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Chambre offre un bracelet de 4.000 livres à M'"" de Viarmes de Pontcarré. En 1775, M"*" Parent, pour son mariage avec M. Rostagny, député de la Chambre à Paris, reçoit un bijou de 3.000 livres orné des armes de la Chambre. Pour la fiancée de M. de Saint-Didier, premier commis de la marine, en 1777, le cadeau consiste en un assortiment de diamants de 20.000 livres. Il est vrai que la Compagnie d'Afrique supporte un tiers de la dépense.
Enfin la pénurie des finances royales multiplia les avances faites pour le service du roi. Elles n'étaient auparavant que de trois sortes : achats pour la bibliothèque ou les écuries du Roi, réception des ambassades étrangères, rapatriement des soldats déserteurs (1) et matelots disgraciés. Elles grevaient peu le budget de la Chambre. En temps de guerre seulement le dernier article pouvait devenir onéreux : pour les années 1755-57 et quatre mois de 1758, le rapatriement des disgraciés coûta 250.000 livres (2). Fréquemment aussi la Chambre avait fait des avances pour la rédemption des esclaves chez les Barbaresques; en 1781, elle en lournissait au ministre un dernier état (3).
Pour la première fois, pendant la guerre de succession d'Autriche, les ministres de la marine furent réduits à demander de véritables avances d'argent pour leurs services. En 1746 et les années suivantes, l'intendant de la marine à Toulon vint plusieurs fois puiser à la caisse de la Chambre. Avec la guerre de Sept ans, les besoins du roi grandirent. D'un seul coup, le 4 octobre 1757, la Chambre délibéra de fournir 4 raillions de livres pour la marine. En outre elle contribuait pour 350.000 livres à la conslruclion et à l'armement de deux frégates. D'après une lettre du minisire, le total des avances faites au roi, de 1758 à 17()8 s'éleva à 3.(53().248 livres (4). Sans doute ces avances devaient être remboursées, mais c'était un sujet de perpétuel souci, car l'indigence du trésor royal causait toujours de longs relards. Pendant ce temps il fallait payer les intérêts des emprinils coiilraclés pour satisfaire le roi.
(1) Il est <lit (luns lus instructions A Villeneuve que le rui ne veut plus rembuùrKcr les frais du nipatrienient de ces libertins, qui re|)ni'tent nussitôt pour rétrnuKcr. HibI nul. mss, fr. 7IU>, fol. 8-U.
{'il GG., 7. Pièces diverses conceruiint le lapatricnient des inatolols et MoldatH.
(S) Pour les iinnées 1782-8I. CC, 7:1.
(4) AviiMccB et dons fuils ù lu murinc royule, 17I9-U3. CC, 71.
Les banqueioules successives du Trésor pouvaient même faire redouter des pertes. Après 1715, la Cliambre dut subir une réduction de 125.000 livres sur les avances laites à la fin du règne de Louis XIV ; de plus, elle reçut son paiement en billets d'état dont la dépréciation lui causa une nouvelle perte estimée à 145.000 livres. Dans une lettre du 3 mai 1719, elle évaluait le total de ses créance à 093.944 livres ; le paiement n'en était pas encore terminé en 1727. Les longues difficultés qu'elle éprouva après la guerre de Sept ans, pour se faire rembourser, lui causèrent de graves ennuis et faillirent même ébranler son crédit. Le versement des annuités de 500.000 livres, que le ministre aurait dû efTectuer dès 1758, fut, en effet, retardé d'année en année et terminé seulement à la fin de 1771 (1). Il arrivait même que le roi permit à la Chambre de se rembourser par la levée d'une imposition sur le commerce ; c'est dans ces conditions qu'une taxe de 1 o/o, sur les importations du Levant, fut établie par arrêt du Conseil du 4 décembre 1747. De sa toute puissante autorité, le roi transformait ainsi purement et simplement l'avance faite en don gratuit.
Des dons gratuits, la Chambre en avait elle-même volé plusieurs fois pour renforcer les escadres royales. En 1761, elle avait offert un vaisseau de 74 canons, pour la construction duquel elle fit un emprunt de 500.000 livres, et le roi avait décidé qu'il serait appelé le Marseillais. Le même don, plus généreux encore, fut renouvelé pendant la guerre d'Amérique. La Chambre mit à la disposition du ministre 1.200.000 livres pour un vaisseau de 110 canons, le Commerce de Marseille. Elle ajoutait 300.000 livres à « distribuer aux familles des matelots affligés par les accidents de la guerre (2). »
Malgré l'énormité de ces dépenses extraordinaires et d'autres qui pouvaient encore survenir, telles que le rachat du droit de Villefranche qui coûta 1.200.000 livres en 1753 et celui des offices de courtiers pour lequel il fallut fournir 2.767.139 livres en 1780 ; malgré des tribulations et des embarras passagers causés
(1) Voir à ce sujet de nombreuses lettres des ministres ou de la Chambre, BB, 51-54 et 87-88 — Arch. des Bouches-du-Khône. C. 2503 et 2504 — Cf. Arch. Nat. H. 1358.
(2) Archives des Bouches-du-Rhône, C, 2500-2501 (46 et 81 pièces). Comptabilité relative à ces deux vaisseaux — La Chambre avait devancé l'appel de Beaumarchais, qui lui avait proposé d'ouvrir une souscription en vue de fournir des vaisseaux au roi, en la priant de l'inscrire pour 100 louis en qualité d'armateur. Lettre du 28 mars 1782. BB, 308.
par la détresse du trésor royal, la Chambre sut toujours garantir ses finances du désordre et des expédients par la solidité de son crédit. Tandis que le roi avait fixé à 5 o/o l'intérêt légal, elle trouva facilement à emprunter à 4 o/o jusqu'à la guerre de Sept ans. Les placements sur sa caisse étaient recherchés par les capitalistes de la province, par ceux de Paris et de la cour. En 1754, un M. Accaron demande, de Versailles, la faveur de mettre 80.000 livres dans l'emprunt qu'elle va émettre ; elle ne peut lui accorder que 60.000 livres. La confiance des prêteurs était justifiée par la facilité avec laquelle ses finances se relevaient après les moments de crise. En temps ordinaire les excédents de recettes étaient importants et permettaient de rembourser rapidement les emprunts.
Après la paix de 1783, la Chambre voyait arriver le moment où toutes ses dettes, y compris l'emprunt extraordinaire des courtiers, allaient être éteintes. Le droit de consulat pourrait bientôt être réduit à une très faible quotité. Avec « la masse des autres recettes, il suffirait non seulement au service mais à faire des choses utiles. » Le crédit de la Chambre qui avait momentanément fléchi, puisqu'en 1759 elle avait dû élever à 5 o/o l'intérêt de ses emprunts, était redevenu aussi solide qu'auparavent, ce qui lui permit de convertir le reliquat de sa dette en 4 o/o en 1785. En effet, chacune des années suivantes, elle pouvait rembourser plus de 300.000 livres. En 1790, elle proposait de réduire d'un tiers le droit de consulat, à cause de la situation prospère de sa caisse. L'ancien régime finissait pour elle sous les plus heureux auspices.
Sans doute, les impositions qui alimentaient le budget de la Chambre pesaient lourdement sur le commerce, mais il ne faut pas oublier que la régularité de son administration et la solidité de son crédit lui assurèrent une sécurité inconnue au xvii' siècle. Elles prévinrent dans les échelles le retour des désordres et des expédients financiers désastreux qui avaient en partie causé sa ruine avant Colbert. Le crédit de la Chambre contribuait même à raff*ermir celui de la place de Marseille. On le vit bien en 1774, quand les mauvaises spéculations de la caisse des courtiers y suscitèrent un énorme krach financier. L'intervention de la Chambre atténua la crise et rétablit rapidement le cours normal des affaires. (1)
(1) Voir ci-denNuUN clinpltrc 7. — Kn dcliors des documents d(}J(\ citfs en note, voir pour rtilstoirc financière de la Cliainlire toute sa comptabilité en-