BttTOlBE WCOIfllWIgpi
mes firAr69> c*ait fonder la Moéki tpr mi mmlima^jfiu dia pas inaccesibte à rhommei mais qui, érigé sp&faaitiqoemenl ea principe, n'esl qnfmie Crasse Torln, une hjpocrisie dangoreose. La charité noos est ooaansndii comme réparation des infirqûtés qei.aflUgenl par aecideot lios semblables, rt je conçois qoe soos c«.poiiil dn.mis It charité puisse être organisée... mais la charité^ prise pog instrument d'égalité et la loi d'équilibre, aecait k. dissolution de la société.. •
c JPourquoi donc faire intenrenir sans cesse, dans dsi questions d'économie la fraternité, la charité, ledéfimement et Dieu ? Ne serait-ce point que les nlcqpiates trouvent jjjus aisé de discourir sur ces grands nuls que d'étudier sérimisemeat les rnsnifestations sodales T € Fratomité ! Frères tant qu'il vous plaira, pomrvn que je sds legrand frère et vous le petit, pourm qoek société, notre mère commune, honore ma priofogéttîtQre et mes services en doublant ma portion. — Vous pourvoiras à mes besoins, dites-vous, dans la mesure de vos res- « sources. J'entends au contraire que ce soit dans la me- « sure de mon travail; sinon je cesse de travailler.
« Charité ! Je nie la charité, c'est du mysticisme. Yaine- € ment vous me parlez de fraternité et d'amour, je reste « convaincu que vous ne m'aimez guère, et je sens très bioi « que je ne vous aime pas. Votre amitié n'est que feinte, < et si vous m'aimez, c'est par intérêt. Je demande tout ce € qui me revient, rien que ce qui me revient ; pourquoi me « le refusez- vous ?
K Dévouement ! Je nie le dévouement^ c'est du mysti- € cisme. Parlez-moi de droit et d^avoir^ seul critérium à € mes yeux du juste et de l'injuste, du bien çt du mal dans « la société. A chacun suivant ses omvres d^ abord ; et si, c à roccasion, je suis entraîné à vous secourir, je le ferai
€ de bonne grâce; mais je ne veux pas être contraint. Me c contraindre au dévouement, c'est m'assassiner (1). »
« Mais quoi , disent les socialistes à M. Proudhon, vous « voulez donc la concurrence et tousses excès? Ne peut-on « pas substituer à la concurrence dévorante et homicide € une autre concurrence utile^ louable, morale, noble et « généreuse , en un mot l'émulation ? Et pourquoi cette «; émulation n'aurait-elle pas pour objet l'avantage de tous, < l'utilité générale, la fraternité, Tamour ?
€ Non, répond M. Proudhon, l'émulation n'est pas autre « chose que la concurrence même... L'objet de la concur- € rence industrielle est nécessairement le profit... La soc ciété elle-même ne travaille qu'en vue de la richesse ; le « bien-être, 1q bonheur est son objet unique... Comment « substituer à l'objet immédiat de l'émulation qui, dans l'in- € dustrie, est le bien-être personnel, ce motif éloigné et « presque métaphysique qu'on appelle le bien-être gêné* « rai (2)...? »
« Oui, il faut le dire en dépit du quiétisme moderne; la m vie de l'homme est une guerre permamente, guerre avec « le besoin, guerre avec la nature, guerre avec ses semblac blés, par conséquent guerre avec lui-même. La théorie <( d'une égalité pacifique fondée sur la fraternité et le dé- € vouement n'est qu'une contrefaçon de la doctrine catho- « lique du renoncement aux biens et aux plaisirs de ce « monde, le principe de la gueuserie, le panégyrique de « la misère. L'homme peut aimer son semblable jusqu'à c mourir ; il ne l'aime pas jusqu'à travailler pour lui (3). »
Ainsi, bonté native de l'homme, perversion de la société,
(1) Tome 1, p. 245-248.
(2) Id. p. 186-188.
0) Id. p. 198.
874 HiSToniB DU
doctrine da dévooeménty directiim sopirèM de Fiadaibki par l'État, en un mot tontes les bases dn* spcialisiiiéy IL Prondhon les renrerse atec nne logitiiie imjdtofaUe. Csh ne lui sdBt pas. II attaque corps A corps ehaqne Mde, ckique utopie ; il la terrasse, il Fàccable.
(7est sur M. Louis Blanc et son OrgMiMion du litMNd que tombe d'abord sa colère. • '*
M. Prottdhon reproche i H. Louis Bkiic 'éet pdonmre l'abolition de la concurrence et de mécomiaftre la pMibilité de combiner la concurrence et Passodation. M. Loîni'BbDei dit-il^ est aussi peu avancé sur la logique que sur FécoacH mie politique, et il ndsonne de Tune et de l'autre eàmm un aveugle des couleurs. € Pftr le mélange perpétuel qu*! € fait dans son livre des principes les plus contraires. Tan- « toritéetle droit, la propriété et lé coaûnunisme, Tar»- € tocratie et Tégatité, le travail et le capital, la técompénse « et le dévouement, la liberté et la dictature, le libre en- « men et la foi religieuse , H. Blanc est un véritable herc maphrodite, un publiciste au double sexe (1). »
c Son système se résume en trois points :
€ i^ Créer au pouvoir une grande force d'initiative, c'est-à- € dire^ en langue française, rendre l'arbitraire tout-puis- « sant pour réaliser une utopie ;
€ ^ Créer et commanditer aux frais de l'État des ateliers « publics;
€ 3" Eteindre l'industrie privée par la concurrence de « l'industrie nationale. Et c'est tout (2). ]»
M. Proudhon prouve le néant de ces combinaisons^ Timpuissance, dans l'industrie, des pouvoirs délégués, la nécessité du mobile de l'intérêt individuel.
« M. Louis Blanc, dit-il, débute par un coup d'État, ou
(l, Tome I, p. 226.
(2) Id. p. 2^3.
M. PROUOHON. 375
c plutôt, suivant son expression originale, par une applica- « tion de la force d'initiative qu'il crée au pouvoir, et il € frappe une contribution extraordinaire sur les riches, afin € de commanditer le prolétariat. La logique de M. Blanc <!( est toute simple : c'est celle de la république ; le pou* a voir peut ce que le peuple veut, et ce que le peuple veut « est vrai. Singulière façon de réformer la société, que de € comprimer ses tendances les plus spontanées, de nier ses € manifestations les plus authentiques, et au lieu de géné- « raliser le bien-être par le dévoloppement régulier des € traditions, de déplacer le travail et le revenu ! Mais, en € vérité, à quoi bon ces déguisements; pourquoi tant de < détours ? N'était-il pas plus simple d'adopter tout de suite « la loi agraire ? Le pouvoir, en vertu de sa force d'ini- « tîative, ne pouvait-il d'emblée déclarer que tous les capi- € taux et instruments de travail étaient propriétés de l'É- « tat, sauf rindemnité à accorder aux détenteurs par forme € de transition ? Au moyen de cette mesure péremptoire^ <( mais loyale et sincère, le champ économique était déblayé; <r il n'en eût pas coûté davantage à l'utopie, et M. Blanc € pouvait alors, sans nul empêchement, procéder à l'aise à • € l'organisation de la société. i>
<r Mais que dis-je, organiser! Toute l'œuvre organique de € M. Louis Blanc consiste dans ce grand acte d'expropria- « tion ou de substitution, comme on voudra : l'industrie € une fois déplacée ou républicanisée, le grand monopole « constitué , M. Blanc ne doute point que la production « n'aille à son souhait ; il ne comprend pas qu'on élève, m contre ce qu'il appelle son système, une seule difficulté. « Et, de fait, qu'objecter à une conception aussi radicalefc ment nulle^ aussi insaisissable que celle de M. Blanc (1 )? »
(1) Tome I, p. 230.
316 BIST09* m mmmnm.
\, H. PromUiini rappndMi à i-avleivr de VOrfih nkaiion du ThMil d*abolir rhèféàHà^ ^iê imdre |wr li inéntable la dertractûm de la Cunille (1 ). Et i ee nyet il écrit d'admirableB pages «or la.Klatim vi anale eatn rhérédité et la fiunille» anr la néeeaaité daeea 'deux imlitiitiens. H. Proodhon est eo effet véerifaûi s ipénewsr quand U est porté par le flot de la f érité^ KeqrqiKH^ fenl-il qfi s'àbaadomie ai souteot aa aophisme et mpare^ûse I
Enfin, après aroir cité le passage. oA M* Lew Blaoe j^ sage l'adoption de la irie^en commun dana la tqsiéti aewelh, notre aatenr s'écrie : c M. Manc esl-il eomaanniste, oui on € non? qu'il se prononce nnefoiSi an lien de tenir le lar|s; < et ai le communisme ne le rend paa plus inleHi|iblej do c moins on saura ce qu'il Teut (2). »
En vérité, H. Proudhon est bien bon d'en donter I Qnei I IL Louis Blanc iSût absorber par l'État temp et capitaUi aboUt l'hérédité, étabUt l'égaUté des sabdres, adopte le déyouement comme principe de Tactivité industrielle, iSût réglementer par l'État la production et l'échange, préconise la vie en commun, et on lui demande s'il est communiste ! Certes, H. Proudhon montre ou bien peu de perspicacité, ou bien de Tindulgence.
Après avoir condamné les doctrines de H. Louis Blanc, M. Proudhon juge le parti auquel appartient cet écrivain : c Je rends justice, dit-il, aux intentions généreuses de M. « Blanc ; j'aime et je lis ses ouvrages, et je lui rends sur- « tout grâces du service qu'il a rendu en mettant à découle vert, dans l'Histoire de Dix AnSy l'incurable indigence € de son parti... Je ne veux ni de l'encensoir de Robes- <r pierre, ni de la baguette de Marat ; et plutôt que de subir
(1) Tome II, p. 256, (S) Tome I^ p. 232.
M. PROUDUON. 377
« votre démocratie androgyne, j'appuie le statu quo. De-* « puis seize ans, votre parti résiste au progrès et arrête To- « pinion ; depuis seize ans, il montre son origine despotique <( en faisant queue au pouvoir à l'extrémité du centre gau- « che ; il est temps qu'il abdique ou qu'Use métamorphose. « Implacables théoriciens de l'autorité, que proposez-vous n donc que le gouvernement auquel vous faites la guerre « ne puisse réaliser d'une façon plus supportable que « vous (1)? »
Les antipathies de M. Proudhon sont persistantes. Il est tout aussi hostile aux républicains en 1846 qu'en 4841. Il ne s'est pas davantage réconcilié avec les journaux. Il appelle la presse en général la vieille haquenée de toutes les médiocrités présomptueuses ; elle ne vit le plus souvent que des compositions gratuites de quelques jeunes gens aussi dépourvus de talent que de science acquise. Qui pourrais, s'écrie-t-il, se flatter de jamais rien faire au gré de la presse (2) ?
Voilà donc l'organisation du travail et la république exécutées. L'auteur poursuit sa croisade, et pulvérise le droit au travail, la distribution du crédit par l'État, l'impôt progressif et l'association.
H. Proudhon ne nie pas absolument que le travail et le salaire ne doivent être garantis ; mais il surbordonne cette garantie à la destruction de la propriété, et à la découverte de la mesure précise de la valeur, cette quadrature du cercle de l'économie politique, dont il a vainement tenté la solution. Quant au droit au travail tel que l'entendent les ultra-démocrates, M. Proudhon le déclare funeste et absurde. € Je soutiens, dit-il, que la garantie du salaire est im-
(1) Tome I, p. 228.
(S) Id. p. 330.
S78 HI8T0I» mr oraMonun.
possible sans la conmiiwano eiaeto éê la nleur^ttqas cette taleur ne peut être décôimrte ^pie par latOMON renee, naUement par des inatitationi conam—isteeeapar un décrel du peuple. Car il y a qoelfM ehoie de ^ pnisaant ici que la volonté da légistotear et des èitoyais; c'est rimposribilité ponr rhomoia de rempMr aon defoir dès qu'il se IrouTe déchargé de tonte i-— p«i— i^isi^ anvers hiî-méine. Olr, la responsabilité envers eoi^ en nntière de travail , implique nécessairement, vis-é-vfades antres» eoncorrence. Ordosnei qif à pia1ir<da' i^ janvier 1847 le bravail et le salaire seront garntisi toatla«ionde: aussitôt un immense relâcbe va snccédsr i la teasion ardente de rindustrie ; la valeur réelle tambewiTafideBMBt auHlessous de la valeur nominale ; fai mônnaia mélalique; malgré son efl^e et son timbve, tpnmwmtL le ssrt des assignats ; le commerçant demande^ phia pour li^ vrer moins ; et nous nous -retrouveroiis on cerèla phs « bas dans l'enfer de misère dont la concurrence n'est en- € core que le troisième tour (1). >
Comme la mesure absolue, la fixation de la valeur est encore, malgré les efforts de M. Proudhon, et sera toujours le desideratum de la science ; comme Timpossibilité de la découvrir est aussi rigoureusement prouvée en économie politique, que Test en géométrie celle de trouver la com-* mune mesure de la circonférence et du diamètre du cercle, il est certain que les conditions auxquelles M. Proudhon snrbordonne l'admission du droit au travail ne se réaliseront jamais^ et nous tenons son jugement sur ce droit pour définitif et sans appel.
L'auteur du Sy^^^m^ des Contradictions économiques ne condamne pas moins formellement ceux qui prétendent
(1) Tome I, p. 189,
faire de l'État le banquier des pauvres, le commanditaire des ouvriers. Il affirme et il prouve que l'État ne dispose par lui-même d'aucune valeur sur laquelle puisse reposer le crédit. L'Etat ne possède rien que ce qu'il reçoit de la société, de la collection des individus qui la composent. Stérile et improductif de sa nature, il ne vit que des ressources prélevées sur la production de chacun de ses membres. Donc, par la force des choses, l'État ne peut que recevoir le crédit ; il ne saurait le donner.
Quelles effroyables conséquences ne produirait pas, d*ailleurs, l'attribution à l'État du monopole du crédit !
€ La situation, loin de s'améliorer, empirerait, et la so- € ciété marcherait à une prompte dissolution , puisque le c monopole du crédit entre les mains de l'État aurait pour € effet inévitable d'annihiler partout le capital privé, en lui « déniant son droit le plus légitime, celui de porter inté- « rèt. Si l'État est déclaré commanditaire, escompteur uni- € que du commerce, de l'industrie, de l'agriculture, il se « substitue à ces milliers de capitaliste et de rentiers vivant < sur leurs capitaux, et forcés, dès lors, au lieu de manger € le revenu, d'entamer le principal. Bien plus, en rendant € les capitaux inutiles, il arrête leur formation : ce qui est « rétrograder par delà la deuxième époque de l'évolution c économique. On peut hardiment défier un gouvernec ment, une législature, une nation, d'entreprendre rien de « pareil : de ce côlé, la société est arrêtée par un mur de « métal qu'aucune puissance ne saurait renverser.
€ Ce que je dis là est décisif, et renverse toutes les espé- € rances des socialistes mitigés, qui, sans aller jusqu'au « communisme, voudraient, par un arbitraire perpétuel, € créer, au profit des classes pauvres, tantôt des subvenc tions, c'est-à-dire une participation de fait a}i bien-être « des riches ; tantôt des ateliers nationaux et parconséquent
HisTom m ooumosMB.
€ privilégiés, c'est-à-dire k rama de l'indaitaie filMre; € tôt une organisation da crédit par l'ftat^ e'eel-Mire k c suppression du capitalprivé, la stérilitf de f épargne (1).»
La réponse est écrasante, invincible. Traiment, qnand la haine contre la propriété ne lui trorirfe pas la tels, M. Prondhon est un bien habile économisie !•
Ainsi chasséede position en position, quel refiige trouvera la république démocratique ti aodale? Sen-ce llah pAt progresdr et sontptuaire ?M. ProudhontMt implaeÉMe; il la poursiût jusque dans ce dernier retrandieaftent.
€ La conséquence de TimpAt progressif, dil41, aira que € les grands capitaux seront dépréciés , et k méfiocrité c mise à l'ordre du jour. Les propriétaires réaliaoroDlà h « hftte, parce qu'il vaudra mieux pour eux manger leur pro- € priété que d'en retirer une rente insulHiiante. Lee eapita- € listes rappelleront leurs fonds, ou ne leaeemmatlreni qu'à c des taux usuraires; toute grande exploitatioa aerainlar- « dite, toute fortune apparente poursuivie, tout capital dé- € passant le chiffre du nécessaire proscrit. La richesse re- € foulée se recueillera sur elle-même et ne sortira .plus € qu'en contrebande; et le travail, comme un homme attac ché à un cadavre, embrassera la misère dans un accou- < plement sans fin.
« Après avoir prouvé la contradiction et le mensonge de € rimp6t progressif, faut-il que j'en prouve encore l'ini- « quité?
« L'imp6t progressif arrête la formation des capitaux ; « de plus il s'oppose à leur circulation... Après avoir froissé « tous les intérêts>et jeté la perturbation sur le marché par c ses catégories, l'impôt progressif arrête le développement € de la richesse, et réduit la valeur vénale au-dessous de la
(1) Tome U, p. 124.
M. PROUOHON. 381
€ valeur réelle. Il rapetisse^ il pétrifie la société. Qaelle ty- « rannie ! Quelle dérision l « L'impôt progressif se résout donc, quoi qu'on fasse,
< en un déni de justice, une défense de produire, une con- « fiscation. C'est l'arbitraire sans limite et sans frein donné « au pouvoir sur tout ce qui, par le travail, par l'épargne, « par le perfectionnement des moyens, contribue à la ri« € chesse publique (1). :»
Quant à l'impôt somptuaire, H. Proudhon en démontre la stérilité, l'impuissance, la tendance rétrograde. € Vous vou- « lez, dit-il, frapper les objets de luxe, vous prenez la ci-* « vilisation à rebours. Je soutiens, moi, que les objets de « luxe doivent être francs. Quels sont, en langage économie € que, les objets de luxe? Ceux dont la proportion dans la « richesse totale est la plus faible ; ceux qui viennent les € derniers dans la série industrielle, dont la création sup* « . pose la préexistence de tous les autres. A ce point de vue, « tous les produits du travail humain ont été, et tour à tour « ont cessé d'être des objets de luxe, puisque par le luxe nous € n'entendons autre chose qu'un rapport de postériorité , « soit chronologique, soit commercial, dans les éléments de € la richesse. Luxe, en un mot, est synonyme de progrès;
< c'est, à chaque instant de la vie sociale, l'expression du « maximum de bien-être réalisé par le travail , et auquel il « est du droit comme de la destinée de tous de parvenir (2)^
« ... Mais avez-vous réfléchi que taxer les objets de luxe, « c'est interdire les arts de luxe ? Savez-vous même si une ( plus grande cherté des objets de luxe ne serait pas un « obstacle au meilleur marché des choses nécessaires, et sij c croyantfavoriserla classe la plus nombreuse, vous ne ren«
(1) Tome î, p. 310 et 311.
(2) Id. p. 319.
àtô âiSTûiu. DV GoianaaiB;
c driei paspicela condiUoii générai» y Lt BriJÉâpiceitÉtt, c en vérité I On rendra 20 Crands x» tnnfliear sor le m c elle ancre, el on Ini en prendra 10 svieipiifaBn; il € gagnera 75 oentûnea anr le coir de ne» bettes, d poor c mekiersa fiiniiUe quatre foia l'an à laeaaopagte, il pajm c 6franc8 deplua ponr lea voUvea (t) !... >
Ainsi, M. Prondhon a renvené Fane aprèa fmtre teotos les idoles encensées par les socialistee et IjseidMHÉinMH erates. Mais ce n'est point asses. fl fin! firappor lii nniinliamn dans sa pins hante expressbn,dansrnlefaaqai réabmètM* les les autres; en nn mot, dans le eommniame. M. Pjnmtton recueille donc ses forces, et, par v dii|rilra ftmdrojrant, il réduit à néant la doctrine de la eemmuMnité.
Lu réfutation de la communauté est écriie aons la forme d'une lettre adressée à M. TiUegarddie^ Aerinni eonmoniste, et auteur d'une Riitùm d€$ Idim ioeîii<er,fae nous avons eu quelquefois l'occasion de eilnr. « Le pnblk, avait < dit M. Yillegardelle, rattache toutes les branches du lo- € cialismeàrantique tronc de la communautés >H. Proudhon reconnaît que le public a parfaitement raison. En attaquant la communauté, il frappe donc tout le socialisme.
M. Proudhon prouve d'abord, par l'élude approfondie des tendances naturelles de l'homme et des faits extérieurs qui les révèlent, que le sentiment de la personnalité est profondément enraciné dans le cœur humain. La qualité que nous admirons dans les intelligences supérieures, celle que nous cherchons à développer chez les jeunes gens soumis à l'é-* ducation commune dans nos lycées, c'est la spontanéité, l'on* ginaUlé des idées et de l'expression. A mesure que l'homme avance dans la vie^ ce sentiment de la personnalité s'accrott en lui, et le pousse à s'individualiser, à revêtir un caractère
(1) Tome l, p. 321.
it. PROUOHON. 383
plus tranché; en même temps que ses relations avec la société s'étendent, se multiplient, il éprouve, par un mouvement inverse, le besoin de se recueillir plus profondément en lui-même, de devenir plus libre, plus indépendant. Ainsi, tandis que, pendant la période de son éducation^ il avait pu se soumettre à une sorte de communisme mitigé, devenu adulte, il produit, échange et consomme d'une manière exclusivement privative. L'ambition du jeune homme n'estelle pas de se créer un établissement, un chez soi, une famille? « Par l'effet d'un instinct irrésistible ou d'un préjugé € fascinateur qui remonte aux temps les plus reculés del'his- < toire, tout ouvrier aspire à entreprendre, tout compagnon € veutpasser maître, tout journalier rêve démener train, « comme autrefois tout roturier de devenir noble.
«... Quant aux femmes, c'est une vérité vulgaire qu'el- € les n'aspirent à se marier que pour devenir souveraines K d'un petit état qu'elles appellent leur ménage. » Personne n'ignore le désavantage du morcellement, les charges du ménage, l'imperfection de la petite industrie, les dangers de l'isolement, l'économie et les avantages de la vie en commun. La personnalité est plus forte que toutes les considérations. Elle préfère la vie de ménage si chère, si onéreuse, les risques de l'isolement à la sujétion de la communauté. Si tout est rendu commun, travail, ménage, recette et dépense, la vie devient insipide, fatigante^ odieuse. Ainsi l'homme est de sa nature essentiellement anti-communiste (1).
La communauté, poursuit M. Proudhon, ne saurait se comprendre sans l'anéantissement de la liberté individuelle ; aussi, voit-on tous les systèmes communistes s'efforcer d'étouffer la pensée, proscrire la liberté de la presse, immobiliser la science, c Le communisme, pour subsister^ sup|)ri-
(1) Tome lî, p. 334 et»ui\.
384 HBTonB.oo ooanmiiB.
c me tant de motf, tant d'idéea» taiHt IntSy qôa 1« iqelt € fonnés par ses soina n'aoïMt ploa le b«MH|i deparkr,dd € penser, ni d*agir : ce seront deihnttreiaitadbéee cAleà c cAte, sans activité ni senliment, sur le i!ocher..«> i$ U € fraternité. Qaelle philosophie imellîgente et progressiTe c qne le communisme (1)1»
Or, tout système qni attaque la liberté individuelle est condamné à périr sous l'effort d'une réaction inévitable. La communisme porte donc en lui-même un germe de mort.
De plus, il revient fiitalemeot i la propriété ; car le Ira* vaii étiint nécessairement divisé, il faut unelmde répartition des produit& ; chacun devient donc propriétaire de la part qui lui est attribuée ; et, par cela aouli la distinction du tien et du mien reparaît. Le communiame est donc impossible et contradictoire. Il ne peut janiais être cemplet Le vrai communiste est un être de raison.
Enfin, le communisme abolit inévitablement la Eunille, il entratoe, comme conséquence forcée , la communauté des femmes, la destraction de Tumlé conjugale. De quel droit prélendrait-on limiter le principe, l'appliquer aux choses, non aux personnes, et dire : omnia communia^ non om* nés communes ? Après avoir développé celte thj^e avec une force de raisonnement invincible, M. Proudhon ne peut contenir son indignation :
< La communauté des femmes! s'écrie*i-il, c'est l'oiga- € nisation de la peste. Loin de moi, gomiiuniste ! votrs
€ PRÉSENCE m'est UNE PUANTEUR, ET VOTRE YUB MB DÉ- « GOUTE.
€ Passons vite sur les constitutions des sainls-simoniens, « fouriéristes et autres prostitués, se faisant forts d'accorder f l'amour libre avecla pudeur, la délicatesse, la spiritualité
(1) Tome II, p. 361.
M. PHOtJOttON. 38à
€ la plus pure. Triste illusion d'un socialisme abject, der- € nier rêve de la crapule en délire !...
€ Ou point de communauté , ou point de famille^ partant € point d'amour (1) . »
Est-il un honnête homme qui ne s'associe à ces énergiques paroles par lesquelles M. Proudhon flétrit les infâmes conséquences du principe communiste, les turpitudes du socialisme ?
Qui pourrait aussi retenir un sourire, en lisant les railleries qu'il adresse à l'auteur du Voyage m Icarie^ s'écriant : Mon principe, c'est la fraternité ; Ma théorie, c'est la fraternité ; Mon système, c'est la fraternité ; Ma science, c^est la fraternité ?
Et ce n'est pas sur M. Cabet seul que tombent ces mordantes critiques, c'est sur le socialisme tout entier.
€ A ce mot de fraternité! qui contient tant de choses, dit € M. Proudhon, substituez avec Platon la république, qui « ne dit pas moins ; ou bien avec Fourier, l'attraction^ « qui dit encore plus ; ou bien avec M. Michelet, l'amour c et l'instinct, qui comprennent tout ; ou bien avec d'autres, « la solidarité qui rallie tout ; ou bien, enûn, avec M. Louis
< Blanc, la grande force d'initiative de l'Etat, synonyme de « la toute-puissance de Dieu : et vous verrez que toutes € ces expressions sont parfaitement équivalentes ; de sorte
< que M. Gabet, répondant du haut de son Populaire à la « question qui lui était posée : Ma science^ c'est la fraternité^ c a parlé pour tout le socialisme.
c Toutes les utopies socialistes, sans exception, se rédui-
< sent, en effet, à l'exposé si courte si catégorique et si
< explicite de M. Cabet : Ma science, c'est la fraternité. Qui-
(1) Tome U, p. 354 et suiv.
386 nisToiRB DU GOMianfisME.
c conque oserait y ajouter un seul mot de commaitaire € tomberait aussitôt dans l'apostasie et l'hérésie (1). >
M. Proudhon demande ensuite aux socialistes pourquoi ils ne se mettent pas à réaliser leurs théories; c car, dit-il^ c qui empêche les socialistes de s'associer entre eux, si la f fraternité suffit ? Est-il besoin pour cela d'une permission c du ministre ou d'une loi des chambres ? Un si touchant € spectacle édifierait le monde^ et ne compromettrait que c l'utopie (3). >
Enfin, M. Proudhon n'apprécie pas avec moins de rigueur la moralité des socialistes que leurs opinions. Ecoutons-Ie sur ce point :
« Si j'interroge les divers entrepreneurs de réformes sur « les moyens dont ils se proposent de faire usage pour la € réalisation de leurs utopies, tous vont me répondre dans « une synthèse unanime : Pour régénérer la société et or- € ganiser le travail, il faut remettre aux hommes qui possè- € dent la science de cette organisation la fortune et l'auto- « rite publiques. Sur ce dogme essentiel tout le monde est « d'accord : il y a universalité d'opinions (3)....:. Inéga- < iité dans le partage des biens, inégalité dans le partage « des amours ; voilà ce que veulent ces réformateurs hypo- € crites à qui la raison, la justice, la science, ne sont rien, ^ pourvu qu'ils commandent aux autres et qu'ils jouissent : « ce sont en tout des partisans déguisés de la propriété ; ils « commencent par prêcher le communisme, puis ils con- « fisquent la communauté au profit de leur ventre (4). i
L'œuvre est consommée : M. Proudhon en a fini avec le socialisme sous toutes ses formes, avec le communisme à
:i) Tome II, p. 34ri.
(-2) IJ. p. 350.
(3; Id> p. 347.
4) id. p. ;jr»4.
tous les degrés. De tous les systèmes proposés par nos mo < dernes enlepreneurs de réformes sociales, M. Proudhon a fait un vaste amas de ruines ; pas un principe, pas une idée n'est restée debout.
Mais quoi! dira-t-on, M. Proudhon s'est donc converti? D^adversaire fanatique de la propriété, il en est donc devenu le défenseur ; car combattre à outrance le communisme et le socialisme, n'est-ce pas défendre la propriété ?
Non, H. Proudhon est toujours le même. Tandis que d'une main il abat le socialisme, de l'autre il frappe sur la propriété. La propriété, s'écrie-t-il dans son Système des Contradictiom économiqueSy a sa source dans la violence et la ruse. La propriété est la religion de la force (1). c Le pro- « priétaire, c'est Gain qui tueÂbel, le pauvre, le prolétaire, c fils comme lui d'Adam, l'homme, mais de caste inférieure, a de condition servile. Le droit de la force est parvenu à « se dissimuler, à se contrefaire sous une foule de déguise- « ments, à tel point que le nom de propriétaire, synonyme « dans le principe de brigand et de voleur, est devenu à la c longue le contraire de ces titres. Hais sa nature n'est pas « changée. Tandis que les anciens héros volaient les armes « à la main, de nos jours on vole par escroquerie^ abus de « confiance^ jeux et loterie ; on vole par usure, par constitu-^ «; tion de rente,fermage, loyer, amodiation ; ou vole par le « bénéfice du commerce et de l'industrie. »
L'auteur, retombant dans les erreurs du socialisme qu'il vient de bafouer, reprend, comme dans son premier Mémoire sur la propriété, les vieilles controverses de l'Église relatives à l'usure, et nie de nouveau la légitimité du prêt à intérêt, du loyer et du fermage, qui constituent à son avis l'aubaine, le moderne droit du seigneur. Toute sa théorie
(1) Tome II, p. 309.
consiste dans celte négation: l'usage des terres et des capitaux, doit, selon lui, être gratuit; hors de là, il n'y a que vol et brigandage.
« La propriété, dit -il , par principe et par essence, est > donc immorale : cette proposition est désormais acquise « à la critique. Conséquemment le Gode, qui, en détermic nant les droits du propriétaire, n'a point réservé ceux de c la morale, est un code d'immoralité; la jurisprudence, c cette prétendue science du droit , qui n'est autre que la c collection des Imbriques propriétaires, est immorale. Et € la justice, instituée pour protéger le libre et paisible abus « de la propriété ; la justice, qui ordonne de prêter mainc forte contre ceux qui voudraient s'opposer à cet abus, c qui afflige et marque d'infamie quiconque est assez osé € que de prétendre réparer les outrages de la propriété, la c justice infâme ! >
Voilà le jugement définitif que M. Proudhon porte sur la la propriété. Et pourtant, dans le même ouvrage, il a prouvé la nécessité, la légitimité de la propriété ; il a fait voir que l'appropriation est la condition indispensable de l'activité productive^ de la formation des capitaux et du progrès social ; que la famille, cette loi primitive, fondamentable de l'existence humaine, ne saurait se concevoir sans la propriété et l'hérédité. Toutes ces vérités, il les a établies avec une vigueur de raisonnement, un éclat d'expression vraiment remarquables.
Comment donc s'expliquer ces étranges contradictions? Sont-elles volontaires ou non, calculées ou irréfléchies?
Ces contradictions sont raisonnées de la part de M. Proudhon. Elles ne sont que l'application de la déplorable méthode qu'il a empruntée à cette philosophie allemande qui^ depuis un demi-siècle, tourne dans le cercle du scepticisme et de l'idéalisme. D'après la théorie sur laquelle repose cette
méthode, Tesprit humain ne progresse qu'en découvrant sur chaque question deux solutions opposées, deux lois contradictoires, en un mot une antinomie. Toute contradiction doit se résoudre dans une idée plus élevée, qui constitue la vérité. C'est toujours le mécanisme de la thèse, de l'antithèse et de la synthèse, que nous avons déjà signalé dans le premier Mémoire sur la propriété.
Fidèle à son principe^ M. Proudhon se plaît à faire naître les contradictions sous ses pas ; sur chaque sujet, il s'efforce de faire jaillir de l'étude des faits et des doctrines deux idées opposées qui se détruisent et s'annulent réciproquement. De là ces affirmations et ces négations successives des mêmes principes, ces critiques également acerbes des doctrines rivales. C'est ainsi que H. Proudhon passe successivement en revue les théories de la division du travail, des machines, de la concurrence, du monopole, de l'impôt^ de la balance du commerce, du crédit et de la propriété, et que sur chacune d'elles il soutient alternativement le pour et le contre, et met en lutte l'économie politique et le socialisme. Il montre dans la division du travail la condition nécessaire du développement de la ' production, mais aussi la cause de l'abrutissement du travailleur parcellaire; dans les machines, le remède à la division du travail, le principe de la suppression des travaux pénibles et répugnants, mais en même temps la source des chômages, de la prolongation exagérée des journées de travail, de l'asservissement de l'homme réduit au rôle d'accessoire des forces mécaniques. La concurrence, dit-il, est la condition nécessaire du bon marché et du progrès industriel ; mais, d'un autre côté, elle produit les crises commerciales, les luttes déloyales, les banqueroutes et Tavilissement des salaires. Le monopole, autrement dit l'attribution exclusive à chaque industriel des produits de son travail, du bàiéGce dQ ses inventions, est
390 HISTOIRE DU COHHUNISME.
le remède naturel de la concurrence; il est la récompense et le but du producteur, le mobile de ses efforts^ l'espoir de sa prévoyance; mais il ne s'établit que sur la ruine des rivaux de l'beureux vainqueur, ne s'alimente que de la substance du consommateur impitoyablement rançonné. L'imp6t est nécessaire pour assurer le maintien de la société ; mais à la longue il l'appauvrit et la dévore. La liberté du comme^ ce peut seule assurer le bon marché des produits ; mais le système prohibitif est indispensable pour protéger l'indusliie nationale. Le crédit est le moyen le plus énergique de développer la production ; mais le crédit, essentiellement réel de sa nature, accordant tout à l'hypothèque, rien à la personne, a pour effet inévitable d'enrichir le riche et d'appauvrir le pauvre : source d'opulence pour quelques-uns, il aggrave la misère du grand nombre.
Au-dessus de toutes ces contradictions plane, suivant H. Proudhon, l'antinomie fondamentale de la valeur utile et de la valeur échangeable, clef de toute l'économie politique. On suit que la valeur échangeable ou vénale des produits ne se mesure point sur leur utilité ni sur la quantité de travail nécessaire à leur création^ mais qu'elle est déterminée par la rareté relative de ces produits, parle rapport existant en* tre l'offre et la demande dont ils sont l'objet ; en sorte qu'il arrive parfois que, lorsque la production , la richesse réelle augmente, la valeur échangeable du produit créé diminue: il y a perte pour le producteur. Cette instabilité de la valeur échangeable qui affecte également tous les produits a inspiré cet axiome des économistes : qu'il n'y a point de mesure, d'étalon de la valeur.
M. Proudhon prétend résoudre cette question insoluble. 11 se livre à des recherches abstruses sur les lois qui président à la détermination de la valeur. De ces obscures élucubralions, il déduit ce prétendu principe : que tous les
travaux, quelle qu'en soit la nature, doivent être également rémunérés, et que les produits doivent être soumis à une tarification générale, fixée d'après le nombre d'heures de travail nécessaires à leur création. Les monnaies d'or et d'argent seront supprimées et remplacées par des bons payables en nature, qui seront délivrés aux travailleurs en échange de leurs produits par une banque centrale. Ce système, dont les principes se trouvent posés dans le livre des Contradictions économiques, est la base du projet de banque d'échange du même auteur.
Tel est l'esprit qui domine toutle livre des Contradictions économiques. Telles sont les données au développement desquelles M. Proudhon consacre tous les artifices d'une logique captieuse et d'un style incisif et brillant. À ces questions économiques viennent se mêler de déplorables thèses de philosophie , dans lesquelles l'auteur se plaît à ébranler les notions sur lesquelles reposent toute société^ toute morale. À l'entendre, l'immortalité de l'âme n'est qu'une décevante espérance ; la croyance aux peines et aux récompenses d'une autre vie, une vaine chimère ; la Providence, une illusion ; Dieu, une hypothèse. Si M. Proudhon reconnaît la nécessité logique de cette hypothèse, la puissance invincible qui nous contraint d'admettre l'existence de l'Être divin, ce n'est que pour adresser à ce Dieu inconnu les plus effroyables imprécations. Jamais l'impiété, jamais l'athéisme en délire ne s'abandonnèrent à de telles fureurs.
Rien de plus affligeant, rien de plus pénible pour l'esprit que la lecture de ces chapitres, où toutes les idées sont tour à tour niées et affirmées , exaltées et combattues ; où le vrai et le faux, le juste et l'injuste, la perversité et la morale se confondent dans un monstrueux mélange. Cela donne le vertige. Pas une pensée féconde, pas une solution pratique ne jaillit de ce chaos. En vain y chercherez-vous
392 HISTOIRE DU COMICUNISME.
la solution des prétendues contradictions soulevées par M. Proudhon, cette vaste synthèse dans laquelle doivent se résoudre les antinomies qu'il a signalées. Au fond de ces discussions compliquées, de ces élucubrations désordonnées vous ne trouvez que la négation universelle, le néant.
Nous ne saurions, en effet, considérer comme sérieuse cette tarification générale des produits, cette équivalence de tous les travaux, qu^elie qu'eu soit la nature, que H. Proudhon prétend déduire de ses obscures théories sur la mesure de la valeur. Il en est de même de ce projet de banque d'échange à l'aide duquel il se flatte de construire un monde entre la propriété et la communauté. Le maximum, le papier monnaie, quelle que soit la forme de son émission^ sont des expédients dès longtemps condamnés par l'expérience. La banque d'échange elle-même n'a rien de nouveau. Divers projets d'établissements de cette nature mieux combinés, et surtout plus clairement expliqués que celui de M. Proudhon, ont été depuis longtemps proposés et essayés en France et en Angleterre. Les tentatives de réalisation dont ils ont été l'objet n'ont jamais abouti qu'à des avortements. Rappelons, entre autres exemples, le nalionoX labour équitable exchange et les magasins coopératifs, fondés en Angleterre, avec le concours de M. Robert Owen. Là, le numéraire était remplacé par un papier monnaie dont l'unité s'appelait heure de travail. Les associés de la banque d'échange recevaient, en représentation de leurs produits, acceptés d'après un tarif déterminé, une certaine somme d'heures de travail, qu'ils pouvaient échan|j;er, dans les dépôts ou magasins coopératifs, contre les objets de consommation fabriqués par les autres membres de la société. C'est tout le système de M. Proudhon. Mais ce système n'a pu se soutenir. Parmi les projets purement théoriques, nous rappelerons encore le livre des Gemini de Manchester , qui fit tant de bruit en
Angleterre, à l'époque du dernier renouvellement du privilège de la banque. On y retrouve les théories de H. Prou*dhon sur la proportionnalité des valeurs, et le plan d'une banque fonctionnant sans numéraire.
Malgré les prétentions de M. Proudhon à Toriginalité, malgré l'hostilité qu'il affiche contre la doctrine de la com- (punauté, le communisme l'enveloppe de toute part et l'absorbe. La possession qu'il prétend substituer à la propriété, l'égalité absolue des conditions et des rémunérations qu'il pose comme loi suprême de la société, impliquent nécessairement l'attribution à l'État ou aux chefs des associations ouvrières du droit de disposer des choses et des personnes. La communauté se trouve au fond de tout système qui prend pour point de départ l'égalité absolue. Tenter de maintenir cette égalité par un ensemble de lois successorales, c'est recommencer la tâche impossible tant de fois entreprise par les législateurs de la Grèce. Prétendre concilier l'égalité ave€ le droit de possession individuelle, si restreint qu'il soit, c'est poser en face l'un de l'autre deux principes exclusifs et contradictoires. En vain, M. Proudhon veut-il se tenir en équilibre sur la cime d'une abstraction entre la propriété et la communauté ; il manque de point d'appui^ et en s'éloignant de la propriété, il est entraîné sur la pente opposée. Se sentant rouler sur le penchant du précipice , il veut s'accrocher aux broussailles de la dialectique, mais une force fatale, irrésistible, l'entraîne jusqu'au fond.
On ne transige pas en effet avec les lois de la logique. L'esprit humain ne se laisse pas enchaîner par une formule menteuse ; il ne se soumet point à cette prétendue nécessité des contradictions et des antinomies, que veulent lui imposer certaines intelligences jalouses d'élever à la hauteur d'un principe psychologique leur propre infirmité. Si, dans des cas forts rares^ il est vrai que la vérité jaillit de la lutte de
principes contraires, le plus souvent elle ne se trouve que dans l'un des termes d'une alternative entre lesquels il faut opter. La propriété et la communauté sont une de ces alternatives inévitables. Nier l'une, c'est affirmer l'autre.
Du reste, M. Proudhon a beau vouloir tracer, comme il le dit, sa route entre les deux abîmes, son expression trahit souvent, malgré lui, ses véritables tendances^ et rend évidente la nécessité qui l'élreint. Parle-t-il du capital, il dit que tout capital est nécessairement social^ ce qui revient à dire que la disposition des capitaux doit appartenir à la communauté. Répond-il à un manifeste communiste, il exprime le regret de contredire des hommes € dont les opinions sont au fond les siennes. > De même que les communistes, il ne voit les beaux-arts que d'un œil hostile et déCant ; il les croit incompatibles avec l'égalité réelle.
Enfin, en jugeant un écrivain, il faut moins s'attacher an sens secret et mystérieux de son insaisissable pensée, qa'à l'influence qu'exercent les œuvres dans lesquelles il la manifeste. Or, par la violence de ses attaques contre la propriété, par Tâprelé de ses formules, M. Proudhon est un des hommes qui ont exercé le plus d'influence sur le développement du communisme. A cet égard il s'est fait justice à lui-même: « Si jamais homme a bien mérité du communisme, dit-il dans « son Système des Contradictions économiques y c'est as- « sûrement l'auteur du livre publié en 1840 sous ce titre: « Qu'est-ce que la Propriété (1) » M. Proudhon a dit vrai. II n'a fait qu'une chose, il a bien mérité du communisme.
(1) Tome II, p. 335.