CHAPITRE DEUXIÈME Le commerce français sous Richelieu
Etats Généraux de 1614. Demandes de réformes commerciales . — La misère du pouvoir absolu, laissant la France sans institutions politiques régulières, se montra visiblement à la mort d’Henri IV. Tout est arrêté par cet événement. Les travaux publics sont
suspendus, les finances dilapidées, les guerres civiles et religieuses se renouvellent, les grands et les gouverneurs des provinces affectent l’indépendance, parce que, sous le nom d’un roi de dix ans, le pouvoir
Carte 16. — Établissements français’ au Canada.
est livré, sans la participation des représentants du pays, à une régente étrangère et à des favoris incapables, Conciniet deLuynes. On réunit bien en 1614 les États Généraux ; mais cette assemblée, convoquée quand il plaisait au roi (on attendit 175 ans la sui-
vante, 1789 !) rédigeait seulement des cahiers de doléances que le roi pouvait ensuite sanctionner par une ordonnance conforme, mais dont il avait aussi le droit de ne tenir aucun compte. Les États de 1614 divisés par les querelles des trois ordres, mal vus par la cour qui les congédia bientôt, n’eurent aucun résultat politique. Mais l’ordre du Tiers État, présidé par Robert Miron, prévôt des marchands de Paris, frère et successeur dans cette charge de François Miron qui avait reconstruit sous Henri IY l’hôtel de ville, montra dans les questions relatives au commerce une hardiesse de vues remarquable.
11 réclame l’unité des poids et mesures déjà projetée par Louis XI, réalisée un instant par François Ier et toujours sacrifiée à la routine. Il demande Pabolition de l’entrepôt forcé de Lyon (p. 143). Il insiste pour que l’on supprime les traites foraines, c’est-àdire les douanes de province à province et que l’on reporte tous les bureaux de douanes aux frontières. Rien n’était en effet plus bizarre et l’on pourrait dire plus injurieux que la distribution des douanes ; les provinces de Bretagne, Bourgogne, Poitou, Languedoc, Guyenne, Dauphiné et Trois-Évêchés (Metz,Toul et Verdun) étaient exemptes de douanes avec l’étranger; mais on les leur faisait payer dans leur commerce avec les provinces intérieures, comme si elles eussent été étrangères ! Le Tiers État demande que l’on supprime ces marques de division entre les membres d'un même corps . Il réclame aussi que l’on
relâche les entraves qui gênaient le commerce et l’industrie ; le régime des corporations étant devenu moins nécessaire depuis les progrès de la sécurité publique, il était temps que l’exercice des métiers fût Jibre, sauf la visite des ouvrages parles prud’hommes ; qu’on abolit tous les monopoles et que toute liberté de commerce , trafic et manufactures fi\t remise en tous lieux et 'pour toutes choses. La royauté nè fit droit à quelques-unes de ces demandes qu’en 1629 !
Richelieu. — 11 faut arriver jusqu’à son ministère (1624-1642) pour voir la France retrouver, avec la 'paix intérieure et la puissance au dehors, la prospérité de son commerce. L’éclat jeté sur Richelieu par la vigueur avec laquelle il lit respecter l’autorité publique et par la hardiesse de sa politique nationale contre l’Autriche a repoussé, pour ainsi dire, dans l’ombre son administration intérieure. Elle fut cependant active et féconde pour le commerce au dedans et au dehors b Placé entre Sully et Colbert, Richelieu a presque en toutes choses développé les œuvres du premier et préparé celles du second, comme il a reçu d’Henri IY et transmis à Louis XIV des ministres habiles et de grands capitaines.
Commerce intérieur ; canaux ; postes. — Richelieu rendit d’abord un immense service à la liberté et à la sécurité du commerce en ordonnant dès 1626
1. V. Caillet, De l'administration en France sous le ministère de Richelieu, ouvrage auquel ce chapitre est en grande partie emprunté .
la démolition de toutes les fortifications des villes intérieures, et celle des châteaux forts inutiles à la défense et propres seulement à servir de retraite aux perturbateurs de la paix publique. Depuis Louis VI. la royauté n’avait rien fait de plus utile contre la tyrannie féodale et l’anarchie ; aussi l’ordonnance fut-elle exécutée dans toute la France avec un véritable enthousiasme national. Les travaux du canal de Briare interrompus en 1610 furent repris en 1638 et la navigation entre Seine et Loire complètement établie en 1642. On commença les préparatifs du canal d’Orléans destiné à transporter à Paris les produits de la basse Loire, comme ceux de la Loire supérieure y étaient amenés par le canal de Briare. On s’occupa également en 1633, mais sans plus de succès, du canal de Languedoc déjà projeté par François 1er et Henri IV.
Il en fut autrement dans un ordre de communications non moins importantes pour le commerce, l’administration des Postes.
L’organisation de ce service par Henri IV (p. 167 ) était encore bien défectueuse. « Les estafettes » n’avaient point de jour fixe pour le départ ni pour » l’arrivée ; aussi ne payait-on que peu de chose » pour le transport des lettres et des paquets, chacun » se taxant soi-même par forme de gratification » pour l’estafette. B' Aimeras, général des Postes » en 1621, établit le premier des courriers ordi- » naires pour partir de Paris et arriver à certains
» jours de la semaine à Lyon, Bordeaux, Toulouse » et Dijon ; il eut soin de faire ouvrir dans ces villes » des bureaux, pour recevoir et distribuer les lettres. » Quelques contestations s’étant élevées entre les » commis de ces bureaux et les particuliers au sujet » du prix du transport des lettres et paquets, prix » laissé comme autrefois à la volonté des particuliers, » d’Aimé ra s fit en 1627 un règlement pour la taxe » qu’il ordonna à ses commis d’observer inviolable- » ment. » (Caillet, ouvrage cité.) Son entreprise fut érigée en 1632 en office de la couronne sous le titre de surintendance des postes. Le service des postes se développa en France et au delà des frontières jusqu’à Bruxelles, Bâle et Turin au grand avantage du commerce intérieur et étranger.
Industries; la Savonnerie . — L’industrie de la tapisserie fut soutenue par Richelieu dans l’état florissant où l’avait placée Henri IV. Pierre Du Pont, établi au Louvre pour la fabrication des tapis façon du Levant, vit son privilège renouvelé en 1627 pour dix-huit ans ; mais il fut obligé, dans toutes les villes où il fonderait des établissements, d’instruire dans son art un certain nombre d’enfants pauvres pris aux hospices. Ces enfants, au nombre de cent pour Paris, furent logés dans la maison de la Savonnerie à Chaillot et entretenus aux frais du roi ; après un apprentissage de six ans, ils obtenaient le droit de maîtrise ; l’établissement de la Savonnerie fut réuni à celui des Gobelins en 1826.
Marc de Comans et François de la Flanche, fabricants de tapis façon de Flandre aux Gobelins, obtinrent également prolongation de dix-huit ans pour leur privilège, avec le droit de s’établir dans toutes les villes du royaume. Les célèbres peintres Poussin et Lesueur firent pour eux des tableaux.
Les manufactures de soie de Tours continuèrent à disputer, le premier rang à celles de Lyon ; il y avait à Tours 800 métiers, 700 moulins pour préparer la soie et 20,000 ouvriers. À l’imitation des fabriques de cristal et de glaces fondées par Henri IV à Melun, on établit en 1627 une manufacture de verres en Picardie. En 1634 Grandmont et d’Authonneuil eurent le droit de créer à Paris et partout ailleurs une fabrique de glaces et miroirs avec un privilège de dix ans.
Commerce extérieur ; création de la marine. — Le commerce extérieur prit avec Richelieu une bien plus grande extension que sous Henri IV, le ministre possédant ce qui manquait au monarque, une forte marine militaire. Si Colbert a perfectionné nos forces navales, c’est Richelieu qui les a créées. Dès 1626 il fit comprendre à Louis XIII la nécessité d’un armement maritime pour balancer la puissance des Espagnols sur la Méditerranée, celle des Anglais sur l’Océan et garantir le commerce du Levant contre les pirateries toujours renaissantes des Rarbaresques. Mais il avait à vaincre de grands obstacles, surtout la part exorbitante faite dans l’administration de
la marine à l'amiral de France (Picardie etNormandie) et aux amirautés particulières de Bretagne, Guyenne et Provence jointes aux gouvernements de ces provinces. Les amiraux disposaient de presque tous les emplois de la marine ; ils exerçaient une juridiction très étendue dont les droits énormes étaient une des causes principales du dépérissement de notre commerce. Louis XIII supprima en 1626 la charge d’amiral et créa pour Richelieu celle de grand maître, chef et surintendant général delà navigation et commerce de France. Toute la marine du royaume, marchande et militaire, était ainsi placée dans ses mains: il s’appliqua avec énergie à la développer.
Une administration centrale fut établie dans ce service, comme dans celui de la guerre, et le ministère de la marine véritablement créé, quand il fit décider qu’un des secrétaires d’État serait chargé de rapporter au conseil les affaires de la marine. Voulant ensuite connaître l'état au vrai de la puissance navale et commerciale de la France, il chargea deux des hommes les plus versés dans ces matières, D’Infreville et Séguiran, de parcourir les côtes de l’Océan et celles de la Méditerranée (1629-1633), afin de faire un rapport très détaillé sur tout ce qui concernait la marine et le commerce. En voyant d’après ces rapports combien il restait d’abus à supprimer, d’institutions à créer ou à rétablir, on admire l’activité prodigieuse de ce ministre ; car au milieu des
intrigues et des inspirations, ayant à diriger toute la politique de l’Europe contre l’Autriche, il trouvait encore le temps de créer des compagnies de commerce et de fonder les colonies françaises d’Afrique, d’Asie et d’Amérique.
J usque alors on avait recruté les matelots par engagements volontaires ou par le barbare moyen de la presse. Richelieu résolut, avant Colbert, de donner à la France un personnel naval permanent et bien exercé par une sorte d inscription maritime. L’ordonnance de 1629 enjoignit de dresser tous les ails en décembre un état des noms et demeures des capitaines, pilotes, charpentiers, canonniers, matelots et tous hommes faisant profession du métier de la mer , comme aussi des navires et barques avec leurs armes et munitions. Outre les canonniers employés sur les vaisseaux, on donnait dix livres par an à des matelots qui pouvaient servir en temps de paix dans la marine marchande, mais être appelés au besoin sur les vaisseaux du roi. On créait dans tous les ports des écoles gratuites de pilotage et d’hydrographie. Le port du Havre fut agrandi, ainsi que Brest dont Richelieu est véritablement le créateur, et Brouage qu'il voulait faire succéder à la Rochelle dans le commerce du Golfe de Gascogne. La rade de Toulon fut creusée et augmentée, ses fortifications.singulièrement développées, comme celles des îles d'Hyères et de Lérins dont furent chassés les Espagnols et les pirates barbaresques. Une digue fut
construite au port d ' Agde pour offrir un abri aux navires sur la côte basse du Languedoc. Enfin au moyen de vaisseaux achetés en Hollande ou construits dans nos ports, la marine française en .1642 comptait 85 navires, dont 63 vaisseaux et 22 galères.
Concessions d! Afrique; commerce avec le Maroc. — La force de cette marine permit à Richelieu de faire respecter les avantages accordés en 1604 par
Achmet Ier au commerce français sur les côtes de Barbarie. Sanson Napolon fut envoyé à Constantinople et Alger ; il fit restituer aux commerçants Marseillais le Bassin de France et ses dépendances, c’està-dire La Calle et un établissement au cap Roux ; c’est ce qu’on nommait les Concessions d Afrique (carte 17) où nous avions le droit de faire stationner 400 Français, dont 100 militaires : notre commerce avait aussi des agences à Alger et à Bône.
Mais ces établissements trop exposés aux pirateries et aux attaques des tribus arabes ne furent jamais florissants. Richelieu dut envoyer en 1640 une escadre contre Alger avec moins de succès que 11e le fit Louis XIY en 1679 ; il négocia même avec les Chevaliers de Malte pour faire de leur île une
Carte 18. — Consulats français au Maroc.
possession française et détruire les barbaresques. Ils ne l’ont été qu’en 1830 !
On dut aussi réprimer les pirateries non moins redoutables des Marocains. Les relations de la France avec le Maroc dataient de Henri IY, qui avait institué dans ce pays un consul français percevant les mêmes droits que nos autres consuls dans le Levant, c’est-à-
dire 2 0/0 sur toutes les. marchandises importées et exportées. Mais les pirates de Salé ruinaient le commerce français et capturaient nos négociants. Le commandeur de Razilly, l’un des agents les plus éminents de Richelieu dans la création de notre marine, fut envoyé pour les châtier (1630). Il obtint la délivrance des captifs français et un traité analogue aux Capitulations de 1536 avec la Turquie ; il était défendu de faire esclave aucun Français ; des consuls français étaient établis à Maroc, Saffi, Salé e l Sainte- Croix (carte 18) avec les mêmes droits que nos consuls dans le Levant ; les négociants français pouvaient acheter et vendre librement sans payer d’autre droit que le dixième, comme les Marocains en France ; enfin les navires étrangers venant au Maroc avec la bannière française y seraient traités comme Français, ainsi que dans l’Empire ottoman.
Commerce avec le Levant et le Nord; ambassades de Deshayes de Courmesmin. — En Turquie notre commerce et notre influence avaient faibli depuis la mort d’Henri IY, malgré l’établissement de consulats français à Athènes, Chio, Alep et jusqu’à Rassorah. Un voyageur célèbre, Deshayes de Courmesmin, parcourut en 1621 la plus grande partie de l’Empire ottoman ; il créa un consulat français à Jérusalem, où il fit rendre aux catholiques la garde des lieux saints dont les Arméniens les avaient dépouillés ; il poussa même jusqu’en Perse aù il fonda dans Ispahan une compagnie de commerce qui du reste ne réussit pas.
Mais profitant du bon vouloir du shah de Perse pour les Français, Richelieu essaya de changer la route commerciale des Indes au profit de l’Europe. Les guerres des Turcs et des Persans arrêtaient souvent la caravane des Indes venant par la Perse dans la ville d’Alep où les Français’ achetaient pour plus de 6,000,000 de livres par an de soies, drogueries, épices et pierreries. Richelieu songea à faire prendre à cette caravane la voie de la Caspienne, puis celle de la Moscovie (Russie) par Astrakan, le Volga et la Duna jusqu'au port de Narva alors aux Suédois, et par le passage du Sund jusqu’au Havre. Deshayes de Courmesmin fut envoyé à cet effet en 1629 dans les cours du Nord. Le projet échoua parce que le czar de Moscovie, Michel, refusa d’admettre les étrangers à faire le trafic des soies de la Perse à travers ses États. Mais ces relations n’en produisirent pas moins au commerce français de grands avantages. Le czar accorda aux marchands français de trafiquer. à Arkhangel, Novgorod, Pskof et Moscou en payant seulement 2 0/0 ; de son côté, le roi de Danemark réduisit de 6 a 1 0/0 le péage du Sund en faveur des navires français portant à Narva les vins, les draps et les sels français en échange des mâts de .navires, chanvres et lins, miel et cire, suifs et cuivres de Prusse et Livonie, ainsique des fourrures, drogueries et soies de Moscovie et de Perse.
Compagnies de commerce en Afrique ; le Sénégal , la Guinée et Madagascar. — Ce furent surtout ces
établissements imités des Hollandais et des Anglais qui attirèrent l’attention de Richelieu. Les négociants de Rouen et de Dieppe n’avaient pas cessé depuis le XVIe siècle de faire le commerce aux côtes occidentales d’Afrique jusqu'en Guinée. Richelieu autorisa des marchands de ces deux villes à former les Compagnies du Sénégal et du Cap Vert (1626-1633); protégés par une escadre que commandait Razilly, ils fondèrent en 1 626 la ville d s Saint-Louis du Sénégal. En 1634 et 1635, la Compagnie de la Guinée organisée par des négociants de Saint-Malo, et celle du Cap Blanc formée à Paris, obtinrent pour dix ans et trente ans le privilège de faire entre le Cap Blanc et le Cap Lopez le trafic des gommes, cuirs et ivoires, hormis dans les endroits concédés aux deux compagnies précédentes.
Ces ports étaient destinés à servir d’étapes à une Compagnie des Indes Orientales que Richelieu voulait créer à l’imitation des Hollandais et des Anglais. De ce côté encore les marchands de Rouen avaient ouvert la route: l’un d’eux, Pierre Vampenne, possédait 17 vaisseaux dont 8 étaient revenus des Indes chargés d’épices. Mais ces entreprises particulières étaient *trop exposées aux attaques des Portugais et des Hollandais. Richelieu résolut de leur donnera la fois plus de sécurité par les privilèges de fondation royale, et plus de commodité par l’établissement de stations intermédiaires entre la France et Tlndoustan. 11 fonda en 1642, sous la direction de Ricault rem-
placé ensuite par Flacourt, la Compagnie des Indes Orientales munie du privilège exclusif de prendre possession, au nom de Louis XIII, de Madagascar et des îles adjacentes, les Mascareignes. Arrêtée bientôt par la mort de Richelieu, cette Compagnie fut relevée plus tard par Colbert.
Compagnies de commerce et colonies agricoles en Amérique; le Canada. — Le Canada attira l’attention particulière de Richelieu. En 1628, une nouvelle Compagnie de la Nouvelle-France succéda à celle de 1603; elle reçut la souveraineté des terres situées entre la Floride et le pôle arctique avec le monopole perpétuel des cuirs et pelleteries, et pour quinze ans celui de toutes les autres marchandises. Elle devait transporter en quinze ans 4,000 personnes, et elle n’admit que d’honnêtes gens de la race vigoureuse des laboureurs et marins de la Bretagne et de la Normandie ;*ce sont les ancêtres des Canadiens d’aujourd’hui. En 1633 elle concéda l’Acadie à Razilly qui fonda le port de la Hève. Champlain devenu gouverneur de la Nouvelle-France mourut en 1635, laissant un nom révéré dans la colonie ; son successeur, Montmagny, créa les établissements de Sillery et de Montréal, les Forts Richelieu et Trois-Rivières pour assurer aux Français la navigation du grand fleuve. (Y. plus plus haut carte 16).
Les A ntilles et la Guyane. — En même temps que les Français s’établissaient définitivement au Canada, ils fondaient leurs premières colonies dans les An-
tilles ravies aux Espagnols. Le dieppois d Ènambuc occupa en 1625 l’île de Saint-Christophe, et obtint en 1626 la création d’une compagnie de commerce pour; exploiter à S aint- Christophe , la Barbade et îles voisines le tabac, le piment, le roucou et le coton, en réservant au roi le droit de dixième pendant 20 ans. Cette compagnie n’ayant pas tenu, ses promesses, son privilège fut transféré en 1635 à une autre plus considérable, la Compagnie des îles de V Amérique ; on lui accorda la souveraineté des îles situées du 10e au 30« degré au Nord de l’Équateur, aux mêmes conditions que la Compagnie de la Nouvelle-France. C’est à elle qu’il faut rapporter l’origine de nos premiers établissements à la Martinique où d’Énambuc bâtit le fort Saint-Pierre, à la Guadeloupe où 500 colons furent débarqués, à la Tortue où s’établirent en 1638 les Flibustiers devenus bientôt la terreur des colonies espagnoles. Marie-Galante , la Désirade, les Saintes, Sainte- Lucie, Grenade et les Grenadines , Saint-Barthélemy et Sainte- Croix furent ensuite occupées, mais plus lard vendues par la Compagnie à des particuliers jusqua ce qu’elles reçussent de Colbert une nouvelle organisation.
C’est également à Richelieu que la France doit sa première colonie dans l’Amérique du Sud. De 1626 à 1630, des marchands de Rouen avaient fondé un établissement sur la rivière de Sinnamari. Ils se formèrent en 1633 en Compagnie delà Guyane , et obtinrent de Richelieu le monopole du commerce
entfe l’Orénoque et les Amazones. Ils fondèrent en 1634 le fort et le village de Cayenne qui devint en- . suite la capitale de la colonie ; elle s'étendit au Nord jusqu’au Maroni et au Surinam. Mais l’insalubrité du climat et la concurrence des Hollandais ne lui permirent jamais de prendre une grande extension.
Richelieu léguaihdonc à Louis XIV un vaste empire colonial et à Colbert les éléments d’un riche commerce intérieur ; l’un et l'autre devaient les développer dans la seconde moitié du XVIIe siècle.