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V. Laboulaye, Histoire des États-Unis

Georges Washington. C’est le plus grand caraclère moral du XVIIIe siècle et peut-être de toute l’histoire, poussant la raison presque jusqu’au sublime et aussi constant dans les revers que modéré dans la bonne fortune. Il eut la gloire presque unique de sauver son pays dans la guerre, et de le gouverner sagement et librement dans la paix. En même temps le Congrès envoyait Franklin en France pour demander contre l’Angleterre l’appui des puissances européennes, si cruellement humiliées par elle dans.la guerre de Sept Ans. Presque toute la France se prononçait pour les insurgents , les uns par sympathie pour la justice de leur cause, les autres par le désir de venger les désastres de la patrie.' Le gouvernement de Louis XVI, toujours incertain, fournit d’abord en secret des fonds à un homme entreprenant, l’écrivain Beaumarchais, pour expédier des navires de commerce destinés à approvisionner l’Amérique d’armes et de munitions ; il permit ensuite à de jeunes volontaires, La Fayette, Rochambeau, Noailles, d’aller offrir leur épée à la République. Leur concours permit aux Américains de cerner dans Saratoga (1777) le général anglais Burgoyne, réduit à capituler devant ces miliciens dont il se moquait naguère avec insolence.. L’effet de cette victoire fut prodigieux en Europe. La France s’unit alors avec la République Américaine par un traité d’alliance et de commerce ('février 1778), et déclara la guerre aux Anglais.

Neutralité armée ; paix de Versailles; traité de commerce avec les États-Unis. — Cette guerre fut glorieuse pour la marine française. La bataille indécise d’Ouessant, livrée par D’Orvilliers (1778), annonçait les exploits deGuichen, deD’Estaing, de l’amiral De Grasse aux Antilles, et surtout ceux de Suffren dans les mers des Indes. En même temps la question du commerce des neutres armait presque toute l'Europe contre l’Angleterre. Au début des hostilités le gouvernement de Louis XYI avait défendu à nos vaisseaux et à nos corsaires d’arrêter les navires des neutres, à moins qu’ils ne portassent de la contrebande de guerre dans les ports réellement bloqués. Les Anglais au contraire arrêtaient tous les navires neutres frétés pour la France, attendu que les ports de France sont naturellement bloqués par les ports d’ Angleterre. L’Espagne et la Hollande s’unirent alors offensivement avec la France contre les Anglais. Dans le nord, la Russie, la Suède et le Danemark, renouvelant les pactes conclus par eux en 1 736 et 1739 (p. 280), signèrent en 1780 le traité de la neutralité armée : Ils déclaraient : « 1° que les vais- » seaux neutres ont droit de naviguer de port en » port et sur les côtes des nations en guerre ; 2° que » les effets appartenant aux sujets des puissances » belligérantes doivent être respectés sur les vais- » seaux neutres ; 3° qu'il n’y a d’autres objets de » contrebande que les armes, équipements et muni- » tions de guerre , 4° que les seuls ports bloqués

» sont ceux devant lesquels se lient à demeure et » à proximité une force ennemie. »

Pour appuyer ces principes conservateurs du commerce, les trois puissances armaient trente-cinq vaisseaux et se préparaient à la guerre. Cette menace, jointe à la capitulation du g'énéral anglais Cornwallis devant Rochambeau à Yorktovn (1781), et à la prise de Minorque d’où les corsaires anglais faisaient tant de mal à notre commerce dans la Méditerranée, amena le traité de Versailles (1783). Les Anglais nous rendaient nos colonies des Antilles et du Sénégal perdues en 1763 ; à l’Espagne, Minorque et la Floride ; ils reconnaissaient l'indépendance des États-Unis, dont le territoire était étendu à l’ouest jusqu’au Mississipi.

L’importance commerciale de cette paix n’était pas moindre que son importance politique. Un traité de commerce devait être conclu entre la France et l’Angleterre avant le Ier janvier 1786. Par celui de 1778 avec les États-Unis, les ports de ce pays, qui n’avaient presque aucune industrie par la rigueur avec laquelle l’Angleterre y avait maintenu le pacte colonial, s’ouvraient presque sans droits aux produits manufacturés de la France.

Necker n’avait pas assisté comme ministre à ces brillants succès de notre politique commerciale. Pour subvenir aux dépenses de la guerre, il avait dû recourir à l’emprunt. La confiance qu’il inspirait lui fit trouver 600 millions. Comprenant que le crédit

ne pouvait se soutenir que par la publicité et l’appel à l’opinion, il obtint de Louis XVI la permission de publier le Compte rendu des finances (1781). La nation connut pour la première fois l’ensemble des charges inégales qu’elle supportait, les abus de la perception avoués par le gouvernement lui-même, et surtout l’énormité de certaines dépenses superflues, entre autres les 28 millions de pensions payées à la noblesse oisive de la cour, somme double de celle qu’employaient au même objet tous les souverains de l’Europe ensemble. Necker fut dès lors attaqué par toutes les colères et tous les intérêts coalisés ; Louis XVI le renvoya comme Turgot, à la douleur de Paris et des provinces, et à la grande joie de l’Angleterre.

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