CHAPITRE QUATRIÈME
COM MERCK DE LA CHAMPAGNE. TrOYES ET PROVINS.
N attire du sol et du commerce. — Quand on passe des riches vallées de la Garonne ou des rivages de la Méditerranée aux plateaux et aux plaines sèches du nord-est de la France, le commerce change de nature comme le sol lui-même. La Champagne n’offre presque partout (sauf dans la Rrie, sa partie occidentale) qu’une plaine crayeuse portant de maigres moissons de seigle, coupée de coteaux chargés de vignobles, et limitée à l’est par les plateaux de Langres, de l’Argonne et des Ardennes qui renferment de bons pâturages ave£ de vastes forêts, des mines de fer et des carrières d’ardoises. Mais sur ce sol peu fertile se pressait une population déjà considérable, tâchant de suppléer par les travaux de l’industrie à ce que lui refusait la terre. Sillonnée de nombreux cours d’eau, la Seine et ses affluents, Aube, Marne, 0ise et Aisne, séparée seulement par de faibles hauteurs de la vallée de la Saône, la Champagne était comme le lien des deux grandes parties de la France. Par la direction de ses rivières, elle conduisait les produits du midi vers le grand centre de Paris et lés cités populeuses de la Flandre. Province frontière
jusqu'au XVII' siècle, elle servait aussi de passage au commerce français vers le Rhin et l’Allemagne occidentale.
Pour nourrir sa population, la Champagne devait se livrer aux travaux de l’industrie et attirer chez elle les commerçants étrangers. De là le double caractère
du commerce de la Champagne : la fabrication des lainages etl’institulion des foires.
Institutions favorables au commerce. — Les foires du moyen âge sontliéesaux institutions religieuses, * comme les caravanes commerciales font partie des pèlerinages en Orient. C’est pour attirer un plus grand nombre de fidèles à Saint-Denis que Dagobert avait institué en 629 la foire de l’Indict. Or quelle province plus ecclésiastique que cette Champagne avec ses puissants évêchés de Reims, Chàlons, Troyes, Langres, Sens et Auxerre, et l’abbaye de Clairvaux fondée par saint Bernard? Joignez-y les importantes’ communes établies dans ces mêmes villes, l’esprit conciliant et médiocrement aristocratique de cette province. Nulle part les roturiers ne sont plus rapprochés de la noblesse ; les enfants nés de pères roturiers et de mères nobles sont nobles ; la coutume de Troyes permet aux nobles de faire le commerce sans déroger.
Les comtes de Champagne font extraire le fer et la tourbe, défricher le sol et planter des vignes dont ils vendent les produits. Thibault le Grand fait diviser la Seine à Troyes en canaux nombreux pour développer l’industrie de la teinture, et il accorde les plus grands privilèges au commerce, surtout à celui de )a laine.
Foires de Champagne *. — Les six grandes foires