‹ Histoire du commerce français dans le Levant au XVIIe siècleChapitre 85 sur 117 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

LES ARTICLES DU COMMERCE

En parcourant la longue nomenclature des marchandises que les bâtiments français chargeaient dans les échelles ou de celles qu'ils y portaient, il semble que le commerce du Levant comprenait une grande variété d'articles, mais si l'on ne tient compte que de ceux qui donnaient lieu i un trafic de réelle importance, le nombre en était très restreint.

L'étude des échelles a déjà montré quelles étaient les exportations de chacune d'elles. On a pu remarquer que quelques produits étiient communs à la plupart ou à un certain nombre d'entre elles. Au premier rang figuraient les matières brutes destinées à l'industrie textile qui à elles seules constituaient près de la moitié de la valeur de tout ce qui venait du Levant*. Les cotons venaient en tète suivis de près par les soies, les laines étaient l'objet d'achats un peu moins importants, mais en y ajoutant les poils de chèvre d'Angora destinés à fabriquer les camelots et les laines de chevron ou poils de chameau qui servaient au même usage et s'employaient aussi dans la chapellerie, la valeur de leurs achats atteignait ou dépassait celle des cotons et des soies*. Ces trois grands produits textiles étaient charges en plus ou moins grande quantité dans toutes les échelles, bien que Smyrne fût le grand marché des soies, Seïde celui des cotons, Constantinople celui des laines. Seule, parmi les grandes échelles, l'Egypte ne vendait ni soies ni laines; on en rapportait en revanche un peu de lin . Aux produits textiles il faut ajouter les tissus : camelots d'Angora, toiles de coton et cotonines qui servaient à la confection des voiles

(i) 4,200.000 livres environ en 1700 sur 9.1 $2.000 livres. (2) Cotons 1.400.000 livres, soies 1.035.000, bourres de soies 82.000, laines 810.000, fil de chC-%Te 495.000 laines de chevron 159.000.

de navires et dont les édits prohibitifs de Pontchartrain limitèrent tnilîc, tapis enfin dont les achats ne furent jamais iniportnnts'.

D'autres matières premières employées par l'industrie liirati«tatsei venaient en assez grande quantité du Levant : les cuirs, travaillés] dans les nombreuses tanneries de Provence, étaient aciictès presque exclusivement h Alexandrie et à Constantinople, les peaux de chagrin se trouvaient aussi dans cette dernière échelle, les cordouans ou maroquins, dont le trafic très important au début du xvii' siècle était devenu presque insignifiant, étaient chargés surtout ;\ Alep*. Les cires étaient importées en petite quantité de toutes les échelles; des aclvats plus ronsidérables étaient faits à Constantinople, à Candie et i\ Smyrnc. Les noix de galle continuaient à faire l'objet d'échanges considérables à Alep et servaient en France à la teinture des draps; enfin les cendres, achetées surtout à Acre pour les fabriques de savons de Provence, complétaient la série des matières premières que l'industrie française se procurait régulièrement dans le Levant*.

Après les trois grands produits textiles, c'étaient trois denrées alimentaires qui donnaient Heu aux transactions les plus importantes dans les échelles : le café, l'huile et le blé. Le trafic ne s'en était développé qu'à la fin du xvu' siècle, car longtemps rimportation des produits alimentaires avait été rigoureusement interdite dans les échelles. Ce commerce ne fut d'ailleurs jamais complètcnicnt libre, il était plutôt toléré qu'autorisé et souvent il ne continua que gr.îce aux complaisances chèrement achetées des pachas. || présentait en outre cette particularité qu'il était spécial à certaines échelles : le café venait exclusivement d'Egypte, les huiles ctaicnt fournies presque en entier par Candie et le reste par l'Archipel et b Morée ; elles servaient en France .\ la fabrication des savons plus encore quW l'alimentation, pour laquelle les Provençaux préféraient les huiles de leur récolte. Quant aux blés l'importance doiacluts

(1) En 171X) les Français importirent pour ;i4.cxx) livres de toile» ilimwj. 110.000 livres de camelots.

(2) Ach.iis de cuirs en 1700 : 485 .000 livres (dont ;8) .000 cil Kg^ptc, lajtt à Constantinople l, chagrins 49.385 livres (dont 46.(Xxià Co(ki:iiiI.'. l.vjou 4.860 livres. M Les cordouans sont des maroquins de I.cv.irit (Parfail Xfgûciaul). — .^chat Je nurdquins .i Alcp ^out I.1 d'une valeur de 2.000 piastres. Lettre du 12 iv

(3) Le natron ou soude cmpIr>\L J.uis I.i fi! . '^ rjir. Ij de Levant, le vermillon, les qui servait aux teintures, tîmr.

LES ARTIGI.RS D rMT>01lTATI0X

variait énormément d'une année à l'autre, suivant l'insnllîsance tic la production en France, mais on les taisait dans l'Archipel et à Salonique en presque totalité. Le trafic du riz aurait eu plus d'ini-

«erdi

plusdt

portitnce si 1 exportation n en avait que pour les autres denrées alimentaires. Les fromages de Chypre, de Cindie et de Pctrache(Pairas), les raisins deCorintlie, de Damas et de Smyrnc, les pistaches d'Alep étaient les seuls autres produits des échelles qui iouaient un r<Me dans l'alimentation française'. L'ensemble de ces marchandises, matières premières employées par l'industrie et denrées, constituait environ les neuf dixièmes des achats que les Français faisaient dans le Levant. Ce n'était pas seulement par leur valeur qu'elles avaient de l'importance mais aussi par leur poids, toutes, sauf le café, étant d'un prix modique sous un petit volume. Elles alimentaient donc en grande partie la navigation du Levant qui leur devait toute son activité.

Endcliorsde ces articles de tratic, le Levant continuait cependant à fournir de nombreuses drogueries à l'Europe occidentale; la liste eu est longue, mais beaucoup ne comptaient dans les achats que pour quelques centaines de livres, ou ne figuraient pas tous les ans dans les chargements. Smyrne et Alep qui les tiraient de la Perse ou de l'Asie Mineure même, l'Egypte qui les recevait d'Arabie, étaient les trois échelles de provenance des drogueries. La rluibarbc et la scammonée, la semcncine de Smyrneetd'Atcp,leséné d'Egypte, le siorax de Chypre et de Smyrne, les gommes de diverses sortes étaient les principales*. Les parfums, comme l'encens d'Egypte, ropoponax, le musc d'.Mep, la mirrhe, le benjoin, avaient encore beaucoup moins d'importance que les drogueries. Cependant le commerce de toutes ces denrées, bien que peu considérable par sa valeur ou par le fret qu'il procurait, n'en avait pas moins son intérêt, car il fournissait.'! la consommation du royaume des produits qu'il ne recevait pas par d'autres voies et qui lui étaient nécessaires.

Quant auxépices qui fournissaient encore au commerce du Levant vers la tin du xvr siècle ses principaux articles, on en achetait encore vers le milieu du xvii' siècle h Alep et au Caire, ainsi que le montrent les nomenclatureù de marchandises du Levant données par les

(i) Voici \ii valeur des ach.us des diverses denriics en 17O0 : huiles i .250.000 livres, café 1.077. 000, ^^^ séj.oixi, riz 195.000, I'roiii.-ip;es 51.988.

(2) Achats de rhubarbe en 1700. 6}.ooolivr. — Scammonée 25. 000. — Semcncine ji.ooo. — Gommes 10.000 environ. — Storax 9.000.

TARLEAtT nU r.OMMFRCP

voyageurs de cette époque, et les mémoires dont s'est ser\'î Savarj' d;tnsson Parfait Ncgiviatil*. Mais, après 1700, aucun des documents qui duiinent la liste des produits rapportés du Levant, même de ceux qui n'en venaient que rarement*, n'en fiiit mention. Les pays du Levant en recevaient même si peu pour leur usage par les navires des indigènes de l'Inde qui venaient décharger A Moka, ou par les caravanes qui arrivaient A Alep de Bassora, que les Hollandais et les Anglais en (iiisaicnt un débit considérable dans les échelles.

Les Trançais faisaient aussi dans les éciielles un commerce que Ici statistiques de la Chambre du commerce ne nous révèlent pas, c'est celui des « curiosités du Levant. » Les lettrés, les savants, les collectionneurs ne cessèrent pendant tout le xvii' siècle d'y faire rechercher des médailles, des manuscrits et des livres anciens, des inscriptions, des fleurs ou des plantes et même des animaux exotiques. La plupart des voyageurs qui parcoururent alors le Levant, à part quelques marchands comme Taveniier et Chardin ou quelques simples curieux, étaient des chercheurs et des acheteurs de » curiosités ». Les ministres de Louis XIV, Colbert surtout, s'intéressèrent beaucoup à ces recherches, dans l'intérêt de la Bibliothèque et du Jardin du roi, ou de son Cabinet des médailles; ils envoyèrent même des niissiohs officielles dans le Levant comme celle du célèbre nuniism.itc Vaillant vers 1670, du bownistcTournefort en 1700 et du médecin Liicis en 1714. Le Hollandais Vansleb, envoyé par Colbert dans les échelles en 1671, y résida plusieurs années. « Le principal dessein du roi pour les voyages qu'il ordonne au sieur Vansleb de faire dans le I^'vant, disaient ses instructions, étant d'y rechercher et envoyer ici la plus grande quantité qu'il pourra de bons manuscrits et des médailles anciennes pour sa bibliothèque, il y apportera un soin particulier*. » M. de Monceaux, trésorier de France A Caen, qui se trouvait dans le Levant quelques années auparavant reçut pour mission de » rechercher avec le plus de soin qu'il pourrait de bons manuscrits anciens en grec, en arabe, cj^ persan et autres langues orientales excepté en hébreu parce qu'il en avait ici quantité, et les acheter pour le roi... Pour ce qui étaj^

(i) P'irjiitl AVx'on'ï"/, p. KV — ^'- FF.KMA\'tx, Théven'OT.

(2) Ainsi les turih du 20 0/0 Jressûs par ia Chambre.

(îl Lfitre de Catlcit, 17 mars rôjr. Utlr/j tl bntr. T. VU. Siipplim., p. /; — Vansleb suivit ses instructions, cir en 1671, 72, 73, il envoy.i pour U ^\'^I^~^f' tlièquc du roi 457 ouvrages. Ihid., p. />y. ^»^^^^i^

LES AnTICT.ES D IlSfPORTATlOK

sf>:

matières dont pouvaient traiter ces manuscrits, celles de la religion étaient les plus reclicrchccs, comme les traités des Pères grecs, les anciens conciles ou synodes et l'Iiistoire ecclésiastique ; après jla l'histoire séculière, la géographie, la philosophie, la médecine 'et les mathématiques'. »

Les ambassiidcurs de France A Constantinoplc suivaient Icsinstrucions des ministres autant que leur propre goût, quand, par une tradition conscn-éc jusqu'au xvni' siècle, ils s'intéressaient aux reliques de l'antiquité si nombreuses dans le Levant *. Colbcrt s'adressait môme aux consuls pour les charger de faire des recherches et des achats : D'Arvieux lui envoyait d'Alep, en 1683, « une grande caisse de très beaux manuscrits orientaux très bien choisis pour sa bibliothèque et celle du roi * », et Baron, autre consul d'Alep, lui écrivait le 23 juin t668 : « j'espérais, Monsieur, de vous régaler de qucljues curiosités de Perse et des Indes et je me fondais sur une lettre que le pèce supérieur des capucins d'Ispahan m'écrivit le mois de novembre dernier*, n ^P Colbert et Seignelay encouragèrent aussi un autre trafic moins recommandable, c'était celui des esclaves destinés au service des galères royales. Malgré les engagements formels pris lors du renouvellement de-s capitulations en 1673, les capitaines et patrons des bâtiments français continuèrent à acheter clandestinement aux corsaires chrétiens qui croisaient dans l'Archipel les prisonniers qu'ils Caisaicnt ; un postulant du consulat de la Canéc offrait même i"! Sci-

rnelay de lui fournir chaque année un nombre déterminé de galériens 1 on lui donnait cette charge *.

(f) Lettrt (/<• Colbtrt, jt> die. i66j. — Lcltrfi el Imt., t. VU. Siipph'meiil p. ^60. {2) Harlay de Sancy, Marchcville, ami du grand tl'riidit et cnlleciionncur r'ciresc, Nointcl, Guillcrapues, s'en occupèrent particulièrement, (j) D'Arvikux, t. VI, p. 55).

(4) LtttttJ et Insl. de Collvrl, l. l'il. SiippUiiunt, t>. ]S5'S^- ~ Colbcrt l'axait *^IJ outre chargé d'autres achats : « J'.ii bien du déplaisir, écrit Baron, de la mort <Jes quatre gazelles oiic j'envoyai en Alexandrcttc oour mettre sur le vaisseau du «^sipitaine Hugue. C'étaient des animaux très jolis et qui vous auraient sans

"^oute beaucoup plu Je ne me rebute point pour ce petit accident, nonobstant

^3 uc vous me témoignez de n'en p.TS sounniter davantage... Quant aux ciicvaux ^Jfabes qu'on appelle de race, ils sont ici très chers et très difficiles .1 connaître. r *ai du monde en clierche pour cela et je pourrai vous en acheter deux ou trois, t- 1 >' aura de la dilViculté ù les embarquer en .\texandrette avec ces embarras de S"*-»<ïra'dc Candie. Les .Anglais en ont envoyé d'ici â Smyme par terre, je crois X 'J*?, par là, l'embarcation est permise.... Ils en ont envoyé en Angleterre des * «îMx et des trois à la fois. »

< 5) V. L/itrfs d( Seignelay, $0 «w. s68o, 3/ mars et 14 avril 16S4, 2) fh: 1681. ■^^. 6.

L'industrie marseillaise, très active, consomniviit sur place une partie importante des marchandises qui venaient du Levant. Les manufactures analogues établies en Provence faisaient aussi une grande consommation de matières premières. Beaucoup de chargements prenaient la direction de Lyon; sur la route qui unissait les deux villes c'était un va-et-vient continuel de muletiers conduisant leurs lourdes charrettes. Toutes les soies qui ii'étaient pas travaillées .'i Marseille passaient par là, car Lyon était le marché général de cette marchandise pour toute la France et les soies ne pouvaient pénétrer dans le royaume qu'après avoir été visitées par la douane de Lyon. Mais les soies du Levant ne s'arrêtaient pas dans cette ville car l'industrie lyonnaise employait surtout celles d'Italie qui arrivaient par 1.1 route du Pont de Bcauvoisin, comme l'écrivait en 1707 l'intendant du Lyonnais à Chamillart : «1 Nos ouvriers n'emploient presque que des soies d'Italie, fort peu celles de France, l'on peut compter que celles de France ne fournissent que du 1/4

au 1/5 de ce qui s'emploie ici Il nous vient encore des soies de

Messine et du Levant mais l'on s'en sert fort peu dans nos manufactures : elles s'envoient X Tours et s'emploient pour les rubans'. » En dehors des soies on transportait A Lyon, mais en moindre quantité, des cotons filés, des toiles de coton, des laines, des plumes d'autruche, des drogues de diverses sortes, du café *. Une partie des marchandises du Levant qui avaient cette destination évitait la grande route qui suivait la v.illce du Rhône, où il fallait payer la douane de Valence et toute une série de péages, et prenait la route des Alpes à travers le Dauphiné et la Savoie pour entrer en France par le Pont de Beauvoisin, comme les marchandises qui venaient d'Italie '. Les négociants de Lyon faisaient même directetcment des achats considérables dans le Levant sans passer par

(i) Trudaint, inttndant à Lyon au contrôleur génial, if novembre 1707 Bois- LiSLE, tontf II, iî40" — Savary, Dk. col. 8jo: La manufacture de Tours consommait .niitrefois jusqu'à 2.400 balles de soie; à présent 7 ou 800 balles suffisent... Chaque balle pèse de 160 à 200 livres. » — Col. Sfn-p : « ïoutci les solo qui se lireni du Levant, de Perse, de Messine, d'Italie, d'Espagiie. etc. doivent être conduites i\ Lyon et c'est de là qu'elles sont envoyées A Paris, à Tours et dans les autres villes du royaume où il y a des manufactures de soieries. »

{2) Voir Hll, 26. Etal des ttuncliatiJius de Lmant ivnuts de ManeilU à Lyoni» t*t oclobreaii /^' dtc. 16S] : 438 balles de soies, 112 balles d'autres marclwiidisc*.

(^1 Voir l!H, 26. Etui des marclMmlists iviiues de h ville Je Marseille ftit le Pml ik Beauvoisin an bureau gènàal de la douane à Lyon, en juin 16S6 ; i\\ balles de soies, n8 balles ou caisses Je marchandises variées, dont 47 halles de cotun filé.

LES DÈBOUCJiès DES PRODUITS DU LEVANT

rintcrmédiaire des négociants MarscilUis ; « on tient, écrit Savary, qu'ils sont intéressés pour environ i . 500.000 livres par an dans le commerce du Levant*. »

Chaque année la foire de Beaucaire attirait un nombre considérable de barques de Frovencc, mais elles étaient chargées surtout du produit de la pèche des marins provençaux, de fruits du pays ou de niarchandiscs d'Italie, et elles ne transportaient que très peu de produits tirés du Levant*. Les manufactures de draps du Languedoc et du Dauphiné devaient recevoir une grande partie des laines qui venaient en si yrandc quantité .\ Marseille cependant elles employaient beaucoup de laines du pavs^. Enfin les navires ponantaisdc Saint-Malo ou de Dunkcrque qui .apportaient ;\ Marseille les morues de Terre-Neuve, les sucres et les cassonades du Brésil et des « îles d'Amérique » etlesaiiues produits des Indes occidentales, chargeaient pour leurs retours des marchandises du Levant, surtout depuis que les édits de 1685, 1692 et 1703 avaient empêché les Ponantais de se les procurer auprès des Anglais et des Hollandais. es Malouins approvisionnaient Nantes et Rouen, les Dunkerquois transportaient les matières nécessaires aux industries des Pays conquis du Nord, de l'Artois et de la Picardie. Les laines, les cotons, les fîlsde chèvre, les poils de chameau, l'alun, les gommes, les noix de j^alles, le bois de fustel, les cendres de Syrie et généralement toutes les matières employées dans les teintures, les cuirs et maroquins, le riz, ^^ étaient les principaux articles des cargaisons des Ponantais*. ^P Malgré la grande consommation de produits du Levant dans ^^ toutes les manufactures du royaume, les Marseillais en revendaient ^ des quantités considérables dans les pays étrangers, en Espagne, en

^f (i) Savary, Dkiionu., col. S>i.

I (2) V. HH. 26, une série de procès-verhaux de visites des barques se rendant

I à Beaucaire, faites à Arles par un commis envoyé par la Chambre pour faire ^^L payer le 200/0 aux marchandises du Levant qui pouvaient se trouver sur ces ^VpArquos. — 90 barques visitées en 168), j8 en 1689, 60 en 1691, 18 en 1692, ^^ 27 en 1693, 51 en 1695, 61 en 1694, etc.... Ces procès- verbaux très intéressants

qui donnent tout le détail des cargaisons des barques qui se rendaient à Beaucaire,

montrent l'importance encore considérable de celte foire.

(3) Sav<\ky. Dut. col. i/iii : « Les laines pour ces manufactures (Grenoble, Voiron, Tullins, Saint-.Marcellin, Vienne, Romans, etc.)..., sont presque toutes du pays. »

(4) L'arrêt du 22 février 1687 qui CNcmptait momentanément Dunkerque du 20 0.0 énumére ces niardiandises. — Voir aussi //, 2 : EUtt da bdlimtnts partis de MarteilU pour h Ponant de 16S0 à i6Sj. — Cf. p. 370.

Italie, en Suisse et même en Allemagne. L'Espagne surtout avait et pendant tout le xvii' siècle, l'un des débouchés les plus importants du commerce Marseillais. « 11 y a dans Marseille et sur la cote de I*rc vence, écrit Savary, plus de 80 barques qui ne font autre trafic que d'aller en Italie, en Barbarie, en Espagne porter et rapporter de marchandises et courir départ et d'autre avec une diligence incroya*

ble Ce sont proprement des postillons de mer qui ne mettent

jamais plus de deux ou trois jours de distance entre leur arrivée

leur départ Comme l'Espagne n'a point de coiTespondance dani

le Levant, les Espagnols n'tn reçoivent les marchandises que parle moyen des Marseillais qui leur envoient en droiture sur des taruoc une partie de ce qu'ils en ont apporté... principalement des toilerie bleues de diverses qualités, tant de celles d'Alep que du Cairc,j quaiuiié de laines qui viennent aussi de cette dernière ville, dont le Espagnols font des mouchoirs, des drogues pour la médecine et teinture, etc.... Le négoce le plus considérable que les Marseillais font en Esp.agne est celui de Cadix '. »> En ert'et les barques ou tarunc de Marseille firent en quatre ans, de 1680 à 1683, 675 voyages aui ports d'Espagne*, mais l'examen de leurs cargaisons semble montrvj qu'elles transportaient beaucoup moins de produits du Levant que ne l'indique Savary et que leur trafic consisiait surtout en denrées ou objets manufacturés de France.

Les voyages de Marseille en Italie étaient plus fréquents encore dans les quatre mêmes années on en compte 98S, accomplis eal grande partie par des tartanes et des bateaux plus petits. Mais leur chargements étaient composés presque en entier de produits rran»; car les vaisseaux italiens de Gènes et de Livourne, les Hollandais 1 les Anglais ou les Français, surtout les capitaines de La Gotat^j transporuient directement les marchandises du Levant eu It2lic,| Cependant des laines, des cuirs, des cotons, des dr apportées .i Marseille repassaient en Italie sur les petit? n . faisaient le cabotage entre les deux pays*.

(1) SwARY. Dit/, (-o}. 906. — V. col. 934.5J où il parle du comone Mibgd, .Micjnic, Barcelone ; il cxagùre b ruine de celle-ci ; « Ln tout peu lie commerce, dit-il, un N-aisscau Je morue de U pichc suffit. » — Cf. Itstvctùm Jt Stfuiran. p. 2.1&

(i) 187 en 1680, 174 en 1681, 191 en 1682. 13) eu ; : 1 P^tbaoti

)i A Barcelone. 22 à .\licantc, i} a lisbcmne, 14 t d^ .3.

{}) V. //, i. Sur tes 270 voyages ùHu, en 1680, le plu* gtju4 uuaùn haat

LES DlîBOUCHtS DES PRODUITS DU LEVANT 5II

Enfin la voie du Rhône servait à transporter les marchandises du Levant à Genève et de là elles étaient vendues dans toute la Suisse et dans l'Allemagne du sud'. Mais, alors comme aujourd'hui, ce marché de l'Europe centrale était disputé par trois puissances maritimes : les Génois y envoyaient leurs marchandises par le Piémont, les Hollandais par la voie du Rhin. Pour assurer l'avantage au commerce français le roi, par l'édit de septembre 1664, accorda l'exemption de tous droits pour les marchandises qui transiteraient de Marseille à Genève par la voie du Rhône. Cette liberté du transit fut révoquée par arrêt du Conseil du 2 décembre 1673, sans doute à la sollicitation des propriétaires des péages sur le Rhône, à la tête u

desquels étaient le prince de Monaco et le duc de Ventadour. Le 20 septembre 1678 ell^ fut rétablie, mais pour la Compagnie du Levant seulement ; cette fois, ce furent les Lyonnais qui protestèrent contre ce privilège, défavorable pour leur commerce, et un arrêt du 26 octobre 1680 limita le nombre des marchandises avec lesquelles la Compagnie pourrait faire le transit : les noix de galles, les ' cotons, la cire jaune, le sucre de la raffinerie de Marseille, le poivre, \ l'étain et l'anis restaient les seuls produits exempts de tous droits ; U d'autres ne devaient payer que 45 sols par quintal, d'autres enfin \\ étaient assujettis aux droits ordinaires. ;;

Cependant les Lyonnais et les péagers du Rhône renouvelèrent, Ij

chacun de leur côté, leurs réclamations et le privilège du transit fut supprimé de nouveau en 1688. La question fut alors vivement débattue devant le Conseil entre le prévôt des marchands et les échevins de Lyon, les péagers du Rhône et les intéressés de la Compagnie . du Levant. A la suite de ces contestations la liberté du transit fut rétablie en 1692 en faveur d'une Compagnie particulière, mais, quelques années après, Pontchartrain se demandait de nouveau s'il ne serait pas bon de le rendre général*. Cette question, depuis si longtemps

accomplis dans les ports de la rivière de Gênes. — 60 à Languilla (Laigueglia ? entre Oneglia et Albonga), S9 à Gênes, 25 à .San-Remo, 18 à Savonc, 51 à

Livourne, 12 à Naplcs. etc. ;

(i) Dès le xvi<: siècle des marchands des pays Rhénans venaient chercher des «

marchandises du Levant à Marseille. (V. Reg. des fnsin. de l'amirauU de Marseille, \

Arch. des Bouches-du-Rhôtie. — Mainlevée de la saisie de 180 balles d'alun qui avait |

été pratiquée à Marseille sur Israël Miquel marchand de Strasbourg et ses associés >

Nicolas Meycr et Georges Obret. 2 septembre ISSS- Registre I, fol. 31). S

(2) Voir pour cette question plusieurs mémoires des Archives de là Marine. |

B', 49Î, fol, ^)2-S>7 ■' Mémoires généraux sur le droit de transit de Marseille à Genève !

et de Genève à Marseille (sans date, mais postérieur à 1692). — B', 4(^6, fol. 4j- 1

Page 1