaies employées dans le commerce du Levant au xvn" siècle. Les Français tentèrent de fabriquer et de transporter des abouquels et des sequins A l'époque même oii ils commençaient

(1) SavakY. Diclionn. du Comm. col. tôt}. — A A, //;, UUre lU Seidt du ttman Ijoj ; du 1: août ijoS: la valeur du change des issclojlcs aux abouquels c»i ic 60/0. — AA, IIS, Compte d'un viu-consul de Chic • 44 isolutous lotit 29 piatirc».

({) V. BB, t. Série de dil'libcratioris de la Chambre i et sujet (24 nwn, ti nui, iS juillet 16s 7)- — On appelle alors cette monnaie stilots, stolots, tsillots, pilloti, pclottcs.

(î) Ultu Ji Smvnit, du 14 uclohie i6Sj : « Nous ne manquerons pa4 d'apporter tous nos soins au sujet des assclanis et isolotes que nos voiles apporteront i Vjvi.-nir. » — AA, 1^4.

(4) Le sequin hongre vaut deux piastres un quart courantes. L/ttfr ■^■^ '"■ ■ lauf(«.. dit 2S '"'" tSSS. AA, !•]}. — Il y avait encore d'autres sortes .: le

sequin rouspi valant deux piastres et demie {lettre du comul des D. '.A,

176. lu août té^j) ; le sequin tourrcli, monnaie courante du pay» . ' (f-

Vfitr ijoj. AA, SS7)' le sequin clierirqui valait deux piastres et i. xidc

(«7 H0i>embrt tSSif. AA, Jfo).

à faire le trafic des pièces de cinq sols et des isolotes. La Chambre

autorisa d'abord en 1653 l-* fiibrication des abouqucls pour suppléer

sans doute à la pénurie des réaies'. Mais ceux qui les tâbriquaient les

altérèrent malgré les préc;iutions de la Chambre, ù l'imitation des

Hollandais, et celle-ci avertie par les malheurs qu'avaient causés

les. pièces de cinq sols interdit le trafic des abouquels, elle se plaignit

même vivement au ministre en 1680 de ce que la Compagnie du

Bl^evant avait commencé d'en introduire A Alep. Quant aux sequins,

ceux qu'on fabriquait en France étaient plus ou moins faux et

altérés; sans cela les marchands n'auraient eu aucun bénéfice .'i

^■transporter dans le Levant cette monnaie au lieu des réaies, car leur

' cours n'y était pas au-dessus de leur véritable valeur.

La Chambre eut s;uis cesse son attention portée sur le commerce de ces monnaies de mauvais aloi, pièces de cinq^ols, isolotes, abouquels, sequins faux, et nombreuses sont les lettres où elle recommande la vi}i;ilance aux consuls et leur ordonne de taire des visites à l'arrivée des navires pour s'assurer qu'ils n'en transportaient pas. Ces visites et les saisies opérées de temps à autre n'arrêtèrent jamais complètement le transport des monnaies mauvaises. Il eût fallu que les Turcs eux-mêmes, pour se détendre contre leur introduction, prissent partout la précaution qu'ils avaient adoptée à Alep;"» la lin du xvn*^ siècle. « On ne peut que difïïcilement introduire des fausses espèces dans cette échelle, écrivait le consul, attendu que tous les argents employés dans le commerce passent par les mains des sarrafs ou censaux de change, gens très-habiles dans la connaissance des monnaies, et, étant d'u5;ige i\ Alep de faire les paiements dans des sacs cachetés avec le boul ou cachet de ces censaux lesquels répondant de la qualité et poids des espèces qui sont sous leurs cachets, ils n'auraient garde de donner les mains ;\ l'introduction d'une fausse monnaie*. »

A la fin du xvii' siècle les Français ne pouvaient donc plus transporter librement dans les échelles que des piastres sevillanes ou mexicaines, particulièrement des premières*. Elles valaient dans le

^r (') BB, 1. 7 mars t6f} : « A ité résolu et dclibcré que Messieurs les diputés ' du commerce rapporteront que l'affaire de la fabrique d'espèces de 27 sous csl , tavorablc pour le commerce du Lcv.int, pourvu qu'elles soient fnhiiquées au même ^K poids et titre que celles qui se fabriquent en Hollande. » — (Les pièces de 27 sols ^f de France avaient en etTet la mOmc valeur que Us dcmi-abouqucis Hollandais.)

(3) AA, )6f. 10 avril 7699.

{}) En i6s}, au moment de la piinuric des piastres Sevillanes, les Marseillais essayèrent de les remplacer par des piastres du Pérou, mais il f;illut aussitôt

Levant 80 asprcs et étaient vendues à Marseille aux négociants environ 3 livres 5 sols en temps ordinaire '. Dans les momenti où elles étaient rares, comme pendant la guerre de succession d'Espagne, leur prix sVMeva jusqu'A quatre livres et raème en 1715 l'afflucncc des bâtiments qui partaient pour le Levant et se les disputaient fut telle qu'il monta ^ 6 livres 3 sols. Même en temps ordinaire, les Français étaient dans un état d'infériorité évidente vis-i-vis des Hollandais qui faisaient recevoir leurs abouquels à un prix presque égal à celui des piastres sevillanes tandis que leur valeur réelle était bien inférieure. On tinit par s'émouvoir de cette situation et l'ambassadeur Girardin reçut en 1686 pour instruction d'ouvrir les yeux des Turcs sur le tort qu'ils recevaient par l'introduction de cette monnaie de mauvais aloi*. Ses efiorts ne furent pas inutiles car les abouquels subirent les années suivantes une forte déprécLition : dès 1687 le change était îl Smyrne de 13 0/0 entre les piastres sevillanes et les abouquels, peu après il s'éleva jusqu'à 380,0*. Les bénélices des Hollandais sur leurs monnaies diminuèrent donc considérablement ce qui, sans doute, ne fut pas s;ins influence iur la décadence sensible du commerce de cette nation dans le Lcvam vers la fin du XVII' siècle.

Pour ajouter aux difficultés que présentait dans le commerce la diversité des monnaies en us.agc dans le Levant, les pi.istres sevillanes n'étaient même pas d'un type uniforme, il fallait distinguer les piastres courtes et les piastres de grand poids dont la valeur était

inttrdirc ce tr.ific à cause des troubles qu'il c-iusi dans les échelles. — V. Ltttrf d'Alfp, AAy j6.(. jy dà. lôjj : C'est un grand bonheur |.>our nous que ce» voiles ne soient point venues chargées de ces piastres neuves du Pérou, cur assurément nous serions tombés dans quelque grande avanie. Je vous coulure de l'aire en sorte qu'on ne recommence pas un si sale commerce. Les louis d ar;;coi pussent ici fort librement au même prix des piastres et si l'on ne peut avoir Ja sevillanes ou mexicaines, il faudra se résou Jrc â en envoyer. » — Cf. jo dh, 166}.

(t) Savary (Dkl.dii Connu, col. \)}<f) détaille .iinsi les frais dont étaient prevtSct les piastres avant d'arriver i Marseille : « Si un négiKiant établi a Cadix veut acheter looo pi.istrcs mexicaines, il faut d'abord qu'il en paie la prime. Or, suppo54S que cette prime ne soit que de 2 o 'o qui est le plus bas prix où clic puisse être, les looo piastres font 1020 p. — i 0,0 pour l'exlncuon, cy 10 pias.— fret de Cadix en France i i ; 2 o o, cy i { piast. — Conmtission à « o/o, cy lo piait. — Les tiKX) piastres reviendront h 105 j. 0 V. ci-dessus, p. 289.

(j> a.V man ihS-;. AA, 1S4 : 592 piastn» sevillanes de grand poids, valeur de ,|tî .issclanis. l'âge i ij 0/0 (agc ou aagc est employé dans plusieurs Jctlfcsdans le sens de change) — sS mai tb'jj, A A, }6j : l'âge des rcalcs vaut niainiciunl en abouquels }J .t j6o''o. — / jattv. 161^4 : l'agc vaut 58 0^0.

sensiblement diffcTt-nie ; enfin il ne fallait pas confondre ces monluics avec la piastre courante qui ét;nt pour les Turcs des échelles une monnaie de compte comme la livre tournois en France, d'une valeur bien inférieure .'i celle de la piastre effective'. Ces différences dans la valeur de la piastre causèrent de fréquentes discussions entre la Chambre du commerce et les consuls ou les députés des échelles quand il s'agissait de régler les comptes ou de payer les appointements exprimés en piastres, sans qu'on sût jamais de quelle sorte de piastres il s'agissait. Les mêmes querelles surj^issaient entre les consuls et les capitaines ou marchands qui fournissaient l'argent des avaries pour les besoins de Féchelle. Ceux-ci chicanaient sur le change en abouquels, monnaie courante des Turcs, des piastres qu'ils fournissaient, pour en tirer le plus de profit possible*.

Une autre cause de querelles entre les capitaines et les marchands était la fixation du change maritime qu il fallait payer dans les échelles pour l'argent qu'on y recevait. C'était la plus value que recevait l'argent par suite des frais de transport qu'il avait supportés et des risques qu'il avait courus sur mer. Le change maritime, comme les assurances, avec le prix desquels il était en rapport, était naturellement très variable suivant les circonstances, mais sa valeur normale fut d'environ 15 o/o pendant tout le courant du xvii' siècle. Elle n'était pas arbitraire d'ailleurs et pour mettre les marchands des échelles à l'abri des exigences des capitaines, c'était la Chambre qui la fixait et la changeait suivant les circonstances*, d'accord avec l'intendant, inspecteur du commerce.

Quand les capitaines avaient opéré dans une échelle le déchargement de leur navire, ils devaient y attendre qu'ils pussent y prendre une nouvelle cargaison, car il leur était interdit d'aller la chercher ailleurs ou même d'aller !a compléter dans une autre échelle. Cette facilité n'était permise que pour certaines échelles secondaires où les navires ne pouvaient jamais trouver un chargement complet, ainsi les bâtiments qui voulaient charger à Chypre prenaient aupa-

(II La pustrc courante fut rt5glée à jj nicdîns = 40 sols en Egypte. — Klle correspondait à peu prc^ A la valeur de i'asselani ou abotiquel. — La piastre ctTectivc valait 46 medins. — Lilie du 2j novanbrc ibSS. AA, }jb.

(2) Après la dépréciation des abouqu-ils les capitaines arrivèrent i réaliser, avec le clianj-e maritime, un bénéfice de plus de 50 0/0, en continuant à donner 104 abiiuquels pour 100 piastres de grand poids. — (ai' mai i(>9}. AA, )6j.)

()) V, p. 248, note 3. —La Chambre le portait 30 O/o le 8 novembre 1708, BB. ;.

ravant une partie de leur cargaison »^ Seïde ou à Alcxandrette, d'autres visitaient à la fois les échelles de Chypre et Tripoli ou de Chypre et Satalie ; de même Barut, Acre et Jaffa étaient fréquentées par des vaisseaux qui avaient touché à Seïde ; dans l'Archipel, les barques ne pouvaient trouver un chargement complet qu'en visitant plusieurs îles. Son chargement terminé, le capitaine, avant de partir, devait aller trouver le consul et déposer à la chancellerie le manifeste des marchandises qu'il emportait, dont le chancelier lui délivrait une copie. Il était interdit au consul de donner aux capitaines des congés ou passeports pour empêcher des étrangers, par surprise ou de connivence avec eux, d'en obtenir et de se faire passer en mer pour Français.

Le voyage de retour, comme celui de l'aller, pouvait varier beaucoup de longueur, mais il était toujours beaucoup moins rapide, les navires étant beaucoup plus lourdement chargés de marchandises. Leur arrivée était signalée dès cette époque à Marseille, lorsqu'ils doublaient le cap Croisette, par la vigie de N.-D. de la Garde, au moyen de pavillons hissés au haut d'un mât*. Si les bâtiments partaient souvent des îles de Marseille où ils avaient fiiit leur chargement, ils s'y arrêtaient toujours au retour pour purger leur quarantaine. La rigueur de celles-ci devint de plus en plus grande à la suite des pestes qui désolèrent Marseille et il semble qu'avant celle de 1630 on laissait entrer immédiatement dans le port, comme aujourd'hui, les vaisseaux qui arrivaient avec patente nette, ainsi que le montre le procès-verbal d'une délibération du Conseil de ville du 9 mars 1620 : « Les consuls ont reçu des plaintes de quelques personnes que les surintendants de la santé ont donné entrée dans le port au vaisseau les Tivis-Rois, qui arriva hier d'Alexandrette, sans lui avoir fait faire aucune quarantaine, et qu'il est fort à craindre qu'il apporte quelques cotons ou autres marchandises qui pourraient avoir été portées audit Alexandrette de Seïde ou St-Jcan-d'Acre, lieux contaminés. Sur quoi les surintendants ont remontré qu'ils ont accordé l'entrée fort à propos puisque le vaisseau a apporté patente nette et que le capitaine a fait serment n'avoir négocié aucune part où il y ait doute de contagion... Il a été décidé après mûr examen que les surintendants n'ont pas failli à leur charge, mais pour éviter la conséquence que les vaisseaux d'Alexandrette pourraient tirer, le

(i) V. BB, 6. novembre lyn.

LES USAGKS Dli LA NAVIGATION ET DU COMMERCE

vaisseau les Trots-Rois sera ramené ;iux îles où il dcchargera les cotons ut bines et autres niarcluindises, sauf les soies'. * La peste de 16^0 tit établir des règlements plus sévères qui furent encore singulièrement agi^ravés après celle de 1720.

Aucun document du xvii* siècle ne permet de dire exactement quelles étaient alors les formalités des quarantaines ; voici ce qu'en dit un étranger qui visiu Marseille à la lin du xviii'^ siècle. « Arrivé en rade, il faut jeter l'ancre à Pomègue : une garde occupe alors le navire pour empêcher tout contact entre les nouveaux venus et les autres quarantenaires. En cas de patente nette, une barque mène le capitaine i la Consigne'; elle comporte deux galériens et des soldats qui tiennent toute embarcation ci distance. A destination le capitaine se placeen dcliors de la grille de fer et fait son rapport aux deux intendants de service'' , non sans avoir tout d'abord juré sur l'évangile de dire la vérité pure, quelque question qu'on lui pose. Il jette ensuite la patente dans un vase plein de vinaigre où les valets du Conseil' la maintieiment avec des pinces de fer; quand le document est sulïisamment imbibé, les intendants en prennent connaissance et le font enregistrer. Suit un interrogatoire circonstancié; les réponses sont coucbées par écrit et comparées avec le dire des autres capitaines. Hntin, après avoir déclaré s'il a des passagers et si ces derniers entendent passer leur quarantaine ^ bord ou au lazaret, le nouvel arrivé n'a plus qu';"» remettre le courrier en entaillant chaque lettre aux angles : on les plonge dans le vinaigre, s.uif celles qui sont ;\ l'adresse de la cour et des ministres ; pour ces dcrnièresj fumigation d.ans un poêle. » Sur patente nette le navire devait faire aux lies une quarantaine qui variait de vingt jours au minimum, à cinquante parfois*.

(0 Arch. commun, de MaisriHi-,

(2) Le b.\tiuicnt de l.i Cohsigue existe encore à l'cntriîe du vieux port de

Marseille où il est encore occupé par le service de la yinti, — On y conser\-e

les pinces de (et avec lesquelles on recev.nit les p.jtentes des mains des capitaines et

li\ boite à parfums dans jaiiuelle on luniigeait les p.ipiers du bord et les lettres

«■«jimises par les capitaines. La boite à parfums contenait du soufre vif, poix, réiinc,

grabeau de myrrhe, encens, sérille dcstorax, laudanum, poivre noir, gingembre,

cumin, curcuma dit cipcrus, cardamome, aristoloches longues, euphorbes,

tubèbes, graine île genièvre, le tout miilangé à .^9 0/0 de son.

(3) Les intendants de la santé. — V. ci-dessous.

{4) Le conseil sanitaire composé des intendants de la santd'

(5) Voir aux Archives de la santé les registres de délibérations du conseil sanit£%îre conserviis à partir de 1713.

« Si 1.1 patniîc p.irlc d'une épidémie au point de départ ou danj> une escale, si quelqu'un est mort ou a été malade, ce n'est pas à la Consigne mnis bien au lazaret des pestiférés qu'est envoyé le capitaine. L'interrogatoire est beaucoup plus sévère ; le médecin sanitaire rend une décision qui, concurremment avec le rapport circonstancié du délégué, est examinée à la prochaine séance du conseil... De retour à Pomégue, le capitaine voit son navire soumis à un redoublement de surveillance! tandis que des bateaux occupés par des gardes l'entourent de toutes parts. L'équipage doit pendre ses effets au grand air, décharger le navire dans un magasin spécial, sortir tous les ballots de marchandises, les ouvrir, les aérer, les retourner, les manipuler; de sorte qucj si elles recelaient quelque germe pestilentiel, c'est sur CCS hommes qu'il produirait son meilleur effet. S'il survient alors quelque cas dans l'équipage, ce qui, de cette façon, doit toujours arriver, le capitaine doit l'annoncer au gouverneur de l'île. Celui-ci ordonne d'expédier toutes les marchandises au Lazaret et y envoie aussi le malade dans une barque avec un matelot et le médecin du bord. On les enferme tous les trois dans un appartement particulier : tous les jours ils reçoivent deux fois la visite du médecin et du chirurgien du lazaret et on les interroge à. une distance déterminée sur l'ét-U du malade, avec toutes les précautions nécessaires. SI ce dernier se rétablit pendant la quarantaine, il est soutuis aux fumigations avec le chirurgien et le matelot qui l'ont accomp.igné; on lave leurs vêtements et alors ils peuvent retourner A bord. Mais, s'il meurt, le cadavre doit être ouvert par son compagnon de captivité^ le médecin, qui fait l'autopsie des entrailles en présence de ses deux confrères de l'administration; sur le moindre symptôme de peste, le corps est enfoui dans la chaux, les effets consumés par te feu ; les vêtements de l'opérateur et du matelot sont passés à l'eau bouillante et les instruments qui ont servi i l'autopsie sont recuits. Oi\ redouble de surveillance autour du navire et la quarantaine est à recommencer. Li Chambre qu'occupait le mort est soumise à trois désinfections successives, par la fumée des végétaux, du soufre et enfin de l'arsenic ; tous ceux qui se trouvaient au lazaret en même temps sont regardés comme suspects et doivent purger une quarantaine entière. La maladie qui a emporté le défunt n'eût-ellc aucun rapport avec la peste, le navire n'en doit pas moins recommencer sx période d'observation La police est d'une extrèaie sévérité au

dÉ^i

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