‹ Histoire du communismeChapitre 28 sur 57 · LE GÉNOIS · texte numérisé non relu

LE GÉNOIS

€ Je sais mal soutenir une discussion , n'ayant jamiais f appris à argumenter. Je t'assure seulement que l'amour « de ces gens-là pour leur patrie est inimaginable. Ne voyon»- « nous pas, dans l'histoire, que plus les Romains mépri- € saient la propriété, plus ils se dévouaient pour le pays. >

L'embarras , les subterfuges , les précautions oratoires des écrivains communistes en présence de cette objection formidable sont tout à fait caractéristiques. Cependant, Campanella a l'honneur d'y avoir le premier opposé unseoH blant de réponse , en présentant le sentiment du devoir et du dévouement à la patrie comme un mobile sufiSsani de l'activité industrielle. Cette affirmation, démentie par l'expérience et l'assentiment de l'humanité, a été répétée et développée par les communistes du XYIII*^ et du XIX* siècle avec un imperturbable sang-froid. Elle est devenue la pierre angulaire de leur doctrine.

Campanella a mêlé à ses plans de rénovation sociale des dissertations inintelligibles sur l'astrologie judiciaire, dont il était infatué, malgré les railleries de Morus, son devancier et son modèle. Comme le fondateur de l'école phalanstérienne, il attribuait aux conjonctions des astres une influieiùe

(1) La Cité du Soleil esi, coemB Wtopiê, écrite sons la focme dn. dialogue. Les interlocuteurs sont le grand-mattre des hospitaliers^ et un capitaine génois qui a découvert dans l'Ile de Tapobraue ja Cité du Soleil. Dans V Utopie, Uorm joue le rôle de lliospitalier^ et Raphaël Hythlodée celui du Génois.

180 mSTOIBB DU COMinTNISlIB.

extraordinaire sur la prodaction des êtres animés. Il faisait de la réalisation de ses théories le point de départ de prodigieuses découvertes scientifiques et industrielles. Dans la république solarienne^ on verra des charrues marchant à la voile, des navires fendant les eaux sans mâts et sans rames; l'homme trouvera l'art de voler à travers les airs ; de discerner dans la profondeur des cieux les étoiles les plus éloignées; d'entendre le concert harmonieux des sphères célestes. Il atteindra une longévité inconnue dans notre société imparfaite. Sa vie pourra s'étendre jusqu'à deux siècles, grftce au calme et à la régularité de ses habitudes, et surtout aux remèdes merveilleux qu'il puisera dans la connaissance approfondie de l'astrologie. Pour comble de prodigCj, il découvrira l'art de se rajeunir, après chaque période de soixante-dix années. Toutes ces rêveries se compliquent encore des formules embrouillées d'une métaphysique abstruse.

Tels sont les réformateurs. Non contents de méconnaître les lois de la nature morale, ils font encore bon marché de celles du monde physique. Dans toutes les voies ouvertes à notre intelligence, ils s'abandonnent aux élans déréglés ^e leur imagination, au lieu de s'avancer d'un pas calme et sûr, appuyés sur l'expérience et le raisonnement. La même fougue qui les pousse à bouleverser l'ordre politique^ les porte i renverser les données de la science, à s'égarer à la poursuite de vaines chimères. De même qu'ils s'efforcent, sans le savoir, de ramener les sociétés à la confusion des âges primitifs, ils tendent à rejeter l'esprit humain dans ces systèmes grandioses,'mais hypothétiques, qui ont signalé l'en- Cance de là philosophie, et retardé si longtemps les progrès de nos connaissances.

Malgré la réputation que Campanella devait à d'antres ouvrages de pure philosophie et aux longues persécutions

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