‹ Histoire du comté de GruyèreChapitre 118 sur 170 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

Pîsy, prévdt de Montjoux, 120 H.; d'avoir reçu des bieos d*Hugoain, (ils de feu Jean (ou Jaques?), bâtard de Blonay, tOO fi.; des biens d'Isabelle , sa suivante \ fille de feu dit Serviofi de Hillens, sod homme lige, 20 fl. Ces dettes devront être payées esactemenl; la débitrice engage h cet elTet ses biens meubles et immeubles, présents et futurs. Elle désire pareil lemeni que réparation soit faite h quiconque aurait été lésé par elle, qu'on restitue tout ce qu'elle aurait pu eiiger de ses vassaux injustement et par ignorance, qu'on fasse droit k toute réclamation fondée, et cela sans bruit, sans procès. — On le voit, la pieuse Marguerite voulait paraître devant son Dieu avec une conscience pure et un cœur intègre. — Elle établit héritière de sa part du château de Joux et de ses dépendances, ainsi que de tout ce qu'elle possède de biens meubles et immeubles dans le diocèse de Besançon, sa fille Jeanne, issue de son mariage avec Flugues de Blonay, sire de Jonx, et mariée à Vautier de Vienne *, seigneur de Mirebel ^ Marguerite lègue de plus îi sa fdle la somme de 2000 (1, d'or, bon poids, qu'elle lui assigne sur son château de Bourjod "^ et ses dépendances, et qui lui »era payée par son fils François, issu de son mariage avec Rodolphe comte de Gruyère. Dans la cas où le dit François de Gruyère ne pourrait [^as acquitter la somme de 2000 fl,, ou qu'il préférât en payer rmtérél, il serait tenu, d'après

' « pedes^ca, » pour pediseqna.

* t VauUrio de Vianna »

• ou Mlrebeaui eo Bourgogne-

^ On voU les ra lues du châleau de BourjCM] dans un Mb sous PaiUji dî&irict d'ËcbaUens. Pierre de Bilfeiis, deuxième mârî Je Marguerlie dn rirmid^out était âeij^nptir de Uourjod

H KM ET DUrtlH I S^

la volonté de sa mère, de payer chaque aoDée, à la St-Martîn d'hiver, 160 fl., jusqu'à racquiltement du capital. Si Jeaaoe venait à mourir sans laisser d'enfant l^itime né de son corps, ou bien si elle avait un ou plusieurs enfants Intimes et que ceux-ci mourussent sans lignée, dans Tau oo l'autre cas on restituerait à François de Gruyère la moitié du legs susdit, soit 1000 fl., ou la moitié do cens annuel de 160 Q., et le possesseur de l'autre moitié (c^est-k-dire Jeanne ou son héritier) pourrait en disposer à son gré. La comtesse Marguerite fait héritier de tous ses autres biens, droits et revenus, son 61s François de Gruyère, k la charge, pour celui-ci , d'acquitter les dettes que sa mère a contractées, et les legs qu'elle a faits dans le diocèse de Lausanne. Pour le cas où son Ois François, encore pupille ou deveno majeur, décéderait sans enfants, sa mère lui substitue son propre frère, Guillaume de Grandson, seigneur de Ste-Groix et d'Aubonne , abstraction faite des biens meubles ou immeubles et des droits qu'elle possède dans le comté de Gruyère, et qu'elle lègue au comte son mari, pour lui et ses héritiers. Si Guillaume de Grandson venait à posséder Pbéritage de François de Gruyère , le nouveau légataire serait tenu de payer à Hugues de Grandson, neveu de la testatrice, la somme de 1000 fl. d'or, ou de lui assurer le cens annuel établi par la coutume du pays, cens qu'il pourrait racheter. Elle veut que son mari le comte de Gruyère ait , pour la vie, l'usufruit des dits héritages, sauf la part de dame Jeanne, sa fille. Enfin, elle espère que chacun sera content de son lot , et désire que ses dernières volontés soient exécutées fidèlement. Marguerite de Grandson, la testatrice, et son mari le comte Rodolphe, ont fait apposer le sceaa de Tofficial

CHAPITIIB DT3C1ÈMEI.

de Lausanne h cet £iete golennel , qui fut passée Palésieiix^ le 22°!^ jour d'avril 1577 \

Après le décès de Margiierile de Grandson « comtease de Gruyère ', sa succession lit uailre un vif débal entre Vautier de Vienne, seigneur de Mirebel, et le comte de Gruyère* Le premier, mari de Jeanne de Blonay, prélendaii que Marguerite de Graodson, mère de Jeanne, étant morte sans laisser d'autres enfauts que Jeanne, issue de son mariage avec Hugues de Blonay, seigneur de Joux^ et François, qu'elle avait eu de son union avec le comte de G ru j ère, la dite Jeanne devait, suivaoi la coutume générale du pays de Vaud, emporter les deux tiers de la succession de sa mère, et il répétait ces deux tiers du comte Rodolphe ei de son fils Francis, comme appartenant de droit à sa Temme. Le comte de Gruyère, au contraire, invoquait en faveur de sou fils François le testament de sa reoiine Marguerite, et revendiquait pour ce fils, encore mineur, toute la succession de sa mèret hormis le legs que celle-ci avait destiné à sa lïlle Jeanne. Eaûn^ le comte de Savoie intervenant, les parties

^ Le lÊitaineiiide Marflaeriie de Oi^ndsoQ , Un parfaitement connu jusqyHei t ierl k éctaïrcir quelques points de rbistoire de la Suisse romande, qui, sans l« coanaîâsance de ce documeni, resteraient obscurs.

* Marguerite de GraDdâon , femme de Bodolpbe tV , vivait encore en 1379. Le 10 août de cette année* eUe passa, avec te comte de Savoie, qui {BoiTaot tioe noie dont nous ne pouvons vérifier Texaciitude) lui aurait da 140 livres de cens annuel {f\, tin contrai qui Lui assurait, pour paiement de celle somme, la dtme de Cb^vanes et autres cboâes, dont eile réserva îe Ûef et h justice en faveur de son mari, le comte de Gruyère. (Inventaire des actes de rHôtel*de-Ville, à Lausanne* et ?îole tirée d'un autre recueil , qui parle dt» la dtme de Dussens. Or celte dtme* Marguerite la possédait déjà en 1377. Voir son testament, ci dessus, p. 336 }

Nous Lrouvonïï aussi citée une lettre de dond* 1370 par la même dame à Henri Nycolin d'Y» de vin de cens annuel hypothéqués sur cer

s'accordèreDt comme il suit : La maison forte de Palésieax, avec ses forêts, droits et justices, appartieodrail intégralement ii François de Gruyère, et la maison forte de Bourjod, avec ses dépendances, ii sa sœur utérine Jeanne , femme de Vautier de Vienne, comme on Ta dit. Tons les autres immeubles faisant partie de la succession de dame Marguerite , seraient partagés par égales portions entre François et Jeanne, de telle sorte que les immeubles les plus voisins de Palésieux appartiendraient à François, et les plus voisins de Bourjod , ii sa sœur Jeanne. Celle-ci ne pourrait aliéner en aucune façon la part qui lui serait échue , et si elle mourait sans laisser d'enfant légitime né de son corps, sa part reviendrait de plein droit à son frère François , h Texception toutefois des deux mille florins que sa mère loi avait légués, et dont elle pourrait disposer k son gré. Cette somme était assignée sur la plaine ^ ou campagne de Bourjod , et si Jeanne aliénait ce terrain , François ou ses héritiers auraient la faculté de le racheter. Le testament de la comtesse Hai^uerite conserverait toute la validité voulue par Pauteur, sauf en ce qui concernait la dérogation faite à certaines dispositions par la présente convention. Celle des parties contractantes qui violerait cet accord serait passible d'une amende de mille marcs d'argent, payable ii la partie lésée. Ce traité, passé à Horges le 19 novembre 1581, fut confirmé par le comte de Savoie, en présence de Tévéque de Lausanne, de Guillaume de Grandson (frère de feu la comtesse Marguerite), de Louis dje Cossonay, d'Humbert de Colombier et d'autres gentilshommes. Ainsi fut ter-

' < terra plana. »

CUÂPtT»e mXIEHB.

minée la querelle entre Vauiier de Vieone ex le comle de Gruyère.

Cependant la maison de Gruyère ne cessait de regreUer les beaux donaaines qu'elle avait dû céder ^ l'église de Laiisaune. Elle gardait un profond ressentiment contre Tévéque qui avait iusiallé sa suzeraineté au cœur de la Gruyère. Elle nourrissaii l'espoir de venger finjure que lui avaii faiie son puissant voisin, et le dé.'^ir de se sousiratre à la vassalité dont elle était tenue envers lui à raison de la Tour de Trème^ du bois de Bolère, du territoire de Conlremesse cl du village de PriDgy, situé au pied de la colline sur laquelle s'élevait le palais-citadelle des comtes de Gruyère, Fréquentes étaienl les coltinions entre le prince séculier et le chef du diocèse. Elles se répétaient ^ Tavénement de chaque romte et de chaque évoque. Une nouvelle contestation s'éleva entre eus en 1577, Le prélat se plaignait que les gens de Lessoc eussent fait paître leurs bestiaux sur les terrains entre la Mariv ue (alba aqua), la Sarine» rilougrin et la Dent de Lys» Il reprochait au comle Rodolphe un acte de désaveu, que celui-ci aurait commis en recevant du comle de Savoie Tin vestiture de la Tour de Trème et en se déclarant son vassal à raison de ce fief. Le dittérend fut porté devant ce prince, Amédée VI en il Te^amen îi une commission composée de trois mem-

8, Humbert de Colombier, bailli de Vaud , Henri de Sivirier, prieur de Romainmotier, et Antoine Champion. En comparaissant devant ces arbitres, le comte de Gruyère déclara, quant aux habitants de I^ssoc, que depuis plus de Ironie ans ceui-ci faisaient paître liuirs bestiaux sur le fonds désigné ci-dessus, aansi qu'on leur etli jamais contesté le droit de fe faire; qu? ' ™**^fti*, at''^* l'en

I Toui ■ fief.

HP

^ Ères

avait poiol demandé TioféodatioD aa comte de Savoie, comme Févéque le prétendait. Après de longsdébats de part et d'aatre, les arbitres prononcèrent h Moudoo, le 16 novembre 1377, une sentence qui pacifia la querelle, en décidant qne les gens de Lessoc n'auraient pas à Tavenir le droit de faire pacager leurs bestiaux sur les terrains contestés, mais qu'ils ne seraient passibles d'aucune amende pour le passé; qoe si révéque pouvait prouver que le comte de Gruyère s'était fait inféoder la Tour de Trème par un autre seigneur, il paierait à Févéque une somme égale à la valeur du dit fief. Le procureur de Tévéque exigea 10000 florins et demanda aussitôt un passement^. Le juge y consentit, en lui remettant le bâton (bacultis)^. Cependant il ne parait pas que révéque ait fourni la preuve de son allégation. Nous verrons bientôt le comte de Gruyère soutenir que la Tour de Trème relevait de la Savoie bien longtemps avant qu'elle fàt devenue un fief de l'église de Lausanne. Au reste, le lien féodal qui obligeait le comte de Gruyère envers l'évéque ne fut dénoué que plus tard.

Grâce à ses nombreuses alliances , la maison de Gruyère avait la chance de recueillir des héritages qui lui permettraient de réparer une partie des pertes qu'elle avait éprçuvées par la guerre, par des aliénations, ou d'une autre manière. Toutefois, il eût été prudent de ne pas trop y compter. Elinode, fille d'Humberl Alamandi, condame de Coppet, qui avait épousé d'abord François de Pontverre, puis Ârcbimand deGrolée, faisant son testament en 1379, institua son hé-

^ Poavoir de passer outre, d'exécaier la seDlence. * Gesehichtforschert t. XIII, p. 222 et suivantes.

CIIAPirRB DIXIEME.

ritière universelle sa sœur Jeanne \ épouse d*Oioti* de Grandsoti, chevalier^ el lui subsUlua, au iléfaui d'enfants tnàles, Rodolphe, fils de Rodolphe comie de Gruyère, el ses fils, pour la moitié de ses biens, Tautre moitié devaoi apparlenir ans filles de Jeanne^. Depuis, Jean de La Tour, chevalier, fils de feu Pierre de La Tour, seigneur de Chàlillûn en Vallais, faisant son teslamenl à Corbiëres, le 22 mars 1381, y nommail légataire universel son frère Anloine de La Tour, èl k son défaul, Jeannette, fille d'Auloiïie, avec droit de substitution en faveur Je Rodolphe de MontsalvenSf (ils aîné du conjle de GruJè^e^

C*e$l à peu près de celle épmjue que dalenl tes droits de la maison de Gruvèra k la seigneurie d'Oron. François d'Oron, chevalier, fils de feu Rodolphe seigneur d'Oron et d'Attalens, chevalier, nomma héritier par lestameot de tous ses droils et de lous ses biens Rodolphe, comte de Gruyère. A la mort du çomle, sou his François de Gruyère, filleul de François d'Oron, testateur, ei ses héritiers légiiiroes, nés de son corps, lui succéderaient dans la possession de ta maison 00 du château d'Oron, de tous ses droils Justices (haute, moyenne el basse) et dépendances, dès le monl de Vevey et le bois du Jorai en haul, et Rodolphe de Gruyère, fils aîné du comte de Gruyère et ses héritiers légitimes possé^ deraieot Fautre partie de la seigneurie^d'Oroo, dès le mont de Vevey et le bois do Jorat en bas. Si Tun des deui frères

^ ou Jeanneue. ^

* ^uflsi dit Otonln.

* Pour le cas où les personnei désignées nnDurraienl lans progéuiiure It'gïUme, la tesiaince leur suhstitunil Marie, ûWe du comte de Gruyère el sœur de Rodolphe de Monlsalveos» et ii cdle-cJ, Amblard. |jl$ du seigoeur

^d© BoBinom, et sesinifanUi ièpiMM* «i \m^ . , , . i

* Manutcnî Bourfiuenoud.

mourail sans laisser d'enfanl légitime, le survivant et, après lui, ses enfants hériteraient de la part du défunt. Pour le cas où les deux frères décéderaient sans lignée, le testateur appelait à sa succession Aimon de Prez, donzel, et ses enfants mâles, nés légitimement de son corps^ et au défaut d* Aimon de Prez, l'évéque de Lausanne et ses successeurs, pour une part, et le chapitre de la cathédrale pour Tautre part; c'est- Ji-dire que Tévéque hériterait du château d'Oron et de ses dépendances , dès le mont de Vevey et le bois du Jorat eo haut, soit de la part destinée à François de Gruyère, et que le chapitre hériterait de Pautre moitié, dès le mont de Vevey et le bois du Jorat en bas, soit de Ip part destinée k Rodolphe de Gruyère. Le testateur choisit sa sépulture dans relise des Frères mineurs de Lausanne, dans le chœur, devant le grand autel, auprès de Marie de Gruyère, sa femme ^. Le comte de Gruyère et son fils Rodolphe, l'un beau-père, l'autre beau-frère du testateur, revêtirent de leur approbation Tacte de ce dernier, auquel fut apposé le sceau de rofficial de la cour de Lausanne'.

Avant de rappeler les événements qui à cette époque afnigèrent une partie du Vallais, et qui fournirent au comte de Gruyère et h son fils aine l'occasion de jouer dans ce pays un rôle assez considérable, suivons un moment ce jeune seigneur en pays étranger.

Rodolphe de Gruyère, héritier présomptif de Rodolphe IV,

^ Noas inférons de Ik que Marie de Gruyère était déjà morte lonqae son mari fit son testament, et que par conséquent eUe n'a pas pu se remarier depuis la mort de François d'Oron , son mari (1388), avec Jean III d'Arberg-Valengin, comme on Ta dit.

' Le testament de François d'Oron est du 16 avril 1383. n renferme plusieurs autres dispositions, qui ne trouvaient pas leur place id.

CMAPttnE DIXIÈaiE.

avâil fait une parlie de soï) éducation à la brillafite cour d^Amédée VI, où, hérilier de Tespril chevaleresque qui dislinguait sa race, il avait senii se développer son goût pour le mélier des armes. Rentré dans son pays, il y passa quelques années^; mais la Gruyère oITrait h Tambiiion de ce jeune SDigneur tio théâtre trop élroili Rodolphe, h ]*exemple de son onde Jean de Gruyère el d^autres gentilshommes romans, s'enrôla sous ta bannière du roi d'Anglelerre , et suivit les fits d^Albion dans leurs expéditions contre la France, II fut du nombre des cavaliers qui de Calais firenl des incursions dans la Picardie ei l*Artois. 11 se signala par quelque action d'éclai am combats d'Ardres el de Saint- Oiner, de telle sorte que le chef anglais voulut le faire chevalier, honneur que le jeune guerrier refusa. Il en fil de même en 1580, lorsqu'il combatiaii dans les rangs de Tarmée anglaise commandée par le comte de Buckingham, A Troyes, ce général appela tous ceux qui voulaient et devaient être nouveaux chevaliers* « Adonc (dit Froissa rt) fut f » appelé du comte de Bouquinghen (Ruekingham) un moult j » gentil écuyer de la comté de Savoie, qui autrefois avoit L^> été requis de prendre Tordre de clievalerie devant Ardre ^Pt et devant Saînt-Omer, et tout sur ce voyage, el s'appeloii f * Raoul de Gruyères, fils au comte de Gruyères; el lui dit 9 te comte de Bouquinghen (Buckingham) ainsi : « Raoul, » nous arons (aurons) huy^ s'il plail h Dieu et à Saint* L B George, convenant (rencontre) d'armes; si vueii (je veus) Wiquê vous soyez chevalier.» L'éeuyer s'excusa ainsi que f n autrefois excusé s^éloit, et diï : « Monseigneur, Dieu vous i puist (puisse) rendre et mérer (payer) le bien el honneur

UotloLphH tt' Jt'unf esl à Gruy^

> que vous me voulez faire, mais je ne serai ja chevalier » si mon naturel seigneur le comle de Savoie ne le nne fait

> en bataille de chrétiens contre sarrazins. » On ne Teia- » mina plus avant*; et ainsi fut-il déporté (retardé) it être

> chevalier. >

Cependant Tinfluence du comte de Savoie, Âmédée VI, Pun des plus illustres souverains de son siècle, avait maintenu, dans le Vallais, le comte-évéque Edouard de Savoie, dont rintrusion avait vivement énoTu les habitants du Haut- Vallais, qui voyaient dans ce prélat un des instruments dont se servait la maison de Savoie pour faire la conquête de leur pays, comme elle avait fait celle du Bas-Yallais et du vieux Chablais. Mais h peine le comte Verd fut-il mort \ que les hommes du Haut-Vallais prirent les armes, chassèrent révéque Edouard, firent flotter sur les châteaux de Majorie, de Tourbillon et de Ste- Valérie de Sion , la bannière des Visconti, seigneurs de Milan, contre lesquels le comte Verd s'était ligué (en 1372) avec le pape Grégoire XI, Tempereur Charles IV, et d'autres princes. Ils s'avancèrent en vainqueurs dans le Bas- Vallais, et envahirent le Chablais. Tan-

' Le reste de cet alinéa n'est pas dans les éditions antérieures à celle de Bttchon , non plus que le passage qu*on va lire et qui fait immédiatement suite au mot chevalier. « Et puis Tannée après il le fat en Prusse; et » eurent adonc les chrétiens rése (levée). Ce fut quand le sire de Mastaing » et JeanDobies et les autres de Hainauty demeurèrent. » (Chron. de Froissart, publiée par M. Buchon; t. Vil, p. 343 et suivante.) Nous ne savons de quelle expédition le chroniqueur veut parler. Ce qu'il y a de certain, c'est que Rodolphe de Gruyère, seigneur de Montsalvens. ue porte le titre de chevalier, dans les actes publics à nous connus, que depuis Tin 1893. 11 est probable qu'il reçut l'accolade lors de l'expédition du Vallais entreprise par le comle Rouge, Amédée VII.

' Amédée VI mourut de la peste près de San-Stefano, dans la Fouille le S mars 1383.

cfUPiTaË DixièaiË,

dis que Jean de Verney , maréchal de Savoie , le sire de Ponlverre et le baron de La Tour, s'opposam aui progrès des Vallaisans^ repoussèrenl ceus-ci el prirenl quelques places, Amédée VIK le comie Ronge ^ avide de gloire, envoya des messages au s seigneurs de la Ilaule-Bourgogue (Franche^ConUé), du pays de Vaud, du Dauphîné et du Piémont, qu'il savait être les plus vaillanis et tes plus dé* voués à ses iméréls. En même temps Ilumberl de Colombier, seigneur de Vuillerens, bailli de Vaud, ménagea une conférence k Moral (le 4 avril 1584), où fut i^nouvelée raltiance perpétuelle qu'Amédée VI avait conclue, en 1364, et répétée eu 1 573, avec Berne, On y régla ce qui concer- Dâii les secours que les évéques de Lausanne, de Genève el de Slon fourniraient au comte de Savoie. Parmi les grands seigneurs féodaux qui, avec la cité de Berne, envoyèrent leurs hommes d'armes pour soumettre le Vallais, on re^ marqua le comte de Gruyère* \assal du comte de Savoie, et d'ailleurs apparenté à ce prince par sa première femme, Marguerite Alamandi ou d'Aubonne* petite-fille de Jeanne I de Savoie, dame de Ces. Les Fribourgeois, avec qui le comte de Gruyère avait fait, dans rauLomne de 1379, un traité de combourgeoisie , prirent également part ^ Texpédiiion dirigée contre tes Vallaisans\ Après avoir fait les pré* paratifs pour Tassaut de Sion, au moment décisif, un ancien chevalier, Guillaume de Grandson, fil chevalier le comte

^H^ ^ Cela résulte du tratté dn it navembre 139^2, el de l>cte par lequel

^^îbourg dispensa lacommuoe cîe Sl-Kiienne, iï^n% le Haut-Simmenthal, " de prendre pari h reipèdilion dont il s'agil ■ dispense doni b dlle commune témoigna sa reconnaïssante h son suzerain (t'Kiai de Frîbourg} par nn don de quatre cattU florins. Ch. du 10 jum 1385, munie du ^eau du comU^ de Gruyère, dans le Heeutit dtp t. du tanlon de Fribourg, tV, IfiO.

548 UISTOIRB DE LA GRUYÈRB.

Amédée VII, qui à soo tour donna Taccolade au prince Âmédée de Morée, el après lui h Louis de Savoie, au comte Henri de Montbelliard, el (dit la chronique) Ik plus de cent quarante autres * , parmi lesquels se trouvait apparemment Rodolphe, Gis du comte de Gruyère. Rodolphe avait franchi le Sanetsch avec son jpère , pour envahir le Haut-Vallais de ce côté.

On sait que le comte de Savoie, grâce au concours de nombreux alliés, triompha de la courageuse résistance des Vallaisans. Sion dut se rendre; les châteaux de Majorie et de Tourbillon furent également pris de force. Les vaincus consentirent au rétablissement de l'évéque qu'ils avaient expulsé*. Trop pauvres pour payer les frais de la guerre, ils promirent d'engager au comte de Savoie les châteaux de Soie, de Majorie et de Tourbillon. Pour preuve de leur sincérité ils durent remettre des otages. Ceux-ci furent confiés par Âmédée VII à la garde et protection du comte de Gruyère, ou plutôt de son flis Rodolphe de Gruyère, seigneur de Montsalvens et de Vaugrenant, qui fut bailli du Vallais' et gouverneur des châteaux de Sion. Les otages dont il s'agit étaient au nombre de cinq; parmi eux, Rodolphe de Rarogne. Rodolphe de Gruyère les garda et les nourrit à ses frais (qui devaient lui être remboursés par le comie de Savoie) depuis le 18 octobre 1587 jusqu'au 20 juin 1388.

* Chron. de Savoie, publiée par M. le professeur GauUieur dans les Mémoires de la Société suisse d'Histoire (Archiv fur schioeiz. GeschicKteJ, t. X, p. 169et suiv.

' £d 1385 (26 sept.) Guillaume (de Rarogne) était évêque et comte dv Vallais, et en 1386 (3 novemb.) le siège épiscopal de Sion éuit vacant.

* Rodolphe de Gruyère est bailli du Vallais dans une charte du 16 petobre 1387.

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