CHAPITRE NEUVIÈME
florins de Florence. Il en saisîl le nouvel acquéreur , se réservant la suzeraineté. Le comte de Gruyère aliéna tout cela du consentement de Catherine de la Tour-Cbâtillon , sa femme, de Rodolphe de Gruyère, chevalier, son Gis, de Mermelte de Gruyère, sa flile, veuve d'Henri de Slraeilingen , promettant, de plus, de faire approuver cette vente par ses deux autres fils, Pierre et Jean (frères de Rodolphe de Gruyère). L'acte fut scellé par le comte en ce qui le con* cernait, et par Toificial de Lausanne pour les autres intéressés *.
Le comte de Gruyère avait aussi acheté, au commencement de 1553, du fils de Tavoyer Jean de Boubenberg, la seigneurie de Simmeneck, fief de l'empire. Ulric de Boubenberg la lui avait cédée du consentement de sa femme Catherine de Straetlingen, avec tout ce qui en dépendait , pour la somme de cinq cents florins de Florence '. Pierre IV ne conserva pas longtemps cette seigneurie, car déjà l'année suivante il la vendit à Jean de Weissenbourg, qui aussitôt pria Charles IV, roi des Romains, qui était alors à Schélesiadt, de la lui inféoder conjointement avec son neveu, Tburing de Brandis, fils de sa sœur, et à leurs héritiers. Le roi y consentit '.
JeaQ de Weissenbourg étant mort en 1568, le dernier de sa race, la seigneurie de Simmeneck passa à Tburing de Brandis par ^ mère Catherine, sœur de Jean de Weissenbourg. Le fief impérial étant devenu vacant par la mort de Tburing de Brandis, oncle de Rodolphe d'Arbourg, celui-ci
* Gesckichtforscher, XIII, 179-iaO.
* Ch. du 18 janvier 1353. Inventaire des archives de VObersimmentkal, à Berne, t. I, p. 391.
* Ch. de 1354, dans le Solotkumer Wochenblalt pour 1830, p. 371.
278 HISTOIRE DE LA GRUTiRE.
en demanda rinféodalion à Tempereur Charles IV* , et fl Pobiint par rintermédiaire de Léopold, duc de Slyrie et de Carinthie'. En 1591 il vendit ce Gefh la ville de Berne, au prix de 2000 florins ^.
Quelques années auparavant, Jaques de Duens , fils de feu Jaques de Duens, bourgeois de Friboui^, avait cédé (do consentement de son frère Guillaume, d*Anne de Rarogne, sa femme, et de Pierre de Rarogne, donzel, vidomne de Louèche, père d'Anne) h la ville de Fribourg sa part de la vallée du Simmenthal, dès le bois dit SIegelholz, soit le pays limité parle Vallais et par les seigneuries de Froutiguen et de Gessenay, au prix de 3000 florins pour ses alleux et de 1500 pour le fief. Son frère Guillaume avait ouvert à la même cité les châteaux de Blankenbourg, de Mannenberg et de Laubeck, promettant de ne les aliéner qu'en faveur de Fribourg au prix de 4500 florins, dont 5000 pour les possessions allodiales et 1500 pour le flef. Le florin dont il est ici question valait 15 sous 6 deniers de Lausanne ^.
Si peu florissant que pût être Tétat des finances du comte de Gruyère au milieu du quatorzième siècle, il faut cependant voir, dans les contrats que nous venons de rapporter, des actes politiques plutôt que des aliénations destinées h augmenter les ressources pécuniaires du chef de la Ynaison de Gruyère. Il doit paraître évident que , malgré son adhésion & la confédération de Berne et de Fribourg, en 1352, le comte de Gruyère, suivant fidèlement la politique de son
^ Charles IV avait été coaronné emperear en 1355.
* Ch. de 1375, dans le Soloth. Wochenblati, ibid., p. 378.
* Justinger, p. 231.
* Cb. des 12 et 24 février 1377 et du 6 joiUet 1378, dans le Recueil dipL du canton de Fribourg , IV, 106, 116, 130 et sai vante.
Dnete, Toulatl opposer une barrière k rambîlion de Berne. Il
Gi donc racqtiisiiion des seigneories du Haut-Sîmmenilial.
Mais les dépenses causées par une guerre ruioeuse l'ajanl
obligé d'aliéner ces domaines, il les îoféoda à des bourgeois
Ide la eilé rivale de Berne, se réservant la suzeraïueié
de Laubeek et de Manoenberg, boulevards destinés h cou^
vrir son pays, à le proléger contre un coup de main* te
.coniie de Gruyère prévoyail le cas où les Bernois, leulanl
f une invasion, en tiendraient oécessai rement aux prises avec
lenrs confédérés et leurs constants rivaux, les Fri bourgeois,
qui convoitaient la possession des vallées de la Simmen»
Depuis la cessation de la guerre, dans laquelle le comte de Gruyère avait pris les armes pour Oton d'Everdes, qui en était Tauteur, le même corale, si Ton en croit certaine relation, aurait été entraîné par son beau-j>ère, le sire de la Tour-Cbàtillon, dans une guerre avec Guiebard Tavelli, évéque de Sion. Le prélat, afin d*arrèter le mouvement des barons ligués contre lui, aurait invoqué le secours du saint siège. Une bulle datée d'Avignon, du 7 janvier 1352, et adressée par le pape Clément VI aux arclievéques et évéques de Savoie, leur aurait enjoint de fulminer rexcommunica* tjon contre les coupables. L'anathème aurait Trappe du même coup le comte de Gruyère, Pierre de La Tour, un seigneur de Blonay, deux seigneurs de Rarogne, les Corbières, seigneurs de Bellegarde, le sire de Weissen bourg, le châtelain de Grasbourg, et plusieurs autres'*
C'est par Texpédition du Vallaîs» sur laquelle nous n'a-
Gmhuhîftyrtcher Xîll, 181-! 84.
vons que des renseignements incertains, que le comte de Gruyère, Pierre IV, aurait terminé sa carrière militaire.
Il nous reste à rapporter divers actes civils et administratifs de Pierre IV, depuis la convention de 1347, concernant les habitants du Haut-Simmenthal. Le premier fait & mentionner est une sentence arbitrale, prononcée eo 1348 par Pierre, comte de Gruyère, et Jean de Mulleren *, de Gessenay, entre Aimon de Chatonay (représentant son frère Barthélemi, prieur de Rougemont) et Pierre Thulereo, de Gessenay, au sujet d'une dime. Les arbitres décidèrent que cette dime fournirait chaque année 18 coupes d'orge et 18 coupes d'avoine, que pendant douze années elle serait perçue par Pierre Thuleren, et qu'au bout de ce temps elle appartiendrait au prieuré de Rougemont \
La même année, le comte de Gruyère ayant donné en fief lige une maison h Gruyère, une pose de terre sise en Chanoz, et d'autres fonds, à François de Vuisternens, donzel, pour lui et ses héritiers, le nouveau possesseur déclara qu'il servirait Convenablement le dit fief du comte de Gruyère, et qu'il le reconnaîtrait, selon l'usage, au changement du seigneur et du vassal '.
Pierre IV, héritier des vertus privées de ses ancêtres, fut l'auteur de plusieurs actions qui témoignent d'une grande bienveillance envers ses sujets. Il permit à son vassal Aimon de Villars de disposer librement de ses biens ^.
^ € de Moleria. »
* Ch. du 14 avril 1348. Inventaire du bailliage de Gessenay, à Berne.
* Ch. du 26 juillet 1348.
* Ch. du 4 mai 1348. Geschichtfor$''^^ ^HI, 186.