‹ Histoire du communismeChapitre 8 sur 57 · LACÉDÉMONE. — CRÈTE · texte numérisé non relu

LACÉDÉMONE. — CRÈTE

Ainsi chantait Tyrtée, exprimant Topinion unanime de son temps. Le même sentiment a régné chez l'aristocratie belliqueuse des siècles féodaux et des temps modernes. Ces remarques expliquent l'estime qui s'est attachée pendant tant de siècles à des institutions qui tendaient à porter au plus haut degré l'énergie guerrière.

Aujourd'hui qu'une civilisation plus avancée a substitué à l'esclavage la liberté pour tous^ à l'oisiveté le respect du travail, à la fureur de la guerre l'amour de la paix, l'engouement irréfléchi pour les lois auxquelles Lycurgue soumit une peuplade à demi sauvage doit avoir un terme. Désormais^ nous n'éprouverons plus qu'une juste horreur pour ce communisme aristocratique de Sparte, qui fut établi par la violence, se maintint par la tyrannie, et s'éteignit dans une affreuse corruption.

Les lots de Minos, si fameuses dans l'antiquité, ne méritent pas une appréciation moins sévère que celles auxquelles elles servirent de modèle. Là, tout le système de la communauté reposait encore sur l'existence d'une classe agricole vouée à la servitude. Les Périœces de l'île de Crète étaient dés serfs condamnés à la culture de la terre comme les Ilotes de Lacédémone. De même que les Spartiates, les Cretois avaient des repas publics. Cette institution présentait même chez eux un caractère de communisme plus prononcé.

A Sparte, chacun était tenu de fournir une quantité déterminée de subsistances, sous peine de perdre ses droits do

citoyen. En Crète, les Périœces payaient directement au

trésor public leurs redevances en grains, bestiaux et argent.

Une partie de ces redevances était consacrée au culte des

dieux et aux charges communes ; l'autre était employée aux

dépenses des repas publics ; hommes, femmes et enfants

étaient nourris dans l'oisiveté aux frais de l'Etat, C'est l'idéal

du communisme. Du reste, une parcimonie rigoureuse et

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sans doute nécessaire régnait dans ces repas communs. Pour prévenir la puUulation de cette aristocratie paresseuse, h loi autorisait de fréquents divorces et encourageait des amours infâmes. Le législateur avait justifié ces institutions par de belles maximes.

Des magistrats appelés cosmos étaient revêtus d'une autorité analogue à celle des éphores de Lacédémone. Gonune les Cretois n'avaient pas de lois écrites, ces cosmes exerçaient un pouvoir arbitraire, condition nécessaire de Texistence de la communauté.

« Le mode adopté par les Cretois pour contre-balancer « les mauvais effets de pareilles lois, dit Aristote, à qui nous « empruntons ces détails^ est absurde, impolitique et tjran- ( nique. Veut-on destituer un cosme? ses propres collègues ( ou de simples citoyens organisent une insurrection contre € lui. Il peut conjurer l'orage en donnant sa démission. Cet ( ordre de choses tient, dit-on , aux formes républicaines. « Non, ce n'est pas là une république , mais une factieuse « tyrannie ; car le peuple se divise, les amis prennent parti, ( on se range sous un chef, il y a tumulte, on s'égorge. «Légitimer ces terribles crises, n'est-ce pas suspendre ( pour un temps la garantie sociale et briser tous les liens € de l'ordre politique ? Alors quel danger pour l'Etat, si « les ambitieux ont la volonté ou le pouvoir de s'en em« « parer (i). »

Les institutions communistes de la Crète déchurent rapi« dément. Comme à Lacédémone, laforme seule persista quand le fond n'existait plus. La propriété était depuis longtemps reconstituée, tandis que les repas publics, inutile symbole de l'égalité absolue, continuaient de réunir les citoyens à la table commune. De leurs anciennes institutions, les Cretois

(1) Politique, Uv, II, chap, 8,

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ne conservèrent que les vices les plus hideux réunis à la fraude, à la dissimulation et au mensonge; résultat inévitable des obstacles qu'une législation tyrannique oppose au sentiment naturel de la propriété.

Ce tableau n'est point de nature à justifier la célébrité de ces lois de Hinos citées si souvent comme un monument d'immortelle sagesse. On sait que le rapporteur de la constitution de 1 793, Hérault-Séchelles, séduit par leur brillante réputation, voulait y chercher le modèle des institutions à donner à la France, et qu'il en réclamait le texte. Hais l'érudidon des bibliothécaires ne put, sur ce points satisfaire ses désirs. Malgré ce contre-temps, qui dut sans doute profondément affliger ce grand révolutionnaire, il semble que l'une des maximes des Cretois soit passée dans le symbole du jacobinisme : je veux parler de celle qui consacre l'insurrection comme le plus saint des devoirs. Félicitons- nous de ce que les constituants de 1793 n'aient pas fait de plus amples empmiits aux impurs communistes de Cnosse et de Gortyne (1).

(1) G'ét^t les deux villes principales de la Crète.

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