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CHAPITRE CINQUIÈME

Le COMMERCE FRANÇAIS DEPUIS LA MORT DE COLBERT

jusqu’à celle de Louis xiv.

Le gouvernement de Louis XIV de 1683 a 1715. — Ce n’est pas sans raison que l’on considère la date delà mort de Colbert comme séparant les deux parties du gouvernement personnel de Louis XIY. Jusqu’en 1683 l’influence de Colbert balance celle de Louvois; s’il ne peut empêcher les guerres de 1668 et 1672, il suffit à leurs dépenses parce qu’elles sont de courte durée ou faites contre peu d’ennemis ensemble. Mais après 1683 Louis XIV s’abandonne tout entier aux conseils violents de Louvois. Son ambition et son orgueil soulèvent toute l’Europe quand il bombarde Gênes, envahit et brûle le Palatinat quand il soutient deux guerres de dix ans contre toutes les puissances pour imposer un roi aux Anglais et maintenir son petit-fils sur

le trône d’Espagne. Aux conseillers habiles et aux grands capitaines succèdent les ministres incapables et les généraux ineptes, les défaites aux victoires. Comme si ce n’était pas assez de ces désastres à l’extérieur, les persécutions religieuses troublent le royaume en ruinant l’agriculture et le commerce. Les fléaux de la nature se joignent aux misères de la politique, et c’est merveille si la France ne succombe pas en 1715 sous le poids de tant de maux.

Décadence de la marine et du commerce. Nouveaux tarifs. Contrebande. — L’héritage ministériel de Colbert fut partagé entre son fils Seignelay qui conserva la marine, Louvois qui prit la surintendance des arts et des bâtiments, et Le Pelletier nommé contrôleur général des finances avec les autres attributions de Colbert. Mais Seignelay, oubliant que la marine militaire doit être surtout employée à la protection du commerce, la prodigua en expéditions barbares comme le bombardement de Gênes, ou en grandes combinaisons maritimes qui amenèrent le désastre de la Hougue (1692). Les navires garde-côtes furent d’abord diminués de nombre, puis supprimés ainsi que les convois, pour renforcer les escadres de guerre. Aussi le commerce fit-il bientôt des pertes considérables par le renouvellement des pirateries des Barbaresques et les courses des Anglais et des Hollandais. Louvois, flattant les goûts du Roi pour les bâtiments et la

guerre, détournait au profit des fortifications et de l’armée les fonds destinés à la marine ; pour les constructions inutiles de Trianon et de Marly, il portait à quinze millions en 1686 les dépenses des bâtiments qui n’étaient que de six millions en

L’établissement de nouveaux tarifs vint encore bouleverser les intérêts du commerce. Lorsque les relations commencèrent à s’altérer en 1687 avec la Hollande et l’Angleterre, on revint en les exagérant encore aux tarifs de 1667 abolis à la paix de Nimègue. Les draps étrangers reçus aux bureaux des douanes pour deux aunes (lurent acquitter les droits d’importation sur le pied de trente ; une taxe de vingt pour cent fut frappée sur les cires étrangères ; chaque peau de castor dut payer vingt livres ! L’exportation même fut gênée par des droits considérables. Ces mesures produisirent le résultat qu’on en devait attendre, niais tout opposé à celui qu’on s’était promis. Les provinces du Midi riches en vins et eaux-de-vie perdirent la fructueuse clientèle de l’Angleterre et de la* Hollande, recouvrée depuis 1678 ; les Anglais demandèrent leurs vins à l’Espagne et au Portugal, ou se procurèrent les vins de France par la contrebande, autre source de ruine et de démoralisation pour le commerce. Ce furent les Hollandais qui l’organisèrent sur la plus vaste échelle, soit en se servant des pavillons danois et suédois, soit par la fraude, concurrence d’autant

plus dangereuse au commerce français qu’ils ne payaient aucun droit d’entrée. En effet les commis des fermes, ne se sentant plus contenus par la main de Colbert qui avait fait condamner l’un d’eux comme concussionnaire pour avoir exigé cinq sols qui n’étaient pas dus, favorisaient la contrebande des Hollandais ou faisaient à côté d’eux une contrebande rivale, ruinant pour leur profit personnel le commerce qu’il était de leur devoir de protéger. Ces fraudes étant soupçonnées, Le Pelletier ne sut remédier à ce désordre qu’en détruisant une des plus utiles institutions de Colbert, les entrepôts et les étapes si favorables au transit ; ce genre de commerce fut d’abord gêné par des élévations de droits sur les marchandises étrangères traversant la France, puis supprimé (1688) par l’abolition des étapes et des entrepôts, sous prétexte que la circulation des produits étrangers favorisait la contrebande.

Révocation de l'Édit de Nantes. — Elle porta au commerce déjà si malade un coup dont il ne se releva pas. Fidèlement observé par Richelieu et peu atteint par Mazarin, l’édit de Nantes avait apaisé les discordes religieuses et fait des protestants, après la prise de la Rochelle, des sujets aussi dévoués que les catholiques. Louis XIV, poussé par le clergé qui dans ses assemblées quinquennales n’accordait au roi « des dons gratuits » qu’en proportion des mesures de rigueur promises contre les hérétiques, com-

mença dès 1665 les persécutions. Les protestants urent exclus à Paris et à Rouen de certains métiers, un assez grand nombre de familles quittèrent déjà la France. Colbert s’effraya ; car la partie la plus laborieuse de la bourgeoisie, surtout dans l’Ouest et le Midi, était protestante et s’appliquait avec ardeur au commerce et à l’industrie. Grâce à son intervention énergique, les persécutions cessèrent pendant quelques années ; elles se renouvelèrent quand son influence commença à faiblir.

En 1680 ils sont exclus des emplois de justice et de finances, puis des professions d’imprimeurs et de libraires, d’avocats et de médecins. En 1681 Louvois propose d’exempter des logements militaires les convertis et de rejeter d’autant ce fardeau sur les autres. Alors commencent ces horribles brutalités soldatesques flétries du nom de dragonnades ou missions bottées : Le roi, dit Louvois, veut qu'on laisse le soldat vivre licencieusement. L’émigration protestante devient plus considérable, sollicitée par les princes étrangers intéressés à attirer chez eux nos industries ; l’Angleterre leur offre tous les privilèges pour d’exercice de leurs métiers ; Amsterdam leur garantit le droit de maîtrise et de bourgeoisie, leur fait des avances d’argent et construit mille maisons pour les loger. Colbert mort, la persécution se précipite et le 17 octobre 1685 la révocation de l’édit de Nantes est signée.

Outre l’ordre de démolir immédiatement tous les

temples et la défense de pratiquer publiquement la religion réformée, il était enjoint aux ministres de sortir sous quinze jours du royaume et interdit au contraire aux autres protestants de le quitter. Mais les ministres demeurèrent courageusement, bravant la peine de mort pour soutenir la foi des religionnaires ; les autres, quoique menacés des galères perpétuelles, s’enfuient par toutes les frontières et sont reçus avec empressement à Genève, en Hollande, en Angleterre, en Allemagne. Deux à trois cent mille personnes, l’élite des protestants, quittent la France: 9,000 matelots, les meilleurs du royaume au témoignage de Yauban, 12,000 soldats, 600 officiers, des écrivains et des savants, entre autres Denis Papin portant en Angleterre l’invention qui doit centupler les forces de l’industrie. La France perd en quelques années cette royauté industrielle due au génie de Colbert.

Des villes, des provinces se voient enlever le commerce qui va fleurir au delà de nos frontières. La Touraine tombe de 8,000 métiers à 1,200, pendant que des faubourgs de Londres et d’Amsterdam se peuplent de nos ouvriers en soie ; la chapellerie normande se transporte également en Hollande et en Angleterre avec nos fabriques de draps, velours, tapis, moires et batistes. Vingt mille ouvriers de Sedan et du Languedoc fondent à Brandebourg et à Berlin des manufactures de bas tricotés et de lainages. Aujourd’hui encore que de noms français

parmi les plus illustres savants et les officiers les plus renommés de la Prusse !

Nouveaux règlements industriels et créations d'offices. — Le gouvernement de Louis XIY crut arrêter ce dépérissement du commerce et de l’industrie par des règlements encore plus tyranniques que ceux de Colbert ; il ne pouvait comprendre que les progrès de la fabrication et les changements de la mode rendaient la gêne des règlements insupportables. En 1688 l’ancienne instruction générale sur la teinture est remplacée par une autre plus longue encore. Mais si les nouveaux tarifs avaient fait naître la contrebande, les nouveaux statuts développèrent la fraude. Les gardes des métiers allèrent jusqu’à s’entendre avec les marchands pour tromper les inspecteurs du -commerce, perdus eux-mêmes dans le dédale de ces règlements.

La création d’offices et de maîtrises nouvelles, dont Colbert avait usé avec regret et ménagement pendant la guerre de Hollande, devint dans celle de 1688 à 1697 une machine financière dont abusèrent ses successeurs pour la ruine du commerce et de l’industrie. On créa moyennant finance des commissaires-inspecteurs des halles, des boucheries, des contrôleurs de volailles, de beurres et de fromages, des jurés- visiteurs de porcs, qui s’imposèrent au vendeur et à l’acheteur, prélevant de nouveaux impôts sur les marchandises. On établit aussi des offices et des maîtrises nouvelles dans les corpora-

lions, pour forcer celles-ci à les racheter par crainte de la concurrence. Profitant même de la complicité démontrée^de quelques gardes du métier dans les infractions aux règlements, Louis XIY remplaça en 1691 tous les jurés électifs par des jurés héréditaires en titre d’office. Les corporations, inquiètes de voir des étrangers s’immiscer dans leurs affaires, demandèrent à acquérir ces offices pour elles-mêmes. On le leur accorda avec empressement et il en coûta 640,000 livres aux six corps des marchands de Paris. Mais ces corporations durent emprunter, hypothéquer leurs biens, et, pour payer les intérêts et rem. bourser le capital, augmenter les droits de toute espèce sur leurs membres ; nouvelle charge pour l’industrie.

Statistique industrielle et commerciale de 1698. — Si l’on veut connaître dans le détail l’état où le gouvernement de Louis XIV avait réduit le commerce et l’industrie 13 ans après la mort de Colbert, il faut consulter un célèbre document officiel, les Mémoires des Intendants rédigés en 1 698 par ordre de Louis XIV pour l’éducation politique de son petit-fils le duc de Bourgogne i. C’est une véritable statistique de la France à cette époque, due à des personnes plutôt

1. Ils existent à la Bibliothèque nationale; Boulainvilliers en a donné une analyse fort étendue en 1727 sous le titre d’État de la France. M. de Boislisle a commencé la publication du mémoire relatif à la généralité de Paris. V. aussi Levasseur, Histoire des classes ouvrières, T. 2.

portées à dissimuler le mal qu’à l’exagérer. On y voit cependant à quel point de dépérissement étaient tombés le commerce et l’industrie.

La Flandre, si populeuse et si riche au XVe siècle, mais devenue depuis trente ans le champ de bataille de l'Europe, ne comptait que 582,000 habitants (le département du Nord un peu moins vaste en possède aujourd’hui 1,603,000). De 4,000 métiers qui battaient à Ypres au XIV0 siècle, il n’en restait plus que 15 ; la fabrication des sayetleries de Lille était réduite de moitié ; l'aggravation des droits avait presque ruiné à Dunkerque les pêcheries et la marine marchande. La Picardie a perdu le douzième de sa population ; la cherté des laines, conséquence des nouveaux tarifs, arrêtait plus du quart des métiers ; la célèbre fabrique de Van Robais à Abbeville, la plus importante de France, était tombée de 100 métiers à 80.

Lés provinces de l’Ouest avaient encore plus souffert, comme renfermant avant 1685 le plus grand nombre de protestants. En Normandie les villes maritimes ont éprouvé le sort de Dunkerque ; la chapellerie de Caudebec a disparu ; la draperie a baissé et l’on ne fait presque plus de dentelles à Alençon. Dans le Maine la toilerie n’occupe plus que 6,000 métiers au lieu de 20,000. La Bretagne a perdu par l’élévation des droits le grand commerce de toiles (1,200,000 pièces par an) qu’elle faisait auparavant avec la Hollande et l’Angleterre. La Touraine était

de beaucoup la plus malheureuse : elle avait perdu un tiers de ses laboureurs, la moitié de son bétail ; la soierie était déchue ; de 400 tanneries, il en restait 54 ; de 250 métiers de draps, 15 à Tours, habitée alors par 33,000 personnes au lieu de 80,000. Les papeteries de l’Auvergne, du Limousin et de l’Àngoumois ont presque cessé de travailler ; dans cette dernière province, il n’y a plus que 6 moulins eh activité au lieu de 60. La Guyenne exporte encore 100,000 pièces de vin par an ; mais ce commerce se fait en grande partie par des marchands étrangers et Bordeaux ne compte que 34,000 habitants. La population est réduite d’un tiers dans la généralité de La Rochelle.

Mêmes désastres au midi et dans l’est. Le Languedoc si bien situé pour le commerce, mais troublé par les persécutions dirigées contre les protestants des Cévennes, ne profite pas du beau travail de Riquet, parce que les frais dont la navigation est chargée sur le canal détournent les marchands : de plus, les éleveurs de vers à soie sont ruinés par un édit de 1687 obligeant toutes les soies languedociennes à passer par Lyon pour y payer une surtaxe. Lyon n’a guère profité de ce privilège, car il a perdu 20,000 habitants depuis la guerre ; on n’y vend plus que la dixième partie des futaines, et ses métiers à soie sont tombés de 18,000 à 4,000. Il en est de même de Marseille : pour la favoriser, un édit de 1685 impose un droit de 20 0/0 sur toutes les marchandises

tirées du Levant par d’autres négociants que les Marseillais; mais en même temps les règlements prohibent l’entrée des toiles peintes et des étoffes de coton, principaux objets d’échange avec le Levant. Enfin, par l’affaiblissement de notre marine militaire, les Barbaresques étaient redevenus si redoutables que Marseille n’envoyait plus en Syrie que 9 bâtiments par an.

Le Dauphiné, pays protestant et placé sur le chemin des armées vers la Savoie et le Piémont, a perdu le huitième de sa population depuis la révocation de l’édit de Nantes et depuis la guerre de 4688. La Champagne est également ruinée par le départ des protestants et le passage des armées d’Allemagne; on ne fait plus de dentelles à Sedan ; à Mézières, sur 400 métiers il en reste 8 en activité ; de 4842 à Reims et aux environs, 950 ; Troyes est tombé de 50,000 habitants à 20,000.

Le nouveau conseil de commerce et les chambres de commerce ; réaction contre le système de Colbert. — Louis XIV n’apporta pas à guérir ces maux le remède nécessaire, c’est-à-dire la paix continue, la diminution des dépenses, la suppression complète des douanes intérieures et une plus grande liberté du négoce avec l'étranger. Il voulut du moins s’éclairer en consultant les marchands sur les affaires commerciales. C’est à cette intention qu’il faut rapporter deux institutions excellentes qui signalent la fin de ce règne.

Le Conseil de commerce institué par Colbert en 1665 ne comptait que 3 membres résidant pendant une année auprès du ministre ; les autres n’étaient qu’au nombre de 33 pour toute la France, ou de 11 pour chacune des trois zones commerciales entre lesquelles elle était partagée. Le nouveau Conseil de commerce établi en 1700 se composait de 12 négociants délégués par les principales villes, Paris, Rouen, Dunkerque, Lille, Nantes, Lyon, etc., siégeant à côté du chancelier et du contrôleur général des finances. La représentation provinciale était surtout beaucoup mieux organisée par la création des Chambres de commerce. Marseille seule en avait une depuis 1650. D’autres furent établies à Dunkerque (1700), Paris{ 1701), Lyon{ 1702), Rouen et Toulouse (1703), Montpellier (1704), Bordeaux (1705), La Rochelle (1710), Lille (1714) et sous Louis XV, Rayonne (1726), Nantes et Saint-Malo . Ces chambres, de 8 à 12 membres, étaient électives.

Le Conseil de commerce . s’éleva avec énergie contre les privilèges et les tarifs de Colbert. Depuis la mort du ministre, beaucoup de manufactures et de compagnies privilégiées, n’étant plus soutenues par les faveurs du budget, avaient dépéri. Ces établissements, disait-on, coûtent plus qu'ils ne valent. Ainsi la fabrique de dentelles de Sens cessa d’exister dès 1676, aussitôt qu’on lui retira la subvention ; la plupart des manufactures de draps établies en Bourgogne et pour lesquelles Colbert avait fait voter

DU COMMEKCE FRANÇAIS

800,000 livres à la province, n’avaient pu réussir ; celles de Clermont, de Carcassonne et de Saptes en Languedoc étaient endettées. Au contraire la fabrication des draps avait décuplé à Sedan depuis que Cadeau n’avait plus son privilège ; on dut en 1700 supprimer celui de Camuzet (p. 213), et autoriser 18 villes à faire des bas d’estame. Dès 1 695 le corps des merciers à Paris réclamait énergiquement contre le renouvellement du privilège accordé à Saint- Gobain et demandait la liberté du commerce.

Il en fut de même pour la seconde partie du système de Colbert, les tarifs. La nouvelle guerre de 1701 ayant déterminé Louis XIY à élever encore le tarif déjà si aggravé en 1687, le nouveau conseil de commerce, à l’exception du seul délégué de Rouen, se prononça formellement contre cette mesure. Le délégué de Luinkerque faisait remarquer que si l’on repoussait les produits manufacturés de l'étranger, on ne pourrait lui vendre ceux de notre agriculture > le délégué de Nantes, que la fraude seule profiterait de l’augmentation des droits. Quand une industrie, disait le délégué de Lille s’élevant contre les privilèges accordés aux fabricants, lie savait ni s’établir ni subsister avec un droit de 12 à 15 0/0, elle devait être considérée comme voulant s’enrichir aux dépens du public. » Le délégué de Lyon était de tous le plus énergique. « Il faut revenir de la maxime de M. Colbert qui prétendait que la France peut se passer de tout le monde. C'est aller contre la nature qui

a distribué ses dons à chaque peuple pour les obliger à entretenir entre eux un commerce réciproque.

Commencement de la science économique. — Ces vœux ne furent pas écoulés. La guerre de la succession d’Espagne força Louis XIV d’accabler d’impôts un peuple « auquel il aurait fallu faire l'aumône ». De 116,000,000 en 1700, les dépenses étaient montées en 1707 à 238,000,000. Les défaites succédaient aux . défaites ; la Provence était envahie, aussi l’Alsace et la Flandre. L’hiver de 1708-1709 fut effroyable ; le Rhône lui-même fut arrêté dans son cours impétueux, la mer gelait sur nos côtes, les arbres fruitiers périrent et la récolte de 1709 ayant été perdue, la famine s’ajouta à tant de désastres. C’est au spectacle de ces misères que trois hommes généreux, reprenant les idées de Bodin, cherchèrent des remèdes à ces maux et peuvent être considérés comme les précurseurs des économistes du XVIIIe siècle. Par un singulier hasard, ils représentaient les trois classes entre lesquelles était alors partagée la société : Boisguilbert , la haute bourgeoisie ; Vauban , la noblesse militaire ; Fénelon, le clergé.

Boisguilbert h — Cousin germain de Corneille et lieutenant général (sorte de président de tribunal civil) au bailliage de Rouen sa patrie, Boisguilbert rebuté par le contrôleur général Pontchartrain auquel il était venu proposer ses projets de réforme, les exposa dans le Détail de la France publié en 1697

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