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les mers orientales et les eaux qui baignent ï Espagne, les vaisseaux de la Sicile et de l’ Afrique t' enrichissent de leurs denrées ; les fleuves et les mers versent dans ton sein tout ce qu'ils apportent des diverses parties de l'univers. Narbonne était en effet le lien de tout le midi par la voie romaine franchis-
sant les Pyrénées au col de Perthus, et par celle qui descendait du col de Naurouse sur Toulouse et Bordeaux; cette dernière ville était déjà célèbre par l’excellence de ses vins.
Le Port des Santons (Brouage) était le débouché de la seconde voie romaine venant de Lyon par Bourges, Limoges et Saintes ; Corbilo , de celle qui descendait la Loire par Orléans et Tours. Les vallées
de la Seine et du Rhin, peu accessibles jusque-là au commerce par la grossièreté des Belges leurs habitants, sont également sillonnées de routes et bordées de ports. On arrivait de Lyon par Troyes, Paris et. Rouen à Caracotinum ouHarfleur, demeuré, jusqu’à la fondation du Havre (1517), le principal débouché de la Seine. Mais le premier port de la Manche était alors Boulogne, ville de guerre et de commerce, mouillage de la flotte britannique qui défendait ces parages contre les pirates ; on s’y embarquait pour Rutupiœ (Richborough) dans l’île de Bretagne (carte 5). Les Romains y élevèrent un phare d’une grande hauteur, appelé au moyen âge la Tour d’ordre: il est demeuré debout jusqu’en 16io..Cette ville était devenue si considérable, qu'outre la voie romaine arrivant de Lyon par Réims et Amiens, elle était unie par deux autres routes à Harfleur vers l’ouest et par Tournai et Tongres à Cologne sur le Rhin.
Ce fleuve, gardé par huit légions contre les incursions des barbares, fut hérissé de forteresses. Leur heureuse position, au confluent des principales rivières, en a fait depuis les grandes places commerçantes de la Suisse, de l'Allemagne et de la Hollande : Bâle , Strasbourg , Mayence, Cologne, Nimègue, Utrecht et Leyde. Les Romains desséchèrent les canaux et régularisèrent le cours des fleuves. Le canal de Drusus , joignant le Rhin à l’Yssel alors distinct de lui, étendit les communications jusqu’au lac Flevo,
l’ancien Zuyderzée, lac d’eau douce alors et beaucoup moins considérable qu’ aujourd’hui.
L'industrie'. — Si les Romains n’avaient pas, comme les Phéniciens et les Grecs, le génie du commerce de détail, ils formaient depuis longtemps des sociétés pour le négoce maritime. Ils portèrent en Gaule l’esprit d’association, et les capitaux qui créèrent l’industrie. Déjà dans la province soumise avant César, il .ne circulait pas, dit Cicéron, une pièce d'argent qui ne passât par les mains de marchands italiens. La conquête à peine commencée, les négociants romains suivaient les soldats et exploitaient le pays ; les Gaulois en égorgèrent plusieurs milliers dans Orléans révolté contre César. La Gaule soumise, leurs capitaux viennent en aide à l’intelligence rapide des Gaulois et développent les richesses du pays. Outre . l’agriculture qui continue à approvisionner l’Italie de chevaux, de bestiaux et de vins, les industries des toiles et des laines deviennent considérables. Les saies gauloises, fabriquées à Vienne et surtout à Arras, ne s’exportent plus seulement en Italie*, mais jusqu'en Asie Mineure où elles sont mentionnées au IVe siècle. Langres et Saintes faisaient des cuculles , pelisses grossières à capuchons devenues plus tard le vêtement des moines. Les Gaulois inventèrent des étoffes de feutre qui, durcies à l’aide de certains acides, pouvaient résister au fer et au feu ;
1. V. Levasseur. Histoire des classes ouvrières en France (t. 1), auquel la fin de ce chapitre est en grandie partie empruntée.
on fabriquait également des chaussures appelées Caracalles.
Les corps de métiers. — Fondés par les Romains, ils se perpétuèrent jusqu’à la Révolution. Ces collèges ou corporations d’ouvriers étaient divisés en plusieurs espèces.
Il y avait d’abord les ouvriers d'État, fabriquant les armes et la monnaie, employés des postes, ou attachés aux industries de luxe, l’orfèvrerie, le tissage, les teintures, analogues à nos manufactures royales des Gobelins, de Sèvres et de Saint-Gobain. Ainsi l’on trouve des fabriques d’armes à Autun, Mâcon, Reims, Soissons, Strasbourg et Trêves, c’està-dire près des mines de fer et de la frontière du Rhin. La monnaie était frappée à Lyon, Arles et Trêves ; l’orfèvrerie travaillée pour les princes à Trêves, Arles et Reims ; six gynécées ou ateliers de femmes, pour les broderies destinées à la cour impériale, à Lyon, Arles, Reims, Tournay, Trêves et Metz ; deux teintureries de la couronne à Toulon et à Narbonne. Ces ouvriers formaient une véritable caste, enchaînés de père en fils à des métiers héréditaires, ne pouvant se marier en dehors de la corporation, et marqués d’un fer rouge à la main pour les empêcher de s’enfuir. Un seul avantage compensait cette servitude industrielle ; ils étaient exempts du service militaire.
Les autres corporations jouissaient d’une condition meilleure. Leurs ouvriers ne pouvaient rompre leur
engagement sous peine d’être ramenés de force et punis. Mais la corporation avait des droits et formait comme un petit gouvernement dans la cité. Chacune comptait, comme au moyen âge, des apprentis et des compagnons. Ceux-ci payaient une somme en entrant dans le métier. Ils acquittaient des cotisations soit pour le culte des Dieux, chaque corporation adorant une divinité particulière comme les métiers du moyen âge avaient un saint pour patron, soit pour des cérémonies publiques où ils paraissaient avec leurs bannières. Ils se réunissaient pour délibérer sur leurs intérêts ; ils avaient des chefs appelés duumvirs ou quatuorvirs comme les premiers magistrats de la cité, renouvelables tous les cinq ans ou élus à vie.
On trouve en Gaule la mention d’un grand nombre de corporations. Les plus importantes étaient déjà celles des marchands de vin, et surtout les Nautes ou entrepreneurs de transports sur les rivières. Ils se rencontrent à Paris dès le premier siècle de l’ère chrétienne 1 ; ce sont les ancêtres de la hanse parisienne ou des marchands de l'eau dont la puissance politique fut si grande au XIYe siècle sous Étienne Marcel. D’autres existaient à Lyon, Arles, Narbonne, sur la Saône, sur la Loire et à Metz sur la Moselle.
Impôts prélevés sur le commerce. — En accordant
1. Ils avaient élevé sous le règne de Tibère (14-37 après J.-C.) un autel à Jupiter sur la pointe orientale de la Cité ; la pierre votive, trouvée en 1711 dans des fouilles faites à Notre-Dame, est déposée aujourd’hui au musée de Cluny.
aux corporations certains privilèges, les empereurs les chargeaient de lourdes taxes. Tous les corps de métiers payaient Y or du commerce, véritable patente perçue seulement tous les cinq ans ; mais le fisc en exigeait en une seule fois tout le versement, et il se montrait si impitoyable que des parents étaient réduits à vendre leurs enfants comme esclaves. D’autres impôts pesaient sur le commerce de détail : les péages des ponts et des routes, les octrois et les douanes variant du huitième au quarantième, et le centième des ventes levé sur les marchés.
Décadence du commerce aux 7Fe et Ve siècles. — Réduits à la misère par ces taxes oppressives, ruinés plus encore par l’anarchie militaire du IIIe siècle où dix-neuf empereurs se disputent en môme temps le gouvernement, écrasés enfin par les premières invasions des Barbares qui franchissent les frontièrés délaissées, les paysans et le petit peuple des villes forment, sous le nom de Bagaudes, des bandes de brigands ; ils pillent les villages et s’emparent même d’Autun où ils ne laissent que des ruines. Ils furent exterminés, non sans peine, par Maximien dans la boucle que dessine la Marne près de Paris, sur les mêmes lieux où, mille ans plus tard, périt la Jacquerie du XIVe siècle. La désolation était si grande que le gouvernement romain dut appeler sur l’Escaut et la Meuse des tribus de Francs barbares pour repeupler ces campagnes désertes.
Le commerce était entièrement ruiné; l’o.r et l’ar-
gent se cachaient. Le prix des denrées s’éleva tellement que l’empereur Dioclétien chercha des remèdes à cette dangereuse situation ; mais il ne sut prendre que des mesure^ vexatoires. En 302, il proclama un édit fixant le prix des marchandises et le taux des salaires. Véritable maximum analogue à celui de la Convention en 1793. Bien que la peine de mort punît la désobéissance, cet édit ne fut pas exécuté, comme il arrive de toutes les mesures arbitraires qui violent la liberté du commerce. Les marchés ne furent plus approvisionnés; l’or et l’argent se cachèrent de plus en plus'. En vain les empereurs défendirent, sous peine de mort, d’exporter les monnaies à l’étranger, et ne permirent aux marchands d’emporter en voyage qu’une somme dérisoire, équivalente à 30 francs. Leurs vexations n’eurent d’autre résultat que ds ruiner le commerce extérieur et d’accroître au dedans le fléau de l’usure. Est-il surprenant qu’au IVe siècle les populations appelassent les Barbares pour les délivrer des misères dont les accablait le gouvernement romain ?