‹ Histoire du commerce françaiseChapitre 21 sur 64 · écus pour la guerre · texte numérisé non relu

écus pour la guerre

La commission chargée de le juger était composée' de ses débiteurs et de ses ennemis déclarés. 11 fut accusé d’avoir vendu des armes aux Sarrasins, commerce défendu d’abord par l’Église, mais autorisé ensuite par les papes au moyen de licences devenues pour la cour de Rome une source de revenus ; d’avoir transporté chez les infidèles des monnaies et objets d’or et d’argent, comme si l’on pouvait faire

autrement le commerce ; d'avoir commis des exactions dans le Languedoc, lui qui recevait des gratifications des États pour services rendus à la province ; d’avoir fabriqué des monnaies fausses, quand il en avait relevé et maintenu le titre. On lui refusa de se faire assister par un conseil; on le traîna pendant deux ans de prison en prison, à Taillebourg, à Lusignan, à Maillé, à Tours, à Poitiers ; on le mit à la torture! En vain les évêques de France., le- pape luimême intercédèrent en sa faveur ; il fut condamné le 29 mai 1453 à la peine de mort,! Charles VII voulut bién-la commuer en celle du bannissement perpétuel, quand il aurait subi l’infamie de faire amende honorable. Tous les biens de Jacques Cœur, dit le roi à la fin de l’arrêt, sont confisqués envers nous !

On s’empressa de les vendre et de se les partager. Dès le 19 juin, tout ce qu’il possédait à Tours, draps d’or, d’argent et de laine, pelleteries, joyaux, vaisselle, toiles et tissus, fut livré aux enchères; il en fut de même de ses marchandises et biens meubles à Paris, Poitiers, Lyon, Montpellier. Ses enfants qui réclamaient la moitié des biens comme héritiers de leur mère, morte pendantle procès, furent déboutés de leur demande. Les terres furent données ou vendues pour des prix dérisoires aux courtisans et à la maîtresse de Charles YII.

Cependant le roi, aggravant la sentence, retint Jacques Cœur pendant trois ans en prison. Il parvint

à se sauver, s’enfuit d’abord à Marseille, ensuite à Pise. Charles YII n’eut pas honte de le réclamer avec menace au comte de Provence, et aux Florentins. Il ne trouva d’asile sûr qu’à Rome, où le pape Nicolas V l’accueillit avec honneur. Son successeur Calixte III, voulant faire une croisade contre les Turcs, maîtres de Constantinople depuis 1453, arma 16 galères dont il donna le commandement à Jacques Cœur ; mais à peine arrivé à Chio, il mourut le 25 novembre 1456. Charles YII voulut hien alors rendre à ses fils quelques-uns des biens non encore vendus. Son procès fut révisé et sa mémoire réhabilitée par Louis XI.

Le commerce sous Louis XI. — Ce prince est une exception dans la maison de Yaiois. Ennemi de la noblesse dont il voulait abattre la puissance, il s’entoure de petites gens, étend les privilèges des villes, ne craint pas d’armer les corps de métiers de Paris, les bouchers mêmes, mais à condition d’un dévouement absolu à sa personne. Aussi parcimonieux que ses ancêtres étaient prodigues, il ne dépense que pour le bien de l’État. Son gouvernement énergique, rétablissant la sécurité dans les provinces qu’il visitait sans cesse, fut un des plus féconds pour le commerce français. On lui doit l’établissement des j oostes (1464), institution si utile plus tard au développement du commerce, mais alors réservée au roi seul pour porter ses ordres. Il faut arriver jusqu’à Richelieu pour qu’elles reçoivent une

organisation définitive, aussi avantageuse pour les particuliers que pour l’État.

Afin de multiplier les relations commerciales, Louis XI institua ou rétablit un grand nombre de foires à Bayonne, Tournon, Caen, Pézenas, Embrun, Valence, Amiens, Saint-Germain-des-Prés, à Paris, surtout celles de. Lyon. Dès 1419, Charles VI y avait établi deux foires annuelles, à Pâques et en novembre ; Charles VII en ajouta une troisième en 1443. Mais la misère des temps les fit languir. Louis XI comprit l’importance commerciale d’une ville si bien placée au centre du bassin du Rhône, communiquant avec l’Italie par les cols des Alpes, et avec l’Allemagne par la plaine abaissée de la Suisse, entre Genève et Bâle. 11 créa une quatrième foire à Lyon, et octroya de grands privilèges à la ville, entre autres aux échevins le droit de nommer eux-mêmes les courtiers et les prud’hommes pour le jugement des différends entre marchands et aussi pour la visite des marchandises. Ses efforts furent si heureux et le commerce prit à Lyon une telle activité que les États généraux se plaignaient en 1484 que tout l’argent du royaume s’y. rendait pour s’écouler, de là, dans les pays étrangers.

L’habileté de sa politique extérieure ne fut pas moins utile au commerce lointain. Ayant des gens à lui dans toutes les cours et commençant l’œuvre de la diplomatie française, il fit servir ses relations politiques au développement du négoce français à l’é-

tranger. Il signa des traités de commerce avec la Hollande et le Brabant, les villes hanséatiques, Venise, Florencé ; il demanda à ces dernières villes tous les renseignements utiles aux Français. Comme Charles VII, il écrivit au Soudan d’Egypte en faveur des marchands français établis dans le Levant.

Devançant même l’œuvre de plusieurs siècles, il prit des mesures ou forma des projets que l’on retrouvera plus tard avec François Ier, Sully et Colbert. En 1470 il créa aux environs de Tours des plantations de mûriers et des fabriques de soie ; et pour protéger cette industrie naissante, il inaugure le système prohibitif en interdisant l’introduction des étoffes de l’Inde. Il convoque les négociants à son grand conseil pour aviser ayec eux aux. moyens d’étendre le trafic. Il voulait creuser à l’embouchure de la Seine un grand port de commerce à la place de Harfleur ensablé ; il projetait même de substituer une loi unique à la diversité des coutumes et de créer l’unité des poids et mesures. La mort l’empêcha de réaliser ces derniers projets ; il fallut attendre jusqu’à la Révolution Française.

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