CHAPITRE XX
M. Pierre Leroux.
Caractère général des doctrines de cet écrivain. — Ses antécédents. — Idée sommaire de son système. — Ce système renferme deux ordres d'idées distincts, Tun religieux et philosophique, l'autre social et politique. — Rapport qui les unit.
L'esprit humain , quels que soient les objets auxquels s'appliquent ses efforts, se trouve sollicité par deux tendances contraires, et exposé, suivant qu'il cède exclusivement à l'une ou à l'autre, à se briser contre un double écueil. Tantôt il est porté à s'absorber dans la contemplation des faits, à se renfermer dans un étroit empirisme ; tantôt au contraire il tend à s'isoler de la réalité pour se plonger dans l'abstraction, il se laisse emporter sur les ailes de l'imagination vers la région des chimères. Dans l'ordre politique, le premier de ces excès se manifeste par les résistances systé* matiques et aveugles qui, à chaque époque, s'efforcent d'eofermer les sociétés dans leur forme actuelle, comme dans un cercle d'airain; le second, par les audacieuses tentatives des hommes qui, sans tenir compte des faits éternels de la nature humaine^ ni des circonstances propres aux divers temps, aux divers pays, s'égarent à la poursuite de la perfection absolue, et prétendent donner un corps aux impalpables fantômes de leurs réves.Telle est la perpétuelle opposition du
9W BUfMA M AMMindUB.
réel et de Fidéal^de Fempirinne rt de Totoitte. Pûor l'tamii qui aspire i élucider les grandes qoeations qpié Cuit niHfa le développement saecessif des aociétéa , pour le pofiâqaB appelé i les résoudre, le férilable talenl consiate à eondlîsr dans une juste mesure ces deux tendances, -à finiyer sa roiils entre ces deux écneils. Là seulement réside le progrès. Gepmidanty il fiiut reconnaître que des deux excès qui peafHl le compromettre , le plus dangereux est celui qui consiili à pousser la société dans les voies de rinconnii , à perdis de vue les faits positifs, pour faire aux idées une dnaM avoitureuse. Les hérésiarques politiques, qui se livrent i cet abus de l'imaginalion et du raisonnement, eolralnent i leur suite une foule de disciples crédules, trompés par l'apparence du bien ; mais quand vient Tépreuve dédsive in l'expérience , ces illusions séduisantes s'évanouissent; ds tentatives insensées, il ne reste que des nmes ; les adaptai de l'utopie s'aperçoivoat, mais trop tard, qu'on ne las a élevés au ciel de l'idéal que pour les faire retombor phn profondément dans l'abîme des misères de la réalité.
Parmi les modernes écrivains qui prétendent frayer i l'humanité les routes de l'avenir, il n'en est aucun qui tt soit engagé plus avant que M. Pierre Leroux dans le pajs des chimères, aucun chez lequel éclate au mèmedegfé l'absence du sentiment du réel. lia porté dans l'étude des problèmes sociaux et politiques les habitudes d'esprit qu'il a contractées dans celle des philosophies les plus obscures de l'Orient et de l'antiquité. Aussi, rien n'est-il plus difficile que de donner une idée exacte des doctrines répandues dans ses volumineux écrits, et surtout de formuler les conclusions pratiques, les résultats immédiatement applicables qui devraient ressortir de ses prolixes dissertations. Nouveau Pro* tée, M. Pierre Leroux échappe à l'analyse; il s'eiTorce dosa donner le change à lui-même et de le donner aux autres;
il afSrme et il nie tour à tour ; il pose un principe et le dé* truit par un principe contraire ; il trace une règle et l'efface sous les exceptions ; il annonce des vérités supérieures et s'évanouit dans le vide. Cependant, malgré ses transforma* lions, ses détours et ses faux-fuyants, nous ne désespérons pas de le saisir, de reconnaître l'enchaînement de ses principes, et de prouver que ses théories se résument dans le communisme le plus radical, vainement dissimulé sons les formules d'une métaphysique obscure et les citations d'une érudition désordonnée.
On peut distinguer plusieurs hommes chei H. Pierre Leroux, ou pour parler son langage, plusieurs iaces dans ion intelligence. Il y a en lui le philosophe et le tbéoiopbe, l'interprète des reUgions et des philosophies antiqueSi et le révélateur d'une religion nouvelle; l'historien dû passé et le prophète de l'avenir ; le métaphysicien et le stalistiden; le socialiste et l'adversaire du socialisme. Avant de nous en* gager dans l'étude des nombreux ouvrages de cet éerifain, il n'est pas inutile de retracer en quelques mots ses antéeé* dents biographiques et les évolutions générales de sa pensée.
C'est sous la bannière du saint-simonis me que H* Pierre Leroux a fait ses premiers pas dans le champ de rolopie* Avant 1830, il ne s'était fait connaître que par det articles de revue et sa participation à la rédaction du journal le Globej où il avait été le collaborateur de MM. de Broflie et Duchâtel. Jusqu'alors il n'avait pas dépassé, du moins osten« siblement, les limites de l'opinion libérale avaneée* Cepeii» dant, il est probable que les premières publicatieni de l'école saint-simonienne et l'enseignement de faime TanoM avaient fait sur son esprit une forte impression , car, m mois de janvier 1831, il adhéra à la religion nouvelle, e détermina la transformation du Globe en organe de la doe«
39S HISTOIRE DU GOMlinmSHE.
trine de Saint-Simon. Il fit partie de la famille de la roe Honsigny jusqu'au 21 novembre 4831, époque à laquelle il refoea de suivre le saint-simonisme dans les voies aventureuses où M. Enfantin voulait l'entratner, et fut du nombre des dissidents qui firent scission à la suite de Bazard. On sait que la cause de la rupture fut la fameuse question de rémancipation de la femme et des fonctions du couple-pr£tre. M. Pierre Leroux ne put entendre sans indignation les théories de celui qui devait quelques t&ois après prendre le titre de Père suprême ; il protesta énergiquement au nom de la pudeur et de la morale^ et se retira. Depuis lors, c'est une justice qu'il faut lui rendre, il a persévéré sur cette question dans les mêmes sentiments ; il est resté fidèle à la monogamie, et a fait une rude guerre aux impures doctrines dont il s'était si nettement séparé, quoiqu'il se soit montré en cela peut conséquent aux principes généraux qu'il a d'ailleurs défendus.
Après sa rupture avec le chef du saint-simonisme, M. Pierre Leroux parut se vouer pendant plusieurs années à des études littéraires et aux recherches de l'érudition. Il écrivit dans la Revue Encyclopédique des articles remarquables sur la poésie moderne et sur le mouvement des idées philosophiques et religieuses. Ces écrits, empreints d'un reflet des doctrines saint^-simoniennes, renferment les premiers germes des opinions que leur auteur a développées depuis.
Ce fut dafis V Encyclopédie nouvelle , commencée en 1831^ de concert avec MM. Cartlol et Jean Reynaud, que M. Pierre Leroux se livra plus complètement à ses tendances philosophiques^ religieuses et sociales. Il inséra dans ce recueil de nombreux articles sur la doctrine pythagoricienne^ les religions de Brahma et de Boididha, le Mosaïsme, le Platonisme^ le Christianisme primitif, etc. Une invincible attrac-
H. PIERRE LEROUX. 39d
tion semblait Tentraîner de préférence vers les plus ténébreuses régions de Thistoire de l'esprit hnmain. n appliqua à leur exploration la méthode déjà pratiquée avant loi en Italie, en Allemagne et en France, par les nébuleux invrateurs de la philosophie de l'histoire, méthode dont les procédés avaient été fidèlement recueillis par les saint-simoniens et par tous les rêveurs contemporains. Jamais on ne vit pareil luxe d'interprétations all^oriques, semblable profusion de mythes et de symboles. M. Pierre Leroux découvrit dans ces cryptes du passé des profondeurs infinies. Il expliqua l'inexplicable ; il trouva un sens à des mystères considérés jusqu'à lui comme entourés de ténèbres impénétrables. Malheureusement, si ses dissertations s'éloignent par leur prolixité du style des oracles qu'il interprète, elles s'en rapprochent singulièrement par leur obscurité.
M. Pierre Leroux arbora, en 1838, son drapeau politique et social par la publication de son livre de VEgalité. En 1839^ il exposa en partie sa philosophie dans sa Réfutation de Véclectisme. Ces deux écrits parurent d'abord sous la forme d'articles de revue. L'opposition républicaine, les anciens saint-simoniens, les ennemis de la philosophie régnante accueillirent par des éloges hyperboliques ces ouvrages, dont la tendance ne fut bien comprise ni de leurs admirateurs ni de leurs adversaires. M. Pierre Leroux fut proclamé un profond philosophe, un penseur de l'ordre supérieur, et l'on parvint à exciter en sa faveur un véritable engouement. Cependant, M. Pierre Leroux s'était borné, jusqu'alors, à des critiques et à l^exposition de quelques principes généraux. Il n'avait levé qu'à demi le voile qui couvrait sa pensée, et par des réticences habilement calculées, par des phrases mystérieuses, il avait donné à entendre qu'il gardait dans le sanctuaire de son intelligence des vérités supérieures et le secret de la religion de l'avenir.
400 HI8T0IBS DU OtMlHBRlIIIS.
De tonte part, ses amis le pressaient de na pont refinuar « inonde la réTélation dont il était le dépositair0. Enfin, m 1840, U publia son Uvre De VBwmmiU, évnsile.^k religion nouYolle. Cet écrit dissipa- m. frande- i^vjîf» If prestige dont on était parvenu à entomw rnalear. QrMIl tout le danger des vittllet erreurs que IL Pierre Imm s'efforçait de restaurer^ tout le vide qui se cachait mm}m pompeuses périodes de son stjle. L'éâivain linmanilairetpl définidvemait jugé et classé an nombre des réveui. fl^ conserva plus d'adeptes que parmi ces hommes qui eiqrp( d'utopie en utopie^ et se complaisent dansjes théuise irafiii et les doctrines nuageuses. r.;
Dans les diversécrits que nous venons de dler, H. Fini Leroux n'était point sorti du oerde des généralitée.. Il .iL'tvait formulé aucun plan positif de réoifanisation sociale ;1 n'avait abordé aucune questiim pratique, présenté auquas solution immédiatement aiq[iUcable. Sur ce po^it, ses idéal étaient demeurées flottantes et insaisissables^ souvait cobtradictoires. On cherchait vainement dans ses ouvrages dss conclusions précises ; on était réduit à les deviner d'après les tendances générales de Fauteur. Depuis lors« M. Piôrre Leroux a conclu. De nombreux articles insérés dms la jtovue Indépendante et dans la Revue Sociale nous ont fait connaître les critiques qu'il croit devoir adresser à la sodélé actuelle, et les plans d'après lesquels elle doit, sdoa lui, être réorganisée. Enfin, le projet de constitution démocratique et sociale, qu'il a publié en 1848, nous a révélé son idéal politique.
On a souvent accusé M. Pierre Leroux de n'avoir aucun système, de se plonger dans un syncrétisme bizarre et incompréhensible. Aujourd'hui cette imputation n'est plus permise. Pour quiconque a pris la peine de lire l'ensemble de ses volumineux travaux, il est évident que H. Pierre
M. PICIUIE LEBOCX. IM
Leroux a un sjfstème complet, parE&lemeot hanBoaîqae dans tontes ses parties, en embrassant la philosopliîe. b religion, l'économie sociale et la politique. En philosopbie ce système se résume dans la négation de la distinction de l'âme et du corps, dans la négation de la personnalité humaine, l'absorption de la raison et de la Yol<mté individuelle par la raison et la volontégénérale ; en religion, dans le panthfiwne et la métempsycose ; en économie sociale, dans le comraiinisme organisé au point de Tue sainl-simonie& ; enfin, en politique, dans l'^alité absolue et la démocratie poussée jusqu'à l'anarchie. Au-dessus de ces divers éléments plane lé di^me de la Trinité, delà Triade, emprunté i randenne théorie pythagoricienne des nombres, et an christianisaie* Nous ne pouvons donner ici qu'une idée très sommaire de ce vaste système dont les développements prolixes se déroulent dans plus de vingt volumes. Sous devons nous borner à en esquisser les traits les plus saillants, ceux qui se rattachent plus directement à la solution pratique du problème de l'organisation sociale. Cependant, comme toutes les idées de M. Pierre hetoux se tiennmt, que ses doctrines sociales ont leur racine dans ses théories métaphysiques, il est indispensable, pour faire comprendre les (vemières, d'exposer rapidem^t les seconde9.
IIIIJTUIIŒ DU CUMMUMIjME.
FbiloBopliifl et religion.
Idciililé, suiranl M. Pierre LerouT, de lu philosophie et de la relipoD. — Déflaitioti pe^fcliologique de l'homme. — Ideutilé de rhommetl de l'buniBUiU. — RenaiManccdellioaiDU! dans l'humanité. — I<é|çati«ii d'uDËW Tulure diirérenle de la lie terrestre, dfspeiaeg el dearccomj>cnses. — Perrectibilité. — Di^IlniliondeDieu. — Panthéisme. — Li Trinité loi pinérale de In ïie.
Jusqu'ici, ta religion et la philosophie avaient été considérées comme essentiellement distinctes, bien que pouvant concourir, |iar des voies différentes, aux mêmes solutions sur le grand problËme de lu vie humaine et de la cause de l'univers. H. Pierre Leroux nie cette distinction. A ses yeui, la philosophie et la religion, considérées dans l'ensemble de leurs développements, sont identiques. Les diverses religions <|ui ont successivement régné n'ont été que la constatation, In systématisation des résultats découverts à chaque époqoe par la philosophie, l'expression la plus haute du travail antérieur de l'esprit humain. Il est donc souverainement absurde, selon lui, d'exclure de la philosophie les fondateurs mêmes des religions. La différence des époques seule distingue les penseurs philosophiques des penseurs religieux. Tous ont été inspirés par l'humanité antérieure et parles besoins de l'humanité de leur temps ; tous ont travaillé à la culture de cet arbre qui sans cesse se développe et forme l'humanité; mais les uns sont venus au moment où le germe d'une religion était déposé dans la terre, d'autres au moment où l'arbre donnait des Heurs et des fruits, ceux-ci quand sa lige commen(;ait à paraître, ceux-là au moment où il fallail l'abattre pour le renouveler. Ils ont tous concouru au même
M. PIËURE LEAOUX. 403
labeur par des œuvres diverses ; mais ils poursuivaient le même but, et il est impossible de recomialtre en eux deox caractères essentiellement distincts, et de dire d'une manière absolue : Il y a deux espèces, voici les saints, Yoici les philosophes (1).
Or, d'après H. Pierre Leroux, le christianisoie qui» i l'époque de son apparition, fut un immense procès, résuma les vérités reconnues jusqu'alors par les plus hautes intelligences ; le christianisme^ tel du moins qu'H a été compris pendant le moyen âge, a épuisé toute sa sève, il a produit tout ce qu'il pouvait produire pour l'avancement de l'huma* nité. Depuis la Réformation, depuis quatre siècles, il a cessé de présider au mouvement des idées en Europe. Aujourd'hui, il est mort, et ce qui en reste n'est phu qu'iui oa^vre. C'est à la philosophie qu'il appartient de le remplacer ei de constituer une religion nouvelle. Les éléments de oeite philosophie-religion doivent se trouver dans le passé de l'humanité. Il ne s'agit que de les recueillir, de les rapproeiMr, 4e les formuler. Telle est la tâche que M. Pierre Leroux sa flatte d'avoir accomplie.
Toute religion, toute philosophie a m triple objet, un triple problème à expliquer : l'homme, k nature extérieure à l'homme et Dieu. Quelles sont sur ces grandes qnestioas les solutions données par H. Pierre Leroux ?
C'est une vérité reconnue par l'immense majorité de l'espèce humaine, que l'homme est f(Nmé par runioe «ysiérieuse de deux substances, l'une spiritaslle, l'autre Matérielle, qu'il a une ftme et un corps. C'est à Ttim que se rapportent les facultés qui constituent yéritablemeftt l'homae, la connaissance et la Yolonté, le sentiment et la raisen. Le corps, instrument fragile et périssable, n'est pour Fàme qu'u-
(I) Réfutation de l'Éclectisme, p. 32.
Mi Ul^irOllIE DU COIIHUNISHE.
ne demeure passagère, un moyen d'accomplir une destinée supérieure. Une fois l'uniun des deux principes brisée par la mort, l'âme subsiste incorruptible, conserve le sentiment de son identité, de sa personnalité, et reçoit dansua monde dilTérenl une rémunération ou une peine, selon qu'elle a mérité ou démérité dans le cours Je son épreuve terrestre. Suivant M. Pierre Leroux, cette conception de l'homme est radicalement fausse. L'homme n'est pas esprit et corps réunis ; il est indivisiblement esprit-corps. Le mot, le principe qui, en nous sent, pense et veut, ne peut être considéré comme ayant la conscience de son existence, indépeudammeDl du corps auquel il est intimement uni. Il n'a le sentiment de son identité, la mémoire de ses manifestations passées, qu'autant que les organes lui représentent les traces, les empreintes de ces manifestations. Les psychologues prétmdeDt que le moi, l'âme a la puissance de se replier sur elle-même, de se dédoubler pour ainsi dire, de manière à s'observer, â s'étudier dans l'exercice de ses diverses facultés. Erreur: l'âme ne voit, n'observe que les empreintes de ses actes, conservées par les organes, C'est à peine si M. Pierre Leroux consent à reconnaître qu'elle a, à chaque instant eldans toutes ses manifestations, le sentimenlde son existence. Cette opinion, qui ne s'était d'abord produite qu'au sujet d'une dis* cu.'ision purement psychologique, recelait des conséquences terribles (1 ). Eu efTet, si l'âme n'a le sentiment de l'identité personnelle, la mémoire du passé, que par son union avec le corps, du moment où cette union est rompue, le seoti* ment de l'identité, de la personnalité doit disparaître; àèi lors le dogme de l'immortalité, celui des peines et des récompenses de la vie future ne sont plus qu'une chimère, une illusion de l'orgueil ou de la faiblesse humaine. M. Pierre
!lj Rt'fulatiiM dt t'Étlmlisme, 2" partir, g VI et tuiviuilf.
Leroux n'a pas reculé devant ces conséquences. Il les a développées audacieusemeut dans son livre De F humanité.
Dans tous les temps, les hommes se sont considérés comme ayant chacun une existence individuelle, parfaitement distincte de celle de leurs semblables. Il n'en est pas ainsi, suivant M. Pierre Leroux. Nul homme n'existe indépendamment de l'humanité, c Que l'homme se défasse de cet orgueil € qui lui fait croire qu'il existe par lui-même indépendam- € de l'humanité. Sans doute il existe par lui-même, puis- € qu'il est l'humanité. Il existe en Dieu et par lui-même en € tant qu'humanité. Mais il n'existe par lui-même en Dieu « qu'en tant qu'il est humanité, ceijui revient précisément € à direqu'il n'existe pas par lui-même, mais uniquement par < l'humanité (1). > Mais qu'est-ce donc que l'humanité par laquelle seule les individus subsistent, d'après notre auteur? Est-ce simplement la collection de tous les êtres humains qui ont vécu, vivent ou vivront sur la terre ? Est-ce la qualité d'homme? M. Pierre Leroux renouvelle-t- il la vieille erreur des réalistes du moyen âge, la théorie des universaux à parte reij et se figure-t-il l'humanité comme un être métaphysique ayant une existence distincte des êtres particuliers dont elle constitue le caractère ? Notre philosophe déclare repousser toutes ces défmitions^ et par le fait il les admet et les amalgame dans une longueséried'inintelligibles logomachies, où le mot humanité est pris alternativement dans les trois acceptions, les seules possibles, que nous venons de rappeler. < L'humanité, dit-il, est virtuellement dans chaque « homme, mais il n'y a que des hommes particuliers qui <c aient une existence véritable au sein de l'Être éternel. « L'humanité est un être générique ou universel ; mais les € universaux^ comme on disait dans l'école, n'ont pas une
(l) De l'HumanUé, t. I, p. 205.
406 HisTOiBB m ODmÊxnmmK.
€ existence féntable, n Fonenteiid par ttmiê enstènee ptc reille en qiielqoe chose à celle des êtres ptrtieoiMnrs
€ L'hnnianité^c^BétchaqQeliommednissimexfakeBceiii-
c finie L'hnniamté c'est l^omme; e'est-è-dire leshimi-
€ meSy c'est-^Hliire des êtres pntiçaliers
c Qu'est-ce donc encore une fois qoe nnônanilê ? — Je c dis qne c'est l*botnme. — G^est'riioininehanuttiilé ; cTeslc i'dire c'est rhommey on cluuiiie liomiiie dons son défs- < loppement infini, dans sa tirtQàUlS'qai le rend càpaUs « d'embrasser la ^ie entière de llMunanilé et Ae rÛfoor « en lui cette tie
f L'humanité, dans ^Ique sens qu'on tiitende èe mot, f existe en nous, comme l'amour, l'amitié, la hrine ettooc tes nos passions
c L'humanité donc est un être idéal composé d*ime mntc titttde d'êtres réels qm sont eta-mêmes l*hittaaiûtf en « gmne, l'humanité à l'état tirtuel. — Et rédproqiiemait « l'homme est un être réel dans lequel vit à l'état virtuel, « l'être idéal appelé humanité. L'homme est l'humanité c dans une manifestation particulière et actuelle. Ilya « pénétration de l'être particulier homme et de l'être gé- € néral humanité, et la vie résulte de cette pénétration (1). »
Telles sont les formules obscures et contraditoires dans lesquelles s'égare une pensée qui ne se comprend pas ellemême. La seule idée que Ton puisse entrevoir au fond de ces ténèbres, c'est que, suivant H. Pierre Leroux, le principe d'existence, l'être métaphysique qui se trouve dans chacun de nous, est indissolublement lié à la condition humaine^ ne peut se manifester au dehors qu'avec cet ensemble de caractère qui constitue la qualité d'homme. Telle est en effet la conclusion à laquelle arrive notre philosophe. D'à-
> De l Humanité, t. I, p. 197-204.
près lui, sa formule de Tidentité réciproque de rhommeet de rhumanité, nous donne la solution du problèx^Q de la vie future^ rintelligence de cet autre monde don) les bommes, suivant son expression, se préoccupent d'une façon si étrange, c Vous êtes, dit-il, donc vous serez, car étant, € vous participez de Tétre, c'est-à-dirç de V^\fi^ éternel et
€ infini Ce qui est étemel en vous ni9 f^r^ra pas. Ce qui
€ périra^ ce qui périt à chaque i|i$Jtaiit, 4)u jAutâilt ^ qui « change, ce qui se trai^orme, ce sppt )e$ msiiûlGBSt^ns € de votre être, le3 rapports de votr^ éti)e ^^ 4es autres « êtres. Voilà ce qui ^'a pas, quant à vpu3» i^ (Wilidilé et « d'éternité. ^ il faut bien qu'il en ^it i|jiDsi ; par c'est € grâce à cette mutation que l'être qui est .en yous^ l'être € étemel qui est en vous continue à se manifester. Donc la «( mort des formes accompagne la vie. Yivre^ c'^st mourir « quant à la forme, pour renaître qii9nt à lit forw-
€ Nais que sommes-nous en essence, ejt quelle est, par « conséquent, l'essence qui 4e nouveau se xoanife^lera et € dont les manifestations nouvelles i^v^fo^^offi, nptc^ vie € future ?
€ 'Je dis que nous ne sommes pas seulement un âtce, une € force, une virtualité, mais que cet être, cette force, cette c virtualité a en tant que teUe une nature déterminée, la € nature humaine, que chacun de nous est hymo/niU.
« Nous sommes humanité. Donc noire perJidctionnement c est uni au perfectionnement de l'humanité, ou plutôt est € ce perfectionnement même. Donc notre vie future est c liée à l'humanité (1). La vie future ^at le. développement c et la continuation de la vie présente. Or» damla vie pré- « sente> l'homme est l'homme, c'est-à-dire est uni A Thuc manité, et avec l'humanité à la nature extérieure. Donc
(1) De l'Humanité, t. I,p. 195.
408 Hinoaut mi ooionnainB. '* '
c dansh Yieftitara, conlimulioB delà tiepttoato, rhomme € sera eneore uni i rhnmanité et, atec l^kuaumUà h nac tore (1). »
AuuûyDons renattrens, mabdana Hinimmilé ; wam ntroM encore, niais sor cette twre eu nous ifou iéoL c Noos sommes non seolement les flb et la peeiéritf ds € ceux qm ont déjà vécoj mahm fimd et rteHemant cei c gteératUms antérieures eUes-mêmiès. » Oœ ai veoa opposai l'absence de mémoire, la destmctioB.de la lité, de rindif idoalité» de l'identité» qni est h de ce système, le philosophe r^nd qoemolre Uetttiié» c'est le moi qoi nons a été domiéj indépeadaesment da aes manifestations. Cette identité du moi ne se' ibadiii»4-ieHfr peiat même ^dant le conrs de rexistéace' humaine f Ihw vie noatelie serait-t^e possiUe si l'intdiigeiice était sieeaUée soos le poids dn sonvenir de nos esostences précédentasT Hais si la mémoire formelle nons mànqoe, die eatTempla* cée par Finnéité, par les conditions noorelles de développement que chaque génération apporte en reparaissant sur la terre. Platon n'a-t-il pas dit que la science n'est qn'one réminiscence ? Descartes n'a-t41 pas défendu la doctrine des idées innées? Enfin Leibnitz ne considère-t-il pas la m de chaque créature comme une suite d'états liés entre eox ?
c Nous serons, nous nous retrouverons. Mais avmis-noiis (( besoin, pour être et pour nous retrouver, de nous rappec 1er nos formes et nos existences antérieures ? Qu'on me < dise d'où viennent ces sympathies qui unissent, dans h « vie présente, ceux qui s'aiment, et qu'on m'explique ces € liens invincibles qui nous entraînent vers certains êtres. « Croit-on vraiment que ces sympathies n'aient pas leurs ra- « cines daus des existences antérieures ?
I) De l Humanité, p. 213.
€ La MiMMix HLfÉL qwe te cMhet fri^deiawL Ilie « fait probaUMMot dans te plnooMBe ^ kiMfifHri- « que chose de wahlahte à oe ^ a Béa càaqoe joar daas € le sommeil fne tes pocÉes, tes pUosaphes H, mèaM te 4L YO^âre aotâ aoHvcBi caofmé à h mort eCappetete € frère de te mart. IteB te aamBMJ € tkiDS, naa gftimf te de tew se « nentea bom, di* lii mifl naas, € logae à oetei de te d^eslîoa de
< nent notre ckair... Cest ainsi « aère et fae sons sorloos pi» nvasU et pi» fiarts da c sommeil aiec ■■ oertânoiiUL Eh bien, dans te flMirtyi|m
< est on plus grand oubli, il sembte fne noire vie se di- € gère et s'élabore, de manière qoe, tout en s*effiitçant sons « sa forme phénoménate, dte se transforme en noos, et « augmente, en passant i Tétat tetent, te force potentieUe
< de notre être. Pois vient te réveil ou te renaissance. € Nousavoos été, nous ne nous rappelons plus les formes c de cette exist^ce ; et néanmoins nous sommes, par notre « virtoalité, précisément te suite de ce que nous avimsété, « et toujours le mtoe être, mais agrandi (1). »
(1) Cette doctrine n'est du reste qu'une tpplicatioQ des trois lois générales de la irie« qoe M. Pierre Leroux se flatte d'avoir retrouvées dans les plus profonds mystères des reli^^ons primitiTes^ lois dont voici l'énoncé :
1« L'être, le principe de vie passe altematiTement de l'état latent à l'état de manifestation. L'état latent, c'est la mort, qui ne détruit pas l'être, mais seulement l'une des formes qu'il rsTét dans le cours de son existence infinie. L'état de manifestation, c'est la Tie qui se re* produit dans une évolution infinie.
2^ L'être se provoque lui-même par l'esprit ou par l'amour qui est en lui, à sortir de son repos pour agir, pour se manifester, pour créer, pour vivre, pour être enfin.
3o L'être en passant de l'état latent à l'état de manifestation^ est moi, non moi, et rapport du moi au non moi, triple et un à la fois (Préface à la Trilogie sur l'institution du dimanche). Remit Sociale, année 1847.
4i0 HisToiu DU Gonromiu.
Quoi, direz-vons, sommesHnous^oiicéteriieyeiiieiit condamnés i Fecommencer cette fie terrestre, si remplie de douleurs et de misères? Ce bonheur que nous pomsuivoiis ici-bas et qui fiût toujours devant neos, ne le naocentrarons-noos pas dans un mcmde mdllevf Cemient eqdiqoer dans le système de la paKngénéaie hmamtaine iUntace du mal, qui ne peut être conçu ipe comme «ne épravre, et justifié qu'à la condition d'une eompaMilien fntniie f — M. Piorre L«roux convient que le iwnhenr neos eisl nafiisé sur cette terre où habilent avec nens la dedcnr ai In nerL Il reconnaît Texistence dn mal, >et ie décime néceasaira, parce que le plaisir et la peine s<Hit les etorfanta indiapensables de notre activité, la condition dn mowement dans le monde. Mais ici intervient k doctrine de In perfisctiUlitéi que M. Pierre Leroux élève i la hanlear d'nae religiDtt, et dont il fait le pivot de ses théories. L'komme, dil-il, rbnmanité sont perfectibles, et par là il ne ânt pas aitandn simplement avec Pascal que la somme de nos connaissances, que la puissance de nos arts s'accroissent sans cesse, par raccumulalion des travaux des générations ; ce n'est là que Taspect le moins important de la perfectibilité. Ce sont les facultés humaines, c'est la nature humaine elle-même qui se perfectionne ; chaque fois que nous renaissons dans l'humanilé, nous naissons plus forts, plus intelligents, plus vertueux ; le monde dans lequel nous recommençons à vivre est un monde meilleur, plus rapproché du type étemel de justice et de perfection vers lequel gravite l'humanité. Telle est notre immortalité ; telle est la satisfaction qui sera donnée à nos vagues aspirations vers le bonheur. « Il faut donc, « s'écrie M. Pierre Leroux, il faut que l'homme renonce « enfin à une longue erreur , qui lui a fait chercher hors <r du monde, hors de la nature, hors de la vie, un paradis aginaire. Il n'y a pas de paradis , il n'y a pas d'enfer,
M. PIEBRE LEMMn:. 411
€ il n'y a pas de purgatoire hors du monde, hors de h
c nature, hors de la vie. Avec leur enfer, leur purgatoire,
« leur paradis, toutes leurs craintes et toutes leurs e^rau-
« ces étemelles placées hors de la nature, hors de la vie,
€ les hommes ont fait fausse route... Ayant ainsi créé un
< absurde dualisme, et s'étant mis ce dualisme absurde € dans la tête et dans le cœur, ils se sont trouvés déchirés, « divisés; attachés qu'ils étaient à la réalité, à la nature, à € la vie, et emportés en même temps par les ailes de leur € folie hors de la réalité, de la nature et de la vie, dans un « monde imaginaire et vain, que, dans leurs rêves les plus « exaltés, ils n'ont jamais pu définir ni entrevoir. C'est ce € dualisme qui, en déshéritant la réalité, la nature, la vie € de toute espérance immortelle , les a abandonnés à Té* « goïsme , à la corruption, au mal^ et qui a vraiment créé « la mort et le néant. >
Yoilà qui est clair et explicite. Tout le mal vient d'avoir admis une vie future différente de la vie présente ; celle distinction est folie, absurdité, chimère. Les hommes im sont à tort figuré un ciel en dehors de la terre ; ils ont Utwh sèment placé Dieu, l'infini, hors de la nature et de l« m, € Les choses ne sont pas ainsi. Dieu n'est pas bon du mmâ^^ « car le monde n'est pas hors de Dieu. In J)eù ffMmuê H « movemuT et sumus^ dit admirablement feint FmiI. Va \$ « terre n'est pas hors du ciel ; car le ciel^ c'eil-^^irt Vin» « fini créé, espace ou temps, comprend la terre '. Hoe $nim « cœlum est in qw vmmuê et movemur et $umu$f w/9 <( et omnia mundana carpara, dit adfoirabkrfiieot lUf^'
< pler... (l)i
€ Le del existe douMement, pour ainsi dir#, m m %m^ « qu'il est et se manifeste, bvisible, il e»t Tiolffii^ il mi im*è
(\) De IHunwittt^'. i. I, p. W
412 HiSTOBtf va ooMmuw.
€ Visible, il est le fini, il est la ne pur Dieu an sein de d»» c qaecréstare...
c Dyadonc denxeiel:
c Un del absolu^ permanent , «nbnswH le minde tsat « entier, et chsqne crèatore éa ptftieqliery et danaJessii c doqael vit le monde et ehaqœ créature.
« Et un ciel relatif, non pennanenty^naiiJiprDirfesii^^ « est la manifestation dn premier dans le .tempe^ et dam
c Tespace.
c Encore une fois, ne me demandes pas oA est a^ué le c premier, n n'est nulle part, dans aucun point de rofaee^ c puisqu'il est l'infini. — Ni quand il fâoidFa, qaaâd 9sb c montrera. Il ne viendra jamais , il ne se montrerai auqsM c créature; il ne tombera jamais, dans le tempe, tml^ € qu'il n'appartiendra à l'espacé, puisqu'ilestrEterBeU.
« Notre foi est que le premier del, le sottrarain cislj os « Dieu, l'invisible, l'Éternel, l'infini, se mafriteste de fhi c en plus dans les créations qui se succèdent, et qu'ajoa- < tant création à création, dans le but d'élever de plus en c plus à lui les créatures, il s'ensuit que des créatures de « plus en plus parfaites sortent de son sein, à mesure que « la vie succède à la vie. C'est ainsi que sur notre globe « rhumanité a succédé à l'animalité. L'homme, a dit « Goethe , est un premier entretien de la nature et de «: Dieu (1). »
Que si vous voulez avoir une idée plus complète de h nature de Dieu suivant M. Pierre Leroux, il vous répondra que Dieu est vie triple et une ; il est à la fois impersonnel et distinct des êtres particuliers, bien qu'immanent en chacun d'eux. Dieu est trinité , car il est à la fois être des êtres, puissance d'être étemelle et infinie , comprenant et portant
(1) De VHumanité, t. I, p. 1S5-1S7.
M. PlEIUtE LEROUX. 413
les du jadaisme, ne se trompaient point quand ils pensaient que l'homme renaît au sein de Thumanité. Enfin, Jésus- Christ lui-même n'a point annoncé la iriie fiiture telle qu'on la comprend de nos jours, mais la fin du monde et la renaissance des hommes sur une terre régénérée par la toutepuissance difine. Le christianisme primitif n'a jamais cni à l'existence purement spirituelle des âmes, à un paradis immatériel , mais à la résurrection des corps. C'est encore la renaissance dans l'humanité. Il est presque superflu de faire remarquer qu'aux yeux de H. Pierre Leroux, comme à ceux des sociniens, Jésus-Christ n'est qu'un homme, inspiré il est vrai à un degré supérieur par l'esprit de Dieu, qui s'est manifesté surtout chez les grands initiateurs dé l'humanité, chez les fondateurs des religions, tels que Ménou^ BoiMldha, Moïse et Jésus. Dans sa revue du passé, notre philosophe vient souvent se heurter contre des faits qui contrarient ^ngulièrement ses théories. Telle est entre autres cette croyance universelle à une vie différente de notre existence terrestre, aux peines et aux récompenses, aux Champs-Elysées ei au Tartare, au paradis et à l'enfer^ croyance qui se retrouve en Egypte, dans l'Inde qui allia l'idée delà rémunération à la métempsycose, au sein du paganisme, et chez les Juifs eux-mêmes, où elle fut professée par la secte essénienne. M. Pierre Leroux ne s'arrête point devant cette grande, cette vraie tradition du genre humain. Cette croyance doit être considérée, selon lui, comme une opinion grossière que les initiés aux mystères des religions antiques laissaient au peuple ignorant. Si de grands esprits l'ont adoptée, parce que seule elle leur paraissait expliquer l'énigme de la vie, c'est qu'ils ignoraient la sublime doctrine de la perfectibilité, découverte par le XYIII" siècle, et qui, combinée avec la palingénésie humanitaire, justifie suffisamment les voies de la Providence.
416 HI8T0IRB MJ GOmniKttU.
Voili donc quelle est It raligion^hiloeopiiis'^idèit remplacer le cfaiistiaiiieme ; tel est le sens : mfiUrieai, h complément des révélations soccessifea i^pcnrléwà' nnutnité par les grands initiateurs dont M. Piarro LenMBLfffétend être Tinterprète et le continuateor. Aprta avoir h css déplorables divagations, on ne ssnriût frop aTéton» qas l'auteor ait osé appeler du nom de religiiu, >4e pliiloea)phis» une théorie qui n'est que la deslmctien dé tintn rrtligÎML tk toute philosophie, le monstnmiz aaaemhlagè da:FîdiaiiiM des successeurs (to Kant et des rèfirini de.SpineMu Ihlgé les subtilités par lesquelles M. Pierre Lerovr s'efbnejB distinguer les êtres particuliers de là sobslanto diviM jMMnente dans chacun deux, sa théorie dfl.])iea.et dâifamahm n*estquele panthéisme, moins renchidnèméntrigoniiMiidii déductions qui fait le mérite du Juif d'AmstecdÉiOy-bjls»théisme tel que l'avait conçu et hautement fmiamà hmtk saint-simonienne. La renaissance de Thomnie dani l'IiHtMnité, c'est la négation des dogmes consolateurs sur lesquels reposent la religion et la monde; c'est une hypothèse sans preuves, un retour à ces grossières erreurs qui, repoossées même par le polythéisme, ont achevé de se dissiper à la lumière de la révélation chrétienne. Nier la persistance de la personnalité de Tàme après la mort, c'est nier l'immortaUté. Que m'importe que la force virtuelle qui est en moi subsiste après la mort, si elle cesse d'être moi, si elle ne se manifeste que sous la forme d'un être entièrement nouveau, sans aucun souvenir de son existence passée ? A ce compte, mon corps aussi est immortel, car je sais que les molécules matérielles qui le constituent sont impérissables, et recomposeront dans la suite des siècles d'autres êtres animés. 0 philosophe, professez franchement la doctrine du néant, nous n'avons que faire de votre immortalité !
Du reste, M. Pierre Leroux n'est point le premier qui
M. PIERRE LEROtX. 41 7
ait, dans les temps modernes, prétendu remettre en honneur la doctrine de la palingénésie humanitaire. Si, parmi les devanciers qu'il s'attribue, les plus illustres ne méritent point une telle assimilation, il en est d'autres qu'il passe sous silence, et dont il eût à plus juste titre invoqué l'autorité. Aux plus mauvais jours de la révolution française, l'athée Anacharsis Clootz professa la religion de l'humanité, l'absorption de l'individu dans l'espèce. Charles Fourier, ce rêveur dont M. Pierre Leroux ajustement flétri les impures théories (1), avait, trente ans avant lui, prétendu que chaque homme renaît plusieurs fois sur la terre, Fourier, plus explicite que le philosophe de Boussac , fixait à quatre cent cinq le nombre de ces existences, et à vingt-sept mille ans leur durée totale. Il révélait de plus l'état des âmes pendant les intervalles de leurs vies terrestres, intervalles qui con* stituent selon lui la vie ultramontaine, dans laquelle les dé* cédés, revêtus de corps éthérés, planent dans les plus hautes régions de l'atmosphère ou pénètrent au sein des entrailles de la terre. Ainsi, les aberrations de M. Pierre Leroux ne sont, malgré ses prétentions à l'originalité, qu'un manifeste plagiat. Mais ce qui lui appartient, c'est le bizarre syncrétisme au moyen duquel il a amalgamé la religiosité avec l'athéisme , et le mysticisme avec la négation de la vie spirituelle.
C'en est assez sur la religion de M. Pierre Leroux. Il est temps de passer à l'examen des principes de morale, de politique et d'organisation sociale qu'il a déduits de ses conceptions métaphysiques.
(1) Lettres sur le Fouriérisme, insérées dans la Revue sociale*
4l8 HiSToms DU GiHDnnnnift«
Organiffttion sodale ai pditi^iM.
U funine^U patrie, U propriété ndéei pur la easiê. ^U adUnilé gabstitiifo à k charité. -- L'égaHIé loi de rafodr. --- L'ég^ éM lef temp ancieni. — Sens dea lepae eeauBHM de faaliipilé. -- Gritiquet sodalei. — U propriété, c'ait le mal, le pédhé arigM. — M. Pierre Leroux concliit forcément an eonmmififllné. ^— Prindie
dekTBU]nE.--LeGBC»n.ro.--lAeoaniaieatrttti.--*Qoi^^ démocratiqiie et lociale. — Le terialkma ail.v^ ni%ioii
Deméme qae rhomme ert Iripk aa point de n» ptjàuh logique, de même, snitant M. Kerra Lerom il ea andAiie comme être soddi sons Taipect de la tripiicilé.- Élmt i h fois sensation, sentiment, connaissance, il se tronfe ea rapport, par ces trois faces de sa nature, aiec les anlrei hommes et avec le monde. De là naissent la propriété, h famille, la patrie, qui répondent aux trois termes de la forroule philosophique. La trinité de l'âme humaine en {urédominance de sensation donne lieu à la propriété ; en prédominance de sentiment, à la famille ; en prédominance da connaissance, à la cité ou l'État. Mais entre Thomme et ses semblables, entre l'homme et l'univers, il existe deux natures de relations qui engendrent le bien et le mal. L'homme se met en communion et en société avec ses semblables, el c'est la paix, ou bien il veut violemment les asservir à son besoin, et c'est la guerre. Cette qualité se reproduit dans les trois ordres de relations sociales. Dans la famille, il y a le père et l'enfant, le mari et la femme. Si le père, si le mari est tyran, le fils, la femme sont esclaves. De même, dans la cité , les uns commandent dans un intérêt égoïste, et les autres sont contraints d'obéir : c'est encore l'escla-
vage. Enfin, en voulant la propriété à son profit, l'homme la constitue par cela même chez les autres. Voilà donc des limites infranchissables qu'il se donne à lui-même. En se faisant propriétaire, il se fait esclave ; car il abdique par cela même son droit à la jouissance de ce qui excède sa propriété. La guerre entre les hommes revient encore par ce côté : car ceux qui ont un gros bagage de propriété sont les puissants ; ceux qui en ont un petit, ou qui n'en ont pas, sont trop faibles pour n'être pas esclaves.
« Ainsi l'homme, par le fait même de sa vie, par le besoin « inhérent à son être, constitue la famille, la patrie, la pro- « priété , et il se trouve que ces trois excellents biens de c viennent pour lui une triple source de mal (1).
c La famille, la patrie, la propriété doivent-elles donc un c un jour disparaître de l'humanité ? De loin en loin, dans < le cours des siècles, il y a eu des penseurs et des sectes « tout entières qui l'ont cru. De nos jours, ces penseurs et c ces sectes ont de nouveau surgi. > M. Pierre Leroux déclare ne point partager cette opinion : l'homme, dit-il, ne peut être conçu sans famille, sans pairie, sans propriété. La famille, la patrie, la propriété sont les trois modes nécessaires de sa communion avec ses semblables et avec la nature. On ne peut qu'applaudir à cette déclaration. Mais bientôt nous allons voir notre philosophe renverser, par une de ces contradictions qui lui sont familières et qu'il dissimule sous les artifices d'une phraséologie captieuse, les principes qu'il vient de poser.
La famille, la patrie, la propriété, dit M. Pierre Leroux, doivent être organisées de manière à servir à la communion indéfinie de l'homme avec ses semblables et avec l'uni-
(1) De V Humanité, t. I, p. 131. — Dans cette exposition, je m'attache autant que possible à conserver les expressions mêmes de l'auteur.
4S0 ttisToiiui 00 Goummok
mn. C'est là une conséqnenfia de lldentité enstant entat rbomme indifidnel et Tétre génénl humiiiité. Maie joh qa'id k famille, la naliiMi, la propriété n'qot peut éi organisées de Caçon que rhoDune pût, ae ; démlçpiNV et progresser librement dans leur sam. La famille par^vdiisi hommes, parce qu'elle rattachait tout à lanaisaniçe, V^ék subordonnait le fils au père, et Cûsail de l'homme un JMv tier. La nation parquait les hommes dans l'espace^ psics qu'elle créait des agrégations hostilea les. unea aux anlM^ et faisait (le l'homme un $^§it. c Enfin, il, j a une troiaUiaM c manière de parquer U» hommes, c'est, de dinier la.tBRa, c ou, en général^ les insiruments. du travaili et d'attadir kl c hommes aux choses , de subordouner.l'honune à la pnn c priété, de foire de l'homme un prapriMaire (1). » La source du mal, c'est la rupture de l'unité et de la eonaannion de l'homme avec ses semblables, autrement dit l'isole* ment, l'individualisme, la caste : de li naissent la farniBâ^ caste y la patrie-^asie , h propriéti-caste , contraires à h vraie famille, à la vraie patrie, à la vraie propriété.
Les anciens sages, Confucius^ Jésus, ont proposé pour remède au mal la charité. Ils ont dit : c Aimez votre pnh chain comme vous-même. > H. Pierre Leroux consent i reconnaître qu'il y a du bon dans ce principe, mais il la trouve insuffisant et entaché d'une triple imperfection. En efiet, il voit dans la charité du christianisme: cl* lemoî, « ou la liberté humaine abandonnée; l'égoîsme néce^aire « et saint dédaigné, fmilé aux pieds ; la nature méprisée, € violée ; — â"" le mot, ou la liberté humaine tournée di- € rectement vers Dieu ; l'être fini aspirant directement i « n'aimer que l'être infini; — 3® le non-WfOiy ou le sembla- « ble, dédaigné dans la charité même ; aimé en apparence
(1) De VBumanité, 1. 1, p. 140.
It. PIERRE LEROUX. 421
c seulement, et par une sorte de fiction, en vue de Dieu, « unique amour du chrétien (1). > Un principe supérieur et plus complet doit donc être substitué à la charité; c'est celui de la solidarité mutuelle des hommes, fondé sur le rapport intime^ l'union indissoluble qui, dans la nature des choses, existe entre l'homme et l'humanité. Celte union est telle que nous ne pouvons faire du mal à nos semblables sans faire notre propre mal. L'oppression n'est pas seulement funeste à l'opprimé, elle est encore nuisible à l'oppresseur qu'elle corrompt et soumet à la crainte. De même nous ne pouvons faire notre mal, sans que ce mal ne réa- ^sse sur les autres hommes, en les privant du secours qu'ils auraient trouvé en nous. La formule de la vraie charité, de la solidarité, également éloignée de l'ascétisme et de l'égoîsme, est donc celle-ci :
« Aimez Dieu en vous et dans les autres.
c Ce qui revient à : Âimez-vous par Dieu dans les autres.
c Ou: Aimez les autres par Dieu en vous.
« Ne séparez pas Dieu et vous et les autres créatures.
« Dieu ne se manifeste pas hors du monde, et notre vie € n'est pas séparée de celle des autres créatures (2). »
Mais comment se réalisera ce principe de la solidarité, de la communion de tous les hommes? Ce sera par l'application de plus en plus complète de la liberté, de la fraternité, et surtout de l'égalité. La révolution française a résumé avec raison toute la politique dans ces trois mots, qui renferment un sens profond. Ils correspondent, en effet, à la formule de l'homme, qui est à la fois sensation-sentimentconnaissance. La liberté, exprimant la manifestation extérieure de la vie, se rapporte au monde de la sensation.
(1) De t'Ëumanité, t. 1, p. 1(52.
P) Id., t. I, p. 167.
422 ttisTom BO
L'homme sorîal ne peat eiereer aon^aelifilé-eaaeei treofer en rapport avec ses semblables^ sans <prm«er à kmt ipati me afléetion bienveillante on hoetiie* la M qmààà réghr ees rapports, c'est la firatamilé rdative'asaeBliana*. Uni pourquoi la liberté et la fcaternUé 4oâ«aitreUe9 fririte au relations des hommes? L'isiallii^Émie gépiatl qs»sfsit perce qne tous les hommes sont ép«L L'jpMté- eosgeipsy donc à la connaissance; elle est, anpeiatéefede-lÉsrisncs la raison d'être des deni antres ptsIiBi di ejaaboleivipn* blicam, le fondement legiqoe de k ISierlé flt de 11, Msniift.
c n y a, dit M. Pierre Leromc, tootetineideMè éanecs € mot iffaUtéj nne science anjesur Jhttl^eheB«r# et eftwisp c pée de ténèbres: Porignie elle bol dfria.ioeiétiaeatàh « chis dans ce mot comme dans Pénga» en sfhiix (1). » L'égalité est un principe^ nn dogme qni^ prarlMmft pem li première fois par Roweanj esl devmsn «aaâi^ manefui» ce, nne religion.
Suivant les ennemis da progrès, ajoute M* Pierre Leroux, la devise républicaine est celle du vice, de l'igmonmee et de l'envie. C'est un cri de guerre, et non un cri da paix; ee sont trois mots vides de sens que le peuple^ e'eet-i-diie h canaille, a embrassés avec avidité comme un. sjnnbole de licence. Une expérience pleine de déceptions Fii prouvé, l'égalité n'est qu'une chimère. D'autres prétendent restroodre le principe de l'égalité à l'égalité devant la loi. C'est là, suivant M. Pierre Leroux, une interprétation mesquine et fausse. L'égalité devant la loi, même étendue à l'ordre politique^ n'est pas la vraie égalité. 11 ne s'agit point, dans l'axiome révolutionnaire, de la seule égalité du citojen, mais de l'égalité humaine, c L'égalité est une loi divine, c une loi antérieure à toutes les lois, et dont toutes les « lois doivent dériver. >
(1) D9 VÉgalUé, p. 4.
Ce principe, dit notre auteur, est aujourd'hui le crilerium même de la justice. Il s'est imposé ,à nos intelligences avec tant d'autorité, que la société actuelle, sous quelque rapport qu'on la considère, n'a pas d'autre fondement logique. L'^« lité est le principal élément de notre oi^anisation militaire; elle est proclamée comme base de l'oi^anisation politique , sous le nom de souveraineté du peuple; comme loi de l'industrie et du commerce , sous le titre de libre concurrence. Elle est inscrite au frontispice du Code civil et du Code pénal. C'est elle qui est consacrée dans l'ordre religieux et intellectuel, sous le nom de liberté de conscience^ de liberté de penser et d^ écrire. Elle préside aux relations sociales^ à tous ces rapports qui participent de l'amitié et de Tamour. Il n'y a plus de nobles ni de roturiers, plus de mésalliance.
Mais cette ^lité n'est admise qu'en principe. En fait^ combien die est loin d'être complètement réalisée ! Dans l'armée, le riche se dispense, pour un léger bruit, d'acquitter la dette de sang. Le privilège d'une éducation spéciale lui ouvre le chemin des grades, fermé, suivant H. Pierre Leroux, aux fils de l'artisan et du laboureur. La concurrence n'est que l'écrasement du faible par le fort, l'exploitation des travailleurs par les possesseurs des grands capitaux. La liberté de penser n'est qu'une dérision, puisqu'on refuse au pauvre une instruction qu'il ne peut payer. L'égalité devant les lois criminelles est purement nominale, puisqu'on traite sur le même pied celui que l'éducation et la fortune mettent à l'abri des tentations coupables, et celui qui, plongé dans l'ignorance^ est exposé à toutes les suggestions de la misère. Est-il vrai, d'ailleurs, que les crimes des hautes classes soient réprimés? Que d'infamies commises impunément par les loups-cerviers, par les princes de la finance ! Que de honteux trafics dans le commerce, dans le journa-
ijti BISTOIIIE DU COMHIIMSMË.
Ugnie,.daas le monde politique! aLovelace est à couvert par
0 son or, comme autrement il pouvait l'être par son rang et t sa noblesse. Tartufe riche peut impunément ourdir ses t trames, sans qu'à la fln de la pièce l'exempt arrive pour t l'arrâler... Robert Macaire est ce poème de la licence et « de l'iDipunité du crime dans les classes supérieures. Ce ( brigand tralique de tout, de la confiance, de l'amitié, de « l'amour, de tous les sentiments possibles, et il arrive à « tout. En elTet, telle est notre époque: Cartouche et Man- « drin, déguisés en banquiers, supputent publiquement el •: établissent en justice le capital dont ils disposent. On ne c fait pas pendre un homme qui dispose de cent mille écus, « disait insolemment un traitant du dernier siècle, qui avait
1 mérité la corde. Aujourd'hui, non seulement on ne rt pend pas un tel homme, mais on lui rend tous les hon- « neurs(l). » On voit, que, pour faire profession de philosophie, M. Pierre Lerouï n'en montre pas moins d'acrimin nie que ses confrères en socialisme, dans les critiques qu'il dirige contre la société. Enfin, M. Pierre Leroux se plaint amèrement de l'infériorité dans liiquelle il prétend qne lea femmes sont retenues par notre l^slalioii et nos mœurs. On leur ferme l'accès des hantes connaissances et des carrières libérales; on leur refuse les droits politiques, hnr place dans la cité. L'égalité dans les relalions d'ameor ne Tait que jeter dans les bras des riches débauchés les jeunei filles du peuple, qne la connaissance des barrières iofranchissables du rang préservait du moins, autrefois-, de la séducâou d'espérances impossibles. Enfin, dans le marii^ même, nos lois ne consacrent pas entre les époux i'égaUlé, la réciprocité des devoirs.
Ainsi, conUnne l'auteur, la société se trouve en proie à la
0) De lÉgaliié, p. 23.
contradiction, au désordre, par suite de Topposition do fait et du droit. Le mal actuel de la société résulte de la lotte du principe de l'égalité et de son contraire : c De qoelqott c côté que l'on se trouve, il semble que l'on va saisir Téga-
< lité. Fausse apparence! mirage trompeur! c'est l'inégalité
< qu'on embrasse... Il y a véritablement deux horomes dans € chacun de nous, deux tendances. Les deox partis politise ques qui nous divisent ne sont que l'image de ce qui se « passe dans chacun de nous. Nos discordes civiles ne sont « que le reflet de la discorde intérieure de notre àmé. Il j c a deux hommes en nous, il y a l'avenir, il y a le passé ; il € y a l'homme de la loi d'égalité et l'homme de la loi de € servitude. Notre âme, notre raison, ne comprrad comme € idéal que l'égalité; mais notre vie pratique ne réalise
< qu'inégalité; et nos yeux ne voient pas aolre chose... C'est € que nous sommes entre deux mondes, entre on inonde € d'inégalité qui finit, et un monde d'égalité qui commeoce.
c Quel principe triomphera et se réalisaa dans la pra« € dque? Est-ce l'égaUté ou l'in^alité? Si c'est rin^alilë^ € replongez-nous vite dans la nuit des siècles écoulés avant € que cet idéal nous eût apparu. Si c'est réalité, marehex c donc à la réalisation de cet idéal.
< Voilà le problème. Il y a ici la question d'HamIet, It € question du passage d'une vie à une autre, la question de « la mort et de la résurrection, ta be or not to be.
« Quoi qu'on puisse penser du résultat futur de cette sic tuation du monde, personne du moins ne peut se reAisw « à cette évidence et à cette conclusion, que la société ac- « luelle, sous 'quelque rapport qu'on la considère, n'a d'aube tre base que l'idée de l'égalité. Si elle n'a pas cette base-là, c il faut déclarer qu'elle n'en a aucune.
« Croire qu'il ait suffi d'introduire l'égalité dans le Code c pénal, dans le Code civil, et même dans la politique, c'est
'416 BusToïKi DU QomnMB.
folie. L'<gafilé ert imeidée, vm cnyaue tfàm itjjMk* lise eerlainet conséqiwiieei, al qui pMvrm bte' «i iM* ser d'antres (1). CTeit na priiiei|w Mgomtnni par l'esprit Inniiiin ; les appQcaiiiBi A'eà «oM qae p«r notre ipionBièe. hÊfismifêW9^dmrgmmébWU- TÛoippÊfFm Ne'conflMMlfli pas le droit tMc la HiÉhe i Ledroit, cette inrtiialité iiiMe ^^rtadt» Ai dltomme el dn eametêri de tiHejett, ana iMijoMite restrictieiBetdesliirite»;iBaisilyeBaimte IdgliiBM et dmiéptimei, de raiBcmnaMes el de ma fmUm m
c DfimtAtreafsiiglepMraliiiagiii^ actàelle, si souflrante et si pMae ûb HÊmi, m ééeseiwC les bonies d'Hercule de li jnslieei leMe pluiriilMdi Péqaité; il iSiiiit wnir un triple bÉodeiB pew mÊt^^tn que toutes les appBeatioiis fasi pifaeipeianasi dans le mondé qne r^aKté sontAHè^^ #ai côté, il n'y a qn'nn insmisé qni pnisBO eroireqoe les eimséqnences de ce principe ponrront être vaincues par h yiolence ou escamotées par la ruse (2). > Telles sont les principales idées que M. Pierre Leroox a développées dans la partie doctrinale de son livre de fɧQr lUéy écrit qui, bien qu'antérieur par sa date au tndlé de PHumanUéj lui est néanmoins postérieur dans l'ordre logique. Appelant Fhistoire au secours de ses considéralioBs théoriques, l'auteur s'est attaché à prouver que, jusqu'à la découverte très récente du principe de réalité, la scâence politique n'aurait eu aucune base. L'antiquité ne connaissait pas la véritable égalité. La division des hommes en castes, l'esclavage étaient alors des faits universels, aurdessus desquels les plus grands génies de la Grèce n'ont pu s'élever.
De l'Égalité, p, 58.
Cependant, si les anciens n'ont pas compris que les mêmes droits devaifflitrésalter pour tous delà seule qualité d'hom* mes, du moins ont-ils conçn et appliqué l'égalité dans la caste, i'^;alité entre les membres des classes supérieures, prêtres ouguerriers. Cette ^lité se manifestait le plus souvent par la communauté. Elle eut pour symbole, dans les grandes l^tslations de l'antiquité, les repas publics, les banquets communs établis ea Crète par Minos, à Sparte par Ljcorgoe, mais dont la source plus antique encore se perd dans la nuit des temps. Cette institution ne fut-elle pas apportée en Crète par les Dactyles idéens, ces prêtres de la rdigion primitif e, venus de la Pbrygie? Une ancienne traditionarrivée jusqu'à Aristote ne rapportait-elle point qu'Italus rassembla les sauYi^es habitants de l'Œnotrie, et institua chez eux les repas communs? Et tel était bien le sens de cette institution. Gomment, en effist, le citoyen delà caste antique s'appelait-il, dans la langue mystique de la cité? Il s'appelait égal. Ainsi, chez les Doriens, Sparte était la cité des égaux ; les Spartiates, léserais Spartiates, ceux qui avaient drmt au banquet commun^ à l^eucharisUe s'appelai^t entre eux les égaux (hamaiai). C'étaient les seuls qui fussent des hommes. On reconnaît le même caractère dims les hétairies carthaginoises, dans l'institirt des disciples de Pythagore, dans la vie en commun des prêtres et des guerriers de l'Egypte. Ainsi, d'après M. Pierre Leroux, le repas égalitaire, mais borné à la caste, aurait été la base spirituelle et temporelle des législations de la haute antiquité. Il se retrouve aussi dans la législation de Moïse, qui fut empreinte au plus haut degré de l'esprit d'égalité. La pâque avait le même sens dans la loi de Moïse que les andries dans les institutions de Minos, les phidities (1) dans celles de Lycurgue. Le sabbat, l'année
(l) Àndries était le nom des repas publies en Crète, Phidities à Sparte.
sabbatiqae elle jubilé aftieot Mm pMr bot eiHolMl I0 maintien de régalilé. (TéUdtlileférilnUB^qpiMnflulibme, esprit qui fat cotuarvé par la aecte eaiéaieMw, dav ' ia> quelle la vie en common et le repaa ^[alilairtt ftreol aa»* tamment pratiqués (1). M. Piane Lanm vait dana la pl|aa et les banquets eonimans des easéniana Vûrifpn» étV rislie dirétienne qui, selon lu» n'avuiélé pow leà disciples qoe le synAole de Téfidité» de roulé aalMan éi geiffe humain (2). Le chriatianisme Wparilt«foiraai dans la doctrine des esséaiéiia et daa Ibérapeiilaaj Ghristn'aaraitfiiit que compléter et talfÉriaar la dèelriBa secrète, renseignement ésotériqoa de ceaaeclaa> CSobhh:Ib Éooddha de llnde» il serait le deatmctenr daa eaalaa» k ré?élateiirderégalité. C'est en ce sens^quaaa miaAn saiit un caractère dim. M. Pierre Leroîoc a déplofé à l'aq^paîdi cette thèse toutes les ressources de son éniÂlioii. M^pAasi efforts, ses aigoments ne nous aeaBUanl ries Basiaa^aaaah cluants(3).
M. Pierre Leroux résume toute Thistoire du passé en trois grandes époques : le régime des castes de famille, le r^pme des castes de patrie, et le régime des castes de propriété. -La première période correspond à la constitution de l'Inde et de l'Egypte, de l'Assyrie et de la Perse, où l'homme ne filait que par sa naissance, ses aïeux; la seconde aaxdtés de la Grèce et de l'Italie où tous les droits étaient subordonnés à la qualité de citoyen ; la troisième^ au moyen flge, à la pé-
(1) De V Égalité, deuxième partie.
(2) De l'Humanité, t. IL
(3) Nous ne pouvons réfuter ici les opinions de M. Pierre Leroux sur ce point important. Nous nous bornons à renvoyer le lecteur au chapitre Y de ce livre^ relatif au christianisme, dans lequel nous exposons les principales raisons qui doivent faire repousser toute assimila, tion entre la révélation chrétienne et les doctrines des esséniens.
riode féodale, pendant laquelle l'homme ne tirait sa valeur que de la possession d'une terre, d'un manoir fortifié. Suivant l'auteur, nous ne sommes pas encore sortis de cette période. Le bourgeois d'aujourd'hui a succédé au noble du moyen âge. Son château féodal, c'est le capital dont il dispose. Sa puissance est dans son or, mais réciproquement sa vie est enchaînée et limitée à son or. « La propriété acc tuelle, née au sein de la propriété féodale, est de môme € nature. La rente et le droit du seigneur sont choses « identiques (1). > Aujourd'hui l'esprit humain aspire à sortir de ce triple régime des castes, qui est l'esclavage, pour entrer dans la liberté.
M. Pierre Leroux a longuement développé cet anathème contre la propriété. Sur ce point, il ne le cède en violence à aucun des autres hérésiarques socialistes, pas même à H. Proudhon. Ce n'est pas sans raison que ce dernier a signalé l'identité de ses doctrines avec celles du philosophe huma« nitaire. U y a complète parité. M. Pierre Leroux a emprunté à l'auteur des Contradictions économiques la fameuse définition: La propn'e)^, c'est le vol, et s'est livré sur ce thème à des amplifications dignes de l'idée principale. Il a com* mente avec non moins de succès l'assimilation de la rente et du fermage au droit d'aubaine, au droit du seigneur. U s'est associé à cette doctrine essentiellement communiste, qui nie la valeur du travail individuel pour n'attribuer de puissance qu'au travail collectif^ et qui proclame que tout capital appartient de sa nature à la société (2). Personne n'a dépassé la virulence de ses déclamations contrôle règne des juifs^ le culte du veau d'or, l'exploitation du travail par le capital ; nul ne s'est plus obstinément attaché à présenter
(1) De VÉgalUé, p. 168.
(2) De la Ploutocratie, article publié dans la H$vue Indépendante ^ année 1843, réimprimé en 1 yoI. in-t2. 1848.
X'àO lllïTOllŒ DU COMltUMSME.
SOUS un fuux jour, à envenimer les dnclrines de l'économie politique relatives au grand problème du rapport de la population aux subsistances, et n'a jeté avec autant d'achamement le nom de Malthus au visage des défenseurs de la société comme la plus sanglante injure (1). A l'appui de sa dialectique et de ses critiques acerbes, M. Pierre Leroux a invoqué l'art de grouper les chiffres. C'est lui qui, le premier, s'est elFurcé de démontrer, par une statistique à soa usage, qne sur un total de neuf milliards auquel s'élèverait le produit annuel du travail de la France, cinq milliards seraient ravis ans travailleurs sous la forme de rente de la terre, d'intérêt du capital et d'impôt, au profit de deui cent mille familles propriétaires et budgétivores (3). De même que M. Pierre Leroux avait emprunté les arguments de H. Proudhou, celui-ci, par un touchant échange, s'est emparé des déclamations du philosophe humanitaire contre Halihus et de ses incroyables calculs. La soi-disant barbarie des malthusiens et le prétendu vol annuel de cinq milliards fait aux prolétaires, sont devenus, entre les mains du rédacteur du Peuple, deux redoutables béliers pour battre en brèche la société.
Parmi les nombreux passages des écrits de M. Pierre Leroux dans lesquels se trouve, formulée la condamnation de la propriété individuelle, l'un des plus explicites et des plus curieux est le chapitre du livre De Pkumaniié, consacré à l'interprétation de la première partie de la Genèse. Suivant notre auteur, cette portion des livres sacrés n'est qu'une série de mythes dont le sens mystérieux révèle l'histoire Jfl
(1) De la Rechei-che des biem maléfUls, sûrie d'articles publia dans lu Ktvue Sociale, V' acuiÉc : réimprimée en va voluma sous li tiiec de Mallhui et Us Economistes.— Le Carrosse de M. AgwidaM.
(2) De la pioulocratie, article publié dans la Reoae Ind^pendaiiU
M. PIERRE LEROll. 431
développement philosophique el social de llimnanilé primitive, telle que l'avait coaçoe la profonde sagesse des prêtres de rÉgypte, à laquelle Moïse était inilié. Adam ne désigiia pas un homme individuel, mais lliomme pris dans un sens général et abstrait, Fespèce humaine. Le péché originel, la chute, c'est le passage de la période instinctive de la vie de rhumanité, ou l'mdividu ne se distinguait pas de l'espèce et vivait au sein de la nature d'une vie inconsciente et purement animale, à la période où l'individu commença à connaître, à distinguer sa personnalilé. La chule, c'est donc la venue de l'égoïsme, de la distinction égoïste^ c'est-à-dire la combinaison de la connaissance et de l'égoisme. De là provient la rupture de l'unité, la mort morale, car la vie morale résulte de la connaissance dans l'unité, de la deslmction réfléchie de l'égoïsme, en un mot de la solidarité, de la fraternité. La chute de l'homme racontée par Moïse exprimerait donc au fond la même idée que Rousseau a développée sous nne forme rationnelle dans ses discours sur l'iaflieiice des arts et des sciences et sur l'origioe de l'ioégalîté,
Caîn et Âbel, dans lesquels se persomifie b seconde période de Inexistence de l'humanité parvenoe à la connais* sance, symbolisent l'établiiiemeni de la propriété, nouveau pn^rès dans le mal. Caïn^ c'est l'homme de la sensatîofi, l'homme de la force; Abel, rhoMse da seAlîmenl. CMn s'empare de la terre ; il dévie»! ptsffiélsire, tabonreny ; il immole son frère Abd, le lâblSy le pssieif ami ixA m «il^ le proléuire. Ceh est si vras^ ^ le iMm Mufftàt^ ie Caîn signifie Blléralwiftrt prufiri^e, piMMMnr , 'jm«s que celui d'Abd esprine f âai 4e «smoA^ r(e ym^^..^ V non possesBOB. De ph», le «mv <Wft^)k, He 4e s^rtu, signifie liimlaliMi. Or b ils»ewhne «ft y$^Mmmt. le m pro[viété. Selh, b ftmàm Me 4Mtm^ <m Tu^m^ ^m la connaiasaMe^ 4tt b MMce fr^f^imese 4m, / ^'^
jasqi^à tk noftn et U jivlice ; nèlkia portérilé 4e Selh u
corrompt dans la suite par son mélange avec edis ia CA, et de celte alliance adultère naissent des monSMl dv- fm- \ersité ; c'est là encore un mythe qui exprime la ddgMei^ lion de la science, se mettant au service de IkfÉKM^'tf constituant une oppression plus exécrable encore. M^ Nin Lerou: poursuit cette interprétation allégoriqnB me iHirl qui fuit beaucoup d'honneur à son imaginatisB. 11 ^eAM (l'établir que chacun des patriarches qui succédèrBMïAlM sjnitKdîse noe phase du d^teloppeiMirt è^wêI tèaimit àt là propriétj. lÙlhaiinfl, c'est la aiaeirten mi-iMOh; l'aUme de k mort. Umech, e>rt rétthBweieeBl 'ifa 11 pol^nnie, des castes et dn dnât de ptos fort. Boft^ eprii aroir qnsé 11 eoiçe de raMineatini, rhiifuuMéprtaflM est condamnée, et Moé dMtne la ddsaaiee fane bidHUif noneOe, ehei laqwDe rbomne de la sewaiieai eàei él sentiment et celni de la cemisisaanee, paBemufiéi par Q^ Sem et Japhet, se trouTeront dans nn plus juste éqniKbn. Pour prouver surabondamment l'eiactitnde de celte interprétation, H. Kerre Leroux fait remarquer que les doids grecs des rois antédiluviens conservés par les Chaldéensel transmis jusqu'à nous par Bérose, étant ramenés à lem étjmologies, présentent absolument le même sens qneks noms h^raïqnes des patriarches antérieurs à Noé.
Voilà donc la propriété condamnée, de par l'aotorîté de Moïse et de la sagesse égjpdenne et chsldéênne. Il y awvt en vérité de quoi trembler pour elle, si l'on ne savait josqu*! quel point on peut pousser l'illusion des explications all^ortqnea. Qui ne se rappelle l'interprétation astronomique du christianisme par Dupuis, et cette plaisanterie plos r^jenls, dans laquée on prouvait r^onreosement que Napolétmd ses douze maréchaux n'avaient jamais existé, et n'élaieet ^nîm Bjmbole do soleil et des doute signes du lodiaqnaT
Mous avons résumé les principales critiques que M. Pierre Leroux a dirigées contre l'ordre social, et les données générales du système qu'il aspire à y substituer. Malgré ce que ces données présentent de vague et d'indécis, il est facile d'y reconnaître tous les traits qui caractérisent le système communiste. M. Pierre Leroux prend pour point de départ l'idée de l'égalité ; il y subordonne celle de la liberté. L'égalité devant la loi ne lui suffit pas , il aspire à la faire passer du domaine du droit dans celui des faits. Il déclare , il est vrai, que parmi les conséquences du principe de l'égalité, il en est de légitimes et d'illégitimes ; mais il est impuissant à tracer la limite qui sépare ces deux ordres de conséquences, et, comme tous ses devanciers, il est entraîné à la négation de la propriété. C'est en vain qu'il se flatte d'échapper aux nécessités logiques qui l'étreignent par une subtile distinction entre la propriété, la famille, la patrie-castes, et la propriété, la famille, la patrie humanitaires ; en vain qu'il rêve une famille sans subordination de la femme et du fils au mari et au père, une cité sans pouvoir politique, une propriété sans attribution individuelle des biens et sans hérédité. C'est en vain qu'il s'efforce de substituer au mot de communauté l'expression théologique de communion, qui enveloppe sa pensée d'un nuage. Ces efforts puérils tentés pour concilier, à l'aide de misérables artifices de langage, des idées contradictoires, ne font que déceler l'embarras d'un esprit vacillant, qui recule devant ses propres témérités, et les prétentions d'une vanité philosophique qui aspire à revêtir d'une apparence de nouveauté des vieilleries qui ont traîné dans les écrits des sophistes de tous les temps et dans la fange sanglante de toutes les révolutions.
Que dire de ce principe de la solidarité que M. Pierre Leroux prétend substituer à la charité chrétienne? N'est-il pas étrange de voir un écrivain qui a déclamé avec tant
43i flisTomi DU
d'énergie contre rabane, TisoIenieHt de Vindivida, rep<fQir ser la charité parée qu'elle s'inspire d'un principe eapèrijur à rhomanité, et invoquer un mobile qoi n'est an fond qm r^imoar de soi? La fomnde de la solidarité : Jàmm^^nm dans les antres, aimes les antres en tons, retient à cette rieille doctrine de l'intérêt bien entende, profinsée de toot temps par les philosophies dérivées de Tépionrismey et qoe recèle utilitaire a tenté plus récemment d'ériger en eriteriom de la justiCie. Cest là une question définitivement jofie. L'amour de soi, considéré isolémoit ou placé en pramién ligne, ne saurait offrir à la morale qu'un fondement nnoeo!, i l'intelligence qu'une r^e mobile et arbitraire. Ge n'était vraiment pas la peine de se poser en révélatenr, pmir répé* ter une erreur depuis longtemps condamnéOi ni de faire ds si grands ^orts de dialectique, pour aboutir à une ineonséqnence. La solidarité de M. Pierre Leroux, illofiqoe, cantradictoire, impuissante, ne détrônera point la charité chrétienne, ni le principe philosophique de la loi du devoir.
Ici s'arrêtent l'exposition et rappréciation des travaux de M. Pierre Leroux, qui, malgré leur singularité, présentent encore un caractère sérieux. Une tâche délicate nous resta à remplir : c'est de donner une idée des dernières élucobrations de ce philosophe , qui dépassent les limites de h bizarrerie, et tombent dans l'extravagant et le bouffon. Cest un spectacle pénible que de voir un homme^ qui ne manquait d'érudition, ni d'intelligence philosophique, ni destjla,. gaspiller de nobles facultés, et s'égarer à la poursuite de ridicules chimères.
Le panthéisme, la solidarité, le communisme, conclusions générales auxquelles aboutit soit explicitement, soit implicitement M. Pierre Leroux dans ses œuvres doctrinales, ne constituent point une solution pratique des problèmes sociaux. Le communisme n'est, au fond et dans son essence.
qu'une négation, un principe de destruction. H. Pierre Leroux l'a compris. Aussi a-t-il déclaré que la communauté pure ne pourrait être qu'un état transitoire, une phrase de dissolution ; qu'elle devait être régularisée par un principe asupérieur d'organisation. Ce principe, il se flatte de l'avoir trouvé : c'est la triade.
Notre philosophe prend encore pour point de départ sa formule de l'homme à la fois triple et un, sensation-sentiment-connaissance indivisiblement unis. Chaque être humain, dit-il, renferme en lui ces trois termes, mais à des degrés divers. Chez l'un, c'est la sensation qui prédomine; chez l'autre le sentiment ; chez un troisième la connaissance. De là naît la division de l'espèce humaine en trois grandes classes qui se retrouvent dans tous les temps : les savants, hommes de Ta connaissance; les artistes, hommes du sentiment; les industriels, hommes de la sensation. C'est la division des castes de l'Inde en brahmanes ou prêtres et fiavants, kchatryas, guerriers ou artistes, soudrâs, laboureurs et artisans; celle des castes de l'Egypte, en prêtres, guerriers et hommes de travail ; celle de la république de Platon^ en philosophes, guerriers et laboureurs. H. Pierre Leroux découvre je ne sais quelle analogie profonde entre la profession de guerrier et celle d'artiste. De nos jours, ajoute-t-il, la même division a été reproduite avec raison par Saint-Simon, qui classait les hommes en prêtres ou savants, artistes et industriels. L'erreur des législateurs de l'Inde et.de l'Egypte, de Platon, de Saint-Simon, a été de constituer les divers termes de cette division sous la forme de castesj de placer les divers classes dans un état d'inégalité, de subordination, d'oppression. Il n'en doit pas être ainsi dans une société parfaite; ces trois classes sont appelées à vivre sur le pied del'égalité, à s'unir intimement dans toutes les* fonctions de la vie sociale.
436 HISTOIRE DU GOimUNISHE.
Pour établir celte union, H. Pierre Leroux fait remar-r quer que dans tout exercice de l'activité humaine il y a emploi des trois facultés essentielles qu'ils distinguées. Donc, pour qu'une fonction quelconque soit remplie aussi parfaitement que possible, elle doit Tétre par une réunion de trois individus^ dont chacun possède à un degré supérieur l'une des trois facultés primitives. € La triade oi^nique est donc « l'association de trois êtres humains représentant chacun « en prédominance l'une des trois faces de notre nature : € l'un la sensation , l'autre le sentiment , le troisième la f connaissance^ dans une fonction sociale quelconque* « L'élément social du travail n'est donc pas un individu, < mais trois individus, ou la triade. » L'association de la triade est de plus consolidée par l'amitié.
Une réunion de triades forme un atelier. Toute fonction, soit industrielle, soit artistique, soit scientifique, donne lieu à trois ateliers. Les instruments de la fonction, autrement dit le capital, les machines, outils et avances, sont remis dans leur unité à toutes les triades associées pour la fonction. Une triade directrice formée par l'élection préside aux trois ateliers auxquels donne lieu chaque fonction. •
Le principe de la triade détruit le despotisme, car le despotisme provient de ce que la fonction, ou le travail, a toujours été livré à un seul. Un seul commande, un seul possède : de là l'oppression , l'exploitation de l'homme par rhomme.
M. Pierre Leroux, qui réunit à la qualité d'écrivain celle d'imprimeur, a développé dans la Revue Sociale l'application de la triade à l'art typographique. Ce traité philosophico-industriel renferme de singuliers aveux. L'auteur reconnaît que dans certaines fonctions typographiques , la triade se réduit à deux individus ou môme à un seul. Cédant elle n'en existe pas moins, mais à l'état latent. Voilà
M. PIEIIBE LEBOrX. 437
une étrange arithmélMiiie, et nous avonmis ne pas comprendre une trinité composée de deux on d*an seul îndiTÎda. La triade doit être complète on elle n'est pas. A qaoi bon poser un principe pour y renoncer immédîat^nent^ frac^ nne r^e pour la détruire par Fexception, préconiser la triade ponr retomber dans la doade et la monade? C'est encore là on exemple des puériles logomachies dans lesqadles se complaît M. Pinre Leroox. Qa*il soit absorde s'il le Teot, mais da moins qa'fl se montre conséquent avec lui-même dans ses bizarres conceptions.
La triade réalise l'association et l'égalité parfiiites. Voici comment MM. Luc Dosages et Auguste Desmoulins, apdtres de la doctrine triadaire avoués par le maître, résument l'organisation économique de la société nou?elle (i).
€ L'association humaine, proûtant de la fécondité infinie t de la nature, [urofitant aussi du travail accompli par toute € l'humanité depuis ses premiers âges jusqu'à nous^ secon- € dée par les efforts de tous ses membres, donne à chaque € individu, par la participation à l'héritage commun et par « le travail, les moyens de se procurer l'habitation, la noor- € riture et le vétem^t, dans lesquels se résume les besoins € relatif à la conservation de l'individu.
€ Chaque être humain a droit à l'habitation, à la nourriture « et au vêtement. Le droit de chacun à ces choses est limité € par le droit de tous.
€ Chacun et tous ont droit de participer à tous les avan- « tages de la société. — Chacun et tous ont le drpit et le de- € voir d'exercer des fonclitns dans la société.
€ Chacun et tous ont droit à la propriété. — La propriété € est le droit naturel pour chacun d'user d'une chose déter- < minée de la façon que la loi détermine.
(1) Àphommes de la doctrine de Vhumaniié. p. 29.
etl« I
438 mSTOlIlE D0 COMMUNISME.
< La sociélé, le milieu coUedif est le cLauip et
€ centre du travail de chatiue homme-, c'est d'elle que cha-
< que liommo emprunle la science qu'il applique , les ia« « strumenla qu'il emploie, la matière qu'il transforme; c'esl
< d'elle réellement qu'il lire tous ses moyens de produire. « Dans toul fait de production, le milieu social tout en"
< (ter intervient à titre de détenteur des instrumenls d»
< travail et desmatières premières, à litre d' inspirateur f, '< à litre de réparlileur. Le travail est demanda par U
« sociélé ù l'industriel, à l'artiste, au savant. .. |
^ € Le travail a trois termes. *,
. a 1° Un terme qui répond au passé, et qui représente \% I ' I science, la traditiou , les inventions successives de U j « pensée humaine relativeinent au produit demandé ; qui ^ « représente aussi la matière transformée par un travail * « antérieur en vue de ce produit. Jusqu'ici ce terme, eic pression d'une puissance éminemment sociale, puisqu'il « manifeste l'association universelle des hommes dans la c temps et dans l'espace, a été appelé improprement capi-
< tal (caput, tète, chef). La force sociale qu'il exprime a a été mise aux mains de quelques particuliers par suite
< des conquâtes du système féodal, et y s été maintenus « en l'absence du droit fondé sur l'égalité, U fraternité, la c liberté.... S'Ëtc...
< La répartition est l'acte par lequel le pouvoir adminiS' « tratif préside au partage général des produits et des ins<
< truments de travail, soit industriels, soil artistiques, soil
< scientifiques.
< La production , accomplie sur la demande de radmi-> « nistralion, doit satisfaire les besoins présents et prévoir le4 t besoins à venir ; elle doit dans tous les cas être maintenuq
< par le travail au niveau de la consommation. La foriQule d« la r^tributioa des fonclionoaires (tout les
€ citoyens sont fonctionnaires ) est triple et une. A chacun € suivant sa capacité, — à chacun suivant son travail, — à € chacun suivant ses besoins.
€ La capacité se rétribue par le fonction , et impose la € fonction.
c Le travail accompli se rétribue par le loisir.
€ Le besoin est satisfait par des produits, soit naturels ou € industriels, soit artistiques, soit scientiCques. »
Telle est l'organisation économique de la nouvelle société. On voit que, malgré la prétendue innovation de la triade, elle ne fait que reproduire exactement les données du pur communisme. Le capital appartient à la société. Tous les citoyens sont fonctionnaires. L'administration dirige le travail et le rémunère suivant une loi de répartition, qui offre le bizarre mélange du principe saint-simonien et de la règle proposée par M. Louis Blanc.
La communauté et l'organisation triadaire ne résolvent pas encore complètement le problème de la généralisation du bien-être. La grande question du rapport des subsistances aux populations se représente toujours. Qu'importe de répartir plus également la somme des produits sociaux si celte somme est insuffisante ? Si Thumanité se livre, comme le désire notre philosophe, à toute sa puissance réproductive, n'arrivera-t-il pas un moment ou la pénurie générale naîtra de la surabondance des hommes. Il ne suffit pas d'injurier Malthus et les économistes qui ne voient de préservatif contre ce danger que dans la volonté et la prudence de l'homme lui-même ; il faut encore leur répondre. M. Pierre Leroux ne recule pas devant un si mince obstacle ; il a dénoué le nœud gordien, il a résolu le problème, au moyen d'un principe supérieur, dont la découverte lui appartient; ce principe c'est le cmcuLus.
Ce n'est pas sans un certain embarras, je l'avoue, que
440 HisTOinE uu communisme. ]
j'abafàe^MMJaf: L'exposîUoa en est scabreuse, et je m» ' AaaineDtfoèto:' <
. PeriCTto» plwp ij<|*^ A..:-..',.^ , , t , Mileriun tnwtb... '- ■" • *'
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teiailra^-iteui ttafonM-tf^iécMninMÉidanttlMll^ tmM (b cnts da ¥erita nffhMttftMi'li^dHMieMBgtt»
mestation n'est nirii|niiiiiiiliii HniHiJii Miiiifia'iifcji%ii<^
iliiiitii fi n ilî n^lrnm iliilÉ iligrMiliii. irrtrtililMiri
quides ou gazeuses, enfin de cadavres, la même scrmine dt matière organique qu'ils lui ont empruntée pour entretenir leur eiislence. Cette matière, élaborée par Ira forces naturelles, reproduit de nouveaux êtres animés. Ainsi la vie renaît de la mort, la production de la consommation, par on cercle étemel. Telle est la loi du circclos, lai générale, primitive de la création. L'homme n'échappe point à cette loi. Il consomme des subsistances ; mais «i échange de ces subsistances, il restitue nécessairement des détritus alimentaires, composés de forces et de sucs qui, retournant à la terre et se combinant avec elle, la rendent fertile et productive. La chimie a reconnu dans ces détritus le plus riche des engrais ; elle a constaté qu'un homme suCBt parce moyen à reproduire et au-delà sa subsistance. En vertu do circulas, l'iiomme est donc à la fois producteur et consommuleur. De par la nature, tout homme a le droit de vivre.
S'il consomme, il produit. Ainsi, Tenfant qui ne travaille pas encore, le vieillard qui ne travaille plus, l'infirme qui ne peut travailler, ont, outre le droit humain, un droit naturel à invoquer, et ce droit est fondé sur la loi divine du circulus. ' < L'homme qui se refuserait au travail aurait encore le
< droit de vivre en se mettant à l'abri sous la loi du circu- « lus; seulement il ne serait plus ni citoyen, ni associé, ni
< fonctionnaire. »
Halthus est donc vaincu ! Yanini accusé faussement d'athéisme ramassa un fétu de paille, et dit : Je ne veux que ce brin de paille pour démontrer mon innocence en prouvant l'existence de Dieu. De même, H. Pierre Leroux s'écrie : Pour renverser le Léviathan de l'économie politique^ il me suffit... d'un détritus.
On ne s'attend pas sans doute à ce que nous réfutions ces étranges théories agricoles. Personne n'ignore que, pour produire des subsistances, il faut autre chose que des engrais, savoir : de la terre, des instruments et du travail; que la fécondité du sol a toujours une limite, et qu'il arrive un point où l'excès du fumier est plus nuisible qu'utile. Quand on voit un homme doué de facultés remarquables à certains égards tomber dans de telles aberrations, il ne reste qu'à sourire ou à gémir.
Pour terminer, nous n'avons plus qu'à dire un mot de l'organisation administrative el politique proposée par H. Pierre Leroux. Elle est également basée sur la triade. Uae réunion d'ateliers forme une commune. L'administration de la commune comprend une triade administrative, iine ou plusieurs triade» éducatrices^ chargées de l'instruction et de l'éducation des enfants et adolescents, une triade judiciaire, une triade législative. Une gérance formée en triade, el composée de membres élus par chacun des trois ordres de fonctionnaires, établit l'unité entre les diverses fonctions, et a
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le soindes rapports extérieurs de la commune. Pour entretenir la rralernilé, des repas communs sont célébrés chaque ilimanche.
L'organisation de l'État est semblable ,\ celle de la commune. Une assemblée nationale composée de membres nommés au vote universel par chaque classe de fonctionnaires, se divise en trois corps, l'un judiciaire, l'autre législatif, le troisième executif. Chacun de ces corps se subdivise lui- . même en trois sections. Les avocats ne figurent pas ail nombre des professions ou fonctions admises à envoyer leurs représentants <t l'Assemblée nationale. En revanche on y trouve des acteurs, des musiciens el des gymnasies. Uae gérance nationale, nommée par l'assemblée, centralise les travaux el représente la nation à l'extérieur. M. Pierre Leroux a tracé dans son projet de Constitution démocratique et sociale les formes compliquées suivant lesquelles devra fonctionner sa machine politique. Il a cru devoir régler les symboles et le blason de la nouvelle répnbliqae ; tom les joumaui ont reproduit l'article qui couronoA cette prodi- ^euse constitution. Il est ainsi coqç\i :
< Abt. 100. — Des peupliers seront plantés et entrelec nus avec soin dans toutes les communes de la répnblîc que. L'Ëtalaura pour sceauun autel cylinériqnestinnonlé € d'un cdne, surmonté d'une sphère rayonnante... Chacun « des trois corps de la représentation aura pour seean un c des trois solides de révolution dont l'unité compose te ( sceau de l'État. Le corps eiécutif aura pour sceaa le cyc lindre ou son profil le carré : avec ce mot, libtrli. Le « corps législatif le cène, ou son profil le triangle oqailatéral, « avec ce mot : fraternité. Le corps scientifique, la spbire •: rayonnante ou son profil le cercle entoitréç de raynns, € avec ce mot : égalité... > - Ce texte n'a pas besoin de commentaire.
M. PIERRE LEROUX. 4i3
Nous avons accompli la tAche que nous nous étions impo* sée, celle de résumer et d'apprécier les doctrines d'un hom« me qui, aux yeux d'un certain parti, est encore entouré de l'auréole de l'inspiration religieuse et du prestige de la profondeur philosophique. C'était une tâche difficile et ingrate. Comment, en effet, ne pas s'égarer dans ce dédale de théories bizarres et souvent contradictoires, au milieu de ces digressions surchargées d'une érudition fastidieuse ? Comment soutenir l'intérêt dans l'exposé d'élucubrations obscures, où l'ambition des mots ne fait que dissimuler le vide et l'impuissance de la pensée ? Comment animer ce qui n'a pas de vie, donner un corps à des fantômes ? Les livres de M. Pierre Leroux sont comme ces nuages amoncelés à l'horizon, qui imitent la forme et l'aspect des montagnes : qu'un soujQDle de vent s'élève, et ces masses de rocher et de granit se dissipent en vapeurs insaisissables.
L'impuissance de M. Pierre Leroux, cherchant vainement à se distinguer du reste des communistes par ses ridicules théories de la triade et du circulus, est un exemple de plus ajouté à ceux de tous ces hommes qui se sont flattés de substituer une société nouvelle à la civilisation enfantée par soixante siècles de travaux et d'expérience. S'ils ont échoué, ce n'est point par incapacité ou par faiblesse. C^étaient de puissants mortels. Mais ils ont entrepris une tâche supérieure aux forces humaines. Nouveaux Titans, ils ont voulu escalader le ciel, et ils sont retombés foudroyés. Puisse le spectacle de leur chute détourner à l'avenir les esprits audacieux de pareilles tentatives. Quand on voit un logicien de la trempe de H. Proudhon tomber dans l'incompréhensible et l'absurde, pour avoir voulu, comme la pierre fabuleuse du tombeau de Mahomet, se tenir en équilibre entre deux systèmes inconciliables ; un esprit philosophique^ un érudit de la valeur de M. Pierre Leroux, s'égarer dans les plus étranges
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divagations ; qui pourrait, à moins 4b folie, affronter encore le sphinx qui a dévoré de pareilles intelfigencês ?
L'un des caractères distinctifs de M. Pierre Leroux, c'est la prétention d'élever 1^ socialisme à la hauteur d'une religion, prétention empruntée à l'école saint-simonienney et renouvelée des anabaptistes. De nos jours, c'est l'une de celles qui prêtent le plus au ridicule. Cependant elle est inspirée par une idée juste, un sentiment vrai, c Une véritable c religion, a dit un philosophe moderne (1), n'est autre € chose qu'une solution complète des grandes questions qui c intéressent l'humanité, c'est-A-dire de hi destinée de l'hom- € me, de son origine, de son avenir, de ses rapports avec € ses semblables. Or, c'est en vertu des opinions que les € peuples professent sur ces questions, qu'ils se donnent un c culte, des lois, un gouvernement, qu'ils adoptent certai- € nés pensées, certaines.habitudes, certaines mœurs, qu'ils ff aspirent à un certain ordre de choses qui est pour eux € ridéal du beau^ du bon et du vrai en ce monde. Toute vé- « ritable religion entraîne donc nécessairement après soi non € seulement un certain culte, mais une certaine organisation ^ politique, et de certaines mœurs. En un mot, toute reli- € gion enfante une civilisation tout entière, qui est à elle € comme TefTet est à sa cause, et qui tôt ou tard doit néces- « sairement et inévitablement se réaliser. » Or, le socialisme reprend en sous-œuvre toutes les grandes questions relatives à Texistence de l'homme, à ses rapports avec Dieu^ ses semblables et la nature. Il n'accepte aucune des solutions admises jusqu'ici par l'esprit humain. Il prétend réformer toutes les lois de l'existence de l'humanité, changer les conditions de son développement, substituer à ses croyances
(1) Jouffroy, Mélanges philosophiques, —De l'État actuel de l'hnmunité.
d'autres croyances, à son droit un autre droit, à sa morale une autre morale. Il est donc une religion ; religion du mal, dont les dogmes sont l'athéisme ou le panthéisme^ la négation d'une vie future, la sanctification de la jouissance, la destruction de la liberté, en un mot le contre-pied des vérités et des croyances qui font la grandeur et la dignité de l'espèce humaine.
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