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CHAPITRE DEUXIÈME Le commerce df. la Galle romaine

Conquêtes des Romains en Gaule. — Les Romains furent maîtres de la Gaule pendant environ cinq siècles. Leur province Transalpine , c’est-à-dire le pays conquis au delà des Alpes, ne comprit d’abord que la Provence actuelle. Mais ils franchirent bientôt le Rhône, fondèrent Narbonne en 118, poussèrent leurs expéditions au delà des Cévennes et vers la Saône ; aussi lorque César reçut, en 38, le gouvernement de cette province, elle s’étendait de Toulouse à Genève. Le reste de la Gaule était divisé en trois parties: Aquitaine au sud-ouest, entre la Garonne et les Pyrénées, Celtique au centre depuis la Garonne jusqu’à la Seine, Belgique au nord entre la Seine et le Rhin. Ce pays était encore indépendant, mais menacé à l’est par les invasions des Germains et déchiré à l’intérieur par les rivalités des tribus gauloises ou gar les ambitions de leurs chefs. Ces dissensions permirent à César de diviser les tribus, de se concilier l’amitié des unes pour écraser les autres, et de conquérir en huit ans toute la Gaule malgré la glorieuse résistance de Vercingétorix. (38-30 avant J.-C.)

Octave-Auguste, maître du gouvernement à Rome après César, organisa, en 27, l’administration de la

Gaule. La Provence et la Belgique conservèrent leurs limites ; mais la première prit de Narbonne , sa capitale, le nom de Narbonnaise ; la seconde eut Reims pour chef-lieu. L’Aquilaine agrandie comprit tout le pays entre la Loire et les Pyrénées avec Bordeaux pour capitale. La Celtique, ne formant plus qu’une longue bande de terrain entre les Alpes et l’Océan, reçut le nom de Lyonnaise ; elle le dut à son chef-lieu, Lyon (Lugdunum) fondée en 42 par Plancus, gouverneur des Gaules.

A la place de leur indépendance nationale, Rome donna aux Gaulois, avec l’ordre et la sécurité, de grandes libertés municipales. Les provinces furent divisées en Cités , groupes politiques comprenant une ville avec un vaste territoire; il y en avait soixante pour les trois provinces nouvelles. Elles s’administraient par des Curies ou conseils municipaux librement élus, et par deux ou quatre magistrats rendant aussi la justice civile et commerciale. On trouve dans ces municipes gaulois l’organisation de nos communes du moyen âge.

Caractères 'du commerce en Gaule sous Les Romains; les voies romaines. — Les bienfaits du gouvernement romain ne furent pas moins grands par rapport au commerce. Au lieu d’être concentré presque uniquement dans une seule ville, il s’étendit sur toute la Gaule et même au delà de ses frontières, grâce aux ponts jetés sur les fleuves, aux belles voies tracées dans les vallées et sur le flanc

des montagnes. Lyon devint la capitale politique et commerciale de tout le pays. Cette ville, ditStrabon, est placée comme une forteresse au cœur de la Gaule ; là est le confluent des fleuves ; elle se trouve à proximité de tous les points de la province. Aussi le gendre d’Auguste, Agrippa, séjourna plusieurs années dans cette ville ; il y créa un atelier monétaire. Il en fit le centre de quatre grandes voies romaines qui descendaient, les deux premières à l’ouest vers l’embouchure de la Charente et de la Seine, l’autre au sud vers la Méditerranée, la dernière au Nord par les vallées de la Moselle et du Rhin. Augmentées ensuite et réunies par des voies secondaires, elles formèrent un réseau complet de communications militaires et commerciales. Beaucoup ont subsisté pendant des siècles ; quelques-unes sont encore reconnaissables aujourd’hui. Si l’on compare cette carte des voies romaines avec celle de nos chemins de fer, on voit que les uns et les autres suivent presque partout le même tracé'.

Passages des montagnes ; places de guerre et de commerce. — S’ils ne perçaient pas les montagnes par des tunnels, les Romains savaient les franchir par de belles routes. Trois traversaient l’épais massif des Alpes pour joindre la Gaule à l'Italie : les passages des Alpes Pennines et des Alpes Grées (grand et petit Saint-Bernard) d’Aoste sur Genève et Lyon, celui des Alpes Cottiennes (mont Genèvre) de Suse à Grenoble par Briançon.

Marseille ne conserva pas alors le grand commerce qui l’avait enrichie pendant plusieurs siècles. S’étant déclarée pour Pompée dans la guerre civile, elle fut prise par César et comme enfermée entre trois villes maritimes peuplées de citoyens romains, Fréjus, Arles, Narbonne. Fréjus devint un des ports de guerre où Auguste établit une flotte pour la sécurité du commerce et la facilité des communications entre l’Italie, la Gaule et l’Espagne. Arles (carte 3), placée au sommet du delta du Rhône, offrait au commerce un double port maritime, à l’est par le canal de Marius débouchant à Foz, à l’ouest par la branche espagnole du Rhône aboutissant aux étangs de la côte occidentale ; ils étaient plus étendus et plus profonds qu’aujourd’hui et joints à la mer par beaucoup de passages ^praticables. On évitait ainsi les branches du Rhône déjà ensablées. Aussi un poète du IVe siècle, Ausone, appelle-t-il Arles la petite Rome des Gaules ; il dit qu’elle recevait par le Rhône le commerce du monde entier.

Narbonne , .capitale de la province, remplaça Marseille comme métropole du commerce. Cette ville, aujourd’hui reléguée dans les terres par les déplacements et les alluvions de l'Aude, était autrefois entourée par les bras de ce fleuve et accessible aux plus grands navires de commerce, grâce aux lagunes de vive eau qui en faisaient comme la Venise de la Gaule (carte 4). Elle demeura telle jusqu’au 1V° siècle ; car Ausone en parle en ces termes : O Narbonne ,

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