‹ Histoire du commerce françaiseChapitre 10 sur 64 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Des institutions favorables au développement du

De 1100 à 1500 le système politique du moyen âge décline peu à peu et finit par disparaître. La noblesse militaire et l’Église, seules maîtresses jusque alors par la possession de la terre et par l’autorité morale, voient s’élever deux puissances rivales en face d’elles, la Royauté et les communes. En même temps les Croisades, rétablissant l’ancienne communication entre l’Europe et l’Asie, ouvrent les voies au commerce extérieur.

La Royauté. — La royauté des Capétiens n’est pendant plus d’-un siècle (987-1108) qu’une souveraineté féodale enfermée dans le duché de France. Mais avec Louis VI elle s’affermit et devient une puissance publique. Les rois font d’abord la police dans leur domaine direct, châtiant les seigneurs brigands et rasant leurs forLeresses. Ils font ensuite reconnaître

leur suzeraineté en Normandie, en Flandre, en Auvergne, en Champagne et jusqu’en Guyenne ; on s’aperçnt , dit Suger, que les rois ont les bras longs. Ils protègent contre l’oppression féodale le peuple des villes et des campagnes ; ils s’associent pour une part, médiocre il est.vrai, au grand mouvement des Communes.

Les Communes ; les corporations. — L'établissement des Communes est l’événement politique le plus considérable du XIIe siècle et l’un des plus importants de notre histoire. Leur origine et la nature de leur institution ne sont pas les mêmes par toute la France. L’invasion germanique s’était beaucoup moins appesantie sur le midi : les villes conservèrent une partie de leurs institutions civiles et politiques, et leur population presque toute romaine. On retrouve dans les rares monuments de cette ppoque les noms de curies, de défenseurs de la cité, et des traces des anciennes corporations à côté des droits féodaux dans les grandes villes méridionales. Aussi n’est-on pas surpris de rencontrer au XIIe siècle des Capitouls à Toulouse, des Jurais à Bordeaux, des Consuls à Nîmes, Arles, Montpellier, Narbonne et Marseille, exerçant l’autorité municipale dans toute sa plénitude.

Dans le nord, où toute liberté avait disparu avec les invasions et l’oppression féodale, il fallut la réconquérir. Le Mans ('1072), Cambrai (1076), Beauvais (1099) donnent l’exemple de l’insurrection ou

des transactions avec les seigneurs. Cet exemple est imité au siècle suivant par les villes de la Somme, de l'Oise, de l’Yonne, de la Marne et de la Seine, Noyon, Saint-Quentin, Laon, Amiens, Soissons, Corbie, Reims, Sens, Vezelay, Étampes, Rouen et les grandes villes de Flandre. La Charte de Commune ou Institution de paix , variable dans ses formes, assure partout les mêmes avantages aux individus et à la communauté. Les bourgeois sont libres de leurs personnes : ils ne paient plus que des redevances fixes et annuelles au lieu d’être taillables et corvéables à merci, c’est-à-dire au caprice du seigneur. La Commune s'administre elle-même : elle nomme librement son maire, ses échevins et ses conseillers ; elle a ses armoiries et son sceau comme le seigneur, sa milice communale à opposer aux hommes d'armes du châtelain, son hôtel-de-ville et sa tour surmontée d’un beffroi en face du châtéau et du donjon seigneurial ; elle rend lajustice par ses pairs, comme le noble dans sa cour féodale ou le clergé dans ses tribunaux ecclésiastiques.

Louis VI a été surnommé bien à tort le père des Communes. Les rois du XIIe siècle se gardèrent bien d’établir un pouvoir' rival du leur dans les villes de leur domaine ; quand Orléans voulut s’ériger en commune, Louis VII lit pendre les chefs du soulèvement. Lorsque Louis VI sanctionne des chartes communales dans les domaines de ses vassaux,. c’est moins par esprit politique que par avidité, comme

on le voil dans l’histoire célèbre de la commune de Laon1. Les bourgeois lui offraient 400 livres, l’évêque lui en promettait 700 ; il abolit la commune.

L’autorité communale, en assurant aux bourgeois une liberté et une sécurité relatives, ranima le commerce et l’industrie. Les corporations ouvrières, quoique singulièrement affaiblies, avaient persisté dans quelques villes; elles se relevèrent vigoureusement .dans les autres avec les Communes qu’elles précédèrent souvent, qu’elles soutinrent toujours avec énergie. Ainsi naquit ia bourgeoisie française , c’est-à-dire la classe commerçante et industrielle.

Les Croisades. — Le réveil de l’esprit politique coïncide avec ce merveilleux élan de l’enthousiasme religieux et de l’ardeur militaire qu’on appelle les Croisades. Elles arrachèrent le mond% féodal à son isolement, mêlèrent musulmans et chrétiens, portèrent en Syrie et à Constantinople la langue, les institutions et la renommée de la France, si bien qu’après tant de siècles le nom de Francs désigne encore en Orient tous les Européens ; enfin elles rouvrirent les voies de ce grand commerce maritime qui avait fait, pendant 2000 ans, de la Méditerranée le lien entre l’Europe, l’Afrique et l’Asie.

L’Italie, plus largement pourvue de côtes et mieux placée que la France au centre de la Méditerranée sur le chemin direct des' Croisades, profita la pre-

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