‹ Histoire du communismeChapitre 37 sur 57 · CHAPITRE' XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE' XVIII

M. Louis Blanc. — L'organisation du travail.

M. Louis Blanc est un pur communiste. — Analyse du livre de l'Or* ganisaiion du Travail. — Attaques contre la propriété dissimulées sous le nom d'individualisme. — Distinction entre Tétai social transitoire et rétat social définitif, dans le système de M. Louis Blanc. — L'état définitif, c'est le règne de la communauté. — M. Louis Blanc s'est, en tout, inspiré de Babeuf. — Il se rattache à Mably et àMorelly. — Il explique l'atrocité des guerres allumées par le socialisme. — Sm* qui doit en retomber la responsabilité.

Dans les événements et les doctrines que nous avons exposés jusqu'ici, nous avons vu le communisme se produire au grand jour. Los hommes qui ont tenté de le réaliser dans le domaine des faits, ou qui l'ont préconisé par leurs écrits, marchent à leur but sans détour et bannière déployée. On sait ce qu'ils veulent et où ils vont. Ces attaques de front contre l'ordre social ont du moins le mérite de la loyauté. La question étant clairement posée, les esprits ne sauraient être entraînés par surprise, et la société prévenue du danger peut le combattre ou le conjurer.

Mais tous n'ont pas eu la même franchise. Repoussé par le bon sens public lorsqu'il s'est présenté ouvertement, le communisme a su revêtir des formes trompeuses^ à l'aide desquelles il est parvenu à égarer un certain nombre d'intelligences. C'est un devoir de lui arracher son masque et son nom d'emprunt, cl de le montrer à tous les yeux dans

nudité.

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Au premier rang des doctrines au fond desquelles se cache le communisme enveloppé d'expressions nébuleuses, nous signalerons celles de M. Louis Blanc. Pour prouver l'identité des théories de cet écrivain avec le plus pur communisme, il est nécessaire de les résumer rapidement.

L'exposition la plus complète du système de M, Louis Blanc se trouve dans son livre de V Organisation du Travail, Ses discours au Luxembourg n'en sont que des commentaires passionnés, et ses autres ouvrages expriment , sous une forme moins précise, les mêmes idées, les mêmes tendances.

Au début de cet écrit, H. Louis Blanc se livre à une amère critique de la société actuelle , qu'il compare à Louis XI mourant et s'étudiant à donner à son visage les trompeuses apparences de la vie. Il se complaît à étaler aux yeux du lecteur le tableau de certaines misères locales, et à dérouler devant lui les détails les plus hideux de la statistique du vice et du crime. Il s'applique à exagérer, à envenimer les faits dont il compose cette triste mosaïque ; puis il se hâte d'en rejeter la responsabilité sur l'ordre social. Ne lui demandez pas si, trop souvent, la misère n'est pas la conséquence de l'imprévoyance et de l'inconduite ; ne lui dites point que les vices et les crimes ne sont que les déplorables résultats de l'abus que l'homme fait de sa liberté, abus qu'il n'est donné à aucune société de prévenir. Il vous répondra avec Rousseau que tout est bien en sortant des mains de l'Auteur des choses , que l'homme *seul pervertit l'œuvre du Créateur; < car, dit*il, que des hommes naissent € nécessairement pervers, nous ne l'oserions prétendre, de c peur de blasphémer Dieu; il nous plaît davantage de < croire que l'œuvre de Dieu est bonne, qu'elle est sainte. « Ne soyons pas impies pour nous absoudre de l'avoir gâ- ( tée. » Quant à la liberté morale, il se réfugiera dans le

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doute de Montaigne : cIS la liberté hamaine exkte dan la € rigoorense acception du mot, de grands philosoplies Tant € mis en doute : toujours est-il que chei le pauvre, elle se € trouve étrangement modifiée et comprimée (i). >

Ainsi, ce n'est point l'homme qui est responsaUe de s« fautes^ mais la société ; M. Louis Blanc insiste sur ce principe : € On accuse, dit-il, de presque tous nos manz la co^ € ruption de la nature humaine : il flrudrnt en accuser le c vice des institutions sociales (2). » Cette théorie» dont les hôtes du bagne et lés prédestinés de Téchafinid ont plu d'une fois fait retentir le prétoire des cours d'assises, devient le point de départ et la base d' opérations de l'catèar, dans sa campagne contre la société.

Tous les vices, tous les crimes n*ont, dit^il^ qu'une canseï, la misère; la misère elle-même n'est que le résultat de h concurrence. M. Louis Blanc reprend alors contre là concurrence, les machines et les gros capitaux, les aii^anients développés depuis trente ans dans les Nouveaux Principes d'Économie politique de H. de Sismondi, sans tenir compte des réponses péremptoires qui ont réduit ces ai^^uments à leur juste valeur. Suivant sa manière habituelle, l'auteur développe avec complaisance les abus de la concurrence, en taisant ses avantages^ et, au lieu de rechercher les moyens de prévenir ou d'extirper ces abus, il se hAte de prononcer Tanathème sur le principe lui-même. Hais la concurrence n'est, suivant lui, que l'une des manifestations d'un fait plus général qu'il appelle l'individualisme. C'est donc l'individualisme, qu'il faut frapper. Or, qu'est-ce que cet individualisme, source de tous les maux qui aifligentla terre? A cet égardj l'auteur ne s'explique pas clairement; mais de la

(1) Organisation du Travail^ p. 48.

Id., p. 179.

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suite de son livre^ il résulte que cette expression obscure ne désigne autre chose que le principe même de la propriété individuelle.

Les cent pages que M. Louis Blanc a consacrées à la critique de la société ne sont que la paraphrase de ces passages de Babeuf :

a Quoiqu'il y ait des mauvais sujets qui doivent imputer « à leurs propres vices la misère où ils sont réduits, il s'en « faut de beaucoup que tous les malheureux puissent être « rangés dans cette classe. Une foule de laboureurs et de € manufacturiers que l'on ne plaint point vivent au pain et i a: Teau^ afm qu'un infâme libertin jouisse en paix de l'hérita- (c ge d'un père inhumain, et qu'un fabricant millionnaire e: envoie à bas prix des étoffes et des joujoux dans les pays ^ qui fournissent à ces sybarites fainéants les parfums de € l'Arabie et les oiseaux du Phase. Les mauvais sujets eux* « mêmes, le seraient-ils, sans les vices et les folies dans les* € quels ils sont entraînés par les institulions sociales^ qui ic punissent en eux les effets des passions dont elles provoce quent les développements

(L .....Les malheurs de l'esclavage découlent de l'iuéga* n lité et celle-ci de la propriété. La propriété est donc le € plus grand fléau de la société. C'est un véritable délit pu- « blic. y>

Toutes les déclamations de M. Louis Blanc contre l'ordre social se trouvent résumées dans ces lignes, avec plus d'énergie^ de netteté et de franchise. Imputation à la société des vices, des crimes et des misères particulières ; négation de la responsabilité de l'homme ; condamnation du régime industriel ; anathème contre la propriété, rien n'y manque L'auteur de VOrganisation du Travail n'a fait qu'orner ce canevas de théories d'économie politique et de documents statistiques ; il a substitué au mot propriété^ qui a Tavan*

^32 HISTOIRE DU G03tMUmSM£.

tage d'exprimer clairement la pensée, celui d'individualisme qui la dissimule. Mais de part et d'autre le fond est le même.

M. Louis Blanc révèle la panacée destinée à guérir les maux dont il vient de tracer un si effrayant tableau. Les moyens qu'il propose sont puisés à la même source que ses critiques ; seulement leur origine et leur tendance sont habilement déguisées sous des termes de nature à faire illusion à l'esprit.

L'auteur annonce d'abord que l'ordre social dont il va indiquer les bases n'est que transitoire. Le point essentiel eût été pourtant de faire connaître l'état social définitif vers lequel il prétend diriger l'humanité ; mais il en dit assez pour qu'on puisse aisément suppléer à son silence. Voici en quelques mots les moyens qu'il propose :

€ Le gouvernement serait considéré comme le régula- « teur suprême de la production et investi pour accomplir a sa lâche d'une grande force. » On voit déjà poindre le despotisme ; mais continuons :

« Le gouvernement lèverait un emprunt dont le produit < serait affecté à la création d^aleliers sociaux dans les brance clies les plus importantes de l'industrie nationale. Les a capitaux seront fournis par l'Etal aux ateliers, gratuite- « ment et sans intérêt. L'atelier sera régi par des règlements <i ayant force et puissance de loi. »

Dans chaque branche du travail, l'atelier national aura pour mission spéciale de faire à ceux de l'industrie privée une concurrence écrasante qui les forcera à venir s^absorber dans son sein. De cette manière, la concurrence sera détruite par la concurrence même. C'est de l'homéopathie sociale. Les capitalistes qui verseront leurs fonds à l'atelier national recevront l'intérêt légal^ mais ne participeront pas aux bénéfices.

Tous les ateliers nationaux d'une môme industrie répan-

dus sur le territoire seront associés entre eux, et rattachés comme succursales à un grand atelier central. Les chefs des travaux seront nommés à l'élection et administreront sous la surveillance de l'État. Les salaires seront égaux; l'évidente économie et l'incontestable excellence de la vie en commun ne tarderont pas à faire naître de l'association des travaux la volontaire association des besoins et des plaisirs (1).

L'agriculture sera soumise au même régime. € L'abus des € successions collatérales, dit l'auteur, est universellement > reconnu. Ces successions seraient abolies, et les valeurs € dont elles seraient composées déclarées propriétés com- « munales et inaliénables (2). » Ces propriétés seraient soumises au régime des ateliers nationaux.

De même que tous les ateliers d'une même industrie seront solidaires entre eux, on complétera le système en éta« blissant la solidarité entre les industries diverses.

Tel est le système de M. Louis Blanc. Essayons de nous former une idée exacte du nouvel ordre social transitoire qui résultera de son application.

D'une part, on verra dans toutes les branches d'industrie un grand atelier national entouré de ses succursales, s'appliquant à ruiner par une concurrence méthodique des ate* liers privés, pour arriver à les absorber. De l'autre, des terres domaniales s'agrandissant toujours, exploitées par des ateliers nationaux, et faisant à l'agriculture privée la même concurrence. Tout ces ateliers associés entre eux, et soumis au régime de l'égalité des salaires et de la vie en commun, formeront une vaste communauté dirigée dans son ensemble et dans chacune de ses parties par des administrateurs électifs. Au-dessus de tout cela, l'État, le gouver-

(1) Organisation du travail, p. lOi.

(2) Id., p. 115.

nement, continuera d'administrer les restes mourants de l'ancienne société ; en même temps il sera le législateur et le régulateur suprême des ateliers ou plut6t du grand atelier national, mission pour l'accomplissement de laquelle il sera, suivant l'expression de l'auteur, investi d'une grande force.

Nous ne nous arrêterons pas à faire remarquer tout ce que cette conception renferme d'injuste et d'impraticable. Faire supporter à l'ancienne société le fardeau d'un emprunt destiné à fournir gratuitement des capitaux à quelques travailleurs^ n'est-ce point constituer en faveur de ces derniers un privilège monstrueux, dépouiller la masse au profit de quelques-uns ? La concurrence ruineuse faite à l'industrie privée à l'aide de capitaux gratuits^ et la capitulation forcée de cette industrie, aux conditions qu'il plaira au gouvernement de fixer, n'est-ce point la plus odieuse de spoliations ? Ainsi la violence se trouve au fond de tout le système, quelque habilement que l'auteur ait tenté de la dissimuler, quelque douce qu'il se soit efforcé de faire paraître la transition de l'ancien état social au nouveau. Enfin, nous admettrons que les ateliers nationaux remplissent le but en vue duquel ils seront institués, et qu'au lieu d'être écrasés par l'industrie privée, ils la détruisent et l'absorbent. Sur tout cela, passons, et arrivons enfin à cet état social définitif auquel M. Louis Blanc nous conduit, et sur lequel il n'a point insisté.

Il est facile de se le figurer. Ce nouvel état social ne sera autre chose que l'atelier national généralisé.

L'industrie privée sera anéantie ; tous ses instruments de travail, tous ses capitaux auront été absorbés par les ateliejs nationaux, à la charge de payer à une partie des anciens possesseurs un certain intérêt (à moins que le gouver- . nenient, usant de la grande force qui lui est confiée, n'ait

fini par supprimer celte redevance). Toutes les terres, devenues propriétés communales, seront exploitées par des ateliers nationaux. Et, comme tous les ateliers nationaux industriels et agricoles sont associés entre eux, sont solidaires; cela revient à dire que toutes les terres, tous les capitaux seront devenus le domaine d'une vaste communauté nationale.

Tous les citoyens ne seront plus que des membres du grand atelier national, soumis comme tels à l'égalité des salaires et à la vie en commun. L'égalité des salaires ellemême sera bientôt remplacée par un principe nouveau, qui nous est révélé comme une des lois destinées à régir la société définitive : chacun travaillera suivant ses forces et sera rémunéré suivant ses besoins. Cette formule signifie sans doute que des distribulions en nature seront substituées au salaire en argent. Chacun mangera suivant sa faim à la gamelle commune. Ce sera l'égalité proportionnelle et perfectionnée.

Le gouvernement, l'État, que pourra- 1- il être, sinon le pouvoir qui présidera à l'administration de la communauté nationale? L'État peut être conçu en dehors de cette com* munauté, tant que l'ancienne société subsiste encore à côté des ateliers nationaux, tant que dure la situation transitoire. Mais une fois l'ancienne société détruite et absorbée, il est évident que la communauté résultant de l'association de tous les ateliers nationaux, c'est l'État lui-même, et que l'administration de cette communauté, c'est le gouverne* ment.

Ainsi, absorption des terres et des capitaux au profit de la communauté ;

Assujettissement de toutes les personnes au régime de régahté absolue et à la vie commune ;

Concentration du pouvoir de diriger souverainement les

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travaux, de disposer des choses et des personnes, dans les mains des administrateurs suprêmes de la communauté :

Voilà le dernier mot du système.

Or, tout cela, qu'est-ce, sinon le communisme le plus complet et le plus radical^ le communisme tel qu'il est développé dans le manifeste des égaux ?

Dira-t-on que H. Louis Blanc, se bornant à détruire les successions collatérales, et conservant l'hérédité directe, ne saurait être considéré comme un partisan de la communauté, puisque celle-ci implique l'abolition absolue de l'héritage ? L'auteur de V Organisation du travail a levé tous les doutes, si aucun doute pouvait subsister encore. En répondant aux objections élevées contre son livre, il n'a pas hésité à condamner formellement l'hérédité, et à en prodamer l'abolition dans l'avenir. Seulement, par une inconsé* quence que nous avons vue se reproduire fréquemment dans les annales du communisme théorique, M. Louis Blanc se flatte de concilier l'existence de la famille avec le nouveau régime, a La famille, dit-il, est un fait naturel qui, dans quel- « que hypothèse que ce soit, ne saurait être détruit ; tandis « que l'hérédité est un convention sociale que les progrès « de la société peuvent faire disparaître.... Le famille vient t de Dieu, l'hérédité vient des hommes. La famille est, « comme Dieu, sainte et immortelle ; l'hérédité est desti- < née à suivre la même pente que les sociétés qui se trans- « forment, et que les hommes qui meurent (1). >

Enfin, quels sont les écrivains auxquels se rattache M. Louis Blanc, les chefs d'école qu'il reconnaît et qu'il avoue, ceux dont il prétend se faire le continuateur? Ce sont Morelly et Mably, ces deux coryphées du communisme. Ils leur prodigue l'éloge ; il analyse leurs écrits avec amour, il les

(1) Organisation du travail, p. 202-204.

M. LOUIS BLAKC. 337

oppose à la prétendue école bourgeoise de Tindividualisme. Il voit en eux les représentants, au XYIII* siècle, de cette impérissable tradition de la fraternité conservée, selon lui, à travers les âges c par la philosophie platonicienne, par le « christianisme, par les albigeois, les vaudois, et les anac baptistes(i). > Ce sontces généreux défenseurs du droitsocial, dit-il, dont les doctrines ont inspiré le second acte de la révolution française. H. Louis Blanc appelle ainsi ce drame sanglant, qui commence au 31 mai et finit au 9 thermidor. A l'entendre, c'est à ces doctrines qu'appartient l'avenir.

La tendance du système de H. Louis Blanc n'a point échappé aux intelligences supérieures, bien qu'on ait hésité à signaler ce système par son véritable nom^ à y reconnaître le pur communisme. € Cette conception, dit H. de Lamartine^

< consiste à s'emparer, au nom de l'Etat, de la propriété et ( de la souveraineté des industries et du travail, à suppri-

< mer tout libre arbitre dans les citoyens qui possèdent,

< qui vendent, qui achètent, qui consomment, à créer et à

< distribuer arbitrairement les produits, à établir des maxic mum, à régler les salaires, à subtituer en tout l'État pro-

< priétairê et industriel aux citoyens dépossédés. » Plusieurs autres écrivains ont reproduit le même reproche, et M. Louis Blanc a eu la bonne foi de les citer. Mais, chose étrange! ce reproche, il le repousse loin de lui avec «n imperturbable sang-froid. Il convient volontiers que

< l'État devenu entrepreneur d'industrie et chargé de pour- « voir aux besoins de la consommation privée, succombe-

< rait sous le poids de celte tâche immense ; qu'au bout c d'un pareil système on risquerait de trouver la tyrannie,

< la violence exercée sur l'individu sous le masque du bien

(1) Eittoirt de la Révolution française , t, I, p. 532-538.

338 HISTOIRE DU COMMUIIISXB.

c public, la perte de toute libertéi une sorte d'^uffemaiil c universel enfin (1). » Mais, quoi de tel dans ce qu'il a proposé? D s'agit' tout simplement de fonder de modestes ateliers nationaux, et il faut Yoir comme ces ateliers, destinéi tout à l'heure à absorber l'industrie individuelle, deviennent, sous la plume de l'écrivain répondant aux objections, qnel* que chose d'humble, de petit etd'inoibnsif.Riende pins etrieux que ces passages où l'auteur nie dànOs une jdiraie ce qu'il vient d'affirmer dans l'autre, et s'épuise en euMilités pour établir une différence entre le monopole de i*État et le gouvernement de l'industrie par l'État (2).

Hais le procédé à l'aide duquel H. Louis Blanc B*élba$j de donner le change à l'esprit, la clef de ces faux-fu}||p est facile à découvrir. ^^'

Quand on lui reproche les conséquences dernières de soi principes^ quand on dépeint l'état social qui doit être la résultat définitif de l'application de son sjstàmOy l'anleur se rejette sur l'état transitoire, dans lequel ce système n'aura encore qu'une existence partielle et rudimentaire, au sein de la vieille société. Il peut alors soutenir, avec quelque apparence de raison, que l'État est parfaitement* distinct de l'atelier national, attribuer à cet atelier une vie propre et indépendante. Mais, raisonner dans l'hypothèse de la co-existence de l'ancienne société et des ateliers nationaux, dans l'hypothèse de l'ordre social transitoire, c'est déplacer le véritable point du débat. Quand on doit juger un système, il faut le considérer au moment où il a reçu son entier développement, où il a porté toutes ses conséquences, et non à son point de départ, à son origine. Or, nous l'avons prouvé^ l'aleUer national, quand il aura, suivant le vœu et

(1) Organisation du Travail, p. 148.

(2) Id p. U9. — Introduction, p. 15.

la prévision de son inventeur, envahi et absorbé toute propriété, tout capital^ toute industrie, se confondra nécessairement avec rÉtat , ne sera autre chose que la communauté nationale.

Les adversaires de M. Louis Blanc avaient négligé de dégager ce résultat final des ateliers nationaux, cet ordre social définitif, des nuages dans lesquels il s'était complu à l'envelopper. Grâce à cette négligence, il éludait leurs objections. Hais, quand on se place au point de vue de la réalisation complète du système, cette tactique est aussitôt déjouée.

L'identité de la formule de M. Louis Blanc avec celle du communisme devient encore plus manifeste, lorsqu'on rapproche son livre des documents émanés de Babeuf et de ses complices. Les doctrines économiques, les idées philosophiques, les détails d'exécution, les expressions même, tout est manifestement emprunté de la secte des égaux. Voici, en effet, quelle est, d'après Babeuf, l'organisation du travail commun et égalitaire :

<r Art. 4. Dans chaque commune, les citoyens seront <f distribués par classes: il y aura autant de classes que « d'arts utiles ; chaque classe est composée de tout ceux « qui professent le même art.

« ART. 5. Il y a auprès de chaque classe des magistrats <j: nommés par ceux qui la composent. Ces magistrats di- « rigent les travaux, veillent sur leur égale répartition, <r exécutent les ordres de l'administration municipale et dona nent l'exemple du zèle et de l'activité.

<r Art. 6. La loi détermine pour chaque saison la durée « journalière des travaux.

« Art. 8. L'administration appliquera aux travaux de la •r communauté l'usage des machines et procédés propres (i à diminuer la peine des hommes.

« Art. 9. L'admînistratioa municipale a constamment n sous les yeux l'état des travailleurs de chaque classe, et « celui de la tâche à laquelle ils sont soumis. Elle en ios« m truit régulièrement l'administration suprême (1).

Voilà, trait pour trait, les ateliers nationaux de H. Louis Blanc.

On objecte au système de l'égalité ahsolue et de la communauté, qu'il a pour eOet d'éteindre dans l'homme toute activité, toute énergie productive ; qu'en anéantissant l'intérêt personnel, il détruit le seul stimulant de l'industrie. Babeuf et M. Louis Blanc font les réponses suivantes :

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