‹ Histoire du communismeChapitre 42 sur 57 · CHAPITRE XXL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXL

CONCXUSION.

Nous ayons retracé Thistoire des principales manifestations du communisme dans l'ordre des faits et dans celui des idées. La Crète, Lacédémone, les ordres monastiques, les congrégations des moraves, les missions du Paraguay, les anabaptistes, nous ont successivement montré des applications du communisme combiné avec le principe du dévouement à la cité, de l'ascétisme, de l'enthousiasme religieux. Nous avons vu Platon développer les germes de la théorie communiste déposés dans les lois de Minos et les institutions de Lycurgue, et léguer aux âges suivants ce funeste héritage qui, recueilli par les premiers gnostiques et les sophistes d'Alexandrie, s'est transmis aux esprits aventureux des temps modernes. Morus, Campanella, Morelly, Hably, Babeuf et ses complices, ont passé devant nos yeux déroulant divers plans d'organisation du régime de la communauté. Ënfm, nous nous sommes efforcés de mettre en lumière le lien qui unit les utopies actuelles à l'antique erreur du communisme.

Résumons les graves enseignements qui ressortent du spectacle de ces événements et de ces doctrines.

S'il est un point sur lequel concordent les données du raisonnement et rautorité des exemples, c'est la relation inévitable qui existe entre l'exagération du principe de l'égalité et le communisme. La communauté est la conclusion à laquelle une logique inexorable a poussé les doctrines philo-

CONCLUmil. 447

sophiqoes, les sectes religieuses et les partis politiques qui ont pris pour point de départ Tégalilé absolue des condi<tions et des jouissances, qui ont dépassé les limites de l'éga* lité des droits, de l'égalité devant la loi. Telle est la voie qu'ont parcourue Lycui^e, Platon, Horus, Garopanella, Ho« relly, Hably, H. Owen et H. Louis Blanc ; c'est la pente i'atale sur laquelle ont glissé les carpocratiens et les anabaptistes, qui aspiraient à faire passer dans le domaine des faits matériels le dogme de l'égalité religieuse ; tel est enfin le terme auquel arriva le parti montagnard de 1793, qui vint expirer dans la conjuration communiste des égaux.

L'erreur capitale de ces doctrines et de ces partis consiste à sacrifier la liberté à l'égalité. Cette erreur a éclaté récemment dans tout son jour, lorsque le parti ultra- démocratique a supprimé de la devise de la République le mot de li« berté, pour le remplacer par celui de solidarité. C'est là méconnaître le lien intime qui rattache l'idée de l'égalité à celle de la liberté ; c'est méconnaître la nature humaine. Dans l'ordre moral, la notion d'égalité n'est point antérieure à celle de liberté ; elle en est au contraire la conséquence, le corollaire. Quand il arrête sa pensée sur son propre être, l'homme reconnaît en lui des facultés énergiques qui tendent invinciblement à s'exercer,, à se développer. Quand il descend dans les profondeurs de sa conscience^ il s'aperçoit sous l'aspect d'une force spontanée et autonome, d'une volonté indépendante; il se sent et se proclame actif, libre et responsable. Il comprend que cette activité ne doit pas être enchaînée, cette liberté refoulée dans le for intérieur, cette responsabilité anéantie par la servitude. Il aspire donc à manifester au dehors ces attributs essentiels de sa nature, il reconnaît dans leur existence la révélation d'un droit, il se soulève contre les obstacles arbitrairement opposés à son ç^tercice. Libre aux yeux de la psychologie et de la morale,

il veul renia libre dans l'ordre pulilique. La liberté, Lel esl

donc le premier de ses droits, celui dont il réclame avant

tout la garantie de la p»rt de la société. Or, ce droit est

semblable pour tous ; nul ne saurait en être dépouillé ai

■ prollt d'autrui. De la naît lu notion de résnlité politique eh

fieuticlleraent subordonnée à celle de la liberté. Ainsi cou»

çue, l'égiilité des droits, l'égalité devant la loi, ne fait qn'aï> '

«irer la liberté de chacun, le plein et entier exercice d(i

y us facultés : elle ne prétend point réparer, corriger, lef l

■ Vioégalités naturelles que ces facultés présentent chez itçi

.divers individus, loin de là, elle ne fait qn'en favoriser le dé? i

' veioppement, permettre à chacun de se classer dans 11 '

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propriété «i.)« jAtmaiicn i^ ]a,,pt9i^M Bt"»!^.**? WBt i^ l'occt|p0tii»B,fft 4n irvffA^^imiO»^ Vnf^îtfi^tm force intelligente sur la matière; la seconde &aUsfait les tendances naturelles de son cœur. De la famille et du droit de disposer, qui constitue l'essence de la propriété, natt l'hérédité. Tout dans cet ordre de faits est conséquent et lurmonique. L'activité productive, stimulée par le senliiaenl de la propriété individuelle et de la famille, Iriom^ de li parcimonie de la nature, et la société s'élève, par un progrès continu, au bien-être et à la science.

Que si, au contraire, on isole l'idée d'^alilé de celle de liberté, si l'on prend l'égalité pour la fin de l'ordre social, tandis qu'elle n'en est que le moyen , alors on est entraîné dans une série de conséquences désastreuses, ou se perd dans un dédale de contradictions. La négation de la liberté, qui se trouve A l'origine du système, se reproduit plus manifeste et plus odieuse dans tous ses développements; partout éclateuuarbitraire effréné : ce sont d'abord des Umitations,

des restrictions opposées à l'accroissement de la richesse; des maximum , des impôts progressifs et somptuaires qui n'ont aucune règle fixe, aucune limite ; un droit absolu accordé à l'État sur les biens des individus ; l'obligation imposée à la société de fournir des capitaux et du travail à tous ses membres. Bientôt l'impuissance de ces moyens est reconnue, et la suppression de la propriété individuelle et de la famille apparaît comme la condition nécessaire de l'égalité. Alors le sacrifice de la liberté est complet. L'homme appartient, corps et âme, à cette abstraction qu'on appelle l'État; il devient esclave d'une règle inflexible dont le despotisme se résout fatalement dans la domination tyrannique de quelques-uns.

Les partisans de l'égalité absolue ne peuvent pourtant se dissimuler que l'espèce humaine ne présente le spectacle d'inégalités qui semblent établies par la nature elle-même : inégalités de vigueur et d'adresse physiques, inégalités d'intelligence, inégalité de courage, d'énergie, de persévérance. IlsVefforcent alors de les atténuer, de les contester ; ils soutiennent qu'il n'existe en réalité que des variétés d'aptitudes et de penchants^ que toutes les fonctions sont équivalentes dans la société ; que les inégalités apparentes proviennent non de la nature, mais de l'éducation. Aussi, veutlent-ils que l'État s'empare des enfants dès leur naissance, les soumette aune éducation semblable pour tous, façonne leur intelligence et leur cœur sur un type uniforme, e: Le e: voilà donc, dit M. de Lamennais (1), maître absolu de € l'être spirituel comme de Tétre organique. L'intelligence et € la conscience, tout dépend de lui, tout lui est soumis. € Plus de famille, plus de paternité, plus de mariage dès € lors. Un mâle, une femelle, des petits, que l'État mani-

(i) Du Passé et de VAvenir du peuple, p. 158.

450 HiSToini: du cûhhumsme. ^H

« pule, dont il fait ce qu'il veut, moralement, physiqne- < ment; une servitude universelle et si profonde, que rien « n'y échappe, qu'elle pénètre jusqu'à l'âme même. ■^

Ce système d'esclavage intellectuel s'étend à tous les âges. De même qu'on a des gymnases, des lycées pour façonner l'enfance, on aura pour l'âge mûr une science officielle, des livres et une presse exclusivement rédigés par des fonctionnaires publics ; heureux encore si l'on ne décrète pas un incendie général des monuments de la science, de la littérature et de l'Iiisloire ! Quant aux beaux-arls, à la poésie, qui ont entre autres missions celle de glorifier toutes les supériorités sociales, vertu, courage, génie, beauté ; qui exaltent et fortifient le sentiment de l'individualité ; dans lesquels l'homme vaut surtout par l'originalité de son talent; presque tous les communistes elles partisans de l'égalité absolue s'accordent pour les proscrire. Lycurgue les bannissait de Sparle ; Platon chassait les poêles de sa république ; Babeuf et ses complices faisaient de tous les arts un sacrifice sur l'autel de l'égalité.

En supprimant l'intérêt individuel, la sollicitude pate^ nelle, l'espérance pour chaque individu de s'élever par ses effwls à une condition meilleure, d'assurer l'avenir de sa postérité, les utopistes sont forcés de recomiatire qu'ils d^ Iruisent le mobile le plus énergique de l'activité, qu'ils émoussent l'aiguillon de l'industrie. Pour y suppléer, ils invoquent des principes contradictoires; tantôt ils souti«inent que le travail convenablement oi^nîsé présente par lui-même un attrait suffisant pour déterminw l'homme à s'y livrer avec ardeur; lantêt ils font appel au principe da dévouement, au sentiment de fraternité, et reconnaissent par là que le travail, essentiellement pénible et répugnant, ne saurait être accompli que sous l'influence d'un mobile pris en dehors de lui.

L'utopie ne se met pas moins en contradiction avec ellemême, lorsqu'elle proclame à la fois la perversion de la société et la bonté native de l'homme, lorsqu'elle déclame c^mtre l'individualisme, et que d'un autre côté elle réhabilite les passions et préconise les jouissances matérielles; lorsqu'elle conclut tantôt au despotisme, tantôt à l'anarchie.

Enfin, si tous les systèmes enfantés par l'imagination des rêveurs s'accordent pour nier la propriété individuelle, proclamer l'excellence de la propriété collective et de la vie commune; pour confier à un pouvoir arbitraire le soin de distribuer les tâches et les nécessités de la vie; s'ils concluentj soit explicitement, soit implicitement à l'abolition de la famille ; si tous se résolvent ainsi dans le communisme^ ils se divisent et se combattent sur l'étendue du cercle que doit embrasser chaque communauté, et sur la répartition des produits du travail collectif. Les uns prétendent soumettre des nations entières à une communauté unitaire et centralisée ; d'autres veulent restreindre l'association dans les étroites limites d'un phalanstère, et constituer un grand nombre de petits centres d'exploitation agricole et industrielle, qui seront propriétaires les uns à l'égard des autres de leurs territoires, de leurs édifices, de leurs capitaux mobiliers. Les saint-simoniens répartissent les produits selon la capacité et les œuvres ; les phalanstériens^ selon le capital, le travail et le talent; les communistes proprement dits , adoptent la loi de l'égalité; les démocrates communistes, M. Louis Blanc à leur tête, veulent distribuer les tâches suivant les facultés, les produits suivant les besoins.

Ainsi; l'anarchie est dans le camp de l'utopie; ses représentants, d'accord pour détruire, pour proclamer la communauté, se contredisent et infirment réciproquement leurs conclusions quand il s'agit de l'organiser, de lui donner des lois, Mais les divergences socialistes ne sont que les hérésies

i52 ItlSTOmE DU COHHCMSUE. ^H

de la religion dont le communisme égalitaire est l'orthodoxie. Cette dernière ilocLrine est seule lo^que et facilement perceptible ; seule elle se ralLache à l'un des grands principes de morale et de politique connus par l'esprit humain, celui de l'égahlé; elle le dénature, il est vrai, en l'exagérant ; mais elle lui emprunte une immense puissance.

Tous les socialistes, manquent de logique, de simplicité et de clarté. On peut les ramener à deux classes: les uns adoptent le principe du communisme, à savoir l'égalité réelle, mais n'acceptent point franchement le régime de la communauté, qui en est la conséquence. Ils se bornent à réclamer des lois restrictives de la propriété et de l'hérédité, l'ahsorptian par l'État de toutes les grandes industries, la consécration du droit au travail, rétablissement d'impdts arbitrairement progressifs. Ce sont les socialistes égalitaires, les ultra-démocrales, les coraraunistes sans le savoir. Us sont condamnés i épuiser, comme par le passé, la série des conséquences de leur principe et à aboutir au communisme absolu, ou tout au moins i lui frayer la voie.

Les autres acceptent les conséquences du principe de l'égalité, c'est-à-dire l'abolition de la propriété tndividueUe et la vie en commun ; mais, par le plus étrange paralogisme, ils repoussent le principe lui-même, et proclament l'inégalité de répartition, réglée par des pouvoirs arbitraire. Tels ont été les saint-simoniens, tels sont encore les fouriérisles, dont la conception est la plus radicalement nulle an point ds vue du raisonnement et de la philosophie. Ces derniers doivent sacrifier ou l'inégahlé, ou la communauté. Déjà ils suliissent cette nécessité, et sont entraînés dans la sphère d'action des communistes et des ultra-démocrates; ils se rapprochent de jour en jour des théories égahtaires.

Le communisme pur est donc le pivot autour duquel gravitent tous les ejsièmes de l'utopie, laxenlre vers lequel

coNausiON. 453

une invincible attraction les ramène. Tel est le résultat qui, aperçu par la raison, se trouve confirmé parle tableau des faits historiques et de l'enchaînement des doctrines.

Or, le communisme, résumé, lien et conclusion de toutes les utopies, est irrévocablement condamné par les odieuses conséquences qu'il entraîne, et dont la nécessité est rendue manifeste pai: les théories de ses défenseurs et le spectacle des applications qui en ont été tentées. Anéantissement de la personnalité humaine, suppression de là poésie, des arts et des hautes spéculations, despotisme abrutissant, promiscuité: voilà le développement de la formule du communisme ; voilà le dernier mot des utopies.

Enfin, pour achever de juger l'utopie^ il faut embrasser d'un coup d'œil le rôle qu'elle a joué dans l'exislence de l'humanité, dans le développement de la civilisation.

Le communisme s'est produit à quatre grandes époques de l'histoire. En Grèce, au moment de la naissance des sciences et des arts; dans les premiers sciècles du christianisme; au commencement delaréformation du XVP siècle; enfin^ pendant la révolution française. La Crète et Lacédémone, lescarpocratiens, les anabaptistes, Babeuf et ses com^ plices en ont été, à ces diverses époques, les représentants. Or^ à chacune de ces périodes^ le communisme, loin de favoriser le développement de l'intelligence humaine, les progrès de la civilisation, les a toujours compromis^ s'est toujours signalé par ses tendances rétrogrades et barbares.

En Grèce, Athènes, la cité propriétaire, développait l'industrie et la navigation, reliait les peuples par son commerce. Ses citoyens cultivaient les sciences, mesuraient le cours des astres, atteignaient aux plus sublimes spéculations de la philosophie. Ils élevaient les Propylées et le Parthénon, sculptaient le Jupiter et la Vénus, combinaient d'harmonieuses théories.

,^ nlBTOmE DU COHHUHISUE.

Sparte, la bourgade communiste, proscrivait les commodités de la vie, s'isolait du reste des hommes, n'avait avec eux d'autres rapports que ceux de la guerre et de la dévastation, asservissait Hélos, détruisait Messène. Elle retenait ses cilojens dans les liens de l'ignorance, de la paresse et de lai j superstition. Elle dressait des huttes, posait sur des auteU< i bruts d'informes divinités, et coupait les cordes de la ljre.i 1

Athènes adoucissait la condition de l'esclave, protégeait j aa vie, et faisait ainsi un pas vers le grand progrès que l'Iio- j manité avait alors à accomplir; Sparte, au contraire, aggra-' 1 vait les rigueurs de la servitude, transformait ses ilotes en | Lêles de somme et en gibier humain. .

Ainsi, tandis que la patrie de Solon, représentant le prin- j cipe de la propriété, frayait les routes de la pensée, léguait | â l'avenir les germes féconds de la science, les modèles im^ J périssables des arts, l'exemple de la douceur des mœurs, \e 4 peuple de Ljcurgue, soumis au communisme, s'elTorcait iI*'J| retenir riiumnnilé dans les ténèbres, de la ramener à la barbarie. '

Pins tard, lorsque le christianisme fui venu réréler an monde les dirins principes de la charité et de la pureté miH raie, le communisme se reproduisit avec le même earact^; Alors l'faumanilé avait i s'affranchir du joug des passioin brutales, à s'arracher i cet abîme de corruption et d'im[no-> ralité où l'avait plongée le paganisme. Aussi la religim chrétienne proclama-t-elle l'unité du mariage, le mérite de la vii^nité, la morbficalion de la chair. Haisbientdt l'hérésie communiste des gnostiques et des cnrpocratiens vint élever autel contre autel, proclamer la communauté des femmes, etdépasserrinfamie des mœurs païennes. Elle fournit de» arguments aux ennemis du christianisme, des chefs d'accotion à ses persécuteurs. En vouant un culte à Épiphane, l'un de ses fondateurs, elle rétrograda vers l'idolâtrie.

COKGLUSION. 455

Au XVI* siècle, l'Europe défendait contre le mahométisme triomphant à Constantinople le dépôt des dogmes chrétiens; elle poursuivait la réformation des abus que le moyen âge avait introduits dans l'Église ; elle recherchait sous la poussière des siècles les débris de Tantiquilé, reconstruisait, à force de patience et de génie, les sciences, les arts, la littérature de la Grèce et de Rome, pour s'élancer de ce point de départ à de nouvelles découvertes, enfanter de nouveaux chefs-d'œuvre. Dans l'ordre politique, les populations opprimées protestaient contre les abus du régime féodal, et réclamaient pour tous la propriété, la liberté, l'égalité devant la loi.

Alors parait de nouveau Téternelle utopie, le communisme. En religion, il se jette dans les aberrations du mysticisme et del'extase; il emprunte au mahométisme la polygamie, et l'exagèrejusqu'à la promiscuité. En morale, il nie la responsabilité de l'homme et le proclame impeccable, pourvu qu'il ait été lavé dans les eaux du nouveau baptême. En politique, il aboutit à l'abserption complète du droit individuel par l'État, il constitue un despotisme inouï. Par ses excès, i! déshonore la belle cause des douze articles ; il rejette les populations épouvantées sous le joug de l'absolutisme et de la domination féodale. Dans l'ordre intellectuel, il livre aux flammes les bibliothèques, anéantit les manuscrits, restes précieux de l'antiquité, brise les statues, dévaste les basiliques, exalte l'ignorance et les hallucinations prophétiques.

Pendant la révolution française, l'utopie, d'abord vague et nébuleuse dans le semi-communisme de Robespierre et de Saint-Just, fait couler le sang à flots sans se comprendre elle-même, sans avoir aucune idée pratique. Elle souille et déshonore la cause de la liberté et de la démocratie : elle conclut enfln, dans la conspiration de Babeuf, parle communisme radical, et épouvante la France et l'Europe de ses

iS6 msTonuB do coiiinmisiiE.

afEreu projets. La France bit on pas ai arri&« ; elle sacrifie la liberté politique i la sécurité de l'ordre social ; elle daoïaiide à un despotisme glorieux el organisatoir nue garantie contre le despotisme odieux et destructeur de l'utopie.

Ainsi^ l'utopie, le sodalisme, en un mot le commanismey a toujours été un obstacle au progrès ; il en a ralenti la marche ; il s'est attelé à rdbours au char de laciTiiiaation. L'humanité a marché non par lui, mais malgré lui ; die s'est déreloppée par l'extension progressire de la propriété et de la liberûy de l'égalité des droits^ de l'égalité devant k loi ; par le perfectionnement et l'épuration successifs des principes du mariage et de la bmille ; par les sciences, les lettres et les arts. Le communisme, an contraire, aspirait à 8up« primer tous ces éléments du progrès, à y substituer le despotisme, l'égalité dans l'abrutissement, la promiscuité et l'ignorance. Toutes: les grandes révolutions se sont accomplies en dehors de lui ; l'abolition de l'esclavage , qui s'est opérée sous Tinfluence du christianisme et par un mouvement insensible ;. raffranchissement de la pensée humaine, dû à la réformation, à Galilée, à Bacon et à Descartes ; Tabolition de la féodalité et des inégalités de droit consommée dans la nuit du i août. A ce magnifique spectacle, l'utopie n'oppose que des immoralités^ des ruines et du sang.

Que si nous rappelons les moyens mis en usage par le communisme pour se saisir du pouvoir politique et réaliser ses plans ^ ils se résument dans la violence, la ruse et la perfidie. Lycurgue impose son système par la peur ; les anabaptistes dissimulent d'abord leurs tendances, s'insinuent dans Mulhausen el dans Munster, profilent des divisions des catholiques el des luthériens pour s'y établir, puis dépouillent, expulsent, égorgent tout ce qui résiste, violent les femmes, et se livrent à toutes les saturnales de la dé-

bandie. Ils trompent les gou?ernements par un faux repentir, et ne profitent de leur clémence et de leur confiance que pour susciter dans Amsterdam une émeute sanglante.

Les jacobins calomnient leurs adversaires, les poussent à des mesures fausses et périlleuses^ menacent et oppriment, et^ quand on leur résiste, crient toujours à la tyrannie et à l'oppression. Il organisent des massacres, ils abattent des têleS; ils encouragent le pillage^ ils spolient et confisquent. Ils tombent enfin ! En prairial , ils tentent de nouveau de violer la représentation nationale. Dans les prisons, ils préparent l'oi^anisation du communisme : à peine amnistiés, ils ourdissent une conspiration abominable pour le réaliser.

Se glisser entre les partis, profiter de leurs divisions, s'emparer du pouvoir par des surprises ou des coups de main ; attaquer tous les gouvernements, monarchie ou république, aristocratie ou démocratie; se faire également contre eux une arme de leur rigueur ou de leur clémence : tels ont été partout et toujours les errements du parti de l'utopie, du socialisme, du communisme.

Quant à des idées, il n'en a point, il ne vit que d'emprunts, il s'empare de celles que fait éclore le développement de la civilisation fondée sur la propriété, pour les fausser et les dénaturer. Dans l'antiquité, il se rattache au principe delà vertu guerrière, de l'indépendance politique, et il le gâte par ses exagérations. Au christianisme il emprunte le mot de fraternité, et il se livre à des actes de barbarie ; à l'éco* nomie politique il prend l'idée de la réhabilitation du tra* vail et de l'industrie, et il veut faire de tous les hommes des ouvriers et des manœuvres. La philosophie moderne reconnaît la légitimité du goût du bien-être, contenu dans les limites de la morale; il se saisit de cette idée, l'interprète à sa manière, et proclame la réhabilitation de la chair, l'excellence des passions , la sainteté de la jouissance. 11 fait de

HISTOIRE DU COUHimiSNE.

l'homme une béte sensuelle, gourmande el lubrique, traînant son ventre appesanti par de sales voluptés.

De nos jours, le communisme se montre fidèle à son rôle ![ à ses habilTides. Qui compromet les progrës de la liberté en Europe, donne des armes à ses ennemis, jelte le doule el le découragement dans l'Ame de ses anciens dérensenrs ? - L'utopie, le socialisme, eu un mot le communisme. Qui tarit les sources de ia richesse, paralyse l'industrie, cette lutte de l'homme contre la nature ? — Le communisme. Qui a ensanglanté nos rnes et donné à nos ennemis cette joie de nous voir nous déchirer de nos propres mains, immoler nous-mêmes nos plus glorieux généraux , nos plus braves soldai Is ? — Le communisme. Enfm, pourquoi la France inquiète, hésitante, la main sur ses blessures , marche-t-elle timidement comme un homme entouré d'ennemis au sein des ténèbres ? — Parce qu'eUe sait qu'nn adversaire, vaincu mais non désarmé, l'épie ti l'obsen* ponr la prendre en traître et la frapper an «eor.

Ainsi, progrès politique, développement de l'indaslrie, de la richesse et du bien-être , puissance extMeore du pays, tout est arrêté, compromis par l'exisleice d'otc^Res tonjours meaafantes.

Hais ce qui est peut-être plus doalooreux encore, ^eal de voir t'iolell^»ice, le bon sans d'une partie de la popvl»' tion française, courir le risque de se fausser, de s'éteindre, au milieu des déplorables discassions suscitées par l'utopie. L'histoire nous offre l'exemple de ces éclipses de la rahon d'un peuple, qui sont le signe précurseur de sa chute et de sa dissolution. Le socialisme menace de devraiir pour noui ce que furent pour les Juifs, du temps de Vespasien, les dis-

sensions du sadducéisme et du pharisaïsme ; pour les Grecs du Bas-Empire les disputes sur l'iota des hormoîousiens ; pour les Athéniens en présence de Philippe les luttes stériles de Tagora. Serions-nous donc destinés à une telle fin ? La France, cette fille aînée du christianisme, cette mère de la civilisation moderne, doit-elle se dissoudre et périr au milieu des logomachies anlipropriétaires, de l'anarchie socialiste , des divagations du communisme ? On pourrait le craindre à la vue de l'obstination des fausses doctrines, de la persistance des mauvaises passions, de l'affaiblissement interne de notre puissance, déjà si amoindrie par nos dernieis désastres. Il semble que nous soyons livrés en proie à ces faux docteurs dont le prince des apôtres annonçait la venue^ et qu'il compare à des fontaines sans eau, à des nuées agitées par le* tourbillon, à des esprits de ténèbres, à qui l'obscurité est éternellement réservée (1). U semble que les temps soient venus où va se réaliser cette antique tradition de l'apostasie des gentils, conservée par plusieurs communions chréti^mes, et suivant laquelle les nations arrachées au paganisme doivent un jour répudier le Christ, et retourner au culte de la matière et de la chair. Quoi de plus contraire, en effet, au principe chrétien de l'abn^ation, de la résignation, que ces appels forcenés par lesquels on excite les passions brutales, les appétits matériels ; à la charité, vertu essentiellement libre, spontanée et volontaire, que ces projets de spoliation développés au nom de la fraternité, de la solidarité humaine ; au respect de l'autorité consacré par le Christ, que cet esprit de révolte et d'oi^eil qui ne se soumet à aucun pouvoir, pas même à la majesté de la souveraineté nationale, manifestée par le vote universel ?

(1) 2« Epitre catholique de saint Pierre, cliap. IL (Voir à la un du \olume note I).

itiO UISTDIKE DU COUHUNISME. ^

Les utopistes prétendenl, il es! vrai, être animés d'un ardent dévouement pour les masses. C'est au nom des souffrances des pauvres, de l'améliûralion du sort des classes ' iidoimées aux travaux manuels, qu'ils proposent leurs projets de réformes. Ce senlimenl, nous nous plaisons à le croire, est sincère de leur part. Il serait trop pénible de penser que des hommes ne fussent poussés à provoquer le bouleversement de l'ordre social que par des \-ues d'ambition personnelle, par la soif d'une vaina renommée. Mais les modernes représentants de l'utopie ont le tort grave de prétendre élre les seuls à éprouver ces sympatiiies, les seuls à poursuivre ce noble but, d'accuser d'insensibilité et d'é- (^nmKw bMùBM ^ r^wnsaiit<kBi-âé]ri(nUe»w6^M ftfsdtfdaïqâefa itew IMlMt 4t l'UttMN. Grtos taà^

m r qOêl «M éHutrhoiiaM ifc«MV) llmiiMr firtnllipini

qui ne recûnnaisse qn'il y a des souffrances à soulager, des plaies à cicatriser, des progrès à accomplir ; que l'amélioration du sort du grand nombre ne doive être le but constant des efforts de tous? Quel est celui qui ne consacre pointa la solution de ce grand problème les efforts de sa pensée; qui ne contribue à cette œuvre sainte par la pratique de la bienfaisance et de l'humanité? Mais celte œuvre est hérissée d'obstacles et de difficultés, dont les moindres ue sont pas celles qui proviennent du fait même de ceux dont il s'agit de rendre le sort meilleur. Elle exige de la persévérance et du temps; disons-le, elle est éternelle, car c'est la tâche de l'bamanité.

Les moyens par lesquels celte œuvre doit s'accomplir ne sont point ceux que proposent l'utopie, le communisme et ses divers rameaux socialistes. Ce qui peut bâter le progrès dans cette voie, c'est le développement pacifique de la vraie

COiNCLUSION. 461

démocratie, de celle qui assure la liberté de chacun, respecte le droit individuel, sans sacrifier rinlérél social ; c'est l'extension du crédit, de l'esprit d'association, des institua lions de prévoyance ; l'ardeur au travail, qui ne peut exis* ter que par la sécurité de la propriété, principe de la confiance^ stimulant de l'énergie productive. C'est la diffusion des lumières, l'amélioration de notre système d'éducation, accordant désormais plus de place à l'utile qu^au brillant et à l'agréable. C'est enfin le retour aux idées religieuses, lu moralisation générale, la consolidation des sentiments de la famille, source des vertus privées et publiques.

Mais avant tout, il faut que l'immense majorité dévouée à ces grands principes qui forment la base des sociétés, et dont le maintien est l'honneur des nations, en assure le triomphe par son union et sa fermeté. Il faut que toutes les divisions de partis, que les rivalités d'ambitions, qui trop souvent compromettent chez nous l'hitérêt général, s'effacent devant le danger commun. Le salut du pays, le salut de la civilisation est à ce prix.

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