IIS
autres fonds qu'ils y possédaient. Ces difFéroiis biens sont constatés spécialement par d'anciens comptes de régie qui sont dans la luur de CliiUeaudun, où les revenus de la vicomte, dislitifiiiês de ceux du comté, remplissent la majeure partie des registres. J'excepte toujours le revenu des forfrts.
Ces vicomtes ont flguré entre les plus grands seigneurs du royaume , et on! poussé le pouvoir jusqu'à faire fabriquer des monnaies à leur effigie» avec l'indication de leurdignité.
Hugues second du nom, comme aîné de ses deux frères. eut la vicomte de Châteaudun. Il vécut trop peu pour tirer vengeance de la mort tragique de son père; il en laissa le soin, averses biens, à Rotrou, son cadet. Il quitta le monde sans avoir pris d'épouse , et mourut l'an )0i2.
C'était Thibaull 1!I, qualiBé comte palatin de Champagne, de Brie, de Tours, de Chartres et de Blois, qui possédait alors le Dunois, comme successeur d'Eudes II. A l'égard de la Champagne , il n'en fut possesseur qu'après la mort de son cadet, Henri-Etienne, arrivée avant lOW. et peut-èlre en 104.5, comme le dit l'auteur de V.ihrègè chronologique des Grands-Fiefs, qui a besoin qu'on vérifie après lui. Ce comte, selon Moréry, avait éjjousé en premières noces Hcrmengarde, sa nièce, fille de sa sœur Berthe et de Hugues , comte du Mans. Il la répudia ensuite pour ce sujet, et elle se remaria a Azoa, marquis de Malespinne. D'autres donnent pour première femme à Thiliaud III, une Gersende. qu'ils disent fille d'Herbert du Maine. Il convola en secondes noces avec Alix on Adèle, BUc de Raoul II , comte deCrespy et de Valois. Elle avait été seconde femme d'Herbert IV , comte de Vermandois , qui vivait encore en 1059.
iThibaud 111 ne dégénérait pas du caractère de ses ancêtres, surtout il n'était pas moins jalous qu'eux de l'indé- ■
il«
IllSiOlUR
pendHiice. Il rerusa de porter l'aveu au roi Henri l" , qui
sut se veiifter (Je celle espèce de révolte, siiris se commetlre •ui-mème vis-à-vis de te puissant vassal. Heiiri saisit sur lui et confisqua, pourcausede félonie, son comté de Tours. Il en inveslil sur-le-ciiamp OeonVoy Martel, duc d'Anjou. Ce rival élait assez puissant pour travailler pur intérêt à venger le roi du comte relielle.
Il s'alluma entre ces deux antagonistes une guerre san- );lantc qui étlata diins la Touraine et dans le l>nnois. Tliihaud se vit contraint de satislairc le roi; mais le comte d'Anjou ne trouva pas à propos de céder pour cela ce qu'il avait déjà enviihi. La guerre n'en continua cnlre eux qu'avec plus d'acharnement. Le roi se TU même un plaisir de ne point interposer son autorité, dans l'espérance de voir mortifier Thibaud, dont il redoutait la pnissancc.
Nivelon , premier du nom de ceiu qui sont venus à ma connaissance, seigneur de Frelteval, avait pris le parti de Thibaud contre Geoffroy. Celui-ci, pour s'en venger, vint liserle théâtre de la guerre au piedducliiUenu de Mvelon. Il assiégea Frettcval dans les lormes, et réussit à s'en «rendre le maître. La fortune lui fut si lavorable que Tliibaud l'ut fait son prisonnier avec mille hommes de cavalerie, le 21 août Wi't- , quelques-uns disent dés lOil. Le pays souH'rit t)eaucou[) dans ces guerres particulières.
Thibaud , pressé de se racheter pour aller prendre possession de la Champagne à la mort de son frère Henri, se vit forcé de laisser an comte d'Anjou, les uns disent le comté de Tours, d'autres la ville de Tours seulement, avec Chinon et Langeais, ta banlieue de Tours, excepté Marraouliers, à condition de l'hommage que lui en fitGeofl'roy. C'était former un arriére-lief de Tours et faire voir l'attachement religieus que ces comtes avaii^nt pour le grand monastère.
Celui de Saint-Avit-lès-Châteaudun était bien <iécliu depuis sa fondation , et surtout depuis le ravage des Normands lians le Dunois. D'iïilleurs ses avoués ou gardiens, au lieu de contribuer à son ancien lustre, lui avaient fait plus de tort que les ennemis de l'État. Les vexations do ceux-ci n'étaient que passagères; celles des avoués étaient permanentes; de protecteurs ils étaient devenus propriétaires, sous l'autorité abusive des évêques. qui avaient nssujéti les églises et les aulets mêmes à rinléodalioti , en faveur des laïques pour la propriété des fonds , ot à leur profit par les rachats qu'ils exigeaient, à chaque mutation , des gardiens ou des desservons. Ainsi , les avoués ou abbés fieffés de Saint-Avit avaient autant contribué à le dépeupler que les ennemis, en y portant In dévastation. Il parait que, dans le siècle dont je parle, la communauté d'hommes était réduite à quelques prêtres, pour subvenir aux besoins spirituels de 1.1 communauté de femmes et de la paroisse. La Providence permit alors que cette atibaye lonibiU entre les raains d'un seigneur pieux , qui prit la résolution de se démettre des biens de l'fibbaye de Saint-Avit , pour qu'ils servissent du moins à une partie de leur première destination. Ce seigneur fut Wanelon ou Gannelon, seigneur de Montigny, surnommé de son nom de Oannelon. Outre qu'il était abbé (ieffé de Saint-Avit, il était aussi trésorier de Saint-Martin de Tours. Comme les biensde cette abbaye, dont.une partie était dissipée, n'étaient plus sufQsans pour entretenir tes deux anciennes communautés d'hommes et de femmes, il donna la préférence à la dernière, en faveur de laquelle seule il fit son abandon. L'acte en fut dressé à Chartres, l'an lOV'i. , en présence et du consentement de l'évêque Théodoric et de Gannelon . neveu du ccssionnnire. On voit par cet acte, que l'on peut lire ci-après, que Gannelon de .Vlontigny ne fut pas le fondateur du monastère
Ile
HISTOIfU:
et de l'abbaye de remmes de Saint-Avit , comme il est dit dans les actes de l'ordre de Saint-Benoît, mais qu'il en fut seulement le restaurateur. Il ne rendit f-epend«i»t que ce qui était resté sous sa miiiii. cl il excepta expressément ce que lui ou ses prédécesseurs avaient donné des fonds de cette abbtiye en arrière-flef à des genlilslinnimes, en ces termes : « Prœlcr militum bénéficia. » Il dit qu'il entend donner et « mettre en possession les religieuses qui sern vaienl alors Dieu dans l'abbaye de Saint-Avit, savoir : 0 de l'église dudit Saint-Avit et de la paroisse qui y est » jointe, laquelle s'étend le long du cliemin qui ^n à Cliâ- » teaudun , à gauche , jusqu'au Monl-Cbenois , aujourd'hui n le tertre de Siiint-(îilles. distant décent onze pas de la » porte de la ville, et à droite jusqu'au carrefour de Gisle- » main , et de ce carrefour , à main droite , jusqu'à Mont- » béry et i la rivière d'Hière. Qu'il abandonne aussi la » chapelle deSiùnt-Pierre dans l'enceiiilo de ChAteaudun, w avec la paroisse de ladite église, qui s'étend depuis le D côté gauche de la Forteresse jusqu'au quartier de Saintn Lubin , et la nominalion des chanoines qui desservent D ladite église, laquelle appartiendra à l'abbesse.
» Que lesdits chanoines de Saint-Pierre continueront » chaque année d'aller en procession dans leur mère-église, » à la solennité de Saint-Avit, où le pain des oiïrandcs et D le vin seront partagés entre lu prélre de Saint-Pierre « [c'est ce qu'on nomme aujourd'hui curé) et celui de » Saint-Avit.
» Que le prêtre de Saint-Pierre conduira processionneln lementles corps île ses paroissiensdéCunts jusqu'au Mont- D Chenois. où celui de Saint-Avit viendra les recevoir pour » leur donner la sépulture, »
Qu'il abandonne encore a toute la dîme et le droit de » sépulture, avec la moitié seulement des droits de la foire
lit»
o de Saint-Avit, les cens, uoe dime, le droit de pressoir ù sur les vignes de Saiht-Aubh'i et tout ce qu'il possédait h i> la Croix de Saint-Émail (I); dos terres en frîcho audit n Soijif-Aubiii; l'église de Jallans avec la dîme, la sépuln ture et tout le parvis falrio loto); un chevalier noramé B Eudes Volpar, avec ce qu'il tient entier; uu serf nommé » Odelin , avec ses enfans et tout ce qu'il possède ; un autre 0 sort" nommé Drogon , avec ses Dis et ses Dlles et tout ce » qu'il a. j>
Il est dit aussi que les prêtres qui desserviraient Sainl- Avit ne dépendraient en rien de l'archidiacre ni du doyen . mais de l'évoque seulement ; que les religieuses ne paieraient ni droit île visite ni de synode, et qu'il ne fait cet abandon qu'à condition, ciitr'antres, que ce monastère ne pourra être soumis à d'autre église qu'à celle de Notre- Dame de Chartres.
Gannelon ajoute de son propre bien le droit, pour lesdites religieuses, de faire paître cent porcs dans In forôt du Perche, et d'y prendre leur rhauiïage l'i le bois d'ouvrage qui leur serait nécessaire , en quelque lieu qu'elles en eussent besoin. Cet acte fut signé par Ttiéodoric, par ledit Gannelon . par Gannelon , son neveu , par le comte Tbibaud III, par Alix , religieuse de Saint-AviE, que l'on regarde depuis ce temps comme la première abbesse de ce monastère , et par d'autres personnes de considération.
Comme il n'y avait alors qu'une église pour l'abbaye et la paroisse, l'évéqueThéodoric permit aux religieuses d'en bAlîr une autre, sans pour cela qu'elle fût sujette à aucun droit de visite ou de synode.
La communauté des religieuses ne tarda pas à devenir nombreuse et à faire des progrès, après ce qu'avait fait en
(1) C'est la croix devant la Moladrerie, aujourd'hui les Récollels, entre Sainl-Âvil et Saial-GiJIes.
iH)
iiiSToiiU':
sariivc'urrintinelond(!Mor)ti^hy.Lesrctigicu!<cssereiidaieril utiles parré<liicalion dos jeunes filles (1) et d'autres CDiiv rus de cliiirité on iisngi' pour lois <laiis les monaslùres. On s'y "porla avec luril de zèle dans relui-cj , que l'abbaye deSahil- Avi( devint une espùcc deconf^régaliott en laveur de laquelle on fonda <|Uiuililû de prieurés, surloul dfins le douzièntc siècle (2). L'abbesse les foumissail de religieuses qui lui étaient soumises, et qu'elle tliai)u;eait à sa volonté, selon l'exigent e des cas. Elles se rendaii-nt do temps en temps aux (.iKipitrcs généraux, indiqués par l'ahbesse pour régler le spirituel et le temporel de ces maisons , qui étaient, entr'autres. pourfîombnud, Notre-Dame de Boissclcau. Saiiil- Agil , qui est dit dans les (ilres situé en ISeaucc, et qui est dans la partie du Dunois que l'on attribue à présent au Perrlic; Saint-Ettenne-dcs-Genôts, paroisse de Vieuvicq, près llliers; IlomiUj", que Ton surnomme aujourd'hui au Perche, dorme, l'an 11-28, par Arraud; Fontenay-sur- Conie , fondé ran 1I8C ; Saint-Blaise-de-Quinée, en Anjou ; Sainie-demme, en Drouais, paroisse de Moronval, devenu abbaye dans la suite, qui a été réunie à celle de Coulombs. Les autres prieurés dépendant do Sainl-Avit sont Saint- Gilles et Saint- Victor du Pont-de-Gennes, au pied Je Montfort, dans le MaineN fondé par Agnès, femme de Hugues deGonnes, sous Noël, évi^que du Mans. Pélronille et Héloisc, leurs tilles, qui prirent le voile à Saint-Avit, donnèrent occasion à celte fondation (3),
(1) Dans ce siècle, les religieuses donnaient jps premiers enseigneraun», même aiu garçons. Voyez la France littéraire, t. 8, p. 154.
(2) On trouve dan^ le cliarlrier de. Siiinl-Aïit les signatures de Huguet Durand et de Jiidic.iël, preiianl la qualitiJ de diapelatns et frtres des religieuses. Ils sigiiîri'nt tine doiinlion de vingt sois de rente faîte par Yves de Vieux-Pont, seigneur de Courville, pour l'entrelien des clieniiscs des religieuses, l'an HS)0.
(3) Les prieurés deBoisseleau, Saint-Agil et Beaumont ont été réunis â la nianse de i'abbayc, l'an 1670, par Ferdinand de Ncufvillc, Ovêquede
ifit
Sainl-Mnrtin de iMeung, dont lo maison est habitée depuis F(59 par des CorJeliers, avec l'agréraerit des abbesses de Snint-Avit ; Suint-Michel de Beaumont-le-Chartif ; el Saint Pierre de Vibraje, où saint Avit avait demeuré avant sa retraite à Poicy-iès-Châleaudun.
Rutrou , seigneur de Moriagne et de Nogent , était fort jeune lorstiuc le vicomte Geoiïroy I" fut assassiné à Cliarlres. Dès qu'il eût atteint l'âge viril, et que Hugues II, son Trère, lui eût laissé la vicomte de Châleaudun (1) par sa mort prémiitiirce, il se mit en devoir de venger celle de sorj frère sur les Chartrains et leurévêque ïhéodoric (2). Ce furent les biens et les vassaux de l'évoque qui souITrirenl principalement des levées de boutliers du viconrile Rolrou. Il lit avec ses troupes dosdégàls considérables , que l'évoque et ses défenseurs ne purent parer. Théodoric n'avait pas succédé aux Inlens ni au mérite de Fulbert; mais il n'était pasdillicile de l'imiter dans la défense; ne pouvant raieus faire , le successeur usii contre Rolrou des armes dont son prédécesseur s'était servi contre Geoffroy. Il lança l'excoinmunication contre le vicomte de Châleaudun qui, de son côté, suivit les traces de son père; il n'en tint donc pas grand compte d'abord. Une surdité qui lui survint eut plus d'effet. La peur le saisit ; il crut avoir trop donné à la nature, et que le ciel le punissait des trop longues et trop violentes
Chartres. Celui de Sainl-Blaisc de Quincë, )'an 1671, par Eleari Arnaud, évCque d'Angers,
Les cbapetli'sdeSainte-Croii, dans lecbitcau de Monlfort-aa-Maine, de Snitil-GillM de Lan[çoUière, de Sainl-Picrre de Vouvray ; des cures, dans les diocèses de Cliarlres , du Mans el d^Angers , sont au»si de La dépendance i:t & la noDimnlion de l'^Libesse de Sjiril-Avil.
(1) il semble, par une charire de Philippe I", de l'an 10S9, que GeulTroy I"', outre Hugues el Rolrou, arail eu un trobii^nie Tds nommé Alexandre, qui preud aussi la qualité de vicomte de Clifileaudun, dans la niGinc acte.
(2) Cet évèqueav«it succédé, en 4038, k saint Fulbert , et mourut l'an
ms.
guerres où son juste rcssentimenl l'nvail poussé. Il donna enfin satisfaelion A Tlséodotic ou à Agoberl , son successeur immédiat.
La vie de Rolroii di'\intcxompiîiir(». Comme sps violetires n'avaienl eu pour cause que la pitHû eincrs son père . il en pensa plus solidement ;> Dieu lorsqu'il fut revenu à lui. Il s'appliqua donc à faire finir le nioMiisIt're de Saint-Denis, que son père avait laissé 'imparfait, et surtout l'église qu il fit consacrer vers l'nn 1080, par Geoffroy, époque de Chartres, successeur d'Agobert, assisté d'Arnaud, évéque du Mans, et de GauccUn , abbé de Sainl-Calus Itoirou augmenta aussi les retenus de ce monaslère et iui aunirma di.\ arpens de vigne à Fretteval, Qu'cuncchariui' de bibour à Morée , ce qui fait connaître que les ticrimlcs de <'hùteaudun avaient étendu Icurdonianie jusqu'à reileevlrémilé du Dunoîs. Celte donation fut confirmée par le su'^dit évi"'qne Geoffroy et par le comte Thibaud III qui .dan^sa signature?, ne prend que la qualité de comte du palais.
J'ignore l'année précise de la mort du vicomte Kolrou; ceux qui la fitent à l'année lOtiO la placent trop l(U. Entr'aulres enfans, il laissa deux fils. (icolTroy et lingues. Geoffroy, l'aîné. Fut seigneur de Xtnrlagne et de >'or;ent; il eut un fils nommé Ki>ln>n, qui, le premier, a pris le titre de comte du Perche. Suivant l'usajie de ces temps, on trouve co Geoffroy qualifié vicomte de (^luUcandun, parce ([ue. du vivant même de leurs pères, soin eut tous les lils premiicnt les mêmes qualités qu'eux ; mais . romnte par les partages faits à la mort du vicomte lîotroo , la vicomte deClulleaudun échut à Hugues , son cadet, je ne mettrai ]ioiut le Geoffroy au nombre des vicomtes de Cbâlenndim Selon ncriner, ie nom (le leur mère était Adeliiie. Ce fut GciinVoy qui introduisit les religieu.v deCluni à Saint-Denis de Nu{^cnl, d'où il en passa au Saint-Sépulcre û Cliûteaudun.
bU COMTÉ DE DUNOIS.
A legai-ti du comte Thibaud III. qui avait fait de sa mnison une des plus riches et des plus puissantes qti'il y eût cJntis le royaumfi, on dit qu'il mourut l'an 1085. Oe fut le 26 septembre , suivant 3e tïécrnlogi.'de Ponllevoi , où son anniversnire est fné à ve jour. Il laissa Etienne , surnornniL' Henri, Eudes, mort t^omte de Troyos sans poslérilt*, Philippe, évéqiie de Cliâlons , t't Hugues, comte de Troyes, après son frère, une filtc nommée Éléonore, niariée ti Kainulplie, ûls de llugues, comte de Valois, frère du roi Philippe I". Elle fut mère de Félix de Valois, fondateur dos Trinitnires, dont le nom était Hugues.
Le vicomte llugues III du nom . second fils de Uotiou , épousa une sœur de Nivelon, seigneur de Fretteval, que les utis noraiiient Agnès et d'autivs Jeanne, Elle le rendit père de (icoJTroy , qui lui succéda dans Ut vicomte de Cliâteaudun, et d'une lille nommée Malmud , qui fut mariée en premières noces avec Robert, vicomte de Btois, et en secondes avec GeolTroy d'Illiors, dit Grise Gonellc , qui, le premier, a porté ie titre de comte de Vendôme. Mnhaud fut bien réprimandée pour re second mariage par Yves, évèque de Chartres , parce qu'elle était alliée du comte , quoique ce ne fût qu'au-delà du quatrième degré . car les degrés prohibés s'étendaient iilors jusqu'au septième.
Le vicomte Hugues III aida beaucoup son frère Geoffroy de Mortagnc, dans la guerri; qu'il eut avec Robert, comte d'Alencon , leur cousin , l'an lOST. Un titre do Marmontiers fait mention de ce vicomte à l'an 1101.
Le comte Etienne, surnomme Henri, était, are que croient quelques-uns , issu du premier mariage de Thibaud III avec Hermengarde du Mans, sa nièce. Comme aîné , son parlnge fut la Champagne, la Brie, Chartres, Blois et le Dunois. Guillaume-te-Hàlard, roi d'Angleterre, lui donna
HisroiHiî
en mnriage sa qualrième QILe nommée Adèle ou Alix , dame pleine d'esprit el de piété (Ij .
Je trois que c'est à leur temps qu'on doit rapporter la fondiition du chapitre qui se forma dans l'fldtel-Dieu de Châleaudun, dont les conamencemens ôtaiorit bien antérieurs. Un mémoire avance, sfins en donner de preuves (2j , que celte maison avait été gouvernée dans ses commencemenspar les chanoines de la Madeleine. Il paraît, à la vérité, que le clitipilre de la Madeleine a eu part ù rétablissement de celte maison , du moins pour une partie de terrain qui lui a été affectée , el que c'est en considération d'une œuvre si pieuse qu'ils ont permis d'envelopper l'ancieime entrée principale de leur église , au fond de la nef, par des bâtimcns dudit Hdtel-Dicu.
Quoiqu'il en soil , ce fut sur la fin du onzième siècle que de bons prêtres de la ville mCnie se réunirent dans une môme maison et mirent leurs biens en commun, pour fonder un établissement où les pauvres malades recevraient des soins, et consacrèrent ainsi ieur fortune personnelle el les dons des personnes charitables que leur e&emple encourageait à cet œuvre méritoire.
Il parait que ces pieux ecclésiastiques, en formant leur communauté, curent égard au neuvième canon du concile de Mayencc, tenu l'an 813. qui ordonne nux clercs-chnnoines de vivre selon les canons, d'obéir à leurs supérieurs, de manger ensemble, de coucher dans le même dortoir, et à ceux de ces chanoine;) qui auraient des rétributions des biens de l'église, c'est-à-dire des bénéfices, de ne se pas dispenser de la règle. En effet, c'est ce qui a été pratiqué par tes premiers prêtres de l'Hôtel-Dieu de Ghâtenudun
(1) Snînl Yves de Cliarlrc^s rend justice ii ses mœon e( à ra chariié, dans SB cinquième lettre, fdition de 1610.
(3) Manuscrit d'Alexandre Soucbay, avocat fiscal de Cbàleaudun.
DU COMTÉ r>E DUNOIS.
ffiS
rassemblés en communauté. Suivant d'anciens titres de leur maison, ils donnèrent d'abord le nom de prieur au chef qu'ils se choisirent, et ce litre, bientôt après, fut changé en celui de maître. Pour eus , conrormoment à l'usage qui se pratiquant encore en ce temps dans les collégitites et même dans les cathédrales, ils prirent celui de frùres, auquel ils ajouEiiient. pour désigner leurs fonctions charitables, celui d'hospitaliers. Pour perpétuer h mémoire de la façon dont leur chapitre s'était formé , on a ajouté encore celui de condonnés, parce qu'ils s'élaietil donnés mutuellement leurs biens pour les employer en commun , eux et leurs successeurs. Ils se sont tenus, dans la suite, à ce dernier surnom seulement. S'ils n'ont pas été les premiers, du moins ont-ils été les principaux Fondateurs de la maison des pauvres malades de Châleaudun.
Leslaïquesétaientassociésàcettcrespectablecommunauté à diflérens titres. Les uns imitèrent les ecclésiastiques-fondateurs et se dévouèrent, eus et leurs biens, sans restriction; les autres y contribuèrent seulement par le travail de leurs mains. Les gens mariés mêmes y étaient admis dans des logemens particuliers. Ils portaient le nom de frères, mais aucun n'avait part au gouvernement ou à l'administration, non plus que ceux qui étaient étrangers à la maison et que l'on décorail aussi du nom de frères, pour les aumdnes ou fonds qu'ils y faisaient. Ce nom de charité était en telle vénération, que les bienfaiteurs les plus distingués de cet établissement se faisaient honneur de le porter.
Le roi Louis Vil , et Louis, comte du pays, ne dédaignèrent pas de le recevoir et de s'en qualifier. Louis VII donna des lettres-patentes en faveur des prieur et frères hospitaliers de celte maison, adressées à toutes les puissances ecclésiastiques et séculières du royaume, à qui il recommandait d'avoir autant de considération pourlesdits
IIISTOlKi:
prieur et frères que pour [ui-inème , altendu, disoit le roi , que je suis moi-même un des frères.
Il ùtnit dit, (fiins les premiers rc'glcmens du chapitre, qu'ils promenaient à Dii'ii el A saint Nicolas, patron de leur clin pelle, du rendre l'obéissnnctî an prieur el l'honneur auï frères ; qu'ils gnnlerflionl les secrets du chapitre et procurcraicnL 1c bien de la nuiison autant qu'il serait en eux ;
Qu'ils recevraient ie bAloii tic saint Nicolas dans les trois ans qui suivraierrt leur réceitliori <lans le chapitre. Celte cérémonie élait apparemment mie marque qu'ils s'engageaient à aller solii<:ilt:r 1» charité des fidèles, comme on fait encore pour des liôiiilaux , mflme de fondation royale. ElTectivem'Mil. ils" oui pratiqué celle œuvre pénible el humilinnlt: en faveur de leurs pauvres malnites, sous la permission de nos rois et des évéques. L'archevôque de Tours tes recommanda à tous ses sufTragans, l'an 1103, dans le temps que le pape .iMe^andre 111 tenait un concile dans sa ville épiscopale, contre l'anti-pape Victor.
Le règlement portail encore que lesilKs hospitaliers seraient tenus d'assister à tout Tolfice canonial, el de ne s'en pas absenter sans fa permission du prieur;
Qu'ils diraient chaque jour une antienne de la Sainle- Y(er<;e ;
Qu'ils diraient aussi, tant après le dîner qu'après le souper, le De profiuvlin avec l'oraison FideUum.
Dans la suite, on dressa encore un autre règlement en forme de statuts, pour ee chapitre. Il portait que, sans une faveur spéciale , on ne recevrait pas de frères hospitaliers qui n'eussent atteint Vàge de vin;;t ans ;
Que le nouveau frère reçu donnerait à son entrée une chapo ou dix livres; qu'il serait tenu d'apporter avec lui un lit garni, un vase pour boire, un couvert d'argent, des
DU CUMT^. DE niîNOh
hflbîls pour un on , pcndiinl ItMîucl Icnips le tnaîlreou prieur ne lui donneniil rien de la mnison pour son entrelien ;
Que le frère qui ne semit p.is encnrc prtMre niinit viri-ît sols pour S.T rhniisstire cl {jiiariinlR sols poiii suri liiiliillt.'tnenl pnr tli;t<|ue atmre ;
Que les frèrc-priMres flcmeurnnl flaii9lamnison.aurnieiil icul sols pmir leur li<iliiilenient, excepté les bénéGri»Ms, à ([ui on ne devait rien donner;
Que les Trères-prèlres scrnicnt lenus olleroalivement d'ail tniuislrer les siiiTcniens aii\ malfiilos de la maison et d'i'iilerrcr les corps ; qu'aucun des IVères ne pourrait s'absenter de la maison sans la permission dn maître ;
Que si un iiên i- licier d'cnirc les Frères venait à s'iibsenler de In iii.iisnn et dLi service divin pernlunl un njois, le maiire pourrait lui tVersoii ln'riéfiie.
Oh vnit que ces rèt;letiiens et statuts lïtaienl assez conformes à In rè};lc des clianoines , réiliijéo par le concile d'AiK-la-Cli.ipelle , l'an 810, sous Loiiis-le-l>éborinaire , et qui ai ail pour base celle de Cluodcgaiid.
Ce chapitre, dont la tnaisoii se noiiminit communément L'AuMrt.NE. devint assez nomlireiix pour envoyer des hospitaliers dans les endroits où on lui donmiit îles liiens, t'estù-dire qu'outre l'Hrtpîtal ou Hùlel-Dieu deCli;Ueaiidun , ils formèrent de moindres hospices pour les malades dans tes lieu\ où leurs l)ienfaiteurs jugeaient leur prcsence convenable. On trouve dans leurs titres qu'ils exerçaient l'Iiospilatité envers les malades, à Beaufou, sur le chemin de VendiVme, à Fontaint-Marie , à Péronvilleet à l>>iri;,'eau [t].
Quoique je n'aie rien trouvé du comte Etienne qui con-
(1) L'an ilOfl, Jean de Secourai passn onc Iraiis.iclio» uvec Il-i procureurs tte rAtimùiiodcC.liflleiiudiin, iiuluii^ée (v.-ir Tliibjnd V, et qui pioiive (]fif l'cyiLihlïssniwnl tli*r<^^p("liK lifl|)ilinix (It'jieiitliiil <li' rel'iîfle thStpaiidun. Elli'fulsi;fiié€|)ar Hnlicrl, abbâde Bnnnevnl, Pirrre PI Rnbcrt, prucurnirs (le rAiimûiip, cl Hubert, citré de Saitil-Vulérien tic la même Tille de Cbùluaviduii. Il B'ogil, dans ceUe Lransaclion, de ruunioiio de I3i-3urmi.
HISTOIKE
cerne le chapitre de lllôlel-IHeu de Cli&leoudun, il n'en est pns moins prohnbte qu'il a comiiieitcé sous ce comte,
qni eut tipnutoiip )1<^ pari ;i La ]ireniioro croisade. Cï'lail le friiil du zèle de l'ierrt' rilermile el dv la hariiiiguedii pape Urbain II nu conriliî d« Ulcrinotil. en Auvergne. Une des pn^pmraUons de ce seitîiiour pour cctl»? cxpéilitioti fut de donner à MiirtiKiulifrs une pntliim iju Ixjis daii^ la Forét^ Longue, enirt' Fretleval el Froidinanteitu , avec un lieu dans le m^ine catilon, nommé Frajidieville, pour que les moines dud il Mnrnioutiers y lîsseiil une celle ou ohôdJL'nce, ce qui ("ut exi'ciilL'.
Pour lui, il partit nu mois de septembre 1096, avec Robert , due de .Xormntidie, et ftiibert. comte de t^landres. Sa prudence et ses grnnds tnlens le firent cluiisir pour ôlre le «lier du conseil de "uerre des troisi's. Ce prince, grand capitaine, conlrilnjo n l<i pri>;e de Nin'e , au mois de juin 1097, et à fil victoire que l'on rem[iorln sur les Snrro/.ins le premier juillet suivant. Te n'est qu'avec trop de justice ccpendont qu'on lui reproche d'avoir feint une maladie pour abandonner le sié^'e d'Auîioche, par In crainte de rarrivée des l'erses, et d'avoir repris la roule de Fronce, avec 4,000 vassaux de ses diiïérens comlés.
Cette défection empfi<ha les suites qu'on avait pu espérer de la prise de celte ville, qui se rendit le 3 juin 1098, dcuï jours après le départ du comte. Il s'était ennuyé d'avoir fait si peu de progrès en trois annules de guerre. Sa prudence l'nlKUulonn-j dans la route. Ayant ronconlré l'empereur Alexis, accompagné de cent mille hommes, il l'empêcha d'aller plus loin , en lui persuadant qu'il n'arriverait pas à temps pour tirer les croisés de la situation enibarassante où il lus avait laissés. On dit môme que , sur ce récit, Gui , frère de Boëmond , qui conduisait dix mille hommes, s'arrêta aussi dans sa marche.
Le public ne fut pan pour le comte à son retour en France ; mais personne ne le désapprouva plus que la comtesse Alix , sou épouse. Elle oiinaK son mari; ses grands sentimens la rendaient plus jalouse que lui-même de sa réputation.
Piqué (le cet accueil, le comte prit la résolution de se venger sur lui-môme de sa légèreté et de son trop grand empressemertt à revoir une épouse dont il n'avait pu réussir à s'attirer l'approbation. Il reprit le chemin de la Terre- Sainte, l'an 1101. La tournure des affaires fut cause qu'il n'y put tenir qu'un an , sans s'ennuyer encore du rôle qu'il fatiait jouer duns ce pays.
Après avoir satisfait avec une grande piété & son devoir de chrétien, à la Pâque de l'année suivante, dans la ville sainte , il se laissa entraîner par l'exemple de CîMitlaume de Paris qui faisait sa retraite. Mais un vent contraire s'opposa à son départ, et le força d'assister à la bataille que le roi Ueaudouiit livra aux infidèles, quoiqu'ils fussent trop supérieurs en nombre. Il y trouva sa fin et y mourut le 18 juillet 1102. On dit que ce comte était poète passable. Il ne reste de lui que deux, lettres à son épouse, qui sont intéressantes pour lu détail de ce qui s'est passé de son temps dans la croisade. Il loue dans l'une Alexis Comuône, décrié comme on sait par les historiens de ce temps-là.
La comtesse son épouse prit tout le soin possible de ses enfans jusqu'à ce qu'ils fussent adultes, puis elle se retira dans le monastère de Marigny , où elle se fit religieuse , et finit ses jours l'an 1137 (1).
Il y eut de la politique de la part de celte princesse, dans le partage qu'elle Qt faire entre ses fils. Elle ne voyait pas
(1) 11 y a liaos le canutaire de Saiol-Pi-re de Clia rires un acte singulier de cette dame et du comte son mari , par lequel , vei-s 409A, ils donnèrent àEustache, abbé de Siiinl-Père, et â sa maison, une sœur du comte nommée Lctiigardc, avecles eofana qu'elle (louri'aii engendrer. Les lémoiat sont le vicomte Hugues et Godefroy , cbambriers de la comtesse.
HfSTOIKE
Beaurais; toujours est-il vrai que Gaucelin , archidiacre de Dunois, et Bernier, abbé de Uonneval, qui avaient gagné la confiance de cet évoque, lui liront «gréer les religieux de Bonneval , et qu'on trouva le moyen de l'aire consentir à tout Odon , seigneur CefTé de celle église. Je n'ai pas découvert du quelle famille était cet Odon , mais peut-être était-il Bis de Hugues de Montigny-le-Ganuelon. Les conditions du traité Fait pour ce changement furent qu'on laisserait les chanoines actuels de Saint-Pierre dans leur prébende leur vie durant, s'ils vivaient chastement à l'avenir et remplissaient les devoirs de leur état, et qu'à la mort de chacun d'eux les prébendes passeraient aux religieux de Bonneval.
Cette réforme, ou, pour mieux dire, ce cliangement vis-à-vis de l'église de Saint-Pierre, fut approuvé parle pape Luce II, qui donnais bulle de confirmation l'an liy«. Grégoire l'approuva aussi par une bulle de l'an 12-27.
Cependant Hugues du Puiset, au lieu de conserver, on peut dire, les états de son pupille, y faisait cuntinuellemeut des entreprises injustes. La princesse, mère du comte, en demanda justice à Louis VI, dit le Gros, successeur de Philippe. Celle afTaire fui agitée dans un parlement tenu à Melun. On y décida qu'il fallait agira force ouverte contre l'usurpateur. Il fut pris dans son château du Puiset et enfermé à Château-Landon. Il y fit sa paiï , el ne tarda pas ensuite à donner occasion d'armer encore contre lui.
Plusieurs seigneurs de cette maison onF'ètà^jets aux usurpations. On conserve dans le chartrier de la M!)^^''^^ une lettre (1) que je présume de Louis-le-Gros. Le roi.^t^
(d] CcUe leUre, sans date, peut avoirétâ écrite par Louis-le-Gros avarî le premier siège du Puisel, où Tbibaud, de deui ariaque^ faitc<) au chfi-'* teau, commanda celle du cûlé dp Cltarlrcs. Ce ftiLl'a(]TC!<!icd'u[i curé qu'on n'a pas nominA et ta bravoure qui El réussir le siège si promplcment. Les communes des pays d'atenlour soulenakot les Iroupes da roi et da cotnte.
DU COMTÉ I>E DLINOIS.
cette lettre , ordonnne h Ebrard , frère ou (ils deHugnes du Putsct, de ronJre ce qu'il avait pris dans les terres des chanoines de la Madeleine. Ces seigneurs en vouiflient spécialement aux biens des églises. Voici la teneur de la lettre : « Ludovicua Deigratiâ, Francorwn rex, et dux Aqui- » fanorum, Ebrardo de Puleolo, fideli et amico nostro » sahitem et gratiam meam. Dilectioni tuœ mandamus, et » mandandoprecmnur, qualenuaprœdam canonicorumsancn tœ M. Caslridunensis , quarn lui homines , m suis à diebus » A7, capierunt [') absque dilationc reddi facias,sicutnos
0 diligis et nostnim amorem habere desiderai. Nos enim » volumus et tibi mandando prœcipimus, ut nec tu nec tut » fiomines eos vel rea eorurn ampliàs inquietetis , nec inquie-
1 lando contra noslram vohnHalem decipere prœsumalis. I) Valete. »
Le mfimc Louis-le-Gros avait pris sous sa protection la ferme de Villeperreus, Villerium Petromtm, paroisse de Courbehaye, appartenant au chapitre de la Madeleine par d'autres lettres aussi sans date, et je croirai volontiers que c'était dans cet endroit qu'Ebrard avait vexé les clianoines de Châlcaudun,
La jeunesse de Thibaud IV Tempôcha d'être reconnaissant comme il auroit dû l'Ôtre , de la protection affectueuse que Louts-le-Gros lui avait accordée contre son infidèle tuteur. Il se laissa surprendre par son oncle Ilcnri I". roi d'Angleterre, qui l'engagea dans le parti des séditieux
Le curé rompit la palissade, cris TÏctoire; il fut suivi et fragna le haut du rempart, et on pénétra dans l'cnceiiUe oit il y eut l;ien du carnn^e, et Hugues fut pris cl le cliàleau démantelé. Il avait été hdti par Constance , femine du roi Rnbert. Ebrard, qui n'en étail que simple cliûlelain , s'en était emparé.
[*) J'»i dû Uisver lubsiatrr cfl liarbarifnic ft 1« latin plut que Laiarilé du eellR lettre , qui prouve acirx que t» roil ait Irur* •ccrêtatrel nv «e piquaient pas tt^<! Ire clerc< au dnuiïÀnir liidv. ( Sfflt du c«TttrUitr.]
HISTOIUE
comtes Thomas de Marie, Guy de Rochefort, les seigneurs mêmes du Puisel et autres.
Le roi était allé l'an 1109 assiéger Guy de Rochefort dans Gournai , dont il avait fait le siège de la révolte. Le jeune Thtbaud, bien a<^oompagné, courut au secours du rebelle ; ce fut à sa perte. Malgré sa bonne conduite et le courage de ses troupes , il fut défait par le roi.
La prudente mère, connaissant le caractère ambitieux et tyrannique du seigneur du Puisot, craignait toujours qu'il ne recommençât à opprimer le Dunois et le pays Charlrain, si voisins de ses domaines. Elle conseilla donc à son fils de faire construire une forteresse le plus près qu'il serait possible du Puiset, pour avoir toujours la fîicilitéd'en contenir le possesseur. Il choisit le village d'Allaines pour y élever cette barrière.
Le roi fut d'abord averti de cette nouvelle constructioo d'un fort dans un royaume où il n'y en avait déjà que trop pour le maintien de son autorité. 11 en fut vivement choqué ; mais en faisant signifier à Thibaud de la faire démolir, il ne fit valoir que le droit particulier de seigneurie directe qu'il avait sur A Haines , comme faisant partie du comté d'Orléans qui lui appartenait. Effectivement, la mère du comte, en conseillant Thibaud, n'avait pas assez examiné le terrain, si c'était elle qui avait contribué au chois d'Allaines pour se fortifier contre les seigneurs du Puisel. Le terrain appartenait au roi et faisait partie de son comté d'Orléans; il lo réclamait donc avec justice. Thibaud, en qualité de comte de Chartres, était borné de ce côté par sa paroisse d'Ymonville, et en qualité de comte de Dunoîs par celle de Germignonvillc. Mais la jeunesse est téméraire; tout injuste que fût son procédé, non-seulement Tbibaud refusa d'exécuter les ordres de Louis VI, mais il eut l'audace de l'appeler en duel par André Bordereuse, un de ses gentilshommes,
contre lequel Anseaume de Cariatide se serait battu pour le roi, comme Bordereuse s'était offert de se battre pour son seigneur; mais les grands de la cour s'y opposèrent en faisant voir que la différence d'un monarque à son sujet, quelque puissant qu'il Tilt, ne permettait pas de donner suite à cette iropertinento provocation.
Il résulta de là entre le roi et le comte une guerre dont le Dunois souffrit beaucoup , et la ville de Bonneval en particulier, cor il m'a semblé que c'était à cette époque qu'il fallait rapporter le siège de Bonneval par Louis-le-Gros. Suivant un manuscrit généalogique de la maison de Blois , par François Guérin , Bonneval fut pris par ce monarque. Il lit épargner les églises, mais d'ailleurs il y laissa mettre tout à l'eu et à sang.
L'armée de Thibaud fut défaite deux fois par celle du roi, je n'aî pu découvrir en quels endroits, et la comtesse fut forcée d'accepter la paix pour son Qls.
Celte paix était humiliante pour un jeune héros qui avait autant de courage que de vanité; la tendresse de sa mère et la bonté du roi le loucliaient moins alors que l'humiliation qu'il avait subie ; aussi ne larda-t-il pas a la rompre et à se lier avec le roi d'Angleterre contre celui de France , qui Bt grAce à cette occasion à Hugues du Puiset et le Qt mettre en liberté.
Hugues , bfen loin de marquer au roi sa reconnaissance , se jeta dans le parti du roi d'Angleterre et du comie ïhiband , qui avait agi avec lui en ennemi en construisant la forteresse d'Allaines; contraste bizarre qui ne peut s'espliquer que par la singularité bien connue du caractère du seigneur du Puiset.
Louis-le-Cros, croyant ses ennemis liumiliés, avait pris la route de Flandres. Thibaud le força de revenir. 11 avait contribué au rétablissement du château du Puiset et s'a-
vançait au-delà avec un bon corps de troupes. Le roi , à la lôlG d'un ^ros de cavalerie . le rencontra, le baltit et le Gl reculer Jusqu'au Puisel. Tbibaud, sans se déconcerter, profila, à l'entrée du village, d'un fossé pour y rallier ses gens. Le roi l'y força, ayant nais pied à terre, et cependant manqua d'(ître enveloppé par Kaoul , seigneur de Ueaugency , qui ralliait les fuyards derrière une église , qui paruîtélre la chapelle de la Madeleine , détruite surle cliemia qui conduit h Janville. Le roi, irrité, remonta deux foin à cheval, enfonçant tout ce qui se présentait; mais un renfort de Normands qui vint au secours, lit prendre au roi le sage parti de faire retriiile à Thoury. Il y fut investi, et ce fui bien à propos que le comte de Vermandois vint à son secours, pour ublij^er Tliibaud à se retirer au Puiset.
Le roi , aigri d'une mutinerie si déplacée , ne prit de re lâche que |«)ur se mclLre en état d'étouder complètement la révolte. Il revint assiéger le Puisel. Thibaud , qui se tenait toujours à portée, y accouiul avec une armée plus nombreuse que celle de l'assiégeant , et à son arrivée déût le quartier du roi. 11 tomba tout de suite sur celui du comte de Vermandois qui ne lui en cédait ni eu habileté ni en courage; aussi Irouva-t-il bien de la résistance. En jeune homme fougueux et ennuyé de la longueur du combat, il se lit soldat et chercha son ennemi dans la mêlée; il le rencontre, laltaque et lui porte un vigoureux coup de lance. Le comte du Vermandois dut la vie à la bonté de son armure ; il voulut répondre , mais sa lame fut brisée par son antagoniste. Les deux champions en vinrent à l'épée; Vermandois évita heureusement un coup terrible que lui portait Thibaud, et dans l'instant plongea sa lame dans la poitrine de celui-ci Malgré les edorls de ceux du parti du roi , le comte renversé fut emporté par les siens; sa blessure ne se trouva pas mortelle. L'ardeur de ceux de son
parti se ralentit après cet échec, qui les avait découragés. Le roi profila de révéneraent pour revenir avec ceux qu'il avait ralliés et faire passer la victoire de son cûté; le PuiscL fut pris et réduit en cendres. Le vicomte Hugues fut banni et se noya eu allaut à la Terre-Sainte. Quoique le comte de Vermandois rétablit l'autorité du roi sur les seigneurs, il ne put en obtenir la permission d'aller se saisir de ThibaudrelirédansunrniLle château voisin. Le monarque envoya , au contraire, un passeport au blessépour se retirer à Chartres, comme il le demandait. Il pensait mourir en arrivant à Chartres, mais il y retrouva sa guérison.
Le roi d'Angleterre entretint encore la mésintelligence entre Thibaud et d'autres grands seigneurs vis-à-vis de leur souverain. Il y eutdeslevéesdeboucliersdepuisllISjusqu'à 11 16, où le comte ne suivit que trop les persuasions de son oncle pour le bien de ses vassaux. EnUa le roi Gt la pait avec l'Anglais, et Tbibaud IV se rétablit si bien dans l'esprit de Louis^le-Gros qu'il devint un de ses plus intimes confidens et un des plus zélés dérenseurs des droits de la couroime.
Les sujets de Thibaud se ressentirent de celte heureuse réconciliation; ils cessèrent d'être accablés du poids des armes et des contributions, ainsi que des vexations inévitables dans les agitations de la guerre. Les pauvres furent plus ù portée d'éprouver la charité du comte, sa vertu dominante. Tous les pays qui lui appartenaient en éprouvèrent les heureux elTets. Chrétien zélé, il devint l'édificalion et le modèle de ceux de son rang, jusque-là qu'on n'aurait rien osé dire en sa présence qui eût pu blesser la charité ou la pudeur. 11 se lia étroitement avec saint Bernard et avec saint Norbert qui se chargea de lui trouver une compagne pour coopérer à ses bonnes oeuvres, il la trouva dans un voyage qu'il fit en Allemagne, sa pairie. Ce fut Mahaud
IIISTOIKE
ou Mnthildc, THIe ainée li'Rngilhert , duc de Carinlbie.
C<ille alliance n'était pas encore contrariée , lors^iprAux sollicitolions d'Élienne, second nbbé de Cfteant , fondu en 1098 , et sur les instances de (îeolTroy de Lèves , ^vè<|ue de Cliarlrcs, Thibaud IV fonda l'abbaye de l'Aumône dnns le Danois et dons la portion de la Forêt-Longue appelée forél de Marchcuoir. Il y reçut tinc colonie de Clteau» de la main de l'abbé Etienne rafime. Moréry place le ronringe Je Thibaud vers l'an 1123 . lîeniicr le fuc à l'an 1 120, ol l'on ne saurait mettre la fondation de l'abbaye de l' Aumône da Petil-Citeanx plus tard que l'an 1120.
Thibaud IV consacra à cette œuvre un vieux chAteaa qui lut appartenait à l'entrée de la Forét-Longue, Il pouvait provenir d'une famille de chevaliers du nom de l'Aumôue. dont il est fait mention dans le chartricr de Vendôme. Celte maison n'a pas changé de nom en devenant une abbaye, jusqu'à ce que sa célébrité lui ait fait donner celui de Petit- Gîteaux. Cette nouvelle dénomination n'a passé dans les actes que depuis trois cctils ans.
Le môme comte augmenta l'étondue du terrain de cette abbaye , lorsqu'il en rectilîa la fondation et qu'il la lit ratifier à son épouse et à ses cnfans, Henri, Thibaud et Etienne , l'an I ii2. Il en assigna les bornes n depuis ce qui touche ili » Autainville jusque vers la Colombe, par des fossés appan rens. IJe là, par le chemin appelé du Comte, jusqu'au M carrefour d'Autainville , puis par le Mjirchtiis appelé • du Roundet et par Gies, jusqu'à la mai»;ondu Lépreux 0 d'Autainville. » Il ajoutait le don de deux charrues de labour, avec la ferme d'Ararabert et le Mont-Chauve qu'il avait achetés. Les témoins de cette ratification furent l'évêque Geoffroy de Lèves, Rodolphe, (rhapelain du comte, Bernier, prôtre de Saint-Léonard, Richer de Vieuvicq et ses deux fils Hugues et Eudes, Robert, prévôt dudit Vieu-
vicq , Herbert de Moisy , Margoth de Salomoneria , Uardouin de Chanta me et autres.
On conserve dans celte abbaye plusiears bulles des Souverains Pontifes en sa faveur. La première est d'Innoccut H, de l'an 1136; les autres sont de Célcstin III , d'Adrien IV et de leurs successeurs, jusqu'à Boniface VlII. Elle devint considérable par le nombre de ses religieux , par leur vie retirée et édifiante ; de sorte qu'elle fut mère de plusieurs autres abbayes que lebruitde sa renommée donna occasion d'établir, tant en France qu'en Angleterre, sous la protection du roi Etienne, que l'on surnonamc de Dlois, frère de Thibaud IV.
Celles d'Angleterre furent Waberiée ou VVaverley , fondée le 23 novembre 1128, par Guillaume Giffard, évoque de Wincbestre. Tinterne, fondée l'an 1131 , etLangonet, dans le diocèse de Cornouailles, l'an 1136. par Coran III, duc de Bretagne. En France , Begnrd, dans la Basse-Bretagne, l'avait été l'an 1130, et Landais, en Berry, ne le fut que Fan 1229. Ces abbayes étaient des colonies de celle de l'Aumône; leurs abbés et les religieux étaient soumis à l'abbé de celle-ci, qui était comme leur général et sans l'aveu duquel ces autres abbés ne pouvaient rien faire de considérable. C'est ainsi que le Petit-Cîteaux a formé une espèce de congrégation particulière. Toute nombreuse que fût sa communauté dans ce temps , ses biens n'étaient cependant pas si considérables, si on considère le détail qu'en donna Alexandre III dans une bulle du 26 juillet 1163; c'est qu'alors on se contentait de peu pour vivre dans la pénitence. Les biens énoncés en cette bulle consistaient <• dans te domaine contigu à l'abbaye, la grange du » Puits-Morel, la grange d'Arambert. la grange de Mont- B Cliauve , la grange d'Autainville, la grange de Villefort, î) ta grange de Vivonnes, la terre de Roches, la grange de » Grandmont ellaterred'Orbitiac. »
IfSTOIRR
Saint Louis et d'autres rois l'ont prise sous leur protection, et elle s'est bien soutenue jusque vers le quinzième siècle , que le DuQois Tut infesté par les Anglais. Il n'y avait cependant plus alors que douze religieux-pr(^tres. Les commandes en ont encore fait diminuer le nombre , et aujourd'hui il n'y en a que cinq ou six.
La famine qui désola la France l'année 1125 flt éclater le zèle charitable du comte Thibaud IV. Les deux religieux de Prémontré, ses aumôniers ordinaires, auxquels tons les officiers de la dépense avaient ordre d'obéir sans se plaindre, quand ils donneraient même les provisions de sa maison , furent occupés à parcourir tous les bourgs et villages de ses fiefs, pour y établir toute sorte de secours, jusque dans la saison la plus rigoureuse. Outre les choses nécessaires à la nourriture, ils distribuaient des vètemens, des fourrures et jusqu'à des chaussures aux pauvres. C'est bien ce qui contribua à attirer au comte cet amour et ce respect que I'od poussa jusqu'à un espèce de culte après sa mort. II envoyait aussi des ordres aux prévôts de ses villes, qui étaient ses receveurs, de donner de ses deniers ce qui serait nécessaire pour que personne ne succombât à la miisère. Châteaudun. où il faisait de temps en temps sa résidence , se ressentit abondamment de sa sollicitude chrétienne.
Celle de Geoiïroy de Lèves, digne successeur de saint Yves, le porta dans ces temps à exécuter un projet peutêtre commencé par son prédécesseur. Ce fut d'introduire des chanoines réguliers dans ta principale église de Châteaudun , c'est-à-dire qu'il changea le collégiale de Châteaudun en une abbaye , ce qui était d'autnnt plus facile que les cbanoioes séculiers y vivaient en communauté.
Ceux que Geoffroy plaça d'abord en très- petit nombre dans le monastère ou presbytère de la Madeleine avec les séculiers , étaient soumis à la règle de saint Augustin. Ils
eurent pour abbé un nommé Archambaud, avec l'aide duquel l'évoque dressa quelques statuts particuliers pour le bon ordre de la maison. On voit dans ce règlement un article qui dL'tcrminait la pénitence qui serait imposée aux chanoines qui , après avoir quitté la régularité pour vivre dans le monde, demanderaient à rester dans ta communauté. Le pénitent devait être conduit dans la maison commune des prêtres liospilalierfi de l'Hôtel- Dieu, avec lesquels on avait traité à ce sujet. Selon la grièveté du cas. il devait y être retenu et même enfermé dans la prison de la communauté. Pendant cette détention, le pénitent était soumis à la direction du maître et des prêtres hospitaliers.
Les chanoines réguliers devaient aller processionnelleraent, par trois dimanches, dans l'église de l'Aumône, et à chaque fois le pénitent devait se présenter et suivre la procession jusque dans l'église de l'abbaye, en dedans delà porte, où il restait prosterné, puis il retournait chez les hospitaliers.
A la troisième procession, l'abbé lui donnait le signal de se relever, puis il passait par une porte qui était vis-à-vis d'un autel appelé de Saint-Georges, par où il rentrait dans le monastère, et s'allait réfugier dans l'infirmerie.
Le lendemain, il se rendait au chapitre pour recevoir la correction de l'abbé ou de son vicaire . qui le condamnaient à une Tusligation qui lui était administrée par tous les frères chanoines, jusqu'à ce que le président la fît cesser. Celui-ci donnait ensuite l'absolution au pénitent, et lui faisait reprendre ses habits réguliers, dont il avait été dépouillé pour ces cérémonies.
Le pénitent, quoiqu'absous , assistait encore pendant un certain temps aux offices du chœur, près de la porte seulement, et se prosternait toutes les fois qu'il passait quelqu'un de la comnnunauté pour y entrer.
tk%
UISTOIUE
L'abbé Archambautl profila du séjour du pape Innocent II OD France et de la protection de l'évêque Geoffroy, pour faire approuv^ur par le Saint-SIé^c le changement dont il est question. Innocent ftt expédier une bulle conforme à leurs désirs, le II) février de l'année 1131 , dans l'abbaye de Itcbais en Bric , ou il était pour lors. Il prend , par cette bulle adressée ù l'ablié Archanibaud , l'église de la Madeleine sous la protcclioii du Saint-Siège. Il approuve le changement qui y a été fait , ordonne qu'à la mort de chacun des chanoines sécnlicrs qui y restaîentencore , leurs prébendes seront conférées à des réguliers , confirme à l'abbé Archambaud et à ses chanoines et leurs successeurs, les biens de celte église . et prononce les plus terribles anathèmes contre ceux qui y porteraient préjudice ou qui refuseraient de rendre ceux qui avaient été usurpés,
L'an 1152, Eugène III donna une semblable bulle. Elle était adressée à l'abbé Faucher , â la prière de l'évoque Goslen, ci-devant archidiacre de Punois. Elle l'ut dressée dans le palais de Latran , le dcus du mois de mars. Dans celle d'Innocent II, les biens de cette église n'étaient confirmés qu'en général. Dans celle-ci , on énumére les églises qui élaient alors de sa dépendance , savoir : de Lulz, deLaiineray, d'Isigny , de Hiian. de Saint-Mars, de Chouë, de Saint-Oucn, près Vendôme, d'Orgèresetde Vitlebout.
Adrien IV imita ses prédécesseurs par sa bulle de l'an 1154, adressée au même abbé Fouclier , surnomméGirard. Le détail des églises appartenant à l'abbaye , y est augmenté de la cliapelle deThibaud, comte de Ghâleaudun (I) . dans son palais du même lieu, laquelle était sousTinvocalion de la Sainte-Vierge, de l'église de Saint-Aignan, de la même ville , de celle de Péronville et de la chapelle de Logron ,
{!) C'est la seule qualité que le pape Adrien donne, dans bq bulle, à Thibaud IV,
IIÉ
qui n'appartenaient pas apprircmmcnl à la Madeleine sous Kugène, deux ansnuparavaot. Il y a encore uneautre bulle que j'ai lue comme les outres dans le chartrier. Elle est d'Innocent III et de l'an 1198, on y trouve pour augmentation des églises, la chapelle deSaint-Thomas de Lanneray, celle des Chauvelières el celle de Saint-Gilles de la Jousselinière.
Thibaud IV, pour affermir la fondation du prieuré de Saint-Martin-de-Chemars, laite par le comte Eudes I", avait conGrmé l'an 1131 le don de ce prieuré en faveur de Marmoutierâ, avec tous ses droits, jouissances, serfs, serves, four, moulin et justice, sous les clauses que leurs sujets du môme bourg de Cliemars continueraient de servir le comte dans ses armées, comme ils y étaient tenus, sous peine de cinq sols d'amende pour ledit comte, et de dix pour les prieur el reli^n'eux dudit Saint-Martin. L'acte fut signé entr'aulres, par Gérard Ali let, prieur du même Saint- Martin. Cette bonne volonté de Tliibaud n'a pas empêché que cette maison ait cessé , ou plus lard duos le seizième siècle, d'être pourvue de religieux qui y étaient d'autant plus utiles qu'ils s'y employaient à l'instruction de la jeunesse.
Dans ces temps, et depuis, le chapitre des frères hospitaliers de l'Hôtel-Dieu de Chilleaudun ne parut pas moins digne de la sollicitude apostolique du père commun des fidèles que les autres communautés ecclésiastiques. Le pape Innocent II, retourné depuis 1132 de France, son pays de protection, en Italie, où le calme l'avait rappelé, adressa, de la ville de Fercnlino, dans la campagne de Rome, l'an 1135, une buUeà Robert Fournier, prieur, et aux frères hospitaliers des malades à Chilleaudun, sur leur supplique datée du 27 juillet. Par cette bulle, il confirme leur établissement, leurs droits et possessions, et met le tout sous la protection du Saiot-Siége.
fU
IIISTOIUE
Le vicomte Geoiïroy , second da nom , Qls de Hugues III, suivit assez l'eiempie de ses prédécesseurs. Il Qt du bien et du mai aux ecclésiastiques , selon qu'ils lui donnèrent occasion de les favoriser ou de leur nuire. L'abbaye de la Madeleine lui fut redevable de l'église de Chouë.
Il se brouilla avec Geoffroy de Lèves, évéque de Chartres ; Il lui fit une guerre qui lui réussit, mais qui lui attira l'excoromunication de ce prélat.
Il en eut une aussi avec Ursion de Fretteval, son cousin germain par sa mère. Des démêlés d'intérêt en furent l'occasion, et elle lui fut bien désavantageuse. Le Dunois en fut ensanglanté, et Ursion y remporta, en 1137, une victoire complète, et y fit Geoffroy prisonnier.
La perle de sa liberté nhaJlit le vicomte. Pour Ursion, après l'avoir mis sous sa bonne (^ardc, il alla avec un air de triomphe, à Chartres, faire éclater sa satisfaction. Les religieux de Saint-Père en tirèrent bon parti , en lui faisant leur cour, car il leur remît des droits de coutume qu'il exerçait sur plusieurs de leurs biens. Hudes, leur abbé, ne manqua pas de recotmaissanee ; conjointement avec trois de ses religieus , ils augmentèrent te triomphe du vainqueur , en se mèliinlà sa suite pour le reconduire à Fretteval. Béatrix, sa femme, ses Gis Nivelon et Ilamelin, sa fille Hcrsinde et sa mère, désignée sous le seul nom de la comtesse, approuvèrent, à son arrivée, ce qu'il avait fait pour ces religieux.
Geoffroy II crut que ce serait un moyen d'accélérer sa liberté et sa réconciliation avec Ursion, que do se remettre avec les ecclésiastiques auxquels il avait déplu. Il Qtdonc traiter avec l'évéque Geoffroy etaveclcs religieux de Tyron.
Hugues, son Gis, dès ]a même année 1136, se présenta au chapitre de Tyron , accompagné de Geoffroy . comte de Vendôme, Geoffroy, son fils, Sylvestre de Sainl-Calais,
Hébrard du Puiset et Mathieu Le Uouï; là, du consentement de sa mère, il fit satisraction au désir des religieux et confirma toutes les donations que son père leur avait faites. L'acte en fut drossé le 6 janvier de l'année tl36, c'est-àdire 1137, nouveau style.
On agit de môme vis-à-vis de Tévôque de Chartres, qui accorda rabsolulion du passé, et chacun s'entremit pour la liberté du vicomte à laquelle son cousin et son vainqueur donna son consentement.
Le vicomte, après sa délivrance, reprit les œuvres de piété et passa dans la Terre-Sainte l'an 1140. De concert avec son épouse, il donna à l'abbaye de Téglise de ta Madeleine de Châteaudun, une terre de leur propre, à Saint- Mars en Vcndômois. Cet acte de donalion est de l'an i 151.
One maladie mortelle surprit ce vicomte dans la ville de Chartres. Il y fit venir des religieux de Thiron pour le revêtir de leur habit, dans l'espérance que cet habit couvrirait les fautes qu'il avait faites sous l'habit de vicomte; c'est ainsi qu'il mourut avec édification , j'ignore en quelle année, et si son corps fut porté à Thiron , ce qui est trèsprobable, car Héloïse même, son épouse, et son fils Hugues, dans les arrangemens faits durant son emprisonnement, avaient élu leur sépulture dans ce monastère.
Les enfains de Geoffroy II furent, comme on vient de le voir , Hugues , Hubert surnommé Pnyen , Aupasie ou Alpaïs, et Héloïse. On trouve aussi dans le carlulaire de la Madeleine nn Guillaume, qualifié frère du vicomte Hugues IV, qui est le Hugues dont il est question ici.
Pendant les démêlés sanglans du vicomte de Châteaudun avec le seigneur de Fretteval , le comte Thibaud IV ne me paraît avoir été occupé qu'à continuer de faire sa cour a Louis VI, son souverain. Il le servit en travaillant avec succès au premier mariage de Louis Vil avec Éléooore
d'Aquitaine. Il conduisit le jeune prince , pour le consommer, à Bordeaux. Il n'eût pu alors prévoir les suites funestes d'un mariage qui paraissait si avantageux pour la France.
Le comte se prêtait volontiers à tout ce qui avait rapport à la conquête de la Terre-sainte , sans se soucier cependant d'aller y prendre part personnellement. Il protégeait avec un zèle véritablement charitable la maison des Lépreux de Châteaudun , et l'aidait de ses annoênes.
Cet établissement était une suite de la première croisade. Je trouve que l'an iliO, avant la convocation de la seconde croisade , le comte Thibaud IV confirma le don fait à la Maladrerie de Saint-Lazare, fondée devant la Croix de Saint-Ëman , d'une terre de labour, de deux bœufs et deux ânes à Machelainville , paroisse de Péronville, etladtme de cette terre ; lequel don était fait par Renaud de Patay , surnommé Guiterne.
Tels sont les plus anciens titres qui me soient connus de l'hôpital des Ladres près Châteaudun. Selon Bernier, il y en a de l'an 1118, mais je ne les ai pas vus. Geoffroy de Lanneray a été un de ses premiers bienfaiteurs. Les comtes Thibaud V, Louis son fils, et Jean de Ghâtillon lui firent du bien dans leur temps.
L'an 1U7 , Gauthier d'Aunai , en présence et à la réquisition du comte Thibaud IV , donna à la même maison de Saint-Lazare , la dime de Champ-Galot , qu'il avait eue du mariage de sa femme nommée Claire, fille d'Odon de Montigny. Le jeune Odon de Montigny , fils dudit Odon et frère de Claire , réclama contre cette donation et se désista de ses poursuites dès la même année 11^7 , en présence de Rahier de Vieuvy , son frère, qui consentit que la donation eût son effet, Goscelin du Petit-Aunai et Bouelle Trocelle, pour lors prévôt de Châteaudun.
Selon Botteraie , dans son poème sur Châteaudun , les
rr
premiers aumûniers et te maître de Saint-Lazare étaient de l'ordre de Saint-Augustin.
ïhibaud IV avait bien vécu avec Louis VH depuis l'année qu'il avait conclu son mariage , et qui avait été celle de son élévation sur le trône, par ta mort de son père Louis-le- Gros. Un incident fâcheux le brouilla avec ce monarque Tan 11 'r2 (I).
Raout , comte de Yermandois, beau-frère deXhibaud, était aussi avaiit dans les bonnes grâces de Louis YII qu'il avait mérité de l'être dan» celles de Louis VL Devenu amoureux de Pétronite , sœur cadette de la reine , il répudia Aliéner, qui vint déposer ses plaintes et sa bonté aui pieds de son beau-frère.
ïhibaud ne put se refuser de prendre sa défense. Il mit préalabEementdans son parti son ami saint Bernard, et, de concert, ils écrivirent sur cette affaire au pape Innocent II , qui chargea Yves, son légat, d'en connaître. Il résulta des informations de celui-ci une sentence d'excommunication contre llaoul de Vermandois.
Ce comte ne chercha à parer les foudres du Vatican qu'en faisant une guerre ouverte et sanglante à son beau-frère. Malheureusement te jeune monarque s'était déclaré pour Kaoui. Thibaud y avait contribué à la vérité, en recevant dans ses terres Pierre de la Châtre, que le pape avait sacré archevêque de Lyon , contre le gré du roi qui , de son côté , avait interdit à t'archevéque l'entrée de ses états.
Louis VII vit donc avec satisfaction les armes en main à Raoul contre Thibaud, et encore plus leur réussite. Il ajouta même à ce plaisir si peu digne d'un roi une injustice criante.
(1) Suivant la vie àe saint Bernard, Tliibaad, clans cette occasion, fût à deux doigts de sa perle ; se» provinces furent ravugécs. Abandonné mCme de Id plupart de ses vassaux, on railla ses actions de cbiirilë, et surtout son atlacbcment pour les moines, que Ton appelait ses soidoU, psrdérâioD,
1) força le comte, vaincu, de solltciler lui-même la levée d'une excommuiiicoljon que la justice avait fait prononcer; aussi le comte resta plus irrité contre le monarque protecteur que contre le coupable. Il rendit compte au pape des ressorts odieux que le roi avait fait jouer pour lui faire démentir en quelque façon ses premières déoiarches auprès de Sa Sainteté.
Louis Vil , informé de la hardiesse du comte dans ce juste procédé, poussa t'injusLice jusqu'au bout et se déclara hautement son ennemi. Les baillis ou mayeurs . et peutêtre les évfiques et les curés, comme it s'est pratiqué dans les temps où les communes ont commencé, reçurent des ordres du roi de lever des troupes pour accabler Thibaud. Le monarque en personne se mit à la tête pour ravager les domaines du comte. Heureusement pour le pays sur lequel j'écris, il donna la préférence de ses attaques à la Champagne; il n'en coûta au Dunois que des hommes. Son feu se calma par l'incendie de Vitry. 1! eut horreur de lui-même après cette barbarie, eut peine à se reconnaître après une action si odieuse, qui lui donna néanmoins des moyens d'ouvrir les yeux sur la cause de Thibaud , de faire !a paix avec lui, de lui rendre son estime et même son amitié. Il la scelle authentiquement dans la suite, en épousant en troisièmes noces Alix , dernière des ûlles de Thibaud. D'abord, pour prévenir la vengeancefd'en haut, il s'engagea malheureusement à la seconde croisade, occasion d'un divorce si fatal à la France. Ce fut cependant par les avis de saint Bernard , qui avait bien gérai devant Dieu avec ses religieux , pendant que le souverain irrité poursuivait le juste Thibaud.
Pour celui-ci, tout attaché qu'il fût à ce prédicateur de la seconde espédilioii dans la Terre-Sainte , se contentant d'avoir suivi ses vues en fondant l'abbaye de Preuilly, avec
DU COMTÉ l>E DUNOIS.
ik9
sa pieuse raère Adèle, d'avoir conlribué, |iar des sommes considérables, aux seconds bâlimcns de Clairvaux , etc. , trop avancé en ûge pour se faire pèlerin et chevalier à saintes aventures, il se contenir de déférer à son fils aîné l'honneur de soutenir le roi contre les infidèles , et le mérite de faire l'épreuve des discours prophétiques de son saint ami.
Cependant Henri, duc d'Anjou et de Normandie, qui devint roi d'Angleterre dans la suite, obligea encore Thibaud IV à endosser le harnois. Il se mit à la tête de ses vassaux armés pour s'opposer à la violence de ce voisin. Celui-ci voulait lui enlever à force ouverte le haut domaine , comme comte de Dunois sur Frclleval (apparemment comme suzerain du Vendômois, qui borde le territoire de Fretteval ). Thibaod agit avec vigueur dans une quereUe que son droit acquis lut faisait regarder comme très-injuste de la part de son agresseur. Il l'ut très-bien soutenu par ses troupes. Tout se termina en sa faveur, spécialement par une victoire signalée qu'il remporta sur Henri l'an 1149. Elle fit oublier à celui-ci sa prétention.
Enfin Thibaud-lc-Grand mit toute son ambition, le reste de ses jours, à contribuer au bonheur de ses vassaux et à les édifier dans une espèce de retraite qu'il gardait dans les châteaux de ses domaines. Il mourut dans celui de Lagny ou de Pontigny, le 18 juillet, selon le vieux nôcrologe du chapitre de rflôtcI-Uieudo Chàteaudun , et selon d'autres, le 10 août, l'an lt52. Il avait eu onze enfons de Mahaud , son épouse, savoir : cinq Bis et six filles ; postérité, disent les historiens , qui l'ont rendu l'ancêtre de toutes les maisons souveraines de l'Europe, La vie de saint Bernard, par GeolTroy , abbé de Bonneval en Dunois, lequalifie de prince de sainte mémoire; c'était, pour un religieux, une juste reconnaissance des largesses immenses du défunt pour les
tm
HISTOlttE
inonaslvres, et spécialement pour Glciirvaus. Il ne rendit pas SA mémoire moins précieuse aiii habitans de ses provinces,
Henri , l'aîné de ses fils , eut la Champagne , nvec la réserve du droit de fief et de suzeraineté sur les portions de ses cadets (^ui leur lurent données en partage. 11 résulta de cette espèce de sous-inféodnlion une vassalité abusive des comtés de Chartres, Blois et Dunois vis-à-vis des comtes de Cliampague , qui a cessé lorsque ce droit a passé par vente à la couronne, dans lu personne de saint Louis, l'an 1238.
Thibaud, cinquième du nom . second fils de Ttiibaud IV, eut , dans ta forme que je viens de dire, les comtés de Chartres, de Blois et de Rnuois, litienne fut comte de Sancerre; Guillaume, évoque de Chartres, dès l'âge dedixhuit ans, fut successivement archevêque de Sens et de Reims (1), enfin cardinal et ministre de l'hilippe-Auguste; Hugues, chevalier du Temple, selon la trerite-el-unièrae lettrede saint Bernard , et abbé deClairvaus , selon Dernier; Agnès, l'aînée des tilles, épousa René, comte de Bar; Marie fut femme d'Eudes, comte de Bourgogne; devenue veuve, elle se Qt religieuse à FonlevraulL; Mahaud prit alliance avec Rotrou IH , comte du Perche; Elisabeth, premièrement avec Ituger, duc de la Pouille, puis avec Guillaume Goëth, quatrième du nom, mort à la Terre- Sainte; il était seigneur de Montrairail , seule qualité que je lui vois donner, quoiqu'il eût Brou, AHuyes , etc. ; Alis, In plus jeune, devint troisième femme du roi Louis VII.
Si r hérésie de Jean-Scot Érigènc, sur le mystère de l'eucharistie, renouvelée par Bérenger, mauvais disciple de l'orthodoxe Fulbert , corrompit la foi de quelques fidèles,
(1) C'est par lui que rdglise de Reims a commeocË i, Être regardée comme la première pairie ccclësiasliqae.
DU COSITÉ DE DLINOIS.
elle fut aussi pour plusieurs un motif de ranimer la leur par des marques exlérieures; des (îdèlt-s voulurent venger en quelque façon publiquement , par des sociétés dévouées à radoralion de tel auguste mystère , l'iiisuUe. faite en cette matière à la croyance de l'église calhotique.
C'est une tradition de Châte.iudun qu'il s'y étublit une des premières confréries du Sniut-Sacrement , environ un siècle avant la mort de Tliibaud IV ; que les confrères lirent construire à cet clfel une chapelle voûtée. On cunsidèro comme un reste de ce monument un demi-soulerraiu servant actuellement de cave dons une maison en dedans de l'angle des rues du Guichet et de Luynes , dont l'entrée est sur 1,1 pince de Saint-André et à l'angle le plus près de l'église.
Dans le siècle que je parcours, l'histoire me rappelle le souvenir d'un sujet qui mérite de ne pas être oublié dans la république dos lettres. Lambert, surnommé Licors, c'està-dire corps-court, à cause de sa petite taille, prit naissance à ChfttcauduM , au commencement de ce douzième siècle. Il était ecclésiasti(|ue ou légiste , à ce que présument les historiens , d'après les vers suivaus , tirés d'un poème dont je vais faire mention ;
u La varié del'histoir, si CDiuiue li ReU la Til, ■> Un clerc de Châtcaiidiin, LamberL Licors l'âcrit, 9 Qui de latin la Irest, eleii roman ta mil. >
Etrectivemenl, le mot de clerc signifiait l'un et l'autre état ; mais il voulait dire aussi simplement un homme lettré.
Lambert Licors a été le premier de nos français lettrés qui ait entrepris un grand poème dans la langue naturelle du temps, et la plus pure de son siècle, c'est-à-dire le lioman. Il choisit pour son sujet la vie d'Alcxandre-le- Grand, qu'il traita on vers de douze syllabes, dont il fut l'inventeur. Dans la crainte de n'avoir pas assez de temps
UISTOIRK
pour conduire à sa fin une si grande entreprise , il s'us$>ocia , après l'avoir commencée, un homme de lettres nommé Alexandre de Paris, qui n'eut pas même la satisfaction de la Unir. Ce fut Jean-te-Nivclois ijui s'en chargea, selon le supplément de la ^lose du ronsar de la Rose. Licors a cessé d'y travailler l'an 1150, et peul-élre dans la mÊme année cessé de vivre.
La plupart de ceux qui ont parlé d'Alexandre de Paris lui ont donné la gloire de l'invention des grands vers de douze syllabes , qui , cependant , est due à Lambert Licors , comme Alexandre de Paris lui-même nous te donne a entendre dans le poème dont est question, où il s'exprime ainsi :
s Alexandre nous dit qui de Bernai Cul nez,
» Et de Paris refit les surnoms uppelei ,
» Qui cy a les sien» vers ù lès Lambert jetez. •
Il fallait que les vers de Lambert subsistassent pour qu'Alexandre pût y joindre les siens. D'ailleurs personne ne méconnajt Licors pour le premier auteur de ce poème antique. Si les grands vers de douze syllabes se nomment Alexandrins, ce n'est donc pas du nom d'Alexandre de Paris qu'il en faut lirer l'origine, mais du poème même d'Alexandre, entrepris et commencé par Lambert Licors.
Pour donner une idée de la poésie de ces temps à ceux qui n'ont pas connaissance de ce qu'on a écrit en ce genre dans ces siècles, je vais encore en insérer quelques-uns du commencement de l'ouvrage, qui feront connaître le caractère de la verve poétique du vieux povte Dunois :
B Qui vers (le riche liistoir rcvil sça-yoir et o!r,
> Four [iretjdrc ixin excin|ilede proOssc accuelDir,
> De eoimoistre raison , d'amer et de tiaïr, ■ De ses amis prder el rb&retncnl tenir ,
I Des emierais grever, qu'on n'en puisse élar^r, » De laidurcs venger cl des boas ruîtsmérir, • De basier quand Leur est el à terme soffrir,
t Oei donc le premier bonneincn h loisir;
I Ne loera KUËresbom, qui ne doic plaltir.
» Ce esl du meilleur rajf qui une poest morir,
• D*AleiBDdre je veuil rbÎBloire icfraiscliir, i (1)
Huguâs IV, vicomte de ChÂteoudunv qui avait donné des marques de son bon naturel et de sa sotticitude filiale , pendant la détention de son père à Frotteval, 6pousa Marguerite , dame de Mondoubleau. Elle lui donna trois fils : Geoffroy 111 , Hugues V et Payen. Il avait fait le voyage de la Terre Sainte l'an 1 159 , bien accompagné de ses vassaux. Gependaivt Rotrou 111, comte du Perclie , son cousin , avait proiité de son absence pour faire quelques usurpations sur ses terres, ce qui occasionna entre eui un diG[érend trèsvif au retour du vicomte. Le comte Thibaud V fut leur médiateur, et réussit à les concilier.
Il y en eut un entre le roi Louis VII et Henri II , roi d'Angleterre [2) , qui eut la même issue. Les armées des deux souverains étaient déjà nombreuses et prêtes i en venir au& mains dans le Dunois. On n'attendait que le moment d'une bataille sanglante l'an 1162, lorsque les deui monarques Grent leur paix Tort près de Fretteval.
Les bienfaits de Geoffroy 1" envers les religieux de Saint- Denis de Nogent, à qui il avait donné le monastère et paroisse de son bourgàChâleaudun, furent suivis sous Hugues IV, d'un débat assez violent avec Yves, prieur dudit Saint- Denis. Yves était apparemment de ces moines plus zélés qu'éclairés, qui se croient obligés par leur conscience à soutenir des droits que la raisou leur ferait regarder comme
(1) HasH on Vasse a fait usage des vers Alexandrins dans quelques paKie» de son Hou, pourquoi quelques-uns le regardent comme l'inventeur de ces vers de douie syllabes; mais quoiqu'il ait vécu dans le même siècle que Lambert, je n'ai point tu démontré que son poème ait précédé ce qu'a écrîl Lambert.
(3) Henri, duc d'Anjou, devenu roi d'Angleterre l'an 115&.
II is lot ut:
de vérilables injustices, s'ils la consultaient sans préjugés. Les prérogatives que le vicomte Geoffroy II avait accordées aux religieux du Saiiit-Sépukre , sur les habitans du bourg du vicomte , firent croire à Yves que les liabitiiiis de ce faubourg ne devaient plus dépendre que de ses religieux du Saint-Sépulcre , et qu'ils devaient être exempts de certains subsides que Hugues IV prétendait en exiger comme de ses vassaux naturels, pourses besoins particuliers. Ce chef de l'église monacale et paroissiale dudil Sainl- Sépulcrc s'opposa donc aux désirs du vicomte . et Hugues, pours'en venger, s'empara delà terre de Villemont donnée par le fondateur audit monastère. Ce n'était que pour mortifier Yves ; il nes'appliqua pas personnellement la propriété et I» jouissance de celte terre, mais il en gratifia un des chevaliers de sa cour nommé Thibaud Bonneltc. Nous avons vu ci-devant un homme de ce nom, prévôt deCliAteaudun. L'aigreur des parties dura jusqu'à l'an 11G6, où le zèle de l'évêque Guillaume de Champagne, frère deThibnud V, y mit fin par un accord eu forme de transaction , qui porte qu'au lieu d'un secours que le vicomte prétendait lui être dû par les habitans dt| bourg du Saint-Sépulcre , soit pour le cas où it marierait quelques-uns de ses enfans ou quelques-unes de ses sœurs, soit pour la rançon , s'il était fail prisonnier de guerre , soit pour retirer ou acheter quelques terres; le prieur du Saint-Sépukre ferait assembler vers la Saint-Rémi de chaque année , dans l'église dudit Saint- Sépulcre, quatre ou six habitans dudit bourg, en présence de quelques officiers du vicomte ; que lesdits habitans jureraient que , de bonne foi , ils lèveraient une somme de dix livres, laquelle somme serait remise au vicomte au jour de Toussaint;
Que l'on exempterait de cette taille et de toute autre imposition, les trois officiers {servientesj de cette église ,
UU GOMTK DE DLINOIS.
im
ainsi que le Fermier du four bannal et le portier du bourg , ce qui indique que te faubourg avait sa clôture particulière,
On accordait la même cxerftption à trois hommes do vicomte, leur vie durant, savoir; aux riommd's Eudes ou OdonIlacault,riilbertetGuérinSoufflers(7"«Sfanf«stJent«niJ; pcut-Ctrc étaient-ils deceus qui travaillaient à la monnaie de? vicomtes, à qui les comtes avaient permis de continuer la monnaie Dunoise, comme dès le neuvième siècle.
En conséquence, le vicomte l'obligeait de faire rendre la terre de Villemore .qu'il avait fait passera ThibnudBonnelte.
On régla dans le même acte que le prieur de Saint-Denis ne serait tenu de faire résider dans la communauté du Saint-Sépulcre que six religieux, et que le vicomte ni ses successeurs n'en pourraient exiger unplus grand nombre ;
Que les gens fservientesj ou officiers du vicomte seraient tenus de venir à l'église du Saint-Sépulcre clans les grandes soleiinilés; que s'ils y manquaient et que les religieux s'en plaignissent, ils eu recevraient l'oblalion accoutumée, avec la satisfacliun requise; c'est ainsi que l'on s'assurait du casuel, c'est-à-dire des aumônes des fidèles, lorsqu'on craignait que le défaut decliarité n'en fît cesser les usages.
La transaction portait encore que ceux qui amèneraient vendre leurs marchandises aux jours de marchés paieraient la douane au vicomte, en quelque endroit qu'ils les vendissent, tant que durerait le marché; que tout ce qu'un habitant du bourg vendrait hors le bourg paierait tribut au vicomte , en quelque jour que se fit la vente ;
Qu'en quelqu'endroit que se fît la vente des cuirs et des peaux , même dans le bourg, ou en quelque jour qu'elle se fît, l'impôt ordinaire sur ces marchandises serait pay^ au raéme vicomte ;
Que le péage des bœufs et autres bêles à cornes (Bolagium et CurnagiumJ appartenait au vicomte ;
Qu'il serait permis au vicomte de continuer à prendre pourson service les chaudières, pots et trépieds des foulons et des teinturiers du même bourg, à la charge d'en rendre d'autres, s'ils étaient perdus ;
Qu'il pouvait prendre chez les foulons du bourg , comme d'ailleurs, de la bourre pour les bâts de ses chevaux et de ses Anes d'équipage qu'il avait à Chàteaudun ;
Que tant que durerait le marché , lejuge, pour le vicomte (vicarius), pouvait saisir en quelque endroit que ce fût tes hommes et femmes du bourg sujets aux tascs, contre qui il y aurait plainte , et les traduire à la justice du vicomte jusqu'à ce que l'affaire fût jugée; que le marché serait censé durer dès qu'il s'y trouverait encore { a Très corbelice surorum cum mercibus » ) (1) ;
Que le vicomte pourrait faire prendre tous les jours hors dudit boarg, et faire punir les habitans du même bourg qui auraient refusé de payer le tribut, et ceux qui auraient commis quelque vol aussi hors du bourg;
Que si un voleur était pris dans le bourg, les religieux pourraient en faire justice et s'emparer de tous les biens qu'il posséderait dans le même bourg. Mais que si ils ne la voulaient faire ou ne le pouvaient, ils abandonneraient le criminel au vicomte pour la faire, et que ni les religieux ni le seigneur vicumlene pourraient le racheter;
Que si quelqu'un allait se plaindre aux religieux des gens qui leur appartenaient, ou que si les justiciables formaient quelques plaintes les uns contre les autres, et si les religieux manquaient à en faire justice, ce serait au vicomte à la faire dans Ghâleaudun et non ailleurs;
Que les vassaux demeurant dans le bourg, qui auraient
(1} Le niol«)trcir»ni eH peul-ëtre mal copié. Il ri'b empêché de traduire celte phrase où il s'agit de trois paniers d'cine e&pëcc de denrée énomcée par ce molftirorum.
m COMTÉ UE DUNOIS.
été oificiers du vicomte , ne paieraient aux moines aucuu tribut, si ce n'est leur part des dix livres mentionnées cidessus , à moins qu'ils ne fissent quel<]ue commerce , car alors ils seraient tenus de payer nux moines les mêmes taxes que les autres marchands dudit bourg;
Qu'il ser/iit permis au vicomte de prendre des toiles écrues chez les tisserands, pour faire porter ces provisions dans la ville et non ailleurs, à condition d'en rendre d'autres si elles se trouvaient perdues. Cet article indique que les marchés, jiusqu'àceux des denrées, se tenaient h;TS l'enceinte de la ville ;
Qu'il avait le droit de commander le ban et de lever de la cavalerie dans le territoire de Chàleaudun;
Que si le vicomte avait besoin des hommes de l'église du Saint-Sépùlcre. pour les faire passer dans ses armées, il donnerait ordre de les faire avertir au prieur, qui ne pourrait réclamer contre cette coutume;
Que toutes les Fois que les ennemis paraîtraient en campagne , les habitans du bourg sortiraient au cri de guerre;
Que si quelque habitant du bourg faisait quelque entreprise contre le vicomte , il en serait fait justice dans le lieu où de tout temps on a coutume de la faire ;
Qu'il serait permis aux religieux du Saint-Sépulcre de vendre librement le vin provenant de la vigne que Constantin, nisde PerrariLts, avait donnée à leur église, pour fournir au luminaire, pourvu qu'il fut sans mélange d'autre vin » dont ils répondraient au vicomte, s'il en demandait assurance ;
Qu'ils le pouvaient vendre dans un môme ban ou dans plusieurs ; mais . qu'excepté ledit vin , il ne serait permis ni aaxdits religieux ni à aucuu habitant du bourg, d'en vendre dans le ban du vicomte, sans sa permission.
Cet accord fut signé par l'évéque et les parties , par Mar-
tes
IIISTOUIE
guérite, femme liu vicomle, leurs enfaiis , Geoffroy, Uiigucs et Payen. Eudes, prieur du Saint-Sépulcre, Roscelinde Membrolles, Adam de Cloyes , Robert (de MeliacoJ, Guillaume de Romainville, (iilberi de Meslay ; on y trouve aussi la signature de Jeanne, épouse du vicomle, c'est la femme de Hugues V. Il y a tjnniitilé de chartes qu'on a fait signer par les descendans de ceux dont il y est question , dans des temps p stérieurs à leur rédaction, pour leur donner plus de force et former une espèce de ratilicalion.
Dès la mCmc année 1 IGtî, cette transaction fut confirmée par le comte Tliilaud V , pur un acte où ce comte dit qu'il approuvelous les dons que Hugues IV et ses prédécesseurs, vicomtes de CliAteaudun , ont fait nuv religieux de Clunl, servant Dieu dans le prieuré de Saint-Donis de >ogent, savoir: l'église du Saint-Sépulcre de ChUteaudun, avec le bourg où elle est renfermée, la justice sur les bourgeois et Uommcs dudit hourg, excepté le duel , l'homicide et autres grands crimes.
Il y consent que lesdits habitans du même bourg ne soient point tenus de faire la garde, sortir au cri du liérault, d'aller en campagne, que lorsqu'ils seront avertis, dans ces cas, par le prieur à qui on en confiait l'ordre ;
Qu'aucun de ses officiers ni aucun autre n'entreprendraient de se saisir d'un homme dudît bourg ni de s'emparer de ses biens, que du consentement du prieur dudit Saint- Sépulcre, ou à faute par lui d'avoir rendu Injustice.
Il confirme en détail aux religieux la possession des terres de V'^ivier», de la rivière, des moulins, prés, etc., des fermes de Boucliarville, de Villemore et deChiUtonviile, la moitié des dîmes d'Ozouer-le-Breuil et de Membrolles; lesquels biens leur avaient été donnés par icsdits vicomtes. Ces actes m'ont paru renfermer des choses assez inslruclives pour en donner ici un extrait détaillé.
m COMTE 1)E l)U^()IS.
On ignore le temps de la mort du vitomle Hugues IV , qui l'ut apparemment inhumé à Thirori, comme il l'avait décidé de son vivant,
Geoffroy Ht du nom, son fils aîné, posséda après lui la vicomte de ChAleauduti , mais fort peu de lemp$. 11 la laissa à son cadet Hugues, par Sii mort arrivée vers l'an 1183 ou JJ85, sans qu'il so fût marié. On donne au troisième, nommé l'ayen. la quidilé de seigneur de Slondoubleau , aussi bien qu'à Uugues.
Henri, due d'Anjou , roi d'Angleterre , suscita des difficultés à Thibaud-le-Bon , comme il avait l'ait à son père , Tliil»aud-le-Grand. Elle se terminèrent favorablement pour Henri H, et sans coup-férir, Tliibaud \\ sans renoncera ses droits actuels, consentit qu'il étendît ses limites à Fretteval et à Amboise (I), sans préjudice pour Ursiou , seigneur immédiat dudit Frelteval ; ce roi s'était déjà étendu jusqu'à Monttnirail. Cet accord lui donna la Incilité do se former une grande route pît-rrée qui subsiste encore, depuis Fretteval jusque sur la paroisse de Saint-Pellerîn, pour gagner Bois-ttutliu , puis Montmirail. Ce ctiemin est connu jusqu'à ce jour sous son nom : on l'appelle le chemin de Henri.
H paraît que la situation de Monttnirail lui en rendait le séjour agréable {2,), et qu'il en visitait souvent le propriétaire. C'est là que , dès l'an 1166, il reçut la visite de Thomas Becquct, archevêque deCantorbéry. Ce fut au.\ instances des cardinaux Guillaume de Pavie et Jean de Ps'aples, qui
(1) Tliîbaud avaiL soQmis Ambuise i. son ob^is^aiicc et Tiilt prisonnier Solpice, seigneur de ladite ville, qu'il garda eureriné il Cttâteaudun , où il inourul.
(2) Ce roi avait aidé llervâ de Gicn, gendre de GuîIIdiidic Goelli, quatrième du nom, ti se nietlre en po6se<ision de ce ch&tcaii , contre les prétentions (lu comle Thittuud V, peu de t<smps, je crois, uprcs lu uiorl dudit Guillaume,
im
travaillaient à tour réconciliation. Elle fut manquée dans celte première conférence, parce que l'archevôque exigeait que le roi commcnçîlit par lever la saisie des biens de son archevfiché.
Louis Vfl, protecteur du prélat fugitif, soUidta une seconde conforeiice prés le mfinic lieu de Monlmirail , où il voulut bien paraître en personne comme médiateur, l'an 1170, ou à la tjn de 1169. Le roi de France les avait amenés, aux termes d'un accord qui fut rompu à cause de ce que dit 1 archevêque, en donnant le baiser de paix à son roi : Je vous embrasse, lui dit-il, à l'honneur de Dieu. Henri se retira en arrière tout courroucé, disant qu'il usait toujours de termes qui sentaient la restriclion. Louis VU lui-même en fut choqué dans le moment; mais le saint archevêque lui fît connaître que sa conduite n'était pas si déplacée qu'il l'avait jugée, et le monarque français convint qu'il était plus clairvoyant que lui. C'est ce qui engagea le roi à ne pas se rebuter pour conduire celte affaire ù une bonne conclusion. Il y était excité d'ailleurs par quantité de seigneurs de France, partisans do l'archevêque banni, spécialement par Thibaud V et son frère Guillaume , pour [ors archevêque de Sens. H sollicita donc une autre entrevue avec Henri, qui y consentit.
Elle se Ot la mèmeannée , à Fretteval (1] , où était le roi d'Angleterre. Celui de France y fut accompagné par l'archevêque de Sens et parlevûquedeNevers. Les conférences y furent secrètes et conduisirent à l'accord qui fut terminé quelques jours après à Amboise. Tout se passa bien à
(1) C'eîl dans ce même cbâtciii de Frctlcïal que , l'an 1178, ces dcut rois^'aboucbi-rent et Irailèrcnt de h paix, apr&i i]uc Louis VII lui eût fait la gaerre pour soutenir la râtolte des fils du roi d'Angleterre, et que, dans la même occasion , on traita du mariage d'Alii, Tille du LroisiL-me lit de Louis VII, arec Ricbard , lequel n'eut d'auLrc eflet qu'un long séjour d'Alix en Angleterre , nicliard u'ayant pas voulu t'éponser.
DU COMTÉ DE î>UNOIS.
Fretteval, et h deux fois différenles que l'on v monta à cheval («endant l'etilrevue des deux rois , celui d'Angleterre tint l'étrierè l'archevêque.
On sait que la Termeté invincible de ce prélat l'empêcha de jouir longtemps des fruits de cette paix, et que la vie lui fut indignement arrachôe la m{^nie année 1170, par des courtisnns qui crurent que ce meurtre serait agréable à leur souverain. Je soupçonne qu'un des quatre gentilshommes à qui Mathieu Paris attribue le massacre de cet archevêque, était Renaud , fils du seigneur (Jrsion de Fretteval, que cet historien nomme simplement Reginaidiis, /Uius Ursi; on peut présumer que c'est en conséquence de la protection que le comte Thibaud V avait accordée à ce :iaint , révéré comme martyr, de ses voyages dans le Duoois et de quelque séjour dans Gliâteaudun, qu'on y a hérité de quelques-unes de ses reliques , qui sont conservées dans l'église de l'Hôlel- Dieu. Elles consistent dans une mitre d'une étoffe de soie fourrée, des gants de peau aussi fourrés , etc. Elles étalent exposées tous les ans le jour de sa fête, sur l'autel des salles des malades qui viennent d'être détruites, comme une preuve de la simplicité de ce saint prélat dans ses habillemens.
Thibaud V, aussi religieux que son père, aifectionnait celte maison et sa communauté de prêtres. Ceux-ci, ayant été vexés de son temps par un abbé de la Madeleine, qui voulait exercer des droits sur leur chapitre, comme s'il avait été un évêque, le comte prit leur défense et écrivit, l'an 1180, une lettre en leur Taveur au cardinal Pierre , du titre de saint Chrisogône , légat du Saint-Siège ; il y disait: < Je vous prie de faire attention que la maison des pauvres D de Châteaudun est très-sainte et que la charité y règne , » car on y reçoit et nourrit , avec toute sorte de piété, les u estropiés et les pauvres, de quelque lieu qu'ils viennent.
» Cette maison a été établie et tout y a été réglé par mon j» père , le comte Thibaad , et par les évoques de Chartres , » tant ceux qui ont vécu de mon temps (jue ceux qui m'ont » précédé, selon qu'ils rotit jugé pour le mieux et pour le n plus utile ; mais Tabbc de Chàteaudun entreprend de » renverser ces réglemens et d'y établir je ne sais quelles « nouvelles coutumes , ce qu'il n'a pas droit de faire. Peut- B on aimer Dieu et faire quelque i:ho8C qui puisse préju- » dicier à une si sainte maison I Au contraire , on doit en » augmenter le bien de toutes ses forces , avec toute la » dévotion et le soin possibles. Cela étant, je vous prie n instamment de veiller à l'avantage des pauvres de Jésus- 0 Christ, et d'ordonner que celte maison reste dans le D même état où elle a été jusqu'ici, s
Cette lettre dénote assez que le comte croyait que l'abbé de Chûteaudun, qui était Herbert, n'était nullement fondé dans ses prétentions. Sa charité pour l'Oôtol-Dieu ne se termina pas à de simples recommandations ; outre les aumônes manuelles , il lui appliqua cent sols de rente l'an 1183. Le fonds est modique ; mais je ne sais si son père, qu'il donne dans sa lettre comme fondateur de celte maison, a fait plus pour elle. C'est sur quoi son chartrier, que je n'ai pas vu , peut nous éclairer.
Ce fut peut-être aussi en considération d'an hôpital que l'on croit avoir été entretenu à CliAteaudun par les templiers de la Boissière (1), qu'il donna à ces chevaliers troi»< marcs d'argent à prendre sur le revenu de la prévôté de Chôteaudun . suivant une lettre qui est conservée dans la chambre des comtes de Blois.
Hugues V, second Bis de Hugues IV et seigneur de Mondoubleau, étant devenu vicomte de Châteaudun par la
(1] Cet bâpilal de Templiers dans Châteaudun était dans le faubourg de Saint- ValéKen, dit le bourg du Comte, prêt des fossés dudit fautwDrg.
mort de son frère GeoOTroy HE , c' pou sa Jeanne Du Bouchet, de la maison des seigneurs de Vendôme et de Reuilly ; Elugues avait la conscience timorée, tl se croyait injuste délentcurde quelques bois et de quelques terres données autrefois aux religieux de Satiit-Denis de Nogent, par quelques-uns de ses prédécesseurs et retenus par un autre. Il ne se contenta pas de satisfaire , la même année 1183, le prieur de Saint-Denis et ses religieux, et de leur donner l'église de Saint-Cyr de Sargé; il se pourvut encore d'une absolution de la main dudit prieur , tant pour lui que pour son père, de rexcommunicalion qu'il croyait qu'ils avaient encourue à ce sujet. Elle lui fut accordée le 3 août de ladite année.
Ce mèrae vicomte déchargea, l'an 1188, la terre du Tronchet, paroisse de Chouë , dépendant de la chapelle de Saint- Biaise, paroisse de la Chapelle- Vicomtesse, de quelques redevances auxquelles elle était assujétie envers lui , à condition que les gens de TElâtel-Dieu de ChAteaudun , résidant dans ladite terre, seraient tenus de garder son château de Mondoubleau, lorsqu'il serait à la guerre. Cette chapelle, de même que celle de Sainte-Cécite , paroisse de Footaine-Kaoult, font chacune le principal revenu des deux premiers premiers prêtres hospitaliers, condonnés du mën^e Hôtel-Dieu. 11 accorda aussi au même hôpital une charge de bots mort à prendre chaque jour dans sa forôt de Vendôme; mais cette concession n'est que de l'an 119i.
L'au 1190, il fonda le prieuré de Saint-Âgil, pour des religieuses de Saiiit-Avit deChâteaudun.
Le comte Thibaud V avait épousé, dés l'an 116^, Alix de France, fille du premier mariage de Louis VII avec Éléonore de Guienue, répudiée et devenue femme de Henri II, roi d'Angleterre, Cette princesse était aussi portée que son époux à faire du bien aux églises et aux monastères.
Elle avait une confiance particulière dans le mérite des bons religieux. Ayant eu , datis son palais à Ctiâleaudun , une couche laborieuse dont elle se ressentit quelque temps, elle &t venir auprès d'elle, pour sa consolation , Kobert, abbé de Fontaines, présGhAteaurenaud.
Elle se joignit à son mari pourconfirracrla fondation de l'abbaye de l'Aumône ou Petil-CUeao]i. Les religieux de Tbiron éprouvèrent la libéralité de ce^ dignes époux , qni ne laissiatent échapper aucune occasion de donner les marques extérieures de religion pratiquées dans ce temps.
Ils Cl) donnèrent une éclatante en faisant fondre, pour l'église de la Madeleine de ChÂleaudun , une fameuse cloche qui, selon Bernier, historien de Rlois, pesait vingt-huit mille livres. On lui donna le nom de Thibaud. Le même auteur dit qu'elle portait celte rime :
■ Cy est le gros Thibaud
• Qu'à peine fut monlËen haut. >
Ëlte fut diminuée de poids et refondue Van 1^18, moyennant 52 écus d'or. EnGn , en 1522 ou 1523 , ayant été fondue avec les autres cloches par le feu du ciel , elle fut réduite à plus de moitié de ce qu'elle pesait dans son origine. On dit que de cette réduction et de celle des autres cloches, on tira le métal que les chanoines de Saint-André achetèrent pour fabriquer leur deux belles cloches qui ont été fondues dans le dernier incendie.
Dès l'an H73, Tbiboud-le-Bon avnil affranchi l'abbaye de Saint-Avît d'une coutume nommée Coma^um , c'est-àdire d'une taxe sur les bétes à cornes. L'an 1189, il leur assigna une rente de onze livres, à prendre chaque année sur la prévôté de Bonneval, pour l'entretien du luminaire de l'église, en présence de Robert de Meslay (de MeliacoJ, Garnier de Neuvy, Hugues de Bullatn ville. Il donna aussi quelque choseà la léproserie deSaiut-Lazarelès-Châteaudun.
JC5
Il se préparait alors à son voyage de la troisième croisade, qu'il Qt sur la fin de l'année suivante avec le roi Philippe-Auguste , ce qui lui fit faire plusieurs aumdnes du même genre que celle dont je viens de parier. Il avait dès-lors une sorte de pressentiment de sa mort, car il trouva une fin glorieuse et chrétienne devant la ville d'Acre, au mois de mars 1191.
La princesse Alix, son épouse, ayant appris celte triste nouvelle dans son château de Chflteaudun , en conçut un chagrin violent; elle se Ct accompagner de ses quatre en- Fans pour aller chercher quelque consolation auprès de l'abbé de Thiron ; et comme leur séjour occasionna de la dépense dans l'abbaye, elle en marqua sa reconnaissance par un don qu'elle y fit l'an 1195.
Une sœur de cette princesse et du même nom , mais du troisième mariage de Louis VII , et nièce de son mari , avait été accordée avec Hichard d'Angtctcrre, dans le château de Fretteval, l'an i £78, comme je l'ai dit. Cette Alix était fort jeune lorsqu'on fit ce traité , et on la Qt passer en Angleterre. Richard ne parlant point de rixer ce mariage, le roi Philippe-Auguste, frère de la princesse, fit expliquer le roi Richard sur ses longueurs, l'an 1190. Le monarque d'Angleterre promit de conclure, et donna pour pleige de sa promesse le vicomte de Chàteaudun , Hugues V, qui était lié avec ce uonvoau roi. Le temps fixé s'écoula sans que Richard se prêtât à exécuter ce qu'il avait promis. Philippe-Auguste , justement impatient de voir décider le sort de la princesse , sa sœur , qui était nubile, Jt sommer le vicomte de Chàteaudun de tenir sa parole. Ce seigneur avait beaucoup de droiture; voyant que le roi d'Angleterre le rendait injustement responsable de^on mauvais vouloir, il fit répondre à son souverain qu'il était prêt à le suivre partout et quand il lui plairait.
Riclitird Tut lellumcnl pi(]ué contre le vicomte de celte démarche , quoique con forme à ta droiture , qu'il Bt serment de le ruiner. Hugues ne méritait pas un tel troitement; aussi ne parnîl'il pas que le roi d'Angleterre ait réussi dans sa mauvaise intention. II n'osa même s'attaquer àCbÂleaudunla même anntlic, lorsque, retournant de l'Auvergne en Normandie, i[ brûla en passant les villes de Vendôme et de Dreux. Le jeune Louis, Qls deTliibaud V, était alors de retour de ses heureuses expéditions en Normandie pour le roi Philippe. Châteaudun pouvait être fourni de ses gensd'armes comme de ceux du vicomte, pour en imposer à Richard. Le mariage de celui-ci avec Alix ayant été entièrement rompu sur la fin delà même année, dans l'entrevue des deux rois en Sicile , lorsqu'ils parlaient pour la croisade , Philippe en fut tellement choqué qu'il n'attendit que l'occasion de faire sentir toute son indignation au roi d'Angleterre.
Elle n'éclata qu'après son retour et lorsque Richard fut retenu prisonnier en passant par l'Allemagne pour revenir dans ses états. Philippe commença les hostilités en Normandie. Le monarque d'Angleterre, échappé de sa prison l'an llOi, vint faire lêtc à celui de France; mais il eut le dessous et fut contraint de se retirer dans le Berry avec ce qui lui restait de troupes , pour y rejoindre celles qui s'étaient déjà rendues maltresses de la ville d'Issoudun.
Philippe-Auguste, pour son malheur, se mil à le poursuivre sans veiller assez à la conduite de son armée, et sans Être assuré des distances qui se trouvaient entre elle et celle de liichard. 11 était pr^^t à la joindre dans le Dunois. sur la route de Chûleaudun à Vendôme. Ou il le croyoît pluséloigiié, ou ii présumait trop qu'on le fuirait toujours, car au lieu de suivre en bon ordre cette route, il la quitta lorsqu'il fut au bois de Reaufou; on ne Qt que la traverser.
faisant avancer son corps de bataille vers Frelteval, où il alla dîner.
Son arrière-garde resta à Beaufoii (l) pour y faire halle avec les hagages. Richard proUlade la séparation des corps ennemis pour Riitrepreridre un coup de main qui lui réussit. Il Qt tourner bride sur cette arrière-garJe» raltaqua, la déni, et, ce qui Tut plus fâcheux, il trouva dans le butin le trésor el les papiers delà couronne (2) qui , Jusqu'à relie époque, étaient portés depuis longtemps dans les armées, lorsque nos rois y étaient en personne.
Ce triste échec essuyé dans le Dunois détermina Philippe- Auguste, à la sollicitation de Guérin, son ministre, à faire bâtir un lieu qui serait destiné à conserver les archives, et de créer un trésorier des chartes. Ce n'est qu'après bien du temps et des peines qu'on a recouvré une partie seulement de celles que les Anglais enlevèrent à Beaufou.
J'ignore combien la princesse Alix a survécu à son mari, Thibaud V , mais je sais qu'elle a été enterrée dans l'église de l'Aumâne ou Pctit-Citcaux , comme elle l'avait ordonné pendant sa vie.
Louis, leur fils, leur succéda dans leurs comtés de Chartres, Blois et le l>unois. Marguerite, leur fille aînée, qui épousa Gauthier d'Avesue, devint, après la mort de celui-ci et de son fils, comtesse de Blois et du Dunois. Elisabeth , la seconde, fut comtesse de Chartres , peut-ôtrc avec une portion du domaine du Dunois, du moins la trouve-t-on qualiSéc dame de Marchenoir dans quelques titres. Elisabeth fut mariée d'abord à SulpicellI d'Amboise, dont le père, Sulpicc 11, était mort à Châtcaudun, avant
(1) Belfogla!, dit Guillaumc-Ie-Breton. Bcaufoo est ainsi nommé ea latin, dans les cbartes du pays et du m^me siècle,
(3) Ces papiers ne conteaaicnt que ce qui concernait les re?enus anuuels du roi, uae liste de ses vassaux, un état des aUroochb et de ceux qui étaient encore serGi, etc.
uisroiuE
l'an 1158. Thibaud V , dont il était prisonnier , n'jivait pas voulu pertneltre qu'on transportât son corps à Ponllevoy, où sa maison avait choisi sa sépulture ; mais les religieux de celte abbaye , riisidant dans le prieuré de Saint-Valérien de CbAleaudun, Cirent ses obsèques et l'enterrèrent dans leur église, oii ils lui élevèrent un mausolée. Manassès , évèque d'Orléans, en donnant deux églises à Pontlevoy, l'an 1158, chargea les religieux de telle abbaye de faire, en conséquence de ce bienfait , le service de ce Sulpice II , enterré, dit-il, àChâleaudun.
Elisabeth, après la mort de Sulpice III, épousa Jean Doisi , seigneur de Montmirail, en Itrie, dont elle n'eut point de lignée. Elle avait eu de son premier mari une fille nommée Maliaud, qui fut comtesse de Chartres, mariée en premières noces à Richard do Bcaumont, dont elle n'eut point d'enfans, et en secondes à Jean , comte de Soissons.
Une troisième fille de Thibaud V, nommée Alix , comme sa mère, fut abbesse de Fonlevrault.
Lorsque Elisabeth, dame de Marchenoir, fut devenue comtesse de Chartres , elle donna quarante sots de rente à rnâtel-Dieu de Châteaudun , et vingt au chapitre de Saint- André de la même ville, pour son anniversaire, à condition que les chanoines nourriraient avec eax, le jour qu'ils l'acquitteraient, un pauvre, ce qui dénote qu'ils vivaient en commun. Elle fonda aussi ses anniversaires aux abbayes de la Madeleine et de l'AumAne; mais les sommes modiques pour ces services, assignées sur son péage de Chartres, ont cessé d'être payées depuis plusieurs siècles.
Le comte Louis qui . de même que son père , résidait souvent dan.<i son palais de Chàteaudun , y reconnut, l'an 1193 , par un acte authentique, que ce n'était pas par droit qu'il continuait de recevoir de toutes les abbayes de ses domaines, la coutume nommée Coma^t'um, dont la plupart
nu COMTÉ DE nUNOIS.
avaient été déclarées exemptes par quelques-uns des comles, ses prédécesseurs . mais à tilre de don gratuit , pour ses pressantes nécessites; et l'an 1196, il y assigna sur ses bans de la Pentecôte et de Noël . audit Châteaudun , vingt livres de rente, monnaie d'Angers, à l'IIÔtel-Dieu delà même ville, pour la nourriture des enfans-trouvés. Le fonds de riiypothèque était trop casuel pour que cet hôpital ne se trouvât pas bientôt chargé tout gratuitement de ce service, qui devrait âtre h la cliarge de l'état.
L'acte le plus rcmarquahle du comte Louis , ooncernant le Dnnois est son autorisation des communes dans la ville de Cliâteaitdun et la suppression des servitudes. Il y avait déjà du temps que les communes avaient commencé l'exercice de leurs fonctions, par l'autorité des souverains, surtout pour la levée des troupes. On croit môme qu'elles avaient celui de la justice sur les habilans de la ville , soiu Thibaod V, prédécesseur de Louis.
Cette Imrrièrc contre l'autorité arbitraire des seigneurs, si pernicieuse aux droits de la couronne, était élevée avant Louis; il n'étdit plus question de la rompre, l'entreprise aurait été aussi infructueuse que téméraire ; le fonds était jugé. Il me paraît donc que ce fut par politique que les comtes la rétablirent en son entier, pour se ménager au besoin les moyens de la franchir ou de la faire servira leur avantage, dans l'occasion. En se mettant à la tôle de ces nouveaux corps, il leur faisait perdre une partie de leur eflScacité. Leurs chartes d'autorisation , où ils s'exprimeut comme s'ils en étalent les seulsauteurs , sont des instrumens qui font revivre en partie ce que les rois avaient entendu détruire, comme on peut le voir dans celle dont il est ici question.
Une des principales intentions de nos rois dans rétablissement des communes, ayant été de délivrer leurs sujets
IKSTOIRE
de rttat de servitude (1 ] où le trop grand pouvoir des comtes les avaietit réduits, le contte Louis, dans sa charte à ce SHJct. dit qu'il exempte i\ perpétuité tous tes hommes de son domaine et des communautés de Châtcaudun et môme de la banlieue, de toutes les différentes servitudes qui y sont détaillées, comme taille, corvées , etc. ; mais comme ce qu'il en faisait, àcequ'ildit.pour l'itonneurdeDieu , le bien de la patrie, le remède de son âme et de celles de ses prédécesseurs, n'était pas exempt de tout intérêt personnel , il impose une nouvelle charge pécuniaire de trois sols Dunois (2) par chaque maison manablc, sous le nom de Festagc, payable à perpétuité le jour de Saint-André exactement, faute de quoi le lendemain on serait tenu de payer te double.
Je ne sais pas en qnoi les habitans du bourg de Chemars lui avaient déplu, ou quelle raison le porta à Taire une exception contre ceux qui habitaient ce faubourg, car il les prive d'uue façon authentique de cette esemplion de servitude. C'estainsi que les comtes étaient encore assez puissaos pour mettre des bornes aux intentions des souverains , ce qui paraît encore dans un autre artitle où il décide que tous ceux dont nous venons de parler, de son domaine de Châteaudun , seront tenus , comme par le passé , de le suivre dans ses armées et diins ses expéditions partout où il lui plaira , toutes fois et quand ils en recevront l'ordre. C'était
(1) La servitude des roturJers «i^-â-vis des scigoeurane rutcDtiËrement détruite eji Kmnceciue par l'AUtoritâ de Louis X, dit niilin. Jiisqi^â lui, k's seigneurs ovulent Tult desop|>ositioiiB sourdes à rétiiblis.sc[tieiil dâs communes, ou y avaient mis (kj reslricllon» iiui les l'iitretpiialent en partie. Ce fut l'indigence de ce mi, lors de son avènement à In couronne, qui valut lo liberté fi ce qui restait de serrs en i'Yance, Il se coalentait de smama modiques pour i'acr.arder.
(3) Comme, suiraut le nouveau Glossaire de Ducaoge, les deniers Dunois étaient plus ruibles de d^uxparlies sur douie que les deniers Tuarnois , ces trois sols ne doivent faire que deux sols six deniers.
les exposer, en certains cas, à ôlre rebelles au roi ou à lui manquer.
Pour ce qui regarde les chefs des communes , il dit qu'il sera permis aux bourgeois de Châteaudun d'élire douze d'entre eux (l] , pour former le conseil de la ville el la gouverner, juger desdiilils des haliitans, excepté ceux qui seront commis dans les vignes , dans les prés, dans les vergers et dans tes jardins, qui seront toujours du ressort du comte;
Que ces douze notables prêteront serment de se conformer aux coutumes qui étaient établies ù Chàleaudun ;
Que son prévôt de la même ville et les gardes de son château , soit nobles ou roturiers , feraient le même serment en prenant possession de leurs olïkes. Je passe sous silence d'autres articles moins importans que Ton peut lire dans cette charte que le comte dit avoir fait rédiger du consentement de la comtesse Alix , sa mérc , de son épouse Catherine , de son frère Philippe et de ses sœurs, Marguerite, [snbelle et Alix.
L'année suivante, ce comte donna, pour le luminaire de Saint-Avit , vingt sols de rente à prendre sur ses moulins à foulon, à Chartres.
Jean de Frazé , un de ses écuyers, assigna à IHùtel-Dieu de Châteaudun dix sols de rente sur son ban de Courvillc.
Geoffroy , qualifié chevalier des monastères, donnaaussi, du consentement d'Alix , sa femme, à Barthélémy, maître, aux prêtres hospitaliers et aux malades du m&mc Hôtel- Dieu, cinq arpens de pré à Vouvray , proche ceux de Saint- Avit.
Dans la même année 1198, ou, selon ]e chartrier de la Madeleine , en 1200 seulement, le vicomte de Châteaudun
(1) L^an tlSO, le roi Pbitippc-Augusle avuit fixa il quatre seulcmenl les Prud'hommes qui dcvaieaL flrç Juges et & la \int des communes. U donnail droit lie les (-lire à ses baillis, alors oECciers ambulans, successeurs des MUsi Dominià,
Bt contiaîlre l'estime qu'il avait pour le chapitre de i'Hôlel- Dieu, eii accordant aux maître et frères de cette commonautéles droits de la foire et de la justice donsChAteaudun, le jour de la Madeleine, à perpétuité, de la môrae façon qu'il jouissait de ces droits avec le comte, son seigneur, et de la même manière dont ils en usaient à la foire de Notre- Dame de Septembre, qui se tenait au Cliampdé. Que si dans ce jour il se commettait quelques vols ou autres forfaits , le maître fministerj et les prêtres feraient saisir au corps les coupables, et les remettraient, après la foire, entre les mains de l'officier {villicij. Ce qui indique que ce droit regarde le chapitre de l'Hôtel-Dieu, malgré le changement de son administration , puisque cette communauté subsiste.
Ce fut Geoffroy IV qui donna ce privilège honorable et lucr.itif au chapitre de l'H6tcl-DieudeChâteaudun. Hugues V, son père, était mort pour lors, et Jeanne du Bouchet de Reailty, sa mère , avait convolé en secondes noces avec Robert IV de Bélesrae, de la môme maison que son premier mnri. Aîis , épouse de GeolTroy, était eiilrée dans les bonnes intentions de son mari pour l'Hôtel-Dieu , et avait signé l'acte du privilège avec Philippe, leur Bis , et Agnès, sa sœur , Geoflroy , chapelain , Guillaume de Mémillon , Geoffroy de Grcnaisie ; il fut rédigé par Herbert , chapelain du vicomte.
Les historiens paraissent ignorer 'ic quelle maison était Alix , épouse du vicomte. Je présumerais quelle paraît 6tre l'Alix de Fretteval dont parle Le Boy, historien du Perche, et qui promet à Blanche de Champagne de lui faire hommage de ce qui lui reviendra dans la succession du comté du Perche. C'était peut-être du côté de son mari et pour ses enfans. Cette promesse est de l'an 1226.
Ce que le vicomte Geoffroy avait fait pour la communauté
de l'Hôtel-Dieu plut au comte Louis. Il conlirnia le privilège accordé et donna ce qui était de son droit ptirticuticr, dn consentement de Catherine , sa (erarae, de Thibaud, son flls, Jeanne, sa fille, Philippe, son frère, Marguerite, Isabelle et Aliv , ses sœurs.
Ce comte ne fut pas moins zélé que ses prédécesseurs pour essayer des conquêtes dans la Terre-Sainte. Les prédications de Foulques, curé de Neuilly, lut avaient fait prendre la crois l'an 1199, au mois de décembre. Il avait envoyé Jean de Friaise et Gauthier de Gaudon ville, chevaliers de la cour , en qualité de se.s députés, l'an 1201 , avec des lettres-patentes, pour décider de l'endroit de l'embarquement qu'ils allèrent traiter à Venise, avec quatre autres députés des principauï croisés, parce qu'il n'y avait pas dans tous les ports de France suffisamment de vaisseaux pour passer tous ceux qui avaient pris la croix.
Au retour des députés et en conséquence de leur traité atec le doge et la république de Venise, pour le passage des pèlerins militaires, te comte Louis lit ses préparatifs pour celte croisade (la cinquième) dans son palais h Chèteaudun, l'an 1202. Guy. abbé do Sainl-Pèrc de Chartres, y vint pour lui demander quelques grûces. Il en obtînt l'eiemption de taille pour les villages de Mainvilliers et Champhol, près Chartres, dont il lui fut donné acte parles mains de Thibaud , chancelier du comte, au mois de mai de la même année 1202, L'abbé et les religieux de Bonneval éprouvèrent aussi sa pieuse générosité dans les mêmes circonstances.
Dans le même mois de mai , Il Vna le revenu du chapelain de la chapelle du château de Chfiteaadun , à deux muidsde blé-méteil, mesure de Dunois. cinquante sols pour son habillement, quinze sols pour s'éclairer, deux muids de vin du pressoir , à prendre dans son cellier dudit Châteaudun.
nk
HISTOIUE
L'acte en fut dressé du consentement de son épouse, de ses enfaits, de son frère et de ses sœurs. Témoins : Nicolas, hospitalier de Saint-Lazare-lès-Chiiteaudun , Rictier, prêtre deSaint-Médard de la môme ville, Pierre de Villebetûn et Robert du Mte. C'était Jean Ferron qui était pour lors chapelain dudit château.
Louis donna dans le mèrne temps des lettres d'affranchissement à l'Hâtel-Dieu dudit Châteaudun , pour tout ce qu'il possédait ou posséderait dans ses domaines. Témoins : ledit Kicher, prêtre de Saint-Médard, et autres. Il joignait à ce bienfait une charge d'huile et un millier de harengs qui seraient fournis à ses frais au mônieI!6teI-Dicu, eliuque année, jusqu'à son retour de la Terre-Saiiile.
Il permit aussi aux chanoines de Saint-.\ndré de faire des acquisitions en franche aumône dans ses fiefs, et leur donna droit dans la desserte de la chapelle de son palais du môme lieu. Ce droit fut contesté par les chanoines de la Madeleine, et ceux de Saint-André s'en désistèrent l'an
Après ces pieux préparatifs, le comte prit la route de Venise avec un corps considérable de croisés de ses provinces. Il n'y fut pas plutôt arrivé que, comme la plupart des pèlerins avaient pris d'autres routes, et que la collecte que Ton (it pour le p.ucmenl des Vénitiens se trouva bien insulïisantc, il fit généreusement porter chez le doge sa vaisselle d'or et d'argent, pour satisfaire au traité fait par les députés. Malgré cela , il manquait encore pour remplir la convention trente-quatre mille marcs d'argent ; à ce défaut , les croisés s'engagèrent à prendre Zara pour les Vénitiens, afin d'être quittes envers eux, ce qui fut exécuté.
Le fruit de celte croisade, dont le détail ne m'appartient pas, se borna h la prise de Constanlinopte l'an iW*. Le comte, qui avait beaucoup souCfert des Sèvres quartes dans
sa route, sans en élre moins ulile au quartier de réserve, commanda la quatrième bataille, c'est-à-dire le quatrième corps à cette prise.
L'an 1205, pendant qu'on assiégeait Andrinople, !e comte se mit à la poursuite de quelques troupes légères qui étaient venues l'insulter jusqu'au cnmp, et les suivit avec plus de fen que de précaution, jusqu'à deux lieues. Un gros qui y attendait les rusés fuyards, jeta l'épouvante dans le corps de Louis et de Terapereur Beaudouin , qui avait fort imprudemment suivi celui-ci , quoiqu'on fiVt convenu la veille de se tenir sur ses gardes et de uc point sortir du camp. Dans celte cruelle déroute, le comte fut tdesî^é en deux endroits et renversé par terre, sans qu'on put le décider à se retirer, après que Friaise l'eût remonté sur son propre cheval, eu se mettant à pied. Ses efforts, comme ceux de l'empereur, furent inutiles; celui-ci fut fait prisonnier, et le comte perdit la vie avec lelravcet intelligent Jean de Friaise et Hcnaud de Montmirail, frère du comte de Nevers. Cet échec, dit Villeliardouin, arriva le jeudi d'après Pùques ; ainsi, je ne suivrai pas ceux qui mettent la mort du comte Louis au mois d'août. Il ne devait être âgé que de trente-trois ans, suivant le même historien, qui dit qu'il rk'avnit que vingt-sept ans lorsqu'il prit Ea croix, l'an
Ce comte avait les qualités qui caractérisent les grands et pieux sci^'neurs; sa prudence dans les conseils ne fut pas le moindre des côtés par lesquels il se Qt regretter, mais il uc la conservait pas dans l'action. Il périt victime de sa bravoure. Il avait mérité, pour ses services militaires, des récompenses de Philippe-Auguste, dès l'an U90, cl Louis VII l'avait créé sénéchal héréditaire de France. 11 ne laissa qu'un fds de son épouse Catherine de Clermonl, en lîcauvaisis.
HlSTOlKli
Ce (ils fut Thibaud YI du nom , sunioinmé le Jeuae. Il lie laissa poiiU d'cnfans de Maliaiid d'Alençon , sn première femme, ai de Clcmente des Uochtrs, sasecoude, qui en eul avec un second mari. Ce comte fut InfectL' de la lèpre.
L'an 1203, Renaud , évoque deClhirtres, avait eu quelques difTércods avec les religieux établis daas les paroisaes de Sainl-Pierre et de Sainl-Lubin, et avec ceux de Saint- Gilles du Moiil'Cheiiois, qui lui refusaient de lui payer les droits de visite et de procuration. L'aJTaire fut mise en compromis entre les miiins de Henri, archidiacre de Chartre.s, Henri de Saint-Denis, arcliidiacro deDunois, Koger et Hailulphe, dojens du Duuois. Ils jugèrent en faveur de l'exemption de ces trois églises monacales , ou plutôt l'évoque se rendit à leur information faite nu mois de juillet.
Dans ces temps, le chapitre de Snint-André commençait à prospérer, grâce au nombre assez considérable de ses chanoines vivant en commun , et aux fonds qu'ils y apportaient. Leur première église ou chapelle, dont je n'ai pu fixer le local, soit qu'elle fût sur partie du terrain d'aujourd'liui, soit que ce fût celle qu'on attribue à la confrérie du Saint-Sacrement, ne répondant pas par son peu d'étendue à l'air de dignité que prenait un corps si nombreux , on chercha , de concert avec l'évéque diocésain, les moyens d'avoir un terrain sufGsant pour élever un plus noble édifice. Il n'y avait que les rcligieus deBonncval qui pussent rendre ce service et donner la facilité à ce chapitre de se fixer pour toujours dans le quartier où il avait commencé de s'établir. Au moyen de ce qu'ils avaient dans Châteaudun , par la possession de l'église collégiale et paroissiale de Saint-Pierre , ou plutût d'une censive qu'un chevalier nommé Robert leur avait portée en se faisant religieux .àRonneval.dèsl'an 1000 ou environ, tout le terrain
nu CÔMIT DE DUNOIS.
qui convenait aux chanoines pour s'agrandir appartenait à ces religieux. L'abbii cl tes moines se prôlèrent de la meilleure grikce du monde ù les obliger. C'était un bon ecclL'siiisUque nommé Hubert qui tenait alors reltc censive. L'abbé Girard et ses religieux en Drent un abandon en forme par des lettres que l'évéque Renaud Gt expédier à Chartres, l'an de grâce 1211.
Eiles portent : a que les susdits abbé et religieux abandonnent ladite censive pour faciliter la construction d'une nouvelle basilique, en l'honneur du bienheureux apôtre saint André;
D Que les chanoines qui , par la grâce de Dieu , doivent être établis dans la suite dans cette église, pourront faire librement des acquisitions dans les censives desdits religieux, excepté dans Bonneval , en payant le double du cens , etc. ;
D Que les religieux en agiront de inônae, s'ils font des acquisitions dans les censives des chanoines de Saint-André ;
» Que l'abbé de Bonneval formera sa prébende dans ladite église; et lorsque les prébendes seront Osées à un certain nombre , l'abbé recevra une portion égale à celle des autres chanoines, excepté dans les menues distributions quotidiennes qui ne sont que pour les clinnoines qui desservent habituellement;
B Que le prieur de Saint-Pierre sera tenu de faire la semaine de l'abbé selon son rang avec les autres chanoines, pendant laquelle semaine ledit prieur recevra les distributions quotidiennes. S'il y manque, il sera puni comme les autres chanoines. Cependant ni l'abbé ni lui n'auront voix dans le chapitre, d
On assigna à ce chanoine ta seconde place à gauche dans le chœur. Il se ût aussi une confraternité entre ce chapitre et l'abbé de Bonneval , et il fut réglé qu'à la mort d'un chanoine de Saint-André ou d'un religieux proies de l'obliiiye,
iiisTomn
on ferait Je part el d'.iHlre un service solennel pour le mort; que, lorsqu'il mourroit un dianoinc de Saiiit-Aiulrè, les religieux <le Botmcval lui fernicnt un annuel d'une messe chaque jour; que s'il on mournit deux dans l'année, ils diraient seulement deux oraisons particulicros à une môme messe, et qu'ils auraient le revenu d'une année de leurn prébondes pour honoraires ;
Que le jour de saint Piorre et de saint Paul le chapitre irait en procession à r«''f;Iisc monacale et pnroissiale de Saint-Pierre; et que le jour de saint André les religieux et la puroisse de Saint-Pierre iraient en procession à l'église de Siiint-André.
Cette confraternité fut confirmée l'an 1219 , par Gauthier, évêqiic de Chartres, mais il n'en reste plus aucune pratique. On peut même juger que l'abbé de Bonncval n'a pas rempli roLligiUion qu'il avait contractée de fonder sa prébende , car il ne reçoit aucun revenu de Saint-André et n'y prend plus de possession , quoiqu'il y soit toujours regardé comme chanoine honoraire , et qu'il snil sur la feuille pour son tour de semaine.
A l'égard de la nouvelle église de Saint-André , si on commença sa construction aussitôt que l'on eût obtenu la facilité d'avoir un terrain convcnalile , il parait , par un manuscrit qui est diins le chartrier de la Madeleine, que les désirs des chanoines à cet égard furent longtemps à être remplis, car il porte qu'elle ne fut en état d'y faire l'ofTice qu'en 1259.
La guerre de l'empereur Othon et de Jean , roi d'Angleterre contre la France obligea Philippe-Auguste de faire de grandes levées de troupes. On commanda le ban, et dans le Dunois furent cités : le vicomte Geoffroy IV, le seigneur de Fretteval , Harthélemy Payen , châtelain , etc. Ils se rendirent ponctuellement aux ordres du roi , et eurent l'a-
DU œjlTi: DE DINOIS.
VûDtJigu d'avoir part avec lui à [a célôbrubatuillcde Bovines, le 18 juillet de la même aimée. C'est la dernière époque où je vois faire inentioti du vicomte Geoflroy IV iiui, avec son épouse Alix, avilit acturdé, l'un 1202, à l'abbaye de la Madeleine, la coutume nommée Cornafjiiim et le droit de métive sur le territoiie de Cormorit , dont Hugues V avait déj<!i vendu une portion à ladite abbaye, sur la côte de la même élévation. Celle donation de Geoflroy est datée du cliàleau desCbauvelicrcs. Témoins : Maurice , abbé , Roger, prieur, Herbert, chanoine de ladite abbaye, Geoffroy, chapelain , Robert, prévôt du Chàteauduit, Hugues Chardoiinelle et autres,
Dans cette année 1214. le pape Innocent Kl avait donné des marques desa sollicitude pastorale pour l'aU'ermissement de l.'i communauté des prêtres de l'Ilùtel-Dieu de Châleaudun, et des soins charitables qu'on avait dans leur maison pour les pauvres malades. I! venait d'y être fait un don aâsez considérable de fonds situés à Jallans, que ce pape eonlirma , ainsi que toutes les autres possessions des maître, frères et malades dudit Hôtel Dieu , par une bulle donnée diuis le palais de Latran , le 28 juin.
Renaud , évoque de Chartres, donna aussi ses lettres de contirmatinn deus ans après , pour un legs qui fut fait à la même communauté et aux malades des terres de Porcheronville et Feulanle, données par Hugues de Valainville et Marie, son épouse, du consentement de leurs enfans, Hugues, Gilon, Guidon, Jacques, Barthélémy et Eglantine. L'an 121{); largesse remarquable pour une famille si nombreuse.
Ce furent peut-être les infirmités de Thibaud VT qui ne lui permirent pas d'avoir part à la guerre de Flandres. M ne me paraît pas en général qu'il ait pris part aux aOaires militaires de son temps. Il pouvait Être à Châteaudun pendant
iso
HISTOfRE
que Philippe trioraphait dans les Pays-Bas; du moins c'est dans celte viltc qu'au mois de mai 1214, il marqua l'inlérfit qu'il prenait à l'avancement de la collégiale de Saint-André, en y TotHlatit deux dignités ou personnats, savoir : la prévoie et la trésorerie. Il semble par les lettres qu'il fit expédier à cet effet, par Terric, son chancelier, qu'il aurait beaucoup cotilritjué à In construction de la nouvelle église de ce chapitre, car il commence par s'y attribuer l'honneur d'avoir fondé une nouvelle église collégiale dans Châteaudufi, à l'honneur du bienheureux saint André, pour le remède de son âme et de cellesde ses prédécesseurs, llseserait attribué cet honneur à bon marché , s'il n'avait pas plus fait de dépense pour cette église que pour la fondalioo des deux personnats. Il leur assigna chacun dix livres de rente à percevoir sur ses bans de Pâques et de la Pentecôte dudit Chàteaudun , payables dans trois jours après la recette desdils bans, par son prévôt de la même ville. On croit que ce comte mourut environ deux ans après, vers 1218.
Clémence des Roches, sa seconde femme, qu'il laissa veuve, était fille de Guillaume, sénéchal d'Anjou, et de Marguerite de Sablé. C'était une jeune dame de beaucoup de mérite, qui plut au jeune vicomte de Châteaudun, Geoffroy V , lequel, de son côté , sut plaire à la comtesse. 11 ne tarda pas à la tirer de son veuvage. Le vicomte de Châteaudun était un assez grand seigneur pour qu'elle ne fît pas difficulté de renoncer à sa dénomination de comtesse. Je crois que c'est par elle que (icoffroy V qui, comme son père, était seigneur de Mondoubleau, le devint aussi du Chûteau-du-Loir.
Je croià aussi qu'ils étaient déjà mariés (1), lorsque, de concert avec elle , le môme Geoffroy , en marchant sur les traces de son père, donna , l'an 1219, des marques
(i) Anselme dit qu'ils le furent vers 1320.
de sa vénération pourTHÔtel-Dieu, en accordantaiix maître et frères hospitaliers de cette tnaison les droits d'une foire qui se letinit à ChcUcaudun le Jour de Saint-Nicolas, patron dudit Uôtel-Dieu, mais sans attribution de juridiction. Les lettres en furent signées dans leur château de Mondoubleau (1).
Ce fut dans le même château que, Fan 1222, ils accordèrent aux clianoines et à l'abbé de lu Madeleine, par lettres du mois de juillet, le droit de foire dont jouissait le vicomte le lendemain de la Saint-Rémi, avec la justice ce jour- là pour ce qui concernait les coutumes de ladite foire; le sauf-conduit des marchands pour s'y pouvoir rendre et s'en retourner librement, de la môme manière dont le vicomte usait de ces droits , conjointemertt avec le comte , à la foire de la Nativité de la Sainte- Vierge du Champdé; le tout sans que lesdits chanoines ou abbés, ou leurs successeurs, pussent aliéner ledit droit, sans quoi il serait censé annulé.
Dans ces temps, Hugues de Loëville (2) , de concert avec quelques autres chevaliers de Geolfroy et sous l'approbation tacite du vicomte, causèrent plusieurs dommages dans les biens des religieui do Bonneval. La connivence du vicomte fut apparemment constatée, car l'abbé elles religieux éclatèrent contre lui, 11 est vrai qu'en sa qualité de vicomte de Cbâteaudun , il était censé, comme ses prédécesseurs, être, après le comte, un des défenseurs-nés de l'ubbaye de Bonneval et du territoire de sa vicomte, il Tétait encore h un troisième titre depuis que, l'an 1118, Louis-le-Gros
(1) Louis XIV 8>'aiil affrancbi les foires qui se tiennent, dans tes villes de son royaume, celle foire, ainsi que celle de la Madeleine, ne portent plos aucun proSl à THiltel-Dieu ; d'ailleurs, il y avait longlemps que, précéd cm meut à rairranchissement des foires, celle de Saint-Nicolas, à Cliiteaudun,. était tombée en désuétude.
(2) Loëïille est un Bef, paroisse d'Yèfres.
UiSTOIIlK
avait pris sous sa prolection celle abbaye, en déclarant que n'étant pas à portée de la délendrepar lui-tnômc, il laissait et confinit la garde de ses biens an comte Thibaud et au vicomte de Cliilteaiuluii , Hugues III. C'était à leur sollicitation que le roi accordait celle faveur au monastère de Bonnevnl, et i! leur laissJiit l'ontirotis du privilège, comme seigneurs du pays. Cette prolL'ctiun ruyide uv. devait pas finir à Louis-le-liros, qui enteuduit l'étetidrc àses successeurs ; et ceux de TItibaud et de Hugues n'étaient pus déchargés de In garde seigneufinle, L'nbbé et les religieux de Uuuneval se plaignaient donc avec raison de ce que le vicomte de Chûlcaudun avait contribué aux dégiUs faits dans leurs bienj;, et du ce qu'il n'avait pas employé son autorité pour les empêcher ou les faire réparer. [| faut se souvenir que la juridiction des vicomtes dfe Chûleaudun n'était pas limitée à la ville cl à la banlieue seulement.
Geofiroy V reconnut la Justice de cesmolifs de plainte dans le chapitre deCharlres, le vendredi avant la Saint- Denis de Tannée 12-23. Il y fit sa paix avec l'nbbé et les religieux de Bonnoval. Il déclara qu'il avait manqué en n'arrêtant pas les vexations de Hugues de Loëviile, son chevalier, et de ses complices; qu'il promeltait de défendre les religieux de celte abbaye à l'avenir ; et que. pour satisfaire au passé , il dotmail h l'abbé et aus religieux dudit monastère, à perpétuité, dix livres de rente. La vicomtesse, son épouse, confirma tel accord. L'an 1272, cette rente fut amortie par le comte Jean de Châtillon , ou dans le mois d'août 1273, suivant dilTérens actes du charlrier de Bonne val.
Le zèle pour la communaolé des frères hospitaliers de l'Hôtel-Dicu de Chfltcaudun et pour les pauvres dont ils prenaient soin, ne faisait que s'accroître dans ces temps. L'an 122fi., un chevalier nommé Geoffroy de la Rue ou de
!)U COMTE DE DUPiOlS.
Riiati {de RaâJ demanda à iîiiillaiime Guitard , maître, et aux frores de l'admetlre diins leur chapitre, ce qui lui fut accordé ; sa requête était persuasive et fait honneur h sa dmritc. Il aumônait à cette maison, en y entrant, cent livres de rctiti' à prendre sur lesboisde Keaufou , à l'extrémité seplentriotiale de la forGtde Fretteval, sur le then^in de Châteaudun à Vendcimc ; une vigne dans la censive de Saint-Avil au Mont-Clienois ; trente sols de cens à la Guérardière, paroisse de Conati ; enfin, une chapelle qui est encore sous l'invocatiuii de Satnte-Ci.Viie. Le maître Guitard la conféra à un des frères nomuté Saho.
Geoffroy V, qui avait donné lui-même des marques sensibles (le sa piété pour cette maison , ne put qu'approuver ce chevalier. Ce vicomte se fit un point d'honneur de figurer dans toutes les entreprises de son temps qui intéressaient l'étal et le souverain. Il partit bien accompagné de gens d'armes de sa vicomte et de ses autres terres, l'an 1225, pour aller contre les Albigeois. On était déjè au mois de décembre , et, suivant l'inventaire de ce qui reste de titres è Saint-André, il donna, avant que do partir, aus chanoines de cette collégiale, la chapelle de Dunois. ce qui doit signifier la chapelle du comte dans le château de ChAleaudun. S'il ne s'était agi que de celle des vicomtes dans leur palais de la même ville, nommé depuis la Vieille-Salle, le terme de chapelle de Dunois, employé dans l'inventaire , serait très-impropre. Nous avons vu que, dans le douzième siècle, les chanoines de la Madeleine étaient en possession de cette chapelle; qu'en 1202. elle avait un chapelain particulier, qui était Jean Ferron; qu'ensuite le comte Louis l'avait donnée aux chanoines de Saiot-André; que Ic5 chanoines s'étaient désistés du droit que ce comte leur avait accordé sur elle , et cela en faveur de ceux de la Madeleine. S'il s'agit donc ici de la chapelle qui mérite par exclusion le
nom de Chapelle de Ounois. comme il j a apparence, le vicomte Taisait une acUon qui ne pouvait causer que du trouble et des litiges, et h laquelle il n'avait aucun droit. Son épouse, qui n'était plus comlesse Je Dunois, ne pouvait le lui communiquer, et il ne paraît pas qu'il eût de procuration de Marguerite de Champa^jne-ltlois, qui avait succédé à Thibaud VI.
Quoiqu'il en soit, Geoffroy V accomplit son voyage, oa , si l'on veut, sa craisade contre les Albigeois. Il fut sollicité encore , quelques années apn'is, d'aller contre ces ennemis plutôt de la religion que de l'étut, et par acte du mois de mai de Tan 1229, il promit , et la vicomtesse avec lui . qu'il retournerait dans la terre desdils Albigeois, avec trente chevaliers armés, ou ailleurs, vers la mer, selon la volonté du cardinal de Saint-Ange , légat apostolique, pour y servir l'église, depuis la prochaine fôLe de la Saint-Jean jusqu'à la suivante , c'est-à-dire une année entière. Il consentait par cet acte , ainsi que la vicomtesse , à ce que , s'ils manquaient à remplir leur promesse , le comte Tliibaud , palatiti de Champagne, leur seigneur, qui avait confirmé ces conventions et aidé ce traité, pût, sans blesser les lois, saisir le (ief qu'ils tenaient de lui, c'est-à-dire la vicomte de ChAteaudun, qui, depuis Henri 1'' de Champagne, n'était plus sous la main des comtes de Blois et de Dunois.
Il est probable que le vicomte n'était pas encore de retour de cette campagne l'an 1230, lorsque la vicomtesse, son épouse, aumâna a l'Hôtel-Dieu de Chttitcandun ce qui lui appartenait dans le moulin de Charray , du moins elle paraît seule dans Facte de donation.
- Dans l'année 123.'j , le vicomte fut du nombre des grands seigneurs de France qui s'assemblèrent dans l'abbaye de Saint-Denis, pour délibérer sur tes moyens d'arrêter les entreprises journalières que les prélats faisaient sur la
ou COMTÉ m DINOIS.
justice royale, et qui envoyèrent leurs plaintes à ce sujet au pnpe Grégoire IX,
L'année suivante , Louis IX le saint , étant entré dans sa majorité, résolut de réJuirc entièrenienl Ips grands !<eigneurs qui lui nvaicnl été controires petidant sa minorité . et qui ne lui étalent pas encore affectionnés, spécialenaenl cens de la maison de Lusrgnan. Le vicomte deChâteaudun et le seigneur de Saint-Avit furent du nombre de ceux d'outre OU qui furent cités à cet eflet au service & Sairtl- Germain.
Geoffroy ne manqua pa;*de prouver son altachemenl pour saint Louis, dont il devint vassal immédiat , ainsi que de la couronne, en sa qualité de vtpomle de Châleaudun , au mois de septembre 13138 , quelques-uns disent dès 1234. Alix de GlKimpagne, reine de Clvypre par son mari Hugues de Lusignan , avait, comme tante du comte Tiiibaud, des droits, par Henri H. son père, sur le comté de Champagne. Ce comte cessait d'être aussi nécessaire à la cour qu'il l'avait été ci-devant. Blanche prît le parti d'Alix contre son neveu, et le Ql prendre à saint Louis, son fils. Le comte se vit forcé d'enpaser ses terres de mille livres de rente envers Alix, et de lui donner mille marcs d'argent, que l'on évalue quatre vingt mille livres. La reine blanche la lui lit fournir par son fils, et, en paiement, le comte abandonna à la couronne les droits de fief et de rachat qu'il avait à exercer sur les comtés de Chartres, de Blois, de Dunois, la vicomte deChtlteaudunelSancerre. Lorsque le comte de Champagne fut en possession du royaume de Navarre, il eût bien souhaité de rentrer dans ces droits par un remboursement. H avait trouvé dans le trésor deson prédécesseur plus qu'il ne fallait pour satisfaire Louis IX, qui ne voulut pas. se prêter aux désirs du nouveau roi de Navarre , parce que ce n'était point un simple engagement, mais une vente que Thibaud