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HTSTOIRE
nombre de ses bienfaiteurs , et regreltaiil d'avoir eu pour lui une indifférence apparente, lui fit l'accueil le plusflaUcur. Il le cliargea d'aller dans rile-dc-France contre les Anglais qni faisaient encore quelques courses de ee côté-là. Ils s'éloignèrent promplemetit n l'arrivée du lieutenant-général, et lui abandonnèrent leur bagage ; mais il alla en vain essayer de faire lever le siège de Harfletir; ses forces ne furent pas assez puissantes pour forcer le camp de Talbot etSommerset qui investissaient la plaie.
Le comte de Dunois passa encore en Normandie celte année 1442. Ses forces n'étant pas encore suffisantes pour tenir contre celles de l'actif Talbot qui tennit Conches assiégé , et menaçait la garnison de ta passer au til de l'épée, il prit le parti de faire une diversion pour rendre cette menace infructueuse, ou du moins sauver les assiégés. Il courut à Galtardon en former le siège; l'Anglais ofTrilla liberté à ceux de Coaches^ qui profitèrent de l'offre. Le lieutenant-général vil bientôt Talbot à ses trousses, comme il s'y était attendu ; n'ayant pas assez de bras potir lui faire face , il abandonna Gallardon qui fut déinuli par l'anglais, lequel retourna ensuite en Nonnanditî assiéger Dieppe.
Le comte de Dunois le 8uivit à son tour, entra dans la place à la léte de mille chevaux et d'un convoi considérable. Il se servit des brèches pour tomber plutôt sur l'ennemi, et rentrait toujuursavccgloire.il fui pourtant obligé de s'absenlerpouraliercalmer les intiuiétudesde Charles VII sur ce siège. Le roi étnit alors en Poitou; le lieutenantgénéral le rassura et retourna à Dieppe avou le dauphin, auquel il avait conseillé de donner de l'occupation , pour le former et lâcher de fixer son esprit remuant. Il sauva Dieppe, et presque toute l'armée du général Talbot y fut défaite.
Le dauphin sollicita des grAccs pour son générol qui
DU COMÏÈ DE UINOIS.
l'avait Fait triompher du Fameux Taibol, et le rui accorda à celui-ci le comli; de Longueviile , dont le chef-lieu est un bourg en Normandie. Il le Hl son chambellan l'année suivante.
Ln détention du comte d'Aiigoultme occupait toujours le comte de Dunois. II économisait pour procurer à ce frère le môme bieiifîjrt qu'à l'aîné ; il ne se trouva en état de lui faire revoir ta patrie qu'au bout de trente-cinq ans de séjour comme ôta{;e, pour cent mille écus. Le premier remboursement que lui firoiit ses frères rcconnaissans . fui de lui oR'rir la propriété de Châteaurenault qu'il accepta . et qui fut estimée vingt mille écus d'or.
Les désavantages des Anglais les fit accéder à une trêve qui fut accordée. Le lieutenant-général avait passe à Londres pour faire des propositions de pais de la part de son frère le duc d'Orléans, comme médiateur. Sa démarche eut pour résultat l'envoi (ie plénipolt-nliaires anglais à Tours, qui ne conclurent cette trêve que contre le gré du comte, qui voulait une paix ou rien, promettant de les détruire tous en France en peu de temps, si on ne leur donnait pas un relâche dont on sentirait infailliblement le mauvaiseETet. On éprouva combien il avait raison.
Il employa le temps de cette trêve principalement à satisfaire à Châteaudun sa dévotion et celte de son épouse , par la con.'^truction de la chapelle de Saint-Sébastien et Saiiit-Roch. Ils la firent élever près de leur château, et ils y attachèrent quelques chapelains amovibles pour y faire le service divin. Ce fut comme le prélude d'un établissement religieux plus considérable qu'ils méditaient de faire dans la cour même de leur palais , je veu\ dire la Sainte- Chapelle.
On érigea dans celle de Saint-Roch une confrérie en l'honneur de ses patrons , dans le dii-septième siècle , sous
IIISTOIUE
l'autorité d'Innocent X. Cette chapelle sert de sépulture aux cliflnoinesde In Saiiite-Ctiapellc Quoique saint Sébastien ail été le premier de ses patrons , l'usage a prévalu de lui donner celui de Saint Kocli seulemcal , ainsi qu'au ulottre des cliaiioines dont elle fait le centre . et qui se nommait les Galeries. La vieille chapelle du cliAleau, que l'on fut Ibrcé de démolir, à cause de sa vétusté. Tut l'occasion de la construction de celle-ci, le cliâleyu étant la demeure la plus habituelle du comte , et surtout de son épouse.
Quelques infractions auv trêves par les Anglais firent reprendre les armes au lieulenanl-général en IWtV. Il alla au-devant d'eux dans le Maine , les battit et forma le siège de la capitale do la provinct*. Son dessein . après l'avoir prise, était d'y donner un exemple signalé contre la légèreté des mauvais français , et d'en passer la garnison au ftl de l'épée ; le roi lui-même fut obligé de lui demnnder grâce. Il ne voulait plus de ménagemcns avec les Anglais, et sa résolulution était de mettre un terme à leur acharnement, en anéantissant ce qui en restait en France. On ne vint à bout de l'adoucirqueparles oITres que fit le conseil d'Angleterre, d'ajouter à la prise du Mans l'abandon de Mayenne et de plusieurs autres places fortes du pays.
il fit prendre à son armée victorieuse le chemin de ta lirctagnc , pour aider au duc à triompher aussi des Anglais. Il ne revint à la cour que pour donner à Charles Vil communication de ses projets pour la prochaine campagne. Ils furent approuvés, et on travailla aux dispositions nécessaires pour les faire réussir.
Le petit schisme , commencé à Bâie l'an ikkO par l'élection d'Amédée, ci-devant duc de Savoie, que l'on avait opposé à Eugène IV, sous le nom de Félix V , "causait du scandale dans l'église. Le roi de France jugea convenable
DU COJiTE DE IJINOIS.
d'interposer son zèle pour le faire linir. H crut pouvoir y réussir en envoyant , enlr'aulres, le comte de Diinois.en qualité de son ambassadeur , au concile qui se tenait à Lausanne, et qui était regardé comme la suite de celui de Bâie. [Jés que Félix vit paraître un négociateur tel que le comte de Duiiois, il ne douta plus qu'il allait se voir forcé de céder à Nicolas V. En efl'et , le comte joignit la fermeté à son éloquence simple : il exposa ses raisons avec tant de solidité, qu'il persuada jusqu'à Félis lui-même , qui le rendit l'arbitre dcsconditiunssous lesquelles il se soumettrait à Nicolas. Ils consommèrent celte affaire importante dans un synode qui fut tenu à Lyon , l'an H40. Il acquit dans cette négociation une gloire aussi solide que celle de ses lauriers dans la guerre. Il continua de les mériter en vengeant son roi de quelque» entreprises faites par les Anglais pendant son absence.
Ce fut dans cette année IVi9, que le roi lui donna la qualité de généralissime de ses armées, pour qu'il y eut moins de différence entre lui et le connétable, auquel on réservait néanmoins la préséance, s'ils se trouvaient dans une même adion. Le roi cependant était aussi Ins de la guerre que les Anglais étaient envieux de rompre les trêves. Il était d'avis, ainsi que son conseil , que l'on agît par négociation avec ces perpétuels infracteurs. Le généralissime le convainqnitque cette voie serait toujours la plus mauvaise que l'on pût choisircontre une nation aussi inquiète qu'ambitieuse, et que, si on ne l'humiliait pas par la force, la France serait le théâtre éternel de ses excès.
Le mauvais état des finances était un des principaux motifs du roi et de son conseil; le généreux intendant qui en avait l'administration , Jacques Cœur, cet homme si fidèle au roi et à l'état , para à cet inconvénient de ses propres deniers. Par son moyen, le généralissime se vit en
msnjiuE
î'tal d'aller pousser les etitiemiâ. Accompagné de Florent d'Illicrii, gouverneur de Châteaudun, il commença par Verncuil , où les Français s'élaienL rendus maîtres de la ville par In ruse d'un meunier inécoiiletil des Anglfils. Il restail à prendre une forterusse appelée In Tour-Grise , séparée du eliftlcau, entourée d'uue enceinte et de fossés à eau. Il char^'eu le gouverneur de Chlloauduii d'en conduire le siège (lendant qu'il irait à la rencontre deTalbot, qui n'osa tenir devant lui. 11 revint devant te fort , qui fut pris le 23 août.
Trois jours après il se rendit maître de Mantes, et de suite de Vernon, Pont-Audemer, I.isieux, Uiesme et Argentan , où il entra le 30 septembre. Dés le mois précédent, le roi avait quitté la Touraine , sa province favorite , potir venir prendre part aux espéditions de la Normandie; il était arrivé à ChSteaudiin le 18 août. II y séjourna dans le chûtenudu généralissime, et les habitons luiBrcntunc réception telle que les temps le pouvaient pertncltre. Il y lut pourtant mieux fêlé , et sa table l'ut mieux servie qu'elle ne l'avait été dans son séjour de li2fi; la misère n'y était pas si grande. En l'une et l'autre occasion, il rendit justice au zèle et à la lidélitédos Dunuis, qui ne s'étaient pasépargnés pour son service.
Il était au l'on l-del'Archelorsqu'après la prise d'Argenlatij le généralissime le joignit pour lui proposer ses desseins sur la capil.de de la province. Le monarque fut effrayé des diUicultésen réOéchissant sur le petit nombredeses troupes. Cependant le comte le gagna et rcmpt'H'lia de porter à son conseil la discussion de cette entreprise, parce qu'il en craignait les lenteurs et les irrésolutions.
Le fameux Talbot défendait Rouen, et rien n'était plus capable d'irriter les désirs du comte pour entreprendre une expédition dont lu réussite couvrirait son roi de la gloire la
plua brilladie. La ré|Jiigtiiiiicc du roi et ses crninlescorilinucllos yôjièrenl copendont la (irûvoyrsncc du génôrniissime sur les provisions sudisiinle» de mnchincs. Cii trop petit nombre dVchellcs fit manquer Teffet d'une escalade qui lui mirait livré la ville le 16 octobre, eldonna moyen fVTalliot, qui faisait la ronde, de la rendre infructueuse.
Ses intelligences dans hi ville réparèrent le coup manqué. Sur ses insinuations, l'arclicvôque et le rorps de la ville se déclarèrent pour le roi contre ta giirnison , dans une assemblée à rhôlel-de-ville. lalbot en sortit furieux, et se mit en défense avec Somnierset, s'ëlaut cantonnés chacun de leur côté; le dernier se rendit par capitulalion , lorsque le générnliasime fut entré dans 1» ville (1), et il en prit possession pour le roi. Talbot, doinu': pour otage, devint prisonnier faute d'exécution du Irnilé par les Anglais. Le roi fit son entrée avec éclat dans la ville soumise. Le comte y parut avec une jacquctle de velours violet, fourrée de martre ; la housse de son cheval , delà môme couleur, était bordée de fln or et de soie. Il était en- dedans de In ville, et il en sortit pour présenter au roi révoque et les principaux eitoyens.
On était alorsà la Un de l'année ; Harlleur fut la première conquête du comte de Dunois. Le siège dura depuis le 8 décembre jusqu'au 24. Il n'y entra que le 12 jaiivier, suivant quelques-uns , et dans Bayeux le Iti m<u.
Il investissait Valognes et Bricqtiebec lorsqu'il fut joint par le connétable ; les deux places se rendirent. Ils idlérenl de concert a.ssiéger Caen , au mois de juin. Dès le premier jour, le généralissime emporta un boulevard l'épéc à Ea main, Sommerset. qui commandait dans la ville, capitula
(1) Par celle rapilulalion» les Anglais s'obligèrent de payer, dans l'espace il'un an , cinquante mille écusauroi, cl six mille éeusdc grulificaliou au couilc (le Ounui», ii Lnfayetieci ù ceux qui avaient conclu le Iruilé.
ms'roiUË
le Sr». On loi accorda un délai jusqu\'i la iiri de juillet, pern datit lequel on prit FalaiscT Le délai expiré , tes deux généraux revinrent A Cncn. Le bailli prcsenla les clefs au coiiriélable qui les olTrit au géntTalissirne, Le roi y fit son entrée le 6 août, et il en dounfi le gouvernement nu comle, auquel il confia l'iiniiée suivante ses intérêts dans la Gujenne. Il y eut sons son cumtnandement son Trère légitime Jean d'Orléans, comte d'Angoulêtne, second prince du sang.
Dans, celte année 1431, selon une liistoire particulière de Charles Vil. el selon d'autres, en U5l seulement, le roi , qui voyait avec peine pour un des soutiens de l'élnt, la barrière qui l'écurtail des prérogatives du sang dont la nature l'avait formé , quoiqu'il en fût si digne , résolut de la rompre par sa puissance souveraine. Il lui Ot donc expédier des lettres-patentes de légitimation qui le déclarèrent lui et ses dcsceiidans princes de sang royal et habile» à succéder à la couronnede France, au défaut de princes légitimes (!). Ces lettres furent confirmée;; avec applaudissometil dans les états-généraux tenus à Orléans, l'an l'i.58. Elles ordonnaient que te filet de gueules dans les armes du comte, qui était en barre , serait changé en argent et en bande. Elles furent renouvelées par Charles IX en faveur de Léonor d'Orléans et ses desccndans, par une déclaration donnée à Duretal , au mois de décembre 1571.
Ce prince légitimé s'étant rendu avec son armée dans la Guienne, au mois de mai , comnicnça par la prise de Montguion. Blaje essuya l'assaut et fut traité par le vainqueur mieux qu'il ne méritait. Bourg et une inllnité d'autres places
(1) C'est en conséquence de ceUc légitimation , que le comJc de Duuois prenait dans les actes In quiililÉ i'illitainaaimuii , aETeclëe spËcirtieirienl aux seuls princes du srng. Quoiqu'on ne relroQve plus le monument nutlirntiquc de celle légitimation annoncée dans l'iilsloire, cctie quuliliï du comte dam \çi actes en est un inonumcot vi^i-ù-vis d'un seigneur dont le caractère Était si ÉlolgDÉ de ce qui nu lui étaU pas dur.
lai ouvrirent leurs portes II parut devant Fronsac le 22 de juin. Celle ville était refçardéc comme le rempart de ta Guienne . et . nu grand élonnement de tout le monde , il la prit et y lit cinqiintUe chevaliers sur la brèclie , le 29. De ce nombre furent le comte de Vendôme , le vicomte de Turetme, les seigneurs de la UouliefoucauU. deCommercy, de Roclieclioiiart , t'ic. Tristan t;ul le môme honneur, mai» il ne savait pas qu'it armait un bourreau.
Les états de la province épouvantés par un événement si inespéré , demandèrent des députés au généralissime pour traiter avec lui : il leur envoya à Bordeaux Xainlrailles et Bureau. On signa un traité le 12 juin, par lequel les états s'obligeaient de remettre au roi le reste de la Guienne, le 2i du même mors, s'il ne leur venait point de secours d'Angleterre. S'ils l'espéraient , ce fut en vain. Le comte de Dunois fit son entrée dans Bordeaui le 29, avec les mômes cérémonies que si c'eût été le roi en personne. Cinq princes du siiug eu relevaient l'éclat , et trente mille hommes qui le suivirent dans la ville n'y causèrent pas plus de trouble que s'il n'y eut eu que les habitans. Il y en eut cependant un qui eut le malheur de déplaire à ses nouveaux li6lcs, et qui succomba sous la main du soldat, mais le généralissime Gt payer sa vie par cellis de cinq soldats coupables. Le soir venu, on envoya l'inTanterie dans les environs de la ville, la cavalerie seule y resta.
Bayonnc rel'usait de remplir les conditions du traité do Bordeaux. Il y envoya un héraut sommer la garnison de se rendre avec les habttaiis, maison eut l'insolence de tirer dessus. Le comte partit pour tirer raison de l'insulte ; les historiens rapportent que lorsque la ville l'ut investie, les habitans virent une croix blanche dans le ciel , qui persuada au peuple que Dieu leur commandait de quitter la croix rouge des Anglais pour la croix blanche des Français, Il
UlâTOItiE
faltut, pour satisfaire le coinle de Dunois irritû, qu'on lui livrât la gtirnison prisonnière de guerre, et que leshabitaiis rachetassent le pillage de leur ville pour quarante mille
éCQS.
C'est ainsi que le comte de Dunois rétablit les alTaires en Guienne, el rendit cette province à la couronne trois siècles après qu'elle avait passé au\ rois d'Angleterre. La révolte de rCsparrc, do Bordeaux, etc., l'année suivante, ne fit que donner occasion au roi et au comte de triompher une seconde fois de la Guienne. La bataille dcCastillon. gagnée le 17 juillet, où Talbot et son Dis trouvèrent une fin glurieuse, fut un coup de massue pour les Anglais.
Les lettres de sauvegarde et de protection que le roi Charles Vit avait accordées, le 27 juin l^dG, à l'abbaye de Saint-Avit, ne lui avaient servi que vis-à-vis des troupes royales. Ce qu'elle avait souffert auparavant et depuis des troupes ennemies, en avait diminué l'aisance. On lui en procura un léger dédommagement l'an Hbl, en réunissant à la tnansG une chapelle particulière en tilru, sous l'invocation de saint Avil même. Celle réunion fut faite sous l'autorité de Guillaume d'Estouteville , cardinal-légat du Suint-Siége. Une déclaration des religieuses de cette abbaye, datée du 13 juillet J5I9, conservée dans le chartrier, fait foi que des capitaines anglais l'avaient tenue et joui de ses revenus. Ces cnneraisavaient fait mauvaise partauï pauvies religieux, qui se sentirent de la bienveillance et de la protection du grand comte de Dunois pour écarter ces avides fourrageurs.
Le roi donna à ce comte, l'an U58, une commission dont l'eséculion lui coûta beaucoup. Il ne faltut pas moins que la nécessité de contribuera la tranquillité de l'étal pour s'y déterminer. Leduc d'Alençon, irrité contre la cour, avait traité avec les Anglais. Le généralissime l'arrêta à
Paris. La sentence de inorL prononcée contre le coupable , Tut cutnmuée en une prison perpétuelle.
Une malntlie contagieuse adliffea tellemeriL In ville de Cliâteauilun , l'an l'»rit). que les liahitans en prenaient la fuite. Les chanoines de Soint-André furent se réfugier à Bonneval ^ où ils lîienl leur olBee dans l'église de Notre- Dame ,
Pendant ce temps , l'évÊdié de Chartres étant venu à vaquer , le i-onitc de Dunois soliieita auprès du roi et auprès du (.liapilre , pour faire élire Milloir ou Mille d'Illiers , frère du brave Florent , gouverneur de CliÛluautlun. Le roi, pour entrer diins les vues du comte el marnuer son souvenir des bons si-rvices du gouverneur , dépula aux chanoines de Chartres , deux seigneurs pour leur foire part de ses vues sur Mille d'Ulicrs. Le comte chargea les mêmes seigneurs de la lettre suivante pour les chanoines. On ne sera peut-être pas fûehé de voir le stjle du comte et celui du temps :
« Vénérables et discrèles personnes, cliers frères el spé- B ciauh amis, le roi vous escript présentement en la faveur B de maisire Mille d'Illiers, doyen de vostre église, à ce « que vous le veiiilliez eslire en votre évfique et pasteur, « et à cette cause envoyé devers vous le bailly de Berry et B M= François Hatle , ses conseillers , auxquels il a donné i> charge vous dire et remontrer Lien à plain le grand désir » qu'il n à (C que ledit M' Mille soit eslu audit évesché, et » les causes qui le meuvent h vous en requérir; et quand )' vous obtempérerez à sa requête , je vous certiGe que » vous lui ferez chose très-agréable; el lui semble que sa n reqnôte est juste et raisontiable , vu les grands services )> que ijcs parens lui ont faits , le long lemps que ledit M" » Mille a demeuré en votre église , et qn"il est homme de » telle maison comme sçavez assez ; et par ma foy , ce ne
HtSTOlKE
» fût rocciipaliofi contimielie que j'ay pour le fatct du roi, n je fusse allé devers vous p<>ur vous requérir pour ledit » M* Mille , par quoi vous en cscrips , et »ous prie le plus » airefïttieissemenl (]ue je puis, que vous le veiiillicz » avoir pour recommandé. Et de ma part , m'en répulerai » à toujours votre tenu , priant Noire-Seigneur qu'il vous » donne bonne vie el longue. Esciipt à Chiuon, le six de » may. Le comte de Danois, S. de Parlheivay, vulre Jehan.» Ces recommandations curent leur effet. Mille d'illiers fut élu , et c'est ainsi qu'en génértil ce comte prenait les inlérôts de la iiotilesse du Dunois. Mille (J'Illicrs était né à Cliantcmesle. Il avait été successivement curé d'Vèvres, de Saint-Jacques d'illiers, ctumoine de Snint-Audré de Chôteaudun , puis de (llmrlros, enfin doyen de ladite église. Il possédai! l'abbaye de Bonneval. Cet évt^quc avait du talent et du génie. Il avait été pendant dis-huit ans conseiller-clerc au Parlement, où il avait pris un goût pour les procès qu'il conserva jusqu'à la mort. Louis XI, informé de la grande quantité qu'il en avait el du plaisir qu'il y prenait, lui dit un jour pour s'amuser . qu'il voulait les accommoder tous. « Ah ! sire , reprit l'évoque, que votre u Majesté me fasse grâce du moins d'une vinj^lnine pour u mes menus plaisirs. » Il avait mis cette passion en usage pour soutenir son cliapitre pendant qu'il en était doyen , et il s'en servit pour le désoler quand il fut évéque. Il était homme à réparties. Etant en Espagne , et admirant uu jour l'appareil des torches et le concours d'une multitude de personnes qui accompagnaient le Saint-Sacrement que l'on portail à un malade, un seigneur espagnol crut humilier lui et sa nation , en disant qu'il n'en avait pas tant vu en France. « Je t'avoue , répliqua-t-il , il n'est » pas nécessaire qu'il y soit si lien escorté , n'ayant pas » d'ennemis dans ce pays-là. »
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Suivant un certificat de l'an 1521 , signé de plusieurs habitans cie ChiKcaudun, les bâtimens de l'abbaye de la
Madeleine furent brûlés par accident, cette année 1463 ou en 14G5. Les témoins, qui étnlent des plus anciens, ne se souvenaient pas précisément de l'année , mais ils attestent dans celte pièce qu'une partie des cliartes et des titres y avaient été consumés , que ce n'avait été qu'à force de travail qu'on avait préservé l'église des flammes; que la plupart des cliappes et autres omcmcns en avaient été la proie. Ils (lissent aussi que jusqu'au temps où ils font la déclaration de cet événement , les religieux de cette abbaye avaient été pauvrement nourris. Ils avaient apparemment fait usage de leur sobriété et de leur économie pour parvenir au rétablissement de leurs maisons et de leurs cloîtres. Le tout ne fut rebâti qu'en bois, preuve qu'il était encore bien commun pour lors dans le pays.
Le roi Charles VU était mort dès L'rBI (1). Le comte de de Punois avait assisté à son convoi le G août. II avait suivi le corps à clieval avec le duc d'Orléans et le comte d'Angouléme, lorsqu'on le portait à Saint-Denis. Etant rendus à la chapelle où se trouvèrent les reli^jieux, les porteurs prétendirent que c'étaità ces religieux de se charger du cercueil ou de leur donner dix livres pour continuer de le porter jusqu'à l'abbaye, ce qui fut refusé, et ceux-ci abandonnèrent leur charge. La générosité du comte la leur fit reprendre, etiisalisfit personnellement leur prétention. llapaisaeniore un différend lorsqu'on fut arrivé à Saint-Denis. Les écuyers prétendaient avoir le poëie de drap d'or qui couvrait le cercueil , les religieux , au contraire , soutenaient qu'il devait leur rester. Le grand écuyer, à la sollicitation du comte,
(1) Dès II; 13 juillet 14*51, les cuuilcs de Duiiois, du Maine et de Foix, avaient nijudé la nialiidie du roi .iu diiupLin et demandé ses ordres. Le m£me jour, Élaul dans le conseil , ils avuienl rait serment que, si le roi »: rélablîssait , ils s'emploieraient i!i réconcilier le daupbin avec tuL
HfSTO!UE
déclara que , s'il y avait droit , it le cédait et en faisait présent à l'abbaye. Ce fut lui qui , à la On du dîner chez les religieux , dit à haute vois dans la salle : « Nous avons perdu notre maître ; que chacun songe à se pourvoir. »
Il rit une autre perte trois ans après. Ce fut celle de son épouse qu'il chérissait et qu'il estimait. Elle mourot le premier septembre HGi. Le mérite de cette dame, avec laquelle il avfiit ôlii uni depuis vingt-cinq ans, la lui fit regretter sincèrement (I).
Le sien lui Htlir<i quelques jours après des chanoines de Saint-Martin de 'l'ours, où le roi est premier chanoine honoraire, une marque de considération qu'ils crurent devoir au libérateur de la France. Ils l'admirent , lui et ses successeurs, coniles de Dunois , à perpéluilé , au nombre des princes chanoines de leur ancienne et respectable église, par des lettres du mardi 1 1 septembre de la susdite année.
Après la mort de Charles VII, ce comte avait rendu les hommages qui étaient dus à Louis XI. C'était lui qui avait dicté à Tours, en lfi61, celui que Ht au même roi le duc de Bretaj^ne. Il n'en fut pas moins confomlu dans la suite avec les grands que ce monarque voulait avilir. Celui-ci ne manqua pas d'occasions pour donner sujet au comte de faire connaître son juste méconlenleineiit qui servit de prétexte à Louis XI pour pousser sa politique contre cesujet distingué, jusqu'à donner l'investiture de ses charges el de ses biens au duc d'Anjou qui lui [daisait à cet époque, mais ce fut en partie par là que le monarque qui se faisait gloire d'avoir fait sentir son despotisme à l'homme qu'on croyait qu'il n'eût osé attaquer, vit écliouer la majeure partie de ses desseins.
(1) Le comte lit porler Le corp) àe son épouse i Notre-Dauie de Clér; , dans la chapelle qu'il y urait Tait bilir, et Tonilée en l'honneur de saint .'ean-Baptisle,
DU COMTK l)K DIUNCHS.
Le comte de Dunois se sentit piqué au vif pur l'itigratitude d'un roi qui n'ignorait pas plus que son père ce qu'il lui (levait pour sa couronne, et qni leiinil de lui ce qu'il savait de l'art militaire. Il luiélailcependanl nnturcllementaltiiché, parce qu'il était chef d'un élal pour lequel il se sentait toujours prtSt à se sacrifier comme il l'avait fait ; mais enûn il se crut forcé de se prêter à la ligue que l'on nomma du bien public, que l'on eût plulôtdiiappclerdesscigneursmécotitens. CUîirles de France , duc de Uerry , frère du roi , et le duc de de Bretagne , qui en étalent les principaux membres , vinrent au mois de juillet trouver lecomteàCliMeauduii ; ils y furent lissez longtemps à conférer avec lui après avoir déjà traité tous trois en Bretagne. Cependant Pierre de Urf^ié, grandsénéchal de Normandie, fit éclater la lialaille de Monllliéry entre le roi et lecomtedeCharollais, fils de riiilippe-le-Bon, dac de Bourgogne, que l'on avait fait chef de celte ligue.
La perte fut égale à In vérité de la part des deux parties, mais elle lit connaître au roi ce qu'il avait à craindre, surtout lorsque les princes dont je viens de parler curent joint àElampes l'armée des ligueurs, ils y étaient venus à la t(:!;lc de sept mille hommes; en chemin, de Châleaudun à Étampes, ils avaient fait plusieurs prisonniers des fuyards de l'armée du roi, qui en faisaient presque le tiers. Ils possédaient de rartillerie , et les princes en avaient profilé Ils avaient aussi rallié heaucoup de ceux de l'armée du comte de Charollais. Cette manœuvre et leur persévérance à se tenir sous les armes pendant au moins trois mois aux environs de la capitale fit acquiescer le roi au traité de Conllans. Le comte de Dunois fut le plénipotentiaire des méconlens ; s'il s'y prêta à faire valoir leurs demandes excessives, il n'y fit paraître que ta plus grande nioOestie en ce qui le regardait personnellement. Le roi qui la sentit, fut assez généreux pour la récompenser dans son Qls . à
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HISTUIUE
l'occasion de son mariage dortt je ferai moiilion. Enfin la conduite ferino mais respeutmjLise du conitii , força la roi à agirnvec lui comme avec un ami. Il le pressa de travailler à ramener sincèrement le duc de Berry , nouveau duc de Normandie, et celui de llrct!ij;ne. Le roi lui aviiit donné pouvoir de le ropréseiilcr; il les joignit ii Pontoisc où ils étaient encore au mois do novembre. Le duc de Berry jura entre ses mains d'observer la paix qu'il avait traitée, et il ne put tirer de celui de Bretagne qu'une promesse verbale de s'y conformer.
Il fut toujours respecté dans les grandes affaires; en l4Gf>, il fut nommé président i^ la tête des vingt commissaires clioisis parle roi , pour la rélbrmntion des abus dans le gouvernement. Ce tribunal se tint d'abord au palais , à Paris; dons la contagion qui suivit, ils furent obligés d'aller tenir leurs séances à Pontoise.
Toutes ces grandes affaires iii^ l'empécliaîent point de s'occuper de sa religion et de ce qui y est relatif. Lorsqu'on Hi6il avait fait démolir Jatrés-ancicnnecliapelle du château de (jliûtcaudun . parce qu'elle menaçait ruine, et que sous l'autorité de Beschebien , évf-que diocésain , il avait fait construire celle de Saint-Sébastien et Saint-Rocli, il n'avait placé celle-ci , de concert avec son épouse, en dehors de l'enceinte du cliflteau , que relativement h un projet qu'ils avaient conçu et que les circonstances ne leur permirent pas alors de conduire à sa Qn.
Il fout croire que les chapelles de nos rois à Paris el à Vincennes, celte du château de Konrges construite et fondée par le duc de L-erry, en llOô, et autres connues sous le titre de saintes chapelles , avaient inspiré ou comte de Dunois . reconnu prince légitime du sang royal, le projet d'en établir une en faveur du château et delà ville de Châteaudun ; il s'écartait seulement du plan des autres, en ce qu'il destinait
DU COMTIC mi IH'NOIS.
cette Tulure lollégiate à des iliiinoiiics n'guliers au lieu de séculiers.
Le tliâteau, doiilco comle avait commencé à rcnmiveU-r les bètimeris, ne renfermait pus dans son enceinte un terrain suirisanl pour y pouvoir foire des constructions régulières suivant ce plan. On destinnit à cet usage celui qui entoure lo chapelle de Saiiit-Roch , où les chanoines auraient fait une partie de leur ofDce. On avait commeni'é quelques préparatifs pour lu construction de la Sainle- Chnpelle, du vivant de la comtesse, qtii aiait esprcssément ordonné IVxéculion de celte pieuse luilreprisc dans son testament. Le prince , son mari , débarrassé des grandes affaires , mit la main à l'œuvre dans cette année H65. Pour ne pas endommager la tour de cet ancien palais , déjà peu spacieuse , il fit abattre une partie de la clôture particulière de la forlcresse , c'esl-à-dire de la tour , et raser le talus de terre qui formait une espèce de fossé en dedans de la citadelle. Ce fut sur une partie de ce terrain aplani jusqu'à la tour , qu'il fit élever l'église qui est sous l'invocaliou de la Sainte-Vierge , patronne de son épouse, et de saint Jean-Bapliste , qui était le sien. Sur la voilte , on pratiqua une autre chapelle en l'honneur de saint Vincent , diacre et martyr.
Il paraît que celte église fut construite dans le cours de celle année l^i65,car, dés l'année suivante, où une maladie épiUémique, presque universelle dans le royaume, emporta bien des babitans de Clrâleaudun, le prince fit l'acquisition des maisons qui n'étaient pos de son fonds autour de la chapelle de Saint-Kocli, pour bâlir l;i maison des réguliers.
Ces dispositions intrifiuèront les chanoines et l'abbé de la Madeleine, dcsservans de la vieille ciiiipelle, comme curés du château et comme seigneurs fonciers d'une partie des maisons qu'on renfermait dans le cloitre. Ilsporlèrenl leurs plaintes, leurs oppositions et leurs prétentions devant Millf
IIISTOIKP.
(l'IlliiTs, îilors «vt^que diocésain . qui fil transiter le prince nvec Sinxe Godcreau , fiour lors ulibé «le la Madeleine, Jean DesjHeri'es, prieur, Jean Prévôt, curô. six autres clianoines el lieux novices. Le dimanche 8 ft^vrirtr HGG . on cfuisurva i leur église le ilroil de paroisse sur le oliûleaii , el on le leur acconla sur toutes les maisons du nouveau i-loître, sauf la sépulture des serviteurs cl familiers, de réguliers qu'on y éliiblirait, et de leurs commensaux vivant de leur pnin; il fut stipulé aussi que tous autres laïques pourraient se Faire enterrer par les clionoiucs du château , dans leur chapelle de Saint-Sébasiten ou dans le cimcliôre qui ne paraît avoir point été créé ; mais qu'on paierait le droit paroissial au curé de la Madeleine pour le défuTvt, soit du chilcan, soit du cloître , qui serai) enterré par Icsdits futurs chanoines. Le prince s'oblifjea , ainsi que ses successeurs, à continuer à payer aux chanoines de la Madeleine les dix livres de rente qu'ils avaient perçues pour la desserte de l'ancienne chapelle du château , f'i condition qu'ils acquitteraient deux messes par semaine, qu'ils avaient été tenus de dire dans ladite ancienne chapelle des comtes; et pnnr les indemniser des oblations qu'ils reccvnient dans la chapelle oncieime et autres droits usuels, il s'obligeait à leur faire cent snis de rente, ou à leur d:onner soixante-quinze livres une fois payées , et vingt-trois livres douze sols six deniers pour trente-un sols six deniers de rente qu'ils avaient droit de percevoir sur quelques-unes des susililes maisons du nouveau cloître ; ces sommes leur furent remises le 21 janvier ik&î , avec clause de les employer en fonds.
Le comte rendit pareillement justice à l'éfçlise de Saint- Pierre, dont la paroisse allait tHre diminuée par la démolition des inaisotîS du nouveau ctuitre. It donna pour indemnité au curé cent sols de rente, et trente »ols à la fabrique, rachetables moyennantquinze livres pour chaque vingt sols , et qui devaient être employés en fonds.
Pendant bs préparatifs du prince pour le chapitre de son châtefiu, ^l-^âque Mille d'illiers donna , dans la nouvelle église qui lui élail destinée , la bénédiction abbatiale à François de Brilhfic, ôlu abbé de l^ntlevoi. tl ût cette cérémonie en présence du comte, le 15 janvier 1468, étant assisté des abbés du Dunois, c'est-à-dire de la Madeleine , de Bnnneval et du Petit-Cîteaus.
Le comte partit au mois d'avril pour les états à Tours, où il fut nommé un des pré.«idens à la commission qui devait régler l'apanagi^, de Monsieur frère du roi.
Le 22 septembre suivant, étant à Paris, il (niila avec les chanoines réguliers, qu'il avait destinés à posséder ladite église du château de Cliûteaudun ; c'étaient ceux de Saint- Victor-lès-Paris qui avaient eu part à son éducation, et pour lesquels il conservait autant d'eslime que de reconnaissance.
Mais dejustes ri' flexions empêchèrent les chanoines de St- Victor de profiler de ce traité. Véritables religieux par la rèfçle et les vœuï , leur état n'était guère campalible avec une cour très-nombreuse, militaire et tumultueuse comme était (elle du comte de Dunois. lilrouva leurs raison s justes, et ne se formalisa pas de ce qu'ils ne prissent pas possession de l'église offerte, quoiqu'ils l'eussent acceptée- La mort qui l'enleva dons inoig après ne lui laissa pas le temps de suppléer au refus verbal des clianoines de Saint- Victor. Il laissa ce soin à son fils.
I>e dernier service qu'il rendit cette année-là à l'état, fut de terminer quelques difTérends qui étaient survenus entre la France et rAti{^leterre, Louis XI ravait pris pour son arbitre avec l'archevêque de Lyon , et le roi d'Angleterre avait choisi l'archevêque de Cantorbéry et le duc de Clarence pour les siens. Ces quatre arbitres réglèrent tout à la satisfaction réciproque de leurs souverains.
llISTUllUi
Pour le comte de Dunois. étant allé en automne au chAteau de Lay qu'il possédait prés Montiliéry, la maladie l'y surprit, et il y mourut le 2inovembrede lam/^me année 1468. Son cœur fut porté , selon su volonté, dans le caveau de la sainte chapelle de ChAteaudun ; c'était pour honorer les Dunois qui lui avaient dévoué les leurs depuis plus de quarante ans. Four son corps, il fut réuni à «elui de la comtesse son épouse, dans la chapelle qu'il avait fondée â Notre-Dame de Cléry. Ses obsèques furent célébrées pjjr l'évoque Mille d'illiers, accompa;îné des abbés de Châteaudun et de Beaugency. Le roi Louis XI, beau-frère du fils de ce prince, voulut y assister. Après l'oiTire . il Gl distribuer une somme d'argent aux chanoines, en leur recommandant de prier avec ferveur pour lame do l'illustre défunt.
Dès que la nouvelle de sa raortrut connue à Paris, l'Université qu'il avait favorisée, et avec qui il avait eu des rapports honorables pour sa mémoire , lui décerna des prières . par un acte du 26 novembre 1468, date qui constate la vérité de celle où j*ai placé la mort de ce comte, et qui détruit ce qu'avancent ceus qui ne la rapportent qu'au 28 du même mois, et d*nutres qui ne la mettent qu'en 1470. Ce prince, protecteur des lettres, avait assigné par son testament deux cents livres h la même Université, pour entretenir six écoliers jusqu'à la fin de leur théologie.
Philippe de Comines l'a bien caractérisé en disant que ce fut un homme « estimé en toutes choses. » A son grand courage il joignit toutes les autres qualités qui concourent à former le grand homme et l'hommo de bien. La sagesse et la prudence marquèrent toutes ses actions, où la critique la plus sévère trouva peu à condamner. Les princes et les principaux seigneurs de son temps s'étaient fait une gloire d'être ses élèves dans le métier de la guerre; et en tout
IJU COMTÉ DE UUNOIS.
autre genre , ils se trouvaient sûrs de ne se point égarer en le prenant pour modèle. Le soldat l'adorait. Les liabitans du Dunuis, qui comptaient que sa gloire rejaillissait sur eux , se seri>ic[it fait (ucr pour lui. En général , les gens de guerre étaient bien plus sensibles à la Façon doot il rendait justice au mérite et n la bonté avec laquelle il compatissait 8 leurs besoins, qu'ils n'étaient choqués d'un certain air froid et imposant qui leur inspirait la crainte en même temps que le respet't. Cet extérieur peu communicatif ne prévenait pas d'abord en sa faveur, mais en perçant audelà , on sentait le prix de son amitié qui était d'une constance peu commune. Sa vertu récompensait au centuple ce qui paraissait lui manquer du côté de l'ouverture et de l'aOabililé. S'il parlaitpeu. il agissoit beaucoup. Bon prince, bon sujet, bon parent, il s'acquit l'attachement respectueuï et recounaissaïkt de ses vaiisaux ; les intérêts de l'Etat et de ses souverains l'occupèrent encore plus que ceux de sa maison, quoique sa sollicitude pour ses frères ait peu d'exemple. Ces dons de \a nature étaient soutenus par une religion solide qui lui faisait rapporter à Dieu tout ce que les autres ne voyaient qu'en lui et de lui. Ue là cette humilité qui souffrait lorsqu'il se voyait, quoiqu'à juste titre, nommé le libérateur de la patrie (1].
Sa première femme ne lui avait point donné d'enfans. On en connaît trois de la seconde : deux filles, dont l'une nommée Marie, fut déshéritée pour s'être mariée, sans l'aveu de ses parens , avec Louis de la Haye, seigneur de Passavan et de Mortagne; l'autre, du nom de Catberine , que le prince avait mariée te seize mars . avant son décès, a?ec Jean de Koucf , comte de Herebouche; et un Gis
(iy On conserve le porlrail de ce grand homme rtans le chapitre de la Sainle-Cliapetle (i<> Châleaiidun. Son buste (^Idililuns la galerie du cardinal de Richelieu, qui Ot nTelLre au bas cvtic pensée qui eut, A ce qu'au dil, d'uQ bcclésiaitique de Châteaudun : ■ Hic notkus pro tegilimU certacU. '
HISTUIKK
Appelé François, qui porta le titre de comte de Longueville pendaut la vie de s^on père.
Dès que cet illustre père eut quitté In vie , ce fils fut qualifié comte de IJunois. Il n'eut l-i charge de grand-chambellan qu'en 148V. Il fut aussi gouverneur de Norninndie el du l>nuphiné. f-c roi Louis XI, après son riiccoinmodemenl avec le père, qui avait mis (In à la guerre prétendue du bien puhlic, avnil conclu le maririge futur du fds avec si bellesœur Agnès, fille puînée du duc de Savoie, et s'était obligé à donner dix mille écus d'or eu faveur de ce mariaçit;. Il accordnil aussi lajouisîsance de plusieurs terres en Daupbiné. Le contrat avait été passé ù Montarfjis le 2 juillet I'i<i6. Il ne fut accompli qu'en Ii8:<.
Après la mort de Louis XI, François d'Orléans, comte de Dunois, fut nommé du i onseil des dix princes du sang, établi en IkSi , dims le cummencemenl de ia majorité du jeune roi Charles Vlll. Ils ne lardèrent pas à se brouiller avec Anne de France, sœur aînée du roi, h qui son père avait confié le gouvernement du royaume par son testament, tant que le roi ne serait pas en état d'en tenir seul les rfines. Cette dame, que l'on notumail la dame de Benujeu , à cause de son mnri Pierre de Bourbon, seigneur de Beaujeu, se soutint contre la mauvaise humeur, ou plulAt la jalousie des princes, aidée , entr'autres , de René , duo de Lorraine, mal vu de François, comte de Dunois, parce qu'il avait répudié Joaiuie de Harcourt, cousine-gerraaiiie de ce comte, quoiqu'ils eussent vécu ensembledepuisli?! jusqu'en H8.5. Ce favori poursuivit le duc d'Orléans, chef des mécontens, qui s'était retiré à Beaugency , ville qui appartenait au comte de Danois. Comme il n'y était pas en force, il laissa le duc de Lorraine devant, et vint se réfugier à Chàteaudun, Là , par l'entremise du comte , il ménagea un accommodement avec 1» cour, pendant que le connétable , avec sa troupe ,
1>LI COMTK DK DONOIS.
s'était approché jusqu'à Phlay , après s'fitre séparé du doc de Lorraine, toisqii'ils curenl pris Beaugency. Le raccommodeiiienl suspemlit la gucrro , mais il ne (ut pas de longue durée. Le coinle de Dunois avait giigrté !iu parli Orléaiiiiis jusqu'au duc du Bourbon, beau-frère de la gouvernante, qui n'en eut pas muiiis le dessus. Klle Ttt Ui lui aux confédérés. L(i<;omte de Dunois, eu égard à lu Oriesse de sa politique, (juj avait été si redoutable à la {{ouveruaiite, fut le plus maltraité et relégué à Asl eu IMémonl. jusqu'à ce qu'il plùl il la cour de le rappeler; mais il en revint lui-même, et se rorlifiu dans son thflU'aii de Parteuay en Pdilou. Le duc de Dretagoe , qui n'ignorait pas que le duc d'Orléans aviiil de la peine à se soumettre à la goiivernanle , fit solliciter le roi , devenu majeur , par Landais qui de non laillrur était devenu son trésorier, de passer en Bretagne, pour agir de roncert contre celle qui leur déplaisait.
Le l'onile de Dunois , consulté comme il l'étuit (oujours par son cousin-germain , lui avoua qu'il n'y avait pas à balancer sur les avances du duc de Bretagne; que c'était non-seulement le mf*yen le plus apparent de se faire donner au conseil le rang que, par sa naissance, il était en droit d'exiger, mais qu'il pouvait même lui procurer quelque t:lvose de mieux en gagnant les bonnes grâces de In prin-* cesse Anne, fille unique du duc ^>anl^■:ois II , présomptive héritière du duché de Bretagne (I).
La bonté des conseils était une des grandes qualités de François ]", comte de Dunois. Comme il avait porté le duc d'Orléans à passer en Bretagne , il l'engagea à ne pas manquer de se trouver aux Etals-généraux, que sa retraite avait donné occasion à la cour d'indiquer à Tours. l'an
(1) Il aaTbit mieux que personne que Le duc d'OrJëiiDS répudierait Jeaune de Krance, qu'il n'avail épousée que par criiinte, en obéissant & Louis XI, son beaa-pÈre.
HISTOlhE
1485. Il Clt plu^ : comme le duc avait delà répugnance à se rendre à cet avis , il alla lui-même le forcer de partir pour s'y rendre avec lui.
Le jeune roi , de son côté , las de ne se voir en quelque façon que le secontl et l'ombre de lu duchesse sa sœur, engagea le comte de Dunois à l'enlever , c'est-à-dire à le conduire bien escorté entre les mains du duc d'Orlt'ans. Cette entreprise maiiquée brouilla plus que jamais la maison d'Orléans avec la ^rouvernanle. Elle eut la satisfaction d'en tirer une vengeance signalée à la bntnille de Sairit-Aubindu-Cormier. Le duc d'Orléans y fut fiiit prisonnier et conduit au château de Lusi^nan , ensuite dans la tour de Bourges. Le comte de Uunois, aussi prudent que courageux, n'était pas accessible à celle opiniâtreté, qui trop souvent gâte les afToires, au lieu de leur procurer un dénouement avantageuî. Convaincu par la réflexion qu'il n'est pas au pouvoir, même des plus puissans , de commander aux événemens et de les faire plier à ses volontés, il jugea qu'il était de la sagesse de plier lui-même sans s'avilir sous ceux dont la Providence décidait. On lui en offrit d'ailleurs la facilité, car la cour ne tarda pas, après le désavantage de Saint-Aubin , à le rechercher de la manière la plus honorable. Son habileté dans les négociations y était bien connue. Outre cela, CharlesVIlI avait un atlachemenl naturel pour lui, qu'il n'était pas aisé à la gouvernante de détruire. On l'engagea donc à employer te crédit qu'il avait en Bretagne pour procurer au roi la princesse Anne en mariage. La première condition qu'il fit pour acquiescer à celte négociation, ce fut d'eiiger la liberté du duc d'Orléans, et elle lui fut accordée.
Il trouva plus de diRicnlté h la cour de Bretagne pour venir à bout de ce que le roi souhaitait d'en obtenir. La princesse Anne avait déjà donné sa main par procureur au
m COMTÉ Wi hUNOIS,
roi dca Komains. Il fallut donc essuyer bien des longueurs et détruire biuii des drlHcullés. Il eut besoin infime que le duc d'Orléans allAl i<c Joindre à lui pour roiiduire à uue Ûa heureuse une négocialioi) si délicate. Je dois ajouter que le roi aida ses iiéf^oriateurs en s'avançant avec une bonne armée jusqu'uHs portes de Uennes. Celle affaire ne fut terminée ijue le 1G déuembre 1491.
Le cornte François I" venait d'hériter des terres de Tancarville.deMontgonimery etdeMontreuil-Bellai, de Jeanne de Elartourl , répudiée par le duc de Lorraine; et il avait employé ses éfi;irg[ies à reconstruire une partie du cliâteau de Cliâleauduii , c'esl-à-dire à faire rebâtir le côté de ce palais qui donne sur Saint-Médard , au couchant.
Le peu de tram|uilliLé que ce prince avait goAlé depuis qu'il était coniLc de itunois , ne lui avait pas laissé le temps de solliciter la cour de Kome pour consommer les pieuses intentions de ses illustres parens à t'égard de Téglise da môme chiteau. Jusque-là, il n'avait pu faire autre chose que de distribuer les revenus qu'ils avaienl laissés pour la fondation de ce chapitre, à des prêtres amovibles qui la desservaient et remplissaient, pour le service divin . ce qui avait été réglé par son père avec les chanoines de Saint- Victor de l^aris.
Enfin il s'adressa à la princesse Agnès de Savoie, son épouse, au pape Innocent VIII pour établir un chapitre séculier dans celte église. Leur requête exposait tout ce que le prince Jean d'Orléans et Marie de Harcourt avaient fait et entendu faire pour le bien et l'honneur de cette chapelle. Elle s'appuyail sur le traite des chanoines de Saint- Victor, dont l'état n'était pas plus compatible avec leur cour qu'avec celle du prince, premier fondateur, n'étant pas moins tumultueuse ni moins militaire que la première, et sur leur résidence habituelle dans le château de Ch&-
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IIISIUIKE
teaudun ; enfin que la dernière ieilertlioti de Jean d'Orléans ûlait conforme à leur demande.
Innocent acquiesça à leurs di^sirs par la huile du 27 décembre 1490, par laquelle il érigea liidite chapelle en ct)llégiiile et chapitre de chanoines séculiers , qui serait composé d'un prévàl, un cliunlre et huit ihanoiues (1).
Comme le pape, dans sa bulle , indique Châlcaudun par radjectirde son ancien nom (oppkitim DiinenseJ, on a de même dénommé en français celle é^^lise In Sainle-Chiipelle de Dunoîs. Celle qualité de SainLe-Cliapclle esl spécialement autorisée dans les diplômes , ou nos rois ont accordé ù ce chapitre les mêmes privilèges qu'aux autres saintes chapelles, spécialement le droit de l'ODunitiimiis aux prévôt , chonoiiics et officiers du même chapitre; diplômes dans lesquels ils l'adoptent comme de fundalion royale, ce qu'a fait aussi de nos jours Louis XV régnant, dans le renouvellement dudit commitlimus ou petit sceau.
Les prêtres amovibles qui remplissaient déjà les devoirs de chanoines dans lailile chapelle depui» plus de vingt-deux ans, eurent partaux canonicats. L'installalioti des membres de ce nouveau chapitre se [Hun ati après la bulle d'érection. Ce fut le 22 novembre 1491 (2).
Le comte François l" s'était dérobé de ta cour, était monté à cheval sous prétexte de prendre l'air , parce qu'il était déjà incommodé; maisc'élailcflcctivement pouravoir part à cette cérémonie dont il se taisait une lêle. Ses désirs ne furent pas accomplis, il n'eut pas la satisfactiuii d'y
(1) Chaque chanoine a de rtveiiu cinquante selier» de blé, itii>8uie de Dunoi», pesant cenl quarante-quiilre IWrcs cliaqne sclier, el liois ceiils lirres d'argent, surt|uoJ il y a dcui mois de luesse» ù art|iiilter. Leprù^Ol a le double, et le clianirc uiiti deuii-purlion de plus que ctvtiquccUanuiut:.
{2) Les comtes sont li-niis de toutes répartitions et enirelicrt de IVglisc. Pour ne pas s'embarrasser d'un diîtaiJ fiinojrux puur les orncmeDs, ils font sii ceuls livres de renie qu cbajiilrc pour )a sacrhlie.
DU COMTÉ DE DUNOfS.
assister. Son mnl empira dès qu'il fut arrivé à Chàteaudun. Une apoplexie, selon quelques-uns, selon d'autres un catarrhe suffoquaril . y termina sa vie trois jours après l'installation des chanoine.*. Leurs regrets racconapagoèrent dans la tombe, son cœur fut dt'posé dans le caveau de leur éf;lise, son eorps fut porté à Cléry pour le rejoindre à ceux de ses parens. et ses entrailles à Sainte-Geneviève de Paris. La mort de ce prince , à qui ses grandes qunlités avaient acquis l'estinae géni^rale, et en particulier celle de la cour, troubla, dit Duchf.'ine , la joie de cette cour dans ses préparatifs pour le mariage du roi. C'était avec Aune de Bretagne , et fin en était spécialemet»t redevable au zèle du défunt. Charle.? VIII en fut véritablement louché ; et comme il n'avait pas eu le temps de reconnaître ses services, ce monarque voulut tenir lieu de père à ses eofans; il prit la qualité de leur tuteur honoraire.
f,a SainteCliapelle de Dunois devint aussi respectable pour ce roi que celle de son propre palais. î)ès l'année suivante, il sollicila en sa faveur une bulle d'Alexandre VI avec tous les privilèges qu'elle renferme. Elle est du 7 octolire 1W2.
La princesse Agnès, veuve du comte, passa presque tout le temps de son veuvage, qui fut de diï-sept ans , dans le palais de Chi\teaiidun Les œuvres de piété et de nrjiséricorde y remplirent les moniens qu'elle ne «donnait pas à l'értucation et aux soins de sa famille. Elle fut pleurée dans celte ville et dans le pays aussi sincèrement qu'universel- [emrnt à son décès, qui nriiva le 16 mars 1508. Son corps fut transporté dans l'église de Cléry , ses entrailles à Sainte- Geneviève, son cœur resta dans la Sainte-Chapelle de son palais, comme pour le prince son époux.
Elle avait eu la consolation de voir leurs quatre enfans pourvus avant de quitter la terre. Dès 149i , Anne d'Or-
nù
HISTOIAE
léaas, leur fille, avait épousé André, seigneur de ChAteauroui. Le second de leurs trois fils, nommé Loois , avait été marié en tSOi' . avec Jeanne , unique héritière de Philippe de Ilocliberg, comte souverain de Neufchàtel en Suisse , seigneur de RQthelin, I.e roi Louis XII ,sori cousin, qui avilit l'ait ce mariage, avait truite aussi l'aniiéi' suivante, à Amboise, celui de l'aîné, François d'Orléans . avec Françoise d'Alençon. une des princesses les plus aimables de lacour. Ce mariage, dit M. de Villedieu .fit bien des jaloux. It fut conclu à dois. Le même roi , pour illustrer ce nouvel époux . érigea la même année lôO.^, en duché la terre de Longueville , qui est restée aux aînés de cette branche de l'ancienne maison d'Orléans. Dés lors on a cessé de lui donner le nom de Runois; elle a été connue depuis cette érection par celui de Longueville.
Enfin le troisième fils de François I" et d'Agnès de Savoie, appelé Jean, comme son grand-père, et qui avait pris le parti de l'église, possédait l'abbaye du Rec , l'évôché d'Orléans et l'archevêché de Toulouse.
François d'Orléans, second du nom, comte de Danois, vicomte de Châteaudun, comte, puis duc de Longueville, fut grand-chambellan de France, gouverneur de Guienne, lieutenant-général des armées de Louis XII, son cousingermain , qui eut pour lui la plus tendre amitié. François lî accompagna ce roi à la conquête de Milan, qui fut l'afFaire de quinze jours, dans le mois de juillet 1199 , et lorsqu'il reconquit le môme duché sur Sforce en 1500.
L'année suivante . il eut part aus conquêtes faites dans le royaume de Naples, qui fut perdu en 1505 , temps où le roi érigea , comme je l*ai dit. le comté de Longueville en duché simple (I). C'était une récompense des services de
(1) Lonfuevîllecst un lioar^ dans le pa^s de Caux. Le M Juillet 1505 , par acte devant Oudin Coslé, notaire ù Chïteaudun, Jean Cliesneaii ,
DU COMTE DE DUAUlS.
ce comte de Diinois, qui continua à en rendre de nouveaux à l'état.
Il se distingua à \a bataille d'Aignadel en 1509. Elle fut gagnée sur los \'6niliens. L'ingral Jules II , à qui Louis XII avait fait restituer ce que les Vénitiens avaient usurpé sur ses états, suscita la ligue de l'empereur et des rois d'Espagne et d'Anglcicrre contre son bienfaiteur. Le roi donna le commandL'inerit de l'armée qu'il envoja en Guienne, au comte de Dunois , qui en était gouverneur. Le connétable de Bnurbon , duc de Vendômi?, lui disputa ce corrsmandemcnt , en vertu des droits do sa charge , et Louis XII , <]ui avait des raisons de préTérer la sciunee militaire du chambellan à celle du connétable, envoya au-dessus d'eus François, duc de Valois, son futur successeur, avec ordre desujvreen tout les avis et les décisions du comte dellunois, La division des Espagnols et des Anglais . qui se retirèrent, ne donna pas lieu à de grands faits d'armes. Il aurait eu occasion dans la suite do rendre des services écliilans, mais la mort l'enleva dans son cJiâlenti de Cliàteaudun . le 13 mars l.'>(2. Son cœur futdéposé dans le caveau de la Sainte- Chapelle du palais, et son corps porté à Clcry, où le duc de V^alois, depuis François 1", lit les lion neurs de ses obsèques. Il ne laissa qu'une (ille nommée Kenée, Elle mourut en 1515, le 2.'î mai, Agée de sept suis seulement ; les articles de son mariage étant déjà faits avec Cbiude d'Orlénns, son cousin germain, dont il sera parlé ci-après. Françoise
marcband-laniteur, fonda & Saint-André une messe ou semce dominical , à condition qu'elle »crui1 dilc aprè-i IVvain|;lk de la j^ranirmesse , et que les fifres ctianoines dudit Salnl'André reraient gobleler quinze goblett sur la grosse clocbe. Je rapporte cette anectlole à CDttw de la singularité des termes.
Ce Tut en 15SS, comme je l'ai dit, que le iiBnctuaire dn la Madeleine, psriie du cliœuT, et les ailes qui les entouraient, écroutèrenL On ne rétablit le cbevet de cette église qu'eih 1529.
HISTOIKE
d'Afençoii . sa veuve, dame de Beaumont-le-Viromte, fille de Charles, dernier duc: d'Alençon , se remariaiiChâteaudun le huit mai de lantiée suivante , avec le connétable duc de Vetiiiôme , nrHagoiiisle de son défunt mari. C'était Cliarles de Bourbon, qu'elle rendit père li'Anloine , roi de Navarre, qui cul pour lils le roi Henri IV. I.ouis d'Orléans , premier du nom , fut suci'esscur de son frère aîné, ou [ilutût de sa nièce Kenée, ave»; l'archevôiiup de Toulouse, Jean d'Orléans, dans les comfésde Dunoiscl leduchédeLonguevtlle. Louis élait comte de Neufcliitel en Suisse par sa femme , qui lui avait aussi jipporlê des priHeulions sur la principauté d'Orungc. il avait porté le nom de Uolhelin jusqu'à ce que le duché de Loui^ueville lui eût échu. M avait par un accord cédé .'lu marijuis do l'rade. Iloclit»erg et Rotlielin, moyennant cinquante mille éi;us , et s'était réservé te droit d'en conserver les noms. Il fut içrajui-chainbellan comme ses prédécesseurs, comtes de Dutiois, vicorutes de Clifliteaudun. Il avait eu part à la victoire de Louis XII , a Aignadel.
Les Anglais, qui avaient quitté la Guien ne en 1512, ayant joint leurs armes à celles de l'empereur l'année suivante . et formé le sié^e de Torouanno, Louis d'Orléans, qui ciHiimnndait cent genlilhommes de la maison du roi, fut du nombre de ceux i]»i opinèrent à mviliiiller !a ville assiégée. Dans cetle expédition , il fut victin:e de l'imprudence et de la mauvaise discipline de ceu\ qui doiincrent occasion au roi d'Anjîlelerre , Henri VHI , de les surprendre dans leur retraite sur le haut de Guiriogasic, et qui ne ri'ponrtirenl à la manœuvre de ce roi qu'en faisant usa{;ede leurs éperons. Celte fuite honteuse livra au\ Anglais le comte de Dunois et ceux qui ne furent pas d'humeur à imiter la lâcheté des premiers,
il en coûta cent mille écus pour sa rançon. Cette somme, par la permission du roi. fut levée en forme de taille sur
DU COMTIi UK IJUNOIS.
tM
ses domaines et ceux de sa nièce, Renée d'Orléans, qui vivait encore. ChâlcauUun t'ouniil trois mille livres pour son eonlîngenl , et tout le reste du Itunois à proportion.
Il fit un bon usaf^e d(î sa délenlicin eti Angleterre , car il dcHntlia Henri V'III de l'ambitieuse maison d'Autritlie. par les justes réHexions qu'il lui ftl l'iiire sur l'élirt probable du futur Charles-Quint. Il cnnrlul le mnri.ige de Louis XII, qui était veuf, avec Marie d'.\iiii;lt'terrti , et fil signer un Irailù de paix en même temps que le contrat de mariage.
Louis XII étant mort dès le mois de janvier de l'année suivante, il aida François I" à lu fameuse bataille de Marignan dans le mois de septembre. La victoire contre les Suisses y l'ut le résultat de deux jours de combat. Dans la nuit qui se passa entre ces deux jours de bataille acharnée, son lit de camp répondit à celui d'où l'on lire lu juste gloire de son souverain. Il ne vécut plus qu'un an après celte célèbre virioire. Il mciurnt en J.'^ltj. laissinit quatre enfans nés dans le chtUeau de [ilondy en lJourgo{^ne, qui était, après Paris, le lieu île sa résidence ordinaire, avant que son frère aîné lui eût laissé l'entrée dans celui de CliAteaudun. Ces en fans furent Claude, son successeur, Louis , qui devint héritier de son ahié , Fran^-ois, qui continua la postiérité de la maison , et qui succéda à son neveu. du même nom que lui , fils de Louis II , et Cliarlolte d'Orléans, qui fut mnriée en 15-28 à l'Iiilippe Je Savoie , duc de Nemours, Jeanne de llochbcrg, femme de Louis I" , lui survécut jusqu'où 21 sejilembre 15V3.
Claude d'Orléans . né le 9 novembre 1508 , devenu comte de Dunols, duc de Longueville, et souverain de Neufchûtel, par la mort de son père , ne vécut que >>eiïe à dix-sept ans. Il se trouva en 1525 à la triste bataille de Pavie, que le ror François I" perdit avec la liberté le 2'» février. Elle fut encore plus funeste à ce Jean , chambellan de France, qui y perdit la vie.
HISTOIUE
N'ayant jamais été marié , il laissa un Bis nature) nommé Claude comme lui. et qui épousa dans lu suite Marie de la Roissière , dont il eut une Dlle appelée Jacqueline. Celle filte fut mariée au mois de décembre 1575, à Pierre de Brjsay , le promier de cette fnmille qui iiil pdssédé la terre del>éno»ville-eu-Chnrtrain. Elle lui Tut portée pnrsa seconde femme N. de Uémard, sœur de Jacques de Hémard , seigneur de [lénonville . gouverneur du Dunois el ville de Chateaudun, ét-uyer d^'séfurit'sdu roi(l), et lieulenantde la compagnie d'Iiouimes d'armes de François II , eoiftlede Dunois.
Louis d'Orlénos, second du nom, successeur de son frère Claude dans le coinlé de Dunois, le ductié de Lniii{ueville et la charge de grand-chambellan de France, était né le ti juin 1510. Louise de Savoie . mère du roi François I" . et régente du royaume pendant su prison en Ksiingnc, voulut donner à ce comte des marques de reconnaissance des services de sa maison pour l'état et des siens en particulier, en érigeant son comlé de Danois en duché pairie. Elle en Bt expédier les lettres-patentes le 25 juillet 1525. Ces lettres n'ayant point été enregistrées au parlement, le Uunoi» n'a point vu ressortir leseDfelsde cette érection.
Louis II 8t une entrée solennelle dans la ville de Château dun en 15:î8, pouranimer, parce spectacle réjouissant, rottachementdéjâ connu dos liabiliins envers lui. Ils prirent part à celte fêle en raellant en œuvre tout ce que l'industrie put leur suggérer pour en augmenter la pompe et l'agrément. Ce qui loucha plus le prince de l:i part d'une ville de ce rang, fut une somme de deux mille écus d'or qui lui fut présentée par les miiire et éclievinsqui en avaient fait la collecte par arrêté de leur bureau , les fonds de leur hôtel n'ayant pas de proportion avec cette générosité.
(1) Il n'y avait alors que quatre de ses écufen.
DU COMTE DE DUiNOlS.
Le 7 janvier 1530 , il confirma lesslaluls des boulangers de Cliûleau Jun , autorisés dès 1418, par Agnès de Savoie , veuve du comte François 1". Le 19 octobre suivant, il en fit autant pour les boucliers.
Une maladie contagieuse, qui enleva une grande quantité de personnes , l'éloigna de celte ville l'année suivante, 11 eut, en 1533 , le ctsagriu de perdre le gétiéreux cardinal Jetin d'OiIéans, archevêque de Toulouse, son oncle. Ce prélat fut regretté de François 1" qui, à l'exemple de Louis Xn , l'avait employé dans les grandes afl'aires de l'État, qu'il était si bien capable de traiter, Dans l'année même où il avait reçu le chapeau de Clément VIL il alla, de la part du roi, au-devant de ce pape, qui venait à Marseille pour le maria^îc de sa nièce Catherine de Médicis ; mais la mort surprit le cardinal dansla ville de Tarascon , le 2^ septembre. Il n'était âgé que de quarante-huit ans.
C'est à la libéralité de ce prélat et à son attachement pour ses frères et ses neveux , que l'un est redevable de la belle partie du château de Châtcaudun qui donne du câté de la rivière. On y avait travaillé depuis 1512 jusqu'en 1532. Il comptait faire bâtir un Iroitième lorpsqui aurait répondu à celui qui donne du c6tô de Saint-Médard ; sa mort arrêta ce projet. Son corps l'ut porté dans l'abbaye de la Cour- Dieu et enterré dans le chapitre ; son coeur fut transporté dans la Sainte-Chapelle deDunuis.
Le revenu de l'hôtel-de-ville de Chûteaudun était si peu de chose, qu'il ne pouvait sulTire quelquefois uu\ besoins ordinaires de la communauté. C'est ce qui porta le comte Louis !î ù donner des lettres à ce corps le 19 janvier lôiti , par lesquelles il autorisait les magistrats à percevoir pendant di& ans le dixième de la vente des vins en détail. Celle que l'on faisait en gros sur l'étape qui élait où passe la rue de Lujnes, depuis la place de Saint-André jusqu'à la rue
deChaulnes, était exempte de cet imp6t. Il donnait droit de le percevoir oon-seulemenl dans la ville et ses faubourgs, mais anssi dans h banlieue qui comprenail les piiruissesde Marboué, de Saint-Aubin-des- Vignes, aujourd'hui la Chapelle-da-Noyer , et de Saint-Denis-tes-Ponls.
Il se maria le 4 août suivant avec Marie de Lorraine Guise, fille de Claude, duc de (luise, de qui il n'eut qu'un QIs nommé François. Il mourut à Châteaudun le 29 juin ]537. Son corps fut descendu dans le caveau de la Sainte- Chapelle, après quesesobsèijues curent étiî célébrités avec luute la pompe en usage.
Il fivail transigé l'aNnée précédente 1536, le 10 octobre, avec Jcnn Pbelipeau, prieur de Sairit-Martin-de-Chemars, sur quelques conteslations, devant Jean Vaillant deGuèles, bailli de Dunois. Par celle transaction , il avait accordé que ledit prieur et ses successeurs jouiraient de la haute, moyenne k\ basse justice sur ce qui était reconnu de leur dépendance ; que les appels de ladite justice ressortiraient devant le bailli de Dunois ou son lieutenant; que le maître des bouchers de Châleaudun aurait droit d'inspection et de visite sur les boucheries de Saint-Martin (1), etdefHire saisir les chairs de mauvaise qualité ; que les éehevîns continueraient leur police sur le pain des sujets de Saint-Martin qui ne seraient pas exempts des dîmes du vin, c'est-à-dire des octrois; que !e prieur pourrait avoir ses mesures particulières , et qu'il serait exempt de la juridiction du maître des Eaux-et-Forf ts du comté , pour ce qui était du propre de son bénéfice , mais non des sujets. On voit dans la même transaction les qualités du seigneur comte, qui sont ainsi
{i) Les petit» bfttimens de ces boucheries servent de clùlure nu prieur, prè» le pont. Quelques boucliers y ont exposé leurs Tiaudes pcodant plusieurs années, après le dernier incendie et la dcstruclioa des boucheries de In ville.
exprimées : « Très-haut et très-puissant prince Louis, duc » de Longueville, marquis ùc Rotheliri, comte de Dunois » et de Neurchâtel , vicomte de Châteaudun. de Meluii , n d'Abbcville» de Croloy, seigneur de Parlhenay , Moii- B treuil-BcIlai, Mouvans, Merviiiier, Gûurriay , Chateau- <i Regnaud , Monlaille . Marne- Hevité , Noël-sur-Mer» Mau- D chenay, Buerre-Saint-Buest, Sourre, tVoyens, Montbart 5 et Espasse, connétable, ciiarabellan de France. »
Le mérite, autnnl que la naissance, avait porté ce jeune prince jusqu'aux plus hautes charges du royaume, il fut beaucoup regretté dans le Dunois. Tous ses vas.saus s'étiiient intéressés à son bonheur , en reconnaissance de la protection qu'il leur avait accordée. Sa veuve, qui s'était livrée à une vie retirée, et qui avait refusé d'épouser Benri Vni. roi d'Angleterre, fut contrainte pai' François I"d€ porter son iiiôrite f t ses vertus en Ecosse, en épousar>t Jacques V , souverain de ce royaume , ce quelle ne fit que par soumission pour celui de France.
L'abus des grands duels n'était pas encore passé dans ces temps (1). Jean Duplessis, seigneur de la Perrine, près Sairit-Cliristophe, ayiint eu quelques démêlés l'an 1538, avec Gaucher de Jancourt, surnommé Vaulay , son cousingermain . Gis de Gaucher de Jancourtet d'Anne Duplessis, fille de Jean, seigneur de Popincourt, ne put tirer raison dudit Vaulay. 11 en porta ses plaintes à François I". Ce roi, suivant le désir dudit de la Perrine, envoya un de ses héranlts à Venise où Jancourt s'était retiré, lui signifier un cartel pour se battre contre Duplessis devant Sa Majesté.
On Bt dressera cet efl'el deux pavillons pour lescombal-
{i) Ih ne (areaX défendus qu'en 1547, par Henri II, à roccasion île celui tjn'it dirait permis enrre le» seigneurs de Jarnac et de la Cliâtaignerate, On en rapporte ce|>endanl encore un aatorisé par Henri 111, au bois de Viocennes, entre Honoré'Albcrl de Luyaes et un exempt de la garde écossaise.
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IBOS dans le champ Gxé par \o. roi. Vnulay retloiilait son adversaire et ne comparut poinl. Le roi, sur ce défaut, ordonna que les armes dudil Janconrt, surnommé Vaulay, dressées sur le pavillon qui lui flvnit été destiné, en seraient arrachées et livrées à l'exécuteur de la justice . pour, par lui , être traînées par les nies de Paris , puis rompues et brisées. Henri 11 , de qui ce Jancourt avait été gouverneur, apaisa cependant cette affaire dans la suite , et rétablit le défaillant dans ses titres ainsi que dans ses biens , qui avaient été confisqués,
François d'Orléans , troisîème du nom, avait succédé aux biens et a'ux charges de Louis It, son père. Il ne passa pas râpe de seize ans, et mourut à Amiens le 22 septembre 1551. Son corps fut transporté de celte ville dans celle de Châteaiidun. et misdanslecaveaudclaSainte-Cliapelledu palais dudit lieu.
Ce comte , duc de Longuevillc , étant mort sans avoir pris d'alliance, sa succession passa auï cnfans mineurs de son oncle, du même nom que lut , qui était marquis de Rolhclin et dernier des fils de Louis 1"' d'Orléans. Ct* François avait épousé au moisde juillet 1530 , Jacqueline de Rohan. Il en avait eu un flls nommé Léonor, né à Beaugency . le 14 août 15i9. 11 laissa une fille nommée Françoise. Elle fut la seconde femme de Louis de Bourbon, prince de Condé, qu'elle épousa le 8 novembre 1565. et devint une franche Huguenote. Le marquis de Rotbelin était mort le 25 octobre Î5't8; son corps avait été porté dans le caveau de la Saînte-Chapelle de Châteaudun.
Ce fut dans ces temps que l'Hôtel-Dieu de ChStcandun cessa d'être administré, pour le temporel, par le chapitre de ses prêtres liospitnliers condonnés. Lu comniunanlé de la ville, autorisée par les édits de François I", qui ordonnaient en général que la régie et Tadmintslration des Mp\-
taut passeraient à des personnes choisies par les corps des villes, était composée de six administrateurs laïques, h la tête desquels elle mit Jean Aiiégo. lieutenant du bailli de Diinois.
Allégo était un des magistrats tes plus éclairés de la ville et de la province, dans la jurispruderice. Député pour la rédaction Je la coutume de Dunois . en 15i28 , il avait prouvé que la science lî'gislative n'était pas mieux digérée ni moins obscure que celle dos habiles du temps. Plus instruit du contenu des édits que de la nature de la fondation de l'Hôlel-DieudeChcUeaudun, ignorant qu'on était redevable de sa principale existence à sa communauté de prêtres, çjont les premiers membres avaient consacré leur patrimoine, soi^s l'autorilé des papes et des rois, pour former leur chapitre et soulager les pauvres malades , Alléj^o et ses administrateurs entreprirent de traiter la communauté de ces prêtres fondateurs comme on faisait ailleurs les chapelains des hôpitaui , administrateurs de biens qui leur étaient entièrement étrangers, et de les réduire au même état. Les maîtres et frères hospitaliers condonnés ne crurent point s'exposer à manquer au souverain par leurs oppositions an* démarches d'Allégo et de ses consorts. Ils ne furent cependant ni assez heureux , ni assez ricties pour bien assurer leurs moyens devant les tribunaux.
Sur leurs oppositions, les nouveaux administrateurs se pourvurent au Parlement, et en obtinrent, aver la facilité ordinaire, sur leur requête, un arrêt qui les autorisait à passer outre et à se régler conformément aux édits. Munis de cette pièce, Allégo et ses adjoints se firent remettre un état des biens et des charges de l'HAtel-Dieu. On dressa un procès verbal , dans lequel on réglait par articles la forme d'administration que l'on iu<;cait convenable d'introduire. On en excluait la communauté fondatrice , à l'exception de
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IIISrOlKE
son chef, à qui on laissait à perpétuité place dnm le bureau et une clef prohibitive du chartrier. On y insinuait qu'il conviendrait de réduire la communauté au maître, à quatre autres prêtres seulement et à un novice.
Le maître et son chapitre ^e portèrent appelons de ce règlement, qui contenait bien des articles préjudiciables à leurs droits primitifs, aussi lé{^ilimernent autorisés que ceux des plus anciennes communautés ecclésiastiques , par les puissances qui en avaient le pouvoir.
L'adaire fut d'abord portée au bailliage de Blois . qui fut favorable aux conclusions du Chapitre. Il y eut appel de ses sentences des 24 mars et 13 décembre lâiO. au Farleraenl qui, pnr arrêt du 15 juirr 1551, mit l'appellation à néant, sans amende , ordonna l'exécution du règlement comme provisionnel: , seulement sous Taulorité du grand-aumônier, devant lequel il était dit que les maître et frères hospitaliers condonnés pourraient se pourvoir sur leurs droits et prétentions.
Le grand-aumônier n'avait jamais eu d'exercice de juridiction sur l'Hôtel-Dieu de Châteaudun. L'évêque diocésain qui, après le pape, avait été constamment le premier supérieur et le visiteur-né de cet Hôtel-Dieu et de son chapitre, forma opposition à l'exécution de larrôt, pour ce qui y était contraire à ses droits seulement. Sur cela , il fut dit par le même Parlement, par arrêt du 18 juin de la même année, qu'il permettait audit évoque de se pourvoir devant lui. pour régler entre lui évêque et le grand-aumônier, ce que de raison.
L'ordinaire s'est soutenu dans sa possession. Le chapitre ou communauté de prêtres, dans son existence seulement, et non dans les biens auxquels la nature des fondations lui avait donné droit. Le maître et ses frères ont plié sous les différens règlemens de la nouvelle administration. Celui du
1)1 COMTÉ IJI: DUiNOIS.
12 mars 1596, par Charles Hue , baron de Courson , commissaire déput<î par Henri IV , et quelques autres ont été rendus publics.
Ce fut dans ces temps que l'on vit éclater dans le royaume les progrès des sectaires que Luther et Zuingle y avaient introduits comme gens de lettres, sous François I", et encore plus ceux des disciples de Calvin, que ce dernier y avait fait passer de Geirève (I).
La jalousie des grands, qui trouvaient n'avoir pas assez rie paît au gouMTîiement , avait dégénéré en révolte contre la cour, depuis la cruelle bataille de Saint-Quentin, où dix-liuit mille français avaient été défaits, et où Léonor d'Orléans avait perdu la liberté. Pour rendre cette révolte plus dangereuse , ils s'étaient associés les sectaires qui levèrent enfin le masque, par l'esercice de leur religion prétendue réformée. Les illustres mécontens ayant, par politique et par libertinage, plutôt que par persuasion, fait euï-mémes profession de la nouvelle religion . on vit les catholiques et les huguenots eu venir aux voies de fait.
Les états tenus à Paris par Henri H. en ll>ri8, pour travailler à ramener la traitquillité , ne produisirent que la levée des impôts dont ce rot avait besoin , et une quatrième division dans les états , en y admettant celui de la robe comme un corps particulier, ce qui n'a pas eu de suite depuis. Son projet d'exterminer les sectaires eût eu probablement son exécution, si un accident connu ne lui eût été la vie le 10 juillet 1559.
François II , conduit par sa mère Catherine de Médicis , ayant donné la préférence à la maison do Guise dans la
(1) Les dogmes de Luilicr avaient commeDcé à se glisser en France dis 1M9. Ceax de Colvin arateni suivi et a vuieni prévalu sur ceax du premier Bcclaire, spécialement par le moyen de son insUluttoa chrétienne, qu^ii avait donnée en 1&36.
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conduite des aGTnircs de l'élat, nu préjudice des princes du sang et des nulres grandes maisons , les divisions dégénérèrent ey guerre ouverte. Louis, prince de Condé , se mit ù la tête des Uu{;ucnots en i 5G0 , et au bout de deux ans la France fut méconnaissable.
Lti Chambre ardente établie dans chaque Parlement , le zèle amer du cardinal de Tournon ne firent qu'augmenter la raj;e des sectaires, le pillage, la profanation des églises saintes et le massacre des prôlres. La mort précipitée du roi Franfois II, pendant les élals* d'Orléans, au mois de uovemlïre 1500 , empocha de profiler des suites, de la coirjuralion d'Amboise. Le comte Léonor y était alors avec la tour qui , lors de son retour, séjournii à Ch/ileaudun.
Les étals, transférés d'Orléans à Sainl-Gerniain j)ar Charles IX, ayant toujours à leur lêle Catherine de Médicis, ne produisirent aucun avantage pour la cause publique.
Le rolloiiue de Poissy, commencé le 'i septembre 1561 , ne servit qu'à aigrir les deu\ partis, et surtout à donner plus de hardiesse aux sectaires qui augmentèrent le nombre "de leurs proches. La rupture du coiinélable de Montmorency avec le parti Huguenot en cnfimta un Iroisième qui n'était pas moins désavaMlageux à l'état qu'au trône.
L'édit du 17 janvier 1562, qui excluait l'exercice de la religion prétendue réformée de l'enceinte des villes, et le permettait dans les faubourgs et dans toutes les campagnes, fut un lerapérammcnt qui n'empêcha point le triumvirat et le prince de Condé de renouveler ta guerre civile dans la même année , quoiqu'il fût respecté do part et d'autre (1). Ce prince, à la télé de ses Huguenots, lit d"t)rléans sa place d'armes. En vain Catherine de Médicis essaya d'éloufifer ce
(1) Il j ëlait Biatuâ que les Culvinislet rcudruient les églises usurpées, les croix , tes images el les reliiiueseulevécs, cl qu'ils garderaient la police eiléi'ieure de TègliSË c&Lbolique.
m COMl É DE ni)M)IS.
nouvel incendie, après s'ôlre vue forcée rie seromeUre, ainsi que le roi, eiilrc les mains du parti qui s'était formé sour les ordres du connétable; ce fut môme un obstiidc à un accommodement avec le prince de Condé. Il n'y voulait nallement entendre, à moins que le connétable, le duc de Guise et le maréchal de Saint-André ne fussent éloignés de la cour. Il promettait , au contraire , que si on les en écartait [ce qu'il n'espérait pas), non-seulemenl il désarmerait, maisnif^me qu'il sortirait du royaume. Telles furent ses propositions dans une coiiiérence qu'il eut à Toury avec le roi et la reine sa mère . au mois de juin.
Pour mettre ce prince dans son tort, la cour crut qu'il sulTisait de faire coûter la proposition condilionndle au (onnL'table et à sesadhérens. Ils commencèrent à s'y prêter en se reliratit à Chàtenuduo . sur lequel ils avaient d'abord dirigé leur armée, pour être plus à portée de s'opposera celle du prince de Condé. Cette prompte adhésion embar- Tassa le prince de Condé el ceux de son pnrti. Il ne put refuser d'aller encore deus fois conférer avec la reine, qui de Toury avait passé dans le château de Talcy , vers Marchenoir , où l'armée s'était avancée pour braver celle du prince, qui s'étendait jusqu'à Beaiigency. La condescendance du connétable devait forcer le prince à faire un second voyage à Talcy. pour remplir l'obligation qu'il s'était imposée lui-même, de se retirer du royaume après avoir salué la cour, quoique ce ne fût pas son dessein, encore moins celui de son parti ; mais il se tira de ce pas en se faisant enlever comme de force à Talcy, par ceux des siens à qui il avait donné le mot, et qui l'avaient accompagné en bon nombre avec l'amiral de Châtillon. On ne fut point dupe de cejeo, Le roideNnvurre partit sur-le-champ de Deaugency, que le prince de Condé lui avait remis pendant ta trêve qui
HiSiOlKt^
ne fut que de cinq jours, depuis l'entrevue de Toury, II joigtittle nj^me jour ,qui était le 27, l'armée des royalistes. Elle partit des villages où elle clciit dispersée, et se réunit entre la ville de Beaugeiicy , Talcy et Marchenoir, c'est-ùdire sur les conQiis de rOrléuiiais et du Dunois. L» cour envoya en m(^me temps à Châteaudun , qui était bien gardé, ordre au connétable , au duc de Guise et au maréchal , de rejoindre le roi duNavarre. Dans la nuit, leprincede Condé manqua de surprendre l'armée royale; mais comme le roi de Navarre avilit pourvu à une garde exacte, il se vit contraint de se retirer au bourg de Lorges, a une lieue de l'endroit où les royalistes étaient campés. Son armée était la plus faible; néanmoins, on ne s'opposa pas à ce qu'il reprît de force In ville de Iteaugency, et on lui laissa prendre tranquillement ses quartiers dans les villes de l'Orléanais (I). Il laissa seulement huit centschevauvà l'amiral pour battre la Beauce, au fçrand détriment des villages de ces cantons, où il se commit toutes sortes d'horreurs , de désastres et de profanations. L'armée royah:^, d; son cdté, s'avança à Kiois qu'elle prit aisément, ensuite Mer. ou les prolestans furent fort maltraités; la fureur s'était emparée des deux partis. Coligny, dans ses cruelles courses dans la Beauce Dunoise, informé qu'il partait de l'nris un convoi considérable pour l'armée royale qui assiégeait Bourges , et qu'il prenait la route par Chartres ctChàleaudun , entrepritde le surprendre dans celle dernière ville, et il y réussit.
Ce convoi consistait en six pièces d'artillerie, trente-six charrettes chargées de boulets et de poudre et d'autres provisions , escortées par quatre compagnies de cavalerie qui HvaientpourchcfsNicolasde Lorraine, comte de Vauderaont, seigueur de Marrilly-Cypierre (2) , Arthur de Cossé et René
(1) Lorsqu'il Cul rentré à Orlétiiii, il fit Caire de la monnaie des reliquaires , des craii , ovec tous les vases sacrés pillés par ses troupes, (aj Les BCDdariDet de Cypierre étaient cotnmanâés, i«Iod BratilOme,
nu COMTÉ DE I>Ui\OlS.
de Lorraine, marquis d'Elbeuf. avec siï enseignes d'infanterie. Le tout était entré tranquillement dans le Taubourg de Cliâteaudun, [du côté de Cliartres, et les charretiers commençaient à 4iélclcr leurs chevaux, lorsque l'amiral et sa troupe vint à la chute du jour surprendre une porte et fondre à l'improviste sur la cavalerie , qui fut dissipée en un instant. Les charretiers , dont plusieurs coupèrent les traits, profitèrent de leurs rhevaus pour la suivre et se sauver. L'infanterie agit avec plus de courage ; mais la défense , tnule vigoureuse qu'elle fut , ne servit qu'à la faire tailler en pièces, ii l'esception de quelques hommos qui s'rtaient avuntiigçusemerit postés, et qui furent néanmoins faits prisonniers. L'ainbassndeur d'Angleterre, qui était parti de Paris avec celle escorte pour aller trouver le roi , fut pris avec elle. Les rues des faubourgs Furent ensanglantées, La victoire de rîimirol avait coûté la vie à bien de ses cavaliers ; aussi ne se trouva-t-il pas en force pour faire transporter sa prise, et encore moins pour faire ouvrir les portes de la ville, Tour ne pas s'es poser témérnirt'ment . il fit enclouer le canon et crever les plus grosses pièces en forçant la charge. Il fit nnssi mettre le feu aux poudres et à toutes les provisions, dont les soldats ne remportèrent à Orléans qu'une très-petite portion , encore r<irrachèrerit-il9 aux flammes qui produisirent un dégùt considérable dans le faubourg, par la façon singulière dont il se défit des provisions de guerre (I). La garnison de In ville ne jugea pas à
par le r^apitaine iiommÉ Bonasse. Il en cite un de l'inranteric royale appelé le capiuioe La Cbaoïbre.
(l) Braotôoie dit t[ae Pamiral • fit arranger ensemble toutes les pou-
• (Irea , tes balles, les canonn bouche à bouche, el puis il fit Taire une
• longue truinée de poudre , et s'élant retiré aaet loin sur une pelile > montagne avec sa troupe, s'ama»èren( à foir donner le fea à la Irainée » el ïoir jouer la grande fouyade , qu'on n'en ïil jamai!! une telle , ni faire
• un tel bruit ni linlamarre, el le loal «'en alla à tous les diables. •
HISTOlKF.
propos de prendre part à celle affaire. Siuiscoiinaissnnre du nombre des ennemis, elle eûl risqué de faire perdre la ville au roi. La nuîleli'iiorreurilucoml>aLlarelirtrcr»lau-dedans de ses murs, où elle se contenta du rerevoir quelques-uns des lujJMtans les plus effrayés au cnmniencemenl deTaclion. L'amiral eut tout le temps de se retirer en lion ordre.
Cependant Bourges fut pris le 1" septembre. J^'année victorieuse en revint pour aller en Normandie s'opposer h la jonction des Anglais avec lus Huguenots. En passant » Châteaudun, le connétable y laissa quelques troupes pour en renforcer la garuisoti , et de la mt^mn ulle il en envoya à Chartres et à Ètampes, pour mieux tenir en respect le fort du parti des rebelles qui était dans Orléans.
Beaugency avait été repri.« par le roi. Après la prise de Kouen, le prince de Condé étant sorti d'Orléans avec les siens, la garnison de Beaugency, qui se crut trop faible, abandonna la place et vint se réfuj^iLT à Châleaudun, Le Dunois a conservé longtemps , et mCme conserve encore de tristes vestiges de ces troubles; mais il n'est pus aisé, faute de rensei^nemens écrits, de les démêler d'avec ceus qui les avaient précédés dans les siècles antérieurs, et de ceux qui datent des années suivantes. A l'égard de la cafiitale , je ne vois point jusque-là que les religionnaires y aient porté leurs profanations; peut-être n'en a-t-elle pas été totalement exempte. Nous avons vu qu'il y avait eu entre les officiers du bas-chœur de la collégiale de Saint-André un garde-reliques. Depuis le temps dont est question , on n'a vu aucunes chasses ni reliquaires dans Saint-Atidré. A quo' peut-on attribuer la suppression de ce qui était sous la charge de l'ofBcier préposé à la garde des reliques, ainsi que du titre lui même, si ce n'est aux cnutimis de la religion ?
Suivant Botteraie , dans son poème sur Chàteaiidun ,
JJII CUMT£ 1>E ULMJiS.
l'hérésie avait été introduite dans ictle ville par un échappé d'Orléans, qui n'avait que trop réussi ô y faire goûter ta prétcnduo réforme de Calvin, Il n'y eut néanmoins que le plus petit nombre qui se laissa surprendre , et la majeure partie est toujours restée avec les comtes attachée à l'ancienne et véritable religion.
Le mauvais evcmple de Jacqueline de Koban , méro du comte Léoiior, (jui avait donné dans la mauvaise doctrine . ainsi que sa fille Françoise d'Orléans, sœur (1) du môme comte, ne porta pas grand préjudice à l;i religion dans Châleaudun , parce que l*aris, Blandi en Rrie et Noyers furent leurs séjours ordinaires ; mais une grande partie de ta noblesse, qui s'était laissée entraînera la nouveauté, contribua beaucoup à corrompre la foi dans les campagnes.
Un curé de Varize , des premiers séduits entre le clergé, fut aussi le premier assez hardi pour »nn(Micer dans la chaire ta doctrine de Calvin. Il n'y en eut que Lro[) qui suivirent son exemple, sans loulefoîs le faire si ouvertement. De tout temps, ceux qui par élat doivent détendre Téglisc, lui ont fait les plus grandes plaies.
Après la bataille de Dreux, gagnée par les catholiques !e iS décembre de la même année 1562. l'amiral de Coligny rassembla les restes de l'arméf du prince de Condé. dans sa route par Gallardon . Anneau et le Puiset. Le quatrième jour de sa marche . il se rendit à Patay où il fit raffraîchir ses troupes pendant deux jours Averti qu'un détachement de l'armée royale était en marche pour gagner Blois par le milieu du Dunois, il courut inutilement pour le couperet le poursuivit en vain jusquà Fretleval. Il rabattit sur Ceaugency et fut prendre ses quartiers dans la Sologne et le Berry.
(t) Celle Françoise d'Orléans, êiantdevenae veuve du prhicede Condë, fit abjuralioii par crainle l'an 1572.
IlISTOllŒ
Le si«?ge d'Orléans ayant éthoiié par l'assnssinat du duc de Guise . commis le 2!»^ fùvrier 15G3 , la paix se conclut à Orléans mémfi le 12 du mois suivant, ossez à regicl du côté des Calvinistes, quoiqu'on leur accordât un prêche public dans chaque haillinge, ressortissant nu paricnnent; que, par le même traitu , il fût permis aux seigneurs d'en avoir un dans leur seigneurie , aux simples genlilliommes l'exercice de leur religion au-dedans de leurs maisons , et qu'on autorisât tous les prêches des villes qui étaient en possession d'en avoir avant le 7 du mois de mars (t). Le calvinisme en fermenta mieux dans le Danois. Le prêche de Châtenudun était dans la rue de la Portc-d'Abas, en descendant à main gauche, vis-à-vis des degrés pour monter à Siint-Lubin, dans le jardin d'une maison qui porte encore le nom de Prêche. On y entrait par la porte de cette maison et une autre qui donnait dans la rue des Huileries (2].
Cependant le comte Léonor, duc de LonsuevîUe. accompagna le roi en Normandie au siège du Elévrc , et tint son rang lorsque Sa Majesté fut déclarée majeur à Rouen. Il eut place immédiatement après le prince de la Roche-sur- Yon.
Charles IX prit , l'année suivnnte, la roule des provinces méridionales, pour les visiter et en imposer aux esprits remuans. Il était h Mont-de-Marsnn lorsqu'il signa un ordre par lequel il défendait au duc de Longuevillp d'entrer dans Paris. La cour craignait qu'il n'y prît i|uelque parti violent contre lesColigny, (axés d'avoir eu part au meurtre du duc de Guise. Léonor obéit, se tint principalement dans son
(i) L'amiral de Colîgny , qui se Irourail le plus Tort avec ses troupes, par la mort du duc de Guiste, lit des reproclies au prince de Condé de n''avûir pas plus exigé. Calvin, Bùzect d'auLrea minislrcs lui en firent ausji leurs plaintes.
{!] Je n'ai point découvert daa* quelle année précisément ou a ouvert ce prêche public St CbMeaudun,
palais de Chàteaudun , et se maria le 3 juillet avec Miirie de Bourlion- Vendôme, duchesse d'Iistoulevillc, grand'totite du roi Henri IV. Il rejoignit la cour on 1565 , el se Irouva à l'entrevue du roi el de la reine d'Espagne sur la frontière. Il l'ulraîiiidépl assista aux Étals de; Mijulins en janvier lô6fi.
Ce fut dans cet intervalle d'une espèce de calme, je veuï dire pu 1565 (1). que Raoul Botleraie prit nnissfince à Cliâleaudiin , dans l<i paroisse de Snitit-Valérieti. C'est ce que je fonclus du vers 4-20 de son poème intitulé ; Ntfinpfia Vivaria. Il y dît qu'il n'avait que trois ans lorsque les Calvinistes mirent le feu aus Cordcliers , ce qui arriva l'an 1568. comme je le dirai ci-après. Sloréry et te père Micron n'ont pas été bien informés du temps de la naissance de cet homme de lettres, le dernier en la fixnnt à l'onnc-e 1552, et le premier vers 1550, a moins que , dans ses vers, liotleruie ne se fût fait plus jeune qu'il rv'étail.
C'est à tort que dans le même Moréry . on a nuancé qu'il était originairi;; de Chartres , quoique né à Cliâteaiidun. Dans le poème cité, Bolteraie s'esprime ninsi, en parlant de l'église de Saint-Valcricn :
0 /Kde illi rcciibtiiil manci ossique parentum ;
> A^nalis, geiiei îque meo esl gentilc sepulchrum ,
• Qno super, inrcrlus at(|ug annua rota prtcfsrjue ,
9 Funeress stiitui , cli.iruni el solfmnc |iiunien •
C'est-à-dire que les cendres de ses pères reposent dans celle église où il y a une place nUectôe à ta si''pullure de ses ancêtres paternels , te que veut dire W mot agnatis , et même pour toute la famille, ce que signifie celui de genlile, pour latiuelle il a fondé des prières.
Haoul Uolteraie, poète fécond , mais médiocre, historien plus rempli de mots que de choses , mais hahiic jurisconsulte, eut pour père Vincent llolteraie, et pour mère Antoinette Moiion. Le roi Uenri IV prenait quelque lejntiire
(1) Rodolphus Boittreius , que l'on a Iraduit Botrais, BouUicrnit, Boulraïs, cl plus comomnémenl Boiterais.
2îW
des leUrcs à VendAmc , lorsque Botleroie y faisait ses humanités. Pnris 1(1 suite, il se fit nvocat au Grand-Conseil, et résida à Paris en 1(W6 , rue des Noyers. Ses laie ris , sons <^trc *iU[)crieiirs , lui ilonritrenl pince piif mi les habiles de son temps, ^im mérili,' personnel et une fortune honnête lui procurèrent l'allinnce de Jacques de Coiircillon , marquis de Uangraii , ;'i qui il doiinn en mariage sa GUe iKuiuimu; Suzanne , que Mnréry apiiollc mnl à propos Haudrès. Botteraie lui conslilun en dot la GAtinnc et le .Marais. Raoul eut un frère nommé Jean , mort en 160fi. ronseiller-serrétaire du roi ; il mourul lui-mému eu 16,'ÎO.
Les ouvrages que Botlcraie a fail imprimer sont :
En 1605, un liecueil dea Arrêts du tirand-Conieil , en Inlin , in-S" ;
En 1610, deux volumes sur Vttisloire dea Villes ;
Une [listoire générale, depuis 159'i. jusqu'à la mort «f Henri /F, en dix-huit livres renfermés eft deux volumes in-8". iVrils en latin , et qui n'ont pas été favorablement ftppréci('S dès le temps de l'auteur ;
Fîn 1611 , la Vie d'Henri IV , en latin , et deux Abrégés de la môme vie ;
l'n Poème latin sur la ville de Paris , critiqué surrerlains faits , par \. Moroau de Maulour , diins le cinquième volume des Mémoires de Liliérature et d'Histoire ;
En 1615 , les diffèrens lihges anciens et 7»(idernes de la ville d'Orléans, autrement son poème Aurélia, en latin, donné en Frnnçuis Après sa mort , in-S" ;
Le Vofjage de Louis XIU aux Ptjrënées (162i , in-8°) ;
Un Poème latin sur la ville de Chartres , err 1624;
Ahrégé de la vie de Nicolas Bruslart , aussi en lalifi ;
En 1625 et HÏ27 , les Eloges de Louis Servin , de Nicolas de Verdun , prewier président , et de Nicolas de Uacquevilie, dont il n'a pas élé l'éditeur;
La mémcaniiée 1026, une nouvelle t-dilion delà défense de Louts XIII contre un libelle, intitulé : Àdmonitio ad Lud. tredecimum reyem;
En 1627 , son poème de neuf cent cinquante vers sur ChûlLViudun et le Dunois, aussi en latin. Il y a suivi un mémoire que Michel Martin , avocat a Châteaudun , avait communiqué à Bclleforèl en iôii. Il fut fourni à Botteraie par Jacques lîaliboury, autre avucal. neveu de Martin. On accuse UoUeraie d'avoir écrit avec trop de négligence, ou plutôt trop à la hâte , et de n'avoir pas assez travaillé ses ouvrages.
Châteaudun avait dans ces temps un autre poète, qui n'a pas tant travaillé que le précédeul, mais dont les ouvrages . vérilablemetit dignes d'éloges, font regretter qu'il n'ait pus été si curieux d'écrire que Bolicraie. Je [larie de César-Augusliû Costé, d'une famille nombreuse de diiïérens états, connue à Cliditeaudun de temps immémorial. La branche do celui-ci, qui a été lieutenant de l'élection du la même ville, y a exercé les différens offices de magistrature, en y l'oniprenanl celui de bailli. Aucun d'eux, n'a eu autant de talens, de génie et de capacité que César. Il était fort lié avec le poète Ronsard et avecOllion, fils d'Adrien Turnèbe. Il joignit l'adresse du corps aux dons do l'esprit. Il se vantait d'avoir fait la partie du roi Henri lU au jeu de paume, et d'avoir été un des plus experts de son temps aux exercices qui i étaient eu usage , comme les courses de bague , la chasse . etc.
Les talens de César-Augustin Costé, surtout pour la poésie latine, furent sensibles dès son bas-âge. Il profita beaucoup en ce genre sous l'habile professeur Jean Dorât. Ce que j'ai découvert de ses poésies dans cette langue consiste en des vers erotiques sur un bosquet en forme d'Ile , qui est au château de la Touche-Hersant , paroisse de Lanneray;
iiisroiuE
Vers sur une dame du pays enlevée par un gentilhomme avec qui elle passa à Genève , oùell'? accoucha H'uric fille qui rcvinl en France avec un domestique qui t'abusa ;
D'autres sur un tableau de Priape;
Vers sur le portrait de Jacques Ascnt^ne, fameux avocat ;
Sur la Judith de Guillaume-Sailu^le Du Bartas;
A Charles Beausoucles deSigoigrie. que l'on prononce communément Cigogne, gouverneur de Châleaudun et Diinois, qui avait lue N. Tersan , homme débauché et fameux seigneur, qui s'était rendu la terreur du Dnnois- Il fait dans cette petite pièce un jeu de mots sur le nom de la mère de Tersan qui s'appelait Féron , dont la famille avait possédé le château de Cigogne avant la maison de Beausoudes ;
Invocation au Tout-Puissant pour le roi Henri IV prenant le siège de Paris en I r>90 ;
Imprécation contre le duc de Parme;
Sur l'heureuse arrivée d'Henri IV à Tours;
Epigrammc au président Achille de Harlay , sur son retour de Tours à Paris;
Poème sur Chàteaudun et les environs, conlenaut onze rent soFsante-deuï vers, loués par Richelet, Ce joli poème est intitule : Nijmpha vivaria , du château de Viviers et de la Fontaine , qui appartenait au premier président de Harlay, h qui la pièce est dédiée.
A l'égard de ses petites pièces françaises, il y a des vers à Du bartas;
D'autres sur le tombeau de son ami Othon Turnèbe; des stances sur une mascarade; un sonnet sur un ballet comique donné par la reine aui noces du duc de Joyeuse; un autre sonnet sur Tincendie du village d'Iilguilly; des vers sur la bénédiction de la table; acrostiches de la sybillesurle dernier avènement, dédiés au roi; une paraphrase da
I>U COMTÉ \\E JUJNOIS.
pseaume 136, adressée à madame la duchesse de Longueville, comtesse du Dunois.
Le père Lelong a Tait menlion de CésBir i'osté dans sa bibliothèque. Il mérilaît. que R»i]lel l'eiU ronnu , et qu'il en eût parlé dans son jugement des savans.
Il nvait deiu frères : l'un , nommé Oudin , fut prêtre et dojen de Saint-Andrii de Châleaudun ; l'autre , nommé Jacques, fut lieutenant du bailiioge de la même ville, et père et ayeul des deux Costé. b;)illts de Dunois.
César eut un (ils nommé Antoine, qui ne manquait pas non plus de talent. Il a fait un poème sur le gouffre de» Cordeliers, dont le manuscrit doit entoTe fttre dans ce couvent. Il eut au^si un Iils qui le rendit ayéiil Je la raeréchale de Castelnau. Elle avait épousé Pierre de Girard, seigneur de TEspinai vitlgd Sarnle-lladégonde , dont elle eut Marie , femme de Jacques , marquis de Castelniiu , puis maréflial de France.
La paix faite entre Charles IX et la reine Elisabeth d'Angleterre , dès l'an tSGi. dt'pl.iisait aux fanatiques calvinistes (1). I, 'alliance du môme roi avec l'Espagne, par le moyen de la reine s<i sœur lîl du ducd'Albfe , les remplit de frayeur. Us craignaient d'être (raltéS en France comirie ceux de Flandres l'avaient été par les Espagnols. Leur satisfaction fut grande lorsqu'on 15G7 ils virent le prince de Condé se remettre à leur tête. Ils avaient commencé ces seconds troubles en aidant, le 28 ou 29 septembre 1566, à ^e saisir de la personne de leur souverain, lorsque 9a Majesté revenait de Meaux à Paris après les états de Moulins, et ils avaient manqué leur coup.
(1) L'an 1566, les Cordelîen tinrent leur chapitre provincial & Ch4teaudtin. Le père Maurice Hytarct, prédicateur et ud de leurs théologiens, 7 disputa contre un ministre de celte ville nooiDiË Godet , sur fequel le retigicisx remporta une victoire complète, dit rhhttirlen de la rie du p^re Hylarel, mort & Orléans en 1593.
Les deux partis, désunis autant par la politique que par ta religion , reprirent les armes avee autant d'arharnemenl que jamais. François de la Noue, originaire de Bretagne, seigneur de la Rocho-Bcrnard , près Chûleaudun , par Marguerite de Téligny , son épouse , leva ce qu'il put de troupes dans le Duaois et la Iteaucc. C'était un des plus fameux généraux du prince de Condé. Il surprit Orléans dans le mois de septembre 15C7 , et ruitiii l'i-glise cathédrale. Les pays d'alentour devinrent le jouet des armées des deux partis.
Celle que le roi avait Tait former on Bretagne (l), commandée par Sébastien de Luxembourg, colonel-général de l'infanterie, appelé le Chevalier-sans Peur, assit son camp dans le faubourgdeSaint-ValériendeCliâteaudun , le lundi 7 novembre; la ville continuait à être gardée pour le rui.
Le prince de Rotian , qui commandait un parti des Huguenots, sachant la position de celte armée, vint se présentcren ordre de balailleà une des portes de ce faubourg. La vigoureuse sortie que Orent ceux tiu dedans l'obligea de se retirer après avoir laissé plusieurs des siens sur la place. Luxembourg, que l'on nommait aussi le licomlede Martigues, le suivit de près avec son corps d'armée jusqu'à la plaine de Sâint-Uejiis, près Paris.
Ce fut là que se donna la sanglante bataille des troupes réunies des deux partis, le dix novembre. Les catholiques restèrent maîtres du champ de bataille et perdirent leur général, le connétable Anne de Motilniorency . qui était Jtgé de quatre-vingts ans. Le duc de Longueville, Léonor d'Orléans, comte de Dunois, y avait combattu avec sa
(1) Le curé de Saint Médard, Jean Garcls, l'appelle une pui^^aole armée. Il dît qu'elle élail commandée ]iar M. de Manigues, qu'elle <!tait campée dans les faubourg», sur ta paroisse lie SaiiU-Valérieu oii il demeurait pour lors; que le jour de l'aclioii il fui cmpâcbé et ne dit point la ine&se, ei que M. de Boiian fut porusuivî jusqu'à Saint-J)eiiiseD Kraoce.
DU COMTE DE DL'iNOIS.
compagnie au corps de bntnille , sur la gnuche des biiUillons suisses qui étaient nu cciilro. Chnrles IX nomma le duL* d'Anjou génénil de son arnitie après la mort du connétable, elLéonor, du conseil qui fut donné à ce nouveau général.
L'avantage des catholiques à la bataille de Saint-Denis ne fit qu'augmenter la rage des prétendus réformés; ils se montrèrent brigands et frénétiques par religion. Ceux de Châteaudtin et des environs suivirent l'exemple des autres. La garnison fut apparemment en nombre suilisant pour leur en imposer et empocher leurs violences et leurs indignités contre les églises de la ville, car ils allèrent décharger leur fureur dans la campagne. Le mardi 9 rnnrs 15G8, ils brûlèrent l'églisedc Lut2, après l'avoir pillée et profanée; celle de Villemore. à laquelle on a substitué celle de Saint- Cloud ; Tripleville, Goliory et plusieurs antres curent le même sort. G'élnit un nommé Jean Chevallier, de Chôteaudiin , qui était à leur tête lorsqu'ils brûlèrent celle de Goliory , comme l'indique une inscription qui est dans cette église.. Il urn venait que trop d'autres de temps en temps se joindre à eus el les animer. Jean fSarcis, dans son mémoire, dit que le samedi 20 mars de ladite année 1568, il no dit point la messe à cause des troul)les terribles occasionnés par les Iîuf;ueno(s qui étaient dans la ville de Châteaudun , sans détailler ce qu'ils y firent.
Un parti considérable exerça dans le même temps sa fureur contre l'abbaye de Boimeval. Elle lut totalement détruite et réduite en ruines. Les moines s'en sauvèrent cependant, avec ce qui leur restait de reliquaires et ce qu'ils purent emporlor de leurs titres (1).
Ce fut au plui tard , dans ce temps , que celle du Petitji
(() Selon de Tlinu , il y eut dans cet ipmps vingt mille églîse<; cl deux milfe nionaslèrcs ruinés par les HugiieJioU en frattce.
IIISTOIUE
Cîteaux eut le môme sotI, donlclle s'est moins bien relevée que celle de Donneval. F.es murs Irès-élevés de la grande église et cinq arcades souK-nues dfqunlre piliers de chaque côté avec deux ailes , quelques restes des voûtes que les fanatiques crevèrent, les châssis de fer de ses autres croisées, encore subsistantes, sans que rien y ait perdu de son aplomb, y riipfiellent encore le souvenir de la rage de ces furieux mM reformés. Les flammes n'c^pargnèreiil que les murs des vastes bàtfmeiis de cette abbaye, très-célèbre depuis le douîièiue siècle jusqu'au temps où le changement de religion en Angleterre lui enleva les monastères qui formaient ses dépendances dans ce royaume . et les chaiigemens dans l'ordre de Cîleaux lui ôtèrent l'intendance des abbayes qui lui étaient soumises en France. Louis XIV avait permis aux religieux de cette abbnye de vendre une coupe de leurs hauts-bois, pourrélablir l'église et les autres lieux réguliers. La somme considérable que l'on retirs de cette vente lut séquestrée par Claude lilampignon , qui en était abbé commeridataire, et l'intention de ce roi est restée à remplir. Au reste, la masure du vaste et magniflque réfectoire , changée en église, est d'une grandeur bien plus que suffisante pour contenir ceux qui vont prier dans ce désert, si ce n'est le jour de l'assemblée qui se lient devant. Le corps de bâtiment que l'on a Tait dans ce siècle pour les cinq ou si^ reli{,'ieux qui l'habitent, leur procure un logement ilont ils peuvent être sutisfaits, quoique ses beaux dehors annoncent quelque chose de roieus que ce que l'on y voit en dedans (1).
Par la paix conclue à Longjumeau dans les mêmes temps, c'est-à-dire le 23 mars, Charles IX supprima l'édit de Uoussilloii et rétablit celui de janvier 1562, favorable aux Huguenots. Cette paix sauva Chartres assiégé. Le prince de
(1) Od y a travaille depuis que ceci est énrît.
DU COMTIi DE DUNOIS.
Condé s'en éloignn avec son (irmée , qu'il conduisit ô Patay en Dunois. Il Jit juiblier la paix dans celte petite ville (1) , où 6lait aussi le prince Casimir avec ses rentes et la solde des religionnaires. Celte paix leur ôlait la facilité d'agir à force ouverte contre les églises , mais elle ne les empêcha pa-o de le faire en secret. Ils n'avaienl pas trouvé de moyens de se satisfaire contre celles de Cbûteaiidun pendant la guerre. Ce fui donc en cachette que |a nuit du mercredi au jeudi 25 nnars. <Jeut jours après ta signiiture du traité, ils inirerit le feu ii léglise des Cordeliers, cl qu'ils profitèrent du lufuulle et du désordre pour en piller le c^ouventqui , cependant, fut sauvé des flrimines.
Le coujte I.éunor. duc de Longueville. quoique beaufière du duc de Coridè. ne s'écarta point des devoirs de sa religion, ni de ceux dont il était redevable à l'État et au roi. S'il favorisa quelquefois le prince de Condé, ce ne fut qu'autant qu'il crut pouvoir le faire sans rompre ces liens sacrés. Il demanda au duc d'Anjou le corps de son beaufrère après la bataille de Jarnac, gagnée contre ce rebelle le 21 mars 1569, Ce prince, après avoir été dangereusement blessé dans l'aiïaire, fut assassiné de sang-froid par Montesquioii. Léonor fît conduire et inhumer son corps dans l'église du château de Vendôme, malgré la religion qu'il avait professée.
A la balaille de ;V]oncoittour, gagnée le 3 octobre de la même année , il était au corps de balaille avec le duc d'Anjou, qui dégagea et enfonça les escadrons ennemis , secondé du sire de Matignon.
Pendant qu'il combattait pour la véritable religion , la fausse faisait des progrès dans 9on comté de Dunois. Elle
(1) On appela cette pait boileu$e et mal auiu , par allusion â ceux qui ; aiaienl travaillé, savoir : Birou, qui était ^oUeuXi el Henri de Mespie, Migneur de MaUssise.
Wk
IIISTOIHE
perçn jusque dnns les (.-luîtres. (Comment s'en étonner t Charles Gaillard, i*V(}(|iic iliocésnin , s'y était laissé surprendre, ou peu s'en fallait (t).
Madeleine de Varty, abbessc de Sainl-Avit, sœur de Barbe de \'art\ , i^jronse de Léonard de Renli. seigneur de Morli{?ny-le-riiiniielon . eu Dl profession ouverte duns sou monastère. Le scnndale fui choquant . et, par urrôt du Parlement du 28 septembre 15»)0. elle fut déclarée inhabile à posséder son iiblia^e. Le traité de Loti^'jumciiu n'avait guère eu son exécution ; elle trui;:nit l'article de l'édit de Koussillon, dii h aoiH 156^. qui poitait que les religieux ou religieuses qui nuraient quitté le cloître ou su seraient mariés, seraient tenus d'y rentrer ■ ^ous peine des galères pour les hommes et de prison perpétuelle pour les femmes; ainsi elle n'osîi sortir de son couvent. Quoique la galanterie eût eu part à son i-hangement, elle y resta jusqu'à la mort. Ce l'ut Marie deThiville. sœur de Jacques, seigneur de Rnchevert, gouverneur de Châteaudun, qui lut élue à sa place.
Les brigandages de la populace lluguenolte continuaient toujours. François Amiast. vicaire de Sainl-Mamès , avait été la \k'timn de leur fannsliine le 7 août de la môme année, et deux jours après ils massacrèrent à Chûtenay, paroisse de Saint- Jean, frère Orien Chavigny, prêtre cordélier du couvent de Châteauduii , dont on a laissé les nom» comme les plus considérables de ceux qui succombèrent alors sous leurs coups.
La paix de 1570 produisit un peu plus de tranquillité que
(1) Il avait tlé cilé i Rome ea 1563, pour rendre raison de sa foi, ainsi que le fardinal de Colfgn)> , Saiiit-Raniaiii , nrcbevèque d'Aix , Motitlas, évéqiieilc Vatcnce, Carsccioli, évoque deTroyi'S, ctBarbançoD, évèqiie de Pamiera. Ils y eussent èlè (ttlrh, m on n'eût m£Jë dons celte citation Jeanne d'Albret, reine de Nuvarre, pouf laquelle la cour t'iol^ resMi , ce qui Ql retirer la bulle conire lei cités dod comparani.
celle de Longjumenu; mais la cruelle poiiltque de la cour, mise à esécutlon dans bien des etidrotts le jour de Snint- Bcirtliélemy de l'année 1572, fut le triste signal d'une nouvelle guerre civile.
Je n'ai point découvert que les catholiques deCliAleaudun âietit profité de la facilité qui leur élnit donnée de tremper leurs mains dans le sang de leurs frères égarés, quelque mal qu'on se voulût réciproquement. Ce n'est pas qu'ils leur souhaita!i«;entdc longs jours, s'ils pensaient touscomme l'iiiiteurdu mémoire qui mefournit actuellement quelques anecdotes. Ce bon curé, en annonçant dans son mémoire la mort de Jeanne d'Albrel, reÎTie de Navarre , duchesse de Vendôme, au lundi 9 juin 157'i, s'exprime ainsi : « Dieu Il soit loué du sou trépas, et plût à Dieu que tousteuï ou • celles qui ^ont de la sorte fussent morts corame elle, s'ils » ne veulent connaître Dieu et leur hérésie ! »
Outre les hommes d'armes que le Duuois fournit pour l'armée qui ussiégeail la Kochollc (I), les magistrats de l'hôtcl-dc-vjlle de Chdleaudun tirent partir uit grand nombre de travailleurs sous la conduite d'un seigneur Lejay , conseiller eu rùleclion de la môme ville. C'éliiil eu exécution d'ordres de la cour qu'ils avaient r*cus le 18 juin 1573. Leur brave comte avait failli trouver sun tombeau dans les Fossés de lu ville assiégée, sous un tas de blessés, demouransel de morts qui l'accablèrent par leur ehiile des remparts, dans le dernier assaut qui fut donné inutilement à ce l*élion des sectaires. La vigueur de Léonor l'avait tiré de dessous cette espèce d'avalanche. Ce n'avait pas été sans essuyer une grêle de coups auxquels il avait échappé, et cela le 12 jum précédent.
(1) C'étail La Noue, bras-de-rer, <jai wulenoit ce »iége conire le dgc d'Anjou, malgré son iiiclioalion pour la paii, i laquelle 11 ue put faire incliner lc>> Hocheluig.
HlSiOlUË
En revenant de ce siège, la maludie le saisit à Blois. Tous ses sujets Ju Dunuis, ilont il avait gagné l'nltacheinerU, en furent Jans la plus grande consternation. On y fit <ies prières pour son rélabli'ssemcnt, comme pour celui de la paix dans le royaume.
Les habilatts de Châtenuduii ajoutèrent à ces prières g^nérales une procession longue cl pénible. Le dimanche -2 août, toutes les paroisses de la ville s'unirent aux chapitres et aux communautés sur les quiitre heures du tnatiii , pour aUerprotessionriellcmenl jusqu'à Vitliers implorer le secours du ciel, par l'intercession de sainte Christine. Cet acte de religion, qui annonce que Chilleaaduutjtail moins perverti que d'autres villes, fut sans doulc agréable à Dieu , mais il ne jugea pas à propos de le couronner par uu miracle. Léonor, qui n'avait encore que trente-trois ans, alla paraître devant lui , aiirès avoir succombé À une maladie maligne que quelques personnes attribuèrent au poison. Il ùt perdre l'espérance que l'on fondait sur son mérite . spécialement dans l'art de la guerre, où il s'élnil parlicnlièremcnt distingué. Sun corps tut apporté ù Cliâtcauilun et mis dans le caveau de la Sainte-Chapelle. Les larmes furent sincères et prouvèrent combien la ville et lout le pays avaient été bien traités par ce seigneur.
Il y avait dix ans qu'il s'était marié avec la duchesse d'Estouteville, Marie de Bourbon-Vendôme, veuve en premières noces du Jean de Bourbon , comte d'Iînghien, et en secondes , de François de Clèves, duc de Nevers. Elle ne mourut qu'en tGOl , âgée de soixante-cinq ans.
Leur fdsaîné fut nommé Beriri ; le second . François ; il fut comte de Saint-Pol. et, par sa femme, duc de Fronsac. Cette duchesse de Fronsac, qui était Anne deCaumont. avait épousé en premières noces le prince de Carency. Etant devenue veuve en 1585. elle fui enlevée par le duc de
T»tJ COMTÉ 1>E IHINOIS.
Mayenne , qu'elle avait hien reçu à Fronsac, ce qui Qt dire que Mayenne n'ayant pu prendre la Guyenne, avait pris une fcnnme. Le projet du duc de Mayenne n'eut pas lieu ; elle se maria en secondes noces au frère de son premier mari, après la mort duquel elle convola en troisièmes noces avec le comte de Saint-Pol. Celui-ci mourut le 6 octobre IG31. Son corps fut rais dans la Sainte-Chapelle de Dunois, On en avait fait de infime de celui d'un flls qu'il avail eu , et qui portait le nom de Lôotior. Il avait été tué en 1622, au siège de Montpellier. Son cœur avait été porté à Sainte- Croix d'Orlcans. dans la ciiiipelle de marbre qu'Anne de Caumont. sa mère, avait fait construire derrière le chœur. Cette dame mourut elle-même en 1G12.
Il a passé pour constant que c'est à Léonor d'Orléans que les RousseletdeChâteaurenaud ont dû leur fortune et leur illustration. Leur famille, qui a joui de l'office de lieutenant-grnéral du bailli de Dunois , cl d'autres de ce genre à Châleaudun , avait sans doute mérité par ses services la protection des comtes de Dunois. On y o oublié la raison ultérieure qui porta Léonor à faire passer le comté de Ghâ- (eaurenaud à Jacques Itousselet. baptisé à Saint-Pierre de Chàtenudun, le î! octobre 1552, ce qui ne s'accorde pas avec la généalogie des marquis deChMeaurenaud , insérée dans Moréry. Quoiqu'il en soit, on tient encore pour avéré dans cette ville que le maréchal de Cliâleaurenaud, François-Louis Rousselet, ayant passé un jour à Ghâteaudun sans qu'on lui eût rendu les honneurs dus à sa charge, quoiqu'on les eiit rendus quelques jours auparavant au maréchal de Cliamilly , il répartit en riant à l'aubergiste qui faisait ressortir celle différence : o Monsieur mon hôte , » Messieurs de Chûteaudun auraient pu me reconnaître , » car il me semble que je ne leur fais point déshonneur. »
C'est du temps du comte Léonor, duc de Longueville ,
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qu'a vécu Nicolas Chaperon . né à Châteauduti, qui s'esl fait estimer comme peinlre et graveur. Parmi ses ouvrages de peinture, on voit à Paris , dans l'î'glise des Jésuites de la rue Saint-Antoine, une Iriiniîûguratioii ducà son pinceau, qui lui a faitlionneur. Elle est copiée sur celle de Haphaël d'Urbin , que Chaperon avait gravée à Rome , où it avait séjourné quelque temps. Il avait également gravé toutes tes peintures du même Bapliaël , (]ut se font admirer dans les loges du Vatican . ce qui forme une colleclion intéressante.
Ce fui quelques nnois avant la mort de Léonor , que l'on travailla à [a réforme des chanoines réguliers de la Madeleine, dont les mœurs étaient aus>i corrompues que celles de tant d'autres qui scandalisaient l'église dans ces temps, j On pril contre eus les mêmes mesures que l'on avait prises contre l'abbesse Huguenote : ils furent déférés au procureur-général du Parlement. Celui-ci présenta à la cour sa requête, es positive de ce qu'étant averti par des gens de bien de la ville de ChtUeauduu , a que depuis environ 0 vingt-huit ans, en ça , que l'abboje de la Madi'leine du- » dit Chàteauduri était en commande, il y était survenu si » grande difformité et désordre, et les religieux de cette » abbaye, par le laps de temps !:i avant, licenciés en toutes » dissolutions de vie et de mœurs, que pendant que le » divin service se célébrait, ils ne s'y Iroutnient que deux » on trois, cl les autres étaient parmi la ville à se joner et n promener avec chapeaux, capes, manteaux et épées, 1) couchant la plupart du temps hors ladite abbaye; et, I) lorsqu'ils y venaient coucher, n'y arrivaient que sur les B onze heures du soir ou minuit , menaçant le portier de le « battre et frapper s'il ne leur ouvrait, comme de fait li l'auraient plusieurs fois battu et outragé ; et qui plus » était, lorsqu'ils étaient dans ladite abbaye, au lieu d'as-
» sister aa service divin , vnquer à l'étude selon leur règle
fl modasiiquc; teiiaii'ril le jeu puhlitiuernent . recevaii'iil
H toutes personnes de mauvtiisf el scandîileusc vie; et, au
M lieu do prerulre leur réfeclio» ensemble, mangeflienl
s dans [a ville, cl coiiln^ignnieiit reux qui ont soin de la
» nourriture dans leur maison, de Unir envoyer chair, pain
» el vin ; s'ils ne le voulnienl faire, rompaient les serrures
n des {ireniers et des caves, dont (oute personne de honne
a vie se trouvait s<M(idalisée. »
Le Pnrlement eut égard aux justes représentations du prncureur-gonéral sur des faits trop publics. Souvent les novaleurs s'appuynieni, dans leur changement de religion, sur les déréglemens du clergé ; il importait de travailler à leur ôLer re prétexie.
[I inlervlnt un i\rtH du 23 avril de ladite année 1573, qui ordonnait qu'il serait procédé à la rélnrination de t'ah- Ijaye de la Madeleine do Cliâteaudun, tant dans le chef que dans les membres . par frèro Hector, religieux-profès réformé Je la congrégation des chanoines réguliers de Saint- V'ittor, et prieur de Saint-Lazare de Paris, en présence de l'un des conseillers de ta courqiii serait nommé par elle. Ce fut le couse. Mer Philippe Jabin qui Fut chargé de cette commission. Il sa transporta sur les lieux avec le frère Ilertor, le 23 mai siiivarit, et ils procédèrent aux décrets de réformalion.
La cour du Parlement, sur l'appel formé par les chanoines, renditun arrêt contradictoire le 8 juillet de l'année suivante, par lequel, du consentement des parties , elle ordonna que les chanoines réguliers de ladite abbaye pussent retenir les habits qu'ils étaient tenus de porter avant la réformalion, en faisant défense d'en sortir autrement qu'avec l'habit de leur ordre; et eu éfiard au\ offres de l'abbé, elle ordonna qu'à commencer au jour de Saint-
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Martin, les religieux jouiraient, outre les biens à eux adjugés par le partfifçe des métairies de la Pense, de Guibert , de Mor^tie et de la Maison-Sculte . d'une rente sur deux maisons deChâtcaudun, appartenant à Jean Févreet André Dubois, d'uji arpent de vigne appelé la Maison-de-Censif . parce qu'on y recevait autrefois des cens de l'abbaye , et d'nn petit jardin joignant !a porte du Guichet, renfermé depuis dans le ctos de l'abbaye ; et cela aux charges ordinaires seulement , et non aux extraordinaires, cotrnne emprunts et rentes h faire pour le roi.
L'habitude de dérèglement de mœurs était trop invétérée pour que cette réforme eût un snccès parfait. 11 fallut, pour remettre tout dans l'ordre, le zèle et la fermeté de Benri Rault, chanoine de Saint- Victor. Ce religieux ayant été pourvu de l'abbaye de ta Madeleine 'après Jean Tardîveau . y introduisit, Tan 1592, une réforme plus ample que celle qui avait été tentée.
Henri I" d'Orléans était encore enfant lorsqu'il succéda à Léonor , son père , dans le comté de Dunois. le duché de Longneville et la souveraineté de Neufchfltel. Il fut grandchambellan , et, dans la snitc, gouverneur de Picardie. La qualité de prince légitimé de France avait été renouvelée en faveur de sa maison par Charles IX. en 1571.
Henri seconda parfaitement les soins que l'on prit de son éducation, et se montra un digne rejeton du grand comte Jean d'Orléans Dunois. !1 fut très-attaché A Henri ITT parce qu'il était roi. mais il eût rougides'enrAler dans le nombre de ses favoris odieux , qui ont rendu ce monarque méprisable. Actif, autant que tout autre de son rang. pouralTermir les droits de Henri TV, il ne lui épargna pas cependant les plus fortes comme les plus affectueuses remontrances , pour le faire rentrer dans le sein de l'église et le rendre h la religion de ses ancêtres. H fut opposé à la ligue , parce
qu'il l'était naturellement à toat ce qui ne lui paraissait pas frtvorableau bien de l'état, ou qui ne respectait pas l'auloritê royole. Il était nmi de h subordination , sans laquelle les grandes comme les petites communautés ne sauraient être exemples de iroublès.
Les troubles du royaume ne tardèrent guère à recommencer après que Henri III fut monté sur le trône, grâce au méconlentemetit des grands. Le duc d'Alençon leur donna l'exempte de la rébellion dès l'année suivante (I). Alors ceux que la journée de Snint-Barlliélemy avait rendus catholiques par crainte , ne craignirent plus de reprendre les exercices de la religion proteslanlP. Catherine de Bourbon , Sœur du roi de >'nviirre , suivit tel exemple , lorsqu'aprés l'cvosion de ce frère d'auprès de Henri III j !'an 1576 , elle eut permission d'aller le rejoindre à l'arlhenay en Poitou. l>ans sa route , elle séjourna quelques jours à Châleaudun, ce fut là qu'elle reptit les exercices de la religion prétendue réformée , en allant publiquement au proche de cette ville (2).
Il fallait que l'abbaye de Saint-Avit eût été bien maltraitée datis les derniers troubles , car ce fut par cette considération que le roi Henri III l'exempta cette année des subventions qu'il était obligé de tirer généralement de tous
(1) Il fui joindre La Mntie (Brovde-Fer), qui (lail ù la (Ëlc lies CaJviiiislcs dans la SaitUonge, en iblli, el dam le Poilau , en fS7E.
(IJ C'esl peut-Cti-e ce qui a donné occasion i quelques Duriois dé regarder coftiine né dsns leur pays , ou cninmc ministre de Cliàleauduu , Aaloine Kaye ou Latayc , miiiîstre de cpUe princesse; je ti^iii point trouvé de inolirt d\'ri faire lionaeur à ce pays. Il en fl( k Genève où it passa ^ si cVn esl un de filtre \oir se^ Inlens dnus uoe mhuvuise ciuee. Il y joignit ses travaux à ceui de BPie, de Jacquerdot, deGoutart et de Bertrand, pour la corrcclioudek bible d'Olivelon, en 458S. Il fil ouist des coinmcnlalres sur rEccliiaiaMc , et qucl(|ucs livre» du NouTeau-Tettanieul. Il composa sur lu mort de Bèie un discour.i qui a été impi-imé en 1616; H GcnËvc, où Lafuyc mourut le même année.
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ses sujets, il fut sensible au trislo expose que tesreli<îi«uses iui firent passer de l'élaL où la guerre rivile avait réduit leur monastère , que son antiquité a tuujours rendu pkus respectable que ses richesses.
Une ]>!uie de cinq semaines de durée , accompagnée de vents les plus impétueux .qui avait commencé la [)uitdu21 au 22 de janvier, par un orage furieux, causa bien du désastre , et surtout la ruine d'une infinité d'édirices. Le clocher de l'église de Saint-Jean de l^Iliilteaudun en fut si endommagé qu'il s'écroula quelque temps après. Les armes des comtes de JJunois de la maison «t'Orléiins , qui sont à la tour de celui d'à-présent, font présumer que le comte Henri I" s'intéressa à sa reconslruLlion(lJ. Dans cette nuit aSreuse , les Huguenots mirent encore le feu à l'église des Cordeliers de la mt^.me ville, à son chevet ; le grand-aule! en fut brûlé, dit M. Garcis.
Anne de Lorraine, épouse de Henri III, étant venue à Châtenudun le 23 octobre 1567 . on Pit tout ce que l'on put pour lui donner des témoignnges d'amour cl de respect. Le siiigneur de la Roche, le brave La Noiic, en donna une meilleure preuve, en .illant, de la pari d'Henri IIL en Languedoc annoncer la pais , en se jetant entre les catholiques et les religionnaires qui étaient en présence, le traité à la main , au péril de sa vie.
Un tremblement de terre de quelques minutes . qui se fil sentir le ÙO mai 1.^78, vers quatre heures du soir, dans le Hunois, le Chartrain , le Blaisois, cl jusque daiks le Berry, ne causa qu'une légère frayeur et l'ébranlement de quelques maisons.
(1) L'un 1577, le 7 mai, Mariette Bourbon , mÈrc du comle Henri I", obtint un arrél an ParieiiiEnt , qui inltr(Jisa>tuux coii;ub de Cbiirlres toute juridiction iur te Danois , el qui coiuf^rvait aux baiHis de ce conittî les alTaîres consulaire». L'usage contraire a çrivahi ; d'aillcura les consuls de Cliartrejiiont les plus iirocbains juges-marchaud!) de Cliïtcaudun.
Le "i6 janvier l'>T9, on sentit encore une secousse de Iremblcmenl de lerre semblable à la préréck'nte et dans les inCnies p<ijs. il y eul ensuite une maladiu que l'oti nommait coquelufhe-braiiL'htie , parce qu'elle affectait la gorge et le cerveau. Elle fut presque générale dans lout le royaume. Une esiid'cc de peste lui succédii , mais elle causa moins de désiislre dans Châteaudun que dans les autres villes d'alentour, proportion gardée. Les troupes des deux partis en soulTrirent beaucoup.
Je ne sais à quel dessein le roi avait adressé, le ik juin de la même année, des lettres de jjussion aus maire et échevins de GhîHeaudun; d'élire sii babitans de chaque métier de leur ville . pour aller séjourner au moins deux mois dans celle d'Arras. ce qui fut eiécuté (I),
L'année 1581 fut celle de la naissance d'une pieuse fille du Dunois, qui mérite que j'en fasse une mention particulière. Elle H été connue sous le nom de sœur Françoise de la Crois, institutrice des religieuses hospitalières de la charité de Notre-Dame.
Le nom de cette (jlle était Françoise Hauguyn , de la petite ville de falay oùellereçiitle baplémele 11 septembre Son père se nommail Jean Hangnym; il était boucher. Sa mère s'appelait Perrine Houséc.
Françoise Hauguyn vint au monde dans l'endroit oà est actuellement le n'foctoiredu couvent de Patay. C'étoit l'emplacement de la maison de son père qui a servi d'abord à l'établissement de celte maison religieuse.
Ce fut ù Orléans, chez une de ses parentes, qu'elle prit du goût pour des exercices ptouv qui lui attirèrent à son retour bien des mauvais traitemensdela part de ses parens.
(^i) C'est peut-être que la ville d'Arras ne s'élail pas portuitemenl repeuplée (IrpuiB que Louis XI , «près s'en être rendu maître en 1A77, CD avait dispersé tous les bablUas attachés & j'bérilière de Bourgogne.
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Elle était fort petite el d'un tempérammcrit délicat Sa vie pénitente u'augmetila pas ses forces, el. jusiju'à la mère, tout dans la maison s'aigrissait contre elle de ne la voir croître qu'en dévotion.
Marguerite Le Beau, {f'pouse de Claude Mangol , à qui la fermière du prieur6 de Patay fil connaître la Hnugnyn, lorsqu'elle vetiait l'étii à son ctiàleau d'Orgères , la tiia de cet asile de souffrance ch 161'». On la fit connaître à madame Uennequin , fondatrictr du convenldo Louviers. cl elle fui choisie par celle dame pour une des iircmières religieuses de cet élablissemcnl. La pieuse Hauguyn eut part, en 1617, aux règletnens de celte maison" où elle fut supérieure, quoique simple novice; maisscs compagnes n'avaient point encore non pins fait de profession. Une maladie la lira de ce nouveau monastère , t- 1 cile alla à l'ari» pour se rétablir. Les dérèglemens qui survinrent dans le couvent de Louviers lui donnèrenloctiision de remercier Dieu de ce qu'elle avait suivi le conseil de M. Hinselin . correcteur des comtes, qui l'avait dissuadée d'y retourner, et engagée à fixer dans la capitule sa cliarilé pour les pauvres maludes de son sexe.
Ce fui dans cette grande ville qu'en Hi23, elle commença son institution des sœurs hospitalières de la charité de Notre-Dame. Elle en travailla les constitutions, qui furent approuvées par Mgr. l'archevêque de Paris. Louis XII! lui
accorda des letlres-palertles en 1625.
Elle essuya de grandes difficultés pour l'enregistrement de ces lettres. Le procureur-général conclut à ce qu'on prélevât mille livres de rente sur son nouvel hôpital , pour l'envoyer avec ses compagnes, après leur avoir ôlé leur habit de religion , passer le reste de ses jours à Patoy, dans sa maison patrimoniale; à ce qu'on y érigeât une chapelle qui serait desservie par un prêtre auquel on donnerait deui
nu coMTfi i>R imisois.
cents livres; le tout pendiinlla vie seulement de ladite sœur Françoise et de ses compagnes, dont elle ne pouvait plus augmenter le nombre, et à qui on donnerait des habits modestes.
La cour n'eut point égard k ces rigoureuses conclusions contre l'institutrice ; leslellres furent enregistrées en 162G, avec quelques restrictions et modifications que la sœur Françoise fit bider par l'autorité royale, et des lettres de jussion.
Elle avait gagné les bonnes grâces de la reine-mère, iVLirie de Médicis, qui vint dans son ii6piC)il et voulut aider à coucficr les malades le jour que l'archevêque vint bénir la salle. Anne d'Autriche , épouse de Louis XHI , avait tant d'estimt' pour la mûre Françoise, qu'assez souvent elle venait s'entretenir familiùremcnt avec elle.
En eETet , r>ti remarquait dans celle institutrice une foi vive , une pfitience à toute épreuve , une charité sans bornes, un esprit de pauvreté qui lui Taisait mépriser tout pour elle et ne souhaiter que pour les autres. Son génie était capable des ftlus dilïîciles entreprises, sans s'effrayer des contradictions et sans jamais se laisser abattre.
Les oppositions du procureur-général ne servirent qu'à la coniirraer dans le projet qu'elle avait conçu de former, dans le lieu de sa naissance , un couvent de son institut. La providence lui en fournit les moyens dés 16-29; Louis XIII occorduses lettres-patentes pour l'établissement de ce monastère et hôpital de femmes, au mois de février J 631. Louis XIV en a donné d'autres au mois de mai IG?'»^ datées du camp de Dol. Elles sont canfirmalives de cet établissement et portent alTranchissement des biens qui lui appartiennent dans les domaine'* du roi; exemption de francfiefs, amortissemens, etc. Ces lettres furent enregistrées au Parlement de Paris^ le 13 février de Tannée 1675, et
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à la Chambre des Comptes, le 25 juin ilc la mt^me année.
La mère Françoise de la Croix donna pour première prieure au mornistère de Patoy la mère Madeleine des Anges, a l'occasion de laquelle In mère Saint-Laurent donne, dans ses mémoires, un e\emiple de l'esprit »le prophc'tie dont elle croyait que son institutrice était douée. La mère Madeleine des Anges, originiiire de Paris, était allée un jour avec sept de »es amies dans l'hôpital de la Place- Kojale. où elles dirent à la rnére Franvoise qu'elles avaient toutes te dessein d'entrer dans son institut; la mère Friinçoise de la Croix les ayant toutes envisagées, leur dit, en montrant celle qui est devenue première prieure de Potay : a II n'y aura que cette petite qtii sera pour noua. » En effet, il n'y eut qu'elle qui se présenta dans la suite, pour se consacrer au service des pauvres femmes malades.
Outre la maison de Patay et une nouvelle dans Paris, la mère Hau^uyn en avait déjà fondé plusieurs autres dans d'autres villes , au nombre de cinq ou six. Elle avait donné le voile à plus de cent cinquante religieuses. Elle jouissait de la plus haute réputation de vertu ^ Eorsqu'en \Q!i'i, les religieuses libertines de Louviers raccusèrent comme ayant été autrefois participante des premiers désordres de leur maison , quoiqu'on convienne assez généralement qu'ils ne commencèrent que huit à neuf ans après la sortie de la sœur Hauguyn de ce nouveau couvent. Il paraît que ce furent des réponses à quelques lettres des religieuses de Louviers qui , dans l'année précédente, avalent fait part à la mère Hauguyrt (Françoise de la Croix] des malheurs de leur maison, et qui lui demandaient les secours de ses prières , qui portèrent les plus corrompues à attaquer cette mère llauguyn, quoiqu'el le n'ei'it jamais coimu la plus coupable de ses accusatrices , nommée Bavent. Elles avaient trouvé les réponses de la mère Françoise trop dures , et
DU COMTÉ DE DllNOlâ.