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LA RÉFORME ; LES ESSAIS DE COMMERCE ET DE COLONISATION EN AMÉRIQUE

La Réforme et les guerres de Religion. — La France subit dans la seconde moitié du XVIe siècle une crise politique presque aussi funeste que celle de la guerre de Cent Ans. Les plus terribles des guerres civiles, les guerres religieuses, la déchirent comme au XVe siècle celles des Armagnacs et des Bourguignons ; l’Espagnol profitant de nos désordres, ainsi qu’autrefois l’Anglais, faillit nous enlever notre indépendance nationale. La dépravation des mœurs, la pratique de l’assassinat politique, les massacres

en masse comme celui de la Saint-Barthélemy semblent ramener la France à la barbarie. Que pouvait devenir le commerce dans un pays sans cesse ravagé par la guerre? Il est encore une fois arrêté dans sa marche jusqu’à ce que le gouvernement énergique et paternel d’Henri IV lui rende une activité nouvelle.

A Paris, les teinturiers, qui travaillaient six centmille pièces de drap par an au milieu du XVIe siècle, n’en teignaient plus à la fin que cent mille ; dans Amiens en 1578, cinq à six mille ouvriers sont réduits à vivre d’aumônes. Aussi l’histoire du commerce ne peutelle que glaner sur cette terre dévastée. Mais ce sont les deux noms les plus illustres de l’histoire politique qui peuvent aussi être cités avec honneur dans l’histoire commerciale, ceux du chancelier de L’Hôpital et de Famiral de Coligny.-

U Hôpital ; création des tribunaux de commerce. — Magistrat d’une modération et d’une tolérance admirables dans un temps de violence et de fanatisme, L’Hôpital eut voulu réconcilier les Français prêts à s’égorger pour des querelles théologiques. S’il ne put y parvenir, il lui fut au moins donné de créer des institutions durables dans le commerce français. Par l’ordonnance d’Orléans (1561) le tableau des droits devait être affiché dans chaque maison de. péage; c’était la publicité substituée à l’arbitraire. De sévères prescriptions, qui sont comme l’ébauche de l’ordonnance de commerce rédigée cent ans après

par Colbert, garantirent le crédit et la bonne foi entre les marchands ; ainsi la peine de mort est prononcée contre les banqueroutiers frauduleux ; les créanciers peuvent faire saisir les biens de leurs débiteurs et exercer contre eux la contrainte par corps.

L’institution la plus importante est celle des tribunaux de commerce. On se plaignait de la lenteur avec laquelle les échevins jugeaient les procès entre marchands. Déjà Lyon, Toulouse et Nîmes en 1549, Rouen en 1556, possédaient un tribunal commercial de change. L’Hôpital établit à Paris en 1563 un juge et quatre consuls , choisis parmi les marchands, devant juger sans salaire et autant que possible surle-champ, sans procureurs et sans écritures ; ils prononçaient sans appel pour les sommes au-dessous de cinq cents livres. De là le nom de juges-consuls et de magistrature consulaire donné à cette excellente institution. Une seconde ordonnance l'étendit à la France entière.

Coligny ; commerce et colonies au Brésil. — Si L’Hôpital voulut inspirer à la France la tolérance religieuse, Coligny songea à lui donner le commerce de l’Amérique, nôn pas en exploitant les mines comme faisaient les Espagnols, mais en cultivant le pays au moyen de colons jouissant sur ces terres nouvelles de la liberté religieuse que leur refusait la patrie. Il a devancé de près d’un siècle l’Angleterre dans cette colonisation, admirable de force morale, d’austères sentiments religieux et de travail persévérant, d’où

sortiront les États-Unis ; il lui a montré les voies, comme deux cents ans après, Dupleix apprendra aux Anglais à fonder leur empire aux Indes.

Attaché de bonne heure à la Réforme, gouverneur du Havre, amiral de France et de Bretagne et comme tel en relations avec les armateurs et les marins Normands, il voulait ouvrir au delà des mers un champ d’asile aux protestants persécutés et donner à la France sa part des splendeurs de l’Amérique. Sans découvrir à Henri II ,1e fond de sa pensée, il obtint en 1585 la permission de tenter un essai de colonie. Il songea d’abord au Brésil où le capitaine Denis, de Honfleur, avait touché dès 1504, avant que lesPortugais y eussent fait aucun établissement; les marins français continuaient de trafiquer avec les indigènes qui les accueillaient mieux que les Portugais et les Espagnols et leur vendaient ces bois précieux auxquels le Brésil a dû son nom. Dès 1523 on apportait déjà du Brésil à Dieppe de l’or en barres et en lingots, des pierres précieuses et du sucre. *

Coligny confia le commandement de l’expédition à un gentilhomme protestant, Villegagnon, qui partit du Havre avec deux vaisseaux (1555), reconnut la baie de Rio de Janeiro, la plus belle de l’Amérique du sud. On y bâtit le Fort Coligny, et en 1557 trois autres vaisseaux amenèrent de nouveaux colons. Mais la violence dont Villegagnon fit preuve envers les indigènes et ses compagnons même, amena l’échec de l’expédition. Les Portugais s’emparèrent du

Fort Coligny; avertis par cette tentative, ilsfondèrent dans cette magnifique baie la ville destinée à être plus tard la capitale d’un empire.

Commerce et colonies en Floride *. — Sans se décourager, Coligny invita en 1561 tous les volontaires, protestants ou non, à se rendre au Havre pour une expédition en Floride. Ce qu’on appelait ainsi au XVIe siècle n’était pas seulement la presqu’île encore ainsi nommée aujourd’hui, mais aussi toute la côte septentrionale du golfe du Mexique, et sur l’Atlantique les contrées actuelles de Caroline et Virginie. Le pays était d’une grande fertilité, les Espagnols disséminés en petit nombre et haïs des indigènes. Tout offrait l’espérance d’une belle colonisation.

Le commandement de l’expédition fut confié à J. Ribault, brave gentilhomme protestant. Il partit en 1562 sur des vaisseaux montés par des soldats et des ouvriers presque tous calvinistes. Ils abordèrent à la Rivière de Mai (aujourd’hui Saint-Jean), et longèrentla côte pendant 60 lieues jusqu’à l’embouchure d’un large fleuve (la Savannah). Us appelèrent Port-Royal le lieu de leur débarquement où ils trouvèrent, avec d’admirables forêts de cèdres et de chênes, une grande abondance de gibier et poissons. Ribault bâtit Charles-Fort (aujourd’hui Beaufort, carte 15) dans une île facile à défendre ; il y laissa une garnison de 29 hommes et revint

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