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Voir P. Bourquelot : Les Foires de Champagne

de Champagne se tenaient, dès le commencement du XIIe siècle, à Lagny , Bar-sur- Aube , Provins et Troyes. Celle de Lagny durait du 2 janvier au lundi avant la mi-carême ; celle de Bar s’ouvrait le lendemain ; la première foire de Provins, le mardi avant l’Ascension et pendant quarante-six jours; la première foire de Troyes, du 15 juillet au 14 septembre ; la deuxième de Provins, dite de saint Àyoul, du 14 septembre à La Toussaint; la deuxième de Troyes, depuis La Toussaint jusqu’à Noël. C’était une sorte d’exposition permanente où paraissaient tous les produits de chaque partie de la province. Aussi ces foires étaient-elles renommées en France et dans toute l'Europe par les avantages qu’elles offraient au commerce. Les comtes de Champagne ne garantissaient pas seulement la sûreté des personnes et des biens dans les pays de leur obéissance ; ils la faisaient assurer en Flandre et en France aux marchands qui se rendaient aux foires de Champagne. Certaines denrées étaient exemptes d’impôts; les autres ne payaient qu’un droit fixe et peu considérable. Des sergents de jour et de nuit exerçaient une police vigoureuse : un chancelier et des notaires veillaient à l’exécution des contrats.

Il existait aussi des foires moins importantes durant seulement quelques jours, à Bar-sur-Seine» Châlôns, Château-Thierry, La Ferlé-Gaucher, Langres, Nogent-sur-Seine, Reims, Sézanne, Tonnerre et Yitry.

Marchandises vendues aux foires de Champagne. — Au premier rang se plaçaient les draps. Les laines médiocres du pays étaient mélangées aux belles laines d’Angleterre et d’Espagne. Aussi la Champagne était-elle un des plus grands marchés de laine de l’Europe. La principale ville drapière, Provins, comptait en 1280 3,000 métiers, et fabriquait par an 60,000 pièces de 1,200.000 aunes.

On distinguait plusieurs étoffes: Y es tan fort, drap de forte laine ; le biffe , clair et léger ; les draps plains ou unis ; les draps rayés, blancs et violets ; les écarlates, teints au kermès ou à la garance ; les pers, teints en bleu foncé par les guèdes ou pastels renommés de la Provence, de la Guyenne et d’Amiens ; la brunette, étoffe fine pour chaussures ; les tiretaines, drap grossier en laine et fil ; les bureaux ou bure, pour les pauvres. A Bar-sur-Aube on fabriquait des futaines ; à Reims, des tapis renommés, des serges, des étamines.

Après les draps, on vendait les cuirs. Provins en était le principal marché, débitant le cordouan ou cuir de Cordoue, le cuir gris de Rouen, les peaux de mouton, chevreau, lapin et lièvre, écureuil, loir, hermine, fouine, loutre, chat, putois et loup. Troyes était, grâce aux canaux de la Seine, la plus célèbre par ses tanneries ; venaient ensuite Provins et Cpulommiers.

On pouvait acheter aussi des toiles de fil fabriquées à Reims et à Troyes, et, depuis 1349, des co-

tons venus d’Orient et distingués en cotons filés et en cotons en laine ; on en faisait des matelas, des couvertures, des courtes-pointes.

Les vins, moins renommés qu’aujourd’hui, étaient ceux de Chablis, d’Épernay, de dictions et de Provins, vendus avec les crûs de Bourgogne, Auxerre, Joigny, Beaune et les vins d’Auvergne.

Relations avec la France. — Les marchands du Nord et du Midi se rencontraient aux foires de Champagne. Les seconds étaient réunis en corporations commerciales avec un chef pour les représenter ; on trouve un capitaine des marchands de Montpellier, de Narbonne, de Marseille, de Toulouse, de Saint-Flour et de Limoges. Le trafic avec le Nord était plus considérable, surtout avec les Flamands qui venaient chercher les épices, l’alun et la garance en échange des laines anglaises, de leurs chevaux, ânes, bœufs et porcs. Leur association s’appelait la Hanse de Londres, nom pris par dix-neuf villes des Pays-Bas et de Picardie, à cause de leurs relations avec lLYngleterre pour le commerce des laines. C’étaient : Bruges, Ypres, Lille, Cambrai, Douai, Tournai, Huy, Gand, Valenciennes, Bailleul, Poperinghe, Orchies, Arras, Saint-Omer, Saint-Quentin, Péronne, Montreuil, Amiens et Abbeville : plus tard on en compta vingt-neuf et même cinquante, entre autres Paris et les grandes villes drapières de Normandie, Rouen, Caen, Bernay et Louviers.

Relations avec les étrangers. — Les plus nom-

breux étaient les Italien^. On trouve aux foires de Lagny en 1278 jusqu’à vingt-trois consuls de marchands lombards et toscans, venus de Florence, Gênes, Lucques, Milan, Sienne, Venise et Naples.

Ils apportaient les épices du Levant, poivre, muscade, cannelle, gingembre, girofle, pelleteries et les produits de leur pays, safran, garance, alun, cuirs, laines, étoffes de soie, d’or et d’argent. Ils prenaient en échange les toiles et les couvertures de Provins, estimées jusqu’à Constantinople. Ils suivaient deux routes: celle de mer et des vallées par. Aigues-Mortes, Lyon et Dijon : celle de terre par le Piémont, le mont Cenis ou le petit Saint-Bernard à Genève, Pontarlier, Salins, Dole et Gevrei ; par cette route, les marchandises arrivaient en trentecinq jours seulement aux foires de Champagne. Pour défendre leurs privilèges et juger des contestations entre eux, les marchands italiens choisissaient un chef unique; on trouve en 1397 un Albert de Médicis qualifié capitaine et recteur de la totalité des marchands d'Italie.

Venaient ensuite, en moins grand nombre, des Espagnols de Galice, de Navarre et d’Aragon ; des Anglais et des Écossais qui achetaient des draps; des Allemands vendeurs de toiles et de pelleteries.

Poids et mesures; monnaies et crédit. — On trouvait aux foires de Champagne une grande variété de poids et mesures. Parmi celles-ci : le muid

(= 16 hectolitres) divisé en 12 setiers, et le setier en mines ou minots; au-dessous, le boisseau (= 1/3 du muid), le quarteron, le litre , le litron; pour les bois, la corde ; pour les liquides, le tonneau (= 4 muids), le fût, la pinte, la chopine. Les mesures de longueur étaient : la toise (= lm, 949), le pied divisé en 10 pouces, et surtout l’aune de Provins la plus usitée ; l’étalon conservé à Provins égale lm 189.

Les monnaies n’étaient pas moins nombreuses. D’abord les pièces locales, c’est-à-dire la monnaie des comtes de Champagne, frappée à Troyes, Châlons, Reims, Sens, Langres, surtout à Provins (la plus célèbre et la plus usitée). La livre de Provins se divisait en douze sous et chaque sou en' douze deniers. Dès le XII0 siècle elle était répandue dans toute la France, jusqu’à ce que saint Louis en 1261 en interdit l’emploi dans ses domaines et prescrivit l’usage général de la monnaie royale. Par suite des relations avec les Italiens, on l’imita à Rome sous le nom de Provinois du Sénat. Parmi les monnaies, étrangères, avaient cours le sterling anglais en argent, le besant d’or de Constantinople, et les deux monnaies royales de France, la livre tournois et la livre parisis, celle-ci plus forte d’un cinquième que la première.

L’usage de tant de monnaies différentes amena l’institution des changeurs , tenant boutique avec leurs tables et leurs balances, k cette première in-

dustrie, ils joignirent bientôt la Banque. Le prêt à intérêt, défendu par l’Église qui le confondait avec l’usure, fut permis par le pouvoir royal. En 1311, Philippe le Bel le fixa à 20 0/q pour le commerce en général et l’abaissa à 13 0/0 pour les foires de Champagne. Les banquiers étaient des Lombards, des Cahorsins des Juifs. On appelait Lombards les banquiers italiens en général, originaires de Gênes, Milan et Florence. Les Cahorsins étaient les marchands de Cahors, devenus importants au XIIe siècle par la bonne monnaie d’or frappée dans leur ville, et aussi parce qu’ils devinrent, concurremment avec les Florentins, les banquiers des papes d’Avignon, dont plusieurs étaient nés à Cahors.

Les Juifs, aussi protégés en Champagne qu’à Montpellier, étaient nombreux à Troyes, Bar-sur- Aube et Provins. On n’a pu décider encore si c’est à eux ou aux Italiens qu’il faut attribuer l'invention d’un précieux instrument de crédit, la lettre de change ; on la trouve en circulation au XIVe siècle.

Décadence du commerce de la Champagne. — Réuni à la couronne dès 1283 par le mariage de Philippe le Bel avec Jeanne de Champagne , le comté fut ménagé par ce prince et ses fils à cause des revenus qu’ils tiraient des foires. Mais le gouvernement des Valois fut la ruine du commerce. L’élévation des impôts, l’altération des monnaies, les ravages des Anglais, des Navarrais et de la Jacquerie, les guerres civiles des Armagnacs et des Bourgui-

gnons, dont la Champagne fut un des principaux théâtres par sa position intermédiaire entre Paris et la Bourgogne, écrasèrent ce pays. Dans sa capitale même, àTroyes, fut signé en 1420 le honteux traité qui semblait consacrer la perte de l’indépendance nationale. De 300 ouvriers et apprentis cordonniers qu’avait eus Troyes, il n’en restait pas dix à cette époque ; à Provins, 30 métiers de draps en activité au lieu de 3,200. Le commerce champenois se releva dans la seconde moitié du XVe siècle ; mais il ne reprit jamais l’importance exceptionnelle qu'il dut à ses célèbres foires. Si Reims et Troyes sont encore' de grandes cités commerçantes et industrielles, qui croirait, eh voyant aujourd’hui Bar et Lagny, qu’elles ont disputé à ces villes le premier rang dans l’activité commerciale ?

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