‹ Histoire du commerce français dans le Levant au XVIIIe siècleChapitre 13 sur 46 · LES TRANSFORMATIONS DE LA CHAMBRE · texte numérisé non relu

LES TRANSFORMATIONS DE LA CHAMBRE

bres, un échevin président et huit députés ; ceux-ci étaient répartis en quatre départements. « S. M., écrivait la Chambre à

Sarline au reçu de cette ordonnance, a trouvé convenable de

prévenir les inconvénients inévitables que les Assemblées trop nombreuses présentent dans la discussion des affaires. » Dans ce règlement de 1779, comme dans celui de 1703, on trouve l'intention évidente d'assujettir davantage la Chambre. En elïet, le roi se réservait la nomination de l'archivaire et augmentait, en y insistant, l'imporlance de ses fonctions ; il devait aussi sanctionner le choix du trésorier. A deux reprises, on avait vu ceux-ci, dérangés tout à coup dans leurs affaires, manquer à leurs engagements ; l'un d'eux même avait été momentanément enfermé au fort Saint-Jean, mais leurs familles les avaient aidés à rembourser les sommes qui manquaient à leurs caisses. Désormais, avec une Chambre réduite à neuf membres, au lieu de seize, surveillée et dirigée par un président et un archivaire à la nomination du roi, le ministre pouvait se flatter de ne plus redouter l'ancien esprit d'indépendance et de diriger à son gré les travaux de l'Assemblée.

Les deux réorganisations de 1751 et de 1779 avaient encore eu pour résultat, sinon pour but, de rendre la Chambre indépendante de la municipalité. Chose curieuse, bien que les membres de la Chambre fussent élus par le Conseil de ville, bien qu'elle se recrutât parmi les familles qui fournissaient à la ville ses échevins, bien que ceux-ci eussent auparavant rempli les fonctions de députés du commerce, une jalousie latente avait toujours existé entre les deux corps. Elle devint plus vive quand les nobles, après avoir été exclus depuis 1660 des tondions d'échevins, furent remis en possession de la première magistrature municipale. Ils avaient échoué une première fois, en 1716, grâce à l'opposition énergique de la Chambre. La réaction, tentée à la Cour par les grands seigneurs contre le gouvernement roturier de Louis XIV, avait eu son contrecoup à Marseille ; les 185 nobles de la ville avaient envoyé une députation au Régent pour demander que le premier chaperon d'échevin leur fût réservé comme autrefois. La Chambre avait, de son côté, dépéché en diligence un député et réussi à faire maintenir l'exclusion des nobles décidée par Mazarin en 1660. Elle avait très justement et

autorité isolée rompt la chaîne qui lie toutes les parties Ce serait sacrifier l'intérêt de l'Ktat que d'isoler le commerce du Levant de celui de tout le royaume. »

fort habilement contesté leur nombre : d'après le catalogue arrêté le 20 juillet 1682 par les commissaires délégués pour la vérification des titres de noblesse, les familles nobles de Marseille s'étaient trouvées réduites à 80.

La Chambre fut moins heureuse dans son opposition quand, en 1758, les nobles dépêchèrent à Paris M. de Beausset pour solliciter de nouveau le premier chaperon. Elle eut beau rédiger mémoires sur mémoires, les faire appuyer par les protecteurs puissants qu'elle savait toujours se ménagera la Cour, la constitution de Marseille fut changée en 1766 (1). Le Conseil de ville comprit dès lors des représentants de la noblesse, du barreau et d'autres catégories de citoyens étrangers au négoce, si bien qu'avant 1779 le Conseil de ville et la Chambre étaient déjà devenus bien étrangers l'un à l'autre et leur séparation avait été rendue nécessaire.

Déjà, après la réforme de 1751, l'indépendance de la Chambre vis-à-vis de la municipalité avait été plus grande. Les quatre échevins se trouvaient dans les délibérations en présence de douze membres ayant un rang égal, tandis qu'auparavant ils n'avaient guère à compter qu'avec les quatre députés. Après 1779, le seul échevin qui restait membre de la Chambre ne pouvait guère espérer jouer un rôle prépondérant. De plus, le Conseil de ville perdit la nomination des députés dont le recrutement fut désormais assuré par la cooptation. Dans la première assemblée de décembre, la Chambre devait procéder à l'élection de deux nouveaux membres, pour remplacer les deux députés qui sortaient annuellement de charge. Ainsi, sauf la présence à sa tête d'un échevin, d'ailleurs négociant, elle formait désormais un corps absolument séparé de la municipalité. La scission préparée en 1599, par réleclion des premiers députés du commerce, n'était devenue complète qu'après deux siècles.

Cette situation nouvelle explique de curieuses querelles de préséance, renouvelées à plusieurs reprises de 1774 à 1785, à

(1) Kn dehors de la corresi)oiidancc (lettres de 1716, 1758-1760), \'o\v Mémoire de la Chambre pour répondre aux mémoires de la noblesse non commerçante de Marseille ; — Adresse au roi, 17.'>9 ; — Précis contre la noblesse,

1760; H, 3.3. — Hdit de mars 1707 et lettres patentes de septembre \H\6. II, 29 cl 34. — Par une coïncidenco curieuse In Chambre, ft ce moment m<?me, oflralt de prt'tfr secours à In ville qui venait de s'imposer de lourds sacrifices en prenant à sa charge les dettes de l'Hi^tel-Dicu. Lv duc de l'rnslin lui refusa absolument l'autorisation. Ultrei du 4 août 1766 et IS) janv. 1767. BB, 88 et 52.

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