‹ Histoire du comté de Dunois, de ses comtes et de sa capitaleChapitre 4 sur 15 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

UU nC'XOlS ET DK CU4TIi:Ai;DI.'K JUSQU'A L'HËBËDl'rË DES FICFS.

Le Buiiûis étant dans l'ancienne province des Chiirtrjins qui , selon César, joignait de ce côté celle des Tourangeaux , ce n'est pas une conjecture trop hasardée que de dire qu'il n*a pas été des derniers où les anciens (îaulois soient venus fiïer leurs habitations. Non-seulemenl il a dû f}tre des premières «'oritrées habitées, parmi celles où lesanciens Druides présidaient aux assemblées généniles de la nation et rendiiieiit la justice , mais encore il a dû être un des pays du royaume où la civilisation ait complèlenient pénétré.

[.c mot Dtm, qui était la seule dénomination de sa capitale avant qu'on y eût joint celui de Château , témoigne du discernement des anciens Celtes, qui lui ont choisi une dénomination si convenable à sa situation. Il n'est point mention , à la vérité, de la ville de Dun dans les commentaires de César, mais peut-être les Dunois y ont-ils leur place dans la personne du Coneto-Dunus, chef des Char- Irains révoltés coidre l'usurpatcurdes Gaules. lï était nécessaire qu'il y eût des sous-divisions dans chaque province des peuples Gaulois, pour en distinguer les différens quartiers; la raoiti(5 du nom de Cmieto-Dinnts pouvait bien annoncer celui de son origine^ c'est-à-dire du canton ou de la ville de Dun.

lilSiOIRE

Il y en a qui ont cra reconnaître un camp des troupes de César, dans un endroit nommé les Gats, au nord-est de ChAteaudun, au-di^liV de la rivière. On y voit, en elTct , el on y a vu au Irefois d'une façon plus marquûe qu'aujourd'hui, des rues tracées et des enceintes qui ressemlileiilaux camps fortifiés des Romains. Vu clos de vigne joignant ces vestiges , appelé le Clos de Kome , sert à perpétuer celte tradition.

Ce n'est pas le seul endroit du Dunois où In tradition annonce des lraci."i du séjour des Romains ; elle prétend que c'est d'un pareil camp que le château do Cliampfiomaîn, situé à quatre mille toises de Châtenudun . lire son nom. On affirme avoir trouvé plusieurs monnaies romaines autour de ce château, en différens temps. On en a encore trouvé davantage en labourant autour de l'étang de Vcrdes , ce qui fuit présumer qu'il n'a pas été moins fréquenté par les conquérans des Gaules.

Les découvertes de ces monnaies romaines et des médailles n'ont pos été moins communes à Chûleaudun mémo, dans les fouilles qui ont été faites dans les dilTéreiitef^ ruines et reconstructions de cette ville et de ses faubourgs. Il y a peu d'années qu'entre CliÂteaudun et Sainl-Mamès, un chartier fit sauter, avec le soc de sa charrue, un collier de la grosseur du petit doigt, d'un or trcs-fln et pliant comme un cordon de soie. Il fut estimé environ deux mille livres par un orfèvre de ClnHeaudun , qui a présumé que c'était un ornement d'idole. Ce pouvait en être un de nos anciens Celtes. Des chemins pierres à une gronde profondeur , et que l'on nomme Levées des Romains, font encore foi que Ghâteaudun était, au moins du temps de César, un centre de communication des villes de Chartres , du Mans et d'Orléans ou Gieii.

Ce n'est que dans le cinquième siècle du régliso, que le

DU COMTÉ 1)E DliNOIS.

Dunois et sa capitale ont eu une place marquée ûam l'hialoire , à l'occasion de saint Aventin , qui en a l'ait la gloire, en travaillant, en bon pasteur, au salut ùlcrnct des Dunois. Le plus ancien détail qui nous soit resté de ce saint évêque ne date cependant que du treizième siècle, à ce que l'on présume. C'est une légende en vieux vers français, conaposée par un ecclésiastique dont on ignore te nom. Cette légende avait été conservée jusqu'à ce siècle , parnai ce qui reste de titres dans l'église de Soinl-Médard , d'où M. Maréchauii , grand-vicaire de Chartres , l'a tirée , sans qu'on en ait jamais eu de nouvelles depuis.

Jean Garcis, curé dudit Saint-Médard , mort en IGOl , a traduit en latin ces vieilles rimes françaises, dont il reste une copie dans la môme église de Saint-Médard , avec un poème, aussi latin, de deux cent cinquante vers composés sur la tradnclion dudit Garcis , de m&me que trois leçons pour l'officfi du saint. La traduction des vieux vers français fait part au lecteur chrétien , dans un préliminaire, de la difficulté qu'il y a eu à déchiffrer un vieux parchemin usé et d'anciens caractères. On voit, par l'ouvrage de ce traducteur zélé, que l'auteur de la vie du saint, trop éloigné du temps où il a vécu, n'avait pas autant de discernement que de désir d'édifier, et qu'il a compilé certains faits qui n'ont rien moins que la vraisemblance en partage. Il est fâcheux que, dans la vie d'un évoque qui serait si intéressante pour celte histoire, on se trouve dans le cas d'écrire d'après des mauvaises pièces, si peu épurées par la bonne critique.

Vers l'an 453 ou 454, Avbntin prit naissance à Châleaudun même, que le vieux poète français nomme Urbe- Claireettraîtedefort célèbre ville. Son père, nommé Jean, était, selon lui, d'une noble extraction et comte de la mérae ville. Il lui donne pour mère Agnès , lîlle d'un comte de

UlSTUlliE

sière, en deçà de Chdleaudun , parce qu'il élail inToclc de la lèpre. L'ange lui ordonnait de passer à cet endroit et de guérir ce frère par la prière (1). Le saint, continue la légende, obéit sans se faire connaître , embrassa le malade et lui rendit !a snnlc' par le signe de la croii. Les domestiques du seigneur J en n allèrent »fiti*jnrer cette nouvelle à Chftteaudun , où des parens d'Avenlin étaient encore en possession du gouvenieuient. Pour notre saint, au lieu de les suivre, il alla, dit-on, se réfugier dans la première grotte qu'il troma dans le rocher, à l'entrée du bourjî de la Tannerie (2). Le démon se présenta un soir à lui ù l'entrée de la grotte , sous la figure d'une dame qui se disait demimorte de blessures qu'elle venait de recevoir d'une troupe de voleurs qui l'avaient dépouillée : l'ofi're d'une aumône de pain d'orge et le signe du salut (it évanouir le prestige.

La vie mortifiée et retirée du saint et les miratles qu'il opéra sur les hommes et même sur les animaux, ne tardèrent pas à lui attirer des foules de visites de tous les cantons de la province. It lui en vint par députation d'un lieu que le légendaire ne nomme pas, le prier d'aller rendre la santé à plusieurs des leurs qui étaient malades. Le saint se prêta à leurs désirs, et la soif l'ayant pressé dans le chemin, il fil jaillir une source en frappant la terre de son bâton et

[i) L'qd 583, uD coDcile de Lyon ordonna h chaque évfquc d'avoir soia des ladres de son dioc^sl;. 11 y en aveil donc dans ce temps , ce que je dis pour Tsire voir que Jean pouvail ëlre ladre et aroirétéguëri par son Irèie, mais non pour aulorîser les circonstances puériles i>t ridicules du rëcil de la légende, qui fait Jean fondalcur de Nolre-Dan:ie-dï-!a-Boi5sitr.e, ponr donner, d'après quelque mauvaise tradition, à celtecliapelteune auliquité dont je ne la crois pas susceptible.

[S) On montre à Cliàleaudoo celle cave qui porte encore le tiom de saint Aveatin, On y avait sculpté en relief, sur un pilier, une crosse à'évéqui! qu'un particulier qui habilaît celte cave dél raidir, parée quVIle lui attirait trop de vif i tes. On y voit encore, dans un des eûtes dn roc, une enlaille que l'on donne pour le lit du saint , qui y e(kt été Lien en double, ai on juge de sa taille par son tombeau & Saiot-Médard.

ïS

fîUsanL le signe de la crois (1). Non-seulement il en L*lanclia S.1 soif, miiis il s'en servit sur-le-champ pour baptiser plus de trente personnes de l'un et l'autre sexe.

Il semble que jusque-là les hatiitans de Châleuudun étaient restés assez itidifl'ércns sur le trésor qu'ils laissaient sous leurs pieds; mais une maladie conlngieuse leur ouvrit enfin les yeux. La majeure partie , encore idolûtre , s'était en vain prosternée aux pieds des idoles , dans leur temple, le (léuu ne Taisait qu'augmenter ; entin , par une députalion, ils obtinrent du saint qu'il montât à leur secours. Entré dunslaulle, il pria non-seulement pour la santé, mais pour lu conversion des habitons ; le mal pestilentiel cessa. Le saint prêcha , fut écouté; In mullilude reçut la loi de Jésus- Christ, et le siiiiit prélat leur administra le sacrement delà régénération.

Ces nouveaux convertis ne purent donner de marque plus évidente de leur cluingement, qu'eu renversant leurs idoles et leurs autels, et en laissant la liberté à leur évoque de changer un lieu d'abomination en un temple du vrai Dieu . sous l'invocation de la mère de son fils. Saint Aventin quitta alors sa première demeure, pour en prendre une assez semblable dans le faubourff qui était tout au pied de la forteresse, et au rocher où Ton voit la chapelle qui lui est dédiée et qui fait partie de l'église de Saint-Médard.

C'est de là qu'il nianilosta son ïèle par des visites fréqucnlcs dans le district qui lui avait été assigné pour ses fonctions pastorales. Il employa, à ce que dit la légende, son patrimoine , et sans doute d'abondans secours des fidèles, à ajouter dans Châteaudun , à l'église de la mère de Dieu

(1) La Irutlition gMe ce fait, eii Irnnsportant ce miracle à la Fotilaine- RonJe, qui ii'psl pns éloignfie de la Brolle ci-dessus, cl se trouve dans un quarlier oi'i rien n'est plus inu1ti]ilid que les sources d'enux vives, et où une ronliiinc nouvelle n'eût pus uli^ ui^cciisuire pour dÉsulit^rcr le saint.

dont nous venons de parler, celle de Sairit-Ètienne , maintenanl Saidl-Lubin, et une autre en l'honneur du Sauveur et de Saint-Jenn-Bfiplisle , dans le finibourg nn-delà de rîlcdii Cliiiinp-dL'-JIars, sans comptercellede î^nint-Mirhol, aujourd'hui Saiiil-Mùilurd, où rtaitsa résidence.

Ce saint év(îque fui un des pères du concile d'Orléans tenu [*an fill , le div juillet, où, selon le manuscrit de ce coticiic qui se trouve dans la BihJioliièque de Pilhou , il a signé en qualité d'évfique de Dun fepiscopns DunensisJ (I) ; souscription que plusieurs copistes ont, par ignorance, cliangée cii Ih'nhnsis ou Divieum's, Faute de savoir, dit Jacques Synnond, dans les conciles du père Labbé, que Dun ouChiltcaudun est une ville dans le diocèse de Chartres, dont les évoques ont pris quelquefois iiuiuaiité d'évéque de Dun. Saint Avenliii éttiit eu ellet alors dans le cas d'opter entre les qualit<3s d'évéque de Dun ou de Chartres, le diocèse cnlicr que le père Synuoiid nous ("ait connaître dans sa noie, sous ces deu^ dénominations, étant alors sous la sculedisciplinedesaint Avcnlin,carojifiiit mourir Solcmmc dans la Touraine en 509 , lorsqu'il accompagnait le roi Clovisdanssa seconde expédition contre tes r»ollis. Tous les historiens placent la mort de saint Avenliii à CliAteaitdun, et au 4 Février. Selon notre légendaire, ce fût en 529, lorsqu'il était âgé de soixante-quinze ans, après avoir vécu quarante ans dans cette ville, où il lut emporté par une simple fièvre. Il y en a qui reculent cette mort jusqu'en 534, et font vivre le saint (luatre- vingts ans.

Les miracles qui se tjrenl à sa mort et à son tombeau donnèrent occasion d'établir une l'èle qui se chôme encore

(1) Si notre soiut a pris ceUe qualilë toute sa vie, c'est pcut-^tre par celte misan qu'on ne \e trouve |)oiiil duos de Iriïs- anciens catalogues des évÊques de Chartres, ce qui ne nuit poiut à l'Jionneurde l'ancienne église de Dun.

par tous les habilans de Saiiil-Mt-dard. Le corps du saint avait été déposé dans une ouverture du rocher qui est au côté de 1.1 ci).ip«'ilp, ou , selon le légendaire, dans la chapelle n)éme. Longtemps après, comme on Jugea à propos de donner une nouvelle Torme à l'église , on essaya de transférer le corps, ce qui ne put réussir, suivant la légende , que lorsque révôijue diocésain s'y fût transporté et s'y fiil préparé, ainsi que le peuple, par des jeûnes et des prières de trois jours, au bout desquels les reliques furent transportées dans le pan de l'aile du midi et du môme côté (I). Il se ûl encore plusieurs mirncles à celte translation , et surtout, ditia légende, en vers grand nombre de lunatiques, qui reçurent la guérison (-2).

Im petite vie de sainte Radégonde, imprimée « Chartres en 1739, porte que celte sainte s'arrêta ii Cliûlcaudun pour visiter ^aiut Aventin , lorsqu'elleallailàTours; mais comme elle ne se relira qu'en 5'i0, ou , selon les annaltîs de saint Benoist, qu'en ^V*, ce n'est pas à la personne du saint , mais à son tombeau, qu'elle a dû donner en passant des marques de sa vénération.

Il n'est que trop de légendaires qui, en cherchant à honorer les saints, ont déshonoré la vérité de leurs histoires, pour n'avoir pas su débrouiller, par une saine critique, les traditions orales Celui de saint Aventin n'a pas travaillé à se mettre à l'abri de ce reproche dans plus d'un cas; pour en juger , il suHlt de le lire aussi bien que ceux qui ont écrit d'après lui.

(1) Ce dernier lombeaii est aus.si taillé dans le roc qui sert de mur, et a environ cinq pieds d'Élévation au-dcssiis du pavé. Le corps du saint est dans une pierre creusée qui est longue de aix pieds. Ceccrcneil est recouvert d*uDe autre pierre qui a sept ou huit pouces d't^poisscur.

(S) Ce peut être de ce fait annoncé dans la légende , qa*Ott a pris oecanon de traiter quelques fois les liabitans de Châleaudun de fous de la Fontaine- Ronde.

HISTOtKK

Quoique saint Martin eût usé de son mieux du pouvoir qu'il avait obtenu de l'empereur Théodose , de détruire le reste des temples des idoles dans les Gaules, il est vrai cependant qu'il mourut sans avoir pu remplir parfaitement sa mission. Il pouvait donc y en avoir encore eu un à Châteaudun lorsque sninl Avenlin y alla fiserson siège épiscopui ; mais il est difficile de croire, nimmc l'ont dit quelques écrivains, que toute cette ville Tût alors idolâtre, si l'on songe au zèle que déplojérctit les empereurs chrétiens, depuis Coniitantin , ot surtout les treize évoques qui s'étaient déjà succédé dans le diocèse qui renferme Cli^lvoudun. Il pouvait être resté un temple d'idoles dans celte ville, mais il est à croire qu'il y aviiit déjà asscn de chrétiens pour y posséder en poix du moins quelque oratoire dans un faubourg, sous la protection des comtes du lieu, chrétiens eux-mêmes dansées temps, selon la légende.

11 semble que Châtcaudun étîiit célèbre alors, du moins par compafiaison avec les autres villes du iliocèse. puisqu'on lui donna la préférence d*un siège épiscopal sur Blois et Vendùme qui existaient déjà, Grégoire de Tours parlant de ces villes aussi bieti que de celle de Chateaudun.

Le temps où a vécu saint Avcntin Fut encore glorieux du côté de la religion pour le Dunors , par la présence édiQante de saint Avit ou Avy. Ce saint, oritjinaire de la première Aquitaine, plus probablement, à ce que l'on croit, de l'Auvergne que du Rerry, se retira jeune encore dans le monastère de Menât, en Auvergtie, diocèse de Clcrmont. Le motiastèrc de Mity , prés Orléans, jouissait alors d'une haute réputation. Ce fut ce qui porta Avit et un outre moine nommé Calais à quitter Menât pour venir se perFectionner à Micy, sous l'abbé s:iint Mesrain. Ce saint leur lit recevoir la prêtrise des moins d'Eusôbe, évéque d'Orléans. Ces deux saints prêtres religieus, de l'avis de leur abbé, quittèrent

DU COMTÉ 1>K DLNOIS.

Micy pour aller, aux confins du Dunois et à l'entrée du Maine, établir, proche Vibraye (vicu$ BrigiceJ . un petit monastère dont saint Avil fut supérieur, et une chapelle qui fut dédiée au Prince des Apdtres. Il y reste un prieuré simple, de la dépendance de l'abbaye deSainl-Avit. De là, ces saints se rapprochèrent dans une ^itudc du Dunois, connue aujourd'hui sous le nom de Sainl-Avit-au-Perche.

Enfin, vers Pan 525, ils vinrent se fixer près Chftteeudun , dans un lieu nommé Poicy fPiciacum), Srtint Calais s'y sépara de saint Avit après qu'il lui eut aidé à poser les fondemens de cette ancienne abbaye. Ce fut pour aller former un autre monastère à Anille, nommé aujourd'hui Saint-Calais. Il emmena deux religieux nommés Daumer et Gai. Le roi Childeberl , fils et successeur de Clovis I", instruit par sa mère sainte Cloliide, des vertus de saint Avit, fit fournir à ce sainf ce qui était nécessaire pour bâtir un ample monastère au lieu dit de Poicy-lès- Châleaudun. dont il v^lutque saint Avit continuât d'être le supérieur, en qualité d'abbé , malgré la répugnance qu'il commentait à senlir pour cette fonction.

Au bout de quelques années et peu de temps avant sa mort, saint Avit voulut abdiquer sa supériorité, mais il en fut empêché par ElhèFe. évêque diocésain, successeur de saint Aventin. Ce prélat savait ce que le monastère perdrait si on satisfaisait l'humilité de son abbé.

Celte perte ne tarda cependant pas à arriver, car le saint quilLa la vie dès l'an 530, le 17 juin, n'nyant gouverne l'abbaye dePoicy-lès-Chftteaudunque pendant cinq années, après yavoir fait l'admiration tleses religieux et des peuples, par le don de prophétie et de fréquens mîrocles. Ce saint avait demandé avant de mourir que son corps lût porté à Orléans, ce qui occasionna un graud dilTérend à sa mort , entre les Dunois et les Orléanais. Ceux-là prétendaient ne

HISTOlKt:

se pa» dessBtsir d'un si pK«cwux (k^pôt. <ii» fut prêsd'cTi venir aux moins, mnis un seigneur tiommù Leusns mil d'accord les pr^'tenduns. Les Hunolji «e i!iis»<^renl flécliir, por respect pour hi volotilé du sainl mouratil, ijuc le* OrléaPiaisllrenl valoir, Cl Ils voulurent bien se conlenter do tiras qui lea Mvait souvent liéiii«'. Il n'en reste plus qu'une très-petite portion d.iiis cette abbaye , que r<in appelle Sainl-Avit, depui» la mort de son saint Tundaleur.

Le plus illustre disciple connu de saint Avit Tut sninl

Liibin, originaire de Poitiers. Il avait ili'jA pass»V huit ans dnuH un monastère, lorsque la réputation de saint Avil et de sainl Calais l'utlira iiuprès d'eux, l'an 5^3, à leur seconde station dans la ForCt-du-Percbe. Après avoir essayé de leUr solitude, il les quitta pour aller s'édifier à Lérius. Cependant, dans la roule, il rencontra un religieux qui le détourna de son projet, sous prétexte du mauvais nir qui rognait à Lérius. Le même religieux le conduisit :"» l'Ile- Barbe, où il demeura cinq ans. Cô ne lui qu'en 529 qu'il vint rejoindre saint Avit dans son (jbbaye de Poicy, près Obâteaudun, où il eut l'ofRce decellcrier.

Cinq ans après, Etliere. évèquc de Ciiarlres, tira Lubin de sa solitude pour le faire abbé du monastère de Brou , et lui conféra la prôtrise. Ce monastère de Brou était Sainl- Romaiu, qui sert de limites au Dunois, et qui était tiouvel- Icmenl furmé. Lubin eut le dessein d'eu quitter la supériorité. Il se mil même en chemin pour aller consulter saint Césnire, d'Arles, à ce sujet ; mais saint Aubin, d'Angers, a qui il découvrit son dessein en passfint. l'engagea à retourner h Urou- Il lui remontra qu'il scruil rcsponsoble devant Dieu du relikhement qui pouvait se glisser parmi ses religieux pendant son absence.

Il n'y eut plus que la mort de l'évoque HUière qui le fil sortir de Saint-ROmain , pour être son successeur dar)8 le

Dr COMTE 1»E DCNOIS.

Tù

siège de Chartres. Il y eul cependant des opposans à son élection , parce qu'il était attaqué d'uu chancre qui lui rongeait le nez et qui le rendait difforme. .\u reste, il vécut dans sa dignité avec la simplicité d'un véritable religieux et le zèle du plus fervent évoque, jusqu'en 557.

Ce fut dans une de ses courses pastorales à Chfliteaudun , qu'il guérit d'une Gèvre opiniâtre et dangereuse la fille d'unbourgeois nommé Bandelin, Ponrconserverla mémoire de celte action miraculeuse, on a placé, en dehors de la maison où elle s'est passée, une statue représentant un évêqne. Celte maison, dans la rue de la Porte-d'Abas, est sur la paroisse qui , par le même motif de reconnaissance , lui a donné la préférence sur saiitt Etienne, son ancien patron , suivant la légende de saint Âventin.

I^ désertion de saint Lubin et de ses deux compagnons n'avait pas empêché la communaulé d'hommes de l'abbaye de Sainl-Avit de se soutenir. L'hisloire cependant ne nous apprend rien des successeurs de son premier abbé. Les mouumons qui anrjiieflt pu nous en instruire ont sans doute disparu dans le neuvième siècle, lorsque l'irruption des Normands for^a les religieux à prendre Ea fuite.

On croit, sur une ancienne tradition, que, dès l'an 540, la pieuse Ultrogolc , femme de ("hildebert I". joignit une communauté de femmes ù celle des hommes à Sainl-Avit , ce qui s'est praliquô dans d'autres monastères, comme l'histoire générale de l'église nous en instruit. Celle de Saint-.\vit s'est soutenue. Les malheurs des lem|KS n'ayant pas laissé des fonds suHlsans pour entretenir ces deux communautés, la prôfcrericc fut assignée à in comniutinuté de femmes, dans le onzième siècle, comme je le ferai voir dans la suite, en parlant d'un de ses avoués ou ubbés ûefTcs.

Un mémoire ajoute qu'Ullrogoteetses filles, Chrotberge

illSTOlUE

et Chrodesinde, ontbenucoup fréquenté culte communniité de tilles; que ces deux dernières s'y tiluient même consacrées à Dieu . cl qu'elles y avaient reçu le voile. Ces princesses ne sont cependant pas mortes ou du moins enterrées àSaint'Avit.à moitisijue leurstomJieaiu, à Saintlîermaiades-Prcs, ne soient de simples cèiKiliiplios. Elles ont pu li<iLiiler Siiinl-Avit spécialeinciit, lorsi|ue Clolaire I" les exilii lie Ici cour, quiind il lui purvcnu iiu trAnc Les historiens (lisent qu'elles turent toutes trois rappelées par Chcrebert.

Je parlerai, dans ma notice des paroisses du Duiiois , de saint Léonard, solilairc qui lionora ce piiys vers le môme temps que saint Avit. il lut, comme celui-ci. disciple de saint Mesmin. car on croit que ce n'est (|u'ù lui et à saint Léonard, de Nobliit, eu Limousin , que convient ce qui est dit dans de vieux vers latins que Dom Maliilion a jugé avoir été composés du temps du roi Charles-le-r.hauve. Ces vers disent que saint Mesmin eut deux disciple;? du nom de Léonard. Celui du Dunois quitta .Micy pour passer le reste de ses jours dans lu Fnrét- Longue, dans la partie appelée aujourd'lnii Marclienoir. Sa vie édifiante y a rendu ses reliques si précieuses, qu'on a consacré une église sur le tombeau et sous l'invocnlion de ce saint solitaire, Selon un ancien martyrologe de l'éylise d'Auxerre, il mourut le huit do décembre.

Si la qualité de comte de Dun, donnée au père de saint Avcnltn , répuf;nait aux critiques , parte qu'elle n'est fondée que sur une lé;^endc mal écrite, dans to Irei/.ième siècle, l'ordre du içoiivernement, sous les rots de la première race, oblige de la reconnaître, si ce n'est pas en sa personne, du moins dans celle de quelque autre. Les Français , conquérans des Gaules, ne révoquèrent point les charges des comtesou gouverneursamoviblesquiyavaientétc introduits

par les Romains, et on ne peat se refuser d'en supposer un dans une ville assez considérable pour avoir eu un siège épiscopal dès le temps de Clovis I". Les monumens aullienliques venus à ma connaissance ne me fournissent que (rots de ces comtes de Dun ou ChAteaudun , et ne nomment que le dernier. Le premier de ces trois étant ile l'an .JSi, et le dernier ayant vécu en 878, indiquent assez que, dès les premiers temps de la monarchie française jusqu'à riiérédilé de ces charges, Dun ou Chûteaudun a eu ses comtes parliculiers.

La dignité de ces premiers comtes n'étant que par commission . elle supposait la possession immédiate des provinces et des pays, ainsi que de leurs capitales, parles souverains, dont l'autorité et les droits étaient exercés par ces officiers. C'est ain:<i que Chftleaudun et le Dunois ont été sous la main immédiate des rois de la France proprement dite, jusqu'à Clierebert ou Charibert , Dis aîné du premier mariage de Clotaire 1".

A la mort de Cherebert, arrivée l'an 570. Chilpéric 1", roi de Soîssons, et sofi frère d'un second lit, se saisit de Paris et de presque toute sa succession , au préjudice de Gonlran , roi de Bourgogne, qui habitait Chaions-sur-Saône, et de Sigcberl l" , roi d'Austrasie, résidant à Metz, ses frères du premier lit. Sij;ebert eut assez de peine k se faire céder quelques provinces et le Dunois, par un accord avec l'usurpateur. Celui-ci ne larda pas à se repentir d'avoir rendu justice h Sigebert. Pour tflcher de reprendre ce qu'il n'avait abandonné qu'à regret, il mît son frère Contran dans ses intérêts , afin de pouvoir agir plus sûrement à Force ouverte contre le roi d'Austrasie. Les succès furent partagés; la prise et la eaplivité de Théodebert, fils de Chilpéric, occasionna une paix qui ne fut pourtant pas de durée.

Cependant l'église de Dun était déjà constituée de façon

à toucher l'iimbilion de ceax qui ne se font pas de scrupule d'aller aii-devnnl des difçnilés erclésinsliquei». Le souvenir de la possession du siège de celle église por soint Avcnlin, et de son démembrement passager de celle de Chartres, fournissait l'idée de rendre cesié|re pcrmanenl.Toul peuple aime à secouer l;i dé|)endnrice de son voisin, quelque respectable qu'elle soit, el siuihaile de se mettre de pair avec lui. Les Dunois .nvaienl prisgoAL à la qualité d'évéché, que leur ville avait acquise en Paveur du saint dont ils honoraient journellement le tombeau ; ils aspiraient à en voir la continunlion.

Un zélé, ou si l'on veut, un ambitieux patriote, se mit sur les rangs pour seconder leurs vœux. Assez d'hnmeur h préférer l'intendance de (ou tes tes églises du Dunois, et peut-être du Blaisois et du Vendômoîs, à une simple parcelle de ce trmi[teau dntit il élait pasteur (1] , Auf^uslin ou Antoine l'roraolhe, prCtrc d'une des églises de Cliâteaudun (2), entreprit d'y ressusciter la chaire de saint Aventio. Pour aller à ses fins , il s'insinua à la cour du roi Sigebert, son souverain, qui le fit son chapelain. Le roi gortla son esprit et ses talens et l'honora de ses bonnes {jrî\ces, Promothc , de son côté , marqua à son prince tout l'attachement d'un fidèle sujet. Peut-être le servit-il dans ses difficultés , pur son génie fertile , ferme et entreprenant. L'évéché de Chartres étant venu à vaquer. Promotlne profila de cette circonstance pour persuader à Sîgebert avec quelle facilité il pouvait combler ses désirs , en le faisant év&que de ChAlenudun.

Sigebert se prêta volontiers aux raisons de son chapelain,

(1) On ne nout d point laissé de détail des limites prescrites à saint Aventîn, pendant qu'ils 4!<C cvC'(|tie de Cliâtcaudun.

(3) Celiutam , oratoire, terme f|ui valait oulant riue lu mot paroisse dans Icsteoip^ po<il<ïricur$:.

DU COMTÉ IHi DlINOIS.

et accompagna m&me cette concession de faveurs particulières. Les règles cfe mandaient en effet que ce fût l'archevêque de Sens qui imposèt les mains à Promotlie; mais comme il était sujet de Chilpéric , Sigebert s'adressa à un nrehevôque de ses états et choisit Gilles, archevêque de Reims, pour la consécration de fromothe, que l'on fait remonter à l'an 57^.

Pendantce temps, Papoleétait devenu évoque de Chartres, et malgré la vaste étendue de ce diocèse , il n'était pas d'humeur a on voir partager la charge. H n'eut pas de peine à s'inscrire contre l'imprudence du choix du consécriileur de l'évoque de ChAteaudun. il se présenta au quatrième concile de Paris, que l'on avait convoqué pour le mois de septembre 573 , co partie à sa sollicitation pour cette affaire. Sa requête était conçue en ces termes :

« Quoique depuis quelque temps j'aie été élu évèque de » Chartres par le clergé et le peuple , avec le consentement » du métropolitain; toutefois, quelques jours après, un » prêtre de mon diocèse nommé l'romolhe^ qui avait quitté B son église (ceUulam suam) sans lettres de mon prédécesa seur, s'est emparé d'une de mes paroisses nommée Dun 0 {Parrocbiam meam nti vocabulum est Duno) (1 ) , sous un D prétendu titre d'évêthé, et s'est mis en possession des » biens modiques appartenant à mon église dans le môme » pays {Etiam et facullaticulam Ecdesicecuiprœesse videor » (juantiim in ipso pago esse constat], je ne sais de quelle » autorité. Je vous conjure par le Saint-Esprit qui habite n en vous et par le jugement dernier et la rémission des yt péchés, de réprimer une telle entreprise, comme vous » ne voudriez pas qu'on vous en fît autant fila qualiter

fl) Le mot paroisse est pris souvent dans l'autiguilé pour une portion d'un diocèse ou pour uu diocèse entier. Le mol Duno ne me paraU pas correct. Il peut avoir été mal copié au lieu du Dunum.

UISTOIKE

» vobis /Sert tion vullis. » Ln conclusion de celle pièce [)arut touchiiiite; les pères se liéclartVent on faveur de Papolc. lis convjnreiil cependant . sur la réguisilion de ConsLitut, motropolitain de Sens, de fnire citer Promollie au concile. Snint Germniii, de Paris, fulcliargé de la cilntion ; elle fit peu d'effet sur Pruniolhe. Il ne jiit;oa pas qu'il fût expédient pour lui de comparaître deviuil une assemblée qui n'était pas moins prévenue contre lui qu'elle paraissait peu favorable au roi Si^cbert. Elle se tenait sous l'aulorilé de Chilpéric;, que l'on avait rendu flus>i opposé à la consécration de Promothe que Sigebert était porté à la soutenir. Promotlie fut contumace. L'évéque Germain en fit son rapport au concile. Papole n'était pas si ignorant qu'il l'avait fait paraître dans sa requête, citoute l'assemblée savait très-bien avec lui par quelle autorité Promotlie avait été fait évêque. En conséquence, le coticiie arrêta qu'il fallait écrire au roi Sigebert et à l'archevêque de Heims.

Dans la lettre à l'archevêque de llcims, qui renferme un espèce de décret, ils représentent à ce prélat r « Que cette » ordination était contraire à la discipline canonique, et » contre toute raison, parce que l'église de Uun n'était ni » de la province de Reims ni de la Gaule IJelgique. » Ils l'exhortent donc à déposer Promothe et à le garder auprès de lui. Ils ajoutent etisuite <gtie Promothe n'ayant pas paru au concile où t^onstitut, archevêque de Sens, l'avait fait citer par Gerniain, évêque de Paris, a ils peuvent être » assurés que, s'il continue, par sa propre témérité ou à la » faveur de quelque aulorité que ce soit, de se maintenir >> dans cette usurpation, il sera séparé de la communion " des évoques et frappé d'analhôme , aussi bien que ceux )) qui recevront sa bénédiction , après la publication de ce u décret. »

Si le roi Sigebert et Promothe eussent eu l'adresse d'in-

DU CUWTÊ DE DliiNUlS.

veuter, dès ce temps, de mettre le pape à la ttite de ces sortes d'afTfiires, comme on a fait deimis, Coiistitut n'aurait pas» résisté iia clicf de l'ûglisc universelle. 11 ne se serait agi que d'ajouter quelque diO'érence lucrative en faveur de l'évéquede Chartres, c'est-à-dire un dédommagement,, par exemple , la promesse de ne pas toucher aux biens de son église dans le Dunois.

Ni Proraolhe ni Sigebert ne déférèrent au concile. Le premier resta dans son siège à Cliâleaudun , sous la protection de son roi , que Cliilpéric et Gontran mirent dans le cas de recommencer la guerre, dès la même année 573.

Sigebert, pour l'aire tête à ses deux frères, fit revenir d'au-delà du Mhindes troupes qui l'avaient déjà bien servi. De Ueiras , ou il tenait sa cour, il s'achemina vers Paris, et manda auiL Dunois vl aux l'ourangeaus, ses sujets, de s'assembler en bataille pour faire tète à Tliéodebert, fils de Cliilpéric, qui avait une armée en campagne. Les Dunois feignirent de n'avoir pas récuses ordres, ce qui n'empôcha pas leur souverain do faire pousser si vivement Théodebert, qu'il fut pris et tué près Angouléme.

Les ordres de Sigebert nous font voir que les Dunois tenaient dans ces temps un rang égal à tous tes autres peuples des provinces voisines. L'histoire ne nous instruit pas des motifs qui les empêchèrent alors de les exécuter. Quels qu ils aient été, je ne prendrai pas leur défense. Je l'abandontie à l'évoque (jcntiain, dont la prophétie ne fut que trop exécutée par les ordres de la fameuse Frédégonde et le ministère do deux assassins, qui ôtèrent la vie au roi Sigebert, au milieu deson triomphe sur un frère qui l'avait irrité par ses injustices et ses violences.

On perdit en la personne de Sigebert, souverain et seigneur immédiat ilu Dunois , le plus estimable des trois rois qui partageaient alors la France. Ceci arriva l'au 575 ou 576.

IIISTOIUE

Childebert M, son Tils , lui succéda, et ce ne Tut pas sans beaucoup de trouble delà porldc son oncle. Chilpéric, car c'est de lui que j'enleitds parler, délivré de la prison par la mort de Sigebert et rentré dans son royaume, »e servit de sa liberté pour exercer son injuste vengeance contre le tilsdesoii vainqueur et ses protégés. Il commença sur toutes choses par chasser Prumuthe de son évêché de Chôteaudun , et le priva même d(! ses biens palrimoniuux. H fallut céder à l'orage , et Promûtbe se relira sans renoncer à sa qualité d'évéque.

Ces temps étaient des temps de trouble. Il paraît que les peuples n'étaient guôres plus IraiMiuilles que les souverains. Faucliet et d'autres, d'après Grégoire de Tours, parlent des diiïérends qui s'élevèrent entre les Orléanais, unis avec les Bluisois , et les Dunois. Ils éclnlèrent, selon les uns, l'an 578; selon d'autres, un an plus tard; mais peut-être que ce ne l'ut qu'à la mort de Chilpéric seulement . Le sujet de la querelle n'est pas bien connu. Les Orléanais et leurs confédérés firent leurs préparatifs de guerre en secret. Ils vinrent surprendre, non pas un peuple en armes, mais des citoyens tranquilles, occupés de leur négoce et de leurs afTtiires particulières. Cependant ceus-ci prirent les armes; mais, n'ayant pas ïc temps de se réunir, ils ne purent ea faire usage. Il fallut, à CliiUeaudun , se sauver par le côté opposé à celui par où les ennemis entraient. Kassemblés au dehors, mais trop fiiibles en nombre pour repousser l'arméo des deux peuples, Ils se virent contraints d'être les spectateurs du sac de leur ville ; leurs maisons furent brûlées, après avoir toutefois été livrées au pillage, car les ennemis ne livrèrent aux flammes que ce qu'ils ne pouvaient pas emporter. Ils n'éparguèrent pas les récoltes.

Ce fut pour ChAleaudun une de ces tristes époques qui, dans la suite , ont justifié la légende de ses armoiries :

Extincia revivi&co (je renais de mes cendres), sur son écussonde gueules, chargé de trois croissans d'argent.

Il ne rcsiait niix liabilans de Chdteaudun et de tout le pays que leurs armes et le désir de se venger. Leur fuite, que les circonstances changeaient en une retraite nécessaire, les servit à propos. Elle réunissait des gens qui, revenus à eus, crurent pouvoir réparer par la prudence, ou du moirts venger le mal que leur manque de précaution et de surveillance leur avait attiré. Pour agir à coup-sûr, ils donnèrent avis de leur situation aux Cliarlrains, qui étaient restés leurs amis malgré leurs différends pour leurs évèques. Ils leur firent représenter que leurs ennemis, quoiqu'on grand nombre, étaient si enflés d'une victoire à laquelle p<>rsonn8 n'avait eu le temps de s'opposer, qu'ils ne s'imagineraient pas que la consternation qu'ils venaient de jeter dans lu Danois fût de longtemps dissipée , et que , dons leur retraite , qui n'était qu'un brigandage, la discipline subissait de fréquentes atteintes causées par leur avidité au pillage.

Ces raisons parurent si justejï aux Chartrnins , qu'ils fournirent des hommes. Les Dunois, en bon ordre, se mirent en marche, appuyés de ce secours. Ils rejoignirent leurs ennemis qui, surpris à leur tour, firent de vains clîorts pour se défendre; ils furent taillés en pièces. L'Orléanais et le lîlaisois devinrent la proie des Dunois, qui dévastèrent ces pays.

Ce grand succès ne sulBl pas pour calmer leur désir de vengeance. Ils firent de nouveaux préparatifs de guerre pour renouveler les hostilités; les Orléanais , de leur côté, se préparaient à In défense; mais enfin leurs comtes respectifs agirent de concert pour mettre fin à ces excès. Les historiens appellent Villichaire celui d'Orléans, en taisant le nom de celui de Chûteoudun. Ces comtes, chacun de

HlisTOIUE

lear rrtté, donni>rent njsignation à ces peuples, «suivant l'usngc du lemps , î'i com|iaroir aux plniHs ç^t'tnéraux , où l'on accommodait alors en France les dillcrenils des rois mêmes, pourvoireoniiamncrà une nmende celui qui aurnit injustement pris les armes. Ainsi liiiit eetle guerre particulière, la pins ancienne constatée dans nos historiens, qui ne nous instruisent pas tle ce qui se passa à ce sujet aux plaids généraux (1).

La fin Irapiqne de Chilpéric I", si semblable à celle de Sigebert, tlt un grand éclat l'an r>8't; quelques-uns en soupçonnèrent BruneliDUt. qu'ils présumaient avoir voulu tirer par là vengeance du meurtre de son nuui. Ebérulphe, chancelier de (llrilpéric , en taxa Fréilégotide uième, épouse de Chilpéric, que Grégoire de 'l'ours appelle un Néron et un Hérode. Frédégonde, que des historiens nous font connaître pour avoir été fertile on ressources comme eu duplicité, ne trouva pas un plus sur moyen de se venger de l'indiscret chambellan , qu'en l'accusant lui-même d'être l'auteur du meurtre de son mari (2). Rbérulphe, qui connaissait le caractère de son adversaire , se réfugia à Saint- Martin-de-Tnurs.

Frédégonde sut bien rendre cette précaution inutile; elle eut l'adresse de foire entrer Contran , son beau-frère , roi de Bourgogne (.3.) , dans ses intérêts et dans son projet de

(1) Ces plaids généraux avaient .tuccédé aux a^Kinblâes {fénérales de la iialion appelées CUaiiip-de-Mar*, où, sou* les premiers lois de France, on dirlg:eail les opératiotiact on terminait IcsconlesLnlionsdes dilTércns peuples. DiSDft le» plaida généraux , iE n'y avait qu'un certain nombre de juges, el le lieu des auitience!) n'étnit ps!) fixe, non ]iIuh que daix lis assemblées générales, que le grand nombre déjuges, ella conrusion qui y régnait avaient Tait supprimer.

{S} Sumésigile, qui Tut Tassassin dti roi, ayant éleinisà la question lU ans aprî-s, par B'runebaut et son (ils Cbildeberl, ii'uccu^u ni Frédégonde, ni le chambeibn, ni lininehaut; mais l'IiisLoire ne nous a pns plus instruit de son niotir que de celui de Damiens, dans ce qu'il a plu de faire imprimer sur son exécrable alteataL

(3) Sa résidence était Cbâlons-sur-SaAiie,

(ircr Ëbérulplie de son asile pour s'en défaire. Contran , qui crut a]iparemmeiit ou voulut bieo se faire accroire que le tnotif de cette reine était juste, chargea Claude, son conûdenl, d'exécuter les volontés de Frédégonde. Il fallait de l'adresse et de la force pour ne pas risquer d'échouer. Contran chargea Claude do demander en passant et dp sa part, nu comte de Chàteaudun, le nombre d'hommes qu'il jugerait nécessaire pour garder les portes de la ville de Tours, de crainte qu'Ebérulphe ne lui échappât; ceci fait voir que les Dnnois avaient moins négligé legouverneraent mililiiire depuis la guerre particulière avec les Orléanais, puisque Contran paraîtavuir agi avec la conlîance qu'on les trouverait prêts à l'œuvre.

Claude exécuta les ordres de Contran. II obtint du comte de Chûteautlun trois cents hommes, qui forent témoins à Tours de l'assassinat de Claude lui-raôme , qui fut massacré par les domestiques d'Ebérulphe, après qu'il eut passé son épée au travers du corps de leur maître, qu'il avait fait sortir par subtilité de son asile , sous prétexte d'amitié.

La mort du roi de Paris, qui avait été si contraire h Promolhe, évoque de Chàteaudun, til concevoir à ce prélat quelque espérance de se voir tranquille sur son siège et dans la ville où sa mère faisait toujours sa résidence , malgré la cruauté de Chilpéric, qui avait fait saisir les hîensde cette dame, aussi bien que ceux de son ûls. Il connaissait le caractère obligeant du roi Contran ; il alla donc avec conliance le trouver à Paris , où il s'était rendu à l'occasion de la fin tragique du roi son père. Promothe fut reçu favorablement du roi ; mais Papole, instruit de ses démarches, vint à la traverse et sut si bien solliciter contre son antagoniste, que celui-ci ne put faire agréer au roi le principal article de ses demandes, qui était d'être reconnu pour évoque légitime de Chùtcaudun, Cependant Contran consentit qu'il conti-

il ne m'a point para par l'histoire que le Danois ait été séparé de la portion des rois de Paris ou de la France proprement dite.

Les comtes ou gonvernears de Chftteaadan et do Danois ont dépenda immédiatement de ces Souverains jusqu'au usurpations des maires du palais et des grands du royaume. C'est ce qui commença dès l'an 610, sous le maire Erchinoald. Depuis ce temps, les comtes des villes furent soumis à ces maires et aux grands seigneurs , qui ne laissaient aux souverains qu'un vain titre.

Dans le huitième siècle, c'est-à-dire l'an 788, selon Calet, historien du Languedoc , il se tint un concile à Narbonne , où l'on voit revivre l'évèché de Ch&teaudnn dans une des souscriptions. C'est celle d'un diacre nommé Ragembaud, qui s'y dit évêque élu de Châteaudun (Ragambcddus Diaconus vocaius Episcopus DunensisJ. Calet, qui ignorait peut-être que Châteaudun avait eu d'autres évêques, au lieu de copier cette signature comme elle est dans les actes de ce synode, a rois dans son histoire Dianensis, nom qui n'a jamais été connu. Lecomte qui , dans ses Annales, place le concile à l'an 791, veut, amsiquela Nouvelle Gaule Chrétienne, que l'on substitue Diniensis au moi Dunensis , par la raison que Châteaudun est trop éloigné de Narbonne. Le père de Longueva! paraît en avoir voulu faire un évoque de Chartres, d'après la note du père Sirmond, qui ditque les évoques de Chartres se sont nommés quelques fois évéques de Châteaudun. Je rapporte le fait, chacun en jugera comme il lui plaira.

J'ai parlé, à l'occasion de la Madeleine, des rapports qu'on prétend avoir existé entre Châteaudun et Charlemagne et Louis-le-Débonnaire, dont on croit reconnaître les statues au portail de l'église de ladite abbaye. Ce dernier, dès son vivant, donna à Charles-le-Chauve, son fils, un

bU COMTÉ DE ItUNOIS.

apanage qui rcnl'tirmait le pajs Chartraiii , te Blaisois, le Dunois et ie Perche. Ce Chartes, qu'on nomme aussi premier du nom . monta sur le trûne l'an 8'i0. It traita (jhèteaudun comme les bonnes villes communes Jii royaume. 11 y tu frapper des monnaies qui portent sur le revers : Duno Castro, et il chargea les Missi Dominici d'y tenir leurs séances.

C'est sous ce roi que je vois pour la première fois le litre de comté sul>stttué à celui de pays , par rapport au Dunois. C'est dans un diplôme de ce monarque en faveur des religicus de Corbion, aujourd'hui Saint-Lomcr-dc-Blois , comme on peut le voir dans ma notice ( article Douy ).

Les guerres que Chartes-le-Chaavc eut à soutenir presque toute sa vie contre ses frères, savoir : l'euipereur Lotliaire, à qui il succéda , et Pepih , roi d'Aquitaine , contre lesquels il était soutenupar un outre frère, Louis, roi de Germanie, facilitèrent les courses des peuples du Nord dans ses états. Ce fut encore une occasion de renouveler le pouvoir des grands sur les provinces cl les comtes ou gouverneurs des villes. Le prétevte était de s'opposer aux projets de ces étrangers que l'on a appelé Normands, à cBuse de leur origine septentrionale.

L'an Kil ou 8i2, un seigneur riche et pieux, nommé Foulques, fonda le monastère de Itonneval. Si on en croit ta chronique de celte abbaye, il doiina aux moines qu'il y établit, non-seulement la vallée de lionneval, consistant en terres cultivées et incuites, prés, moulins, rivières, cours d'eaux et l'église de Sainl-Ahiurice avec loute la paroisse, mais encore l'église de Wézières et plus de vingt I autres possessions. On consacra l'église de ce nouveau mo-

nastère en l'honneur de Dieu et des martyrs saint Pierre et I I suint Marcelin.

I Les pratiques de la vie religieuse étaient exercées avec

LE DL^^OIS SOIS LES ronTES FIEFFÉS QL'I OVT FOR31Ë LA MAISOl^ DE rnA.UPAGXE.

La fureur des Normands qui, depuis près d'un siècle, s'cLiiierit rpridus l.i Icrreur de lanl de contrées du royaume, èclala enfin dans le Dunois. Le cnrlulaire de Bonneval ne nous éclnire pas sur l'iiunéc mi son abbaye devint la proie de ces étranaers qui la ruinèrent de fond en romblc ; mais celui de Saint-Père de Chartres nous apprend que Cliâteaudun fut pris par re.s forcenés l'an 911. Irrités de s'être ïus arrêtés dans la Bourgogne par la valeur et la >ifi:ilance de Richard, comte de retw province, ils vinrent Tondre sur la Ceauce, conduits par leur chef Itollon.

Le Dunois, et Chatoaudun spécialement, fut un des objets de leur rage. Ils trouvèrent dans telle ville assez de résistance pour augmenter leur dépit. Ils y signalèrent leur triomphe en saccagant la ville et en la démantelant jusqu'aux fondcmcns. Ils passèrent de là h Chartres, qu'ils avaient déjà ravagé dés8V2 et vers Si'*, suivant le môme carlulaire. Cette ville aurait eu le même sort que Châ'eanduri, si le duc de Bourgogne, qui avait arrêté l'ennemi, comme je l'ai dit , ne fût venu h leur suite, aidé de Kobert II , comte de Paris, et n'eût obligé Rollon de s'éloigner de Chartres.

HISTOIKE

Il y en a qui reportent ces fiiits à l'année 898, d'autres à 908; il m'a paru plus juste de suivre ceux qui les placent à 911, comme a fait le père Mabillon , d'après trois chroniques, au nombre desquelles sont celle de Maillezan et le cartuluire que je cite.

Il y a lieu de croire que ce fut dans ccUe occasion que l'iibbnye de Bonncval fut ruinée par ces aventuriers du Nord, aussi bien que celle de Saiiit-Avjt. Le» chartes de Saint-Avit, comme celle de Itonneval, annoncent leur désastre causé par les Normands, mais sans en indiquer la date. Le monastère de Saint- Romain de Brou, aussi dans le Dunois, ne l'ut pas non plus à l'iibri de leur rapacité, et les reconstructions failes depuis dons les lieux les plus considérables du même pays, donnent assez occasion de croire qu'ils n'en avaient guère épargné. Les termes employés dans le cartulaire de Saint-Père pour exprimer la Taçon dont la capitule fut traitée, n'annoncent que trop une ruine presque entière. Il y a donc apparence que CiiAleaudun fut encore plus maltraité alors qu'il ne l'avait été trois siècles auparavant , par les armes des ()rléaiiais et des Blaisois , qui ne passent pas pour a\oir rasé ses murailles. Encore que Rollon 11 inclinât déjà vers la religion de ceux qu'il vexait, puisqu'il fut baptisé l'année suivante, 912, il n'arrêtait cependant pas la fureur de ses soldats contre les lieux saints; les églises de Châteaudun , comme bien d'autres, ont donc pu être endommagées dans cette occasion.

Cette ville désolée avait grand besoin d'un puissant restaurateur. Elle le trouva et peut-être en même temps un usurpateur, dans la personne de Thibaud-le-Vieux. Il paraissait dès-lors dans les armées , car il était présent à la levée du siège de Chartres, par Rollon. Il y accompagnait Robert il , de la race duquel il était , aussi bien que cousin germain d'Othon, duc de Bourgogne, frère de Hugues Capet, sui-

DU COMTÉ DE ftUNOlb.

vant lecarhilaireti-dessiis cité. Il y en a qui lo fort fils de Richard ou d'Albéric, comte de J'royes. Je n'assurerai pas si sa pnrtîiilù nvec les Capéliens est mieus fond/e que son ori-jine de (Jerloii (1) ; toujours est-il vnii qu'il t'iait allié de ceux-ci par son «'pouse.

Les [aleiis d« Thibaud , secondés par la bravoure, l'ambilioti et la ruse, lui firent faire bien du dieiniti vers la fortune, sous les soutiens de létal Kobert II et Hugues son Gis, qui tie l'i-laient pas î-galenient de la couronne. On dit qu'il éprouva amplfinent la libiiralité de i;e dernier. Il était qunlîQé comlc du palais dès l'an 92V. Vn diplùuicdu roi Raoul, rédigé à Lyon, en faveur des relijiieux de Saint- Lomer de lîlois , et qui est conservé dans la chambre des comptes de celle commune, en fait foi (:i). Parcelle charte, le roi accorde aux religieux de Saiut-Lomer de Blois, l'église de S.'iint-Luhin de Blois . pour y lixer leur monastère, ce qu'il fait, dit-il, à cause des vives instances de son ami Tiiibaud, comte palatin ou du palais. Il semblerait, par le vif intérêt que Thibaud prenail à celtealTaire , que Hugucsle-Grand . de concert avec son père Robert , Leau-frère de Raoul, avait déjà procuré le comté de BUih à Thibaud. Il est vrai que cette même charte ne lui donna pas le litre de comte rie Blois. Mais je ne sais si on cji trouverait une seule de son temps où M ait pris ce titre. Ce vieux Thibaud ne

(1) Je R-ai poi»it élé à portée d'eiamincr les Tiils dnns le* sources, s'il ea rcsie. On dil que G'.tIoii muiirui rn 928 cl qu'il avait è\6 marié l'an 920; (lu moins c'evi ce qu'on lit d.nis Dpi nier, liislnrieii de Blois. S'il ne sVsl |ioiiil lnmiiH* (lisns Ws iljlcs, c'ni t's\ asui pour délruiie m piileniîlé ïis-îi-visdii VTi-iix Tliiliiiiid , tumiiMlés If IciTips que j'umiortce. Un élal de la Kiïiict! nota Louis XIV rïii cepciidaiil que Gcrluo avait pr£lÉ la foi 4 CliarIcs-le-SiaipIc dès l'un SOU.

(2) Si Tliibniid Hn'il di-jà romte llPlTé de Blois , ceci (irtvoveque, maljfré l'iiirf-odjlion dp» digiiilfs cl rii^ii'dilê de* grandt Vtvfs, les rois lâchaient d'; conserver cl y coiiservuient effcciivemfDl des droits de propiiâlé immâdiale.

prenait «l'autre quulilé que celle de comte du palais, qui

absorbait toutes les autres.

Parvenu nux dignités qu'il sut rendre héréditnires. suivant l'abus de son temps . if fit sa maison , comme les autres grands seigneurs, aux dépens des dt^fpouilles de la couronne, en s'appropria nt tous les droits qu'il lui plut dans le pays dont il nvail le gouvernement. Les hommes à qui il ; commandait et les littanees qu'il en tirait, en ûrent un espèce de conquérant et de tyran , qui ne mérita pas toujours la qiiiilité d'ami de la part do si-s souveraiii.s. Ses voisins n'eurent pas un ennemi plus redoutable. Si les historiens lut attribuent le eointé de Rloisù litre de graliQca-. tion , il parait qu'il dut Tours et Chartres i^ son usurpation, sans compter des biens de beaucou{» de pailiruliers.

Châtcaudun et le pays Uunois étaient Irop à portée de Blois, sonprcraierapiirniftf , pour qu'il manquai la première occiision de s'en saisir. Elle lui fut peut-être oHerte par la mort du dernier comte amovible de Cliûleauduu, et par le désastre de celle ville et de son p;ijs, doi>l je viens de parler. En effet. iU"u.t non-seulement le défenseur de Châteaudiin, mais il en fit un do ses principaux lieux de résidence. Il rétablit la forteresse et lit réparer les autres b;ilimens du chilleau. La grosse tour que l'on y voit etn ore aujourd'hui et une partie de son entvinle. qui formîiientce que l'on appelait la furtcrosse , sont de la conslruclion de ce Tinbaud. Le goût qu'il avait pour ce château et l'air de grandeur qu'il lui avait donné au-dessus des autres qu'il possédait, sont apparemmettt cause que lesnncieus historiens l'appelaient [(arevcliision le palais de Tliihaud. Il n'y a pas lieu de douter qu'il veilla au rétiiblissement entier de la ville et de sa cItUure, détruites trente six ans avant qu'il Gt rétablir la l'orleresse , car c'est dans l'atuiée 035 que l'on croit, àChilleaudun, qu'il lit baiir la grosse tour. Le char-

fOf

trier de Saint-Florent de Snumur, dont il a été tbndatear l'an 930, ne nous inslniitpas de l'année; mois on y a trouvé les verssuivaris, qui ne laissent aucun doute sur le fait :

1 Qui vivptis lurrps, alias conslriiiit et xdes,

> Uttam Cariioium, scii a\wù Dunense rtalum

• Non [DÏnuU propjiuin, ttiniinin dans ibi c?s!riini.

■ Uultaque conslruiil, quae non sine criiuine fecit. •

Veiiioi convenlus constrcxil, in lioc beiicd'tclus.

Outre rogrémenl du local, h situation de Châleaudun enlre Tours el Cliarlrcs nura pu contribuer â la préférence que Thibaud lui donna pour sa plus fréquente résidence. Il y était plus à portée qn\*u tout aulreendroitde Feiire passer promptement ses ordres à tes deux i itlcsel à celle de Blois, pour les expéditions militaires dotil il fit sa principale occupation , ain^i que sou Lcau-pére ïlerberl II, comte de Vermoudois.

D'un génie inquiet, fourbe et nisé, mauvaises qualités dont le clirisliiiiisme ne le corrigea pas. Tliibaud I" ne cessa de jeter le trouble dnns le royaume. ^lauvais sujet, lorsqu'il eut la force en main . il inquiélu ses souverains par des guerres odieuses, et s'il parut quelquefois de leur calé , ce ne fut que parre qu'il servit ainsi ^es intérêts particuliers. Mauvais niaitre, il augnientii pluird <|u'il ne diminua les servitudes de ses vassaux. Mauvais voisin, il se serait agraiuli aux d/'pens de ceux qui lui auraient marqué le plus d'affection. Tel est le pot trait que l'histoire nous a fourni.

Lorsqu'ilse joignitauroiLothaireoonlrelesNormand8(l}, celui-ci lui donna Evreux pour faire sa place d'armes. Il porta le fl.'MU de la jjuesre jusqu'aux porles deUouen : mais le duc Richard I", que quelques-uns font son beau-fils, vint nu-de«anl en si bon ordre, qu'il le battit, poursuivit

(1) Selon les uns, l'sn 96S ; leloa d'autres, l'an S62 ou 968, ou mCne

<f le» JMMr f I fa'i e» tead. e« 9nm mm

1 1» ^Mttlé ^«M 4e te part 4(> *t% wiiiimi Sci

m km tÊÊtimoA te tamiè de HMiâUlre4Fi i panil «s'il 4at TMd d Ckirtres a M

fliUfiain ci le p^n IlBMii é«âMÉ

Ibep

■ p«iéede

lUi». iiapiiMwrifipi ,p— r^'B»

IfMIfU

IbprrMiète

mo^mméeirtm niâr, Efc Iw M pMl-éIre «

«Me forte

•Ml 4« denier Mule ^HtMe ^ Chi

iBHdl

n.H t«r te

tféiHire 4e celle «îile et de «m pits.

dont

je viens de

pwfrr, E« «Set. lirt eov-milciBeirf le dtfnenv de CIO-

$tmém\ atê» i es fi sa de srs priadptm Imi de rêsîdeiM«. fl rélaMH te foiUnmett fie réparer les aoires Ui»- «it^'t da HbteeM. Li pratte Uwr qac V<m y voit ei»roc« faipiiM#W «t vae partie desoa eacdnle . ^oi fonMieac ce ^mr fM «ppaliit tefMlereHe . «Ml de b consimctkHi de ce iMdwad^ l>r f«dl qa'il s* ait pour ce riiilf»o el l'air de 0méfm^int hm tnà, daaaé ao-dettos des auiivs qo'ii '*»'*4éi, tmd ffteemmtmt casse qoe le$ anciens hkstojppdaétai far eu^Mtea le ymlais. de Thibaut). Il n'y « ^ Aic# 4^ 4mtt0V ^o'i^ vettte «a rêiablisseiBrr t entier de im ¥M» M 4^ m *Ud4$tK , ééUm'àtm trente sii ans avant i|n'il V '**'<**' te fa</W»««*' , «f c<M dMH rannée 935 que Ion t, mm% M Uifr te grosse tour. Le char-

lOt

trier de Saint-Florent de Sfiumur, dont il a été fondateur l'an 950, ne nous instruit pas de l'année; maison y a trouvé les vers suivans, qui ne iaii^scnt aucun doute sur le fait :

I Qtil \ivcns turres, alias consiriiiit el xcIpj,

> Uiiam Canmluin, ^il ajuid Oanpnse rcalum

« Non minuirpropiium, turriiiiio dnu!> ibi casirum.

> Mulla(|uc cotis(ru)iJt, quo: iioii 5Îiie ciiiuïne Tecil. »

Veiùm convenlu» con^truxil, in hoc l)ciicd ictus.

Outre l'agrément du loi;al , la situation de Châteaudun entre Tours et Cliarlres aura pu contribuer à la préférence que Thibaud lui donna pour sa plus fréquente résideniie. Il y étnit plus à portée qu'en tout autre fiiidroilde faire passer prompterneiit ses ordres à ccsdeux ailles et à l'ellede Blois, pour les expéditions militaires dont il fit sa principale occupation . ain^i que son beau-père Herbert II, comte de Vermatidois.

D'un génie inquiet , fourbe et rusé , mauvaises qualités dont le clirislianisme ne le corrigea pas. TItitvaud I" ne cessa <Ie jeter le Iroulile dans le royaume. Mauvais sujet, lorsqu'il ont la force en miiin , il inquiéta ses souverains par des guerres odieuses, et s'il parut quelquefois de leur côté , ce ne fui que parce qu'il servit ainsi ses inlérùts parlicnliers. Mauvais maître, il unguioi)l:i plniôl qu'il ne diminua les servitudes de ses vassaux. M;iuvais voisin, il se serait agrandi aux d.'pens de ceux qui lui auraient marqué le plus d'alTection. Tel est le portrait que riii>loire nous a fourni.

Lorsqu'il se joif:nit nu roi l.othnirecontre les Normands (1], felni-<i lui donna Evrpu\ pnni- faire sa place d'armes. Il porta le fl.'au de la gnci rc ju^qu'iHU portes de Elouen : mais le duc Hichard 1". que "quelques-uns font son beau-fils. *int au-de»ant en si bon ordre, qu'il le batlit, poursuivit

(1) Selon les uns, l'an 9GI>; selon d'autres, l'an 062 ou 063, ou mCme

ses troupes dim s leur retraite, et vintmellre loutè feu et à saii^;^ dans le pays Ch^rlraîii cl jusque dans le Dunois, fai- Stint porter sa violence prini-ipiilement sur ce qui appartenait spi-ci^ilemetit à son agresseur. Je n'ai t-opeiulaiil pus découvert de délnil de ce que le Dunois put souffrir en celte occasion,

Tliibnud, pour fnire diversion, alla i^ llermntidré . d'où il incommoiliiil consiilérnblement lii ville de Rouen. Cette seconde démarche no tourna encore qu'à son désavantage, car une troupe de Nnrinîirids vînl fondre sur lesCiiarlrains, dit l'histoire , en tua 771 et mit le resie en fuite. Il eut aussi la disgrâce , dans le même temps, de perdre son fils aîné, nomméTIiibiiud comujolui. Il l'avait laissé <i Chnrtres, et il y fut tué dans une sortie routre Uicluird, qui s'euipnra de celle ville, il la reudtt p!ir l'accord que le roi l-oth;iire ménagea entre tes deux partis, cl qui se termina par le mariiige de lu fille du duc Richard avec Eudes, llls de Thibaud,

Quoiqu'ftvnncé en ilge , ce comte tint toujours ses voisins diins in [Tiiinte et la méfiance de ses violences. Il vécut plus de quatre-vingts ans, el mourut avant le mois de février 97S. iMiiljçré son avidité pour les richesses, il n'a pas laissé de fairedubien aux églises, surtout à quelques monastères. [| paraît même qu'il était quelquefois d'humeur à récompenser les petits services avec géuérosilé. En voici un exemple :

Un jour qu'il allait de ChMenudun à Blois, pnrnn temps assei irirnns'nnt , la voilure d;ins Laquelle il étiiit se rompit près 0 u zone r- ! e -M Fi relié. Un parlirulier offîrieuï. nommé Renaud Rourgoing, vint au secours de son seijïneur . et trnviiilln avec nul.nut d'îulresse que de diligence à le tirer d'embarriis. Le comte lui fil offrir un salaire honnête , qu'il refusa modestement ; mais Thibaud , pour ne pas être en

DU COMTE DE DUNOrS,

relnnl de tiénprosi(é, lui ncforda . à lui etnsesdcsceiidans. le droit (le ch.-mlî.ige duiis l.i Forôl Longue. Comnve celle rimille s'ost bcaufoup nuilliplji'e, et (jnc les comtc-s de Diintiis iHoioiil ncfivblL's de prùleriilniisfi ce droit, on a fixé le noiiibiedes Jiyntit-droitii douze des clieCs qui en jouissent dans In [Kirlion iW celle forêt qui se nommedeJUarilienoir, depuÎ!) sa tJiiiiiinilion.

Il p-irail qu'il fut assez compnlissant pour ceux qui ne gngneul leur vie qu'à force de bras, r;ir il fixa la (in de la journée (les mauouvriers à citiq liourcs pour l'hiver et à six pour l'été. I,es vignerons de CliAlcfiudun ont mis en pruliquc cet usage jusque dans le sièclu dernier , et les anciens en perpétuent la mémoire, en rnconlnnl celle antique coutume aux plus jeunes. Je n'ai pas marqué d'une façon précise le temps de la mort de Tliiluiud-le-Triilieur, parce que les historiens ne s'accordent pas sur ce point ; cependant, comme sa veuve donna Junicrs à l'nldinje de Sniiit-Père de ^;l^arlres, le 9 février î)78, selmi son carlulaire, et cela pour le salut de l'âme de arni seigneur 'Iliiliaud et de son père Herbert, il estdair qn'iî était mort au temps de celte donation. IHfTêrens écrivains la placent eu 972, 973 . 9Ti , 975 et 977.

Il y en n , comme l'auteur de VAbrc'gé des Grands-Fiefs, qui supposent deux Tliibaud dans l'espace de ieuip^ que l'on donne à la vie de celui-ci. Ils niellent la mort du premier en 959, et ce le du second en 980. ('e n'est pas l'unique fait mal fondé de V Abrège chrouaiogique des Grands- Fiefs.

La comtesse, épouse du vieux Thibnud, est nommée Leigfirde ou Leutjiarde. tUe était fille de Herbert II, comte de Veruiandois 11 y en a qui disent qu'elle avait été d'abord seconde femme de Guillaume 1", duc de Normandie, mort vers 9^13 , de la main de Thibaud même et par

trahison (I) , si'on en croit quelques historiens. Quoiqu'il en soit, elle fui mariée à TliiliauJ T' et fut pour lui un grand sujet d'i'iltniMtioii |inr sn piét('. C'est à sa solliL'ilalion queTItibaud rniirla l'.ilijbaye île S.iint-FlDreiil de Saumur, où cette digne épouse le fit enferrer. Si j'ai dit, d'après l'histoire, que ce seigneur (ut miuivais maître, mauvais sujet et mi)Livais voisin , je dois ajoulrr que je crois qu'il ne fut pas mauvais mari. 11 se ftnsait gloire de l'iilliance de Lelgardo , qui descendait de Cliarlenîwt;rie par Bernard, illcf^itimeà la vérité, mais héiîlier de l'epin l", roi d'Italie. Ce fut peut-être en partie à cause de celle alliance qu'il refusa, à ce qu'on dit, de faire liommnpe de ses possessions, se disant aussi g'rand seij^Meur que le roi, qui le lui demaiidriit.

Outre Thibniut . tué au siège de Chartres , et Eudes . dont j'ai parlé, Letgnnle eut pucoro de Thicvaiid-le-Tricheur, Hugues, archevêque de Ruurges, et une lille nommée Emme , qui fiit mariie à Guillaumi; IV , duc de Guyenne et comte de Poitiers. Chnrtres fut sa résidence oïdiitaire «près la mort de son mari. Elle y mourut en 982. cl son corps fut inhumé dsms le chapitre de ralibajc de Saint-l'èie, à laquelle elle avait fait heaticoup de largesses.

L'épouse que l'on aviiil dorinrean comte Eudes premier du nom, son (ils, lors do trtitlé de paix iivec Kicliard l", duc de Normandie, est Mahaud . troisième fille de ce duc. Elle vécut peu , et il contriicla iilli.UHc, après sa moi l, avec Bertlie, fille de Conrad I", dit le huilique, roi de la Bourgogne Transjurane, et de Mahaud de France, tille du roi Louis d'Outremer.

(I) Il fut assasfiné à Péqiiigny, od il s'était alwiichè avec Arnouli, comle dp Flandres, avec lequel il arnil un différend. Comme Tliibaud avait pris ]iarli pour ce dernier, on a dit qu'il amjl eu part & su mort; mais c'est peut-être aller trop loin que de le faire tuer par Tliibaud luimême.

Ui6

Thibaud , à ce qu'il paraît . avait pris à cœur le r(^tabliasemenl de Cliâtcauiinn ; le comto Eudes, son fils, travailla, dès le temps de son père, à celui de l'abbaye de Botirieval. Dès Tan 907, il in/ail sollicité des lettres de protection pouc cette abbiije , qui lui furent accordées par le roi Lothaire, à Verbcrie , le 7 juillet de ladite atiniî'e. 0» y voit que cette abbaye est dans le lïunois , et que ses religieux étaient vêtus de bliiiic. V Mouaslerium in patjo l)iinensi,in quo candidattis grex nwnachorum. » WabJric ou Gaulric en était pour lors abbé,

Eudes ne s'en tint pas à de simples soilicilalîons pour lavoriser celte abbaye. El fournit à la dépense pour le rétablissement de ses biUimens; il loi lit don, en dilTérens temps , du monastère de Saint- Sauveur, de Bray-sur Seine, diocèse de Sens, qu'il tenait de 'Bochârd, son fondateur, dont il avait hérité , d'un endroit nommé (irolerias... avec la dîme et Injustice, fvicariaj, Narcettas et Villavillervic, près la Forèt-Longue, des moulins de Marboué et des vignes.

Ce comte avait vécu trop longtemps avec Thibaud I", son père, pour n'avoir pas de son caractère II était dur jusque daus la correction des petites fautes. Un chanoine de Clinrtres. de la maison des vicomtes de la môme ville, seigneur <lu Fuiset, doitt la vie était exemplaire , avait de très-bon vin; quelques officiers du comte à qui ce vin iit enue, en prirent furtivement. Eudes ne voulait rien moins que leur faire arracher les yeux , pour punir leur impertinence. Il eut part aus vexations de son père; mais comme son christianisme était uo peu plus éclairé , il cessa de bonne heure de se livrer au monde pour pensera Dieu.

Les ravages des Normands, qui s'étaient étendus jusque sur les églises, avaient donné occasion d'en séculariser beaucoup. Il faut remarquer que, depuis que saint Martin ,

JM HISTOIRE

avait introduit le monachlscne dans les Gaules, les plus considérables églises étaient devenues régulières et'qu'eiles s'étaient soutenues dans le nnêroe état. Mais alors lUarmoutiers même, la pépinière de saint Martin, était dans la possession des séculiers. Eudes en entreprit la réforme. Il y réussit par le secours de saint Mayeul, abbé deOluni.

Le rétablissement de ce monastère lui donna tant de satisfaction , qu'il procura aux nouveaux religieux de Marmoutiers un petit établissement à ChAtenudun. Pour cela, il leur donna des biens et une maison dans le faubourg du Champ-de-Mars , où ils formèrent un monastère sous le nom de Saint-Blartin. Ce comte tit plus : il demanda et reçut l'habit de Marmouticrs, où il fut inhumé l'an 995.

Quelques mois après, Berthe , sa veuve , épousa Robert, fils de Hugues Capet; mais Gré^çoire V les contraignit, par l'excommunication, à se séparer l'an 998, pour cause de parenté et parce que Robert avait tenu sur les fonts un des enfans de Berthe et d'Eudes. Il restait de ce premier mari trois enfans. savoir : Thibaud , Eudes et Agnès (1).

Thibaud II, qualifié comte et évoque dans un titre de Marmoutiers, et que quelques-uns disent avoir été nommé archevêque devienne, posséda quelque temps le comté de Chartres, celui de Blois et le Dutiois.

Vers 1002, un religieux de Saint- Père de Chartres, nommé Mayenard ou Mainard , alla trouver à Blois le comte Thibaud II , pour le prier de le faire succéder à Gislebert, son abbé. Le comte se prêta à obliger ce religieux , à qui on ne pouvait d'ailleurs reprocher que son ambition. Les religieux de Saint-Père ne se plièrent pas aux désirs du comte , qui, malgré eux , fit bénir Mayenard par un évêque de Bretagne.

(1) Roger, évoque de Beauvais, était aussi fils d'Eudes I*', et peutêtre de son premier mariage.

Dl' COMTÉ DE DIJNOIS.

Thibaud prit si fort à rœur riiilrusion de Mayenard , qui était de In fomille des seigneurs de Marcilly, qu'il prit la mule du Rome pour obtenir du pape sa confirmation. Pendant ce temps, Rnoul, évÊque de Chartres, à la sollicitation de Fulbert, qui devint son successeur, poursuivit !\Iayenard et alla même j(3squ"à le faire emprisonner. Son emprisonnement fil connaître son mérite à l'évoque, qui le r«Hablil. Mais Tliibfiud mourut dans son voyage , vers lOOi. Son corps fut rapporté à Chartres et inimmè près de sa grand'mère, dans le chapitre de Saint-Père, L'abbé Slayenard prononça un discours à la louange de son bieiilnileur.

Depuis Rnmpo ou Renaud, je n'ai point découvert de vicomtes de Châteaudun (t), que Hugues, qui m'a paru avoir vécu du temps des comtes précédens. On croit que c'est lui qui a fait bâtir le palais des vicomtes , qui , dans la suite des temps et jusqu'au dernier incendie, a servi de prison. On s'attacJiait davantage à la solidité qu'à l'élégance dans les conslrutlions, lorsque celle-ci a été faite.

Le vicomte Hugues fit un marijigequi prévienten faveur de son mérite el de son discerneuient. Eraaud , seigneur de La Ferlé, surnommée alors Ernaud, et aujourd'Imi le Vidame, laissa une jeune veuve qui était la femme la plus aimable, la plus instruite, ta plus spirituelle et une des plus pieuses de son temps. Hugues l'épousa. Si la comtesse Letgarde n'eut pas de part à te mariage, toujours est-il vrai que la vicomtesse, qui se nommait Bitdcgarde , fut fort liée avec elle. Ce fut sans doute pour suivre son enemple que celle-ci favorisa aussi l'abbaye de Saint-Père. Elle avait un fils de son premier mariage, nommé Hugues de la

(1) Je ne sais sut- qitoi s'eit fondé l'auieur de V Abrégé ehrtmotoffiqua des Oraads-Fieft, en annonçant pour premier ticomte de ChSteaudun un GeolTrny , qu'il (lit avoir vécu en 934, et en In! donnaiil pour Qls iiu uulre GcotPro}', qi/il Tiiil pire de Mclizende, carMélîzende a été fih de Hugues doiiL je pairie ici.

Ferté, qui fut archevêque de Tours. Elle n'eut qu'une Olle du vicomte Hugues. Ce fut luîqai, I'hii lOOi, nutorisa l'aliéiialion de quelques biens «ruiic prébcTidcdela Mndeieiiie, faite par Drogoii , comme je l'ai dit ci -devant. Le viiorale mourut bientùt après, et Uildegarde, son épouse, ne lui survécut que peu de temps.

La mort de son époux l'adligeni et lui fit penser à la sienne. En conséquence, elle donna à l'abbnje de Saint- Père de Chartres la terre de Bcautnortt, à coiidilion que les religieux renterrcniient dans leur (.knlre. L'inte de donation fut dressé à Châteaudun l'an 1005, ou plutôt l'an i006, car, selon lîoy, historien du l'crclie, et IMaan, dans son Histoire de l'Eglise de Tours^ p. 33, cet acte est de la neuvième année du règne du roi Hobcrl. Je ne sais pourquoi l'auteur de la Nouvelle Gallia Chrii>(îana le recule jusque vers 1020. îl fut signé par Hugues, archevêque de Tours, qui y donna son consentement, par llelgnud , Qls de l'archevêque, par un autre Uelgaud, frère de l'archevêque, par Geoffroy, son neveu (1), Hadulphcou KmouI. legis doctor, peut-être Langucdoue , Hubert , Godescal , Q|s de Hubert , Galhon , Odoit , Brnnelle, Bernard de Bullou . etc.

La volonté d'IIildegarde était Irop avantageusement constatée pour qu'elle n'eût pus son effet; ArnouU. abbé de Saint-Père , lit la cérémonie de ses runéniilles. Plusieurs grands seigneurs y assistèrent et donnèrent des Inrmes à la perle de cette dame éclairée et l'une des plus instruites de son temps. L'archeiéque de Tours, son tîls, donna à l'église de Chartres sa terre de iMinières, puur le repos de l'Ame de la même dame.

Mélizende ou Milizende était le nom de sa fille unique et du vicomte Hugues. C'est elle qui porta le vicomte de

(1) Ce Geoffroy est le fils de Guérin ou Warin. Il fut ïicomle de ChftteauduD après son père.

Cliûteaudun dans !a maison du Perche, en épousant Warin ou Giit'rin de Bélesme. seigneur de Domfroril , Mnrtngne el Nogeiil On le iroit lils de tluiiri , qui (Hait fils aine de Guilljiume I", comle d'Alorjçon, seigneur de BéU'smc. Henri élait mort jeune. nv;uit son p'^ro Guilliiiimc. qui n'avait pas atleinl un <1j;e furt avjincf'. Le \iroinle (luérin mourut jeune uu&si , liiissanl de Mélizonde un lils nommé GeolTroy.

C'est peut êtrfi ce Guérin û*'. Bélesme que Guiltaume de Geniiègos dit avoir {'li^ ctrîiui;lé par le Uiiible, en présctice de plusieurs personnes, pour m air coupé la léteen Iruhison à un bon elaîniiible chevalier de Bélesme , qui d'ailleurs lui était alla* li). Eu ce eas, il n'aurait pas été ie seul scélérat de su famille, car Gnillauine, eouile d'Alençon , son oncle , Ql étrangler sa l'emme en pleine rue. lorsqu'elle allait à lu messe. Arnoult, fils de celui-ci, qui ne valut pas mieux que son père, fui trouvé mort dan>) son (il l'un 1032, selon les hislortens.

Eudes 11 . comte de Tours, qui avait succédé àlhibaud, son frère, dans les comtés de lliiartres el de Bloiset dans le Duuois. joignit le comté de Champaj^ne aux possessions de ses prédécesseurs , ce qui le fit surnommer le Champenois. Il a passé pour pieux , libéral el magnanime.

Eudes lut presque toule sa vie en armes. Foulques, comte d'Anjou , que l'on surnommait Nerra , c'est-à-dire le noir , à cause de sont teint et de sa méchanceté , le harcela beaucoup. Il fit une grande levée de troupes pour usurper les domaines du comte Eudes. Il s'empnra de Tours et de Saumur, el vint insulter le comte jusque dans le Dunois et le Blaisois. Celui-ci se mit en forces égales, fut baHu de son ennemi et le battit. La victoire qu'il remporta sur Foulques, i Ponllevoi (I), le 6 juillet lOlii, força enfiu

{^) Ce nVsl qu'nprés relie balail'e, cVsl-.'i-dirc environ qualorie an» plus lard, qu'on a roiidd mie abb.iyc à PuiiLeiui.

If«

le comte d'Anjou à se désister de ses injustes prétentions.

La mort d'Kliuniie de Vermntidois, son cousin (I), le mit dans le c^is de soutenir une nuire guerre contre le roi lui-mCme, l'an 1019. Eudes, (-omme héritier d'Etienne, se mit en possession des coiiil/'s de Troyes et de Menux. Le roi Itobcrt crut devoir s'y opposer pur k-s urmes. mais il se lit Liiiltre par leromleeii trois renLoalres, et su vit forcé de demander la puis, quoi(|ne le comle d'Anjou se lût mis de son côté.

Le décès du roi, arrivé en 1031 , jeta Eudes dans une nouvelle guerre, mais injuste. Il ne put se refuser nus sollifitiitioiis de l-onstanire, veuve de Robert, qui l'enyagea. avec lîeaudoin , eomte de Flandres, quiilriènie du nom, à prendre le parli de Kobert , son jeune fils, pour le faire préférer à Henri . qui était l'alné et <^ qui la couronne npparleuait. Eudes porln la peine de sa faute. Son iirmée fut défaite par celle du roi Henri , qui était soutenu par Uobert, second duc de Normandie. Il fut contraint du se retirer dans la Cliampagne, et il cul le désajjrément de voir que la mère du roi lit la paix avec son Bis, sans le faire comprendre dans le IraiLé.

lue autre guerre, quoique jusle , lui fut encore plus funeste. Après lu mort de Uodolphe III le Fainéant . roi de la Bourgogne- Tr.insjuraiie, que Ton fait remontera l'année 1029 , il voulut faire valoir ses droits à ce royaume comme fils de Berlhe, sreur alfiée du défunt: mais l'empereur Corirard, mari de (Jisclle, fil'e de Gerberge, soeur cadette de Berllie. s'en élail mis en possession. Eudes tenta par la force de retirer un biett qu'il croyait lui appartenir. Il succomba et l'ut tué près de Bar, dans une bataille, parGozzelin ou Gollielon.ducde ta Basse-Lorraine, le 15 novembre

(1) CVtaii par llerlicrl II de Virmandois, bisayeul du comle Eudes, du cûlé de Leigardc, femme de Tliibaud I*'.

DL COMTE DE r>l>OIS.

iti

1038, selon, le nécrologe de Punllevoi. Il était pour lor» âgé d'etiviroti ô.t nus.

Eudes 11 s'étiiit mnrié vers 1015. avec Ermongarde (t), flili; de Uoliort H, comte d'Auvergne, el d'Enreugarde d'Arles on de Provence. Il en eut tnn's enlans ; TliilinniJ , Henri, surnoiTinié Elictmc. et llerllie , mnricc d'abord à Alniii, comte de Brelngrie, ensiiileavec Uugties, comte du Mans.

Lïi vicomtesse MT-liiende, pourqiii prnbnhlomcnt la mort de Tiuério ou Wiirin . sitn nmri , tra\iiil pas ûIl' une perle l)ie(i digne de larmes, s'npidiijna , penlanl son veuvage, ù l'éduriUiai) de son lils Geollroy , ijuVIlc (il vicomlede Clijj- Icaiidun dès son vi\Dnl. Elle ne lut repcndartl p.is toujours la miittresse des viuuriti's de ce jeune seigneur, ijui se ttrouilla avec Fulbert, év6c|ue de Ciiarlre.'i. Leurs démêlés furent si violensquc GeolTroy en" vint à une gierre rniverle contre son évéque, o ijtii il fil Je plus de m;d qu'il lui l'ut possible. Il brûla les terres de son église. Pour le resserrer avec ceux qui combaltaieul pour lui dans le territoire de Chartres, il litcon-^lriiireuncliAleau-fort à lllierset rétablir celui de (lall.irdun , dont le si'igneUr, son purent, avait pris parti en sa faveur.

Los armes de la milice séculière du Pontife ne furent pas capables d'arrêter les violences du vicomte et les dégûls ijue causaient les troupes. Fulbert se vit contraint d'avoir recours à l'arsenal sacré , il liniça les foudres de l'église sur Geoffroy. Celui-ci d'abord n'en parut pus trop Croppê. mais enfin l'évÔque lui PU représenter si vivement les inconvéniens de son hostilité conire un ministre du Seigneur, et la damnation éternelle qu'il encourait par cette conduite, que le vicomte ellrayé vint à résipiscence et sup|)lia l'évêque, qui n'ent pas de peine à pardonnera son agresseur.

(1) Celle conilMSP, siihanl la dalp rie non anniversaire i Ponlievoi, mourut un 11 m^irs, inaiiiori ignore en quelle auoée.

Ui

UISTOIHE

La fondnlioM de l'église morin<nle d paroissinle du Sninl- Si'pulrre do (".liAlcauduii fui une de ses premières oeuvres d'ex|ii:ition. Il til hiVlir relie église l'on 1029. lu dernière année desnint Fatbeit , ou nu pins lord In suivante. Ce fut aussi en pnrtie n In sniliritniinn de ses oiliciers, qui npparetnmcnl él.iienl hien nises d'avoir une 6-^\\>e piirlidilière dnnsnn qiiarlier ipii a|)piirtinlspé(.ialeiiienlii leurscij^neur. En effel, le quartier se nommait le Ikiurg du Vicomte. Il avait une clôture, et surtout des portes particulières.

Elvise on tleusie ou llelvide, comme on le trouve en différer.s litres , nom qui est le inémeqii'll.'loïse, élnil celui de Iji femme du vfi-omte GcolTruy I". Elle eut port a eette fondation , qui portait qu'il y aurait à p«'r()étuilé dans ce monastère des gens servant Dieu pour f;iire l'office divin de jour et de nuit dans l'église du Saint-Sépuli.re. Entre les fonds qu'ils iiiïectèrmjt à oclle nouvelle église , ils lui donnèrent cinq étiuix de sel « sUillorum antis » (I) et usage de chair dans leur chi^teau de CliiUeiuidun. Ce ciiillenu , qui dans d'autres titres est nommé pîilais, comme celui du comte, et plus souvent la siille, n'est pas autre que celui dont j'ni parlé â l'ot casion du premier viiomte fieffé connu, c'e«l-à-dire Hugues I'" du umn Ce qui reslail de ce (talais a ^lé brûlé , ainsi que la clmpellr dotnf>sti(pjf , dans l'incendie de 1723, et le grenier-à-sel qui était dans son ancienne cour changée en rue. depuis qu'il a éié abandonné des vicomtes. Cette rue , en conséquence . était, nommée de la Vieille-Salle. J'ai dit que ce qui restait de ce palais des \iiomtes servait de prison. M. le diic de Lnynes n cédé , sous certaines clauses de droit de retrait, cette m?isure dont les murs solides ont servi à former la maison la plus élevée de Clïàteaudun, diuis la rue Royale. ductHé qui regarde le nord, prés la place de Louis XV, aussi bien que l'emploce-

(1) Peut-être cinq mesures d'une certaine jauge.

m: COxMTÈ DE DUNOIS.

iUi

ment qui était (iesliné à construire Joseph Cellifir, anlrefois marchand

Nicolaset mort à Châteaudoii ,

le tinillisge.

auditeur de In cliiim!»re des comtes de Blois, a tïté l'acquéreur de l'ut) el do l'autre eniplacemeut. C'est lui quia rétabli le premier édilîce et fait construire le second , sans compter un gnuid nombre d'autres maisons. Si sa fortune avait au}:menté , comme elle avait commencé à le l'aire, dans le temps du systèni'' des billets (l'Êlat, il aurait été homme >i reconstruire tout ce que l'impuissance des propriétaires à fairi^ rebîllif avait forcé de laisser en ruines, Il a rej;retté de nYtre pas on éiai d'alKindormer ii sa destination l'hôtel du bailliage, et d'y fonder une chapelle où l'on aurait dit la messe pendant les audiences. Quoiqu'il ne fût pas né à Chilteaudun, mais à la llazoche-tiouet, personne no s'est porté avec plus d'affcctioct que lui à la réédification de GhÔleaudun. Bien qm; son zèle ail mime passé les bornes de la prudemi', dans son goùl pour lu bûtisse . et que sa fortune en ait souffert , un aussi bon citoyen mérite que je place ici son riiom.

Geoffroy [" , qui était seigneur de Montagne et de NogenI . fonda dans ce bourg, aujourd'hui ville, un monnstére bien plus considérable que celui dn Saint-Sépulcre deChâteaudun, l'an 1031 . du consentement de ses fils Hugues et Rotrou. Il y soumit celui do Chàtcaudun, c'est-A-dire qu'il régla que . dans la suite . ott tirerait de celui de Nogent . qui est sous le titre de Saint-Denis, les religieux qui desserviraient celui du Saiiit-Séftulcre. Ce qu'il fit sous l'approbation de Théodoric, successeur de saint Fulbert.

Les calamités qui alTtigeatent alors la France ne faisaient qu'augmenter le zèle des seigneurs riches pour la construction de monastères. C'est que ces maisons , dans leurs commencemens , étaient des maisons de charité, ou que l'on espérait qu'elles le deviendraient, en les dotant richement.

lU

HISTOIHE

On ovait commencé . en 1030 , à essuyer une cruelle faraine qui dura trois ans. Elle fut occasionnée par des pluies continuelles qui perdirent les récolles. Si on en croit quelques historiens, les hommes, après avoir mangé les cadavres, se mangeaient eux-mômes.

La vie édifiante du ucomte Geoffroy I" n'étouffa pas tous les ressentimens de quelques particuliers de la ville de Chartres contre lui. l'ii jour qu'il y était tillé et qu'il sortait de la grnnde église, où il avait assisté au service divin, des habitans se jetèrent sur lui et le massacrèrent inhumainement l'an lO'tO.

Dans la chartre de la fondation du monastère de Saint- Denis de Nogent, rédigée dans le château dudit Nogent, Geoffroy n'avait pris d'autre qualité que celle de vicomte deChàteaudun fvicecomes Castridunensium). Il n'a pas mis simplement Castridunensis . quoique, dans la rigueur, ces termes soient synonymes; il a peut-être préféré le premier comme plus énergique et plus propre b indiquer les progrès que ces vicomtes avaient faits depuis Uugues l", pour étendre leur juridiction. Leur dignité, par sa nature, ne leur attribuait pas de droits au-delà de lu ville et de la banlieue ; mais les vicomtes de Chûtcaudun ont été du nombre de ceus qui sont sortis de cette règle générale et qui parraissetit, sous l'approbation Incite des comtes, avoir beaucoup étendu leurs prérogatives, et avoir dominé, dans presque tout le Dunois, excepté sur tous les territoires de Marthenoir et de Fretteval ; encore dans ce même siècle ou le suivant, avaient-ils pris pied dans celui de FTctteval par des acquisitions. Il est de fait que leur domaine à Chôteaudun était bien plus considérable que celui des comtes. Ceuï-ci, excepté leurs forêts, les droits de haut-domaine, quelques cetisiveselautresredevancesseigueuriales . avaient aliéné par ventes, dons ou aumônes, aux monastères, les

DU COMTÉ DE Dl^OlS.

Page 1