‹ Histoire du communismeChapitre 38 sur 57 · BABEUF · texte numérisé non relu

BABEUF

Que deviendront^ objcctera-t-on peut-ôtre, les productions de Tindnstrie^ fruits du temps et du génie ? N'est-U pas à craindre que, n'étant pas plus récompensées que les autres, elles ne s'anéantissent au détriment de la société? Sophisme ! C'est à l'amour de la gloire, et non à la soif des richesses que furent dus , dans tous les temps, les efforts du génie. Des millions de soldats pauvres se vouent tous les jours ù la mort pour l'honneur de servir les caprices d'un maître cruel, et l'on doutera des prodiges que peuvent opérer sur le cœur humain le sentiment du bonheur, Tamour de l'égalité et de la patrie, et les ressorts d'une sage politique?

Aurions-nous d'ailleurs besoin de l'éclat des arts et du clinquant du luxe, si nous avions le bon-

M. Louis BLAJia

Quoi! est-ce qu'U n'y a pas du»

tout intérêt collectif ua stimulant très énergique? Est-ce que ce n'est pas à un intérêt d'honneur collectif que se rapporte dans l'armée la fidélité au drapeau ? Estce que ce n'est pas sous l'influence d'un intérêt coUectif de gloire, qu'on a vu des millions d'hommes courir avec empressement au devant de la mort? Est-ce que ce n'est pas un sentiment coUectif qui a enfanté l'onmipotence du catholicisme, fondé toutes les grandes institutions, inspiré toutes les grandes choses, produit tous les actes par lesquels a éclaté dans l'histoire la souveraineté du vouloir de l'homme? Est-il donc sans puissance cet intérêt qui nous rend si jaloux de la dignité de notre nation, cet intérêt coUectif qui s'appeUe la patrie ? Et lors-

(Ij Décret économique sur l'organisation de la conomunautc, extrait des piècrs du proès de Babeuf.

heur de vivre sous les lois de l'égalité ?

qu'on Ta mis si complètement au service de la destruction et de la guerre, conunent nous persuadera-t-on qu'il est à tout jamais imposiblc de le mettre au service de la production et de la fraternité humaine (1) ?

Avant Babeuf et M. Louis Blanc, Campanella avait répondu à la même objection par les mêmes arguments ; etMably, défendant la communauté, avait dit :

( N'y aurait-il donc que l'avarice et la volupté capables « de remuer le cœur humain ? Pourquoi l'amour des dis- « tinctions, de la gloire et de la considération^ ne produi- « rait-il pas de plus grands effets que la propriété même ? « On ne peut m'empêcher de supposer une république dont « les lois encourageront les citoyens au travail, et rendront « cher à chaque particulier le patrimoine commun de la « société (1). »

Il serait facile de multiplier ces citations parallèles. Mais celles qui précèdent suffisent pour révéler les sources auxquelles H. Louis Blanc a puisé le fond, et jusqu'à la forme de ses trop fameuses théories.

Ainsi, cette organisation du travail si pompeusement an-

(1) Organisation du Travail, p. 143. — On sait que M. Louis Blanc prétend résoudre pratiquement la question au moyen d'un poteau planté dans chaque atelier, sur lequel seront écrits ces mots : Le paretteux est un voleur. Cette formule parait si beUe à son inventeur qu'il la reproduit partout. Dans le premier volume de son Histoire de la Révolution française, M. Louis Blanc dit, en parlant du système de Morelly et de Mably : « On redoutait la paresse ! Eh bien, qu'on c< lui donnât le nom qu'eUe mérite en effet dans toute association li- « bre : qu'on appelât le paresseux un voleur (p. 537). » Singulière inconséquence, que celle qui prend pour mobile et sauvegarde de la communauté le sentiment naturel de répulsion qu'inspire le violation de la propriété.

(1) Doutes sur l'ordre naturel des Sociétés politiques, p. 11.

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noncée au monde, ces ateliers nationaux, i Taide desqueb la concurrence de?ait, semblable à la lance d'Achille, gôérir les plaies qu'on l'accuse d*a?oir dites ; cette substitution da mobile du devoir à celui de Tifitérét personnel ; toutes ces prétendues découvertes destinées à doter l*hDiniiiité d'mie incomparable félicité ne sont que la sennle reproduction des plus déplorables monuments du commonisme, de caf odieux manifestes d'une conspiration Tonëe au mépris eti l'exécration de l'humanité !

n est vrai que le fond est habilemmt dimmuIA sons l'éclat de la forme ; que les mêmes idées sont revêtues d'àpressions nouvelles, et que certains changements ont été proposés dans la manière d'opérer la spoliation générale. Babeuf appelle les choses par leur nom ; il se proclame franchement communiste ; il veut h destruction aclodle et immédiate de la propriété ; il la poursuit les armes à li main. M. Louis Blanc n'a garde de prononcer lè mol de communauté ; il n'attaque la propriété que de biais et sans la nommer ; il affiche pour le capital certains ménagements. Dans son livre^ il s'abstient de faire appel à la violence ; il ne veut que ruiner savamment et à loisir propriétaires et capitalistes, faire périr de mort lente l'industrie privée, l'amener, par la seule contrainte morale, à s'absorber dans l'atelier national.

Grâce à ce déguisement, le communisme est parvenu i séduire, surtout dans les classes ouvrières, un grand nombre d'esprits qui l'eussent repoussé, s'il s'était présenté} visage découvert. La critique elle-même s'est laissé donner le change^ ou bien, indulgente et bénigne, elle a négligé de signaler les tendances, la filiation et le véritable nom de la nouvelle doctrine. Enfin, la fatale machine de l'organisation du travail a pénétré par surprise et à l'ombre de la République dans les murs de la société ; elle n'a pas tardé à rêvé-

1er toute son effroyable puissance de destruction, et n*a réalisé que trop bien, pour Tanéanlissement de ^industrie, du crédit et de Tordre social, les prévisions de son auteur.

Alors, le communisme triomphant change de langage ; il n'a plus ce ton doucereux et pacifique qu'il affectait dans le livre de V Organisation du Travail. Il reprend sa véritable allure, et se montre fidèle aux traditions des Mûnzer, des Jean de Leyde et des Babeuf. Du haut de la tribune du Luxembourg , son organe ne fait plus retentir que des paroles de haine et de violence. H. Louis Blanc déclare que, « dût la société en être ébranlée jusque dans ses fondements, il « poursuivra la réalisation de ses doctrines; > il rappelle qu'il a fait, contre un ordre social infâme, le serment d'Annibal, et après le panégyrique de l'égalité absolue, il laisse tomber ces funestes paroles : « Douloureuse nécessité, né- « cessité bien comprise de se faire soldat ! »

Les soldats, hélas ! n'ont pas manqué à la doctrine ! Le communisme a ajouté une page nouvelle à ses lamentables annales. Babeuf avait dit : « Toute opposition sera vaincue « sur-le-champ par la force ; les opposants seront exter- ( minés. > Il a été donné aux modernes adeptes de ses docdoctrines de nous montrer à Tœuvre ce plan d'extermination. L'humanité a vu avec horreur employer des moyens de destruction proscrits des combats par la loyauté des nations, et inconnus jusqu'ici aux guerres civiles. Ni la gloire du guerrier, ni la sainteté du pontife, ni le caractère sacré du parlementaire, ces éternels objets du respect des hommes, n'ont arrêté les bras des meurtriers.

Ces horreurs, qu'on le sache bien, sont parfaitement logiques de la part de sectaires fanatiques. Quand on proclame que la société repose sur la violation de tous les droits, sur le plus odieux esclavage; qu'au point de vue matériel comme au point de vue moral, elle est fondée

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sur un qfslème infime^ il est natord qne les homma égarés par de telles prédications eonsidèrent comme éUM hors la loi de rhomanité les défenseurs d'une société qu'on leur a dépeinte sous des couleurs aussi odieuses. Pour les vaincre, pour reuferser cette sodété, tous les moyens sont légitimes à leurs yeux, c Quand une religion saisil rhomme, c dit quelque part M. Louis Blanc, elle le vent, elle le saif sit tout entier. Que peut-il y SToir de commun entre ces € deux années qui ?ont se heurter parce, qu'ellea ne s'ao- € cordent ni sur ledroit, ni sur le defoir, ni sur les chosss c que la mort termine, ni sur les choses que la mort cornc mence (1) ! i Ces paroles, par lesquelles M. Louis Bkmc explique les horreurs de la guerre ûm paysans du XVI* siècle, qui fut bien plus sociale que religieuse^ s'appliquent UTec autant de vérité aux sanghintes dissensions excitées de nss jours par le socialisme. Hais, si les atrocités commiseseu juin 1848 trouvent leur explication dans cette profonde différence de croyance, dans le fimatisme de sectidres qui se considèrent comme n'ayant plus rien de commun avec les hommes qui ne partagent pas leurs erreurs, la responsabilité en doit surtout retomber sur les fauteurs de doctrines anarchiques qui ont allumé, par leurs excitations, les fureurs de ces guerres plus que civiles.

(1) Hittoire de la Révolution française, t. 1^ p. 5S5.

M. PROtoriON. iiih

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