CHAPITRE DJXIÈHE
Snivant sa décl^raiion il garda, de plus, eepl autres olages poîidaiK le mêtue temps.
Le comlB de Savoie, engagé dans des démêlés avec Théodore, marquis de Montrerral, elavec Frédéric, marquis de Saluées, remil au comte de Gruyère le^soîu d*achever la soumission du Vallais, dont quelques communes, à ce qu'il paraîtrait, avaient repris les aru^es après être revenues de leur frayeur* Le eomie Rodolphe traversa les vallées de la Haute- Gruyère, franchit le pas du Sauetsdi, descendit dans le Vallais, prit k lui les troupes que le comte de Savoie avait laissées dans le pays, et alla camper devant Viége, avec le dessein de pénétrer dans les hautes vallées. Dans la nuit, tout à coup le feu éclata dans les granges occupées par les soldats savoisiens. Profilant du irouble et de la conTusion causés par rinccndie, Pierre de Rarogne vint fondre sur les étrangers. Si l'on en croit la iradiiion, quatre mille Savoîsiens auraient péri par les flammes ou par le fer. Le comte de Gruyère aurait échappéau désastre grâce k l'intrépide dé-
E vouement de quatre cents hommes du Gesseuay et de Châ- |eau-d'CEi, qui, défendant le pont do Rhône avec autant d*habileté que de courage, auraient favorisé sa retraite*. ^ ExLfâit 6e b ctiromque Tn^nascrUë de CUrcUeD Moscbîg , de Gessenay , appartenant k un de ses cîescendaQLs , M^ Tancien prétei Môâcblg^ «lui â bien voulu nous la communiquer dan^ £â demeure champêtre, în derEhnù Selon Mii^hig , tes 400 Ivraves qui sauvèrent le comte de Gruyère , auraient touâ été du Gessetiay. Il ei»t peu protmble que ae petit pa^fs eùl pu fouroir alors autant de soldais, ^ous pensons qu'U s'agit des hommes d'armes de loute la haute Gruyère. Du peste, il nlmpoptêi Le même chroniqueur « et ceux qui roat copié, placent rexpédition dont il s'agit au moîâ de novembre {WiHîtrmomt] de l'an 1384 ; d'autres , entre le 20 et le 23 décembre V6BS Nous pensons qu'à celte époque le Sauetsch devait être infranchissable. Nous avons la preuve que dans les mois d'août, de novembre et de dé4;emt>re 1388, te comte de Grajêre et son tils Ro-
Quoi qae Ton pense de rautheoUcité de ces détails, il est certain que le peuple vallaisan , un moment abattu, affaissé, se releva; que les Savoisiens, leurs alliés et leurs vassaux furent surpris, repoussés, et obligés de quitter le pays qu'ils avaient envahi, et sur lequel ils avaient fait peser le joug de la tyrannie. Sion, qu'ils avaient brûlé, fut rebâti. Le comteévéque, qui avait élé imposé aux Yallaisans, se retira à son tour. L'évêque de Belley, archevêque de Tarantaise, étant mort, le pape Clément VII éleva à cette double dignité Edouard de Savoie, et il promut à Tévéché de Sion Hombert de Billens, neveu du comte de Gruyère , qui , désagréable aux Vallaisans, fut maintenu par son oncle.
Amédée VU étant mort, à Ripaille, le i®'' novembre 1591, et son fils Amédée VIII, dit le Pacifique, lui ayant succédé , à Page de huit ans, sous la tutelle de son aïeule Bonne de Bourbon ', comtesse de Savoie, assistée d'un conseil de régence, cette princesse accorda sa confiance au comte de Gruyère. Celui-ci , investi du titre de gouverneur et de gardien des châteaux de Soie , de Tourbillon et de la Majorie de Sion ' , promit de défendre et de prot^er ces
dolphe étaienl dans leur pays. Au reste . Texpédition que nous Tenons de raconter est sûrement postérieure à l'événement de 138*7. Le chroniquear de Gessenay , en rapportant la tradition , pent avoir commis des erreurs de détail. C'est ainsi qu'il donne au prince sa voisien le titre de doc. au lieu du titre de comte. On sait d'ailleurs que les diverses expéditions du Vallais ont été confondues par les chroniqueurs. Voyez les Mém. de la Société suisse d'Histoire [Àrchiv fur schweix. Gesch), t, X, p. 153.
^ Bonne de Bourbon, fille de Pierre I«r duc de Bourbon, sœur de Jeanne qui épousa le dauphin Charles, depuis roi de France sous le nom de Charles V, le Sage, et femme d'Amédée VI, mère d'Amédée VII, et aîeole d' Amédée VIII.
' « Hector et custos castrorum Sete, Turbillonis et Maiorie Seduni. »
ofAprrni dixième.
forteresses, k ses frais, au aom ei à Taîde de la régente et du comte de Savoie, jusqu'au 9 février 1392, aux conditions marquées dans une lettre émanée de la princesse et datée de NyoQ du l*"" décembre 159 L Le comte de Gruyère lut Ijdèle à sa parole. Cependant les partis, fatigues d'un état de guerre qui épuisait leurs ressources et leurs forces, sûii' geaient h pacilier leur querelle. Mais le traité de paix auquel on travailla pour terraiper les discordes qui existaient entre la comtesse-régente et le comte de Savoie, d'une part, et les communautés du Va Hais, de Tautre, ne pouvait se conclure si roQ ne restituait d'abord k celles-ci les châteaux dont te comte de Gruyère avait la garde, et les otages qui lui avaient été remis. Ces otages, au nombre de douze, comme on i*a dit, furent remis, par Rodolphe de Grujère, eu son propre nom et au nom du comte son [)ère, k savoir, les cinq premiers à Jean de Blonay, bailli du Chablats, les sept autres, avec les châteaux de Tourbillon de Ma* jorie et de Monlorge, aux chevaliers Ebal de Challant, seigneur de Montjoveiou Monljou, Pierre Bavojrie, seigneur deDomessyn, Amé de Challant, et Egide, doyen deSeysseJ, conseillers de la comtesse.
La pacification entre la comtesse-régente et les Vallaisans fut conclue sur la Qn de 1592. Les paysans des paroisses vallaisanes, réunis au son des cloches, élirent dans leur as^ semblée des hommes de bon renom pour terminer leur différend, entre autres Pierre de Rarogne, seigneur d'Anniviers, Guillaume et Guichard, ses frères. Les députés des communes s'accordèrent avec la comtesse de Savoie. Le comic de Gruyère, Humberl de Billens^ évéiquede Sion, le seigneur de La Tour, les communautés de Bertie et de Fri-
bourg, avec leurs alliés, furent également compris daos celte paix générale. Les Vallaisans s'engagèrent h payer k Boone de Bourbon, agissant pour son petit-fils, ou à son messager, daos la ville de Sion, la somme de vingt-cinq mille florins d*or. Les châteaux de Tourbillon, de Majorie et de Monlorge furent rendus h Tévéque, etc. Ce traité, fait h Sion le 24 novembre 1392^ scellé des sceaux des communes intéressées, mit fin à la guerre désastreuse que le Vallais avait dû soutenir et qu'il avait bravement soutenue contre la puissante maison de Savoie.
Môschig dit dans sa chronique, et Kohii répète après lui, que les habitants du Gessenay furent exclus de la paix qui fit cesser la guerre entre le Vallais , la Savoie et le comte de Gruyère; que telle fut la récompense des bons services que ces braves gens avaient rendus spontanément et gratuitement au comte de Gruyère; que les hostilités entre le Gessenay et le Vallais continuèrent au grand dommage des deux pays; que les hommes du Gessenay s'avancèrent même jusqu'^ Sierre, ravageant la contrée; qu'enfin, grâce à la médiation du Haut-Simmenthal , la veille de St-Jaques (24 juillet) 1595, les deux peuples firent un traité particulier, dont voici les principaux articles:
1^ Les habitants du Gessenay et ceux du Vallais ne se feront plus de mal au delà ou en deçà de la montagne (du Sanetsch) ;
2<> Si les hommes de Tuu des deux pays sont obligés de suivre leur seigneur à la guerre dans Tautre pays, ils dénonceront la paix quinze jours d'avance ;
* Voy. FuiTer, Urkunden, p. 163-165.
OUJ*!TEI£ DlIlÈBfE,
3^ Nul habitant de Tune des deui contrées ne pourra poursuivre un habitant de l'aulre pour délie ailleurs qu'au for personnel du débiteur;
4^ Si UD bonime du Gessenay, dans un moment de m^ 1ère, lue uo Iiomme du Vallais, ou réciproquement, un tel homicide non prémédité ne rompra point la paiï exista nie entre les deux peuples ;
5^ Tout mal Tai leur qui aura nui à run des deuï pays sera expulsé de rautre, s'il y cherche un refuge.
Le lundi après la SL-Barthélemi (le 25 août) 1393, le comte de Gruyère aurait scellé, suivant Môschig, pour la commune de Gessenay, le dit traité de paix^ après y avoir ajouté que ce contrat ne pourrait être annulé par une guerre du Bas*VaI1ais. C'était, dit Kobli, réserver les droits du comte de Savoie sur cette contrée.
Quoiqu'il en soit, quand la Savoie eut conclu la paix avec le Val tais elle dut encore régler avec le comte de Gruyère ou avec son fils Rodolphe. Dans un acte passé avec eui, il fut déclaré rormellemenl que les châteauit et les otages ayant été remis, au nom de la comtesse^^régente et du comte de Savoie, aux communautés du Vallais, par Rodolphe de Gruyère, en son nom et au nom de son |>ère, et que ces deux seigneurs ayant tenu les dits châteaux de la part du comte de Savoie, ils ne les répéieraient jamais. Le comte de Gruyère et son fifs disaient avoir payé, pour la nourriture quotidienne des otages dont nous avons parlé, !8 deniers* et plus par tête; mais les commissaires de la R^ente leur ayant fait entrevoir les services que cette princesse pourrait leur rendre, ils s'accordèrenl avec
* ■ denaHûs morise^s» » deniers de Si- Maurice ?
ceux-ci à 14 deniers par jour. Les frais d'eDtrcUeo des otages et de la garde des châteaux s^élevaient a la somme d'etiviron deux mille vieux florios d'or\ bon poids, le florio valanl 14 sous de Lausanne. Cette somme était payable dès le règlement de compte jusqu*^ la prochaine fête de Pentecôte 1592.
Mais la dette contractée par la maison de Savoie envers la maison de Gruyère était plus considérable. Les sommes dues à Rodolphe, seigneur de Montsalvens et de Vaagrenant, formaient en 1593 un total de huit mille florins d*or V petit poids. La reconnaissance de cette dette, faite au château de Valérie de Sion, par les commissaires savoisiens, le 19 février 1592 (Indiction 15), fut ratifiée par la comtesse de Savoie, â Chambéry, le 7 mars de la marne année.
Cette somme devait servir, avec d*autres deniers, à faire Tacquisition des seigneuries d'Aubonne et de Coppet. Rodolphe de Gruyère tenait â s'établir dans le diocèse de Genève, sur les bords du Léman. Prétendant, de Taveu de son père, h la succession de Guillaume Alamandi, seigneur de Valbonais, Rodolphe avait passé, devant notaire et en présence de témoins, le 7 juin 1584 (Indiction 7), dans la salle du château d'Oron, un acte par lequel il donnait ^ quatre hommes notables, dont deux du diocèse de Genève et deux do diocèse de Lausanne, le pouvoir d'agir en son nom pour obtenir la restitution des biens de Guillaume Alamandi , en particulier de la seigneurie d'Aubonne; biens qui, disait-il, devaient lui échoir comme héritier légitime survivant. Il
' Voyez la note suiTante.
' En deux obligations, Tune de 6082 fl. 9 Vt deniers dos pour la garde des châteaux du Vallais, l'autre de 1917 fl. 2 Vf deo. dus pour Tentretien des otages.