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CHAPITRE QUATRIÈME Commerce extérieur

Création de la marine. — « A peine à présent » toute une vie suffit-elle à un prince pour former une » flotte capable de paraître devant une puissance » qui a déjà l’empire de la mer : c’est peut-être la >) seule chose que l’argent ne puisse pas faire. Et si » de nos jours un grand prince réussit d' abord, l’ex- » périence a fait voir à d’autres que c’est un exemple » qui peut être plus admiré que suivi. » Ces paroles

de Montesquieu font comprendre toute la grandeur de cette partie de l’œuvre de Colbert. Il semblait étranger par sa naissance et ses travaux habituels à une administration de cette nature ; cependant il a créé la marine française de toutes pièces, vaisseaux, ports, arsenaux, personnel naval, législation maritime. 11 assura deux grands bienfaits à la France : la défense de ses rivages et la protection de son commerce extérieur ; cette protection est utile en tout temps, mais elle était indispensable à cette époque contre les Barbaresques dans la Méditerranée, et contre nos rivaux les Hollandais et les Anglais sur l’Océan. 1

Des quatre- vingt-cinqnavires de guerre équipés par Richelieu, il restait à peine en 1661 vingt vaisseaux etdix galères, laplupart hors d’état de servir. Mazarin avait laissé tomber en 1656 le budget de la marine à 300,000 livres ; les arsenaux étaient vides, et faute d’emploi en France la plupart de nos marins servaient à l’étranger. Courant au plus pressé, Colbert acheta d’abord six vaisseaux en Hollande et en fit construire immédiatement douze autres dans les fameux chantiers de Saardam et six en Suède.

11 attira en France des constructeurs Hollandais, des tisserands et des cordiers de Hambourg, de Danzig et de Riga ; « avec le temps et beaucoup

1. Yoii, outre les ouvrages déjà cités : A. 3di[, Abraham Duquesne et ta marine de son temps, et H. Martin, Histoire de France , T. 13 et 14.

» d' application, disait-il, nous parviendrons à leur » donner des leçons , comme ils nous en donnent à » présent. » En effet les constructeurs français rivalisèrent bientôt d’habileté avec les étrangers et les remplacèrent. Appliquant à la marine le même principe qu’au commerce, « se passer des étrangers »,^il voulait réserver à l’industrie nationale la fourniture des arsenaux. L'ordonnance des Forêts de 1669, œuvre demeurée presque intacte depuis deux siècles, assura la conservation de nos bois. La Bourgogne en fournit abondamment à notre marine ; la fabrication des ancres fut établie à Cosne, à proximité des fers du Nivernais et du Berry et des bois du Morvan ; les chanvres de la Bretagne et du Dauphiné dispensèrent d’en demander aux pays de la Baltique. Un conseil de marine et un conseil de constructions no. :vales furent institués à Paris pour éclairer le ministre de leurs avis. Dans les ports l’administration fut séparée du commandement militaire et confiée à deux intendants, l'un à Rochefort, l’autre à Toulon. Dès 1667 la France comptait cinquante-neuf navires de guerre ; elle en avait 196 en 1672, dont 119 vaisseaux de ligne, 22 frégates et 5o bâtiments légers.

Sur les plans de Yauban, un second port fut creusé à Toulon pour contenir cent vaisseaux ; dans l’arsenal on éleva des magasins, des chantiers couverts, une salle à voiles et une 'immense corderie qu’on admire encore. Des travaux analogues furent

entrepris par les soins de Duquesne à Brest dont Richelieu avait signalé toute l’importance, au Hâvre, Honfleur, Dieppe, Boulogne, Calais et Dunkerque que fortifia Vauban. La plus remarquable de ses créations fut Bochefort, alors simple bourg et qui devint en sept ans une. ville considérable avec une fonderie, de spacieux dépôts d’armes et de vivres, et surtout des formes de radoub, Colbert voulant faire , disait-il, de Roche fort un second Saardam de Hollande.

L'essai tenté par Richelieu d’un recrutement régulier de la flotte dut être repris par Colbert. C’est le fameux système des classes ou l' inscription maritime réglée par l’ordonnance de 1668. Les hommes inscrits sur les registres de la marine et rangés en trois, quatre ou cinq classes, appartenaient à l’État une année sur trois, quatre ou cinq et devaient figurer à bord au moins six mois consécutifs pendant leur année de service ; ces six mois achevés, ils recevaient demi-solde pendant le semestre suivant, à mofns qu’ils ne naviguassent pour le commerce. Blessés, ils étaient secourus et pensionnés par l’État qui venait aussi en aide à leurs familles. La Caisse des gens de mer fut instituée en 1675, parce que les « familles des matelots embarqués-pour des voyages » de long cours tombaient et demeuraient dans une » grande misère pendant leur absence ». Plus de 36,000 marins furent mis au service de l’État, sans compter les officiers, les patrons et les mousses ; il y

en eut 60,000 en 1680, et 78,000 en 1685. Pour les instruire Colbert fonda à Rochefort l'école de tir et dé hydrographie, l’école maritime pour les officiers, le collège de marine à Saint-Malo et d’autres écoles à Dieppe, le Havre, Bordeaux et Marseille.

En créant par un prodigieux effort cette formidable marine, Colbert avait surtout en vue la protection du commerce. Des navires garde-côtes garantissaient la surêté du cabotage qui pouvait transporter à bas prix les marchandises de Bordeaux, La Rochelle et Nantes jusqu’à Boulogne et Dunkerque. Des convois étaient donnés aux flottes marchandes • en haute mer ; des avis réitérés portaient dans toutes les villes commerçantes la nouvelle des armements maritimes ; des ordres étaient donnés aux commandants d’escorter tous les vaisseaux marchands français en quelque lieu qu’il leur plût de se rendre, et aux ambassadeurs du roi de protéger énergiquement nos négociants dans les pays où ils étaient accrédités.

Relations commerciales avec l’Orient ; la Compagnie du Levant. — L’alliance de la Turquie, soigneusement entretenue depuis François Ier par Henri IV et Richelieu, avait été presque abandonnée par Mazarin : il rappela même de Constantinople l’ambassadeur français, jugeant que la force de la France rendait cette alliance moins nécessaire. Louis XIV adopta d’abord cette politique quand il envoya au secours de l’empereur Léopold menacé

par les Turcs 6,000 Français qui prirent une part glorieuse à la bataille de Saint-Gôthard en Hongrie (1664). Notre commerce n’avait pas tardé a souffrir de cette politique ; les Barbaresques redevinrent la terreur de notre marine marchande et de nos provinces maritimes. Colbert pensa que le meilleur moyen de les combattre était de fonder un établissement militaire sur leurs côtes ; c’est ce qui n’a réussi que depuis l’occupation d’Alger en 1830. Une escadre commandée par Beaufort s’empara en 1664 de Djidjelli entre Bône et Bougie (carte 16). Mais, n’ayant pu la conserver faute de forces suffisantes, elle dut se borner à bombarder Alger et Tunis (1666), à délivrer les esclaves chrétien et à rétablir la liberté de notre commerce.

Colbert songea à le développer en créant en 1669 la Compagnie du Levant, mais sans privilège exclusif, les Marseillais ayant eu de tout temps la liberté de trafiquer dans ces pays ; elle fut composée des principaux marchands de Lyon et de Paris. Pour faciliter les opérations, Louis XIY envoya tous les trois ans, à ses frais, six jeunes gens à Smyrne et à Constantinople pour apprendre les langues orientales ; c’est l’origine de YÈcole des jeunes de langues , transférée plus tard à Paris.

Afin de mieux soutenir encore ce commerce, Louis XIY accueillit avec empressement l’offre du sultan Mahomet IV qui, chose inusitée, écrivit à Louis XIV pour l’inviter à renouer l’ancienne amitié

des deux puissances. Colbert demanda et pensa un instant obtenir pour ies Français le transit de l’Inde par l’Égypte, moyennant un droit de deux pour cent ad valorem entre Suez et Alexandrie. Le sultan consentit d’abord, mais l’iman de la Mecque s’opposa à ce que la mer Rouge fût ouverte aux navires des Infidèles. Peu après l’illustre philosophe allemand, Leibniz, présentait à Louis X1Y un mémoire pour lui proposer la conquête de l’Égypte ; il comprenait toute l’importance politique et commerciale de ce pays, qu’il appelait la Hollande de l'Orient, deux siècles avant l’expédition de Bonaparte et les travaux de F. de Lesseps. Mais la guerre de Hollande détourna ailleurs l’attention de Louis XIY. On dut se borner à signer en 1673 avec la Porte un nouveau traité de commerce, par lequel la France recouvrait à Constantinople sa préséance et ses anciens privilèges ; elle obtint, de plus, que le droit d'entrée pour toutes les marchandises fût réduit de cinq à trois pour cent.

Malgré ces avantages, la Compagnie du Levant languissait, presque ruinée par la concurrence des Anglais et les nouvelles déprédations des Barbaresques. Il fallut que Duquesne canonnât des corsaires Tripolitains réfugiés jusque dans le port de Chio (1681), bloquât les côtes du Maroc (1682) pour forcer le sultan de rétablir dans toute sa teneur le traité conclu par Richelieu, et bombardât deux fois Alger (1682-83). Le châtiment de ces pirates incorrigibles dût être renouvelé encore dans les années sui-

vantes, contre Tunis et Tripoli en 1685, contre Alger en 1688 par d’Ëstrées et Tourville.

Compagnie des Indes orientales : Colonie de Pondichéri. — Colbert reprit également le projet de Richelieu, de développer le commerce extérieur par la fondation’ de colonies et de compagnies privilégiées. L’éclatante fortune de la Compagnie hollandaise des Indes orientales.- qui distribuait à ses associés 23 0/0, et dans une année jusqu’à 62 0/0 d’intérêt de leurs fonds, excitait sa jalousie. Une nouvelle Compagnie française des Indes orientales fut établie en 1664 avec un capital de quinze millions, dont trois avancés par le roi; elle recevait pour cinquante ans le monopole du commerce entre le cap de Bonne-Espérance et le cap Horn, avec la souveraineté (sauf hommage au roi) des pays qu’elle pourrait conquérir. Colbert comprenait la nécessité d’une station sur celte longue route : il signalait Sainte-Hélène et surtout Madagascar appelée par lui la France Africaine. La Compagnie devait y établir, comme celle de 1642, le centre de ses opérations. Elle y fonda en effet le Fort Dauphin ^ Foulpointe, Tamatave, Tintingne , le Port-Louis sur la côte orientale ainsi que Saint- Denis dans l’île Bourbon (1665). En même temps le roi lui accordait en Bretagne les terres du domaine situées à l’embouchure du Blavet et du Scorff ; elle établit ses chantiers et ses magasins au port de Lorient qui resta un simple entrepôt sous Louis XIV ; avec Law seulement il devint une ville importante.

Mais les règlements rigoureux imposés à la Compagnie et rendus plus vexatoires encore par un gouverneur tyrannique détournèrent les colons et amenèrent en 1671 l’abandon de Madagascar rétrocédé

au Roi par la Compagnie. Elle eut un peu plus de succès aux Indes (Carte 21, p. 273). Son directeur, Caron, fonda des comptoirs à Surate (1668), à Mazulipatam où il obtint le privilège de trafiquer sans payer de droits sur la côte de Coromandel, à Bender- Abbassi en Perse, à Bantam dans Java pour faire

concurrence à l’établissement hollandais de Batavia et commencer le trafic direct des épices avec la Chine et le Japon. Mais ces comptoirs furent ruinés pendant la guerre de Hollande. Deux hommes entreprenants, le nouveau directeur, Baron, et un ancien garçon épicier devenu commandant en chef des établissements français aux Indes, Martin, les remplacèrent par ceux d & Pondichéri (1680), et de Chandernagor (1686). Mais qu’étaient ces faibles places, accablées encore par le contre-coup de nouvelles guerres européennes, si on les compare à la richesse et à la puissance des établissements hollandais ?

Voyageurs et commercants français en Asie ; établissement à Siam. — Si le commerce officiel eût peu de succès en Asie par les soins de la Compagnie des Indes, bien qu’elle eût envoyé en 1665 des députés en Perse pour nouer des relations avec ce pays, l’honneur du négoce français fut soutenu glorieusement dans ces contrées lointaines par trois marchands français, Tavernier, Bernier et Chardin ; leurs pérégrinations hardies, leur commerce entreprenant et leurs relations véridiques rappellent Marco Polo, le grand voyageur vénitien du XIIIe siècle. Tavernier partit en 1636 pour l’Asie où il fit six voyages dans l’espace de trente ans ; il rapporta de ‘ l’Inde et de la Perse tant d’étoffes précieuses, de pierreries et de diamants, qu’il en vendit à Louis XIV seul pour plus de 3 millions. Bernier parcourut la Syrie, l’Egypte, l’Inde où il fut médecin du Grand-

Mogol, Aureng-Zeb ; ses relations sur ce pays et son influence auprès du monarque furent très utiles au commerce français. Chardin , fils d’un bijoutier protestant de Paris, visita pour le commerce des diamants l’Inde et la Perse où il demeura d’abord six ans. Nommé marchand du Roi, il parcourut facilement tout le pays dont il a laissé une relation intéressante. De retour en France, il fut repoussé des emplois à cause de sa religion. Il retourna alors pendant dix ans en Perse et aux Indes, visita le cap de Bonne-Espérance et passa le reste de sa vie à Londres, où il fut accueilli avec faveur.

Ces voyageurs avaient porté jusque dans l’extrême Orient le renom des conquêtes et de la magnificence de Louis XIY. Le roi de Siam en guerre avec les princes ses voisins, et inquiété par les Hollandais maîtres de Malacca et des îles de la Sonde, désirait l’appui d’un prince puissant ; conseillé par un aventurier européen devenu son ministre, il s'adressa à la France. Une ambassade Siamoise parut à Versailles en 1686, et une ambassade française fut envoyée à Siam l’année suivante. La liberté du commerce et celle de la prédication du christianisme étaient accordées aux Français avec ie droit de mettre garnison dans deux places parfaitement situées pour le négoce, Bankok à l’embouchure du grand fleuve Meï-nam, et Merghi sur le golfe du Bengale. Le traité fut fidèlement exécuté par le roi de Siam ; mais il eut peu de durée. Les prédications des mis-

sionnaires excitèrent une Révolte dans laquelle le roi et son ministre furent massacrés ; les garnisons françaises durent bientôt se rembarquer. Mieux conduits, dans un simple intérêt politique et commercial, ces établissements auraient pu rivaliser avec ceux des Hollandais et nous donner deux cents ans plutôt notre colonie de Cochinchine.

Compagnies des Indes Occidentales, des Pyrénées et du Nord. — Les anciennes Compagnies fondées par Richelieu pour le Sénégal, la Guinée, la Guyane ou France Équinoxiale et la Nouvelle-France ou Canada avaient toutes succombé. Elles furent réunies par Colbert en une seule Compagnie des Indes Occidentales (1664) qui reçut pour quarante ans le monopole du commerce des deux côtés de l'Atlantique. Mais, mal administrée et ruinée dès le commencement de la guerre de Hollande, elle résigna ses droits entre les mains du Roi qui liquida ses dettes au prix de 4,000,000. Ses comptoirs de la côte d’Afrique furent cédés en 1675 à une nouvelle Compagnie du Sénégal, dont le principal commerce fut la traite des nègres. La Compagnie des Pyrénées , fondée en 1669 pour l’exploitation des forêts de ces monlagnes, en prévision de la guerre de . Hollande qui pourrait interrompre l’arrivage des bois du Nord, languit et dura à peine quelques années. Il en fut de même de la Compagnie du iVorrfdestinée à porter dans ces pays nos vins, eaux-de-vie, vinaigres et sels en échange des fers, chanvres etboisde construction.

Colonies : Les Antilles*et les îles du golfe Saint- Laurent. — La plupart des compagnies de commerce ayant échoué, la couronne rentra en possession des domaines concédés et les traita alors en véritables colonies, administrées par des gouverneurs et des intendants. Aux petites Antilles acquises sous Richelieu, il faut joindre l’ouest de Haïti ou Saint- Domingue, destiné à devenir au siècle suivant une florissante colonie ; le sucre et le tabac en étaient alors les principales productions. Dans les îles du golfe Saint-Laurent, les grandes pêcheries, bien plus importantes pour la marine marchande que le commerce des denrées tropicales, reprirent leur activité. Plaisance au sud-est de Terre-Neuve était le centre des pêcheurs de morue et de baleine, montant en 1681 près de 200 vaisseaux dont 65 venaient de Saint-Malo, 30 de Nantes et plus de 100 du Ilâvre.

Le Canada. — Colbert ne ménagea pas à cette importante colonie les réglements dont il était si prodigue pour le commerce intérieur : défrichement des terres dans des limites restreintes, défense de cultiver le tabac réservé aux Antilles, émigration volontaire ou forcée de colons à qui il était défendu sous peine de mort de revenir en France, relations difficiles avec les indigènes, jugement de contestations incessantes entre les autorités et le clergé remuant de la colonie, exclusion des étrangers et surtout des Hollandais, toutes ces mesures expli-

quent comment le Canada n’avait encore que dix mille habitants en 1683, malgré l’importance que la grande pêche de la morue et de la baleine, le commerce des peaux de castors et de loutres, celui des bois de construction devaient donner à ce vaste établissement. Sous les gouverneurs Tracy et Frontenac et l’administration de l’intendant Talon, le second créateur de la colonie après Champlain, des villages furent établis aux environs des villes de Québec, Montréal et Trois-Rivières ; les colons s’avancèrent au sud parla rivière Richelieu et le lac Champlain jusqu’aux colonies agricoles des Anglais, et à l’ouest jusqu’aux immenses lacs d’où sort le Saint-Laurent, formant comme une mer d’eau douce au centre de T Amérique ; des postes militaires reliaient les villages pour les défendre contre les attaques des indigènes.

Découverte de la Lousiane; Cavelier de la Salle 1. --- De hardis explorateurs, empruntant aux sauvages la vie errante des coureurs des bois, s’élancèrent bientôt au delà de ces étroites limites et donnèrent à la France la souveraineté de presque toute l’Amérique du Nord, entre le golfe du Mexique et le cercle polaire. En 1636, Bourdon pénétra par mer dans la

1. V. G. — Gravier: découverte s et établissements de Cavelier de La Salle , de Rouen , dans V Amérique du Nord. Son nom est à peine connu en France, tandis que les Américains des États-Unis viennent de célébrer par de grandes fêtes (1882) le deux-centième anniversaire de son grand voyage.

baie d’Hudson ; en 4671 Albanel et Saint-Simon y vinrent par terre en remontant le Saguenay ; en 4673 le jésuite Marquette et Joüet reconnurent les mines de cuivre du Lac Supérieur ; rencontrant à peu de distance les sources du Wisconsin, ils le descendirent jusqu’au Mississipi.

Mais la découverte de ce vaste fleuve venait d’être faite depuis un an par le plus célèbre de ces explorateurs, le Rouennais Cave lier de la Salle. En 4669 il cherchait la route de la Chine par l’Ohio qu’il pensait se diriger à l’ouest vers l’Océan Pacifique ; en 1672, passant du lac Michigan dans la rivière des Illinois, il est porté sur un grand fleuve roulant vers le sud, le Mississipi, qu’il juge se jeter dans le golfe du Mexique. De retour en France il reçoit la mission de descendre le fleuve dans toute son étendue pour fonder un établissement militaire destiné à assurer à la France, contre les Espagnols, la libre navigation de ces mers et la facilité des communidations entre le Canada et les Antilles. Il monte le 2 février 4682 sur une frêle embarcation et le 9 avril débouche dans le golfe du Mexique, prenant possession, au nom de Louis XIY, de ce vaste bassin qu’il appelle la Louisiane. Envoyé en 1687 avec quelques bâtiments et 200 hommes pour fonder un établissement sur le fleuve, il est abandonné par le capitaine chargé de le conduire, et comme il cherchait à regagner le Canada par terre, égorgé par ses compagnons révoltés.

A la mort de Colbert en 1683, la France possédait de vastes colonies, mais médiocrement peuplées et d’un faible commerce ; ses compagnies avaient échoué. Quelle différence avec les . colonies protestantes des Anglais en Amérique et la compagnie hollandaise des Indes Orientales !

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