‹ Histoire du comté de Dunois, de ses comtes et de sa capitaleChapitre 7 sur 15 · SOI · texte numérisé non relu

SOI

Marie devint veuve , et se remaria en 1337 avec Iiigelger , seigneur d'Amboise. Elle avait encore Mondoubleau qoE possa à feurs enfaiis

Guy I" de Cliâtiilon devint comte de Blois et de Dunois, à la mort de son père Hugues (i). Il acquit d'un seigneur nommé Mauvillon, la petite ville et seigneurie de Ea Ferlé- Villeneuil , l'un 1323. Il augmenta, parce moyen, te domaine de son comté de Duuois. Ce pays était beaucoup de son goût, il en siivait apprécier ragréabîe et l'utile, aussi ne manqiia-t-il aucune occasion d'y augmenter ses revenus. Il saisit avec plaisir celle que lut ofïrit un seigneur nommé Guy Dcshayes , ((ui lui vendit pour six cents livres sis cents arpens de bois en deux morceaux, qui lui apparlenaieut <]ans la forêt de Frcttevol.

Ce comte ne mettait p»s toute sa satisraclion dans les jouissances temporelles, il s'occupait aussi de la religion. Ce fut pour \a rendre plus respectable dans le château de Frettevol qu'il lit bâtir dans son enceinte, au nord de la petite ville, l'église de Saint-Georges, à laquelle il attacha quelques chanoines pour y faire l'oITice canonial.

Guy soutint vigoureusement les intérêts du roi Philippe VI, son beau-frère, contre les prétentions injustes d'Edouard m, roi d'Angleterre. Il mourut en 1342 et lut enterré à Saint-Sauveur de Blois (2). Louis, son fils aîné , lui succéda dans ses comtes. Cliarles, le secojid , surnommé le saint, devint duc de Bretagne, par son mariage avec Jeanne de Bretagne , nièce du duc Jean TU du nom. Il laissa aussi une

(1) Le roi l>tii]ipjie-le-Del était dans son cLAleau de Cliâtuuudun l'an i3D7 , où il sigiin une disrte au sujet du prieuiv^ de Nolre-Dame-del'Ëpinay. Ainsi Hugues son père était mon alors.

(3) C'est lui qui a aliéné it per|iëluit^ et vendu au roi Pliilippe de Valois le droit de bullre monnaie iluns ses comtés de Blois et de Dunois, moyennant quinze mille livres. Son 4Ïpousc, Marguerite de Valois, fille de Cliarles de France, lui avait élé unie en 1310, et était morte en 1340.

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HisroiaE

Qlle qui Tut seconde fcmiuc de Haoï^l , duc de Lorraine. Elle 80 nommait Marie. Son mariage avait élé célébré au mois do mai 1333.

Louis deCiiUlillon , premier du nom, comte de Uluis el de Danois, aida de toutes ses furcesson frère Charles contre Jean de Moiitforl, son compétîleur, pour le duclié de Bretogne. II ne fui pas moins zélé pour ce (]iig rc;^ard<iil le bien général du royaume; mnis il eut le malheur d'ôtre du nombre des combatlaus qui perdirent Ici vie ii la journée de Crécy. De son union avec Jcatme de Ilainnull , comtesse de Soissons, qu'il avait épousée en 1340, naquirent trois fils qui, successivement, furent coniles de Hlois el de Dunois. Sou corps fut porté à Saint-Sauveur de Blois.

Louis II , son fils aîné , ne vécut qu'environ trente ans et sans prendre d'alliance. De son temps, les maîtres et frères hospitaliers eondontiés de riIôtcl-Dieti de Clulteaudun , agrégèrent à leur corpn un ecclésiastique âgé de dix-huit ans seulement qui leur fit beaucoup de bien. Ce jeune clerc. nommé Renaud de Maille^tiis, donna il: leur maison, par acte de l'an 13G5, les biens qu'il posséttuit h Saint-Calais, à Itomilly el à Chûteandun, dans le bourg de Villeimai. à Cloycs, à Beaufou , à Montigny et au Fournil , à Beaulieu , paroisse de Lanneray ; des prés à rotilaine-Marie et à lialtereau , une métairie à Motilberry , une portion dans le moulin d'Alhon-sur-Aigre , et la terre de Cliardormellc.

Un pareil bienfait était capable de ranimer ie zèle pour l'augmenlatioti de celle maison ; aussi quelques-uns prétendent que. dès la même année 1365, le chapiiredudit Hôtel-Dieu commença à employer les fruits de son économie à renouveler sa petite église et à commencer celle que l'on voit aujourd'hui encore imparfaite. Il n'y eut que le chœur et ses petites ailes de flnis, encore sans son lambris qui n'est que de 1660, et ce n'est qu'en IC98 qu'on a fait couvrir ce qui sert de nef.

nu COMTÉ DE DUNOIS.

Lorsqu'on eut jtilé les foniieraens de celte nouvelle église. les abbOs et chanoines de la Mîidcleine s'opposèrent à In construction , prétendant qu'on avançait son chevet sur leur terrain, ilsscdésislèrentcependanlde leur opposition, et l'ouvrage fiilcontinuii. Il y on a qui ne rapportent cette tonî>lrucl!ûti qu'à l'an 1375.

Le Hunois, comme la majeure partie de la France , était alors dans une situation fort triste. Aux dévastations occasionnées par les guerres s'étaient jointe, en t3'i7 et l'3hS , une maladie »*ontngicuse qui dépeupla le pays. Cette peste avait commencé dans la Grande-Tartane, en 13i2. Elle ravagea l'Asie , rAfriqueell'Europe ; c'est de l'Italie qu'elle passa en France. Une partie du Dunois était restée sans cultivateurs; lespropriétaires netrouvaienlplusde fermiers; c'est probalijement te qui avait engagé le comte à donner des fonds aux liospilrtlicrs deriIôtel-Cieu , dans l'espérance que, par leur industrie, ils en tireraient micus parti que les gens d'iilTaires , qui ne recevaient plus de quoi satisfaire à ses besoins.

Les malheurs inséparables des guerres continuèrent. Si on nous en avait laissé tous les détails, il j aurait de quoi révolter notre sunsihilité. IJonneval et son abbaye furent pris et saccagés en 1370. Ce fut, à ce que l'on peut présumer, dans le même temps que l'abbaye de Saint-Avil essuya quelques-uns do ces désastres, annoncé» seulement er général dans ses arcliives.

Ce mémesièulc ne fut-il point aussi celui do la destruction paroissiale et mitriacale du Saint- Sépulcre? Son bourg, celui du Comte ou de Saint-Vnlérien , celui de Villciraai, de Tue-Lièvre, du Bourg-Neuf, n'y trouvèrent-ils point leur ruine et celle des clôtures qui les séparaient, d'où serait venue leur réunion? L'église même de Saint- Valérien ne fut-elle point détruite en ce temps? Celte d'aujourd'hui

serait elle la même que celle où l'on avait élevé le mausolée de Sulpice II d'Amboise , beau-père d'Éllsabelh , filte de Thibaud V? Pourquoi en ovait-on arraché un monument de nature à mériterd'Être respecté? Je laisse à luer le temps de ces faits à ceui qui trouveront plus de facilitô que moi à les découvrir.

« Exiincta remvisco, n je renais de mes cendres, légende historique des armoiries de Ghàteaudun, ne doit son choix qu'à ces tristes révolutions, elle moment de ce choix n'a peut-être guère précédé le siècle dontje parleaotuelleraent.

Quoiqu'il en soit, le comte Louis II quitta la vie avant que les maus que le Jlunois avait souHerts fussent réparés. Ce fut dans son château de Blois, l'an 1372, et il y fut inhumé dans l'église de Saint-Sauveur.

Il y avait longtemps que Châteaudun était en quelque sorte une terre étrangère pourses vicomtes. Marguerite de Flandres les en avait rapprochés par son mariage avec Guillaume de Craon. C'est avec lui, comme nous l'avons dit, qu'elle avait retiré celte vicomte d'entre les mains de sa sœur Marie et de Robert de Koulogne , par on échange. La principale terre de Guillaume était luFerté-Bernnrd (1), et c'était le lieu de son séjour. Il lui fut facile de le partager avec ChAteaudun , dans les temps où il pouvait se dérober au service des rois Philippe de Valois et Jean son fils . dont il fut chambellan , et à ses assiduités auprès de Louis T*, duc d'Anjou , dont il fut favori (2).

Je n'ai point encore parlé delà communauté des Cordeliers , parce que je n'ai pu découvrir l'époque certaine de

(1) Il n'eut Sabtë, Soinl-Haur, Clmnlocé cl In^randes qu'après la mort de son frère aîné Aroaurjr , en 1373, el il ne fil l'acquisilioii de Dommart etQernavilJe, en Picardie, qu'après son mariage.

(2) ]l fat UD des otages donnés aux Anglais par la paix de Brétîgnyen 1360. Il y est nommé le sire Guillaume de f.rann.

1>U COMTÉ f)E IHINOIS,

lear établissement. Tout le monde convient que les accidens que leur maison asoufTerts par le IVuct par les inondations, ont détruit les premières archives. Je n'adopterai pas le sentiment d'Alexandre Soucliay , ci-devant avocat liscal de Châteaudun , qui , dans un mnnuscrit qu'il a laissé , le Cxe à l'an 1210 . parce que , selon quelques auteurs , saint François n'a institua son ordre qu'en 1209, et que ta plus ancienne date qu'on lui donne est 1206. D'ailleurs, la maison des Cordeliers à Villefranche est reconnue pour la première qu'ils aient eue dans le royaume ; elle ne l'ut l'ondée que dans celle année J210, par Guicliard III , comte de Beaujolais , qui eut une cnlrevue avec saint François en allant à Rome la mCmc année, et en obtint trois religieui: seulement.

La tradition qui m'a paru ta plus probable est que la maison dos Cordeliers de Châleaudun n'est que du temps de saint Bonaventure, qui ne prit l'habit de Saint-François qu'en 1243. Elle fut fondée sur la paroisse de Saint-Valérien, dans le bourg et fief de Tueliôvre , vers la porte Blaisoiso du faubourg d'Amont , ainsi qu'on l'a quelquefois dénommé après la réunion des différens faubourgs de ce côté. Je présumerais que cet établissement est du temps du vicomte Geoiïroy Y et sous le premier comte de la maison de Châlillon.

Si les seigneurs du nom de Saiiit-Avit n'en ont pas été les fondateurs , du moins ils en paraissent des premiers et des principaux bienfaiteurs. Ils en adoptèrent le cloître pour leur sépulture, vis-à-vis du chapitre et près de la porte d'entrée des religieux , dons le chœur. J'y ai vu les lombes de Marguerite de Sainl-Avit , morte en 1252 , de Godefroy de Saitit-Avit, mort en I2C2, elde Gaucelin de Saint-Avit , décédéi'an là72. Jean de Saint-Avit, évéquc d'Avranches, bienfaiteur de l'HAtel-Dieu de Châteaudun, était de cette

lllSTOlttL

maison , dont quelques membres se sont établis linns le Limousin au (|uinziômc »iiide (1]

Le vicomte Guillaume de Craon . premier du nom , mourut . à ce que l'on croit, àChâteauiImi , l'an 1i38l , le 8 juin. Il fut enterré dans l'église dosdits Cordeliers. devant l& grand-autel , où on lui éleva une tombe , comme porte un nécrobgede couvciil, en ces termes : a Anno Domini 1381, die junii octavâ , obiit OuiUelmus vice cornes Cas(ri(l»ni , coram magislro al tari , tumha levala. » Ce Giiillaumc lut surnommé W. (irand. Il eût de Marguerite , riuitlnumcll. vîonmte de Cli/ïlenudun , Pierre, seigneur de h FertiMlernnrd . Jean , seiguenr de Dommart en Pontliieu , (iuy , seigneur de Saintc-Julillc, rhand)ellan de Chiirlcs VI, mort sans lignée, et deux lillcs, savoir ; Marie, nlliée à Hervé, seigneur de Morny et dt; Tlnirigny, cl Béatris , mariée à Bennud de Ma u lévrier.

Jean de Cliillillon , second du nom et second fils du conile Louis l", étpit en Hollande où il fixa sa demeure , lorsque la mort de Louis H, son Trére aîné, le mit en possession des comtés de Rtois et do Huiiois. Il prit nllinnre la même année, c'est-à-dire en 1372, avec Malhilde, fiile unique de Renaud I" . duc de Gueldrcs. Il n'eut pas la satisfaction de faire passer le duché de Gueidres ni ses comtés â sa postérité, l'nr il mourut sons enFans . à Valenciciincs, l'an 1380. On voit son épitaphe dans l'église des Cordeliers de cette ville, prés le tombeau de Jean de Ilafuault, son aïeul.

(1) Avant la dfslruclion de ces cloilrcg, l'église, avpc deui longs corps de b&limens en iwlcnce, en entouraient les trois c6tiïs. UndccesoAlte, plus large que les (rois aulrtfs, oITrail, au midi, une C5|icce de salle des exercice» fort lasle, avec une large tribune cicvée en pierre, el des sitïgcs autour, de lu m&ruc inatièrc. Ceci cunlirrne la tradition qui porte que ce couvent avait été des plus nombreux et des plus brillans poar les éliidff.

DU COMTIi DE DUNOrS.

Dans cette ann<''e 1380, les religieux deTabbaye de TAumôiie eiirenl une alarme qui ne passa pas cependanl la frayeur. Tliomas, duc de Butkinghom, dernier des Dis d'Edouard III , roi d'Angleterre , vini , selon les ordres de Ilich.ird II, débarquer à Calais, d'où il prit sa route au travers de la France, accompagné de huit mille coniLattntts, pour porter du secours à Jean IV de Bretagne , dit de Monlfort, que l'Angleterre soutenait contre Charles de Chàlillon, dit de Rlois, à qui tes princes et pairs de France avaient adjugé le duché de Hrclagne , à cause de son épouse Jearme de Bretagne.

C'était de ces nuées que le prudent roi Clinrles V disait qu'il fallait librement laisser passer, mais il avait soin de tenir en observation un certain nombre de troupes en bon ordre, pour hSter leur marche. Cette armée passn.la Picardie, la Champagne, le Gûlinais. entra dans la Beauce , séjourna à Toury , passa paisiblement devant Janvillc, mais assaillit, prit et brûla la tour du Puiset, traversa le Dunois, et parut devant l'abbaye de l'Aumône ou Petit-Cîteaux. I.e duc rassura les bons moines et les édifia môme . en célébrant avec eux la fôle de la Nativité de la Sainte- Vierge. La présence du général leur fut moins à charge que son escorte ne le fut au voisinage. H ctmtinua sa roule par la forêt de Marchenoir, le bois du Colombier, passa devant Vendôme et gagna la Bretagne.

Guy de Châtillon , deuxième du nom et troisième âls de Louis I", avait succédé» dans les comtés de Blois et de Dunois, à ses deux frères aînés, llavuit été donné en ûtage à Edouard III, roi d'Angleterre, l'an 1360, par te dur traité de Hréligny , qui délivra le roi Jean^ fait prisonnier à la bataille de Maupertuts , près Poitiers, en 1356.

Guy avait passé près de sept ans en Angleterre, lorsqu'au moyen de son comté de Soissons , qu'il abandonna à En-

niSTOIUE

guerrand de Coucy , en faveur de son mariage avec Elisabeth d'Angleterre , il oblitil la liberté le lô juillet 1367. Dés qu'il se vit libre, il se signala contre ceux qui l'avjiient rançonné par la conquête du Limousin , sur le prince de Galles. Il pîissf) ensuite dans la Prusse , où il donna assez de preuves de son mérite mililiiire pour en rapporter Tordre de chevalier, l'an 1370, Ce fui lui qui, en 1382, étant pour lors comte de Blois et de Dunois , commanda l'arrière-çarde À la bataille de Kosebecq , près Courtrai.

Guy 11 avait épousé Marie de Namur, fille de Guillaume de Flandres, comte de jSamur, et de Catherine de Savoie, dame de Vaud. Ce Guillaume était déjà beau père de Guy , dont en premières noces il avait épousé la mère, Jeanne de Uainault.

Marie do Namur n'eut qu'un fils de Guy, et ce fils porta le titre de comte de Dunois de leur vivant. Pour la propriété, ils ne la lui abandonnèrent que lorsqu'ils lui firent prendre alliance, l'an 1386, avec la princesse Marie de Bcrry , fille de Jean de France , duc de Berry , petit-fils du roi Jean. Le marfagc lut fait à Bourges. Dans le contrat du 29 mars, le douaire de six mille livres de rente auquel ils s'obligèrent envers la princesse, fut assigné tant sur le Biaisais que sur le Dunois. Ce seigneur, qui se nommait Louis , fut le premier de la maison qui porta pour première et seule qualité celle de comte de Dunois, Il mourut jeune (I). Son épouse, devenue vcuie le l.'i juillet 1391 , se remaria le 27 janvier 1392. avec Philippe d'Artois, connétable de France , et en troisièmes noces, le -2'i^ juin 1400, avec Jean I". duc de Bourbon. Elle mourut en IkSk-,

(1) A Vatenciennes, il fui inhumé dans l'église des Cordeliers de celle ville, où son Épilaplic porte : <■ Chigisl Loys, coiule de Dunois, liis de a M. Guy, comte de Blois, ki lrép!»a l'an MCCGXCI, le XV de juillet, i L'historien Froissa rd, qui fut chapelain de Guy depuis 138/| jusqu'en 1388, et avait vécu dans le Blaisois et le Dunois, avait faii t'épitapbe de Louis, iDliialée : Le Temple de l'honneur.

DU COMIE DE ItUNOIS.

Après la mort de Louis lll de ChàtJllon. au mois de mars, le comte Tiuy II, snti [«ère, à qui le Dunois était retourné, avait donné sa procuration au clievalierGuy Prunelle ^/V«neUasJ, sire d'Herb-iult, pour traiter de ses comtés de Bloifi . compris Itoniorarilin , Alillatiçay vl Cliâteuureoaud , et de Dunois, compris les domaines de Murclienoir, Freltcval t'I la Forté-Villeneuil, avec Louis de France, duc de Tour.iine, et depuis duc d'Orléans, second fils du roi Chartes V. Le marché fut conclu la môme année, moyennant lu somme de deux cent mille francs d'or que l'acquéreur payait comptiinl au comte, qui se réservait l'usufruit sa vie durant ; ciii<[ mille livres au roi pour ses droits de fief et de rachat sur lesdits comles, et obligation d'acquitter les six mille livres de douaire à la veuve de Louis lll.

Ces si\ mille libres de douaire Turent rnchetées par le duc d'Orléans, nioycniiant soixante mille livres. La chronique scandaleuse de ce lemps-lâ prétend que ce fut l'époux de la veuve qui lit les frais de ce rachat sans le savoir , et qu'il fui acquitté par les préseiis ruineuï que Marie de Narnur faisait au duc d'Orléans, envers qui elle était trop libérale pour le bien de sa réputation.

Guy II mourut \e 22 décembre 1397. Son goût pour la table l'avait l'ait grossir d'une façon étonnante et avait occasionné une partie de ses dettes. Son corps fut inhumé , à ce que l'on dit, dans l'église des Cordeliers de Valenciennes, dans uDe chapelle (]u'il y avait fondée et que l'on nomme de Blois. Il fut un de ceux qui engagèrent Froissard à écrire l'histoire du temps.

Guillaume If de Craon , lequel . comme ntné . avait succédé à (juillaume surnommé le Grand , son père , dans la vicomte de Châteaudun , épousa Jeanne de Motilbason* Entr'autrcs enfans, il en eut deus Tds. L'aîné . connli sous le nom de Guillaume III, mourut sans lignée. Jean, qui

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fut le second, perdit la vin on 1415, à la bataille d'Azincourt. également sans postérité.

Les historiens rioniienl le titre <ie vicomte de Châteaudun à ces deux fils de Guilliiume If ; ils supposent même qu'ils en eurent la propriété successivement; mais les titres de la chiimbredes comptesdeBlois, d<insla layette cotée Danois, Tont connaître que leur père, Giiillannae 11, avait vendu la vicomte de Chaieauduit au dm- d'OrléJins , Louis de France, et à Voleiitine de Milan , son épouse, déjà propriélfiire du comté de Duiiois. L'acte do vente est du mardi 12 octobre 1395, deuï ans avant la mort de Guy 11 de Chîllilion. Cependant, comme cette vicomte ne coiUa au duc d'Orléans . suivant le manuscrit cité, que 7.i0t> livres, somme trop modique même pour ces temps, relativement aux domaines de cette vicomte, ii se pouvait qu'il y eût des réserves dans l'acte de vente qui aurait donné droit nus deux fils de Guillaume H de (>aon, de se quulilier vicomtes de Cliflteaudun. leur vie durant.

C'est sans doute par dos motifs de cette espèce que l'on donne aussi le titre de vicomte de Châteaudun a Pierre de Craon, seigneur de la Ferté-Iicrnard , frère puîné de Guillaume il , après la mort de ses deux nevcus. Il y aurait mémo à présumer que celui-ci avait des droits dans cette vicomte par son partage, puisque, comme on l'a vu cidessus, il confirma. Tau 138D, Ie2ô septembre (1), la fondalion et l'aumône que Guilhiume 1", son père, avait faits aux cordcliersde ChiUeaudun Si Guillaume II avait eu tous les droits do son père dnus cotte vicomte, les cordelier» auraient été peu flattés du parchemin de Pierre de Craon ,

(1) Cet acte (le confirmation ilélrtiil ce qui est dit dans V Abrégé chronologique des Grands-Fiefs , '\m\mm\i h Paris en 1750, où on Jit, page 72 ; • que Jean H (ie Cbikiilloa acquit b viconntâ de Ch&lcaudun de Pierre de Craon , en l'iiii 1382. i D'ailleurs nou» avons vu que ce Jean II élait morl dès 1372 ; ajoutez il cela la vente rapportée ci-dc8SU9 d'après Je contrat. >

et son inutilité les aurait dégoûtés de sa conservation.

Il faut conclure de ceci que c'est avec raison que Ton admet Pierre de Crnon au nombre des vicomtes de Châleaudun. Il n'est pourtant pas vrai que le duc d'Orléans n'en ait eu la propriété qu'après la confiscation des biens de re Pierre de Craoïi , comme on pourrait le penser d'après la lecture des liistoriens de ce temps. Il paraît qu'il a acquis cette propriété par l'acte de vente que je viens de citer , et que le roi, après la confiscation, n'a pu lui faire passer que ce qui avait été réservé aux enfans du vendeur et à leur oncle Pierre.

II n'est pent-ôtrc pas hors de propos d'ajouter ici la cause de celte confiscation. Pierre de Craon, parmi de bonnes qualités, avait de grands défauts, qui furent l'occasion de sa perte et de son déshonneur- Attaché comme son père au second flis du roi Jean , je veux dire Louis, duc d'Anjou, devenu roi de Nnples et de Sicile, et titulaire de Jérusalem, il le suivit dans ses états, l'an 1382. pour combattre Charles de Duras, qui s'en était emparé par le meurtre de la reine Jeanne, bienfaitrice de Louis.

La fortune ne fut pas favorable au roi légitime. Il ne tarda pas à voir la fin des sommes immenses dont il s'était muni en France è la faveur de sa régence , sous la minorité de Charles VI. Il choisit Pierre de Craon pour retourner dans sa patrie solliciter les secoure nécessaires pour ne pas tout perdre, il regardait de Craon comme son plus tidèlc favori. Alalheurcusemcnt il jugeait du cœur du fils par celui du père. Ce seigneur, ami du prince, mais encore plus de la volupté, s'arrêta si longtemps dans sa roule avec les courtisanesde Venise, que Louis, de chagrin de son retard, mourut; quelques-uns disent même qu'il s'empoisonna.

ÏLes biens et la naissance de Pierre de Craon le tirèrent cependant d'affaire pour cette fois.

HISTOlItE

De retour, il sut s'insittuer dans les bonnes grâces du duc d'Orléans ; il n'avait pourtant qu'une partie des taletis qui Toiit les favoris. Il mnuqiiaii à cet ancien chansonnier ceux qui savent inor la fortune. l.e duc lui avait fait eonfldence d'une incHnation qu'il âvnit pour une Olle de Paris. De Craou connaissait la jalousie de la duclicsse , défaut bien excusable dans de jeunes iJpousées. Il paria devant elle avec indiscrétion; le mauvais elTet de celte indiscrétion retomba sur le maladroit courtisan. Il fui exilé sans qu'on se donnât la peine de lui en dire le sujet. Le vicomte fut porter sou cbagrin et sa disgrAce à la cour du duc de Bretagne. Celuici en profita pour se venger d'un ressentiment qu'il avait contre le connétable de Clisson. Il vint ù bout de persuader à de Craon que ce n'élait qu'à ce connétable qu'il devait attribuer sa disgrâce , et ses conseils lui flrent entreprendre d'attaquer, à la tête de cinquante hommes armés, le connétable , le 14 juin 1391, lorsqu'il revenait de l'hôtel de Saint-Paul; chacun connaît les détails de ce guet-à-pens, dans lequel, heureusement, le meurtrier ne réussit qu'jmparfaitemetit. Ce fui ce coup indigne qui porta Charles VI à conGsqucr tous les biens du vicomte, ù en adjuger la conQscation à Louis, duc d'Orléans, et à faire raser la maison de l'assassin pour servir de cimetière à Sainl-Jeaueu-tirève.

Pierre de Craon n'eut d'autre parti à prendre que de retourner auprès du duc de Bretagne , qui loi dit en l'abordant : « Vous Êtes un chétif, quand vous n'avei pu n occireun homme duquel vous étiez au-dessus. » — «C'est » bien diabolique chose, répartit le vicomte; je crois que » tous les diables d'enfer, à qui il est, l'ont gardé des mains n de moi et de mes gens, car il y eut sur lui lancé et jeté » plus de soiiante coups d'épée et de couteau. « C'est que le connétable en avait bien paré avec une dague.

liV COMTÉ DE DLNOIS.

Charles VI avait prolesté au contiétable , sur le lieu mËme du meurtre où il était accouru, qu'il le vengerait, en ces termes ; o Connétable , chose aucune ne fut si comparée , 0 comme celle sera amendée. » Ce lut bien pour le malheur de ce roi , qui Tut saisi de Frénésie près du Mans , en courant à cette vengeance.

De Craon cependant s'éloigna de la Bretagne; mais il Tut arrfilé à Bayonne et enfermé dans une cage de fer. I^duc d'Orléans, qui avait profité de sa dépouille, obtint sa grâce. C'est ce Pierre de Craon qui avait obtenu de Charles V qu'on donnât des confesseurs aux criminels condamnés au supplice , ce qui n'était pas en usage auparavant.

LE ntJKOlS ET SEN 1 «[IITKM DR L« PRIliniKni: MAISON' D WKI.ÉitKN , nETEKi;» IICOMTCN RE CH/t'I'EADDIJN.

Louis (le Frnrice, tliic d'Orléans, aoqui^reur du comté de Dunois, à qui la vicomte de Cliftleaudun avait passé, comme je l'ai (ait voir <\nm te livre précédent , était second Hls du roi Charles V. Jeanne de Bourbon, sn mère, l'avait mis 30 monde le 13 mars 1371. On lui avait l'ait prendre alliance, dès l'ège de dii-huit ans, avec VaieiUiite de Milan, (tlle de Jean Galeas de Milan et d'Isabelle de France , sa tante , fille du roi Jean. Celte princesse, outre ses agrémeiis Citérieurs, avait un esprit bien au-dessus du commun; sa conversation était charmante; elle savait se rendre maîtresse des esprits, et elle ne s'acquit pas moins d'autorité sur le roi Charles VI, son beau-frère, que sur son mari; elle rendit celui-ci magnifique et ambitieux . au point qu'il eut à sa suite jusqu'à six cents gentilhommes . qu'il s'était attachés par des pensions. Il ne pardonna pas au duc de Bour;20gne l'ascendant qu'il avait pris dans le gonverDeroeiit du rovaume, quoique, par son jeune âge, il oe fût pas naturel de lai

liisToiitfi:

donnerla préférence de In régence. On sait les Lristes suites

de In dangereuse émulntioii de ces cieui princes.

A la naissance d'un de ses lils du nom de Chnrles , il inslitua, an t39ft, un ordre de chevalerie dont la marque d'honneur était un porc-épic attaché à une chaîoe d'or de même matière , avec cette devise : Cominus et etninus. Il fut approuvé , en 1430, par le roi Louis X.I, et Louis XII , son petit-fils, l'adopta pour lui-môme. Cet ordre fut aussi nommé du Camayeu, parce qu'avec le collier le due donnait une bague d'or^'arriie d'un camayeu d'une pierre d'agathe, sur laquelle était gravé le porc-épic. Il n'avait choisi cet animal pour emblème qu'altn de faire entendre qu'il ne manquerait ni d'armes ni de courage pour se défendre contre ['hilippe de linurgogne , régent , pendant les infirmités de Cbarles VL

Quoiqu'il eût tixé à vingt cinq seulement le nombre des chevaliers de cet ordre, h noblesse du Dnnois n'y figura pas moins pour sa pari. Il en reste des témoignages dans quelques châteaux du pays, où l'on voit le porc-épic en relief sur les murailles. Il est vrai qu'il augmenta le nombre plus tard, et que les dames mêmes y eurent part dans la suite, comme mademoiselle de Murât et la femme du sire de Xaintraillcs.

11 n'entre pas dans monsujetde raconter tous tes démêlés des ducs d'Orléans et de Bourgogne. Je dirai seulement que la raort de l'émule de Louis, arrivée en IMk, ne mit pas fin aux divisions de leurs maisons. Elles augmentèrent même jusqu'au point que Jean , duc de Bourgogne, fds de Philippe, devint le meurtrier du duc d'Orléans. I! faut cependant dire que, suivant plusieurs historiens, la galanterie dont le duc d'Orléans faisait parade fut spécialement ce qui aigrit le duc Jean. Dans un temps où ils paraissaient de bonne intelligence , ce dernier reconnut , dans le cabinet du

DU COMIE 1)E nilNOIS.

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<Juc d'Orléans, tes IrniU de son épouse parmi un ample méiliullcri|iie Louisavait érigé au v laiblessendeniuinfiriilé , et iloiit il avyil précédenKiictil expliqué le secret au duc de Bouryoyuii. Celui-ci, oulré de voir son déslionncur tracé ditiis cellL> scandHleu!^och^o^i(luc figuréu , couçul le dcsscia do laver irl nfiront duiiï^ le s>ni^ de sun Jiulcur. Il lui fallait un houimc |)oiir rcxéruliir : il le trouva diius la personne de Itaout d'Auteville, genlilhomme normond , intéressé dans la même cause. L'épouse de Cfluici avait, h ce qu'on dit. trop multiptié ses visilos chez le duc d'Orléans, pour lui marquer sîi nconnaissance de ce qu'il l'avait empêché d'éluuller au funeste bal , où la mascarade de plusieurs seigneurs de la coureti sauvages occasionna , comme Ton sait, une si triste catastrophe. D'ailleurs, d'Auteville trouvait que sa femme avait trop vite oublié le tort que le duc d'Orléans lui avait l'ait en le desliluant de sa place de trésorier des litiances, quoiqu'il ne IV'ùl pas tant fait pour le désobliger que pour raorlilier le dm: de Rourgugne, h qui il devait celte place.

D'Auteville , à la télc d'uue troupe d'alïidés dont était un porteur d'eau du duc de [tourgogne, massacra le duc d'Orléans dans la rue Barbette . te 2.3, ou, selon M. de Roulainvilliers, le 24 novembre 1407.

La duchesse d'Orléans, inconsolable de la perle de son mari, ne le fut pas moins de n'en pas voir tirer une vengeance égaleason ressentiment ; elle ne lui survécut qu'une année. Leurs fils furent Charles, duc d'Orléans ; Philippe, comte de Vertus, qui mourut en L'i.20; et Jean, comte d'Angouléme, Le duc avait aussi laissé un (ils naturel nommé Jean , dont j'aurai bien lieu de parler.

Charles de France, duc d'Orléans, conile de Itlois et de Dunois , âgé seulement de dix-huit ans, n'était pas en état d'eiécuter les projets de vengeance qui lui étaient inspirés

HISTOIUE

l<ar la priiuesse sa mère , de m(^me qu'à ses Hutres Irères. , Lciirâ vives sollicitalioiis auprès d'un inoniirque faible et qui était lui-mÔrne opprimé , m; produisireuhiirutie simple <;ûré!T)oifie qui se fit. au bout de tiens iuis, dans lY'jilise de Notre-Dame tle Chartres. t.c du€ de Huurgogn", à genoux aux pit'ds du roi qui était sur nn« estrade a\ec la reine, les trois fils légilimos du duc d'Orléuns et sou (ils naturel présens, s'eupriraa dune telle la^on aux pieds du roi et ensuite vis-à-vis ses parties adverses, qu'il n'en lira de sincère qu'un torrent de larmes d'indignation. La promesse qu'ils lui firent de paiï et amitié pour l'avenir ne (ut qu'un eflel de leur soumission aux ordres du roi (1).

Celte f.iu.^se paix fut suivie de ces deux ligues de In Croix- Blambe ou des Armagnacs pour la maison d'Orléans, et de la Croix-Rouge pour neltc de ftourgogtie, qui éclatèrent en 1410 et foreèreutcelui-ciàunepaix hotiteuse. La déclaration d'Ht'uri V , roi d'Angleterre <'ontrc la l'-ranue . et son iirrivée dansée rojnurae à la tétc d'une armée assez peu nombreuse du reste, Qt perdre la liberté au duc Cbarles d'Orléans; il fui foit prisonnier il la bataille d'Azinnmrt , le 25 tictobre L'i-la. 11 fut ronduil en Angleterre, où il resta viiiRt-iiuatre ans en captivité. Son frère Jean, comte li'Aogooléme . aïeul du roi François i", y était détenu depuis t'il2, CQmme otage, pour cent mille écus restant à payer par le duc d'Orléans, pour les seenurs qu'il avait tirés dauscelcmps-1» contre le duc de Bourgogne.

Pendant la détenlioti des deux priures légitimes de Fa maison d'Orléans chez lej* Anglais, la providence leur préparait par degrés, dans la personne de leur jeune frère

(1) SutranI l'blitloire de Bourgogne, p.ir Fabcr, le duc ilf Roiir|cogne s'élait fail donner cl-deroni des IcUn?!, crnboliljon, aprèa avuir ps-iavi de ju»tiner l'actioD ca plein conseil , par la liarùivirueite Jean PelU, cordelier, qui fui déclarée impie , à la potirsiiile du fameuic Cerson. On fit quanlité de ahan'Ons lamentables sur ce meurtre.

nu COMTK l)K DUNOiS.

ftalurel, un libi^ralcur, «tiisi qu'à toule la France opprimée par la tyroniiie du roi d'Angleterre , du (tue de lîourgogne et (l'Isaheau de Bavière, marâtre de Charles VU (1).

Jean d'Orléans, iruil dus ji^iiliititeries de Louis de Fiance, duc d'Orléans , était né Tan 1403 . quatre ans avant le massacre de son père. Mariette d'Anguirn, ci-devant femme i]'Aut>prt, marquis de (^luuii, rernnnul li.iutemerit qu'elle en éliiU la mèri*; tout le monde ne convint copctidfinl pas di- son déshonneur dans fetle occasion. Il conrul un bruit sourd qu'elle avait hien voulu se sacrifier publiquement pour couvrir celui d'une grande princesse qu'on ne nomrac pas, véritable mère d'un cnFant dont les sr<'indes qualités et fa valeur employées comme on le Siiit nu salut de l'Ktat, couvrirent d'un voile gloricus ce qn'il y nvoit d'irrégulier dans sa naissance. Nous avons dit, k l'occasion de Pierre de Craon. combien Valentine de Milan était naturellement sensible aïK écnrls île son mnri nn cft genre; cependant , dès que le jeune coude fnt en état de paraître , outre les soins qu'elle avait pris de son enfaitre, elle l'admit auprès il'elie au rang de ses proi>res enfans . et parlagco également avec eux son altention et sa tendiosse. Il fallait qu'il y ciit quelque cliose de plus que le mérite naissant de l'enfant pour lui atliror tant de faveurs.

Le jeur»e comle répondit aux soins et aux bonti's de sa bienfaitrice d'une façon à en mériter conlinuellement de nouvelles marques et à s'attirer de Sii part rattacJiement le plus nrfeclueux. Elle n'oublia pas de l'admettre parmi ses frères dan>< un de ces lugubres spectacles qui attendrissaient Paris , lorsqu'elle alla implorer ta justice du trftne contre le cruel assassin de son époux. FJle était escortée d'nn nomttre prodij^ieux de chevaliers qui l'avaient été chercher à Châ-

(1) bile pa^sa â ChâtGiiuilttn ca iiil , lorsqu'elle s'en altaiL de Tour» & Cbflrlrcs avec le duc de Bourgogne, qui la ramenDitdegon exil dcToura.

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lUSTOlUK

teau-Thîcrry , où elle ùtail di^s avant l'atci(]erit<le son mari, ou plutôt cette fois à Blois, où elle s'clait ri'iirerrm'e après avoir quitté la cour , lorsque le duc de Roiirgogne y revint pour la promiôre Fois. La marche se Ut avec ordre eu entrant dans la capitale : l'air de la mcre , la tendre jeunesse des enfans que l'on menait à pas modùrés, firent leur effet sur les spectateurs , et, disent les liistorifus , la beauté de Dunois ne fut pas un des inoitidres ressorts qui émut les esprits. Elle leur rappela ce (|iii s'ét.iil passé chez la duchesse dans le premier moment de la douleur; en jetant les yeux sur les cjualre fils dt; celui qu'elle pleurait, elle s'était écriée avec transport ; u Quel sera celui de vous qui vengera son père? » Le petit Duuois seul lui avait répondu avec la plus affectueuse vivacité : « Ce sera moi, madame ! » J'ai déjà fait connaître fiuc la duchesse et les enfans du défunt, en se prosternatit aux pieds du roi, n'en tirèrent guèrcs que des torrens de larmes.

Le jeune Dunois n'eut plus qu'une année à profiter de la faveur )fe la bonne princesse (1). Elle lui roppela en mourant ce qu'il devait au prince sou père et à oUe-tnême, qui avait agi envers lui avec la plus sincère ntleclion. Elle se plaignit dans ces mômes momens de ce que sa mort prévenait les arrangemeiis qu'elle eût désiré prcjulre ptuir sa fortune. Elle ne put faire autre chose à cet égard que de le recommander de la fa^on la plus vive et la phis glorieuse pour lui

(i) EIiIe mouiut ù Bluis. Elte disnil du jeune Dunois : i qu'il lui ovait Étd eiiil)l<i {c'esl-à-dïre dérobé). » Elit prétendait qu'elle eûl dû en Pire la mère, \rjrce qu'il n'y avait uul de les enfans si bien taillé à venger b mort de f'ou père <]u'il l'était.

Les euTaus légilinies du duc d'Oiléan», plus âgés que Dunois, n'essayÈrenl qut: trop pour leur cnalhenr et celtil de ri^tiit, (te suivre leur vcngeaticc. Dunois était trop jeune pour en faire atiluril, lorsque Icj circonstances s'offrirent d'eu faire le diingereux essai. C'était pour venjcer l'Ëtat (|u'ii était né et recoucillerles iniiijious ennemies ; ce fut tu vengeance la plus glorieuse qu'il pût exercer.

DU COMTE DE DUiNOIS.

au duc Charles. Valcnliiie était persuadée que Danois n'oublierait pas, lorsqu'il en serait temps, d'accomplir la promesise qu'il lui avait faite d'une vengeance trop tardive pour son resscnliment. Mais Ifi prudence rr'glasa vengeance, qui ne lui fil rien entreprendre contre sa religion, l'aviintage de la muison dont il tirait son origine et ce qu'il croyait devoir sacriQer nu bien de l'Èlaten général. Outrele naturel du comte, que la princesse avait étudié, peul-i^tre que son penchant ridicule pour l'astrologie, à laquelle elle s'était donnée de façon à se faire craindre comme magicienne , lui faisait Fnire quelque fond sur une prédiction d'un gouverneur du jeune Dunois. Celui-ci avait dit au duc d'Orléans qu'il n'était pas nécessaire de bStir une maison à ce fils, parce qu'il serait toute sa 'vie errant pour le secours d'aulrui.

Ce gouverneur se nommait Florent de Villers. Il faisait profession de l'astrologie et de la médecine. Je ne sais sur quoi surit fondés ceux qui le iroienl originaire de CliAtoaudun, où il a été Irès-counii à l'octasion de son élève Dans la suite, cet homme de lettres quitta le comté de Dunois pour passer dans l'.^sie, dans l'espérance d'y augmenter ses conniiissiinces. A son retour, il s'établit à Lyon où il professa l'astrologie et eutl'honneur d'y être visité par Charles

Dans le cours des études de Jean d'Orléans, que je suis autorisé partons les historiens à nommer le comte de Dunois par anticipation, de puissans amis le portèrent à entrer dans l'état ecclésiastique 11 paraît que le respect humain pour la qualité de ceux qui le conseillaient eut pins de part que toute autre chose à celte démarche. Il fut cependant assez longtemps sans faire éclater son dégoût pour un état que la religion qu'il a constamment chérie lui faisait respecter infiniment, mais auquel il ne se sentait pas appelé.

illSTOlUE

La mort du comle de Vertus, son Trère, arrivée en 14-20, fut pour lui un préteite de se décider, il quitta donc un liabit iiuquel il eût été du reste en état de faire honneur, pour en preruire un plus conforme h ses vues , c'est-o-dire aas intérêts de ses frères légitimes, à ceux de l'État, et à 8es engagemeus pour la mémoire de son père et de hi duchesse sa bienfiiitrite.

Ce comle de Duiiois commença, en 1 V2I . à ambitionner \(is litres de victorieuï . de triomphateur el de reslaurateur de la i'ranre , qu'il a depuis justement mérités, Le dauphin Charles Vil ne lui avait que trop épargjic la veiigeanivdu forffiit de la maison de Uourgogne, par un autre forfait qu'il Rt commettre à Monlcreau. Quoique les eues ne soient, pas des molils d'approbation, le tristu état où le dauphin s'était exposé p;ir son allatlicmcnt à la maison d'Orléans, ne laissait point de sujet de délibénitionau comte de Dunois. pour le parti qu'il devait soutenir dans les troubles que cet événement avait fait éclore.

Agé seulement de dix-huit ans, il courut au secours du véritable héritier présomptif de In couronne, qui n'était soutenu contre la marâtre que par quelques troupes, et niUorisé dans la régence par la portion dn parlement qui l'avait suivi à l'oiliers.

Escortr* de quelques levées d'hommes, où il ne manquait pas de ceu\ du Ituiiois dont il avait déjà gafçriô le cœur, il alla rejoindre r.harlcs, dauphin, en Anjtm, après avoir mis Chflteaudun en état de continuer h servir de refuge à ceux qui tenaient le parti de la jnslicf pour la succession ô la couronne . conune elle avait fait depuis quelques années que les ennemis de l'État s'étaient emparés de lîonnevol et de tous lés endroits Forlifiés du Dunois.

Le jeune comte eut l'avantage de faire un coup d'essai à la bataille de Ucaugé où les Anglais furent défaits, et où le

DU COMTli: DE DUMUS.

duc de Clarence , leur chef, frère du roi, perdit la vie.

CctnvaiUage facilila nii daupliin lu reprise de Montmirail et de Bonneval. Cette petite ville fut si mallroili'e dans ces temps, qu'ciiGfi , on iV2'i, los religieux abaridormèrent toul-à-fait Tabliaye. iîalliirdoti l'ut ciiissi repris. Le siège de Chartres fut mniiquô ; le roi d'Angleterre en personne et le duc de Bourgogne le firent lever.

l.a mort mCme du roi d'Angleterre, arrivée l'année suivante à Vintennes , au mois d'août , ne rendit pas la fortune du dauphin moins agitée. Le duc de Bedfort, régent en France , ne contribua pas moifisau miillicur de ce royaume, .sous son maître, le ji'uno Henri VI. La lin du roi Charles VI, au muis d'iK'lobrc- suivant, donna bien , selon la ju.<lice, un royaume à Ch;irlos VII, mais à conquérir. Personne ne le servit plus cffîmccmfnt en cela que Jean , comte de Dunois. à qui il lit épouser Marie Lonvet. lîlle de son favori Jean Louvet, président à la chanibre des comptes de Provence, qu'il avait fait son ministre d'Etat et son intendant des finances (I).

La faveur de ce ministre déplut aui grands attachés à Charles VU. Ce roi se vit forcé . dans les rircon.stances où il se trouvait, de le ItMir sacrifier et de l'éloigner do s.i per. sonne. Le comte de Dunois fut piqué de cette disgrâce, peu honorable pour son beau-pére, elle suivit à Avignon. Il le quitta cependant après qu'il eût examiné les choses avec son discernement et sa candeur naturels. Il se rendit au rappel honorable que le roi lit de sa personne, à la sollicitation même du comte de Hichemont. qui avait te plus contribué à l'éloignemenl de Louvet, et à celle de La Tré-

(1} Je n'ai pu trouver en quelle année ce mariagfe a été conclu ; c'est peul-4^trt! dès 1421, année où ce même dauphio avaU fuit celui de Jean, dncd'Alençon , avec Jeanne d'Orléans, fille da duc prisonnier el nièce du comte.

mSTUlHE

mouille , ({ui nvail reniplni'é le miiiistrti; ils seiilaienl Irop ce que l'on perdait à son absence,

Ce Tut pendant relie éclipse rin lomle (jne le roi se rendit de Tours à ChiUeauduii , où i! no trouva pour son souper que deux poulets et une queue de mouton (1). 11 y tint conseil avec' le vicomte de Narliorinc . le comte d'Aumalc, le maréchal de La Fayette qui l'y avaient précédé , et le duc d'Alençoii, avec plusieurs aulres seigneurs qui étaient venus le joindre dans celle ville. On délibéra sur les moyens d'aller secourir Ivry, assiégé par le duc de Bedfort. Les mesures prises furent mal eséculées; nedforl les prévint, Ivry Tut pris el l'armée du roi ballue près Verneuil.

Hepuis que te jeune comle de Dunois avait jiris le parli des armes, il n'avait néj^lii;»: en rien les nll'aires de ses frères abseiis. Charles . l'aîné, duc d'Orléans, commenta, en 14-27, à lui en marquer sa reconnaissance, en lui nbandoniiantle comté de Porcien. Les lettres en furent expédiées â Bourn , dans le comté de Lincoln , le 29 mars.

Ln France était alors dans Tétat le plus déplorable; l'horreur de la guerre avait passé jusque dans les animaux. Ils prenaient la fuite nu son du locsin, signal ordinaire el trop répété de l'arrivée des dilTéreiis partis ennemis- Le roi était resserré dans le Berry. et ses affaires empiraient de jour en jour. Il commençait à être temps qu'il firflt parti des talens du comte de Dunois, pour lors ûgé de vingt-quatre ans seulement, niuis qui les avait assez fait pressentir dans six campagnes, où il s'était distingué dans les expéditions les plus dilliciles. Bien en prit ù Ciiarles VII de lui donner un

(1) L'aateur des f^igitef de Ciiarles VII cite celle anecdote pour uo repa» qu'il doiinDit il La nire et it Poton ; il s'exprime ainsi ; Uu jour que La Hire el Polon I.c vinrenl voir, pour resloycmeol, K'aratt qu'une queue de œoaloii Et deux poule)» tant seulement.

DU COMlÉ DE DUNOIS.

commnnilenicnteii chef, pniirfisersur sa lêle une couronne qu'on lui anacliait. \.c coniR'Inble , fi-dcvant di'fiiit et alors mécorttpnt , laissait p.ir sa relraili; un véritable besoin d'un gcnicriil.

Il cotiimençn ses exploits de lieutenant-général par secourir Jar^Ciiu et siuiver Aïonlariiis. Il combaltit aiiï pieds de cette dernière vilic, ajîinl de l'ecHi jusqu'il la ceinture, mit en déroult; le duc de Suirolk , se rendit nnattre de son artillerie et de celle de Warvick.

Le coiDle de Danois avait pris sur lui dans cette occasion. Il ii'tidil fhiirgé que âp rafraicliir Moidiirfîis; mais on éLaît duiis iirii temps de crise où (Charles VII L'dt continué à plus perdre qu'à jnugner, s'il avait astreint ce commandant aiii décisions d'un conseil trop souvent hors d'état, par l'éloîpncmeiit, de prolUcrdo toutes les occasions favorables. Un hat)ile général est le meilleur conseil d'un roi danscesoccasions la seule politi^jne essentielle est de le bien choisir. Duiiois élait jeune capitaine, mais il savait déjà tout peser dans ses démarches. Il donna lieu à ceux qui connaissaient son jeune âge , de juger que ses actions ne le décélernieiil point à ceux qui rignoraient. La disposition du siège de Monlargis, qu'il snisit d'un coup-d'œit , le lit aller au-delà des ordres qu'il avilit reçus, surtout se voyant soutenu par l'intrépide Lahire.

Le duc de Warvick ne dut son salut qu'à une manœuvre du {gouverneur, qui, sans vouloir le favoriser, avait lâché des écluses qui avaient séparé, lui et son quartier, des deux qui furent rompus par le comte. La prudence de celui-ci l'arrêta et l'empêcha de risquer un second combat avec des troupes fiiliguées de leur victoire, et Warvick ne manqua pas de mettre à proDt la sage modération de son ennemi» en se retirant vers Paris.

Le comte de Dunois mit en œuvre tous les moyens aux-

HISrUlKE

quels un géiicrali désint'iressé sait recourir pour eolrelenir le zèle de ses Iroupes. et pour s'utlacher et atlnchcr au roi les habjlans des villes qui se «signalaient par leur active fidélité. Les hahiCans de Montargis s'ùlaieiit distingués; il obtint, pour ces courngeux bourgeois, le droit de porter uue M en broderie d'or sur leurs habits ; deux foires franches, outre celle dont ils étuienl en possession ; ce sont de tes récompenses peu dïjspeiuiieuses, qui resserrent les nœuds qui attachent les sujets au monarque. Cbniles Vil y ajouta gracieusement le droit d'usage dans la Ibrét de Pontcourl.

Cet avantage des troupes royales, le plus considi'rabie qu'on eût obtenu en faveur de Chiirles Vil , depuis que la couronne lui était dévolue , fit tourner tous les yeux sur le comte lie Dunois. Le roi et toute s» cour le regardèrent dès-lors comme le plus solide appui du roynume. Ses talens firent oublier ceux du despotique cruiiiétable Artlius de Bretagne, comte de Itichcmotit . qui tomba dans le discrédit. La ligue qu'il forma par acharnement contre les favoris du roi, parce qu'il eiU, voulu l'être seul, aclieva de le rendre odieux.

La Tréraouille, successeur de Louvut dans le ministère, fut aidé ptiissanimenl par le comte de Dunois dans les atniitages qu'il remporta sur celte ligue. Le duc d'Alençon, fait prisonnier à Ivry, mais de retour de sa captivité, acheva de la dissiper, eu Imitant avec les prinrip.iuxctieFs, excepté avec le conot-toblequi fut décluié i.'uni-mi de l'état.

Les afïaires de Charles VII cuiilinuaienl à prendre une meilleure tournure. On avait repris quantité de villes sur les Anglais, et je dois dire ici que celle de M.ïrchenoir était du nombre, ainsi que la forteresse de Vi(^vy. L'acharnement du duc de Bourgogne n'était plus si violent; mais l'intrigant Bedfort sut encore lui tirer un corps considérable de troupes, lequel, joint avec un autre qu'il avait obtenu du

nu COMTÉ DE DUNOIS.

Rouve/iu roi d'Angleterre, forma une armée avec laquelle Salisbury foiïditsnr In Beauce. enleva te Puîset, Janville , Patay . Mont-Pipeaii. Meung, Jnrgeau , Sully, Cléry. Beaugency , M<'ircheiioir , el forma enfin le ramcui siège d'0rl<!;an8, le 12 octobre 1428.

Le comte de Duriois , accompagné de (ilusleurs seigneurs, et surtout du vaillant Xaititrailtes, entra dans la ville douze jours après . h h t(Ho de douze cents hommes seulement , dont plusieurs clnicnt natifs de son futur comté, et ont mérité d'iltre quiililiés, par des auteurs de rc temps, ses braves Dunois.

Les assiégeatis ne tardèrent pas à s'apercevoir de son entrée dans la ville par ses vigoureuses sorties; il tes harcela pendant tout le cours de ce mois. U entretint un commerce facile avec le dehors , tflnt que la Loire fut bosse, et dans sa crue au raoj cti de sorties bien concertées ; il sut toujours avoir communication nvecChîUeaudnn Oti peut voir, dans la petite histoire particulière de ce siège , les nombreui convois qu'il en lira journellement pendant tout Le cours du siège, quoique les Anglais eussent encore repris Bonnevol (li) et qu'ils occupassent lit partie de son abbaye qu'ils nvuierit épargnée aufiaravant , nitn d'incommoder leurs adversaires. Ils lirentéclater leur dépit en brûlant ces restes, lorsqu'ils furent contraints de les abandonner après la levée du siège dont est qucslioti.

Dans les sorties multipliées du comte, il ne reçut qu'une blessure et n'eut qu'un cheval tué sous lui. Un boulet de coulcvrine le défit du général Salisbury , qui fut remplacé par Suffolk, vaincu à Montargis, et par Talbot, rAchitle des Anglais.

(i) En 1437, le comie de Foix avec trois mille liommes de Ks U-oupes, avait essayé taiiirment de reprendre Cbarlres et Bonoevsl lur le» Auglai». Il pilla le pays el s'en alla avec mi mootagoards.

HISTOlKK

Les assiégés eurent avis, le '12 février H'29, que l'on conduisait aux assiégeons un convoi considérable consistant principalement en harengs; il était bien escorté par ileux mille cinq cents hommes, Le comte de Diinois, com])lanl pour garder Orléiuis snr son courageux et expérimenté gouverneur Kaoul de (îauconrt, alla au-devant avec le maréchal d'Alliret, suivi de quinze cents honrnies qui lurent joints par d'autres troupes qui venaient de Blois, et étaient conduites par le comte de Clermont.

Celte petite armée s'avança du côté du convoi et l'alteignit près de Rouvray-Saint-!)enis; mais on vit alors ce qui n'est que trop ordinaire quand le commandement est partagé. Les chefs français disputèrent assez longtemps sur la coiiclnite de l'attaque, pour donner à l'escorte le temps de se faire un retranchement avec ses charrois, ce qui la mit en étal de si bien disputer le terrain à l'armée des Français mêlés d'Écossais, qu'elle resta victorieuse. L'allaque se lit le premier dimanche de carême, à sept heures du malin, avec In plus grande confusion, excepté du côté du comte de Duuois, qui fît des prodiges avec la troupe à laquelle il avait réduit son commandement. Quoique grièvement blessé au pied , il tint assez longtemps; mais la mauvaise manœuvre des autres troupes rendit infructueuse sa valeur éclairée ; tout se réiinil contre lui, son corps l'ut rompu, et lui même , menant pied à lerre, tt se soutint avec six de ses soldats, qui le laissèrent enfin seul après avoir vendu chèrement leur vie. Il iH! l'ut plus question que d'aller essayer d'une retraite dont le signal fut entendu de neuf cents Jiommes. Il tes conduisit d'une façon à faire perdre envie aux vainqueurs de le suivre. Il rentra dans Orléans, où le bruit de cet échec avait déjà porté le découragement et la terreur. Pour lui il n'en était pas susceptible. Il ne regretta pas rnôme le comte de (Ilermont qui s'était séparé de lui ,

DU COMTE DE DUiNUtS.

mais bien ses deux luiile combattans . qui ne l'avaient mal secondé que pnrce qu'ils étaient mal conduits; Dunoiss'eu fût bien servi pour elTacer la mauvaise impression que la journée des Uarengs aviiit faite sur tous les esprits, sans en eicepter celui du roi. Le faible monarque crut par là tout perdu, et proposa, dans un conseil, d'abandonner, non seulement Orléans , mais le Berrj et la Touraine , ou il régnait encore.

Le comte de Dunois fut sensiblement touché de ce lâche projet, qui fut connu jusque dans Orléans. Au lieu de suivre l'exemple de ceux qui se laissaient abattre en oubliant la providence , il fit passer ses justes repioches à Charles VU , le sollicita de s'empresser , au contraire , de courir après les moyens de soutenir une partie que, personnellement, il n'était encore nullement tenté d'abandunner. Le roi fut ému de ses vives remontrances ; mais ce faible monarque u'agit pas plus const-quemment, et le comte eut la morti- Gcation de se voir réduit à la plus stricte défensive.

Il sentit dés lors qu'il n'y avait plus d'autres moyens de se tirer d affaire que les stratagèmes. Le premier qui lui vint dans l'idée fut de détacher le duc de Bour<;ogne des Anglais. Il mit à part son ressentiment contre celte maison que, d'ailleurs, l'action du Dauphin à Montereau avait bien effacé. Sans se compromettre , il se servit des bourgeois d'Orlëaos pour venir à ses Bns. Le corps de ville en envoya des plus considérables, ayant à leur tète le capitaine Xaintrailles. Ils représentèrent au duc de Bourgogne que le soi-disant régent de France, Bedfort, agissait dans le siège de leur ville contre les conventions et les décisions du conseil d'Angleterre, qui s'était engagé envers le duc d'Orléans, de ne point attaquer les terres de son apanage pendant sa captivité. Ils lui remontrèrent qu'il lui serait honorable de se déclarer contre une pareille injustice. Pour l'y porter plus efficacement , ils lui offrirent de faire remettre entre ses

lïlSiOllŒ

mains toutes les villes du duché d'Orléans, jusqu'à la délivrance de leurduti. pourvu, seulement, qu'il voulût s'engager à giirdor ta neutralité dans les affaires présentes.

Le duc de lîourgogne parut sensible à la dépiitation des Orléanais. Il dut entrevoir quiî de pjreilles oflres ne pouvaient se faire sans Tapprobalion tacite d'un ennemi qu'il respectait , et que le comte de Dunois yavait au moins donné son consentement ; auss^i , sn réponse fut tlivornble. Il fut avec eux à l'aris faire des propositions à ce sujet au duc de Hedfort, qui lui fit dite avec la liertc anglaise: « qu'il » sentit bieii courroucé d'avoir battu les buissons, et que « les autres eussent les oisillons. »

Ce qu'attendait lo comte arriva : le Bourguignon, choqué de la réponse, envoya sur-le champ un ordre à sestroiipcs de quitter le camp des Anglais. La noblesse de l'icardie et de Champagne suivit avec, plaisir cet exemple avec ses hommes. Cet événement donnft un peu de relâche aux assiégés; mais comme les Anglais ne tardèrent pas à réparer cette brèche, le comte de Dunois se retrouva bienlûl dans une position aussi désavantageuse qu'auparavant. &'il est vrai, comme le di^ient \e^ historiens, qu'il lui virtt alors dans l'idée de sortir et d'abandonner lii ville, ce qu'ils ajoutent que ce ne devait être qu'après l'avoir réduite en cendres, pour ta rendre inutile aux Anglais, dut être en rnéme temps le molliqui arrêta sa juste impatience contre l'indolence du souverain, Quoiqu'il cri soit, il est vrai de dire qu'il eut plus à cœur de sauver cette ville que tout outre projet, et qu'il eût moins tardé à y réussir, si ce qui restait du pays soumis lui eût fourni des secours proportionnés à ceux qu'il tira du Dunois.

Chflteaudun avait alors un brave gouverneur , attaché au comte comme tous ceux du canton , dans la personne de Florent d'Itliers, seigneur de Chauteraesle. Outre ce qu'il

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avait fait jusque-là pour Orléans, ce gouverneur sortit de la ville à la téta de quatre cents lances, et entra dans Orléans assiégé sur la fin du mois de mars. Les bourgeois de celte ville ^e crurent obligés dans la suite , lorsqu'ils augmentèrent son enceinte , à y consacrer la mémoire de leur reionnaissance envers ce généreui gouverneur, en donnant son nom à une des nouvelles rues (rue d'illiers, à Orléans) (1). Le^ autres petits secours qu'on reçut de temps en temps de différons endroits suffirent, avec la vigilance du général, pour soutenir la défense jusqu'à l'année suivante.

On ne pouvait cepcndatit pris espérer de délivrance tant qu'on ne serait pas en élatde i hanper la défeiisi^en attaque. Le comte de Diiriois se ut donc forcé de faire éclorc son second stratagème, dniilta fameuse Pn< elle fut l'instrument. C'est sous cet aspect que des gens éclairés de son temps, comme le comle de hi Trémouille, ont considéré la scène heureuse de la paysanne de Sainl-iiémi-sur-Meuse.

Ce qu'on fit valoir, comme on le fait encore aujourd'fmi, pour attribuer à celte tille-soidal une mission merveilleuse et surnaturelle, ne leur til pas une nuire impression que celle qu'elle fait encore sur ceux qui examinent sans prévention les délnils de ce curieuï événement. Ilss'aperçurenl de l'alibi et de l'anachronisme de la prophétie qu'on lui attribue , en lui faisant dire à Bau-iricourt qirelle le suppliait de l'envoyer au roi parce que, au moment où elle parlait, les Français étaient battus devant Orléans, liaudricourt lui-même, dans les historiens, adopte cet enthousiasme prophétique à la bataille des Harengs, qui se donna à neuf lieues d'Orléans, et il ne dut pas être dit à douze

(1) D'autres disent que ce nom fut donné rtnrcc que ce fut Yton oo Y«es d'IllJer';, clumbcllan du roi, qui fut nommé commissaire pour la nouvelle clûlurc d'Orléans CQ 1^88. Ce peut avoir été une lecoade raison jointe à la preinière.

HISTOIUE

jours, comme on le dit, à apprendre celle nouvelle d'une défaite après le jour ou elle était annoncée.

Ln pri'dirlion fHitcau roi a>anl qu'elle se pn'-scntât devan lui à Cliinoti , eût dû lui procurer une plus gnicieuse réception du monari|ue . s'il Kuroyaitvériljrblcmi'nl envoyée du ciel. Otte prédiction qui lui aiition^'nit u que lui et son » rojanme seraient aOligés , mais que devers lui viendrait o une. pucelle qui k< délivrerait. » parut alorsnussi ridicule que peu croyohie. On pouvait la comparer avec la prière jaculatoire que les liistorii.-ris ftint faire a Chailes VII, jour de la Toussaint, à Loches, dajis Inquelle il disait à Dieu u que , s'il était roupable, il lui ôtâ lie courage de continuer » la guerre. » Il ne l'avait déjà que trop perdu. On dit q la Pucelle lui répéta celle prière, lc qui est (lossible, c rien ne prouve que le roi l'cûl faite à vois si basse dans son pressant chagrin , qu'elle eût échappé à tout le monde. C'est ta ce grand secret qu'elle dit au rui, selon Le Maire , historien d't)rléatis (I), et celte grande inervei Ile ne pouvait pas causer beaucoup d'étonnement à un homme de cour. Si la prétendue prophétie de Merlin, au sujet de cette fille, l'ut publiée dès le temps de ces premiers critiques , elle dut luire arjx gens réfléchis la même sensation que toutes celles de cet auteur ont faite à Polydore Virgile.

Ils ne purent croire qu'avant de voir le roi. celle Bile, qui a paru de bonne loi si occupée des intérêts de son élat, n'eût pas pris, par une curiosité naturelle , le signalement du monarque, de façon à ne pas se méprendre lorsqu'elle le démôla parmi ses courtisans.

Ils ne regardèrent point comme un prodige qu'elle se fût souvenue du nom de Fierbois, où elle s'était arrêtée en allant à Cbinon , et dont elle avait visité l'église , lorsqu'elle

(1) Celle prière nVst point éaoncée dan» 1c procÈs de la Pucelle, et il j a (l'ijulres liislûriens qui disent ciac le roi n'étuit plus à Loches au temps où on lut Tait Caire cette prière.

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DU COMTÉ DE Dl'NOIS.

dcmaniia d'en Taire lirer t'épée connue d'un nncieii flievalier. La gravure do croix et de fleurs de lis n'eut iren de mirflcuSeuî pour elle, et ne la rendit imilenietit irivuUiérable. Us ne tonclurent pas la perte entii-re dii rojaurae . (le ce qu'elle eut la douleur de In voir Irisée entre ses mains, et qu'elle luisub«ittlua relie que l'on montre à Sainl- Deuis.

A l'égard de ses révélations , de ses communications avec Dieu, avec saint ilicliel, avec siiintc^ Cntlierine, sainle- Marguerile, etc., ils les regardèrent d'abord comnte l'effet de l'imaginolioii étliaulTée d'une âme pieuse que le zèle et la Ferveur metluient Imr^ d'elle-même; et dans la suite, comme elle ne persista pas à en soutenir la réalité lorsqu'elle fut entre les mains des Anglais , ils se trouvèrent déchargés de toute obli[,'alion d'être plus sûrs qu'elle-même de leur existence. Quant <> sa virginité, outre qu'elle n'a pas ordinairement pnurelTet de clTangcr les QUes en soldats, ils ne trouvèrent rien d'extraordinaire qu'une Olle. qui avait à peine dix-neuf ans (I), en fût encore en possession; sa piété et sa religion n'ayant d'ailleurs rien d'équivoque.

Il est vrai que l'on rapporte que vingt-quatre ans après la mort injuste de cette fille, le comte même de La Trémouille et celui de Dur.ois, pour éclairer les commissaires de Caliste III, qui rétablit sa réputation, signèrent un certificat (2) où il était porté qu'il j avait du divin dans les actioMS de la Pucelle, mais ce divin était entendu dans le

(1) Selon U. de Villaret, elle était née en l4l>i ainsi elle n'en avait que dix-ïcpl. (Histoire de France, toiue XIV, Paris, 176A.)

(2) C'est &aDS doute de ce. cerlilicat dcvul entend parler M. de Vittarct, lorsqu'il dit dans son Hittcire de France: ■ Trenle ans après, le Tameux

• comte de Dunois, dans on âge rgatemeni éloigné d'une jeunesite incoo- I iidérée et d'une vieilleuc faible et crédule, affirmait encore avec » lerment que loules les actions de cette fille, qu'il uvttilpretque toujours

• accO'inpagtiée, portaient tin caractère surnaluret dont le soutenir se > retraçait saits ces»e ù sa mémoire. •

9Bh

HISÏOIHE

sens extraordinaire, c'est-à-dire qu'il ynvaitde l'admirable dans ses actions, sans qu'on y rtM:orinùt du miraculeux, comme on dit tous les jours qu'une chose esl divine, sons croire qu'elle soit surnaturelle , sans quoi La Trémouille se serait contredit lui-même, selon ce que nouf en avons rapporté plus haut.

En raisiiiit connaître la politique du comte, on laisse peutêtre à penser qu'il favorisait lasiiperslilion dans la manière dont il laissait la Puccllo s'annoncer. Il est vrai que les plus grands hommes et les plus religieux oublient quelquefois dans la priitique ce principe qu'ils respectenl : « Qu'il n'est pas permis de faire le mal pour qu'il en arrive un bien, o Mais le comte n'était pas tenu d'ôlre tliéologien profond. Il respeclail sincèrement l'extraordinaire qu'elle ne savait pas trop démêler elle-même, mais dont la source ne partait que d'un zèle pieux pour le bien du roi et du royaume.

Ce bien devint sensible dès que Jeanne eut arboré son étendard blanc qu'elle avait consacré à la Sainlo-Vierge et qui représentait rAnnonciation. Le bruit de cette nouveauté, la curiosité d'en voir les suites, la honte de ne pas imiter le courage d'une femme , rassembla une multitude d'ofBciers et de soldats pour combattre sous cette religieuse enseigne. Les plus timides se sentaient des héros à l'annonce d'une mission divine en faveur d'une Pucelle porte-enseigne et capiliiine sous un bâtard. Ceux-là se trompent qui croient que la Pucelle d'Orléans a été général des troupes du roi ; jamais elle ircn eut le titre ni l'exercice. Ses talcns militaires n'étaient pas tels qu'on n'eût jamaisosé les lui confier. Il est vrai qu'elle s'en donna l'air dans les lettres qu'on lui laissa écrire aux Anglais, et dont on aurait bien fait de châtier le style , pour lui épargner la risée des oHiciers et les obscénités des soldats.

Jeannc-d'Arc avait séjourné à Cliinon où était la cour,

DU COMTÉ 1>E lHl^(>lS.

depuis le six tnarâ jusqu'au quinzeavrit, qu'on l'en fit partir bien accompagriûe. Le comte de Dunois envoya au-devant

d'elle une escorte jusqu'à Hlojs, Elle avait annoncé qu'elle ferait son entrée à Orléans par la Iteauce; mais le comte, par prudence, ta lui fit faire par le cdté de la Sologne, et lui facilita le passage de la rivière en baleaii. Il occupait pendant ce lemps-là les ennemis du côlé de la Heauce. où ils ôtaicnt on plus grand nombre . par une sortie bien conduite , et lit manœuvrer pendant qu'il alla recevoir l'héroïne au-delà de la rivière.

Elle avait aussi déclaré qu'elle tiendrait la campagne; le i comte cependant ne jugea nullement ù propos de diviser ses forces, et la fit rester au-deduns d'Orléans. Ce fut là qu'il commença à mettre en œuvre le zèle de cette généreuse fille qui se croyait le bras de Hieu. Le comte dirigea l'allaque des forts que les Anglais avaient élevé autour de lu ville; les assiégés devinrent assiégeans.

Les idées que l'on s'était formées de la Purelle rendirent d'abord l'ardeur des troupes un peu trop vive. Elles venaient d'être jointes par un nouveau renfort qui venait de Châtenudun et d'autres eiulroits Le comte de l>unoi3. pour essayer cette fille sittgulière, permit qu'elle sortît avec une bonne partie des troupes, contre un fort du côté de Saint- Loup. On y fut reçu un peu plus fièrement qu'on ne s'y était attendu , et forcé de rentrer dans la ville un peu plus >îte que le pas. Le comte, pour parera la mauvaise impression que pouvaitoccasionnerce dangereux coup d'essai, sortît à la lête d'une nouvelle troupe, se (il accompagner fie la Pucelle , et se rendit maître du fort. Ce fut un appût pour la fille- soldat ; elle eut désiré qu'on allât attaquer tout de suite un autre fort dit de Saint-Laurent; mais le comte modéra son ardeur dénuée d'expérience et remit la partie. Gomme la Pucelle l'avait proposé, elle laissa à peine passer

lll:iTUIIll':

quel()ues jours sons y revenir. Le comte adliérn alors ù son empressement, et la réussite ne fut pas encore avantageuse à riiéroïiie; elle y fut blessée aii ]iied par une tliaussetrappc'et contrainte Je se retirer, sans toutefois se dessaisir de son étendard. Le comte de Dunois accourut encore avec des troupes iViilches, changea la marche et fut s'emparer d'uji autre fort appelé des Auguslins,

La Ihtessure de la Puiclle étant léjîèrc, n'avait pas été trop remarquée par le gros des troupes; mais il arriva un incident au fort desToiirtieUes, qui pensa glacer l'heureux enthousiasme que lu présence de cette fille avait entretenu dans lesprit du soldat. L'attaque de ce fort fut aussi furieuse que longue, et malheureusement la Fucelle y fut atteinte d'un trait qui lui lit une blessure au las du cou , prés d'une épaule ; le sang qui en coula ellrava la multitude qui l'avait crue invulnérable. Le comte de Itunois s'uiterçul de ce mauvais effet, et pour en prévenir les suites, il se détenninail à la retraite . lorsque la brave Pucelle (il entendre que c'était peu de chose; il contribua à la faire croire sur sa parole. Elle Qt bonne contenance; l'allaquefut poussée avec plus de vigueur; les Orléanais crurent \ok descendre du ciel Suint-Michel qui jetait l'épouvante parmi les ennemis qui , effectivement, en furent chassés.

Les .■inylaisen ayant encore perdu trois et n'osant espérer dedéletidrc teicste, levèrent le siège te huit mai, aprésuue perle de sept à huit mille honiuies : ils se retirèrent à Meung. Le comte de llunois les y laissa prendre haleine, pour la faire prendre à ses troupes et les animer encore par un espèce de triomphe qu'il procura à la Pucelle, en la conduisant au roi pour recevoir des éloges. Le monarque ne les lui épargna pas , ni aus trou|jes.

Dans la procession générale que les Orléanais instituèrent en mémoire de leur délivrance, ils n'y oublièrent pas, peu-

(lant longtemps, leur vc^ritable libérateur. On y chantait «les cantiques composés partie en latin et partie en langue vulgaire. Une des portes de leur ville se iiomfimiL la porte Dunoise ; on y dressait un «chafaud tapissé sur lequel . au moment que la procession passait à cet endroit, on chantait, entr'atitres slroplie», la suivante ;

• Or, prions donc pour le ban capilnine, ■ Safic el prudeni , monseigneur de Dunois, i Que Dieu le mette en la gloire bnnlBÎne» • Polboo, La Hirc et tous le) ton 9 François. •

Le comte de Dunois ne s'etnlormit pas à ta cour de Loches ; il revint protnptement continuer ses succès contre les ennemis. A l'arrivée de son nrmée , ils quiUèrenl Meung et gagnèrent Jargeau , dont il les chassa et où la Pueelle reçut une blessure pendant l'assaut. Elle combattait à côtô du duc d'Alençon.

Cependant le connétable Arlhus de Bretagne, comte de Richement , qui s'était attiré la disgrâce du roi , comme je l'ai dit , voyait avec peine qti'on Fût si indifférent sur son compte. Il ne pouvait voir sans chagrin qu'avec un lieutenaiit-génér»! des armées tel que le comte de Dunol! , le roi se passât si bien du connétable pour rétablir ses affaires. Malgré sa hauteur . il ne put y tenir davantage: il sollicita son rappel , et il eut la mortirication de se voir refuser. Sa vengeance fut de servir le roi malgré lui. avec un bon nombre rie troupes qui étaient h ses ordres. Contre l'intention du monarque, il vint joindre le comte de Dunois, afin du

E moins de partager avec lui la gloire de ce qui restait à faire pour rendre la France à Charles VIL Le lieutenant-général qui se faisnil toujours accompagner par la Pueelle , était occupé au stége de Beaugency , lorsqu'il fut joint par le connétable. Jeanne savait que le connétable agissait contre le gré du roi , et comme en apprcntive elle prenait tout au pied de la lettre , elle voulut diriger son étendard contre le

HISTOIUK

zélé rebelle; on rnlma son lèle iiTi^'tléchi, qui lui allira ces mots (lu connûlablc :

« Jeanne , on m'a dit qne vous vouliez me corn battre ; » je ne sais si vous êtes de par Dieu ou non. Si vous êtes » de par Hieu . je ne vous crains en rien , car Dieu sait mon » bon-vouloir ; que si vous êtes de par le Diable , je vous u trains eiicoi'c moins, »

Il ne fut pns malaisé au comte de Dunois de remettre bien in f ucelle avec le connétable; il voulut môme qu'elle eût part à riionnenr de le faire reuirer dans les bonnes grâces. du roi. Pour lui, que le bien seul de la monarcliie et non la vanité , conduisait dans ses travaux militaires, au lieu lie iitépriser ou de jalouser un secours cap:iblc d'accélérer ses louables projets, il ne vil diins le comte de Ricliemont que le tilre et les (iroils d'une charge auxquels il fut le premier h faire honneur, en lui remettant le commandement. Il restait à prendre le château de Beaugency et à se rendre maître du pont: ils achevèrent cette eipédition de concert.

Les ennemis étaient revenus à Meung pendant te sii^ge de Reaugeriry, mais aussitôt qu'il fut pris, ils n'attendirent pas l'armée royale. Talbot, à leur tôte, leur Qt prendre le chemin de Janville, par l'atay. Ce fut dans cette dernière petite ville qu'ils furent instruits que l'armée royale les poursuivait vivement, et qu'elle était prête à les joindre.

Talbot qui n'était pas homme à reculer , et qui d'ailleurs venait d'être joint par un renfort de six mille tiommes, conduits par Fastol et Kamptoii , envoyés do Paris par Bedfort . n'aitendil pas l'ennemi , et retourna sur ses pas pour s'appuyer sur le village de Lignerolles. Il trouva les Français qui abordaient sur la hauteur du côté de Roniilly ; c'est là que commença le combat qui fut si désavantageux aux Anglais. Le comte de Dunoiscommandnit le corps de bataille avec le duc d'Orléans et le maréchal de Rieux. Il se

trouva vis-à-vis Faslol , qai nvail eu l'avnnlnge à la bataille des Harengs. Il n'en eutqiie plus (l'.ird«iirà marcher contre ce général, dont il rompit le ci>rps. ot qu'il mil en fuite. Le reste de l'armée anglaise eût le mi>me sort. Je ne parle ni du nombre des morts ni de celui des prisonniers, qui vflrient dans les dillérens historiens, et dont iJ ne reste point de tradition sur les lieux (Ij. Les Anglais, culbutés dans la vallée , ne jmrent se soultnir à Li^ncrolles ni tirer p.irti de son petit bois : les coups n'y tombèrent jusqu'à Fatay que sur des fuyards; le Fameus Talbol y fut du nombre des prisonniers. La majeure partie des fnyards gagna la route qu'on leur avait fait commencer, c'est-à-dire celle de Janvilie; mais la renommée les y avait déjà précédés; on s'y était assuré de la petite garnison anglaise, et ceux-ci n'étaient pas en assez l'on ordre pour en forcer les portes.

Ce coup de massue donné sur les Anglais le '20 juin l'i29 , ouvrait à riinles VII nti tliemin que ses généraux continuèrent à lui lendre libre jusqu'à Iteims , où ils le firent sacrer le 17 juillet (2). Il était accompa';ué de nnlre comte que les Anglais surnommaient leur fléau. Ce n'était pus sans raison : dans toutes les différentes rencontres, il en avait jeté pour sa part plus de douze cents sur le carreau , et son commandement avait fait leur perle entière, ce qui a fait dire à Chopin que la France ne devait pas moins d'éloges au comte de Dunois, son libérateur, que Home en avait donné autrefois à Camille qui avait été le sien.

Sur lu route delleims, Jeanne-d'Arc voulait qu'on ne

(1) M. (le Villaret suil ceux qui disent deux tnille cinq cents de morts el douze cenl9 de prisoQTiiers,

(3) Je croïi que ce fulriumédialenieiit aprës ta bataille de Palaj que le« place» de Dunoh comme Boiiueval, riui étaient encore sous la puissance des Arigluis, Turent reprises. Ce fut le connétable qui rcjirit Marcheuoiret autres places, dil U. de Villnrel, et cela nvont le déjjarl du roi pour Délais.

passât pas impiint'merit devunl Aiixerre. mais le comte de

Dunois ne fui plus do cet avis, parro q(ie cette vili« était trop biert garnie rl'eiinemis . et Ken(»it(i,L'vi'!i]nc detricirlrcs. qui sncrii le roi et qui jioivsiiil sur le compte de celte lillc comme Ln Trémouille et bien d'uiilros, dit avec vivncité : Cl Fiiiil- il croire une bergerettc. et sur ses tniitusios exposer » une année dans uiv temps critique, sons néccssilù? r> Cette lille voiilnl se retirer après le sacre , sous prétexte d'aNoir rempli sa mission; nmis le soûl qu'elle îivail pris ii sou hnliit iH à ce genre de vie, rendit persuiisif pour elle ce qu'on lui dit pour la retenir. Après Inprise de Saiiil-Denis, te roi ci'da à ses conseils cL assiégea Paris; elle y fut blessée, et le roi conlrninl de remettre l'entreprise a un. lulre temps. Elle s'était jetée dans (iompié^aieavec leconite de Duiiois, au mois d'avril 14IÎ0, pour défendre cette ville contre les Anglais, (luillaume Fluvi, geiililhomme picard, gouverneur de In place, a été accusé de ne s'être pas trouve d'Iuimeur il nngmeitler la réputation do celle lilie parmi le peuple, et datts une sortie, d'nvoir fait fermer la barrière â propos pour qu'elle ne pût y rentrer. Jean, bù tard de Bourbon- Vendùme . en (it sa prisontiiére. Il la vendit au comte de Ligny , et celui-ci au jeune roi Henri VI, qui lui (il faire ce procès qui a couvert d'opprobre Cauchnrt, évéque de Beauvais, ce mé|irisabie partisan des Anglais, aussi Lien que rUniversité de Paris et le frère Martin , vicuiro-général de l'inquisition en France.

Il y a eu des historiens , comme Du Reliai , qui ont cru que celle hcroÏTie était un homme; mais les Anglais même n'ont point contesté son sexe. Pour celle qn'on dit avoir été mariée en 1436, avec Robert des Arrnoines, elle est différente de ta Pucelle d'Orléans, et la même qui avoua à Paris, en 1449. qu'elle ne l'était pas.

Le comte de Dunois continua de harceler les Anglais tant

DU cmvït DK DUNOIS.

iïl

qu'il en resta en France. Il TU réussir l'entreprise sur Chartres, Inn r»3-2, par un strnl.igème sin^itilior. Florent d'Illiers, gouverneur ilc CliÂlenudnn, oui {rrnnde parla cette expédition Iragi-comique. Klleconnnençn pnr In liberté que le lieulenniit-;:éiiéral doiuiii n Jenti Conseil et ii (iuillcmiii, dit le Petit, bourgeois de Chartres, ses prisonniers , à coiidilioii (|u'ctanl rentrés dans leur ville, ils l'erfilent prôclier un dominicain, fameux lirtran«ueur , dans un ([uartier opposé à celui où il se présenlorait, ce qui (ut exécuté.

Le comte partit un malin . au pelil pas , d'un quart do Iteufc de la ville, précédé du gouverneur de Chiitenudun » commandant un corps de cent vingt hommes. On avait fait devancer ceux-ci par des soldats dé{;uisos en charreliers, conduisant des voilures ciiargées de vivres , et spécialement de noix , dans des sacs qu'ils crevèrent à propos à l'entrée de la \ille (I). Ce strntagèmo opéra ce qu'on en attendait sur la populace, et môme sur la garde. Les prétendus charretiers en eurent bon marché. Le gouverneur de Chî\teaudun entra, sn trompe prit ses postes; il Fut bientôt secondé par le comte de Duuois qui airourut au galop. En vain révêt|ue Jean de Festigny , anglais de cœur comme d'evlraclion , fit-il sonner la cloclie à l'effroi ,■ ce lut l'annonce de son trépaset celui de plusieurs rebelles. (lillesde l'Aubépine, gouverneur de In ville . ne parut à la tète de six cents hommes, tant Anglais que Bourguignons, que pour se rendre au vainqueur, qui abandonna la ville au pillage , afin d'instruire ellicacement le peuple qu'il ne doit pas prêter l'oreilleaux pasteursquipnVheiil la désobéissance au léijitime souverain.

(1) M. de Vtltarel dit qne ce fui à la porle qn'il noaimc de Bloi», que les hourgeoi* du eomfilOit étaient avec 1« prétendus i^hnin'lifrs , ri qu'ils amiisîTeTTl les gardes en leur présenlanl des aloses.

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De Chartres le comte alla secourir l.agny ; il étuil accomp^giié de quiitri: raitte hommes. U lît entrer dans cette mauvaise place un ti>n\oicou(tuil|>ar (inncoiir, {»oi»verneur d'Orléans, et l'orçii le qiinrlinr du rlur de Itedfort.

Il di-fcndail Ilum en U:}.j <-t rahiiiidoutiu ;iu duc de Bourgogne, mais ce ne Tut que moyetmaiit cimiuiittle mille saints (I) d'or fort utiles au roi, pour nnc pldcc que le lieutenant-général prévoyait ne pouvoir garantir pour longtemps. D'ailleurs il ctierciiait par ce moyen un aehetninemetit à la paix avec ce duc; elle se lit la même aimée à l'assemblée d'Arras. Les .\nglais y ûrent des [iroposilioiis si énormes qu'il ne fut pas possible de Iraileravet eux. Au mois de mai, il leur prit Eloudaii , avec le maréchal de Rieux 1 puis roiiloise. Melun. Saiiit-M;ii\;iiis et Meulat». I-e duc de Cedforl essaya de reprendre cette dernière place, mais Dunois vint an secours et lui (it lever le siège.

Pendant qu'il parcourait ainsi l'Ile-de-France et qu'il neutralisait les entreprises de Hedrorl , le connétable vint se joindre à lui pour lacililer celle qu'il méditait sur Paris où il avait des iiitelliyences. Ils y réussirent en i'i36, parle moyen de sis bourgeois qui Ir.iitèront avec le mi pour un pardon général. Charles VII enlra c» roi dans Paris. On y excita lu joie du peuple le lendemain de la prise , par la quantité de vivres qu'on y fit entrer et qu'on luiabandonna, politique qui eut loul l'effet que le lieutenant-général en avait attendu.

Tout était tranquille dans la capitale; il alla se présenter devant Creil, qu'il ne put prendre parce qu'il n'était pas suffisamment accompagné, et (pie, contre son inlentioii, on avait trop divisé les troupes. C'est ce qui le porta à négocier avec Boulard , gouverneur de Dreui et de Chevreuse,

(1) Le snluLsur lequel l'annonciation élait empreinte TBiail vingNcinq sois. Les soiiante-trois raisaienl un oiiirc.

HISIOIIIE

de la ducheisse de Bourgogne, qui iitelinait pour la France, on avança sur itufiqdcs articles; mafs (es Anglais ayant persisté à vouloir releuir les iirniesJo France oLà ne vouloir prêter auuiin liommage des terres qu'ils conserveraient diins le royaume . la conféreiici' fut rompue. Il la fît néanmoins renouer par la iluchesse de Bourgogne, mais fort iiiiilileuieul, car le conseil du roi ne voulut plus entendre à aucune nouvelle proposition (I).

Le lieuleiiaril-gériéral reconnut en cela la dangereuse politique du connétable, qui avait pris l'ascendant dans le conseil el qui cherchait toujours à se rendre nécessaire. Il Tut si piqué contre lui, qu'il eiit éclaté sans les représentations de Chabaunes, un de ses coiifidens, Il ne retira donc de son voyage que les témoignages d'atnîtté et de reconnaissance de sofj frère le duc d'Orléans. Ils lui étaient dus, car il avait pris constamment ses afl'aires à cœur, préférablement aux sieunes propres ; et pour lui donner un nouveau léiuoigriagc de son zèle et de sa tendresse, il traita de sa rançon avec les .\nglais. Ceux-ci n'osôrcnl refuser d'écouter !e plus grand capitairte deriùirope.et ne trouvèrent d'autre expédient pour iikher de retenir encore le duc d'Orléans, que de fixer cette rançon à trois cent nailleécus, dans l'espérance qu'il manquerait de moyens pour faire cette somme evorhitanle dans ces lenips.

La Providence y pourvut cependsinl ainsi qu'il un événenemenl qui n'était pas moins souhaitable, e'est-à-dire la réconciliation des deux maisons d'Orléans et de Bourgogne. Isabelle de l'orlugat (c'était le nom de la duchesse de Bourgogne), troisième femme de Philip|ie III , avait étudié par elle-même le mérilt du 'jomte de Dunois. Son estime e' sou amitié pour cet homme illustre étaient le fruit des

(1) tVailleurs, l'avis du comte <le Du noi& était de coatinuer plutôt ta l^uerre que de déinenibrer te ro>auiiie.

mrcbWTÉ DK DU\OIS.

ides qunlilt

lui.

Touchée

dt^jà de sa généreuse sollicitude pour le rachnt de ses frères légitimes, elle ne le fut pîis moins de la dure poliliquc des Anglais, et de l'impression qu'elle nvnil failc sur le oœur diï cnmte. Elle pril la moilié de la peine pour elle-nnîme , et résolut de Caire ritnpossible pour l'en soulager, et réunir en mfime temps deuv maisons qui, récipronuenieiil , se devaient trouver surTisummciit vengées. Le caracli-re de son mari facilita son entreprise; il était naturellement porté à l'héroïsme. Son épouse ne lui proposn rien moins que de fiiîre la moilié de la somme demandée au comte de Dunois. et elle réussit à le persuader. Ce n'est pas sans raison que ce duc fut surnommé le Bon ; ce trait seul , par lequel il foulait aux pieds des préjugés si enracinés parmi les grands, le lui aurail mérité. Je ne sais si Valenlinc de Milan eût applaudi à ces procédés, mais le mérite de son bien-aimé Dunois ne pouvait jamais tirer une vengoanee plus honorable de la maison de Bourgogne. Il entra dans tous tes seiitimens que pouvaient inspirer un procédé si généreux , et réussit à tromer les moyens de faire l'autre moitié de la somme. Il porta le tout à Calnis, au duc de Gloce^lrc, qui le reçut avec autant de surprise qu'il éprouva de regret à rendre le duc d'Orléans; celui-ci laissa à un si bon frère le choix des eiïels de sa reconnaissance. Sofi premier bienfait avait été le comté de Porcien, Il le lui avait éi hangé pour celui de Périgord, par des lettres données à .Vmpepliii, en .Angleterre; par d'antres , données à I^ondres le 13 mai 1436, il lui avait encore échangé le comté de Périgord pour celui de Vertus ; dans cette occasion , Jean d'Orléans jse contenta d'un nouvel échange dont le clioi:^ lit honneur aux habiians et au pays qui avaient mérité l'attachement du ^ranrJ homme. Le duc d'Orléans reprit le comté de Vertus, et céda à ce frère si méritant celui de Dunois » pour lequel il avait opté.

iî'td

lltSTOIKTi

L'acte (Je cel échange fut dressé à Calnis même, le 21 juillet Kt39. Chiirles d'Oilr'ans y déclare : « Qu'il le fait pour » le Itif'ii, lioiineur et avancement de son l'rère Jean , hâtard n d'Orléiins, ilicvalier, et nussi }Kiiir l'amour elalTecllon » fraternelle qu'il lui porte, ainsi que pour les bons et » agréables services qu'il lui a rendus en maintes manières

M et de jour en jour Lequel échartge. est-il dit, consiste

» dnns les comté cl vicomte de Cfiâteaudun et Itunois, les » ihâtel, ville, terre et chiltellenic de Châtcauilun . les » ville, terre et chùlellenie de Marchenoir, les ville, terre » et châtellenie de Frelteval, les ville et chûtellenie de » FrL'mcnteau, avec toutes les autres terres et seigneuries » adjointes à iceux comté et vicomtii . pour, parsondit B frère et les descendimsde sa chair en loyal mariage, en « jouir ainsi qu'il jouissait des comté de Vnrtus, châlellenie M de Romoranliri et Millançiii-. «]'eslà savoir qu'il tiendrait fi dudit duc les susdits comté et vicomte de Châteauduo » et Dunois, en foi et liomii:age-lige, à cause de son comté n de Hlois et en ressort d'icelui , comme font les autres n vassauï dudit comté de Blots (1), pour lesquels ressort et » souveraineté à exercer, il aurait un siège et place ès-dits n comté et vicomte de Dunois, avec baillis et sergens; que M lui frère ni sesdits hoirs ne pourraient vendre ni transporter » lesdils comté et vicomte , ni aucune chose des dépen- » dances d'iceux ; et au cas que sondii. frère et sesilits hoirs « allassent de vie à Irépassans enfans de leur chair procréés

(t) Celte vassalité divers 9e comte de Bloîji , contraire aui droits immédiats de la rouTonne sur le Duiiuiii, uvaat qu'il eùl passé dans la maison de CliEinipogne, el réi.tblie du lcni|is même de celle tDoisoii , par ssiol Louis, comme je l'ai dit, a cessé îe 2 aoCll 1589, au décès du roi Henri III. A l'égurd de la crfaliun du ressort, elle l'Cht é[è moins à cliurg^eaiu Dunois «i son siège a ru il é\é élubti dans le Dunois nifnic, cominc il tiail SlipulÉ, au Heu de Its trailtiiri- <i Blois , comme on a fait, i>t cduiine on continue de la faire coiilre loiii droit, L'incompi^ience du bailli de Blois ne doit-elle pas dater de la mort dudit roi Henri III ?

» en loyal mariage, lesdils comté et vicomte dcCliAteanduo D et DuiKiis relourneraienl audit duc de plein droit; que 1) sondit Trèrc m pourrait, -ni ses hoii's, les chai'ger ni » hypothéquer, sinon pour le doutiire de leurs femmes. » Cr't acte fui signé par ledit duc d'Orlùaiis , Jean de Lamassis . son gardc-des-sceaux, M'Jean de llebasse. docteur ùs-lois, et autres.

Jusque-là on avait vu Jean d'Orlùans à Châteaudun avec la plus {grande satisfaction , mais la joie y éclata , ainsi que diins tout le pays, lorsqu'il y vint comme seigneur. Ses bienfaits continuèrent à lui en attacher les peuples ainsi que la noblesse, dont il se fil un plaisir d'filru le prolecteur. On sait qu'il avait toujours été celui de fa ville, et qu'il l'avait constamment fait respecter des Anglais.

Délivré du principal sujet de sa mélancolie , par l'élargissement du duc d'OrliiaiiS , il pensa à prendre une seconde alliance , car il avait perdu sa première femme. Ses vues tombèrent sur Marit: de llnrcourt, fille du baron de Montgommery eldi- .Marguerite de Mulun, comlesse de Tancarville. Leur contrat de mariage fut passé le 16 novembre de In même année 1439, dans le château de Montrcuil-Bellay, en Anjou. Le duc d'Orléans n'y fut pas oublié, car^ dans cet acte. Jean de Uarcourl. archevêque de Narbonne, s'y obligea à donner six mille écus, pour aider à liquider les cmjirunts faits pour la délivrance du duc , qui vendit quelque temps après tes domaine et chàlellenie de Beaugency à cet archevêque, lequel en ût présent au comte de Dunois et à son épouse.

Ce ne fut qu'en VM que Jean d'Orl'ans fut pppelé universellemont le comte de Dunois. Son frère , le duc d'Orléans, qui avait encore repassé en Angleterre depuis son rachat . étant de retour, ils achevèrent l'ouvrage commencé pour une réconciliation parfaite avec la maison de Bour-

HiaTOlKE

gogne. Ils allèrent trouver le duc à Saint-Omer, et lui marquèrent leur reconnaissance de sa géncrosilé. On ensevelit dans de mutuels embrassemens les longues et Tunestes inimitiés des deux maisons. L'amitié fui scellée par le mariage du duc d'Orléans avec la duchesse de Clèves, nièce du duc de Bourgogne , qui fut célébré au mois d'octobre IVVO.

Le duc d'Orléans, qui avait encore mieux reconnu en France les obligations qu'il .nvait à son frère naturel, lui assura de nouveau la possession du Dutiois, pur de nouvelles lettres au mois d'août IVtpl. Il y dit que rr reconnais- » sant à plein et au vrai, par expérience, plus nmplement u qu'il ne faisait eiv Angleterre, les hauts, grands et iion tables services de Jean , son frère naturel , à la rémuné- » ration desquels il se sent et réputé grandement tenu, il D lui dunne de nouvel et de sa plus ample giilce , le comté » de Dunois et ses dépendances à toujours, mais irrévoca- » btemenl et perpétuellement. » Il y stipule que si le donataire ou ses successeurs et ajanl-cause, viennent à déparlir du comté de Dunois, et apnnnger de leurs cnfans de la châlellenieile Fretleval, celui qui en sera apanage la tiendra en plein tief du donateur, a cause de son cliâlel de Blois, eu la forme que Jean d'Orléans est tenu de faire du comté. On ne fait pctint mention dans ces lettres de restrictions comme dans la première, et c'est peul-èlre par celle raison que les-descend.insdu donataire ont usé du comté de Dunois comme d'un bien patrimonial que, par le rntïrae acte, Charles promet de garantir au donataire et à ses hoirs et ayant-cause.

Le comte d'AngoulCme consentit aux susdits échange et donation, parade du 29 juin l^i-V5, où il dit qu'il lui appartenait des portionsde cecomté, qu'il abandonne è toujours, h héritage perpétuel , pour les grands services que lui a rendus son frtVe naturel.

t>iJ COMTÉ DE UUNOIS.

Le roi Ch.nrles VII autorisa ces donations par des lettrespalcnles donnés tt Mailly, au mois de novembre IVIG; et le duc d'Orléans slîpula encore, le 2û du môme mois, que le donjitnîrc licndra de lui et de ses hoirs ledit comté de l>urinis, ii cnusc de son comté de Blois, maia qu'en cas (t d'citinclioti de ses hoirs en loyal mariage, et des hoirs » niàlcs du (.omle d'Angouk^me, son l'rèrc, la mouvance t> clii comlé (le Dunois relourneraît à la couronné, et le B ressort sans mojen au Parlement comme ci-devant, n

Le nouveau fonito aimait sa capitale ; ce fut ce qui le porta à renouveler les fiAtimens duclultt^au de CliAleaudun, i^ l'exception du la forteresse et de la tour.

La ligue de la Prnguerie lui fit faire un petit écart par attachement pour les ligués qui avaient le dauphin pour chef. La faveur dont jouissait le conuétnhle auprès du roi, contribua probablement à faire voir au comte de la justice dans leurs démarches. Pour lui. pendant qu'il était à filois à dresser un plan de leurs opérations, il y eut fait perdre la liberté h ce connélabic, sans son confident Antoine de GhabanneA, comte de Dnmmartin, qui conservait toujours un yrand empire sur lui, et qui le détourna de ce projet. Son éloiguemottt du roi no pouvait être de lotif^ue durée, quand ou réfléchit à son caractère. D'un autre côté, le monarque qui, dans le fond de son cœur, donnait une juste préférence à son lieutenant-général sur le connétable, lui écrivit, comme si de rien n'eût été, qu'il eût à se rendre auprès de lui pour son service. Le Cfunle de Dunois sentit bien l'ouverture qu'il lui donnait pour se lelirer d'un pas où il regrettait déjà de s'être avancé , parce qu'il n'avait pu le faire qu'en oubliant pour un momotil son attachement nu bien de In couronne. Il était trop prudent pour n'en pas proûlcr; il se rendit donc à la cour. Le roi . flallé intérieurement du prompt retour d'un sujet qu'il devait mettre au

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