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CHAPITRE TROISIÈME

Le COMMERCE DE LA FRANCE JUSQU’AUX CROISADES

Du V° au XVe siècle s’étend celte triste partie de l’histoire universelle qu’on appelle le Moyen âge. Mais cet espace de onze siècles se divise dans l’his-

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toire du commerce, comme dans les événements politiques, en deux périodes bien différentes. De 400 à 1100, le- commerce est presque anéanti par les invasions et l’isolement féodal. De llbO à 1500, la société régulièrement constituée n’a plus à craindre les bouleversements ; en même temps le grand mouvement des Croisades, l’établissement d’une forte autorité publique dans la main des rois et l’institution des communes relèvent le commerce au dedans et au dehors.

Les Invasions. — Si les sujets de l’empire Romain appelaient les Barbares, ils ne savaient pas quels fléaux ils déchaînaient sur leur patrie. Les Germains, contenus par Rome depuis cinq siècles au delà du Rhin et du Danube, ne vivaient que pour la chasse et la guerre : méprisant le travail, ils ne connaissaient de l’industrie que la fabrication d’étoffes grossières, et du commerce que l’usage d’acheter aux marchands étrangers les objets de première nécessité. Ils devinrent les plus cruels des maîtres, lorsque, en 406, ils eurent envahi la Gaule. Alains, Suèves et Vandales, Bourguignons et Wisigoths, Huns d'Attila passent comme des ouragans, ne laissant après eux que des ruines. Si les Francs, de Clovis s’emparent de presque toute la Gaule devenue la France, la condition du pays n’en est pas meilleure. Dans les guerres des fils de Clovis et de Clotaire, les villes sont brûlées, les ponts détruits, les routes détériorées. La reine d’Auslrasie, Brunehaut, es! demeurée célèbre

pour en avoir restauré quelques-unes c|ui portent encore son nom dans le nord de la France'.

État du commerce. Efforts de Dagobert et de Charlemagne : les foires. — Que pouvait devenir le commerce, dont la condition première est la sécurité publique? L’industrie n’est plus qu’un travail domestique accompli par des troupes d’hommes et de femmes condamnés au servage dans les domaines du roi, des seigneurs francs et des abbayes. Des péages innombrables, sans autre raison que l’avidité des possesseurs du sol, arrêtent les marchands sur les routes et sur les fleuves. On le voit par la mesure même que prend Dagobert pour attirer le commerce aux environs de Paris. Il établit en 629 une foire dans la plaine Saint-Denis ; c’est la célèbre foire de rindict ou du Lendit, ouverte pendant un mois à partir du 9 octobre. Mais les marchands devaient acquitter jusqu’à quinze péages concédés à l’abbaye de Saint-Denis : droit de navigation, de port et de débarquement, de péage sous les ponts ; droit sur les bêtes de somme, sur les voitures ; droit de passage aux portes des villes, droit pour la réparation des chemins, etc. Quel bénéfice pouvait rester au négociant, et à quel taux exorbitant devait-il vendre ses marchandises !

Le commerce par mer semble avoir abandonné lë port autrefois si fréquenté de Boulogne. Car le diplôme de Dagobert nous apprend que les marchands du nord (Anglo-Saxons) venaient à Rouen et à Quen-

tovich (le bourg de la Canche à l’embouchure de cette rivière, aujourd’hui détruit, carte S) acheter des vins, du miel et de la garance. Quant au commerce par terre, il prend une allure belliqueuse.

Carte 5. — Commerce sous les Romains et sous Charlemagne entre la Gaule et la Grande-Bretagne.

(État ancien du rivage d’après E. Desjardins.)

C’est par caravanes escortées de gens de guerre, comme aujourd’hui dans les déserts de l'Asie centrale et du Sahara, que les marchands s’aventurent outre Rhin pour descendre par le Danube à Constantinople.Un Franc, nommé Samo, arrivant en Bohême

avec ses compagnons, prit la défense des habitants contre les Awares, battit ces derniers et fut en récompense proclamé roi du pays.

Il semble que le gouvernement énergique de Charlemagne ait dû être favorable au commerce. On trouve en effet dans ses Capitulaires des prescriptions excellentes, mais peu observées. Ainsi il poursuit les monnaies fausses et veut substituer aux pièces locales une monnaie unique fabriquée dans son palais ; mais il avoue dans l’acte même que, depuis trois ans, il renouvelle cette défense et qu’on fait de la fausse monnaie dans beaucoup d’endroits contrairement à son édit. Il veut conserver seulement les péages anciens et équitables perçus au passage des ponts, sur la navigation et les marchés, abolissant tous ceux qui ne rendent aucun service aux voyageurs, entre autres l’usage singulier de tendre des câbles sur les routes; mais il nous apprend qu’il a très fréquemment fait les mêmes injonctions. Les abus étaient plus forts que sa volonté.

Il fit restaurer les ponts anciens et en construisit un à Mayence ; il voulut même creuser un canal entre le Mayn et le Danube. Pour développer le commerce à l’orient, il fixa les marchés où l’on pourrait trafiquer avec les Slaves et les Awares, à Bardenwich (près Hambourg), Magdeboilrg, Erfurth, Bamberg, Ratisbonne et Lorch sur le chemin de Constantinople (carte 6). Le trafic maritime avec la Grande-Bretagne semble relativement prospère.

Charlemagne restaura l’ancien phare romain de Boulogne, y rétablit une flotte de guerre et créa des stations navales aux embouchures des fleuves du nord contre les pirates. Il écrivit, en 796, au roi des Anglo-Saxons, Offa, pour assurer de sa protection

Carte 6. — Marcjiés pour le commerce de l’Orient sous Charlemagne.

les marchands Anglais en France. Leur port d’arrivée est toujours Quenlovich d’où le fisc tirait de grands revenus ; Charlemagne y établit un atelier monétaire.

La Féodalité. — Mais ses longues guerres avaient presque épuisé la race des hommes libres. Les luttes

de Louis le Débonnaire contre ses fils, la terrible bataille de Fontanet, où périrent plus de cent mille guerriers, laissèrent de nouveau le pays exposé aux invasions pendant plus d’un siècle. Normands, Sarrasins et Hongrois coururent la France. Si elle ne subit pas un bouleversement pareil à celui du Ve siècle, elle le dut au système féodal. Adéfaut de l’autorité publique impuissante dans la main des rois, les ducs et les comtes établissent dans chaque province un centre de résistance ; ils se font les défenseurs héréditaires du sol. Les ducs de France, de Bourgogne et de Guyenne, les comtes de Flandre, de Champagne et de Toulouse et les vassaux inférieurs chassent peu à peu les nouveaux barbares. • Charles le Simple, en concédant à Rollon le duché de Normandie (912), créa la plus énergique des dynasties féodales, celle dont les entreprises illustreront la France pendant deux siècles.

Mais ce salut du pays est acheté au prix d’une terrible oppression. Tout est constitué en fief. Le seigneur, maître de la terre et des hommes, les accable de redevances et de corvées ; il établit un marché sur sa terre pour se faire des revenus ; il construit un moulin banal, un four banal où le serf est obligé de venir moudre son blé et cuire son pain. Les péages se multiplient sur toutes les routes, aux ponts, aux passages des rivières. Comment y aurait-il place pour l’industrie et le travail libre? Cet état de choses dura jusqu’au commencement du XIIe siècle

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