‹ Histoire du comté de GruyèreChapitre 131 sur 170 · CHAPITRE ONZIÈHB · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈHB

nombre de clieuts, d'hommes d^armes el d'arbalétriers, j*our faire la garde des barrières. Au jour marqué, les deux champions se préseulèrenl eu la place des Lices à Bourg, à cheval, armés de louies pièces, el tît, en préseoce du comte de Savoie, de sod conseil et des principaux seigneurs, ses vassau^ï, parmi lesquels était le sire de Gruyère, ils combauirem à la lance. Le sort de ce déplorable duel fut fatal à Grandson. Cet illustre chevalier reçut de son adversaire une blessure si grave qu'il expira sur le champ h ses pieds *•

Telle fut Tissiie de la querelle entre Gérard d'Estavajé et Otou de Grandsou, qui divisa la noblesse de Savoie et celle de Vaud en deux camps, et émut proroudément tout le pays roman.

Otou de Graadson, qui fut lue dans le combat judiciaire du 7 août 1397, était apparenté à la famille de Crujèrc» Ëpoux de Jeanne Alamandi, sœur cadette de Marguerite qui fut la première femme de Rodolphe, comte de Gruyère, et neveu de Marguerite de Grandson *, qui fut la seconde

' Guictienoii, Hitt. de la maiton de Savoie, PreaTeSi p> 249^48, Bùeummu relatifs à V histoire du pa^s de Vaud ( publiés par te t^aron de Grenus], p. 3S-35. Les dates du 15 novembre 1397 et de Juin 1398, données dans ces deui ouvrages, sont nécessairement erronées, car un btémolre putilié par M. le marquU de Costa, en 1842 , conttenl la preuve aulbeniiqtieque le duel judldaire a eu tleu le 1 aotïi 1391, Une note qui nous a été Gommuniquée par M. P. de Qingms montre que Gulllsiume de Grandson, [ils d'Oton , lesta le 5 mars l$9è (tiouv. style), en faveur de «a mère, Jusiioger, p, îiT>, parte en peu de mois de ce Tanieui duel comme d'un évéoemeulqui aurai l eu Ueu vers Tan HDG.

* BAarguenlede Grandsûn« qui épousa en tFoisièmes noces Rodolphe IV, coMie de Grujére , était Tooe des sœurs d^Ûton ^ seigneur de Grandson (père de Hugues), el de Guillaume, seigneur de Sainte-Croii eid'Aubonne, père d'Otott qui fui lue par Girard d'KsIava^é lHlle élaît donc taulp de Kugues el d'Oion, son cuusin

femme du dit comte, Otoo de GrandsoD était ^ la fois beaufrère et neveu du comte de Gruyère, et oncle de Rodolphe de Gruyère, seigneur de Montsalvens, qui acheta la seigneurie d*Aubonne en 1593. Le sire de Gruyère vit expirer dans la lice de Bourg un noble chevalier, son parent, dont il avait déjb partagé la dépouille. Au reste , il acquit k prix d*argent la part qui lui fut cédée, et \k la possession de laquelle il avait déjSi prétendu par le chef de sa mère.

Il existait entre la maison de Savoie et celle de Gruyère non-seulement des rapports de vassalité , mais des relations intimes, dont les services et le dévouement des seigneurs de Gruyère avaient resserré les liens. Rodolphe de Hontsalvens fut chaîné d'une mission importante par son suzerain , k l'occasion des démêlés de ce prince avec un de ses voisins. Il y avait nouvelle guerre, en 1596, entre le marquis de Montferrat et Amédée VIII, comte de Savoie, au sujet de leurs limites respectives S Le duc de Milan, choisi pour arbitre Tannée suivante, ne vint k bout d'établir entre les parties qu'une trêve, qui fut prolongée k diverses fois *. Rodolphe de Gruyère, chevalier, fut employé dans les négociations qui eurent lieu entre les parties belligérantes. Il siégeait apparemment dans les conseils du comte de Savoie, k Chambéry, lorsque ce prince transmit de sa résidence k Pierre Andreveti , trésorier général de Savoie , Tordre de |)Ourvoir aux dépenses de son féal cousin et conseiller Ro-

^ Théodore II, marqais de Mootferrat, avait eu, eDl3S5, it6C le oonte de Savoie, Amédée VU, uoe guerre qui, après avoir duré dnq mois, avail ététenniDée par la médiation de Jeao Galéas, seigneur de MIUq. TirldU vérifier les dates, t. XUI, p. 237.

• /Wd.

CUiPITRB ONZIÈMB.

dolphe de Gruyère^ seigneur de Vaugreûaal, (]U*il avait Dommé son ambassadeur auprès de ses illustres |>ëre et ODcle maleroel \ le duc de Milan el le marquis de MoQlfer^ rat , et chargé de régler avec eui ce qui conceruaît le lerriioire ou le& lîmites du comte de Savoie, celles dti marquis de MoDlferral et celles du duc de Milau. La somme allouée k cet ambassadeur était de 8 norias, petit poids, par jour durant son séjour en Moutferrât, et de 8 ducats pendant soo séjour dans le Milanais \

Les seigneurs de Grujère^ qui avaient si souvent recours à des ventes et à des emprunts pour se tirer d'embarras, ne laissaient pas de se porter garants pour d*autres seigneurs, et même pour leur suzerain. On conserve un acte du 11 octobre 1597, par lequel te comte Rodolphe déclare que les Fribourgeois font souvent averti de se rendre en otage dans leur ville, comme caution du comte de Savoie envers eux de la somme de 4050 florins d'or, dus h cerlains pan icu tiers de Bâle; que s'ils lui ont accordé un délai pour le paiement du capital et des iniéréts jusqu'au 6 janvier suivant, il n'entend point que cette prokingatton puisse leur être nuisible, et qu'il promet de remplir les conditions du cautionnement, si on ne les paie pas *.

Un antre acte» de 1 599, enseigne que le comte de Gruyère et deuK seigneurs de Lan^in, qui s'étaient portés cautions

' « ad U lustres p;itrem el aTunCDlum Dostros carisaimos dacem Mediobnî et marchionem Montlsferrali. »

■ Ch. du 6 jutUet 1309 , dans les Mém. de rAçad, de Turin, t. tlX^lU p. 170, D'après M* Ohrario {Econom poîiu au mo^m-âge], \e& B 0. pelll poids auralenl valu Li Ma> 30 c. de Fléponi, elles B tl. duculs, L L35, 99 c. ée natre ntonniiJe,

* Girard. Tableam dt laSuùîf, p 37.

pour le comte de Savoie de la somme de 4050 fl., ayant élé requis de se coustiluer otages, demandèrent un sursis « et qn*il leur Tut accordé ^

Un peu plus tard, Rodolphe, comte et seigneur de Gruyère, fit avec Nicod, seigneur de La Sarra, un accord dont voici le motif et les principaux détails.

Thibaud, seigneur de Montagny, avait été tenn de payer ^ Guillaume de Faucigny, à sa femme Alice et à leurs héritiers, un cens annuel de cent vingt florins, bon poids, k raison de la somme de douze cents florins dV qu'ils lui avaient délivrée. A la demande de Thibaud, le comte de Gruyère, le sire de La Sarra, Antoine, seigneur de La Tour, Guillaume, coseigneur d'Estavayé, Girard d'Estavayé, seigneur de Cugy *, chevaliers, s'étaient portés garants du sire de Montagny envers Guillaume de Faucigny, sa femme et leurs héritiers. Le cens dû par Thibaud était payable chaque année h la Toussaint. Thibaud ayant refusé k diverses échéances de l'acquitter, il en était résulté des dommages et des dépenses pour le comte de Gruyère, qui avait acquitté une partie du dit intérêt aux frères Aimon, Thibaud et Pierre de Faucigny, successeurs de Guillaume et d'Alice, et payé h certains hôtes de Fribourg des frais d'otage assez consi-

' Répertoire de M. Tarchiviste Dagaet. On lit aiUears, sons la date da 15 septembre 1399, que Rodolphe comte de Gruyère, Rodolphe seigoeor de LangiD, et Pierre de Langin, seigneur d'Everdes, qui eo 1387 s'étaient portés cautions de la somme de fl. 4050 , prêtés à la Savoie , ont déclaré que le délai qui leur a été accordé ne tournera point au détriment des Fribourgeois. et qu'ils entendent rester cautions jusqu'à l'extinction de la dette. (Extrait de la ColL diplom. de l'abbé Fontaine, dans le Recueil de M. J. Remy.) — L'abbé Girard dit qu'en 1461 les créanciers de la somme de fl. 4050 n'étaient pas payés. [Tabl. de la Suisse^ p. 37.)

* Celui qui avait tué Oton de Grandson dans un duel Judiciaire.

ClUPITHE ONZIÈME.

clérables. Pour Yen dédommager, les Irois ffères de Fauciguy lui avaieot Iransféré leurs droiu sur le cens dû par Tbibâud de Monlagny, et sur les seigneurs qui Tavaienl caulîonné. Le comie de Gruyère a vail cilé le sire de La Sarra k Moudon, devant Louis àe Joinville, seigneur de Divonoe, bail il de Vaud. Les deux par lies ajanl remis la décision de leur querelle k rarbilrage d'amiables composileurs, ceux-ci (Ricbard de Vui liens, Guionet de Dai liens, donzels, Jean de Vtllars ei Rodolphe CerjaL) avaient prononcé que le comle de Gruyère s'associerait J^icod, seigneur de La Sarra, pour une pari à la cession qui lui avait été faite, sous coaditioD que celui-ci paierait un tiers du cens dû, ainsi que des sommes déjh acquittées et des frais et dommages supportés par le mmte^ qui resterait débiteur des deux autres tiers. Outre cela, le seigneur de La Sarra pourrait répéter certaines vignes qu'il possédait en fief, ainsi que le chùteau de la Molière, que tenait le comte, et qui serait partagé entre eux |K)ur le cas où le comte n'aurait pas de titres plus anciens que la lettre de Guillaume de Faucigny V

Dans le même temps, une des cautions qui figurent dans Pacte piécédenl , savoir Antoine de la Tour-Chàlilton » se YÎt contraint, par la diminution de sa fortune, d'aliéner ses biens, h Tesceplion des seigneuries d'Arconciel, d'Illens et d'Attalens, qu'il avait léguées à sa fille Jeanne, épouse de Jean de La Baume-Montrevel% marécbal de France. Il vendit aui Bernois, dont son père, Pierre de La Tour, avait été Tennemi, la grande vallée de Froutiguen, que dominait le

* Contrat du ai janvier 1400. scellé par te caDiléde Grajéfe, par le sire de La Sarra, el.àleur requi^te, par Louis de Joiaville, baiUide Vaud

* MonirCTel ^ dans le dé[>arl«iiient dû Vkiùi

cbftteau de Telleoboui^, ancien siège des souverains de b contrée.

La vente de celle seigneurie se fil an prix de six mille deux cents florins de Florence. Lorsque les paysans de Frooliguen furent informés de cet heureux événement « ils re* cueillirent leurs deniers et les offrirent, dit-on, aux magistrats de Berne, pour se libérer des redevances qa*ils avaient jnsqu*alors payées à leur seigneur. Cest en 1400 qn*ils devinrent sujets de Berne '•

Rodolphe de Gruyère, seigneur de Montsalvens, approuva par acte du 10 juin 1400, la cession que son oncle, Antoine de La Tour, avait faite \k la ville de Berne, de la seigneurie de Froutiguen , au prix que nous venons d*indiquer *.

La réconciliation du comte de Gruyère et des gens de Gessenay ne parait pas a?oir offert aux deux parties assex de garanties pour Pavenir. Ce fut peut-être quelque considération de cette nature qui les porta h chercher un

^ J. de Maller, Biit. de la Confia- suisse, t. II, p. 545 et siii?tote, de redit. aUem. de 1835. — Le 10 jain 1395. Aotoine de Là Tour, cheTalier, seigneur d'illens et d'ÀrcoDciel, avait donné, pour le salut de son Ame et pour la célébration annuelle d'un anniversaire en sa mémoire et en mémoire de ses ancêtres, au couvent des Augustins d'Interlaken , le droit de patronage de l'église de Froutiguen , comprenant le droit de nonuner ï la cure vacante.

Le 29 août 1395, le même chevalier, dit seigneur d'illens, d'àrcoodel, d'Àttalens et de Froutiguen, avait vendu au couvent d'Interlaken, an prix de 1300 florins d'or, de Florence, tous ses droits sur Gimmeiwald, Mûrreo, Ammerten et Lauterbrunnen, dans la paroisse de Gsteig) avec tout oe qui en dépendait. Les témoins de cette vente avaient été Rodolphe de Gruyère, le yeufie, chevalier, Rodolphe de Weissenbourg , curé de Froutiguen, et J^n Huser, donzel [Eâelknecfu) , de Fribourg. {Reg. der Àrchwê sehwei' Mer, Eidgen., I, «, p. 80.)

* Frutigen-Buch, t. \, p. 52, aui Archives d'Eut à Berne,

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