V. Joubleau. Études sur Colbert, t
au contraire (de 237 millions en 20 ans) entre 1763 et -1783 par les doctrines des économistes et les réformes de Turgot et deNecker ; 3° que les effets d’un traité de commerce conclu dans les conditions désavantageuses l’ont rendu stationnaire de 1783 à 1789.
La répartition de ce commerce était à peu près la même en 1789 qu’aujourd’hui ; car les industries se sont plutôt développées que déplacées, étant comme attachées au sol par la proximité des matières premières et les habitudes de plusieurs siècles 1. Ainsi lelinet le chanvre étant cultivés dans presque toutes les provinces, on faisait partout des toiles, surtout dans les campagnes depuis les édits de 1762 à 1765. Mais les derniers apprêts et la fabrication des toiles fines avaient lieu principalement en Flandre, Normandie et Picardie ; Saint-Quentin était déjà renommé pour ses linons, ses batistes et ses gazes de fil.
Le coton commençait à entrer pour une part importante dans la fabrication des toiles. Pendant tout le moyen âge la France l’avait reçu lo'ut filé du Levant et le mêlait à d’autres textiles. Mais depuis 50 ans on le filait, le tissait et l’imprimait pour en faire les toiles peintes et les étoffes légères adoptées par la mode. La Normandie, la Picardie et l’Alsace travaillaient déjà la plus grande partie des 11 millions de livres de coton importées en 1788. Rouen tenait la
1. V. Levasseur : Histoire des classes ouvrières depuis 1789, t. I.
première place par ses roueimeries, où par des procédés de teinture on obtenait des dessins de fleurs et des chinés pour les bas de coton. Amiens faisait des velours de coton d’Utrecht ; un de ses citoyens, Martin, introduisit en 1784 le métier à filer d’Arkwright. Scheurer fonda à Wesserling la première fabrique de toiles peintes d’Alsace, et le célèbre Oberkampfla manufacture d’indiennes d eJouy.
L’industrie des laines était la plus répandue de toutes, comme la plus ancienne ; mais elle variait dans chaque province suivant les habitudes séculaires du travail. Comme aujourd’hui, la Champagne, la Flandre, la Picardie, la Normandie, quelques villes du centre et le Languedoc étaient les sièges principaux de cette industrie. Sedan occupait le premier rang pour les draps tins et les casimirs ; Rethel faisait des étamines et des flanelles ; Troyes, des ratines, des molletons et des serges ; Reims, des castors ras, des flanelles et des étamines. En Picardie, Amiens et Abbeville , travaillaient les draps, les serges, les camelots ; Beauvais et Breteuil, les ratines et les molletons. En Normandie Rouen, Darnetal et Elbeuf fabriquaient les draps ordinaires ; Bouviers , les draps fins et les casimirs ; Lisieux, Vire, Dreux et Nogent-le-Rotrou , les serges, étamines et couvertures. Le centre ne faisait que des draps commufls : les cadis de Saintonge , les serges et les droguets de la Marche et du Bourbonnais, les couvertures û' Orléans. Le Languedoc tenait le premier rang dans le
Midi avec Lodève et Montpellier pour la fabrication des draps de l’armée et pour les couvertures, Aubenas pour les draps fins, Mende et Rodez pour les cadis, serges et flanelles, Limoux pour les ratines , Carcassonne approvisionnait encore en partie les marchés du Levant. La Guyenne venait ensuite avec les cadis, burats, droguets et couvertures de Saint-Gaudens, Toulouse, Rieux, La Réole et les draps de Montauban.
L’industrie des soieries, où Lyon tenait la première place pour les fortes étoffes comme Nîmes pour les bas de soie, avait souffert de la préférence donnée depuis quelque temps par la mode aux toiles peintes et aux étoffes légères de linons et de batiste ; la prohibition imposée par l’Angleterre à ses produits augmentait encore le malaise. Nos grandes manufactures royales, les Gobelins , Beauvais, Aubùsson pour les tapis, Saint-Gobain pour les glaces et Sèvres pour les porcelaines n'avaient pas de rivaux en Europe, comme P«mpour les meubles, les modes et les industries de luxe. Mais les fabriques de produits ordinaires étaient fort affaiblies par les conséquences du traité de 1786. Nevers déplorait la ruine de ses fabriques de faïence ; Le Creusot commençait seulement à travailler le fer au coke.
Il manquait à la France pour développer son négoce la pleine liberté industrielle et commerciale, l’ordre intérieur avec la liberté, l’usage des machines industrielles et la plus grande facilité des communi-
cations. La Révolution ne devait lui donner immédiatement que les premiers de ces avantages ; les. autres étaient réservés à des temps encore plus voisins de nous.